17/09/2026

Don de gamètes : « oui, mais pas de moi »

Baromètre de l’ABM sur le don de gamètes

Ce 8 septembre 2026, l’Agence de la biomédecine (ABM) a dévoilé un baromètre 2026 réalisé par téléphone par Viavoice sur un échantillon de 1000 personnes. Cette enquête met en lumière un contraste extrêmement marqué : si les personnes interrogées sont à 76% favorables au principe du don de gamète, elles ne sont que 11% à envisager de devenir donneuses. On peut résumer ainsi ce constat : « Le don : oui, mais pas de moi ». Par ailleurs 40% des donneurs potentiels évoquent un manque d’intérêt pour le sujet.

On relève en outre une baisse par rapport au baromètre de 2024. Parmi les potentiels donneurs, c’est-à-dire les hommes et les femmes en âge de donner, 78% se disaient favorables au don de gamètes, et jusqu’à 80% dans l’ensemble de la population. Pourtant, l’ABM relevait déjà un recul de 6 points par rapport à l’année d’avant.

Cette année encore, l’Agence de la biomédecine estime dans son communiqué que cette réticence à s’engager s’explique en grande partie par le manque d’informations, car 43% des sondés ont répondu qu’un meilleur accès à l’information pourrait les convaincre de s’engager.

Où en est la demande de don de sperme ?

Depuis la loi de bioéthique du 2 août 2021, le recours à l’AMP avec don de sperme est possible pour toutes les femmes, qu’elles soient seules ou en couple avec un homme ou une femme. Par cette loi, l’offre a créé la demande. Et justement, les demandes ont augmenté : elles ont été multipliées par 7,6 entre 2020 et 2023 (11547 demandes en 2023 contre 9 979 demandes en 2022 et 1504 en 2020).

En 2023, 27 371 paillettes ont ainsi été délivrées, aboutissant à une tentative d’AMP pour 7 556 femmes, célibataires ou non.

Si la demande globale augmente, l’ABM relève que les couples hétérosexuels sont moins demandeurs qu’avant. Ils étaient 2029 en 2019, contre 1350 en 2025. Cette baisse serait à l’image de celle de la natalité dans le pays.

Où en sont les dons de sperme ?

En 2023, le nombre de donneurs de sperme ayant été candidats et acceptés a baissé par rapport à 2022.

En 2022, il y avait eu 714 donneurs acceptés et parmi eux, certains ont été donneurs après avoir d’abord procédé à une conservation pour eux-mêmes. En 2023, le chiffre baisse baisse à 692.

D’après l’Agence de la biomédecine, bien que ces chiffres ne soient pas publiés, il y aurait eu 1015 candidats au don en 2025, sans préciser le nombre de donneurs ayant été finalement acceptés. En 2024, ils auraient été 1045. Là aussi, on relève une diminution.

Et concernant les femmes et les dons d’ovocytes ?

Fin 2025, 2 650 femmes attendaient un don un don d'ovocytes.

En 2023, 912 prélèvements d’ovocytes ont abouti à un don. Parmi les femmes prélevées, plus de la moitié n’avait jamais eu d’enfants. Là aussi, on relève une baisse des dons de 3,2 % par rapport à 2022 (943 prélèvements en 2022).

Une nouvelle campagne offensive

Face à ce ratio entre demandeurs et donneurs, l’Agence de la biomédecine organise pour la 3ème année consécutive une tournée dans les 10 villes de France où se trouvent un centre de dons. Ce Tour #FaitesDesParents qui se déroule du 16 septembre au 14 octobre 2026 s’inscrit dans la continuité de leur campagne #FaitesDesParents lancée en octobre 2023.

L'idée revendiquée était rien de moins que de "prendre les gens par la main et les emmener jusqu'à un centre de don", expliquait la directrice générale de l’ABM de l’époque, Marine Jeantet, qui n’avait pas hésiter à préciser le public visé en priorité : "Nous irons chercher les jeunes dans les endroits où ils sont, dans les facs, dans les quartiers sympas de centre-ville"…

Concernant les coûts, le dernier rapport de la Cour des comptes de janvier 2024 révèlait que le budget alloué par le ministère de la Santé à cette campagne de promotion a été multiplié par cinq par rapport aux autres années pour atteindre la somme de 3,5 millions d'euros en 2023.

La tournée du bus s’inscrit dans un dispositif de communication d’envergure auprès du grand public et des professionnels de santé. Celui-ci prévoit notamment un affichage de proximité dans les zones à forte affluence (commerces de proximité, salles de sport, résidences étudiantes, espace de coworking), la diffusion en streaming d’un spot audio sur Deezer, Soundcast, Spotify et d’un spot vidéo de la campagne sur les plateformes de TV en replay (TF1, M6, et France TV) et sur Youtube ou encore la diffusion sous forme de bannières, de posts et vidéos Facebook, Instagram, YouTube et Doctolib.

De plus, une campagne d’e-influence sera lancée avec la mobilisation d’une douzaine d’e-influenceurs nationaux et régionaux présents le jour du passage du bus dans leur ville respective.

Donner ses gamètes, ce n’est pas « faire des parents », c’est bien faire des enfants

Malgré ses campagnes annuelles, l’ABM peine à faire augmenter le nombre de donneurs. N’y a-t-il pas là à se questionner ? Si les dons sont rares, cela démontre que "ce n’est pas rien", de donner ses gamètes. Cela est et demeure la possibilité d’être mère ou père biologique d’un, voire de plusieurs enfants. Il faut savoir que les dons d’un même donneur de sperme peuvent aboutir à la naissance de 10 enfants, selon les règles en vigueur.

Par ailleurs, depuis le 1er septembre 2022, tout donneur doit obligatoirement accepter que son identité ainsi que des données dites "non-identifiantes" (notamment son âge, son état général, les motivations de son don...) le concernant puissent être révélées aux enfants nés de son don, si ces enfants en font la demande, à leur majorité.

Une forte pression sur les donneurs potentiels

Par ces campagnes de promotion, l’ABM souhaite mettre la pression sur les donneurs potentiels, en ciblant également les jeunes. Mais comment présumer par avance que leur consentement puisse être pleinement libre ? Qui peut prévoir la manière dont ils pourront réagir si 18 ans plus tard, un enfant toque à la porte de leur vie parce qu'il veut avoir accès à leur identité ?

A grand renfort de slogan et de témoignages, l’ABM entend « banaliser » le don de gamètes. Sur ses réseaux, elle publie par exemple ce message de Rémy, donneur : « Ce n'est pas grand-chose compte tenu de ce que ça peut apporter à ceux qui en ont besoin. ». Ces slogans viennent également appuyer sur des ressorts d’altruisme : « en donnant vos spermatozoïdes, vous offrez à d’autres le bonheur d’être parents ». 

Le pathos, l’émotion, viennent tirer de bonnes ficelles du cœur humain : notre sensibilité et notre disposition à la générosité. Mais ces ficelles peuvent aussi brouiller notre discernement. D’autant qu’elles sont particulièrement efficaces car elles laissent peu de place à la critique ou au débat.

Tout cela provoque une immense confusion, avec le don de sang par exemple. Alors même que cela n’a rien à voir. Avec le don de gamètes, on n’est pas dans le soin mais dans la réponse à un désir. Les gamètes sont des cellules porteuses de vie, c’est en cela qu’elles sont si particulières. Mais elles ne sont pas vitales. Si les banques de gamètes, les Cecos, sont à sec, personne ne va mourir.