Pilule

Un collectif intitulé « Libérez ma pilule » a publié le 17 avril 2017 une lettre ouverte à l’adresse des laboratoires pharmaceutiques, de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de l’Agence européenne du médicament (EMA),  pour demander la mise sur le marché d’une pilule contraceptive sans ordonnance.

Cette mesure concernerait uniquement les contraceptifs à base de progestatifs. Celles-ci comportent moins de contre-indications médicales que les pilules oestro-progestatives, notamment celles de 3e et 4e génération. Ces dernières ont fait l’objet d’une importante polémique et de plaintes aboutissant à leur déremboursement en 2013 en raison des risques de phlébites et de complications vasculaires.

Leur revendication, également portée par une pétition, part de leur constat « qu’en Europe et en France cette avancée pour le droit des femmes à disposer d’un accès facilité à la contraception est au point mort ». Selon eux, sans avoir à consulter un gynécologue ou un médecin généraliste, « les femmes devraient avoir accès à la pilule chez leur pharmacien, qui déterminerait grâce à un questionnaire pré-établi si la patiente présente un risque ». Cette revendication s’appuie sur l’exemple de certains pays où cette pratique est déjà possible ainsi que sur l’argument du Collège américain des Gynécologues Obstétriciens qui a recommandé d’autoriser la vente des pilules contraceptives sans ordonnance depuis 2012.

Ce soi-disant Collectif se présente comme composé de professionnels de santé, du Planning familial et de féministes. Parmi les signataires, nombre d’entre eux étaient de ceux qui s’étaient élevés vigoureusement contre la clause de conscience des pharmaciens, discutée au sein de l’Ordre, comme le « Collectif de pharmaciens contre la clause de conscience » créé pour l’évènement, sans porte-parole, et dont les membres se décrivent comme des « twittos signataires », en majorité anonymes ou sous pseudonymes.

Cette pétition militante a même été relayée par le Ministre des droits des femmes, Laurence Rossignol.

Derrière cette constante fuite en avant, des questions se posent. La prise d’une contraception orale dans la durée n’est pas un geste anodin. Y recourir sans passer par un contact avec un gynécologue ou un médecin risque de priver les femmes, et notamment les plus jeunes, d’un suivi approprié et de conseils de prévention. De plus, la pilule est un médicament, il présente donc à ce titre des possibilités d’effets secondaires non négligeables. Selon l’Ined, 72% des femmes qui avortent suivaient une méthode de contraception quand elles ont découvert leur grossesse. Face à ce constat, banaliser la contraception en la déconnectant d’un suivi médical régulier ne semble pas être une réponse appropriée.

Pour le Professeur Geneviève Plu-Bureau du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, « la consultation pour contraception chez la jeune fille de 15 à 18 ans a été revalorisée car c’est une consultation complexe », souligne la spécialiste qui rappelle par ailleurs que « seuls les contraceptifs de longue durée d’action comme le stérilet ou l’implant contraceptif ont prouvé leur efficacité sur la diminution du nombre de grossesses non désirées ».

« C’est une fausse bonne idée » pour le Pr Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) qui pointe par ailleurs les limites de la pilule progestative. Si elle n’entraîne pas d’effets secondaires, sa prise est plus contraignante et surtout, elle est associée à des problèmes de tolérance, en particulier elle peut avoir un impact sur la sexualité et provoquer des saignements. « Ce n’est pas anodin. Avoir des saignements aléatoires tout au long du mois peut être source d’inquiétudes pour les femmes. Ce serait donc à la fois une perte de choix et d’accompagnement. » Quant au rôle accru des pharmaciens, Philippe Deruelle trouve que cela manquerait terriblement d’empathie. « C’est contradictoire. D’un côté, on voit depuis quelque temps que les femmes ont davantage besoin d’être écoutées, on l’a vu notamment avec les critiques émises avec le #paietonuterus. Et d’un autre côté, on leur propose une consultation sur un bout de comptoir, ce n’est pas sérieux… On ne peut pas faire une prescription robotisée sans un minimum d’échanges. Une bonne consultation, c’est une consultation discutée. »

Le 5 mai 2017,la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM) s'est déclarée opposée à l'idée de cette autorisation.

La FNCGM est l’instance nationale de représentation des collèges régionaux de gynécologie, elle en regroupe 11 à l’échelon national et compte environ 2.000 membres. Pour la FNCGM, « Une pilule, qu’elle soit progestative ou non, est un médicament (…) Choisir une pilule adaptée ne se fait pas sous les conseils d’une maman, d’une copine ou d’un pharmacien en quelques minutes. Il est impensable qu’une jeune femme puisse exposer toutes ses interrogations au sujet des effets indésirables ou encore de la sexualité derrière le comptoir d’une pharmacie.« 

Cette dernière a rappelé qu’il n’est pas nécessaire de retourner chez son gynécologue uniquement pour obtenir une nouvelle ordonnance. Pour éviter toute interruption de traitement entre deux consultations, les pharmaciens peuvent en effet renouveler une ordonnance de pilule datant de moins d’un an, pour une durée supplémentaire de 6 mois maximum.