Un dossier d’euthanasie a été transmis à la Justice pour la première fois en 13 ans par la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’application de la loi sur l’euthanasie : ce cas concerne une octogénaire qui n’était pas en fin de vie.

Cette affaire a été médiatisée par un reportage Allow me to die (à 20’35 puis 38’) diffusé  en Australie en septembre dernier. Ce film présente plusieurs cas d’euthanasies, et souligne les interprétations extensives de la loi belge. Le cas qui a été transmis à la justice concerne une femme âgée de 85 ans, appelée Simona dans le reportage. Elle vit dans un home pour personnes âgées, a une vie sociale et n’a pas de problème de santé particulier. Elle explique qu’elle ne veut plus vivre, souffrant du décès de sa fille survenu 3 mois plus tôt. Le film montre ensuite sa mort en direct effectuée avec l’assistance du Dr Van Hoey, le 22 juin 2015. Son autre fille, avec qui elle n’avait plus de contact depuis 30 ans, n’a pas été avertie. Ce médecin est président de l’association « Recht op waardig sterven », l’équivalent en Flandre de l’Association pour le Droit deMourir dans la Dignité (ADMD).

Entorses à la loi :

Selon l’article de la Libre Belgique du 28 octobre 2015 qui fait un compte rendu de cette histoire, ce cas présente plusieurs entorses à la loi :

« Simone ne souffre pas d’un problème physique particulier qui entraîne d’affreuses souffrances ni d’une maladie psychique. Face caméra, le docteur Marc Van Hoey, son médecin traitant, en convient. « Elle ne veut pas mourir parce qu’elle est dépressive. Non. Mais parce qu’elle en a marre ». En avoir marre de la vie? Ce n’est pas un diagnostic médical qui entre dans les conditions de la loi de 2002.

Interrogé par le journaliste, le médecin explique qu’il va indiquer « dépression réactive » sur la déclaration d’euthanasie et préciser qu’elle était impossible à traiter. Là encore, on peut s’interroger: on ne fait pas son deuil en trois mois… A-t-on vraiment mis tous les traitements en œuvre?

Le médecin n’a pas davantage consulté un troisième confrère, comme l’exige la loi sur l’euthanasie quand le décès du patient n’est pas prévu avant brève échéance. Pourquoi? « Pas de problème », répond encore le docteur Van Hoey au journaliste australien. Comment en est-il sûr? « Mon expérience« . »

Un suicide assisté :

Ce que souligne le reportage, c’est qu’il s’agit d’un suicide assisté dans la mesure où cette femme prend elle-même le produit létal dans un verre d’eau donné par le médecin, ce qui n’est pas autorisé par la loi belge.

La commission de contrôle de l’euthanasie, qui a traité plus de  8000 euthanasies officiellement déclarées depuis 2002, a eu au fil des années une interprétation extensive de l’application de la loi.

Plusieurs cas récents ont été l’objet de vives critiques au niveau international, tel celui de la jeune Laura, âgée de 24 ans, en bonne santé et souffrant de dépression qui a obtenu une autorisation d’euthanasie cet été.