Personnes âgées et Covid : 1er bilan de la commission d’enquête parlementaire

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Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et rapporteur de la commission d’enquête parlementaire chargée d’évaluer la gestion et les conséquences de l’épidémie de Covid-19, a dressé un premier bilan à l’Assemblée nationale le 28 juillet, après six semaines d’auditions.

Quels sont les premiers constats ?

La France était mal préparée et n’a pas anticipé cette crise majeure, comme le révèle l’évolution du stock de masques de notre pays dans les dix dernières années. A partir de 2013, une nouvelle doctrine du Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN) rend tous les employeurs, dont ceux des établissements de santé, responsables de la constitution du stock de masques, sans que les acteurs des hôpitaux publics, privés et des établissements médico-sociaux n’en aient été informés. C’est ainsi que le stock de 2,9 milliards de masques que la France avait en 2009 est tombé à 100 millions au début de la crise.

En 2018, la Direction Générale de la Santé, alertée sur l’état des stocks de masques quasiment tous périmés, n’en commandera que 50 millions soit 0,05 pour cent des besoins alors évalués à 1 milliard de masques pour répondre à une pandémie grippale.

À partir de janvier 2020, il semble que l’ampleur de la crise sanitaire n’a pas été évaluée à sa juste mesure par les scientifiques et par le pouvoir exécutif. L’activation du plan pandémie, au mois de mars seulement, a été trop tardif. Le déficit de tests au début de la crise a été un facteur majeur de la propagation de l’épidémie. Mi-mars, la France n’avait testé que 12 000 personnes alors que l’Allemagne avait déjà réalisé 500 000 tests. Ce manque de réactivité est en partie lié, d’après le rapporteur, à d’inutiles compétitions entre laboratoires et à des blocages administratifs. Pour lui, la crise a été aggravée par la « bureaucratie » française qui a empêché une forte réactivité à la pandémie.

Y a-t-il eu des tris de patients ?

L’hôpital s’est adapté à l’épidémie en reprogrammant quasiment tous les soins hors Covid, ce dont les effets collatéraux ne sont pas encore évalués.

Ce qui ressort des analyses chiffrées, c’est une chute du nombre de personnes âgées en service de réanimation qui questionne. Pour le rapporteur interrogé par le journal Le Monde : « Au pic de la crise, début avril, le nombre des personnes âgées de plus de 75 ans admises en service de réanimation chute brutalement. Nous passons de 25 % en moyenne (à la même période, au cours des années précédentes) à 14 % pendant la crise, et même à 6 % en Ile-de-France. Notre système a donc bel et bien été débordé. On a réduit les chances des personnes âgées. Beaucoup auraient pu vraisemblablement être sauvées. C’est grave. »

De nombreux médecins coordonnateurs d’EHPAD ont regretté l’absence de matériel de protection (masques, blouses…) au début de la crise. L’hospitalocentrisme qui caractérise le système de santé français a eu des conséquences sur la population : les tests n’étaient réalisés qu’à l’hôpital en début de crise et les laboratoires privés écartés. De même, 60 000 médecins libéraux ont été peu mis à contribution alors que le SAMU a été sur-sollicité.

Ces éléments du premier bilan de la commission d’enquête parlementaire confirment l’alerte lancée par Alliance VITA dès le 26 mars 2020, dans un communiqué de presse, contre les discriminations à l’égard des personnes âgées et le risque d’euthanasie en période de crise sanitaire : « Alliance VITA demande aux pouvoirs publics de comptabiliser les décès par Covid-19 des personnes âgées, de donner accès aux tests de dépistage à tout citoyen sans limite d’âge, et de réaffirmer que chaque patient a le droit, à tout âge, d’être soulagé et soigné sans être tué. »

D’après ce premier bilan, la France semble à présent mieux préparée à affronter un éventuel rebond de la pandémie. Cependant plusieurs aspects structurels doivent évoluer : la médecine de ville devra être mieux associée à la gestion de crise, la réserve sanitaire davantage mise à contribution, et les services de réanimation adaptés dans la durée.

L’urgence semble avant tout de mieux prendre en compte les personnes âgées qui ont le plus souffert de la crise, de renforcer la médicalisation des EHPAD, et de valoriser les services de soins et d’aide à domicile.

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