PMA et ICSI, une surenchère technicienne et consumériste ?

PMA ICSI

La médecine de la procréation assistée aurait-elle trop souvent recours à des techniques inutiles et coûteuses ?

C’est le travail de recherche qu’ont mené des chercheurs australiens qui viennent de publier leur étude dans la revue The Lancet, notamment autour du recours à l’ICSI.

D’après ces spécialistes de la Fécondation in vitro (FIV), la FIV standard convient à la plupart des situations. Cette méthode demande à la femme de subir une stimulation ovarienne puis une ponction, pour recueillir, si cela est possible, un nombre d’ovocytes suffisant pour procéder ensuite à la fécondation in vitro, en mettant simplement en commun en éprouvette les ovocytes avec le sperme du conjoint.

Depuis 1992, la technique dite « ICSI » (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes) est aussi utilisée. Elle revient à forcer l’introduction d’un spermatozoïde à l’intérieur de l’ovocyte, à l’aide d’une micro pipette. Elle a été développée pour les situations d’infertilité masculine où le nombre de spermatozoïdes est extrêmement faible. Dans ce cas, le phénomène de « sélection » naturelle des spermatozoïdes que réalise l’ovocyte est effacé.

Bien que la FIV classique soit suffisante, la plupart du temps, on observe, dans le monde, un recours de plus en plus fréquent à l’ICSI, un surcoût et une prise de risques qui ne seraient pas justifiés.

D’après Robert Norman, professeur de médecine reproductive à l’Université d’Adelaïde et Ben W. Mol, professeur de gynécologie et d’obstétrique « Aux États-Unis, entre 1996 et 2012, l’utilisation de l’ICSI est passée de 15% à 67% des couples dans lesquels l’homme a pourtant un nombre de spermatozoïdes normal. En Australie, environ 60% des cycles utilisaient l’ICSI en 2018. En Europe, environ 70% des cycles de FIV utiliseraient l’ICSI ».

Source : https://theconversation.com/standard-ivf-is-fine-for-most-people-so-why-are-so-many-offered-an-expensive-sperm-injection-they-dont-need-158227

L’ICSI se généralise de plus en plus. Même dans des situations où l’infertilité n’est pas masculine. Pourtant, d’après cette étude, cette technique n’augmente pas le taux de succès des fécondations in vitro en présence d’un nombre normal de spermatozoïdes.

Entre le 16 mars 2018 et le 12 août 2019, les chercheurs à l’origine de cette étude ont attribué au hasard aux 1064 couples se présentant pour une assistance médicale à la procréation, le recours ou non à l’injection intra cytoplasmique de spermatozoïdes. 532 fécondations se sont faites avec ICSI contre 532 en FIV conventionnelle. Dans le groupe ICSI, 35% couples avec ICSI ont eu la naissance d’un enfant vivant, 31% avec la FIV classique. 

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