« Il vaudrait mieux être mort ! » de Liz Carr : un documentaire éclairant sur l’euthanasie

"Il vaudrait mieux être mort !" est un documentaire éclairant sur les risques de l'euthanasie, produit par Liz Carr, une actrice anglaise. Elle-même porteuse d'une maladie génétique rare, Liz Carr défend les droits des personnes atteintes par un handicap.

Dans ce documentaire facilement accessible en ligne, Liz Carr dialogue avec des partisans de l'euthanasie, alors que celle-ci n'est pas légale au Royaume Uni. Elle met au grand jour la motivation profonde qui les poussent souvent à réclamer une légalisation : un fort besoin de contrôle sur leur vie. Mais ce souhait de contrôler sa vie jusqu'à sa mort comporte un message implicite : "certaines vies ne valent pas la peine d'être vécue". Et ce message, dit Liz Carr, est "terrifiant" pour les personnes les plus vulnérables.

Le documentaire démonte aussi les engrenages implacables qui produisent les dérives observées dans les pays qui ont légalisé l'euthanasie.

Le besoin de contrôle, argument ultime de l'euthanasie et du suicide assisté ?

Dans un dialogue saisissant avec un partisan de la légalisation, Lord Falconer, la question est posée directement : " la légalisation, est-ce une question de souffrance ou une question de contrôle". La réponse est nette : "c'est une question de contrôle". Et il ajoute : " Il y aura toujours des gens, même bien traités en soin palliatifs, qui voudront le contrôle du processus et la capacité de mettre un point final à ce processus". Cette réponse est logique.

En effet, les progrès de la médecine ont considérablement élargi les possibilités thérapeutiques et le soulagement des douleurs a fait des réels progrès. Si l'ultime question est celle du soulagement de la douleur, alors une réelle politique orientée vers les soins palliatifs et l'accompagnement est la réponse adaptée. Il s'agira alors de combattre les situations de carence dans les accès aux soins par des moyens humains et budgétaires. Le débat en France l'a d'ailleurs aussi illustré. Le vote récent de la loi sur les soins palliatifs n'a pas calmé les demandes des partisans de l'euthanasie.

Cependant, ce besoin de contrôle est contradictoire : on réclame son autonomie à un tiers, un soignant et à toute la société par le vote d'une loi ,ce que  pointeLiz Carr face à son interlocuteur Lord Falconer : " il me semble au contraire que l'euthanasie est une perte de contrôle car vous vous mettez dans les mains du gouvernement et des médecins !".

Dans un deuxième dialogue, une médecin pratiquant des centaines d'euthanasie au Canada, Dr Ellen Wiebe explique de nouveau que "la raison numéro 1 pour laquelle les gens veulent l'euthanasie, c'est l'autonomie, le contrôle".

La ligne mouvante du "cadre"

Lors de sa rencontre avec Liz Carr, Lord Falconer tente de la rassurer. Certes il peut y avoir des pressions pour élargir les critères d'accès. Mais dit-il "on posera une ligne dans le sable" pour empêcher ces dérives. L'image suivante du documentaire nous montre une plage au Canada, et pose cette question : "Quoi de plus mouvant qu'une ligne dans le sable ?". Car le Canada est le pays le plus exemplaire des dérives d'une légalisation de l'euthanasie. Les chiffres sont connus. On est passé de 1000 à 13000 euthanasies en 6 ans. L'élargissement des critères s'est fait rapidement. Le documentaire a interviewé deux témoins des drames provoqués par cette situation.

Amir Farsoud, un homme atteint d'une maladie de longue durée et en situation de précarité a vu sa demande d'euthanasie acceptée. Pourtant, de son propre aveu, il ne "veut pas être mort". Emue par sa situation, une femme a organisé une collecte lui permettant de rembourser ses dettes et de poursuivre sa vie. Lors de notre Université de la vie 2023, nous avions signalé ce cas troublant.

Une jeune femme, Alicia Duncan, témoigne comment sa mère, Donna, a été également euthanasiée alors qu'elle souffrait de problèmes de santé suite à un accident de voiture. La deuxième évaluation qui a autorisé son euthanasie s'est passée par téléphone et aucun des deux soignants qui ont signé ne connaissait la patiente avant l'entretien. Sa fille souligne que le médecin généraliste qui suivait sa mère depuis 20 ans n'aurait jamais autorisé l'euthanasie.

Pourquoi la loi doit protéger les plus vulnérables

Dans un entretien suivant, le Dr Katherine Sleeman, spécialiste en soins palliatifs ajoute deux remarques importantes au débat. Tout d'abord, elle remarque que les deux spécialités de médecine les plus opposées à l'euthanasie sont les soins palliatifs et les gériatres. "Ce n'est pas étonnant" dit-elle "que les médecins qui passent le plus de temps avec des personnes vulnérables soient les plus opposées". Et par ailleurs, nous savons combien ces personnes sont sensibles aux pressions de leur entourage ou de la société. Elle entend régulièrement des personnes âgées lui dire "je ne veux pas aller en maison de retraite mais ma famille m'y pousse."  La docteure ajoute : "Si on remplace maison de retraite par euthanasie, imaginez ce qui arrive !". 

Le documentaire se termine comme il a commencé. En interrogeant des personnes en situation de handicap. Régulièrement, elles témoignent que des personnes viennent leur dire "à votre place, je préférerai être mort ! ".

L'une d'elle répond "en étant assistée pour l'hygiène quotidienne, j'ai appris que j'avais une dignité inhérente, et je me sens en fait plus libre et en sécurité ! Parce que ma dignité réside en moi, et j'aimerais que plus de personnes aient cette sécurité de le savoir."

Une autre personne souligne, non sans humour en tant que britannique, " Personne n'est une île. La société est terrifiée de devenir comme nous. Nous ne sommes pas et nous ne pouvons pas être complètement indépendants les uns des autres".

Ce message d'appel au soutien, de solidarité réelle, résonne fort au moment où l'Assemblée nationale reprend les débats sur la proposition de loi en vue de légaliser l'euthanasie et le suicide assisté.

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