23-10-2014

Sédation profonde jusqu’au décès : gare à l’euthanasie masquée !

Alliance VITA prend acte du nouveau rapport du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) sur le débat public concernant la fin de vie.

Certaines recommandations rejoignent sa demande, de conduire une politique ambitieuse de développement de culture palliative. C’est un choix politique qui demande des moyens concrets, comme par exemple la présence d’infirmières de nuit dans les EHPAD. Pour Alliance VITA, le temps n’est donc plus à un rapport de plus, mais à des actes concrets qui relèvent du gouvernement. De rapport en rapport, la France prend du retard sur des recommandations consensuelles tout en laissant le débat se focaliser sur le sujet de l’euthanasie.

Or, sur ce sujet justement, la conclusion de ce texte appelle d’importantes réserves : dramatisation outrancière de la situation de la fin de vie en France, et orientation vers une euthanasie masquée par la promotion d’un prétendu droit à une sédation profonde jusqu’au décès.

Pour Tugdual Derville, Délégué Général d’Alliance VITA : « La focalisation du débat sur la question de l’euthanasie tend à occulter les vraies questions qu’il est temps de régler au sommet de l’Etat. Or, certaines assertions du CCNE nous surprennent : est-ce vraiment sérieux d’affirmer qu’ « une immense majorité des personnes en fin de vie » endurerait « une situation d’abandon »,  et qu’ « une très grande majorité de nos concitoyens » aurait une « fin de vie insupportable » (p.5 du rapport) ? Pareil constat outrancier alimente la peur, voire une panique devant la mort, qui déstabilise profondément notre société.

Certes, nous demandons depuis des années une politique plus ambitieuse sur la fin de vie, mais il faut aussi reconnaitre les immenses progrès faits dans la lutte contre la douleur et l’accompagnement. Pourquoi noircir à ce point le tableau ? En quoi mourir serait devenu « insupportable » dans les sociétés occidentales ? 

Le CCNE semble tirer de ce constat la promotion de ce qu’il nomme la « sédation profonde jusqu’au décès ». C’est une grave dérive. Nous sommes favorables à la sédation « en phase terminale » : elle doit être prudente, réévaluée selon les critères déontologiques des personnels de santé. Ils peuvent même prendre le risque que la mort survienne plus vite. Mais nous contestons formellement l’euthanasie masquée que constitue la « sédation terminale »  telle qu’elle est décrite dans le rapport, et promue en complément non seulement des arrêts de traitements (ce qui est légitime) mais aussi d’arrêts délibérés d’alimentation et d’hydratation. 

D’abord la sédation terminale est une forme d’euthanasie car il s’agit d’un moyen de provoquer délibérément la mort, quel que soit le moyen employé. Les deux critères qui définissent l’euthanasie sont en effet l’intention de provoquer la mort et ce résultat.

Ensuite les promoteurs de l’injection létale auront beau jeu de dénoncer l’hypocrisie d’une euthanasie qui ne dit pas son nom. C’est déjà leur argument pour obtenir les étapes suivantes : l’euthanasie par injection létale ou le suicide assisté.

Nous alertons enfin sur l’articulation entre des directives qui deviendraient « contraignantes » et ce prétendu droit à la sédation terminale : cela aboutit à faire injonction au médecin d’administrer la mort. 

Alliance VITA lancera, à partir du 3 novembre, une grande campagne d’explication dans toute la France pour alerter contre cette menace d’une euthanasie masquée. S’il le faut, nous inviterons avec d’autres mouvements les citoyens de toute sensibilité et de tout métier à descendre dans la rue, unis autour d’une même demande : ni acharnement thérapeutique, ni euthanasie, mais accompagnement des patients dans la dignité jusqu’au terme de leur vie. »

Alliance VITA anime le service d’aide et d’écoute SOS Fin de vie (www.sosfindevie.org).  L’association intervient régulièrement dans le débat public sur les questions relatives à la fin de vie, au deuil et au suicide. Elle a été auditionnée dans le cadre de la mission Sicard (2012) et plus récemment par la mission Claeys/Leonetti (2014). Tugdual Derville, son Délégué général, est auteur de « La Bataille de l’euthanasie » Salvator, 2012.

 

       

Pour aller plus loin :

Rapport du CCNE sur le débat public concernant la fin de vie

Leonetti – Claeys : Alliance VITA auditionnée par la mission fin de vie

Observatoire Fin de Vie, rapport 2013