Belgique : record d’euthanasies en 2021, des interprétations extensives

15/04/2022

Après une baisse du nombre d’euthanasies déclarées en 2020, un chiffre record d’euthanasies a été enregistré en Belgique depuis sa légalisation il y a 20 ans :  2699 actes ont été comptabilisés pour l’année 2021 dont 430 pour des personnes dont le décès n’était pas prévu à brève échéance.

Ces chiffres transmis par la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie doivent faire encore l’objet d’une analyse détaillée dans le prochain rapport bisannuel rassemblant les données 2020 et 2021.

Les chiffres ont décuplé depuis la légalisation de l’euthanasie en 2002. Une baisse de 10% a eu lieu exceptionnellement en 2020 :  Une première analyse de cette baisse conjoncturelle a été produite par l’Institut européen de bioéthique. Certains ont invoqués un report d’euthanasies pour les décès non prévus à brève échéance. D’autres ont souligné le décalage « avec l’engagement accru des soignants (et de la société au sens large) en faveur de la préservation de la santé et de la vie des citoyens, en particulier des personnes âgées ou fragiles ».

Cependant, la loi belge montre la fragilité des gardes fous censés protéger contre des dérives : une évolution constante sur l’appréciation élastique des critères de la loi est dénoncée dans une étude parue en 2021 dans le Journal of Medicine and Philosophy. Elle rappelle également la persistance d’euthanasies clandestines : 30% des euthanasies ne seraient pas déclarées en Flandres, région qui concentre 75% des demandes.

En particulier il est constaté un glissement vers l’acceptation de cas d’euthanasies pour des pathologies mentales ou des polypathologies avec une part de subjectivité quant à l’appréciation de l’incurabilité et de la notion de souffrance constante et insupportable qui ne pourrait être soulagée. Interrogé par le quotidien La Croix, le médecin belge Thimoty Devos qui a coordonné le livre Euthanasie : l’envers du décor s’alarme : «On constate des évolutions inquiétantes. Au début, les demandes répondaient à des maladies graves et incurables, engageant le pronostic vital à court terme. (…) Désormais des personnes âgées souffrant de DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge affectant la vue) ou d’incontinence demandent l’euthanasie. Or si ces affections sont incurables, elles ne sont pas mortelles. » En effet la commission note une euthanasie pour 2021 pour une maladie de l’œil, non mortelle.

Les maladies mentales sont également sources de graves interrogations. Les canadiens débattent actuellement d’une telle extension, à peine 5 ans après la légalisation de « l’aide médicale à mourir ». Ariane Bazan, professeur de Psychologie Clinique à l’Université Libre de Bruxelles, dans un articlesouligne combien l’euthanasie pour souffrance mentale ne peut faire l’économie d’une réflexion sur le critère d’incurabilité. Elle souligne que« l’option d’euthanasie » pour des maladies mentales fragilise les patients. « Ce principe intégré fragilise la robustesse du tissu de prise en charge de façon générale : en effet, quand le désir de vie se négocie sur le fil de la mort, le patient tentera de repérer le moindre instant où la confiance du thérapeute faiblit. L’éventualité imaginable de l’euthanasie viendra confirmer son désespoir qui lui signale que, de toute façon, on ne tient pas à lui, c’est-à-dire qu’on ne tient pas à lui de la seule façon que cet engagement puisse compter, notamment de façon inconditionnelle. »

Pour aller plus loin
https://www.alliancevita.org/2021/04/bilan-de-leuthanasie-en-belgique-de-2002-a-2020/

 

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