07/05/2026

Grand âge et autonomie : une conférence annoncée par le gouvernement, et après ?

Le gouvernement a récemment annoncé la tenue en septembre d'une conférence nationale de l'autonomie, face au défi du grand âge. Cette annonce fait suite au report, il y a deux mois, du plan "grand âge". Selon la Ministre en charge, Camille Galliard-Minier, la conférence doit apporter "un cap clair pour les prochaines années pour agir sur tous les champs du vieillissement".

Dans une interview sur FranceInfo, elle a cité : " la prévention, la place de nos Ehpad demain, le domicile, les habitats partagés", mais également, "le rôle des métiers du soin" et "le soutien aux aidants". Dans un entretien au quotidien - La Voix du Nord -, la Ministre a également annoncé l'intention de rebaptiser les EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) en "Maison France Autonomie" lorsque ces Etablissements proposeront des hébergements temporaires.

Ces annonces suscitent cependant plus de questions qu'elles n'apportent de réponse à la question de la prise en charge du vieillissement. Un changement de nom, et après ?

Grand âge : le défi du vieillissement

Les chiffres sont largement connus et commentés. La population française vieillit.

En 2025, l'âge moyen des Français est de 42,5 ans. Il était de 37 ans en 1992. La hausse de l'espérance de vie est un des facteurs positifs expliquant cette tendance. En 1960, l'espérance de vie était de 70,4 ans. Elle atteint aujourd'hui 80 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes. Le vieillissement a cependant des répercussions profondes sur la qualité de vie des personnes.

De nombreux rapports ont dénoncé le phénomène de l'isolement, et du suicide chez les personnes âgées.

Ainsi, l’association "les Petits Frères des Pauvres", dans son baromètre 2025, évaluait à 2,5 millions les personnes âgées se sentant seules très régulièrement. Dans leur vie quotidienne, 30% des personnes âgées n'ont personne à qui parler de choses personnelles ou intimes, et 36% n'ont personne avec qui aller se promener.

L'Observatoire national du suicide a rappelé les risques plus élevés de suicide pour les personnes âgées. Dans sa publication de 2020, il notait : "il est nécessaire de rappeler que les personnes âgées de 75 ans ou plus présentent le taux de suicide le plus élevé ; 33,3 pour 100 000 habitants contre 15,4 pour les 25-54 ans et 18,1 pour les 55-74 ans".

Et le défi du vieillissement va s'accélérer.

Selon l'INSEE (Institut National des Statistiques Economiques), en 2050 les personnes âgées de plus de 60 ans seront 24 millions, et celles de plus de 75 ans, 12.1 millions, soit environ deux fois plus qu'en 2020. 

A partir de 2030, la société française sera confrontée à une accélération du risque de perte d’autonomie avec l’entrée dans le quatrième âge des générations nées entre 1945 et 1960. Il y aurait presque 1 million de personnes dites dépendantes en plus d'ici 2050.

Une prise en charge inadaptée des personnes âgées entrainerait un effet vicieux cumulatif : une moins bonne prise en charge par des aides et des soins adaptés entraîne un risque de plus grande dépendance. Un rapport du Sénat sur la situation des Ehpad en 2024 a rappelé également les nombreuses difficultés, financières, de recrutement de ces Etablissements alors que "l'obstacle démographique" se présente.

Un changement de nom, et après ?

Au regard de ces défis techniques et surtout humains, la réponse des pouvoirs publics se fait attendre. On ne compte plus les reports d'une loi Grand Age promise en 2018. De nombreux acteurs ont d'ailleurs redit leur déception face à cette annonce de Conférence sur l'autonomie, sans moyen budgétaire clair.

Beaucoup ont aussi noté l'incohérence de parler d'autonomie alors que le défi est dans le respect et la prise en charge des personnes qui deviennent plus dépendantes. Dans sa tribune parue dans Le Figaro, "le label avant le soin", Laurent Frémont, cofondateur du Collectif démocratie, éthique et solidarités, a souligné cette contradiction : labelliser des maisons pour personnes plus dépendantes en maison d'autonomie.

Ce changement de nom en dit long sur ce qu'une "époque vouée au culte de la performance ne supporte plus d’entendre : que des êtres humains, à un moment de leur vie, ne peuvent plus se passer des autres ; que dépendre des autres n’est pas un accident de la vie humaine, mais sa loi. Cette dépendance, loin d’être un état honteux, est l’expérience humaine fondamentale qui rend possible le soin, l’attention, la civilisation."

Quel regard portons-nous sur les personnes âgées ou en fin de vie dans notre pays ?

Quels choix leur proposons-nous ?
Le débat sur la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté reprend au Sénat lundi 11 mai. Les partisans de cette légalisation aiment invoquer l'autonomie. On peut s'interroger plutôt sur les peurs que la dépendance suscite. Ces peurs doivent être écoutées. La réponse digne de l'humanité n'est pas dans le traitement de la dépendance par une mort administrée, mais dans l’accompagnement des personnes.

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