Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA, était l’invité de Chantal Lorho sur RFI, le 27 mai, dans l’émission « les Religions du monde » pour débattre du sujet de la fin de vie et de l’euthanasie.

Quelques verbatim issus de l’émission :

« Je pense que c’est une ligne rouge que de passer à l’acte pour un médecin : qui suis-je pour tuer ? qui suis-je pour faire ce geste qui ne correspond pas à la déontologie médicale, qui aussi interdit ce qu’il pourrait arriver après ? »

« Pour moi, la prévention du suicide ne doit pas avoir d’exception, surtout dans les cas les plus ultimes. On le voit pour la légalisation qui s’est passée en Belgique en 2002, pour des cas extrêmement encadrés au démarrage, on arrive à un total de plus de 15000 euthanasies, on arrive à une loi qui a autorisé l’euthanasie des enfants, sans limite d’âge, et la commission de contrôle n’a jamais, ou presque, porté devant la justice les euthanasies non déclarées.« 
« Il y a des euthanasies clandestines qui se sont développées très fortement, jusqu’à 42% dans certaines régions. On lève les tabous, ça devient très difficile de résister : ce que nous voyons c’est qu’une porte entrouverte est une porte ouverte, et ça glisse ensuite comme on le voit aujourd’hui.

« Il y a un choix truqué qui trompe les Français ; on leur fait croire qu’il faudrait choisir entre et mourir et souffrir, alors que nous avons les moyens [de soulager la souffrance]. C’est un scandale lorsqu’une personne demande la mort car elle souffre, cela veut dire que sa douleur n’est pas bien traitée, que sa souffrance morale, sociale, éventuellement spirituelle, n’est pas bien traitée. On a cette nécessité de se faire solidaires de ceux qui souffrent. »

« [Dans le cadre de] la loi révisée Claeys-Leonetti, à Alliance VITA nous avons été très prudents et réticents face à cette notion d’un droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès ; considérant que la sédation est parfois nécessaire à titre tout à fait exceptionnel, parce qu’elle enlève toute liberté d’échange, de relation ; quand effectivement les souffrances sont réfractaires, il peut être nécessaire, en expliquant bien à la personne, de la sédater afin de la soulager, quand on ne peut vraiment pas faire autrement. Mais nous sommes inquiets si la sédation est utilisée pour déguiser une forme d’euthanasie, et nous l’avons dénoncé. »

« Alliance VITA a proposé un formulaire très pédagogique de directives anticipées, nous croyons que la fin de vie est un sujet extrêmement complexe ; on ne peut pas résoudre cette complexité simplement avec cette notion de sédation, voire de directives anticipées, qui heureusement en France sont contraignantes mais non pas opposables, parce que le patient ne peut pas être un prescripteur ; c’est le médecin qui a la connaissance. »

« À partir du moment où on ouvre la porte à certains types de douleurs ou de souffrances, ce n’est plus la maladie qui tue, mais le médecin, qui transgresse dans une forme de toute-puissance, ça devient extrêmement difficile pour une personne fragile de résister à une pression collective. Des associations, en Belgique, demandent désormais qu’une personne de plus de 75 ans, « fatiguée de vivre », puisse avoir accès à l’euthanasie. On voit bien que de glissement en glissement, ça pousse les personnes vers l’exclusion. »

« Nous avons en France un problème monumental de personnes âgées dans des EHPAD qui sont parfois abandonnées par leurs proches ou par nous tous, avec des difficultés énormes ; quel sens allons-nous pouvoir donner à la vie de ces personnes, si se développe cette culture qui laisse accroire que des personnes, passé un certain âge, ne sont plus vraiment dignes de rester parmi nous ? C’est un grand risque. »

« Une société qui refuse l’euthanasie doit aussi lutter contre l’ euthanasie sociale des personnes âgées, leur exclusion, leur ghettoïsation. On ne peut pas à la fois leur dire « Prenez place dans la société » et ne pas leur donner cette place. Dans nos pays nous trouvons parfois des personnes âgées décédées à domicile plusieurs mois après, ce qui veut dire qu’elles n’étaient plus socialisées, c’est un scandale. C’est un défi, qui doit nous mobiliser pour que nous soyons solidaires de ces personnes, plutôt que de les laisser de côté. »