Pour la 4e édition de son Observatoire des familles, l'Union nationale des associations familiales (Unaf) publie une enquête sur le pouvoir d'achat des familles. Les résultats montrent que les familles sont soumises à des difficultés financières croissantes, qui affectent leurs projets de naissance. Ces résultats doivent nous alerter alors que la natalité a enregistré une nouvelle baisse au premier semestre 2026 et que le gouvernement envisage de "remettre à plat" la politique familiale.
Une tension budgétaire croissante pour les familles
Pour la quatrième année consécutive, l’Unaf publie un « Observatoire des familles ». Il s’agit d’un outil qui associe une enquête nationale et des enquêtes territoriales afin d'obtenir des résultats « représentatifs et comparatifs des réalités de vie des familles selon les territoires. »
Cette année, l’enquête nationale réalisée par l’institut de sondage OpinionWay auprès de 2 500 parents ayant au moins un enfant de moins de 20 ans au foyer s’intéresse au pouvoir d’achat des familles. L’objectif de cette enquête menée en janvier-février 2026 est de « documenter la charge financière liée aux enfants, mettre en lumière les stratégies qu’ils mettent en œuvre pour gérer le budget familial et connaitre leurs attentes de soutien de la part des politiques publiques ».
On peut retenir de ce sondage les résultats suivants :
- Au total, 63 % des familles se disent contraintes ou « juste » financièrement. A noter, 53 %, soit plus de la moitié des parents interrogés, disent ne pas avoir les moyens de préparer l’avenir de leur enfant, contre 43 % en 2024.
- 77 % des parents, quel que soit leur niveau de vie, considèrent que les dépenses liées à leurs enfants sont élevées.
- Les efforts consacrés au logement mettent en difficulté 27 % des parents interrogés (un sur quatre).
- Pour financer leurs dépenses, 42 % des parents interrogés sont amenés à puiser dans leur épargne et 24 % ont recours au découvert bancaire.
- Les parents se sentent insuffisamment soutenus par les politiques publiques. 78 % des parents jugent que les impôts et les aides publiques actuelles ne prennent pas suffisamment en compte la charge financière due aux enfants.
- Enfin, la charge financière liée aux enfants affecte directement les projets de naissance. 67 % des parents déclarent ne pas disposer des ressources financières pour envisager un enfant supplémentaire.
Les résultats de ce sondage sont à mettre en lien avec la baisse continue de la natalité française, qui s’est poursuivie au 1er trimestre 2026, selon les chiffres publiés par l’Insee le 30 juillet 2026. Les freins financiers doivent impérativement être pris en compte si l’on veut soutenir la natalité.
Focus sur les frais de garde
Fait notable, les résultats du sondage nous montrent que la charge financière liée aux enfants n’est pas la même selon l’âge de l’enfant. L’enquête relève que «si l’on se focalise cette fois sur la tranche d’âge perçue comme LA plus chère, les 3 premières années de vie sont souvent synonymes d’investissement : autant que l’adolescence, et même un peu plus que le début de la majorité. ». 29 % des parents considèrent que la tranche d’âge qui coûte le plus cher est celle comprise entre zéro et trois ans.
Ce résultat met en lumière le coût important des frais de garde. Selon l’enquête, afin de limiter les frais de garde de leur enfant, plus de la moitié des parents prennent moins de temps pour eux. 48 % ont aménagé leur vie professionnelle. 28 % ont arrêté ou réduit leur activité professionnelle, dont 34 % des femmes interrogées.
Pourtant, le gouvernement a pris des mesures récentes pour limiter les coûts de la garde d’enfants. La principale mesure, entrée en vigueur le 1er septembre 2025, est la réforme du Complément de libre choix du mode de garde (CMG), qui visait explicitement à réduire le reste à charge des familles qui emploient une assistante maternelle ou une garde à domicile.
Pourtant, dès le mois de mars 2026, se basant sur les chiffres du rapport 2025 de l’Observatoire national de la petite enfance et sur sa propre enquête, l’Unaf alertait sur les conséquences de cette réforme qui a fait baisser le montant des aides pour 55 %des bénéficiaires.
Les parents interrogés par l’Unaf témoignent d’un impact négatif de cette réforme sur leur emploi. 35 % des parents ont dû modifier leur organisation professionnelle du fait de l’augmentation de leur reste à charge. Plus d’un quart des parents perdants témoignent renoncer ou reporter leur projet de naissance ou d’accueil d’un 2e ou 3e enfant.
L’annonce d’une remise à plat de la politique familiale qui inquiète
Dans ce contexte, l’annonce du Premier ministre Sébastien Lecornu de vouloir « remettre à plat » la politique familiale dans une entretien donné au Figaro le 17 septembre est particulièrement inquiétante.
Un rapport commandé par le gouvernement auprès de deux inspections (IGAS et IGF) et publié le 14 août propose de réaliser 4,2 milliards d’euros d’économies sur les politiques familiales, dont 2,5 milliards d’euros à court terme.
Parmi les mesures proposées, la majoration de la retraite de 10 % accordée aux parents d’au moins trois enfants pourrait être remplacée par un forfait de 125 €. La réduction d’impôt pour frais de scolarité dont bénéficient actuellement 2,4 millions de ménages pourrait être supprimée. Le rapport préconise également de prendre en compte les revenus des parents dans le calcul des aides personnalisées au logement (APL) des étudiants.
Concernant les allocations familiales, le rapport propose de baisser de 20 % les seuils de dégressivité des allocations familiales : les plafonds de ressources associés à la deuxième et à la troisième tranche des allocations familiales seraient abaissés de 20 %. Une telle réforme affecterait 591 000 ménages, pour une économie de 530 M€, soit une perte mensuelle moyenne de 75 € par ménage concerné.
Dans un contexte d’hiver démographique, et alors que l’enquête de l’Unaf pointe les difficultés financières concrètes auxquelles sont soumises les familles et le manque de soutien public, ces propositions d’économies sur la politique familiale ne peuvent que susciter de l’inquiétude.
La politique familiale s’est construite autour d’une logique de « redistribution horizontale » pour compenser les charges de famille. Le rapport IGAS-IGF propose d’abandonner cette logique pour privilégier une « redistribution verticale » afin de soutenir les familles les plus précaires. Ainsi ce sont les classes moyennes et supérieures qui seraient les plus affectés par ces économies.
Pourtant, l’enquête de l’Unaf montre bien que les difficultés financières auxquelles font face les familles ne concernent pas uniquement les familles défavorisées. 52 % des familles à revenu moyen se disent contraintes ou juste financièrement. 62 % d’entre elles déclarent ne pas avoir l’argent pour un enfant de plus.
Les mesures de politique familiale qui seront contenues dans le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) seront donc à surveiller attentivement. Pour Alliance VITA, le gouvernement ne peut renoncer à une politique familiale vraiment universelle, qui soutienne toutes les familles, alors que la natalité s’effondre et que les familles, quel que soit leur niveau de vie, font face à des charges financières croissantes pour élever leurs enfants.