Le 30 mai marque depuis 2014 la journée consacrée au droit à connaître ses origines, initiée par un collectif, la Coordination des Actions pour le Droit à la Connaissance des Origines.
Connaitre ses origines : un besoin bien réel
Connaître ses origines — son père et sa mère et avec eux une lignée généalogique— est un réel besoin. Ce besoin s’est largement fait entendre ces dernières années. Ce sont ceux qui souffrent de ne pas savoir qui témoignent le plus fortement de son importance.
« Je trouve ça tellement important de savoir d’où on vient, quelle histoire coule dans nos veines », confie Ingrid qui a entrepris des recherches à 50 ans et a retrouvé son donneur.
« Ce qui m’obsède, c’est de ne pas connaître 50 % de mes antécédents médicaux, que j’ai transmis aussi à ma fille », explique une jeune femme qui témoigne avoir découvert ses conditions de naissance à l’âge de 35 ans. Une révélation bouleversante qui lui donne le sentiment « d’avoir construit sa vie sur du sable et que le château de sable s’est écroulé ».
La PMA, le don de gamètes et la recherche de ses origines
Le combat des enfants nés de dons de sperme ou d’ovocytes anonymes a contribué à faire changer les règles. La loi de bioéthique du 2 août 2021 autorise désormais l’accès à leurs origines aux enfants nés par une assistance médicale à la procréation (PMA) avec tiers donneur à avoir accès à l’identité du donneur à leur majorité, s’ils en font la demande. La loi n’a pas remis en question le fondement du problème, mais juste ses conséquences.
Cette modification de la loi ne concernera pas les enfants nés avant ce changement, mais leur besoin n’est pas nié. Une instance a donc été créée pour ceux nés avant cette date : la Commission d’accès des personnes nées d’une assistance médicale à la procréation aux données des tiers donneurs (Capadd). Elle a pour mission de recueillir les demandes de ceux qui souhaitent connaître l’identité de leur donneur, ou des données non identifiantes, et de tenter d’y répondre, avec des moyens d’investigation toutefois limités. Au 31 janvier 2026, la commission avait reçu près de 900 demandes et envoyé plus de 700 réponses, avec « un taux d’identification des donneurs de près de 60 % ».
Récemment, des collectifs d’enfants nés sous le secret (accouchement sous X) ont également poussé vers une modification de la loi. Une saisine de la haute-commissaire à l’enfance, Sarah El Haïry, a conduit le Conseil national de l’adoption (CNA) et le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP) à remettre un Avis au gouvernement. Les deux instances conseillent de changer la loi actuelle pour mieux répondre au droit des enfants à connaître leurs origines.
Filiation et tests génétiques
Par ailleurs, on relève le recours croissant des Français aux tests génétiques pour enquêter sur leurs origines. Entre 100 000 et 150 000 Français commanderaient chaque année des kits sur des plateformes étrangères. Le Cese vient de recommander, dans un Avis adopté ce 13 avril 2026, de dépénaliser les tests génétiques à visée généalogique.
Même si la filiation ne peut se résumer à la biologie (pensons aux adoptions), le lien biologique ne peut être balayé comme ne comptant pour rien, ou n'étant qu'une simple idée. Pourtant, nos sociétés dites "postmodernes" n’ont de cesse d’utiliser de plus en plus les biotechnologies pour concevoir artificiellement — et donc volontairement — des enfants génétiquement déracinés. Le mot "volontairement" compte éminemment ici.
La situation où le lien est rompu par un accident de la vie (abandon, naissance sous X…) n’est en rien comparable dans son intentionnalité à la conception in vitro d’un enfant pour lequel il est prévu, avant même qu’il n’existe, que ces liens seront rompus (achats de gamètes, gestation par autrui...).
En cette journée du droit aux origines, nous pouvons rappeler que notre pays a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). Il s’agit d’un texte à valeur juridique internationale contraignant, c’est-à-dire supérieur au droit français. Il s’impose aux États, parlements, gouvernements et présidents… Or, ce texte pose le droit pour tout enfant, dès sa naissance, à un nom, une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux.
Notre loi bioéthique, autorisant la PMA avec don anonyme, n’est assurément pas respectueuse de ce droit, et même, le contredit, dès l’origine.
Pour aller plus loin :