10/10/2025

GPA : des femmes « concernées » témoignent au Sénat

Un colloque sur la réalité de la GPA s’est tenu au Sénat le 4 octobre 2025 et a donné la parole à des « mères porteuses ». Co- organisé par la CIAMS (Coalition Internationale pour l’Abolition de la Maternité de substitution), le Conseil National des Femmes Françaises (CNFF) et Stop Surrogacy Now UK, cette rencontre visait à mettre en lumière les conséquences de la GPA sous toutes ses formes.

En introduction, la sénatrice socialiste du Val-de-Marne, Laurence Rossignol a rappelé dans son intervention enregistrée l’enjeu fondamental dans ce lieu emblématique : « ce colloque se tient dans le lieu même où se fabrique la loi. Notre devoir est de protéger les femmes et les enfants ». Ana Luana Stoicea Deram, cofondatrice et coprésidente de la CIAMS, a ensuite pris la parole pour honorer le courage des femmes qui ont accepté de venir témoigner. « Pour la première fois, le Sénat accueille la parole de celles qu’on n’entend jamais : les femmes qui ont porté un enfant pour autrui. »

Paroles de femmes

Quatre femmes venues d’Argentine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de France se sont succédé en donnant leurs témoignages bouleversants.

  • Alejandra, de nationalité Argentine, témoigne en Espagnol avec beaucoup de larmes. Sous la contrainte économique, sans titre de séjour, elle est devenue victime de traite humaine :

« J’étais heureuse de les aider à devenir parents et qu’ils m’aident à devenir mère à nouveau. J’ai accepté ce beau projet. Un ami m’a parlé de m’épouser pour faciliter l’obtention des papiers en France. Nous formerions une famille à trois en Europe. J’occuperai un étage de leur grande maison et eux l’autre et nous élèverions l’enfant ensemble. »

Depuis 2023, Alejandra se bat en France pour retrouver sa place dans la vie de son fils qu’elle peut voir aujourd’hui deux heures tous les 15 jours sous la surveillance des services sociaux. Elle espère un jour être réunie avec son enfant qui a déjà deux ans.

  • Christian (USA) témoigne avoir ressenti un lien très fort et un sentiment de protection envers le bébé pendant sa grossesse. L’accouchement a du être provoqué en raison d'une prééclampsie, complication fréquente des grossesses par FIV avec mère porteuse.

« Mon corps me disait sans cesse que ce bébé m’appartenait, et je ne pouvais l’expliquer à personne. L’agence, ma famille et mes amis me disaient qu’il n’était pas le mien, je me sentais très isolée. J’ai tenu le bébé une fois ; c’était un garçon. Nous avons pris des photos avec ma famille. C’était en 2018. (…) Je regrette profondément d’avoir accepté d’utiliser mon corps de cette manière. J’étais vulnérable et personne ne m’a défendue. »

  • MarieAnne (Royaume Uni) prend à son tour la parole :

« J’ai accepté de devenir mère porteuse pour ma cousine. Elle était comme une sœur pour moi. Je savais qu’elle était atteinte d’un cancer. Il y a quelques années, elle m’avait dit qu’elle avait créé des embryons. Elle m’a demandé « peux-tu m’aider ? » je lui ai répondu que je l’aiderais seulement si elle me laissait par la suite un contact avec l’enfant. Elle m’a regardé dans les yeux et m’a répondu « bien sûr, il y a de la confiance entre nous, tu sais ? tu seras la marraine de l’enfant. » plus tard, ces mots allaient me hanter… après la naissance, on m’a présenté des documents juridiques que j’ai été contrainte de signer. Le moment était très mal choisi : je tentais encore de me remettre de l’accouchement. Imaginez devoir entraîner votre corps et votre esprit pendant neuf mois à croire que vous n’êtes pas la mère de l’enfant que vous mettez au monde. Toutes les mères porteuses doivent le faire. Puis après cela on vous présente un document stipulant que vous n'êtes pas la mère et on vous contraint à le signer. C’est le côté sombre de la maternité de substitution au Royaume-Uni, dont on ne parle pas car la plupart des femmes sont soumises à des clauses de confidentialité qui les empêchent d’en parler. L’enfant est une fille née en 2014, je ne l’ai pas revue depuis qu’elle est née. On m’a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique complexe et j’ai suivi une thérapie pour atténuer certains des traumatismes directement liés à la maternité de substitution. L’impact s’est également répercuté sur mes enfants, ils ont endossé le rôle de parents car je n’étais pas en mesure de m’occuper d’eux. En essayant d’aider une autre famille, ils ont détruit la mienne. »

  • Julie, française, témoigne à son tour et se présente comme une militante LGBT, qui a voulu aider un couple d’hommes à devenir parents. Elle dit qu’elle s’est sentie seule pendant la grossesse, sans soutien. Le père a imposé qu’elle soit séparée du bébé la première nuit après la naissance de l’enfant dont elle est aussi la mère biologique. Pour respecter sa parole, elle consent à donner son enfant sur le parking en sortant de la maternité. Pour son corps, c’est comme un deuil. Aujourd’hui elle se définit comme un « déchet de la GPA ». Les visites ont été de plus en plus rares et courtes jusqu’à ce que Julie soit privée de tout lien avec son fils pendant 10 mois. Plus tard elle est qualifiée de « simple génitrice » par un procureur, elle dit : « Mon fils m’a été volé ; je me bats pour retrouver mon statut de mère ».

La face cachée de la GPA

Dans un débat monopolisé par les « parents d’intention », quatre femmes ont pu partager ce qu’elles ont vécu. Elles décrivent une réalité dissimulée : celle d’une maternité confisquée, d’une promesse trahie, d’un corps traité comme un outil de production. Certaines s’étaient engagées par altruisme, croyant accomplir un acte de générosité. Toutes ont découvert la solitude, la culpabilité et la souffrance de la séparation. Elles se battent toutes les quatre aujourd’hui pour retrouver une place dans la vie de leur enfant.

Un système d’exploitation mondialisé

Les interventions de trois avocats ont mis en lumière la gravité juridique et humaine de la GPA.

Me Le Gouvello, représentant Julie, a rappelé que le contrat de GPA est nul en droit français et que les commanditaires devraient être poursuivis pour incitation à l’abandon d’enfant (article 227-12 du Code pénal). Pourtant, en pratique, la justice soupçonne les mères d’incapacité parentale parce qu’elles ont accepté la gestation pour autrui.

Me Constance Ambroselli, l’avocate d’Alejandra dénonce la « GPA clandestine sur le sol français » et rappelle que la justice doit protéger la mère et l’enfant, non les commanditaires.

Me Castro Montesinos, spécialiste de l’Amérique latine, a décrit un véritable « eldorado de la GPA » : absence de lois, exploitation des femmes vulnérables, profit financier.

Dans plusieurs pays, derrière les façades légales ou altruistes, la même logique s’impose : celle du profit, de la marchandisation, de l’exploitation de la vulnérabilité.

Un combat politique et féministe

En conclusion, Hélène Bidard, adjointe à la Maire de Paris, a dénoncé la tentation de banaliser la GPA sous couvert d’« éthique ». « Parler de GPA éthique, c’est comme parler d’esclavage éthique », a-t-elle déclaré. « Le véritable progrès n’est pas celui du marché, mais celui de l’émancipation et du respect du corps humain. »

Un appel à la responsabilité : écouter les concernées, c’est refuser la marchandisation du vivant

Au-delà des témoignages, ce colloque a révélé un consensus clair : cesser de présenter la GPA comme un simple mode de procréation ou un « progrès sociétal ». Les femmes qui vivent la GPA ne sont pas des héroïnes modernes, mais des victimes d’un système qui instrumentalise la générosité et la précarité. La maternité de substitution manque de respect aux femmes en les déshumanisant et en monétisant leur corps.

Le rapport de l’ONU recommandant l’interdiction de la GPA présenté ce 10 octobre 2025  à la Troisième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies par la rapporteuse spéciale Reem Alsalem a donné un écho mondial à ces paroles : « les États et les autres parties prenantes s’emploient, au niveau international, à prendre des mesures en vue d’éradiquer la maternité de substitution sous toutes ses formes ».  Le rapport conclut que la GPA est une forme d’esclavage et de traite des personnes. A la suite du parlement européen qui considère la pratique de la maternité de substitution comme un crime de traite humaine, ce rapport est une étape fondamentale dans le combat pour son abolition universelle.  Est-ce que ce rapport aura bientôt des conséquences dans l’application du droit français ?

 

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