Pour que le Monde ait la vie !

La visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, a été marquée par de nombreuses interventions consacrées à la dignité de toute personne humaine, au respect de la vie des personnes malades et à l’attention portée aux plus fragiles, avec des gestes à forte portée, dont les images ont fait le tour du monde, illustrant notamment sa tendresse pour les enfants porteurs de handicap. Ce thème est revenu dans des contextes variés. A bien des égards, un tel fil conducteur vient percuter une société où les plus forts font la loi, tout en encourageant tous ceux qui y défendent la vie des plus faibles.

À l’Élysée, le pape a déclaré d’emblée que « la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain ». Il a évoqué plusieurs questions bioéthiques contemporaines, notamment « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée ». Il a également appelé à « apprendre à accueillir la vie sans condition, à soutenir la fragilité avec tendresse, à accompagner avec respect et dans la confiance réciproque chaque étape de l’existence, et à défendre avec courage et compassion ceux qui n’ont pas de voix ou qui ne se sentent pas suffisamment soutenus ».

À l’UNESCO, ayant placé son intervention sous le signe de la dignité humaine, il a affirmé que l’avenir dépend « du respect et de la promotion de la dignité inaliénable de chaque être humain ». Il a également souligné que la dignité de la personne devait être considérée dans toutes les situations de vulnérabilité et appelé à une attention particulière envers « les enfants dans le sein de leur mère, les personnes handicapées, les personnes âgées, les migrants et les réfugiés ».

Le lendemain matin, à la Maison Bakhita, lors d’une visite consacrée à l’accueil et à l’accompagnement de personnes en situation de fragilité, Léon XIV a insisté sur la nécessité de « voir ceux qui sont invisibles » et d’« honorer la dignité infinie de chaque frère et sœur ». Il a également déclaré : « Personne n’est si pauvre qu’il n’ait rien à donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir. » Dans ce même discours, il a repris l’allégorie de saint Paul sur le corps humain, image de la société : « Les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables ». Il en a fait une illustration de l’interdépendance entre les personnes et de la place que chacune doit pouvoir occuper au sein de la communauté.

L’après-midi, après avoir béni de nombreux bébés avenue des Champs Elysées, il a également encouragé, lors de son homélie place de la Concorde, ceux qui s’engagent « en faveur de la vie, de la famille, de la vérité, de la paix ».

À Lourdes, le pape s’est adressé directement aux personnes malades et à leurs accompagnateurs, il a rappelé que « la personne humaine est digne, par le simple fait qu’elle existe » et que « sa dignité ne se mesure pas et ne se discute pas ». Face aux souffrances liées à certaines pathologies, il a déclaré : « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. Il faut, au contraire, veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. » Et a insisté : « Personne n’a le droit, jamais, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

Il a ensuite appelé les soignants à être des « serviteurs passionnés de la vie ». Il a également encouragé le développement des soins palliatifs et de la recherche et demandé que les malades soient accompagnés « avec tendresse ». Aux personnes malades présentes à Lourdes, il a dit : « Vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité. »

À Metz enfin, le pape s’est adressé aux jeunes : « Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir ! » puis il a enchaîné, dans le contexte de l’hiver démographique qui frappe l’Europe : « N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. »

Comment ne pas être frappé du grand écart entre ces paroles ou ces gestes et la situation de la France, aux plans législatif, politique et social ? Aux deux frontières de la vie, celle des plus fragiles est plus que jamais menacée. L’exclusion anténatale des fœtus porteurs de handicap est massive ; une loi légalisant le suicide assisté et l’euthanasie vient d’être promulguée. Dès 2007, Didier Sicard, alors président du Comité consultatif national d’éthique, avait eu le  courage de le reconnaitre cet enjeu pour le début de la vie : « Osons le dire : la France construit pas à pas une politique de santé qui flirte de plus en plus avec l’eugénisme. » On a beau jeu de s’effarer de Sparte, où l’on exposait les nouveau-nés jugés non conformes, et d’avancer que notre législation interdit l’eugénisme… En pratique, jamais la sélection anténatale n’a été si massive en France ; et ce sont à leur tour les personnes plus éprouvées qui sont menacés par la prétendue « aide à mourir » d’une auto-exclusion qui amputerait la fin de leur vie.

Sur ces sujets « sociétaux », certains commentateurs du voyage ont cru devoir pointer un décalage entre les propos du pape et l’adhésion des fidèles. Et de se réjouir que le saint père n’ait pas d’influence sur des lois « démocratiquement votées ». Mais, d’une part la démocratie se dénature dès qu’elle valide une atteinte aux droits fondamentaux de la personne, et, d’autre part – ce voyage l’a suggéré – le refus de trier leurs enfants reste une constante chez la plupart des fidèles catholiques. Ainsi s’explique le nombre de personnes porteuses de trisomie 21 présentes dans les familles et au cœur des foules de ce voyage. Par son attention, Léon XIV leur a donné droit de cité. Faut-il s’en étonner ? Dès l’origine du christianisme, les chrétiens se distinguaient de leurs contemporains par l’accueil des enfants hors-norme. Au second siècle de notre ère, l’auteur de la lettre à Diognète l’observait : « Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. »

A la maison Bakhita, le pape a confirmé ce renversement des valeurs : « L’histoire de l’Église et de l’humanité, à y regarder de plus près, n’est pas écrite par ceux qui donnent l’impression de vaincre en s’imposant et en occupant l’espace, mais par ceux qui “font de la place”, instaurent des processus de paix, suscitent la confiance et encouragent la vie. » Même si le pape a logiquement étayé ses appels de références spirituelles et bibliques, il a pris soin de leur donner, par ses arguments, une résonnance universelle, c’est-à-dire accessible à toute personne de bonne volonté. C’est également la posture d’Alliance VITA, solidaire des plus fragile, qui répète que le droit de vivre devrait transcender tous les clivages et mobiliser l’humanité tout entière. Se soucier des plus fragiles et les soutenir, n’est-ce pas faire preuve d’humanité ?