Cultiver le silence – Philippe Pozzo di Borgo

Philippe Pozzo di Borgo, dont l’histoire a inspiré le film Intouchables, nous livre ici son témoignage : cultiver le silence donne la conscience du temps qui passe. Immobile depuis 25 ans suite à l’accident qui l’a laissé tétraplégique, il découvre que l’immobilité est facteur de relation.

“Dans notre société moderne, on court après le temps, on doit gagner du temps, c’est même le critère de la performance. Il n’y a pas de temps pour le temps perdu. Occuper le temps, induit la frénésie du mouvement, du bruit et du vide. C’est à l’opposé de l’harmonie et du goût d’être. Ce temps qui manque est une névrose collective qui va jusqu’à menacer l’intégrité physique des individus. Avec les nouveaux outils informatiques, le numérique, le temps est aboli. Mais cette communication permanente, instantanée n’est pas une relation ; la relation ne peut se faire que dans le temps réel, dense. Les réseaux sociaux, le numérique sont des supports de solitude juxtaposés ; il ne peut y avoir de lien social s’il ne s’inscrit pas dans le temps présent, avec pesanteur, lenteur et pudeur. Cette notion du temps concentré dans le présent, qui s’étire à l’infini de l’instant, nourrit notre goût d’être en abondance. ce temps s’oppose à celui de la plannification, de l’organisation, d’un temps rétréci toujours en manque, insuffisant, précipité.”
– Philippe Pozzo di Borgo, Le retour gagnant – à paraître.

 

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