« Cellules souches : un fragile équilibre pulvérisé »

Pour Arnold Munnich, professeur à l’université Paris-Descartes et chef du département de génétique de l’hôpital Necker-Enfants malades, cette loi (…) « n’apporte rien à la recherche mais constitue, par contre, une régression de taille dans notre niveau de conscience et de vigilance collective. C’est une victoire idéologique à courte vue pour des associations militantes et des lobbys scientifiques, toujours prompts à rendre la prétendue coercition réglementaire responsable de nos modestes performances dans la compétition internationale. »
En outre, pour lui, (…) « la réglementation actuelle n’a pas bridé la recherche. (…) Chaque fois que la question était pertinente et le problème bien posé, les dérogations ont été accordées. Pas un seul projet de recherche de qualité n’a été interdit. »
En conclusion, (…) « cette loi est une faute contre l’esprit, car elle érige l’exception en règle générale. (…) Cette disposition législative s’apparente davantage à un tour de prestidigitation, à de l’illusionnisme, qu’à une véritable avancée. On le verra dans quelques mois, elle n’aura guère d’impact car les chercheurs peuvent déjà mener les recherches qu’ils souhaitent. Par contre, cette loi aura profondément et durablement blessé de nombreux Français, pour qui on ne joue pas avec le respect de la dignité de la vie. »
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Bonnemaison en cour d’assises ?

Bonnemaison en cour d’assises ?

Le Parquet de Bayonne a remis début août 2013 son réquisitoire définitif et demande le renvoi en cour d’assises du docteur Bonnemaison, ce médecin urgentiste accusé de 8 cas d’empoisonnement de personnes âgées à l’hôpital de Bayonne en 2011. 

Les deux juges d’instruction chargés de l’affaire devraient rendre leur ordonnance de règlement fin août-début septembre, et suivre en partie ou totalement ces réquisitions du procureur de la République. Un éventuel procès en assises pourrait se tenir à Pau au second trimestre 2014.

Le médecin urgentiste, 52 ans, fils d’un chirurgien chef de clinique du Pays basque, aurait utilisé des médicaments d’anesthésie (Norcuron et Hypnovel) stockés dans une armoire à pharmacie de la réanimation et des urgences. Il a été suspendu de l’Ordre des médecins en novembre 2011, puis radié de l’Ordre en janvier 2013 (une procédure d’appel est en cours).

Nicolas Bonnemaison n’a pas nié les faits, déclarant avoir « pleine conscience de la gravité des actes » reprochés. Il a toujours assuré avoir agi seul et ne pas agir en militant. Pourtant, ses avocats viennent d’expliquer que « Nicolas Bonnemaison est prêt à se défendre devant un jury populaire s’il le faut, de façon à poser les vraies questions de l’euthanasie sans hypocrisie ».

Le ministre des personnes âgées, Michèle Delaunay, a également pris position hieren se disant « convaincue que les intentions du Dr Bonnemaison n’étaient pas celles d’un meurtrier ou d’un empoisonneur mais celles d’un médecin qui a pris des responsabilités qu’il conviendra de juger ».

Le procès du docteur Bonnemaison risque donc d’être utilisé comme un cas symbolique dans le débat public sur la fin de vie qui va être organisé en France à partir de l’automne 2013. Ce débat national serai suivi d’un projet de loi « pour compléter la loi Leonetti », selon les annonces du président Hollande à la suite du rapport du CCNE le 1er juillet dernier.

iPS : essais cliniques au Japon

Première mondiale : le ministre japonais de la Santé a autorisé le 19 juillet 2013 des essais cliniques sur l’homme à partir de cellules reprogrammées iPS.
La demande remonte au 28 février 2013 et a été déposée par le Ricken, l’un des plus grands instituts de recherche scientifique japonais. Elle concerne une étude sur une maladie de dégénérescence de la vue (DMLA) qui sera conduite sur 6 patients qui ne réagissent pas aux traitements classiques. Elle consiste à générer des cellules iPS à partir de chaque patient, qui seront ensuite dérivées en cellules d’épithélium pigmentaire (rétine) pour régénérer des vaisseaux sanguins abimés. Ce processus devrait durer 8 à 10 mois avant de pouvoir procéder à l’opération chez chaque patient.
C’est une avancée très prometteuse scientifiquement mais aussi éthiquement puisque l’utilisation des cellules iPS « ne pose pas de problème éthique fondamental, au contraire des cellules souches prélevées sur des embryons humains » comme le souligne l’AFP.
Le Japon investit d’importants moyens financiers dans les recherches sur les cellules iPS qui sont devenues une priorité. Cette nouvelle avancée intervient alors que la France vient de lever le principe d’interdiction de recherche sur l’embryon, celle-ci n’ayant pourtant donné aucun résultat probant à ce jour (cf CP Alliance VITA).
Pour en savoir plus sur l’aspect scientifique de ces essais cliniques, voir le site bulletins-electroniques.com.

Recherche sur l'embryon : débat confisqué

Interview de Caroline Roux, secrétaire générale d’Alliance Vita, qui nous explique sa déception face au manque de débat. Vous pouvez retrouver cette interview sur Newsring.

Autoriser les recherches sur les cellules souches embryonnaires et les embryons humains est à la fois éthiquement inacceptable et injustifiable scientifiquement. En outre, nous reprochons au débat de ne pas avoir laissé place… au débat justement. La loi de bio-éthique de 2011, qui maintenait le principe d’interdiction de recherche sur les embryons, proposait la mise en place d’états généraux dans les moments d’évolutions éthiques majeurs. La science a beaucoup avancé, que ce soit sur les cellules du sang de cordon, sur les cellules souches adultes, sur les cellules reprogrammées dites IPS. Cela aurait donc valu la peine d’en discuter vraiment.

La loi de 2011 était déjà loin d’être idéale. Nous nous y étions déjà opposés car, sur le principe, nous sommes contre l’utilisation de l’embryon humain – un être humain à son tout premier stade – comme un matériel de laboratoire. L’interdiction de principe (avec ses dérogations) permettait de garder une protection symbolique de l’embryon. Ce projet de loi va encore plus loin : le principe de respect de l’embryon en tant qu’être humain va devenir une exception.

Des embryons utilisés comme des cobayes

Cela pose des questions éthiques profondes. Il faut notamment s’interroger sur le stock d’embryons congelés vivants de la France. Ils sont 171.000 selon les dernières statistiques de l’Agence de biomédecine. Ces embryons sont nés d’un désir très fort et ils vont être utilisés par la recherche comme des cobayes. Cela doit interroger notre société sur une forme de toute puissance qui s’exerce sur les plus faibles, ceux qui se placent au tout début de la vie.

Les recherches sur les embryons n’ont encore rien donné, alors que les recherches alternatives sur des cellules souches adultes ont déjà eu des résultats. Plus de 90 pathologies sont soignées avec des cellules issues du sang de cordon. Certains pays ont beaucoup avancé sur les IPS , les cellules reprogrammées, qui sont beaucoup plus prometteuses. Et si un jour nous n’avions plus d’embryons surnuméraires à l’issue des fécondations in vitro, faudrait-il les créer? Nous nous retrouvons face à un problème éthique extrêmement grave.

Ce que nous demandons à Alliance Vita, c’est un moratoire sur la congélation des embryons, que les embryons surnuméraires ne soient plus congelés. Il y a quelque chose d’extrêmement injuste à maintenir figés des embryons, à vouloir arrêter le temps. On peut même avoir des embryons conçus en même temps et qui naissent à vingt ans de différence. Cela créé des abîmes d’interrogations psychologiques. Fabriquer des embryons, nés d’un désir, pour qu’ils soient finalement détruits, pose une question de société.

Soigner l’infertilité plutôt que trouver des palliatifs

Nous demandons aussi depuis des années que de vraies recherches soient menées sur l’infertilité. Il faut trouver des moyens pour vraiment la soigner au lieu de la pallier. En écoutant des couples confrontés à l’infertilité, on comprend qu’ils recherchent la possibilité de procréer naturellement pour se passer des artifices de la médecine. On peut avoir des enfants par la procréation médicalement assistée, mais la médecine n’a trouvé que des palliatifs qui ne répondent pas à la demande de soigner l’infertilité.

L’embryon étant “un autre” génétique, il pose aussi des problèmes de compatibilité au niveau des cellules pour un receveur potentiel. Avec les cellules reprogrammées, ce sont les cellules du même patient. Il n’y a donc pas de difficultés autour du rejet et donc plus de chances de succès. Penser qu’on pourrait être soigné avec ses propres cellules ouvre de plus grands horizons de réussite. C’est d’ailleurs la voie qu’a prise le Japon.

La ministre de la Justice disait que la France prenait du retard. Je suis d’accord car le pays se focalise sur un standard qu’on pensait intéressant dans les années 2000. Aujourd’hui, dans les revues de recherche scientifique, nous voyons qu’il y a toujours une prévention sur les cellules souches embryonnaires, à cause de l’aspect éthique et des problèmes de rejet. Les choses ont beaucoup évolué ces dernières années, notamment avec les recherches du Japonais Shinya Yamanaka, prix Nobel 2012 . Geron, une société américaine, a d’ailleurs abandonné ses recherches sur l’embryon car elles n’étaient pas rentables.