23/04/2026

Sélection des embryons par DPI-A : des sociétés américaines visées par des plaintes

Alors que l’élargissement du DPI et du DPI-A émerge dans le débat français, à l’occasion des Etats généraux de la bioéthique, des entreprises américaines se voient attaquées par des clients.

Un article dans The Independant révèle en effet que deux sociétés de tests génétiques du New Jersey seraient poursuivies en justice par des patientes qui affirment avoir été induites en erreur. Ces recours collectifs sont portés contre Genomic Prediction et CooperGenomics.

Mais en réalité, dès 2024, des plaintes du même ordre avaient déjà été déposées contre d’autres sociétés : CooperGenomics mais aussi contre CooperSurgicalThe Cooper CompaniesReproductive Genetic InnovationsLLCProgenesis, Inc. et Natera, Inc.

Que s’est-il passé ?

Aux Etats-Unis, le recours au diagnostic pré-implantatoire est possible sans raison médicale, ces pratiques sont en usage libre, moyennant plusieurs milliers de dollars. Des couples, pas forcément infertiles, choisissent de passer par des fécondations in vitro suivies de tests de sélection menés sur leurs embryons afin de les trier. En utilisant en particulier le DPI-A qui vise à contrôler le nombre de chromosomes détectés dans la ou les cellules prélevées sur l’embryon.

Pourquoi des couples choisissent d’utiliser ces tests ?

Ces entreprises contribuent à véhiculer l’idée que le DPI-A permettrait d’améliorer les chances de succès lors des parcours de FIV et permettrait de réduire le taux de fausses-couches.

Quelle est la nature de ces plaintes ?

La plainte est accessible en ligne. Elle concerne deux axes principaux. D’abord, les fausses déclarations de ces entreprises, qui ont omis de mentionner les limites de ces tests et de prévenir leurs usagers que la pertinence du DPI-A n’était pas établi par la science. Ensuite, certains plaignants regrettent d’avoir pris des décisions importantes concernant le devenir de leurs embryons, comme celui d’avoir peut-être éliminé des embryons viables.

Les poursuites judiciaires portent donc sur les pratiques de marketing trompeuses. Les sociétés sont accusées d’avoir agi de manière à induire les clients en erreur. En effet, elles allèguent que les tests de DPI-A sont d’une fiabilité scientifiquement attestée, ce qui n’est pas vrai. D’après l'avocate Allison Freeman, les sociétés « ont commercialisé le DPI-A en avançant des affirmations sur sa précision, son efficacité et l'amélioration des résultats de la FIV qui n'étaient pas suffisamment étayées par la recherche scientifique et la validation clinique ».

L’impact de cette pratique est important : il aboutit à implanter ou à rejeter des embryons

D’après l’avocate des plaignants : « Les gens sont vulnérables, ils veulent désespérément avoir un enfant et donc quoi qu'on leur propose, ils y souscrivent. L’une des plaignantes, Maureen Ewing, confie que pendant son parcours de FIV, elle a reçu une brochure de Genomic Prediction, vantant le test comme étant une méthode éprouvée pour éviter les fausses couches et augmenter la chance de donner naissance à un bébé en bonne santé, en déterminant quels embryons sont les mieux adaptés à l'implantation. Elle s’est laissé convaincre.

Plus tard, elle découvrira le témoignage d’une femme qui a déclaré avoir choisi de garder et d’implanter un embryon que pourtant un test DPI-A avait catégorisé comme anormal, mais qu’elle avait donné naissance à un bébé en bonne santé. Maureen a donc appris l’existence de faux positifs, et l’idée qu’à cause de cela, elle ait rejeté certains de ses embryons l’a bouleversée. D’après maitre Freeman, d’autres patients affirment que les embryons qu’ils ont écartés après avoir reçu des résultats de test anormaux « auraient pu être viables ».

Les plaignants réclament la compensation des pertes financières

Dans un entretien accordé au Monde en janvier 2026, le professeur Stéphane Viville, responsable de l’Unité de génétique de l’infertilité des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, spécialiste de biologie de la reproduction et des causes génétiques de l’infertilité, a cité l’utilisation du DPI-A pour améliorer le taux de grossesse comme l’exemple d’une pratique qui tient plus du business que de la médecine. Certains centres pratiquent une surenchère de ce qui peut être proposé et vendu aux couples.

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