Les députés viennent d’adopter en 3ème lecture la proposition de loi légalisant le suicide assisté et l’euthanasie. Lecture après lecture, le nombre de voix contre ce texte n’a cessé d’augmenter — 199 voix contre en première lecture, 226 en deuxième lecture et 232 en troisième lecture — révélant l’isolement croissant de ses promoteurs et la fragilité d’une majorité vacillante à l’Assemblée nationale et inexistante au Sénat.
Malgré ces signaux d’alerte répétés, l’exécutif s’obstine à faire aboutir ce projet alors qu’il suscite un malaise persistant chez les soignants, une inquiétude diffuse dans l’opinion et de profondes réserves parmi les parlementaires eux-mêmes.
Présenté comme un dispositif exceptionnel, ce texte instaure en réalité un droit d’accès élargi à la mort provoquée. Il ouvre la voie à des pratiques qui concerneraient bien au-delà des situations de fin de vie : des patients pourraient être jugés éligibles avec une espérance de vie de plusieurs mois, voire de plusieurs années. Il permet en outre à des personnes atteintes de déficience intellectuelle d’y recourir, dès lors que leur discernement ne serait pas jugé « gravement » altéré.
Les critères d’accès comme les délais fixés traduisent cette dérive : 15 jours maximum pour instruire une demande, 2 jours seulement de réflexion minimum pour le patient. Demain, obtenir la mort administrée pourrait être plus rapide que de nombreuses démarches du quotidien.
En levant l’interdit fondamental de tuer, cette loi avalise une rupture éthique majeure : le basculement de notre modèle de solidarité, avec des conséquences en chaîne :
- Remise en cause de la prévention universelle du suicide ;
- Stigmatisation des vies des personnes les plus fragiles comme pouvant être abrégées ;
- Divisions entre soignants, au sein des familles et dans l’ensemble de la société.
Dans un contexte de grande tension et fragilité du système de santé, alors que la solitude monte et que tant de nos concitoyens peinent à accéder aux soins palliatifs, ce texte envoie un signal d’abandon. Il cède à une logique individualiste et de toute puissance médicale, en substituant à l’accompagnement une issue mortifère.
Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA et auteur de « Docteur, ai-je le droit de vivre encore un peu ? » – Euthanasie et suicide assisté décryptés » (Salvator, 2023) réagit :
« Le texte voté par les députés tourne le dos à l’exigence de fraternité marqué au fronton de la République. Sur une question vitale, aucune société ne devrait accepter que la mort soit proposée comme solution à l’insuffisance des soins et de l’accompagnement. Renoncer au principe de précaution dans un domaine aussi sensible constitue une faute grave de l’exécutif et de tous ceux qui soutiennent un tel basculement. C’est la raison pour laquelle nous nous opposerons jusqu’au bout du processus que le gouvernement s’acharne à boucler avant la trêve estivale, comme s’il n’y avait pas d’autres priorités pour notre pays. »
Alliance VITA appelle solennellement le président de la République à prendre la mesure de cette rupture et à entendre les nombreuses voix — issues de tous les horizons — qui alertent sur les dangers humains, médicaux et sociaux d’un tel renversement.