Journée nationale des aidants : Prendre soin de ceux qui prennent soin

À l’occasion de la 17e Journée nationale des aidants, ce 6 octobre, deux études récentes de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) mettent en lumière le besoin de répit des proches aidants et les conséquences potentielles de leur engagement sur leur santé physique et mentale.

En France, entre 8 et 11 millions de personnes accompagnent régulièrement un parent âgé, un enfant en situation de handicap ou un conjoint fragilisé par la maladie ou la perte d’autonomie. Avec le vieillissement de la population et le choix politique et économique de privilégier le maintien à domicile, leur rôle est appelé à devenir toujours plus essentiel dans les années à venir.

Si plusieurs mesures de soutien ont été mises en place ces dernières années, notamment dans le cadre des stratégies nationales successives « Agir pour les aidants » et avec la création, en 2020, du premier congé de proche aidant rémunéré, les difficultés rencontrées par les aidants demeurent importantes.

Le besoin de répit augmente avec l'intensité de l'aide apportée

Selon une étude de la Drees s'appuyant sur les données du volet Aidants de l'enquête Autonomie-Ménages et consacrée aux 5,9 millions de proches aidants qui apportent une aide à la vie quotidienne à un proche vivant à domicile, plus les aidants sont impliqués, plus leur besoin de répit augmente.

Le répit désigne le temps permettant aux aidants de faire une pause dans l'aide apportée. Aujourd'hui, 36 % des aidants à la vie quotidienne, soit 2,1 millions de personnes, déclarent en avoir besoin. Ce besoin augmente significativement avec l'intensité de l'aide, mesurée à la fois par le nombre de tâches réalisées et par le volume horaire consacré à l'accompagnement. Ainsi, « environ un quart des personnes effectuant au maximum trois tâches d'aide différentes souhaitent des moments de pause, contre plus de deux tiers de celles qui réalisent plus de huit tâches ».

Toutes les formes d'aide n'engendrent pas le même niveau de charge. Les aidants qui assurent des soins personnels ou accompagnent la personne aidée dans ses déplacements expriment davantage un besoin de répit que ceux qui prennent en charge principalement des tâches domestiques ou organisationnelles.

Aidantes, parents d'enfants handicapés : des besoins de répit plus importants

Selon l’étude, les femmes proches aidantes déclarent plus fréquemment avoir besoin de répit que les hommes. Lorsqu'elles expriment ce besoin, elles sont également plus nombreuses à souhaiter des temps de pause plus longs ou plus réguliers que ceux dont elles bénéficient déjà : 39 % contre 29 % des hommes.

Les parents aidants d'enfants en situation de handicap apparaissent eux aussi particulièrement concernés. Plus d'un sur deux (51 %) déclare ressentir un besoin de répit. Une situation qui s'explique notamment par le fait que 80 % d'entre eux vivent avec l'enfant aidé, ce qui limite fortement les possibilités de s'extraire du quotidien de l'aide.

Près d'un aidant sur deux ne bénéficie pas d'un répit satisfaisant

Parmi les aidants qui expriment un besoin de répit, près de la moitié ne parviennent pas à en bénéficier dans des conditions qu'ils jugent satisfaisantes. Plus précisément, 35 % prennent certes des temps de pause, mais les considèrent insuffisants, tandis que 14 % n'en prennent aucun.

Lorsque les aidants réussissent à dégager du temps pour eux-mêmes, c'est principalement lorsque la personne aidée peut rester seule (52 %), grâce au relais assuré par l'entourage ou des professionnels intervenant à domicile (47 %), ou, plus rarement, grâce à des solutions d'accueil temporaire hors du domicile, en établissement ou dans des structures dédiées (21 %).

Ces résultats soulignent combien l'accès à des solutions de répit adaptées demeure un enjeu majeur pour de nombreux aidants.

Une santé physique et mentale plus fragile

Au-delà de la fatigue quotidienne, l'investissement des aidants peut avoir des conséquences sur leur santé.

Une seconde étude de la Drees, réalisée avec l'Institut des politiques publiques à partir de l'Enquête européenne sur la santé (EHIS), apporte un éclairage à l'échelle européenne.

La France se distingue par une proportion particulièrement élevée d'aidants : un quart de la population déclare apporter régulièrement une aide ou des soins à un proche, contre 16 % en moyenne dans l'Union européenne. En revanche, les aidants français sont relativement moins nombreux à consacrer plus de vingt heures par semaine à cette aide : 7 % contre 18 % en moyenne en Europe.

L'étude met néanmoins en évidence un impact significatif sur l'état de santé des personnes les plus investies. En France, les aidants consacrant au moins vingt heures par semaine à l'accompagnement d'un proche ont une probabilité inférieure de quatre points de déclarer être en bonne santé physique par rapport aux non-aidants présentant des caractéristiques comparables.

L'écart est encore plus marqué concernant la santé mentale : leur probabilité de déclarer un bon état psychologique est inférieure de huit points à celle des non-aidants.

Reconnaître davantage la place des aidants dans la société

Ces données rappellent combien les aidants constituent aujourd'hui un pilier discret mais essentiel dans l'accompagnement des personnes âgées, malades ou en situation de handicap.

Lors de la venue du Pape Léon XIV en France, les aidants ont été particulièrement visible à Paris et à Lourdes aux côtés des personnes porteuses de handicap. Leur rôle essentiel et discret et leur dévouement envers les plus fragiles de la société ont été mis en lumière.

Alors que le vieillissement va accroître les besoins d'accompagnement dans les prochaines décennies, la question ne peut se limiter à la seule prise en charge du répit ou de l'épuisement des aidants. Elle doit s'inscrire dans une réflexion plus large sur la dépendance, l'autonomie et la place accordée à la solidarité familiale.

Mieux soutenir les aidants, reconnaître leur contribution et leur permettre de préserver leur santé sont autant de conditions nécessaires pour répondre durablement au défi du grand âge.

Pour aller plus loin : Focus sur Les chalets de répit Saint Michel