François Hollande a rendu visite au Génopole d’Evry ce mercredi 22 février 2012. Cet ensemble regroupe un hôpital, 70 entreprises et 20 laboratoire sur un même site.

A cette occasion, il s’est prononcé pour la modification de la loi bioéthique du 7 juillet 2011, de façon à autoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Cette recherche est aujourd’hui interdite dans son principe, mais avec de larges dérogations.

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Voici la transcription de son discours
[…]Et le XXe siècle, hélas, est l’histoire tragique de l’instrumentalisation de la science, pour une cause funeste. L’homme a toujours été, à la fois tenté par le dépassement de lui-même, et parfois par la folie qui s’empare de lui, lorsqu’il s’agit justement de l’éternité. Il a volé parfois le feu pour de très mauvais usages, et en même temps, ça n’a pas empêché que l’humanité avance. Donc il convient de distinguer la science des usages qui peuvent en être faits. C’est tout l’enjeu de l’éthique. Pour donner une illustration à mon propos, la crise environnementale que nous connaissons, tient, à l’évidence, à un mauvais usage, du progrès, de la croissance. Et en même temps, elle ne sera réglée que par le progrès, la science, la technologie. Tout est affaire, à la fois de connaissance humaine, et de décision politique pour maîtriser la marche en avant, vers le progrès. La science, ces dernières années, à la fois fascine et fait peur, surtout quand la méfiance est entretenue par des nostalgiques, des frileux, des apeurés, des conservateurs ou euh les porteurs de dogme, qui posent des tabous, et qui empêchent la science, de connaître de nouvelles étapes, de son accomplissement. Nous vivons une forme de crise de l’avenir et, pour partie, elle est liée à cette montée de l’irrationnel, lorsque l’émotion se substitue à la raison, lorsque l’invective se substitue à l’argumentation. Donc je veux revenir à ce qu’exige la science : une humilité, une obstination, une imagination, une liberté, et en même temps, l’esprit critique. C’est cette alliance, c’est cette conjugaison, qui va nous permettre d’avancer. Vous savez que j’ai voulu consacrer à cette campagne une priorité. Priorité à l’éducation, à l’enseignement supérieur, à la recherche, à la connaissance. C’est à la fois pour des raisons de compétitivité, c’est ce qui permettra à l’économie française d’être meilleure qu’elle n’est aujourd’hui dans la mondialisation. C’est aussi pour des raisons de progrès humain, d’amélioration de la qualité de notre société, et enfin, c’est pour une cause, la plus belle qui soit, qui est celle de la promotion de chacun, de sa réussite, de son accomplissement, de son émancipation. Voilà pourquoi le choix de la connaissance, de l’éducation, du savoir, de la recherche, est à la fois un choix de valeurs et une certaine idée de la France. Je fais donc confiance à la science, ce qui signifie de donner aux chercheurs les moyens financiers, matériels, législatifs pour qu’ils aient la considération qu’ils méritent de la part de la nation. (3’26 »)Et en même temps, je veux poursuivre le débat éthique. La France a toujours été à l’avant-garde de cette réflexion, il y a de ce point de vue des principes intangibles, et qui ont toujours été posés, à travers les grandes lois que nous avons pu faire voter, ou dont nous avons été à l’origine. Ces deux principes, je les rappelle, c’est le respect de la dignité humaine et la non-marchandisation du vivant. Sur le plan médical, développement embryonnaire, procréation, neurosciences, vieillissement, nutrition, maladies infectieuses, nous avons besoin des sciences de la vie pour faire des sauts très importants dans les niveaux de connaissance. La valorisation des connaissances recèle un potentiel économique considérable. On évalue à 20% du PIB la part des biotechnologies dans les pays développés à l’horizon 2030-2040, c’est considérable. Or, nous le savons, dans les sciences de la vie, il y a beaucoup à attendre de ce que l’on appelle les cellules souches embryonnaires. Notamment pour comprendre le processus de la fécondation, pour étudier la conservation des embryons, et pour faire progresser la compréhension des mécanismes de certains cancers. A long terme, pour ouvrir la voix des thérapies de médecines régénérative utilisant les capacités de différenciation des cellules souches. (4’55 ») J’ai donc compris, dans ce qui m’était présenté, que nous avions besoin de ces cellules souches, qui sont en plus euh éternelles, pour reconstituer ce qui va manquer dans l’organisme humain. La recherche sur ces cellules est donc riche de promesses. Pour améliorer la compréhension des mécanismes biologiques des tout premiers instants de la vie, et permettre à terme de soigner, et de sauver des vies. Pourtant, la recherche sur ces cellules est contrariée aujourd’hui dans notre pays par un dispositif législatif adopté par la majorité sortante. Il affiche officiellement une interdiction. Certes, c’est vrai, il autorise au final des recherches par un système de dérogation, mais où est la clarté ? Où est le courage dans cette façon de faire ? Nous en payons déjà le prix fort. C’est-à-dire [que] nous perdons l’avance que nous avons dans des domaines de l’innovation thérapeutique, ce qui est une excellence française, plébiscitée par tant de chercheurs, chercheurs auxquels je veux rendre hommage. Il y avait une loi bioéthique qui avait été votée en 2002, à l’assemblée nationale et au sénat, et qui permettait ces recherches. La loi définitive, adoptée en 2004, les a interdites, en assortissant cette interdiction de dérogations et d’un moratoire. La loi de 2011 a supprimé le moratoire, mais a continué à maintenir l’interdiction avec dérogation. Je ne veux pas me satisfaire de cette situation. Et puisque je suis devant les Français, à l’occasion de cette campagne, je veux prendre un engagement : Si les Français m’accordent leur confiance le 6 mai prochain, je demanderais au parlement de modifier la loi de bioéthique de 2011 afin d’autoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Aucune raison sérieuse ne s’y oppose. Une cellule souche embryonnaire n’est pas un embryon et il n’y a aucune objection, au nom de l’éthique, à refuser à des chercheurs de travailler sur des cellules qui sont de toute façon destinées à être éliminées. Certes, des limites sont toujours nécessaires, et la recherche sur ces cellules devra être encadrée, soumise à des autorisations préalables, délivrées par l’agence de biomédecine, de manière à éviter toute marchandisation du corps humain. Cet encadrement se fera d’ailleurs dans le respect des bonnes pratiques internationales. Ainsi, en modifiant la loi bioéthique, en permettant donc la recherche sur les cellules souches embryonnaires, nous rattraperons notre retard sur d’autres pays qui ont clarifié depuis plus longtemps que nous leur position. Je pense au Royaume-Uni, à la Belgique, aux Etats-Unis, au Japon, à la Suède, au Brésil. Nous favoriserons aussi le retour de post-doctorants, qui sont hélas partis effectuer leur recherche dans ces pays-là, au détriment de connaissances qui auraient pu être déployées ici. Voilà le message que je voulais prononcer dans ce lieu hautement symbolique et avec tout le poids de la recherche qui est derrière moi, c’est dire la pression… Et en même temps, c’est dire aussi l’enjeu. C’est un enjeu à la fois de recherche, mais aussi de santé publique et aussi d’accès à des technologies qui nous permettront demain d’être encore meilleurs dans les soins. Il nous faudra faire, je le sais, beaucoup plus en matière d’efforts de recherche, de simplification, de sécurisation des financements, de décloisonnement des disciplines, ou encore de développement d’écosystèmes comme ici. Nous avons la preuve qu’ils sont favorables à l’innovation. Mais je veux, à travers cette rencontre avec les Français, sur un sujet qui est celui de la science, qui est celui de la connaissance, qui est celui de la recherche, qui est celui aussi de l’éthique, de savoir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas dans une société organisée, je veux faire débattre, mais je veux faire avancer notre pays, et donc, pour cette belle cause de la recherche, mais aussi de l’amélioration de la condition humaine, pour faire en sorte que ceux qui sont atteints par des maladies, ou ceux qui ont besoin de soins, de sollicitude ou tout simplement d’espérance, puissent savoir que dans certaines limites, qui sont posées par le législateur, des recherches seront possibles, notamment à partir de ces cellules souches embryonnaires, qui sont, c’est vrai, un vecteur de recherche et une source d’espérance. Donc merci à vous chercheurs d’y contribuer, merci de m’avoir invité, et je souhaite que, les français me donnant leur confiance, nous puissions faire évoluer les lois de bioéthique avec toujours le souci de respecter les principes qui sont les nôtres de dignité de la condition humaine, de non-marchandisation du vivant, et en même temps, du souci du progrès de la recherche. Et de la connaissance. Merci. »