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Mardi 21 février, Michel Cadotte, 55 ans, a comparu au palais de justice de Montréal accusé du meurtre au deuxième degré, la veille, de sa conjointe Jocelyne Lizotte, atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Âgée de 60 ans, Jocelyne Lizotte aurait vu son état rapidement se dégrader depuis deux ans et n’était pas autonome. Elle résidait au Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Émilie-Gamelin. Son mari, qui aurait été très isolé dans les derniers moments selon les dires de son neveu, aurait « craqué » et tué sa femme par compassion pour mettre fin à ses souffrances.

Moins d’un an après le vote de la loi fédérale sur l’aide médicale à mourir légalisant l’euthanasie et le suicide assisté de manière très large sur l’ensemble du territoire canadien, le 17 juin 2016, cette histoire a relancé le débat sur l’euthanasie. Les partisans de l’euthanasie réclament vouloir élargir la loi, qu’ils dénoncent comme étant cruelle et trop restrictive. A l’heure actuelle, la loi spécifique au Québec sur les soins de fin de vie dispose que « la personne admissible, considérée comme étant à l’agonie et atteinte d’une maladie incurable, doit être lucide et donner elle-même son consentement pour obtenir une aide médicale visant à abréger ses jours ». Les personnes souffrant de différentes formes de démence, y compris les malades atteints d’Alzheimer, n’en font donc pas partie.

Au Parlement de Montréal, les deux principaux partis d’opposition, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec, réclament la tenue d’un débat public afin d’examiner la possibilité d’élargir l’application de la loi aux personnes ayant donné un consentement préalable, au moment où elles pouvaient le faire, par voie de mandat en cas d’inaptitude. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n’a pas tranché mais s’est montré ouvert. De son côté, la députée péquiste Véronique Hivon, à l’origine de la loi sur les soins de fin de vie, alerte sur les potentielles dérives d’une telle mesure demandant à toujours s’assurer que la demande initiale provienne de la personne elle-même et non des proches.

Le directeur général de l’association « Vivre dans la dignité »* fait remarquer, dans un article, que : « Le désespoir dans lequel était plongé ce pauvre homme montre bien la dure réalité que peuvent vivre les aidants qui prennent soin d’un proche atteint de la maladie d’Alzheimer. Cependant, au lieu de questionner le soutien offert pour les personnes malades et leurs proches, le débat a immédiatement été canalisé vers l’euthanasie, commodément appelée « aide médicale à mourir ».

Madame Jocelyne Lizotte aurait fait, selon ses proches, une demande d’aide médicale à mourir qui lui aurait été refusée. L’affaire reviendra devant la Cour le 17 mars prochain.

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*association qui œuvre pour la protection de la vie et de la dignité des personnes devenues vulnérables et qui lutte contre l’euthanasie.