L’arrêt précoce et spontané de grossesse, communément appelé « fausse couche », est une épreuve fréquente, vécue par de nombreuses femmes et couples chaque année. Une étude publiée le 26 août par l’Institut national d’études démographiques (Ined) permet de mieux mesurer le phénomène en France.
Les auteurs se sont attachés à définir ce qu’est une fausse couche et la manière dont on en mesure la fréquence dans une population. Ils ont également cherché à savoir si le risque augmenterait avec l’âge ou le niveau d’études des femmes. Et enfin, ils ont étudié l’expérience des femmes quant à leur prise en charge médicale.
Cette publication dans la revue Population & Société s’appuie sur plusieurs sources. Tout d’abord, sur l’Enquête Fécondité, contraception et dysfonctions sexuelles (FECOND), réalisée en 2009-2011 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut national d’études démographiques (Ined) auprès de 5 275 femmes et 3 373 hommes âgés de 15 à 49 ans.
Ensuite, sur les données administratives du Système national des données de santé (SNDS), de 2013-2023, qui regroupe plusieurs bases de données de santé, notamment celles de l’Assurance maladie et des hôpitaux. Enfin, sur l’Enquête qualitative Fausses couches et inégalités sociales (Fiso) de 2025 qui s’appuie sur 41 entretiens menés en 2025 par les membres de l’équipe SOC-MISC (Ined) auprès de femmes ayant connu une fausse couche au cours des cinq dernières années en France hexagonale.
Le sens et l’évolution des mots
L’étude commence par une réflexion sur le sens des mots « fausse couche », une expression qui peut être remise en cause car elle peut laisser entendre que la grossesse ne serait pas réelle ou que le sentiment de perte serait illégitime. Pour pallier cette difficulté, 2 terminologies sont apparues plus récemment : « Perte de grossesse » et « Arrêt précoce de grossesse ». Ils traduisent une double volonté : mieux refléter la diversité des situations cliniques et des vécus individuels, tout en les distinguant des interruptions volontaires de grossesse (IVG) et des interruptions médicales de grossesse (IMG).
Pour autant, les auteurs de l’étude ont retenu la terminologie de fausse couche car, selon eux, elle reste la forme la plus largement comprise et celle qui englobe la plus grande diversité d’expériences.
L’évolution du choix des mots aussi selon l’âge de la grossesse
En France, le périmètre de la « définition » des fausses couches a aussi évolué au fil du temps. Entre 1993 et 2001, les arrêts spontanés de grossesse jusqu’à 28 semaines d’aménorrhée (28 SA) étaient considérés comme des fausses couches. A ce stade (6 mois et demi de grossesse, soit le début du 7e mois) le fœtus est viable et le bébé sera pris en charge en réanimation néonatale en cas de naissance prématurée. C’est pourquoi en 2001, les critères ont été modifiés. Désormais, on ne parle plus de fausse couche que jusqu’à la 22ème semaines d’aménorrhée (22SA). Au-delà, on parle d’accouchement prématuré et d’enfants mort-nés (mortinaissances).
En outre, depuis 2008, une fausse couche dite « tardive » (entre 14 et 22 SA) peut permettre de déclarer à l’état civil l’enfant comme étant mort-né.
Les principaux chiffres
Cette étude met en lumière quelques chiffres notables :
- Ce serait une femme sur 4, parmi celles qui ont été enceintes au cours de leur vie, qui traverserait l’épreuve de la fausse couche.
- C’est donc environ 14 % des grossesses déclarées qui se terminent par une fausse couche, (soit entre une sur 6 et une sur sept). Ce chiffre est en cohérence avec les estimations de la littérature internationale, qui situent souvent cette proportion entre 12 % et 19 %. Néanmoins, il faut rappeler que certains arrêts spontanés de grossesse surviennent avant même que la grossesse ne soit connue, tandis que d’autres ne donnent lieu à aucune consultation médicale et échappent alors aux données administratives.
- La grande majorité des fausses couches a lieu pendant le premier trimestre de la grossesse. Seules 0,6 % de toutes les grossesses déclarées se sont terminées par une fausse couche dite tardive.
Quels facteurs de risque de faire une fausse couche ?
L’âge est le principal facteur de risque de fausse couche. On estime ce risque plus élevé avant 20 ans et surtout après 34 ans. Il serait de plus de 10% avant 20 ans, ensuite ce risque diminue pour remonter fortement à partir de 34 ans : +8% à 35 ans → +14% à 40 ans → +23% à 45 ans.
Par contre, le risque de fausse couche varie peu selon le niveau de diplôme de la femme ou sa situation financière.
Le vrai problème identifié par l’étude : la prise en charge
L’enquête qualitative par des entretiens a montré un décalage entre les attentes et les besoins des femmes et les soins qui leur sont délivrés à l’hôpital. Les femmes décrivent une expérience souvent inadaptée aux urgences gynécologiques : attente dans un environnement partagé avec d’autres femmes enceintes, manque d'information, absence de soutien psychologique proposé, paroles parfois blessantes des soignants, absence de suivi après la fausse couche…
Ces constats soulignent la nécessité de repenser les soins délivrés lors d’un arrêt précoce de grossesse. Des évolutions sont déjà en cours, tant au niveau institutionnel qu’au niveau des pratiques cliniques. Depuis septembre 2024, un congé sans jour de carence (indemnisé dès le premier jour d’arrêt) est accessible aux femmes ayant vécu une fausse couche, mais cette mesure reste encore peu connue des soignants.
Quelle suite ?
L’étude précise que le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), serait en train de réviser ses recommandations sur la prise en charge des arrêts spontanés de grossesse du premier trimestre. La rédaction de nouvelles recommandations pour la prise en charge clinique des femmes qui font une fausse couche pourrait contribuer à l’amélioration du vécu de leurs parcours de soin.