Clause de conscience des pharmaciens : abandon sous pression

Clause de conscience des pharmaciens : abandon sous pression

 


pharmacien

Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP), réuni le 6 septembre 2016 pour finaliser le projet de refonte du code de déontologie des pharmaciens, a renoncé à introduire une clause de conscience explicite,  proposée dans un pré-projet. En effet ce besoin avait été exprimé par 85% des pharmaciens au cours d’une récente consultation « interne » en décembre 2015, proposée par l’Ordre aux 75 000 pharmaciens inscrits.

La préoccupation du CNOP était de faire évoluer son code de déontologie, pour qu’il puisse être en « adéquation avec son temps, dans un contexte professionnel qui soumet les pharmaciens, acteurs de santé publique de premier plan, à de fortes exigences éthiques ».

La clause de conscience qui était envisagée concernait les actes pharmaceutiques susceptibles d’attenter à la vie humaine.  L’article sur la clause de conscience, dans cette première version, était ainsi rédigé : « Sans préjudice du droit des patients à l’accès ou à la continuité des soins, le pharmacien peut refuser d’effectuer un acte pharmaceutique susceptible d’attenter à la vie humaine. Il doit alors informer le patient et tout mettre en œuvre pour s’assurer que celui-ci sera pris en charge sans délai par un autre pharmacien. Si tel n’est pas le cas, le pharmacien est tenu d’accomplir l’acte pharmaceutique ».

En effet, comme le souligne le code de déontologie actuel ( Art R4235-2 du code de la santé publique),  les pharmaciens ont l’obligation déontologique d’exercer leur métier « dans le respect de la vie et de la personne humaine ».

Depuis quelques années se présente à eux désormais la demande de délivrance de produits abortifs, avec le développement de l’avortement médicamenteux effectué par des médecins en ville ou des sages-femmes, voire, dans le futur, de produits létaux (une possibilité qui ne peut être écartée depuis la nouvelle loi du 2 février 2016 sur la fin de vie, en lien avec les actes de sédation profonde et continue pouvant conduire à des suicides assistés et des euthanasies).

Le Code de la santé publique (article L2212-8) accorde une clause de conscience concernant l’IVG aux professionnels médicaux que sont les médecins, sages-femmes, infirmiers et autres auxiliaires médicaux, mais pas aux pharmaciens qui à l’origine n’étaient pas concernés par l’IVG.

Un droit à l’objection de conscience  pour les professionnels de santé  « dans le cadre des soins médicaux légaux » a été réaffirmé dans une résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en 2010  pour les actes qui attentent à la vie (avortement,  euthanasie, destruction d’embryons humains).

Comme l’explique le juriste Jean-Baptiste Chevalier, dans une tribune du 5 septembre : « Elle [la clause de conscience] est pourtant la condition pour qu’ils puissent jouir, dans le cadre de leur fonction, d’une pleine liberté de conscience, laquelle est consacrée par l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme ». Cet avocat au barreau de Paris précise même : « On ne peut donc sans attenter gravement à leur liberté de conscience, imposer aux pharmaciens de délivrer des produits destinés à provoquer la mort ». Car agir ainsi est profondément contradictoire avec leur vocation première qui est de fournir des produits de soins aux patients.

En contrepartie d’une clause de conscience, rappelons que le projet d’article finalement supprimé indiquait qu’un pharmacien invoquant la clause avait néanmoins l’obligation de proposer au patient une solution, et de s’assurer de sa prise en charge et de la continuité des soins.

Par crainte d’une remise en cause de l’avortement, une virulente polémique avait envahi les réseaux sociaux mi-juillet, largement relayée par des mouvements « pro-avortement », polémique à laquelle avaient même pris part les ministres Laurence Rossignol et Marisol Touraine.

[su_box title= »POUR ALLIANCE VITA » box_color= »#de0498″]

La reculade de l’Ordre des pharmaciens est un épisode emblématique d’une offensive idéologique concertée contre le droit à l’objection de conscience. En réalité, les modalités d’exercice d’un tel droit devraient être renouvelées pour les adapter aux conditions nouvelles d’exercice des professions soignantes, liées à la diffusion de produits susceptibles de provoquer délibérément la mort.

Les pharmaciens français sont donc discriminés : ils demeurent les seuls professionnels médicaux en France à ne pas bénéficier de la clause de conscience quand une vie est en jeu. Plusieurs autres pays d’Europe la leur accordent. Rappelons par exemple qu’en Belgique, les pharmaciens ne sont pas tenus de délivrer des produits d’euthanasie.[/su_box]

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Pour aller plus loin : Les clauses de conscience reconnues en France 

 

VITAliser la France ! 19ème Université d’été d’Alliance VITA

VITAliser la France ! 19ème Université d’été d’Alliance VITA


université d'été 2016

Venus de 51 départements, 312 membres engagés dans Alliance VITA se sont retrouvés près d’Angers, du 26 au 28 août 2016, pour la 19ème Université d’été de l’association.

Alors que l’entrée dans l’année 2016-2017 est déjà accaparée par les querelles partisanes, le thème de cette édition, « VITALISER LA FRANCE », a situé l’association dans sa « grave responsabilité politique », dans le contexte d’une société traumatisée, en quête d’identité, qui ne sait plus ‘qui est l’Homme’ faute de repères anthropologiques.

Au programme, trois jours de conférences, ateliers, témoignages, rencontres, mises en situations, exercices d’expression, initiation à la relation d’aide, travail thématique sur les grands chantiers de « l’année électorale » qui commence, mais aussi en vue du développement des services d’aide animés par Alliance VITA, SOS bébé et SOS fin de vie. Les intervenants sont venus parler de la situation de la France en historien, politologue, journaliste… A noter la présence de nombreux membres de VITA jeunes, dont le développement a été intense ces derniers mois. Et un témoignage bouleversant sur l’héritage de mère Teresa de Calcutta, qui a su incarner à la fois le service de la vie humaine, à ses stades les plus vulnérables, et sa protection.

[su_box title= »Pour Tugdual Derville, délégué général de l’Association, qui présentait son nouveau livre Le temps de l’Homme (Plon) » box_color= »#de0498″]

« Chacun des quelque 1100 membres engagés dans les équipes d’Alliance VITA est incité à agir avec nous et autour de lui, ‘ici et maintenant’, comme acteur politique et social. Nous intensifions nos efforts pour établir une société plus juste et plus humaine, sans attendre un sauveur politique, et en prenant du recul face aux batailles des égos. C’est la spécificité d’Alliance VITA que d’avoir un réseau de personnes compétentes, motivées et impliquées, sur tous les thèmes liés à la vie des plus fragiles. C’est ce qui explique notre crédibilité et notre efficacité à long terme. »[/su_box]

[su_box title= »Pour François-Xavier Pérès, président de l’association, « Vivre libre, c’est s’engager ! »  » box_color= »#de0498″]

« Si Alliance VITA a effectivement une parole crédible pour les candidats aux élections, dès les primaires présidentielles et jusqu’aux législatives, c’est en raison de notre parler vrai et de notre cohérence, grâce à notre expertise juridique et sociale, notre implication concrète auprès de personnes qui font appel à nos services d’aide et nos convictions paisiblement assumées. » Le président d’Alliance VITA a conclu en citant Saint Augustin d’Hippone : « Ne dites pas ‘les temps sont durs’. Vous êtes les temps. Soyez bons et les temps seront bons ! »[/su_box]

La rentrée d’Alliance VITA se poursuit les 24 et 25 septembre à Lyon puis les 8 et 9 octobre 2016 à Paris avec deux « master class», sessions de formation et d’immersion organisées par VITA jeunes.

GPA : éthique ou pas ?

GPA : éthique ou pas ?

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[su_heading size= »17″]Pour Tugdual Derville, le recours aux mères porteuses ne peut pas « être éthique ».[/su_heading]

« Le mot éthique n’est accolé à la GPA que pour connoter positivement une pratique injuste. Derrière toute forme de gestation « par » autrui, il y a la programmation d’une rupture originelle entre une femme et l’enfant qu’elle porte. Cette rupture est plus grave que les autres scandales de la GPA, comme sa dimension commerciale. Pourquoi ? Les interactions entre une femme et l’enfant qu’elle porte sont extrêmement sensibles, précieuses, riches. La science n’en finit pas de découvrir la complexité et même le mystère de ce qui se noue dans cette période de vie intra-utérine. Il y a quelque chose de l’ordre du déni du réel à prétendre qu’on peut escamoter ce moment ou, plus précisément, provoquer d’une manière indolore cette rupture par un contrat qui engage la femme à livrer à des commanditaires celui qu’elle aura porté.

C’est pourquoi il n’y a pas de différence fondamentale entre une GPA qui aurait comme mobile la misère, comme on le voit dans certains pays pauvres, et une GPA qu’on prétendra éthique ou altruiste : les mobiles des mères porteuses ne peuvent être qu’ambivalents. Une GPA ne peut pas être « altruiste » car mon enfant ne m’appartient pas. Ce sont les choses que l’on donne ou que l’on vend, pas les personnes. Un enfant ne donne pas sa mère « par altruisme » à un autre enfant qui en serait privé.

Dans certaines situations dramatiques, une femme peut être amenée à confier son enfant à l’adoption : il s’agit de réparer, sans nier la souffrance. C’est l’inverse avec la GPA : elle ne répare pas un drame, elle le provoque ! Les promoteurs de la GPA mettent en avant la souffrance des couples qui désirent un enfant. Or, les grands désirs risquent d’anesthésier la conscience : toute société se construit en régulant les désirs des forts, qui se font tyranniques au détriment des faibles ».

Tugdual Derville, Délégué général d’Alliance VITA et auteur du Temps de l’Homme (Éd. Plon).

Interview réalisée par Alice Le Dréau et Agnès Chareton et publié dans Pèlerin n°6978 du 25 août 2016.

Loi Fin de vie : publication des décrets d’application

Loi Fin de vie : publication des décrets d’application

soinspalliatifs

Ce 5 août 2016, le Journal Officiel publie deux décrets et un arrêté datés du 3 août qui apportent des précisions sur la « sédation profonde et continue jusqu’au décès » et sur les directives anticipées, telles que prévues dans la loi sur la fin de vie du 2 février 2016.

> Le premier décret n°2016-1066 concerne en priorité les médecins et les professionnels de santé. Il modifie le code de déontologie médicale pour organiser cette nouvelle forme de sédation, avec des modalités différentes selon que le patient peut exprimer sa volonté ou non. Une analyse approfondie de son contenu, et surtout des pratiques qui seront mises en œuvre sur son fondement, seront nécessaires pour évaluer la portée réelle de ce texte.

Pour mettre fin à une situation qu’un médecin juge être une obstination déraisonnable, il est par exemple précisé que celui-ci peut pratiquer cette forme de sédation terminale, lorsque le patient est hors d’état d’exprimer sa volonté, « même si la souffrance de celui-ci ne peut être évaluée du fait de son état cérébral » : n’y a-t-il pas un paradoxe à utiliser une sédation, dont le but premier est de mettre fin à des souffrances réfractaires, alors même qu’on n‘est pas sûr que la personne souffre ?

Il faudra également apprendre à distinguer deux procédures collégiales qui paraissent légèrement différentes, selon que le médecin veuille limiter ou arrêter des traitements (procédure de l’article L.1110-5-1) ou qu’il veuille passer outre des directives anticipées qu’il juge manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale (procédure de l’article L.1111-11).

> Le second décret n°2016-1067 concerne toute la population française, puisqu’il modernise les conditions de rédaction et de conservation des directives anticipées que chaque personne peut établir pour faire connaître sa volonté au cas où il ne pourrait plus s’exprimer. Ce décret détaille le contenu du modèle demandé par la loi Fin de vie et les diverses façons de conserver ce document.

Deux cas de figure sont distingués, reprenant les suggestions faites par la Haute Autorité de santé il y a quelques mois : celui où la personne est en fin de vie ou se sait atteinte d’une affection grave, et celui où la personne ne pense pas être atteinte d’une affection grave (avec moins de rubriques proposées). Une rubrique spécifique est en outre introduite sur la sédation profonde et continue jusqu’au décès. L’indication d’une personne de confiance est également prévue. Tous ces éléments, ainsi que d’autres informations secondaires, sont contenus dans l’annexe de l’arrêté du ministre de la santé pris en application de ce décret.

> Concernant les façons de conserver ce document, le décret privilégie le « Dossier Médical Partagé » (DMP), cet outil informatisé contenant toutes les données médicales d’une même personne et qu’il est prévu de généraliser à toute la population d’ici 2017. Ce choix a été suggéré dans un rapport de l’IGAS d’octobre 2015, et le gouvernement a décidé que ce support pouvait être considéré comme le registre national prévu à l’article 8 de la loi Fin de vie. Les directives anticipées pourront également être conservées chez son médecin traitant, dans le dossier médical en cas d’hospitalisation ou dans le dossier de soins pour une personne en maison de retraite, par exemple, sans oublier la possibilité de les conserver chez soi ou de les confier à une autre personne de son choix.

Pour aller plus loin :

Décodeur VITA n°45 sur la loi Fin de vie, 4 février 2016

CEDH et GPA : abus du droit contre l’homme

CEDH et GPA : abus du droit contre l’homme

droits de l'homme - cedh

 

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la France, ce jeudi 21 juillet, pour avoir refusé la transcription à l’état civil des actes de naissance d’enfants nés à l’étranger par gestation pour autrui (GPA).

Cette décision concerne les dossiers Foulon et Bouvet, où des hommes ont eu recours à des mères porteuses en Inde.

Dans ces deux cas assez similaires, la Cour de cassation avait validé en 2013 le refus de la Cour d’appel de Rennes de reconnaître les actes de naissance établis en Inde. La Cour de cassation avait estimé que la naissance étant l’aboutissement d’une fraude à la loi, la GPA étant interdite en France, le refus de transcrire l’état civil étranger était justifié.

Didier Foulon et Philippe Bouvet avaient alors introduit une requête devant la CEDH en janvier 2014.

La Cour a estimé ce jour que le refus de transcription constitue une violation du droit au respect de la vie privée des enfants, garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. En outre, elle condamne l’Etat à verser 5 000 euros à chacun des enfants concernés pour « dommage moral », et 15 000 euros à chaque famille au titre des frais de procédure. Les magistrats européens n’ont en revanche pas retenu de violation du droit des requérants au respect de leur vie familiale.

En novembre 2015, pour « solder ce contentieux » dans lequel la France est poursuivie devant la CEDH, le gouvernement français, par l’intermédiaire du ministre des affaires étrangères, avait proposé des indemnisations de plus de 30 000 euros à ces deux commanditaires de GPA. Ils avaient refusé.

[su_heading size= »15″]Trois ans de salaire pour une mère porteuse[/su_heading]

Affaire Foulon : une petite fille est née en 2009 dans une clinique spécialisée en GPA, à Mumbaï. Son acte de naissance indique qu’elle a pour mère une indienne sans profession née en 1980, et pour père Didier Foulon. Un mois après la naissance, par un document écrit, Didier Foulon a déclaré avoir remis à la mère porteuse la somme de 100.000 roupies (environ 1300€) correspondant à trois ans de salaire d’une ouvrière. Ainsi que 60.000 roupies à la clinique.

Le père commanditaire a ensuite cherché à faire transcrire à l’état civil français l’acte de naissance établi en Inde. Le procureur de la République de Nantes s’y était opposé, au motif du soupçon de recours à la gestation pour autrui, interdite en vertu de l’article 16-7 du Code civil, et selon lequel «toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est nulle.» L’homme a ensuite saisi le Tribunal de grande instance de Nantes, qui accéda à sa demande. Mais le parquet fit appel, et la Cour d’appel de Rennes avait annulé cette décision, précisant qu’ « il ne s’agit pas seulement en l’espèce d’un contrat de mère porteuse prohibé par la loi française, mais encore d’un achat d’enfant, évidemment contraire à l’ordre public ». Puis, la Cour de cassation le débouta également.

Affaire Bouvet : deux jumeaux nés en 2010 dans la même clinique à Mumbaï. L’acte de naissance indique qu’ils sont nés d’une jeune indienne sans profession née en 1982, et de Philippe Bouvet, un français, âgé alors de 45 ans, pacsé avec un homme ayant déjà employé la filière indienne pour obtenir des jumeaux. Philippe Bouvet a d’abord entamé des démarches auprès du consulat français en Inde pour que ses fils soient inscrits à l’état civil français. Puis il rencontra l’opposition du procureur de la République de Nantes, mais le Tribunal de grande instance de cette même ville accéda à sa demande, avant un appel du parquet et une confirmation de la décision en appel, puis une fin de non-recevoir de la Cour de cassation en septembre 2013.

[su_box title= »Pour Caroline Roux, directrice de VITA International : » box_color= »#de0498″]

« Les enfants ne peuvent être donnés ou cédés. Par cette décision, la Cour européenne des droits de l’homme contribue à importer en France le marché ultralibéral de la procréation et rend notre pays impuissant à s’y opposer. De plus, cela va à l’encontre des efforts de l’Etat indien d’enrayer cette pratique qui exploite des femmes pauvres au profit de personnes des pays riches. »[/su_box]

[su_box title= »Pour Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA : » box_color= »#de0498″]

 « Nous sommes en présence de l’exemple typique des Droits de l’homme se mordant la queue. En poussant jusqu’à l’absurde leur conception du « respect de la vie privée », les magistrats européens font injonction à la France d’indemniser des personnes qui, non seulement ont sciemment fraudé nos lois à l’étranger, mais encore ont fait subir aux enfants et aux femmes concernés une maltraitance originelle. Tant qu’il n’y aura pas une pénalisation concrète de l’achat d’êtres humains hors de nos frontières, ces trafics seront cautionnés si ce n’est encouragés. Il faudra donc qu’une future majorité ait le courage de remettre en cause, non pas l’affection qu’éprouvent les commanditaires pour les enfants qu’ils ont cru devoir faire fabriquer puis importer, mais les inacceptables abus intrinsèques à la pratique de la GPA ».

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La clause de conscience pour les pharmaciens

La clause de conscience pour les pharmaciens

pharmacien Un projet de refonte du code de déontologie des pharmaciens suscite depuis quelques jours une polémique inattendue sur la nécessité ou non d’introduire une clause de conscience dans ce code.

Cette refonte est actuellement mise en œuvre par le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP). Le code de déontologie, qui s’impose à tous les pharmaciens, recense les devoirs et les interdictions généraux auxquels cette profession est soumise, ainsi que des dispositions spécifiques par métier. Le premier code de déontologie des pharmaciens a vu le jour en 1953. Il a été modifié en 1995. Cet ensemble de règles et de devoirs professionnels est préparé par le CNOP conformément à l’article L. 4235-1 du Code de la santé publique (CSP). Il participe à la sécurité des actes professionnels dans l’intérêt des patients, et constitue aussi une base de confiance pour le public. Pour la présidente du CNOP, Isabelle Adenot, ce code de déontologie est le « plus précieux patrimoine fédérateur, une force quand le pharmacien a des doutes ou des incertitudes ».

Fin 2015 l’Ordre des pharmaciens a estimé que « face aux évolutions de la profession et de la société, il s’avère nécessaire de procéder à des adaptations » de ce texte. Dans le processus officiel, c’est à l’Ordre de préparer un projet de nouveau code de déontologie, qui est ensuite validé par le Gouvernement puis édicté sous la forme d’un décret en Conseil d’Etat, après avis de l’Autorité de la concurrence. Les dispositions de ce code sont alors introduites dans le Code de la santé publique (articles R4235-1 et suivants).

Pour la rédaction de ce projet de nouveau code, grâce à un questionnaire en ligne, l’Ordre avait lancé en décembre 2015 une concertation auprès des 75 000 pharmaciens inscrits au tableau de l’Ordre. Cette consultation avait mis en lumière de nombreuses demandes des pharmaciens, dont celle de mettre en place une clause de conscience. Un autre groupe de travail a été parallèlement créé pour consulter les étudiants, internes et organismes qui représentent la profession.

 

85% des pharmaciens souhaitent que soit mise en place une clause de conscience

Les résultats de cette concertation ont révélé que 85% des 3395 pharmaciens ayant répondu au questionnaire souhaitaient que soit mise en place une clause de conscience au bénéfice du pharmacien. Cette forte majorité a été observée quel que soit l’âge de l’interviewé ou son secteur d’appartenance (titulaire ou adjoint, en métropole ou outre-mer, dans la distribution, l’industrie, la biologie ou les établissements de santé).

Projet d’un nouveau code de déontologie

Suite à cette consultation et au travail mené par l’Ordre, un « Projet de nouveau code de déontologie et autres dispositions à insérer dans le code de la santé publique » a donc été rédigé. Le Conseil en a délibéré le 4 juillet 2016, l’adoptant dans sa totalité à l’exception de l’article concernant la clause de conscience, une majorité significative n’ayant pu se dégager.

L’article sur la clause de conscience, dans cette première version, est ainsi rédigé : « Sans préjudice du droit des patients à l’accès ou à la continuité des soins, le pharmacien peut refuser d’effectuer un acte pharmaceutique susceptible d’attenter à la vie humaine. Il doit alors informer le patient et tout mettre en œuvre pour s’assurer que celui-ci sera pris en charge sans délai par un autre pharmacien. Si tel n’est pas le cas, le pharmacien est tenu d’accomplir l’acte pharmaceutique ».

L’ensemble des pharmaciens a reçu le 12 juillet un courrier de l’Ordre invitant à se prononcer pour ou contre cet article, via l’extranet du site de l’Ordre. Très rapidement, cette initiative a suscité des critiques sur les réseaux sociaux et le lancementd’une pétition adressée à la présidente du Conseil national de l’Ordre et intitulée « Nous refusons la clause de conscience pour le pharmacien ». Cette pétition émane d’un « Collectif de pharmaciens contre la clause de conscience » créé pour l’évènement, et ne possédant ni site internet, ni porte-parole, et dont les membres se décrivent comme des « twittos signataires », en majorité anonymes ou sous pseudonymes.

La ministre des Droits des Femmes, Laurence Rossignol, a publié le 19 juillet un communiqué de presse, dans lequel elle s’étonne de cette consultation lancée par l’Ordre des pharmaciens, affirmant de façon surprenante que si elle « était suivie d’effet, elle ouvrirait clairement la possibilité pour des pharmaciens de refuser de délivrer la contraception d’urgence (pilule du lendemain), la pilule, le stérilet ou même le préservatif ».

En réponse à la ministre, la présidente du CNOP a rappelé le même jour que « les débats qui se sont déroulés au sein de l’Ordre sur cet article n’ont jamais porté sur la contraception mais sur la fin de vie, situation souvent très délicate à gérer par les pharmaciens de ville et d’hôpital ». Elle précise que « ces propos non documentés de la Ministre sont consternants à ce niveau de responsabilité de l’Etat et créent un climat de désinformation très préjudiciable pour les patients et le public ».

 

Pour aller plus loin :

Communiqué de presse d’Alliance VITA du 21 juillet

Notexpert  Les clauses de conscience reconnues en France

[CP] Clause de conscience des pharmaciens : Stop à la pression idéologique

[CP] Clause de conscience des pharmaciens : Stop à la pression idéologique

Alliance VITA dénonce très fermement la pression idéologique mise sur les pharmaciens qui souhaitent à une large majorité introduire une clause de conscience dans leur Code de déontologie. Elle appelle à un débat serein et en vérité pour respecter la liberté de conscience des professionnels face aux actes « susceptibles d’attenter à la vie humaine ».

Alors qu’une enquête coordonnée par le CSA révèle que 85% des pharmaciens souhaitent une clause de conscience dans leur Code de déontologie, une polémique s’est déclenchée, relayée par la ministre Laurence Rossignol. Sont évoqués tour à tour, dans une grande confusion, les questions de la contraception, des pilules du lendemain, de l’avortement médicamenteux et les kits d’euthanasie ou de suicide assisté.

L’objection de conscience des pharmaciens est devenu un sujet incontournable, pour trois raisons au moins :

  1. Notre droit de la santé recèle une contradiction majeure qui constitue une injustice : alors que la clause de conscience est reconnue très largement en cas d’IVG – pour les médecins, les sages-femmes, mais aussi tous les auxiliaires médicaux moins directement concernés par les atteintes à la vie, comme par exemple les orthophonistes ou les kinésithérapeutes – cette clause n’est pas encore reconnue aux pharmaciens, qui sont de ce fait discriminés.
  2. Des changements récents dans la pratique du métier de pharmacien aggravent cette injustice : l’évolution des techniques et de la législation les met désormais en première ligne, quand il est question de délivrer des produits éthiquement sensibles, spécialement ceux qui provoquent l’« IVG médicamenteuse », comme le RU 486. Ces IVG sont de plus en plus réalisées « en ville », hors du cadre hospitalier (environ 40.000 par an*). Seul le pharmacien peut délivrer le produit abortif, dont on ne peut nier qu’il a pour seul but « de mettre fin à une vie humaine ».
  3. Par ailleurs, comme l’a indiqué la présidente de l’Ordre des pharmaciens, cette profession craint légitimement d’être confrontée à la question des produits létaux destinés à l’euthanasie ou au suicide assisté. Les situations de déni du droit à l’objection de conscience observées dans les rares pays où ces pratiques sont légales légitiment une telle crainte, de même que l’ambiguïté de la récente loi fin de vie sur l’intention présidant à la sédation terminale.

Alliance VITA en appelle au respect de la liberté de conscience de tous les professionnels de santé face aux actes « susceptibles d’attenter à la vie humaine ». 

Pour Tugdual Derville, son délégué général :

« La liberté de conscience, ainsi que le droit à l’objection de conscience qui en découle, sont des principes essentiels relevant des droits universels de l’homme. Rien ne peut les occulter. La reconnaissance d’une clause de conscience est d’autant plus nécessaire aux pharmaciens aujourd’hui que leur métier induit une responsabilité personnelle croissante vis-à-vis de la santé publique et des usagers. La campagne de dénigrement lancée ces dernières heures demandant au gouvernement de supprimer, à l’occasion de cette polémique, les clauses de conscience existant pour d’autres métiers de santé est d’autant plus indigne que des ministres y répondent avec complaisance. Si les pharmaciens demandent très majoritairement une clause de conscience, c’est parce qu’ils sont en prise directe avec des souffrances sociales qui réclament du dialogue et de l’humanité. Exercer sa liberté de conscience est un besoin majeur dans ces situations. Les pharmaciens ne doivent pas être considérés comme des robots distributeurs. C’est pourquoi il faut laisser les membres de cette profession de proximité réfléchir, sans pression extérieure, à ce qu’il leur paraît souhaitable dans l’exercice de leur précieuse mission. »

Avortement selon le sexe en Inde : Google, Yahoo et Microsoft sur le banc des accusés

Avortement selon le sexe en Inde : Google, Yahoo et Microsoft sur le banc des accusés

femme indienne enceinte

La Cour suprême d’Inde a accusé début juillet les moteurs de recherche Google, Yahoo et Microsoft de ne pas bloquer les publicités qui font la promotion des tests prénataux de sélection du sexe alors que l’Etat indien les interdit.

La Cour suprême demande au gouvernement indien et aux propriétaires des moteurs de recherche Internet de trouver des solutions techniques pour empêcher que de telles publicités surgissent à tout moment, lors de simples recherches sur Internet. La détermination du sexe avant la naissance est interdite et sanctionnée pénalement en Inde depuis 1994. En effet le gouvernement indien tente de lutter contre l’avortement sélectif des petites filles, qui demeure encore à un taux élevé dans le pays pour des raisons culturelles. Le ratio selon le sexe à la naissance atteint 112 garçons pour 100 filles, alors que le taux moyen mondial est de 101 garçons pour 100 filles. Selon le Population Research Institute (PRI), près de 13 millions d’avortements sélectifs ont été pratiqués en Inde entre 2000 et 2014.

Un rapport sur les infanticides féminins dans le monde 

Cette interpellation de la Cour suprême indienne intervient alors que l’Asian Centre for Human Rights vient de publier le 11 juillet 2016 un rapport sur les infanticides féminins dans le monde : 117 millions de filles seraient manquantes en Asie, disparitions dues à des avortements après détermination du sexe avant la naissance. On retrouve ce phénomène en Chine, au Népal, au Pakistan ou au Vietnam, ces pays ayant adopté des législations similaires à l’Inde : « Ces mesures gouvernementales n’ont pas réussi pleinement à cause de la facilité d’accès à l’échographie et de la faible application de la loi », indique le rapport.

En Inde et dans toute l’Asie du Sud, le système traditionnel de dot fait peser sur les familles une charge excessive qui leur fait préférer avoir des garçons. Le développement de la technologie d’échographie à ultrasons dans les années 80 a eu des effets dramatiques, associés à des législations sur l’avortement souvent assez extensives comme celle de l’Inde. Ainsi, la loi indienne de 1971, révisée en 2002, autorise l’avortement sans condition jusqu’à 12 semaines, et jusqu’à 20 semaines de grossesse selon une définition large : en cas de risques pour la vie de la mère, de graves atteintes pour la santé physique et mentale de la femme enceinte, en cas de viol, de risque de handicap ou d’échec de stérilisation. En Chine, le phénomène a été accru avec la politique coercitive de l’enfant unique. Avec des taux de naissance encore plus déséquilibrés qu’en Inde (115 garçons pour 100 filles),  selon les estimations du PRI,  plus 9 millions d’avortements sélectifs ont été pratiqués entre 2000 et 2014. Le Bureau national des statistiques de Chine souligne que 33,8 millions de femmes seraient manquantes en 2013.

En plus de l’avortement, les techniques de PMA et le tourisme procréatif en cause

Si les pays asiatiques tentent de lutter plus ou moins efficacement contre ce phénomène, le rapport pose la question du tourisme reproductif comme prochaine cause de l’infanticide féminin et dépasse l’Asie. « Les Etats-Unis et la Thaïlande, en particulier, deviennent des plateformes pour un tel tourisme reproductif ». En effet le rapport souligne que les techniques de procréation artificielle et la possibilité de sélection des embryons vont devenir de plus en plus une cause d’infanticide féminin. Selon l’Asian Law Institute, 80 % des diagnostics pré-implantatoires seraient effectués pour des raisons de sélection du sexe en Thaïlande.

En plus de la tragédie que représente ce phénomène en termes de vies humaines perdues et de discriminations inacceptables, ces pratiques ont des conséquences particulièrement dramatiques sur le trafic de femmes et la violence à leur encontre, ainsi que sur l’avenir des hommes qui ne trouvent plus assez de femmes pour fonder une famille.

Parmi les pays de l’Asie du Sud, seule la Corée du Sud réussit progressivement à rééquilibrer son taux. La campagne médiatique « Love your daughters » lancée dès 1991 a eu un impact décisif, associée au développement économique et des mesures appropriées telles que  la mise en place d’un système de pension pour les personnes âgées, ce qui réduit la dépendance des parents âgés vis-à-vis des fils.

[CP] Affaire Vincent Lambert – Réaction à la confirmation de la tutelle

[CP] Affaire Vincent Lambert – Réaction à la confirmation de la tutelle

justice

 

Alliance VITA s’inquiète de la confirmation par la Cour d’appel de Reims de la désignation de l’épouse de Vincent Lambert comme sa tutrice, ce vendredi 8 juillet 2016.

Contrairement à la recommandation de l’avocate générale Brigitte Montambault, la Cour d’appel de Reims n’a pas rééquilibré la tutelle de Vincent Lambert pour tenir compte des avis profondément divergents entre d’une part son épouse et une partie de sa famille, et d’autre part ses parents et une autre partie de la famille.

Il faut rappeler que l’un des enjeux majeurs de cette décision n’est pas seulement la question de la poursuite ou non des soins d’alimentation et d’hydratation, qui permettent à Vincent Lambert de poursuivre sa vie malgré sa lourde dépendance et son incapacité à s’exprimer de façon claire, c’est désormais la question de son lieu d’hébergement. Il est en effet demandé, par les parents de Vincent, son accueil dans un établissement dédié aux personnes «  pauci-relationnelles et neurovégétatives ». Cela permettrait à Vincent de bénéficier d’une prise en charge de kinésithérapie, d’ergothérapie et de sorties à l’air libre, dont il est privé depuis des années.

[su_box title= »Pour Tugdual Derville, délégué Général d’Alliance VITA et auteur de ‘‘La bataille de l’Euthanasie’’ (Salvador 2012) : » box_color= »#de0498″]

« Il ne s’agissait pas de prétendre ici trancher le différend douloureux qui oppose une épouse à des parents. Il s’agissait de donner à Vincent, grâce à une tutelle indépendante, toutes les chances d’être accueilli, non pas selon le désir des uns ou des autres mais selon ce que réclame son état. Le débat sur la prétendue urgence à le voir mourir a en effet éclipsé le véritable scandale que constituent son confinement et la privation des soins nécessités par sa lourde dépendance. N’oublions pas que le sort de Vincent concerne aussi les milliers de patients qui vivent aujourd’hui en France dans un état comparable, quoique dans des situations familiales toujours uniques. Si, de loin, beaucoup de Français estiment ces états invivables, il faut saluer l’engagement courageux des soignants et des proches qui se dévouent à leurs chevets. Bien plus qu’on ne se l’imagine, prendre soin de ses membres les plus dépendants est l’honneur d’une société et la marque la plus incontestable de son humanité. »

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Alliance VITA espère, au-delà de cette décision de justice qui l’inquiète, que sera trouvée pour Vincent la solution dépassionnée, qui serait le vrai service à rendre à Vincent Lambert et à ses proches.

Abrogation circulaire PMA : déclarations abusives contraires à l’intérêt de l’enfant

Abrogation circulaire PMA : déclarations abusives contraires à l’intérêt de l’enfant

pma

Le Président de la République a annoncé le 30 juin dernier vouloir abroger une circulaire rappelant aux gynécologues de ne pas encourager à l’étranger les PMA interdites en France. La Ministre des familles Laurence Rossignol, très opposée à cette circulaire pourtant publiée par sa collègue ministre de la santé Marisol Touraine, a largement relayé médiatiquement cette annonce, expliquant notamment sur Public Sénat « qu’il n’y a aucune raison de compliquer la vie [des couples lesbiens] ». Plusieurs autres personnalités politiques se sont exprimées depuis, notamment Nathalie Kosciusko-Morizet ce 6 juillet.

La circulaire en cause est en fait une lettre du ministère de la santé adressée à l’Ordre national des médecins le 12 décembre 2012, et renvoyée aux Conseils départementaux de l’Ordre le 13 janvier 2013. Cette lettre entend lutter contre la marchandisation de la procréation et contre le démarchage de sociétés commerciales étrangères. Elle souligne qu’il est illégal d’encourager de telles pratiques à l’étranger et rappelle que le code pénal sanctionne « l’entremise pour favoriser l’obtention de gamètes » (article 511-9 du code pénal). Mais retirer demain ce texte ne signifie pas qu’on abroge les sanctions prévues dans le code pénal : seule une nouvelle loi pourrait le faire. Retirer la circulaire est donc avant tout un message politique et idéologique.

Rappelons qu’un récent rapport d’information de deux membres de la Commission des lois du Sénat, Yves Détraigne (UDI) et Catherine Tasca (PS), daté du 17 février 2016 et portant sur les conséquences du recours à la PMA et à la GPA à l’étranger, concluait qu’il ne fallait pas ouvrir la PMA aux couples de même sexe. Les rapporteurs soulignaient que supprimer l’exigence de l’infertilité médicale et de l’altérité sexuelle bouleverserait la conception française de la PMA, en ouvrant la voie à un « droit à l’enfant » et à une « procréation de convenance ». En effet cette pratique porte de graves atteintes aux règles de la filiation et aux droits des enfants.

[su_box title= »L’avis d’Alliance VITA :  » box_color= »#de0498″]

Pour Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA : « Cette manœuvre du gouvernement est à la fois cacophonique, trompeuse et injuste. Cacophonique, car Laurence Rossignol se plaît à prendre le contrepied de Marisol Touraine. Trompeuse parce qu’elle veut faire croire que l’exécutif est en capacité de supprimer la portée de la loi pénale. Annuler une lettre-circulaire qui ne faisait que souligner la gravité des pratiques de marchandisation de la procréation à l’étranger, n’enlève rien à la loi qui interdit cette pratique. Le gouvernement ne peut se placer au-dessus des dispositions législatives, qui continuent à s’appliquer. Ce qui est grave, c’est le signal particulièrement confus adressé à la société : des pratiques illégales en France sont encouragées à l’étranger, parce qu’on annonce que leur promotion doit être impunie. Il faut donc réaffirmer qu’aucun enfant n’a intérêt à être privé délibérément de sa filiation paternelle. Fermer les yeux sur la fraude à la loi française par « tourisme procréatif », c’est encourager la dépénalisation de fait de ces pratiques contraires aux droits de l’enfant ; c’est aussi aberrant qu’injuste. C’est pourquoi nous encourageons aujourd’hui toute initiative juridique ou politique capable de protéger les enfants du glissement libertaire qui s’accélère singulièrement un an avant les élections nationales. »

La PMA avec donneur pose des questions éthiques et humaines

Caroline Roux, qui coordonne le service d’écoute SOS Bébé d’Alliance VITA sur les questions de maternité, rappelle que la PMA avec donneur pose des questions éthiques et humaines. « Prétendre que des femmes seules ou en couple pourraient avoir recours à l’insémination ou la fécondation in vitro (FIV) avec donneur pour mettre au monde des enfants « sans père », reviendrait à détourner les pratiques réservées à des situations d’infertilité médicale pour en faire un mode d’engendrement banal. Il s’agit d’une double peine pour les enfants : à la maltraitance originelle de se voir privés délibérément de leurs origines biologiques, s’ajoute celle d’être coupés de toutes relations paternelles. »

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Pour aller plus loin : PMA-GPA à l’étranger les incohérences d’un rapport sénatorial

Tugdual Derville, invité de Sud Radio : « Coparentalité, chance ou risque pour l'enfant ? »


 

Tugdual Derville était l’invité de Kevin Michel sur Sud Radio, le 4 juillet 2016, dans l’émission « Seul contre tous » avec Nicolas Tardy-Joubert pour débattre du sujet suivant : « Coparentalité, chance ou risque pour l’enfant ? »


 

Verbatim extraits de l’émission :

« On marche sur la tête avec ce projet. L’enfant n’est pas un bien comme un autre ; c’est une personne !»

« Fonder la paternité et la maternité sur l’absence de relation est une maltraitance originelle pour l’enfant, objet du désir ».

«  Dans ces situations de « Coparentalité » organisée : ce sont les faibles qui trinquent : le parent « le moins fort » et l’enfant ».

« Le besoin principal de tout être humain est d’abord d’être accueilli plus que désiré ».

«  Les rôles du père et de la mère sont très différenciés. Une enquête qu’Alliance VITA a menée auprès de 1.800 personnes dans toute la France au début de l’année le prouve ».

Cellules souches : une enquête aux Etats-Unis révèle un immense commerce non approuvé par la FDA

Cellules souches : une enquête aux Etats-Unis révèle un immense commerce non approuvé par la FDA

Le 30 juin 2016, la revue Cell Stem Cell a publié une enquête sur l’utilisation des cellules souches aux Etats-Unis. Elle révèle que 570 cliniques aux Etats-Unis proposent des soins basés sur des cellules souches qui n’ont pas été autorisés par l’Agence américaine des médicaments, la FDA.

Pour 61% des procédures proposées en clinique, les cellules souches sont dérivées de la graisse et pour 48% des cliniques, elles proviennent de la moëlle osseuse.  1% utilise des cellules souches pluripotentes fabriquées en laboratoire à partir de cellules adultes et une clinique propose des cellules souches embryonnaires. Ainsi, des dizaines de milliers d’Américains chaque année sont traités par des cellules souches qui ne possèdent pas d’approbation officielle de la FDA.

Les cliniques concernées sont réparties dans pratiquement tous les états des Etats-Unis. « Ce marché explose devant nos yeux et je ne pense pas qu’on était conscient de son étendue et de sa taille », note Leigh Turner, co-auteur et membre du Centre de bioéthique de l’université de Minnesota. Les sociétés font la promotion de ces traitements, qui restent expérimentaux, pour des blessures orthopédiques, de la moëlle épinière, des troubles neurologiques, pulmonaires ainsi que pour des maladies cardiaques et même pour des interventions cosmétiques.

« Dans quasiment tous les Etats (…) il est possible d’avoir accès localement à ces thérapies, et il n’est plus nécessaire pour les Américains d’aller par exemple au Mexique », a expliqué Paul Knoepfler, chercheur à l’université de Californie et principal co-auteur de cette enquête.  « Cela traduit un changement par rapport au tourisme médical typique en quête de soins avec des cellules souches » observé précédemment, souligne-t-il.

Pour les auteurs de l’enquête,  ce phénomène pourrait avoir un impact négatif : « Il est possible que si des patients rencontrent des effets négatifs à la suite de traitement avec des cellules souches non approuvées, le public perde confiance ».

La FDA précise qu’elle va organiser en septembre deux réunions publiques sur les cellules souches et les tissus humains ainsi que sur les produits et traitements qui en sont dérivés.

Des risques majeurs et confirmés :

Concernant les risques, le New England Journal of Medicine rapportait le 22 juin dernier le cas dramatique d’un malade ayant été attiré par ces promesses de guérison. Agé de 66 ans, il souffrait de séquelles d’un accident vasculaire cérébral ischémique.

En fréquentant diverses cliniques en Chine, en Argentine et au Mexique, il avait reçu des injections dans le liquide céphalo-rachidien de cellules souches sensées provenir d’embryons ou de système nerveux fœtal. Après ces « traitements », étaient apparues progressivement des douleurs lombaires, une paraplégie et une incontinence urinaire. Des examens ont alors montré qu’il avait développé une tumeur « inclassable », issues de ces cellules étrangères injectées.

Dans une tribune du Journal International de Médecine, le Dr Anastasia Roublev précise que ce cas est « venu confirmer les risques majeurs qui peuvent être liés à l’introduction de cellules souches dans l’organisme, risques liés notamment à la prolifération de ces cellules embryonnaires et donc à l’émergence rapide de mutations pouvant favoriser une transformation maligne ».

Changement de sexe : Jacques Toubon souhaite faciliter la procédure à l’état civil

Changement de sexe : Jacques Toubon souhaite faciliter la procédure à l’état civil

etat-civil

Par un communiqué de presse du 24 juin 2016, le Défenseur des droits Jacques Toubon s’est prononcé en faveur d’une simplification des démarches et d’une évolution de la procédure de changement de mention de sexe à l’état civil. Il recommande que la modification de l’état civil se fasse par une simple procédure déclarative, rapide et transparente, auprès de l’officier d’état civil.

Cette prise de position intervient alors que le sujet est débattu au cours de l’examen du projet de loi « Justice du XXIe siècle », qui fait l’objet d’une procédure accélérée. Alors que le projet de loi initial ne contenait aucune disposition dans ce domaine, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture un article 18 quater qui facilite déjà fortement la procédure de changement de sexe.

Examinant à nouveau le texte en nouvelle lecture, après l’échec de la commission mixte paritaire (CMP), la Commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté plusieurs amendements le 29 juin 2016. Ils visent à simplifier encore davantage le changement de sexe, avec notamment une « démédicalisation totale » de la procédure. Le demandeur ne serait plus tenu des produire des attestations médicales (pour, le cas échéant, démontrer qu’il se présente dans le sexe revendiqué). De plus, aucune condition d’irréversibilité, telle qu’une stérilisation, ne saurait être exigée.

Une procédure rapide et simple :

Pour résumer, une personne pourrait désormais demander à changer de sexe à l’état civil en saisissant le tribunal de grande instance. Le rôle du juge reste une question en suspens, les règles devraient faire l’objet d’un décret au Conseil d’Etat. La procédure serait simplifiée à l’extrême et très rapide, puisqu’un amendement adopté précise que la mention du changement de sexe devra être portée à l’état civil dans les trois mois suivant l’ordonnance du tribunal.

Si ces mesures sont définitivement votées, en France une femme qui devient homme à l’état civil, et qui garde sa physiologie féminine, pourrait porter un enfant et lui donner naissance. De même, un homme pourra devenir une femme à l’état civil, tout en gardant le statut de père vis à vis d’enfants qu’il aurait eu au préalable.

Pour aller plus loin :

–         le texte voté par la Commission des lois de l’Assemblée nationale le 29 juin.

1er juillet : la contraception devient totalement gratuite et anonyme pour les mineures

1er juillet : la contraception devient totalement gratuite et anonyme pour les mineures

pilule contraceptive

A compter de ce 1er juillet 2016, en plus des contraceptifs proprement dits, les consultations médicales de prescription et les examens biologiques liés à la prescription d’une contraception (pilule, implant, stérilet) deviennent gratuits et anonymes pour les 15-18 ans.

Le décret n° 2016-865 relatif à la participation de l’assuré pour les frais liés à la contraception des mineures d’au moins quinze ans a été publié le 29 juin 2016 au Journal Officiel. Entrant en vigueur ce 1er juillet, il définit les conditions selon lesquelles est supprimée la participation financière de l’assuré pour les frais liés à la contraception des mineures d’au moins quinze ans. Il précise que cette suppression couvre certains frais d’examen de biologie, les frais d’une consultation médicale annuelle, les frais d’une consultation de suivi ainsi que les frais de pose et de retrait d’un dispositif intra-utérin. Ces frais sont ainsi pris en charge par l’assurance maladie.

La « contraception d’urgence » est déjà en accès illimité pour les jeunes depuis le 26 mai 2016.

VITAliser la France ! 19ème Université d’été d’Alliance VITA

Le Dr Bonnemaison reste radié de l’Ordre des médecins

bonnemaison

Ce  24 juin 2016, la Chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins a rejeté la requête du Dr Bonnemaison de révision de sa radiation du tableau de l’Ordre. Il avait demandé la levée de cette sanction à l’issue de son procès en Cour d’assises d’Angers, en octobre 2015, où il avait été condamné à deux ans de prison avec sursis, un verdict qui n’avait été que partiellement rassurant.

Dans sa décision, la Chambre disciplinaire de l’Ordre estime que « dans deux cas au moins l’ex-urgentiste bayonnais Bonnemaison a délibérément et de sa propre et seule initiative provoqué la mort de patients ».

Il avait été radié le 15 avril 2014, car l’Ordre des médecins, chargé de veiller au respect des règles de la déontologie médicale fixées par le Code de la santé publique, avait estimé que le médecin avait provoqué délibérément la mort de ses patients, et que la gravité de ces actes justifiait cette radiation qui lui interdit d’exercer la médecine. Cette sanction avait été confirmée par le Conseil d’État, dont le rapporteur public avait rappelé lors de l’audience publique : qu’« en aucune circonstance, et quelle que soit la difficulté de sa tâche, le médecin n’a le droit de tuer. »

[su_box title= »Pour Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et un des porte-parole de Soulager mais pas tuer :  » box_color= »#de0498″]

« C’est la confiance entre les soignants et les soignés qui doit être prioritairement protégée par l’Ordre des médecins. Car l’affaire Bonnemaison a profondément fragilisé des personnes âgées ou dépendantes qui ont confié leur trouble aux écoutants de notre service SOS fin de vie. Les manifestations de soutien à Nicolas Bonnemaison leur ont fait comprendre que protéger la carrière d’un médecin était, pour certains soignants, plus important que protéger la vie de ses patients. Il ne s’agit surtout pas d’en rajouter sur les graves difficultés personnelles de Nicolas Bonnemaison, que nous connaissons tous, mais de manifester à quel point toute personne fragile doit pouvoir compter sur la société pour qu’aucun soignant ne s’autorise à lui administrer la mort. »[/su_box]

CRISPR-Cas9 et thérapie génique : un premier essai clinique approuvé

CRISPR-Cas9 et thérapie génique : un premier essai clinique approuvé

crispr-cas9 et thérapie génique : 1er essai clinique approuvé

Le 21 Juin, le Comité consultatif de l’Institut National américain de la Santé (NIH) a approuvé le lancement d’un premier essai clinique utilisant la technique CRISPR-Cas9 sur l’homme, dans un protocole de thérapie génique à visée anticancéreuse. 

L’essai inclura 18 patients souffrant de mélanome malin, de sarcome (cancer des tissus mous comme le muscle), ou de myélome multiple (cancer de la moëlle osseuse). Il vise à modifier génétiquement des cellules immunitaires, appelées lymphocytes T, pour qu’elles combattent plus efficacement les cellules cancéreuses. Concrètement, ces cellules seront prélevées chez les malades, modifiées puis réinjectées.

Mais au cours de ces modifications [i] réalisées in-vitro, il est probable que toutes les cellules ne seront pas, totalement ou en partie, modifiées par CRISPR-Cas9 ; ou parfois même, l’ADN pourrait être modifié à un mauvais endroit (effet appelé « off-target, c’est-à-dire « hors-cible »). Avec cet essai clinique, il s’agit donc surtout de tester l’innocuité de ce type de traitement innovant.

Première mondiale :

Il s’agit du premier essai clinique approuvé dans le monde avec CRISPR-Cas9. Editas médecine, basée à Cambridge dans le Massachusetts, a également annoncé prévoir de demander au comité en 2017 une approbation pour des essais cliniques sur l’homme avec CRISPR-Cas9 pour traiter une forme rare de cécité.

Cet essai clinique doit encore être formellement approuvé par les comités d’éthique des hôpitaux concernés ainsi que par l’agence sanitaire américaine, la FDA (Food and Drug Administration).

Les perspectives thérapeutiques que laissent entrevoir la technique CRISPR-Cas9 suscitent un espoir réel, notamment pour le traitement de certaines formes de cancer.

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[i] Plusieurs types de modifications sont prévus. L’une vise à intégrer un nouveau gène, pour que les cellules expriment un récepteur capable de mieux cibler les cellules tumorales afin de les éliminer. L’autre prévoit de modifier l’ADN pour supprimer l’expression d’une protéine, naturellement présente dans les cellules T, qui peut interférer avec ce processus. Le troisième vise à supprimer le gène codant pour une protéine qui identifie les cellules T comme étant des cellules immunitaires, pour éviter que les cellules cancéreuses ne les reconnaissent et ne les désactivent.

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Plan médecine génomique : bientôt le séquençage de l’ADN de chaque français ?

dna technology

Le 22 juin 2016, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé lancer le programme « Plan Médecine Génomique », consistant notamment à investir 670 millions d’euros en 5 ans pour équiper la France de 12 plateformes de haut débit de séquençage du génome (analyse de l’ADN). Un rapport intitulé « France Médecine Génomique 2025 » a été remis au Gouvernement ce même jour.  

Le séquençage du génome consiste en l’analyse complète des gènes qui composent l’ADN, ce qui permet de poser le diagnostic de certaines maladies, d’évaluer certaines prédispositions à des pathologies (médecine prédictive) ou encore d’ajuster certains traitements. Ce plan est destiné à améliorer le diagnostic des maladies rares, mais également des « maladies communes » : diabète, obésité, maladies cardiovasculaires et neurodégénératives (par exemple, Alzheimer). Les objectifs sont de déployer un dispositif de génomique clinique dans toute la France et d’organiser une filière nationale de médecine génomique.

Pour s’engager dans la « révolution de la médecine personnalisée », la ministre précise que « nous avons besoin de connaitre le génome de chaque individu, afin d’adapter la médecine au capital humain de chacun ».

Remise en cause du droit à la vie privée ?

Ce plan nécessite d’accéder à des milliers de données numériques  (« big data ») sur la santé de la population. Les conditions d’accès à ces données et leur utilisation constituent des enjeux éthiques considérables, notamment dans le domaine du droit à la vie privée, il a d’ores et déjà été prévu de saisir le comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui avait déjà publié son Avis n°124 en janvier 2016 intitulé « Réflexion éthique sur l’évolution des tests génétiques liée au séquençage de l’ADN humain à très haut débit »

 
Pour aller plus loin :
–         « Réflexion éthique sur l’évolution des tests génétiques liée au séquençage de l’ADN humain à très haut débit », CCNE – Avis n°124 – janvier 2016.

Académie de médecine : nier les différences entre les sexes au niveau médical crée des injustices

Académie de médecine : nier les différences entre les sexes au niveau médical crée des injustices

Académie de médecine : nier les différences entre les sexes au niveau médical crée des injustices

 

Le 5 juin 2016, l’Académie nationale de médecine a publié un bulletin d’information intitulé « parité en santé : la recherche scientifique et la médecine ne peuvent plus ignorer les différences biologiques entre les sexes ».

L’Académie estime que « les hommes et les femmes sont biologiquement différents et ne sont pas égaux devant la maladie, et qu’ils doivent donc être pris en charge et traités différemment ».
Elle pose le constat que « plusieurs pays européens ont déjà adapté en conséquence leur recherche scientifique et leurs stratégies thérapeutiques tandis que la France continue d’ignorer ces recommandations sous prétexte de parité ».

Et qu’ainsi, « la primauté donnée au genre sur les réalités du sexe risque de créer une injustice de plus, dont il est du devoir des scientifiques et des médecins de prendre conscience pour alerter et agir ».

Pourtant, « Il est reconnu que les différences liées au sexe déterminent effectivement la prévalence, l’âge d’apparition, la sévérité et l’évolution de nombreuses maladies, le métabolisme, la réponse aux médicaments ou aux régimes et les comportements ».

Pour Claudine Junien, généticienne et membre de l’Académie de médecine, « On veut gommer les différences pour parvenir à l’égalité, alors qu’il faudrait en tenir compte dans la pratique médicale mais aussi en matière de prévention ».

Pourtant, le sexe est déterminé initialement et uniquement de manière biologique. Les différences génétiques interviennent très précocement au cours du développement embryonnaire.
La généticienne précise que, « la parité n’est toujours pas atteinte en matière de recherche biomédicale », les recherches et expériences se font sur des individus de sexe masculin. Par conséquent, “les femmes font 1,5 à 2 fois plus d’accidents secondaires liés aux médicaments que les hommes”.

Prendre ces différences en compte permettrait d’avancer en matière de prévention et de pratique médicale.

Selon le cardiologue Vera Regitz-Zagrosek « les femmes présentent des maladies cardiovasculaires différentes des hommes mais les diagnostics et les traitements ne sont pas adaptés ». Cette indifférence des sexes peut parfois entraîner un retard de prise en charge de l’ordre d’une demi-heure qui peut s’avérer fatal dans le cas d’un infarctus aigu du myocarde par exemple.

D’une médecine indifférenciée à une médecine sexuée ?

Face à ces constats, l’Académie nationale de médecine recommande de procéder à une révision complète des « principes établis de la recherche fondamentale et clinique jusqu’à la pratique médicale et la vie de tous les jours en essayant de faire la part des choses entre les différences biologiques liées au sexe et les contraintes sociales liées au genre ».

En bref, elle préconise de « passer d’une médecine indifférenciée à une médecine sexuée » que ce soit dans la formation, dans la prévention, dans la pratique ou dans la recherche. Cette médecine différenciée doit être « comprise comme un plus pour la santé à la fois des femmes et des hommes ».

Les recommandations de l’Académie de Médecine interviennent alors que la France a pris du retard. L’Allemagne prend en compte ces différences depuis plusieurs années, et des recommandations spécifiques ont été publiées en Allemagne et au niveau de l’Union européenne, sur les maladies coronaires par exemple.

Pour aller plus loin :
– « La médecine nie la différence des sexes… et fait (à tort) du masculin un standard » (Avril 2013) par Peggy Sartre, auteur de «le sexe des maladies».

Les robots humanoïdes en passe de devenir des "personnes électroniques" ?

Les robots humanoïdes en passe de devenir des "personnes électroniques" ?

robot

Le 31 mai 2016, la Commission des affaires juridiques du Parlement européen a présenté un projet de motion proposant que les robots soient considérés comme des « personnes électroniques ». Le texte concerne les robots capables de « prendre des décisions autonomes de manière intelligente » ou « d’interagir de manière indépendante avec les tiers ».

Pour la rapporteur du texte, l’eurodéputée luxembourgeoise Mady Delvaux : « L’humanité se trouve à l’aube d’une ère où les robots, les algorithmes intelligents, les androïdes et les autres formes d’intelligence artificielle, de plus en plus sophistiqués, semblent être sur le point de déclencher une nouvelle révolution industrielle ».

D’un point de vue juridique, chacun est responsable de ses actions dans la mesure où il en est le maître. Mais dans le cas du robot, qui est responsable de ses actes ? Est-ce le constructeur, le concepteur des algorithmes, le vendeur ou le propriétaire ? Dans la mesure où l’intelligence artificielle du robot dépasserait les capacités d’un être humain, peut-on imputer la responsabilité de ses actes à ses constructeurs ?

D’après le rapport européen, ces robots autonomes ont une part de responsabilité. Selon le rapport Delvaux, « Plus un robot est autonome, moins il peut être considéré comme un simple outil contrôlé par un autre acteur. (…) Il y a lieu d’adopter de nouvelles règles permettant d’imputer (totalement ou partiellement) à une machine ses actes ou son inaction ». Ainsi, le Parlement européen pourrait proposer « la création d’une personnalité juridique spécifique aux robots, pour qu’au moins les robots autonomes les plus sophistiqués puissent être considérés comme des personnes électroniques dotées de droits et de devoirs bien précis, y compris celui de réparer tout dommage causé à un tiers ».

D’après ce projet, les robots les plus performants devront se doter de polices d’assurance pour encadrer leurs interactions avec la société et permettre de gérer les dommages éventuels.

De plus, ces robots devront être immatriculés afin de pouvoir identifier facilement le propriétaire. « Le robot doit être reconnaissable: il lui faut un numéro d’immatriculation, un nom et un capital, un peu comme pour une personne morale. Car si le robot cause un dommage, il faut prévoir les recours contre lui », explique Alain Bensoussan, avocat à la Cour d’appel de Paris et expert du droit des technologies, notamment de l’informatique.

Ce projet de résolution préconise l’ouverture d’une « agence européenne de la robotique et de l’intelligence artificielle » pour administrer tout cela.

CRISPR-Cas9 : « Human Gene Editing », une nouvelle étape annoncée

CRISPR-Cas9 : « Human Gene Editing », une nouvelle étape annoncée

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L’Académie des Sciences et l’Académie de Médecine américaines ont lancé en 2015 le « Human Gene Editing», une initiative pour travailler sur les problématiques liées aux nouvelles techniques de modification du génome.

La prochaine rencontre aura lieu à Washington le 12 juillet prochain. Une partie des travaux seront consacrés à la modification du génome des cellules germinales, abordant les questions éthiques, morales et de politique publique. Plusieurs personnalités sont impliquées dans ces communications, dont le Dr Francis Collins, directeur de l’Institut National de Santé américain (National Institutes of Health, NIH).

Cette initiative internationale s’est organisée en plusieurs étapes.

« Human Gene Editing » a démarré par un colloque international de réflexion qui s’est tenu à Washington en décembre 2015. Co-organisé avec l’Académie des Sciences chinoise et la Royal Society du Royaume Uni, il portait sur les questions scientifiques, éthiques et de gouvernance liées à la recherche utilisant les techniques de modification du génome humain. 

Puis un comité international multidisciplinaire a été créé pour mener des études approfondies sur les fondements scientifiques de ces techniques de génie génétique, sur leur potentielle utilisation en recherche biomédicale et médecine – y compris sur la lignée germinale humaine – et leurs implications cliniques, éthiques, juridiques et sociales. Ce comité d’experts, majoritairement américains, a commencé son processus de collecte d’informations lors du premier sommet de Washington. Il lui appartient désormais également de réaliser une veille scientifique ajustée au développement rapide de ces techniques, de centraliser les informations émanant de la littérature ou de colloques, américains ou étrangers, pour solliciter une large participation de chercheurs, cliniciens, décideurs ainsi que du grand public. Ce comité doit publier un rapport avant fin 2016, rapport qui tiendra compte de la position officielle de l’Académie des Sciences et de l’Académie de Médecine américaines.

Ce comité international multidisciplinaire a organisé un deuxième sommet à Washington le 11 février 2016. Puis s’est tenu le 29 avril 2016 le troisième sommet à Paris, à l’Académie Nationale de Médecine, focalisé sur la politique et les principes de gouvernance sous-jacents à la modification du génome humain. L’une des tables rondes était consacrée aux applications potentielles pour les cellules germinales : gamètes et embryons humains.

La perspective de modifier l’ADN des embryons ou des gamètes humains soulève des enjeux éthiques d’une importance majeure. Alliance VITA a lancé une campagne nationale d’information et de mobilisation, Stop Bébé OGM, et demande à la France de s’impliquer dans le débat international pour obtenir un moratoire de l’utilisation de ces techniques de génie génétique sur les cellules germinales.

 

Signez l’appel Stop Bébé OGM

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Pour en savoir plus :

Notexpert Alliance VITA

Sondage d’Alliance VITA : Les Français et la technique du CRISPR-Cas9

Suicide assisté en Angleterre : les médecins réaffirment leur opposition

La British Medical Association (BMA)  a réaffirmé son opposition au suicide assisté, le 21 juin 2016 lors de sa convention annuelle à Belfast. La BMA est l’association professionnelle et le syndicat officiel des médecins et étudiants en médecine du Royaume-Uni.

Une motion a été soumise au vote visant à réinterroger la position de cette instance sur le suicide assisté. La motion 80 exprimait que la BMA devrait adopter une position neutre sur le suicide assisté. Elle a été rejetée par les deux tiers des délégués.

Les partisans du suicide assisté ont poussé ce débat alors que le Parlement avait rejeté une proposition de loi sur l’aide médicale à mourir en 2015. Ils reprochaient à la BMA de n’avoir pas discuté de la question. Pourtant, la BMA s’était déjà saisi de la question à plusieurs reprises, et n’a pas changé de position.

Il existe des précédents récents au Canada et en Californie, où les associations de médecins ont adopté une position de « neutralité » quelques temps avant que le suicide assisté soit légalisé.

CRISPR-Cas9 : trois spécialistes livrent leur avis

CRISPR-Cas9 : trois spécialistes livrent leur avis

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En France, plusieurs institutions se penchent sur les questions éthiques soulevées par la technique de modification du génome CRISPR-Cas9. Dans la revue Science et Santé de juin 2016 éditée par l’Inserm, trois spécialistes livrent leur point de vue scientifique, éthique et réglementaire.

Jean-Claude Ameisen, président du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE), partage des remarques personnelles. Pour lui, « des applications possibles de la technique CRISPR-Cas9 posent des problèmes éthiques », en particulier la thérapie génique qui a donné lieu à des réflexions internationales et à la Convention d’Oviedo. « Un moratoire sur ce type de traitement » lui semble « nécessaire, au moins par sécurité », bien que « la recherche doit, elle, être encouragée ».

Pour Carine Giovannangeli, biologiste moléculaire[i], « il s’agit d’une véritable révolution technologique et scientifique qui devrait faire massivement progresser la compréhension des mécanismes biologiques fondamentaux du vivant, la thérapie génique ou les biotechnologies. Pour éviter les dérives, le respect des bonnes pratiques et des réglementations en vigueur est indispensable. De plus, la technique n’est pas infaillible,  elle ne doit pas encore être utilisée pour transmettre une modification à la descendance humaine ». Mais pour elle, « les recherches doivent porter sur une grande diversité de systèmes, sans exclure les cellules germinales ».

Pour Agnès Saint-Raymond, responsable du Programme Design Board de l’Agence européenne des médicaments, « les essais menés en Chine et aux États-Unis contre le VIH et la bêta-thalassémie montrent que tout n’est pas encore maîtrisé, même si les recherches avancent vite ». Elle explique qu’« en Europe, certains pays autorisent la création d’embryons pour la recherche, tels le Royaume-Uni ou la Belgique, qui n’ont pas signé la Convention d’Oviedo. L’Institut Francis Crick, à Londres, vient de lancer des recherches génétiques sur la fertilité et l’implantation de l’embryon. Parmi les pays qui s’interdisent de modifier les cellules germinales, certains, comme la France, réalisent des recherches sur des embryons sans projets parentaux. La Commission européenne est donc réticente à financer toute recherche génétique sur l’embryon tant les divergences sont profondes. Reste que le train a déjà quitté la gare : le débat n’est plus de savoir s’il faut un moratoire sur cette technique prometteuse. Les bonnes pratiques et l’évaluation du rapport efficacité/sécurité guident toute autorisation. Et les principes éthiques doivent éclairer plutôt que contraindre. Pour certains parents, transmettre une maladie génétique à leurs enfants est une très lourde charge. Y aurait-il un intérêt médical à l’éviter, en intervenant sur les cellules germinales ? Dans un contexte incertain, modifier l’espèce semble très aventureux, mais le débat n’appartient pas aux seuls médecins : la société civile tout entière doit pouvoir y participer ! »

[su_box title= »Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et porteur de l’appel Stop Bébé OGM, commente ces réflexions :   » box_color= »#de0498″]

« Nous constatons que de nombreux spécialistes s’accordent sur la gravité des risques liés à la modification du génome de l’embryon ou des gamètes humains. Pour autant, ils se montrent singulièrement timorés quand il s’agit d’encadrer la recherche sur l’embryon. De telles recherches constituent pourtant la première étape d’un glissement accéléré vers des pratiques eugéniques et transhumanistes. Il faut être lucide : si les techniques se perfectionnent, et montrent dans l’avenir que des embryons ainsi modifiés sont viables, on voudra faire naître des bébés OGM. Ils seront alors les cobayes à vie de la technique qui les aura fabriqués. La France doit être à l’avant-garde éthique, comme elle l’est encore, au plan mondial, quand elle défend la non-marchandisation du corps humain et de ses produits. L’encadrement éthique des techniques de recherche sur l’embryon et les gamètes doit faire l’objet d’une action internationale où notre pays peut être en pointe. »

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Pour aller plus loin

Tribune « Humbles face à l’embryon » de Tugdual Derville

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[i] De l’unité 1154 Inserm/ CNRS – Muséum national d’histoire naturelle, Structure et instabilité des génomes.

Conseil de l’Europe : le rapport De Sutter sur la GPA suspendu

Conseil de l’Europe : le rapport De Sutter sur la GPA suspendu

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Lors de la séance du 21 juin 2016, au cours de laquelle devait être examiné un nouveau rapport sur « les Droits de l’homme et les questions éthiques liées à la gestation pour autrui », la Commission des questions sociales de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a suspendu la poursuite des travaux pour cause procédurale.

Ce nouveau rapport hautement controversé était présenté par Petra De Sutter, sénatrice belge et gynécologue. Il s’agit d’une récidive de cette rapporteur pour laquelle a été soulevé un conflit d’intérêts, dans la mesure où elle pratique elle-même la GPA dans son activité professionnelle. Ses liens avec une clinique indienne ont été également révélés.  Son premier rapport avait été rejeté le 15 mars dernier : il entendait encadrer la GPA au niveau européen, autrement dit légitimer cette pratique contraire aux Droits de l’homme.

No Maternity Traffic, dont Alliance VITA est partenaire, « restera attentif à la décision de la Commission du règlement qui doit se prononcer sur certaines irrégularités de procédure, notamment la question de savoir si la commission peut librement destituer la rapporteur. »

Alliance VITA s’engage avec No Maternity Traffic « pour que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe rejette et condamne toute forme de gestation par autrui comme contraire aux droits de l’homme et à la dignité humaine. »

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Communiqué de No Maternity Traffic du 22 juin 2016

CRISPR-Cas9 et thérapie génique : un premier essai clinique approuvé

GPA infographie : La gestation pour autrui est interdite…pourtant un effet domino la facilite

 

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La loi française interdit la GPA, mais les tribunaux en reconnaissent aujourd’hui les effets sur l’état civil.

La loi sur le mariage pour tous a ouvert une brèche qui aboutit à une situation intenable. En demandant d’inscrire sur l’état civil français de l’enfant le père biologique et la mère porteuse qui a dû abandonner l’enfant à sa naissance, le droit français cautionne les effets de ce qui constitue une « fraude à la loi ».

 

EN SAVOIR PLUS

– DECODEUR N°47 » GPA : les députés examinent deux propositions de loi à l’Assemblée nationale »

Contexte et enjeux des 2 propositions de loi visant à renforcer l’interdiction de la GPA en France.