Prévenir le suicide au grand âge

A l’occasion de la journée mondiale de prévention du suicide, ce lundi 10 septembre 2012, la ministre déléguée chargée des personnes âgées a présenté un plan d’action contre le suicide des personnes âgées, dont le taux officiel est alarmant, bien que sous évalué.

Interrogée par le quotidien 20 Minutes, Michèle Delaunay rappelle que 30% des 12 000 Français qui se sont donnés la mort en 2011 avaient plus de 65 ans. Elle souligne que le fort taux de mortalité à l’issue des tentatives de suicide au grand âge atteste une volonté d’en finir, plutôt que d’appeler au secours. Et la ministre de décrire « des actes qui traduisent une immense souffrance due à un sentiment d’isolement et d’inutilité ».

Parmi les pistes envisagées par le gouvernement, elle insiste sur le dépistage plus systématique des états dépressifs qui entreraient dans 90% de ces suicides.

Pour Alliance VITA qui salue cette intention, la lutte contre l’isolement des personnes âgées doit s’accompagner d’un message clair contre toute dépénalisation de l’euthanasie. L’affaire du docteur Bonnemaison à Bayonne a montré en août 2011 qu’une partie de notre société considère comme inutile la vie des personnes très âgées, au point qu’elles ne mériterait plus d’être protégée. Cette dérive, qui participe à leur sentiment d’exclusion, doit être fermement combattue.

Mortelle exception

Mortelle exception

En France, après le lancement de la mission Sicard, c’est autour du mot « exception » que se concentre désormais le débat sur l’euthanasie. 

Le mot euthanasie est dans toutes les têtes, mais reste aussi tabou au gouvernement que dans l’engagement du candidat socialiste :

« Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. »

Comment mettre en œuvre cette promesse ambiguë ? Interrogé début juin par la station nantaise Radio Fidélité, le Premier ministre, affichant sa volonté de perfectionner la loi Leonetti — votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en 2005 — ajoute :

« Je ne sais pas s’il faudra une loi » et annonce une « concertation ».

C’est le 17 juillet 2012, dans le centre de soins palliatifs Notre Dame-du-Lac, que Hollande relance le débat de l’euthanasie, le président Hollande rend publique sa modalité : une mission confiée au professeur Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) doit rendre son rapport avant la fin de l’année.

Après avoir pris soin de saluer la loi Leonetti, le chef de l’État s’exprime alors sous forme interrogative, en tournant encore autour du mot interdit :

« Ne peut-on aller plus loin dans les cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager les patients aux prises avec une douleur irréversible et qui appellent un acte médical assumé au terme d’une décision partagée et réfléchie ? »

Que penser du mot exception sur un principe aussi intangible que l’interdit de tuer ?

L’exception peut-elle confirmer pareille règle ou bien la ruiner ?

La réponse à cette question pourrait diviser aujourd’hui les opposants à un « droit » à l’injection mortelle.

Pour les uns, il faut « lâcher du lest » sur les situations les plus difficiles. Pour les autres, les cas belges et hollandais ont démontré qu’à partir des prétendus cas limite, une dépénalisation de l’euthanasie ne ferait qu’ouvrir une brèche. Imaginerait-on maintenir l’abolition de la peine de mort en assortissant ce principe de quelque exception ?

C’est en l’an 2000 que le débat sur l’exception fut lancé quand le CCNE, alors présidé par le même Didier Sicard, rendait un rapport titré « Fin de vie, arrêt de vie, euthanasie».

Il envisageait l’instauration d’une « exception d’euthanasie » comme moyen juridique à soulever par la défense dans un procès pénal (donc a posteriori), pour exonérer les auteurs de certains actes euthanasiques dénués de mobile crapuleux.

Une modification du Code de procédure pénale aurait délégué au juge la question de l’éventuelle exonération des auteurs de l’acte.

De nombreuses voix s’élevaient alors face au risque de dépénalisation jurisprudentielle de l’euthanasie ou du suicide assisté. D’autant que, vite lu ou délibérément déformé, le rapport du CCNE avait été compris comme une ouverture à l’euthanasie d’exception.

Dans son article « L’exception d’euthanasie » (Études sur la mort, 2/2001, www.cairn.info/revue-etudes-sur-la-mort-2001-2-page-35) qui n’a rien perdu de son actualité, Patrick Verspieren, propose une analyse des limites du concept juridique proposé par le CCNE. à la question « Le droit peut-il définir l’exception ? » il répond non.

A la suite de la France en 2005, l’Allemagne, l’Italie, la Suède puis l’Espagne ont débattu de lois proches de la loi Leonetti, au contraire des pays du Benelux qui font figure… d’exception mondiale.

En France, ce sont des histoires médiatiquement manipulées qui ont fait entrer dans les esprits l’idée de l’exception « a priori » (cf. La Bataille de l’euthanasie, Salvator, 2012).

Dans l’émotion de l’affaire Sébire en 2008, le député socialiste Gaétan Gorce, qui avait présidé la commission spéciale ayant abouti à la loi de 2005, avait ainsi plaidé pour une « formule d’exception » à instaurer par modification de cette loi : il se serait agi pour un patient de « saisir une haute autorité morale » habilitée à autoriser un médecin à prodiguer l’injection létale demandée par son malade.

Le professeur Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm, lui préférait à l’époque une formule non-législative. Il la présentait sous la forme d’une question : « Est-ce que la loi envisage tous les cas les plus extrêmes ou est-ce que la loi s’arrête et qu’il faut essayer d’envisager l’exception, un pas plus loin ? » Formulation proche de celle du président Hollande… Et Jean-Claude Ameisen est aujourd’hui membre de la commission Sicard qui vient d’entamer ses consultations.

Le Sénat va débattre sur l'embryon

Le Sénat a programmé pour le lundi 15 octobre 2012 la discussion d’une proposition de loi visant à lever l’interdiction de la recherche sur l’embryon.

Ce texte, déposé par le radical de gauche Jacques Mézard, sera discuté à l’occasion d’une « niche parlementaire » du groupe RDSE.

Le Fil d’actus du 20 juin 2012 avait présenté cette proposition de loi et ses enjeux. Elle vise essentiellement à autoriser de façon explicite la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires, alors qu’actuellement cette pratique est en principe interdite avec des exceptions limitées. Ce type de recherche pose en effet des questions éthiques graves quand elle aboutit à la destruction de l’embryon.

La commission des affaires sociales du Sénat examinera le texte le mercredi 3 octobre 2012.

Euthanasie belge : hausse & fraude

Euthanasie belge : hausse & fraude

Le nombre d’euthanasies déclarées en Belgique en 2010 et 2011 (2086 cas) a augmenté de 57% par rapport aux deux années précédentes, selon le rapport publié fin août par la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, créée par la loi belge votée en 2002, tandis qu’une étude parue en juillet 2012 révèle d’importantes disparités entre Flandre et Wallonie ainsi que la persistance de fraudes.

Selon le dernier rapport de la commission de contrôle, le nombre d’euthanasies pour des pathologies n’entrainant pas un décès à brève échéance a doublé en 4 ans. Par ailleurs, seulement 10% des médecins pratiquant l’euthanasie consultent des médecins de soins palliatifs. Enfin, 58 personnes souffrant d’affections neuropsychiques, dont la maladie d’Alzheimer, ont été euthanasiées au cours de ces deux années : ces cas d’euthanasie soulèvent la question du consentement éclairé des patients dont la conscience peut être altérée.

D’autre part, l’étude publiée dans la revue Social Science&Medecine de juillet 2012 montre que les médecins flamands sont plus enclins à l’euthanasie. Conduite par des  chercheurs des universités de Vrije Universiteit Brussel et de Gand auprès de 480 médecins de Flandre et 305 médecins de Wallonie, l’enquête indique que depuis le vote de la loi, 51%  des médecins flamands interrogés sollicités par une demande d’euthanasie y ont accédé contre 38 % des médecins wallons. Par ailleurs, une proportion parfois forte d’euthanasies clandestines a été confirmée par les médecins eux-mêmes : si 73% des euthanasies pratiquées par les médecins flamands interrogées auraient été déclarées à la commission de contrôle, seulement 58 % de celles pratiquées par les médecins wallons l’auraient été. La légalisation de l’euthanasie n’a donc aucunement effacé sa pratique frauduleuse.

"Faire famille" : (im) posture ?

Le débat sur le mariage avec adoption pour les personnes de même sexe dérive souvent sur les incompétences « des autres » en matière d’éducation. Reviennent périodiquement les arguments suivants : « Il vaut mieux pour un enfant être élevé par deux personnes de même sexe qui s’aiment que par un couple homme-femme qui se déchire ; un célibataire peut adopter, il n’est pas considéré comme un mauvais parent*, alors pourquoi pas deux personnes de même sexe ; certains couples ne méritent pas d’avoir des enfants car ils s’en occupent mal. »
Il faudrait comparer ce qui est comparable : un couple qui se déchire puis divorce vaut bien deux personnes homosexuelles en procès pour l’adoption et la garde d’un enfant après séparation. Ne soyons pas faussement naïfs, la vie commune des personnes homosexuelles n’est pas exempte de difficultés qui ont des conséquences sur la durée et la stabilité de leurs couples. Dans les conflits des adultes, celui qui paie le prix fort est toujours l’enfant.
Enfin, les procès d’intention ne sont pas des arguments. La vie réserve des surprises, et des personnes qui ne s’y attendent pas peuvent se retrouver père ou mère de substitution (un oncle, une sœur, des grands parents, un beau-parent, un tuteur désigné…) pour le meilleur ou le pire. De fait, le législateur a déjà prévu le pire et les procédures de protection de l’enfant existent.
Dans le projet de loi, ce qui est en jeu n’est pas la capacité à élever un enfant, mais la nature de la relation familiale, la posture de parent.
La posture d’un éducateur est liée à son statut.
L’enfant a besoin de savoir qui est la personne qui s’occupe de lui et pourquoi. Les enseignants, le personnel éducatif doivent trouver la juste proximité et la saine distance avec chaque élève dont ils ont la charge. La question est plus délicate encore pour les beaux-parents dans les familles qui restent décomposées aux yeux des enfants : comment prendre sa juste place avec une attitude aimante, avec une incontournable autorité, mais discrétion pour laisser la place aux parents. On sait maintenant que les parents adoptifs ne doivent pas mentir sur l’histoire personnelle de l’enfant accueilli. À propos de la juste posture des parents « traditionnels »** envers leurs enfants, la bibliographie est abondante ! Et la meilleure relation est toujours établie sur les bases de la vérité.
Aussi est-il légitime de se demander qu’elle peut être la posture juste pour le « parent 2 », le co-père ou la co-mère. La difficulté surgit dès que l’on se demande comment l’enfant appellera ses « parents » : par le même mot ? Par les prénoms avec abandon de toute référence à la maternité et à la paternité ? Avec des petits noms inventés qui n’auront aucune portée symbolique universelle ?
Cette question de la posture est d’autant plus pertinente dans le cadre d’une légalisation du « mariage pour tous » : la République affirmera à l’enfant qu’il est le fruit légitime de deux hommes ou de deux femmes. Et parallèlement, l’école de la République lui enseignera dès la maternelle qu’il est venu au monde par la rencontre d’un ovule féminin et d’un spermatozoïde masculin. Quelles seront les conséquences de ces révélations contradictoires ? Comment parler vrai à l’enfant ? Quelle sera la place faite au(x) parent(s) biologique(s) ? Questions cruciales quand on sait que l’enfant a besoin de connaitre son origine biologique pour se structurer.
Une tentation de notre temps est de favoriser les droits de l’adulte tout-puissant, au détriment du plus faible, l’enfant. Une autre tentation, dialectique, est d’opposer l’hétérosexuel nanti de droits à l’homosexuel démuni. C’est une manipulation car, juridiquement, l’hétérosexuel n’est pas sujet de droit comme l’explique Sylviane Agacinski. Cependant, pour cette philosophe, l’égalité du droit à l’adoption est un absolu ; elle propose donc un statut de beau-parent, qui fait de l’enfant une personne que l’on « possède ». Or, pour l’instant encore, le mariage civil reconnaît et protège la famille parce qu’elle est vérité de relation : père, mère, fratrie. Ces relations ne sont pas construites par la loi, au contraire, la loi par l’institution du mariage reconnaît ces relations comme fondatrices de la société. Avec le « mariage pour tous » la loi ne sera plus au service de la famille, mais elle « fera » la famille, comme l’explique si bien notre ministre madame Bertinotti dans un entretien accordé au magazine Têtu du 29 août 2012. La famille ne sera plus relation, mais relative. Bref, elle n’existera plus, au profit de communautés de personnes. Les enfants comme les adultes auront du mal à s’y retrouver…
Heureusement, on peut imaginer, avec un brin d’ironie, que la solution égalitaire existera bientôt grâce aux progrès de la PMA et la mise au point de la super-couveuse. Les couples ne se reproduiront plus naturellement. Leurs gamètes prélevés seront anonymes et triés. Pour tous, la même origine : le fond d’un tube à essai. Les enfants ne diront plus jamais papa ou maman. On a déjà lu ça quelque part : une société parfaite, le meilleur des mondes.
* L’adoption par les célibataires a été admise après la guerre, en raison du grand nombre d’orphelins. Depuis, le contexte social a changé, ce principe peut être remis en question dans l’intérêt des jeunes enfants adoptables.
* * Si la loi est votée, le sens des mots sera radicalement transformé ; cette évolution du langage ni naturelle ni spontanée sera nécessaire, donc autoritaire.

Trisomie 21 : nouveau test allemand

Trisomie 21 : nouveau test allemand

Un nouveau test permet désormais de dépister la trisomie 21 par une simple prise de sang chez la femme enceinte. Le laboratoire allemand LifeCodexx, qui a lancé fin août sa commercialisation dans quatre pays (Allemagne, Suisse, Autriche, Liechtenstein) sous le nom de « Praena Test », espère bien en vendre rapidement dans l’ensemble des pays européens.

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), puis la Haute Autorité de santé (HAS) vont devoir se prononcer sur l’intérêt de l’introduction de ce dispositif en France, d’un point de vue de l’efficacité médicale et sur le plan économique (1250 euros l’unité).

Les réactions sont déjà nombreuses, allant de l’espoir de supprimer l’amniocentèse à la crainte d’une dérive eugéniste de plus en plus forte, par IMG ou même IVG puisque le test est possible dès la douzième semaine de grossesse.

Saisi par le Collège national des gynécologues-obstétriciens français (CNGOF), le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) aura également à donner son avis dans les mois à venir.

Rappelons qu’en France, 96% des fœtus diagnostiqués trisomiques font l’objet d’une interruption médicale de grossesse, ce qui pose la question fondamentale du regard de la société sur l’accueil du handicap avant la naissance.

Handisport équitable ?

Handisport équitable ?

Les Jeux paralympiques se déroulent à Londres du 29 août au 9 septembre 2012 : occasion unique de combattre les préjugés et stéréotypes quant aux personnes handicapées.

Second événement sportif de l’année après les Jeux olympiques, par le nombre d’athlètes participants (4200, de 166 pays), ces « autres Jeux » mettent en scène 20 sports. Plusieurs disciplines sont spécifiquement conçues pour les personnes handicapées, tels la boccia, jeu de boules adapté aux personnes souffrant de lésions cérébrales affectant le contrôle de la motricité, ou le goalball, jeu de ballon sonore inventé pour les personnes atteintes de cécité.

Les personnes souffrant de déficits mentaux avaient été exclues des jeux précédents en raison de la difficulté de « garantir » leur handicap. L’équipe de basket espagnole de Sydney, en 2000, avait fait scandale : elle était presque entièrement composée de sportifs mentalement valides ! Avec des grilles d’évaluation révisées, les personnes handicapées mentales ont été réintégrées à Londres. Désormais seules les personnes sourdes, qui disposent de leurs propres compétitions, restent à l’écart de l’événement.

Même si le paralympisme ne cesse de s’ouvrir aux pays pauvres, ils y sont plus défavorisés encore que pour le sport des « valides ». Pour certaines disciplines, la technologie des orthèses et prothèses a pris une place considérable : des jambes artificielles en fibre de carbone peuvent coûter 20 000 euros… Selon le Comité paralympique camerounais, un seul de ses « dix athlètes qui ont le niveau mondial » a pu s’inscrire à Londres. Le voyage est coûteux, et le handisport intéresse peu les gouvernements… Pourtant, ce sont les pays du Sud qui laissent naître les plus nombreuses personnes handicapées. Les techniques de dépistage en vogue dans les pays du Nord y rendent désormais rarissimes les naissances d’enfants souffrant d’anomalies congénitales, comme l’absence d’un membre. Il reste les accidentés ou amputés, mais ce n’est pas le moindre des paradoxes de constater qu’un événement sportif « consensuel » rend hommage à des personnes que les sociétés développées s’acharnent à empêcher de naître.

Pour la France, qui détient le record mondial de leur exclusion anténatale, une polémique s’est ouverte sur leur déficit d’image. Elle expliquerait la couverture décevante des Jeux paralympiques par la télévision publique. La visibilité des performances des sportifs handicapés souffre aussi de leur éparpillement en multiples catégories. Équité oblige, il n’y a pas moins de 15 finales du 100 mètres pour les diverses classes de sportifs infirmes moteurs, en fauteuil, malvoyants ou amputés.

Ces jeux glorifient-ils la force ou la faiblesse ? C’est surtout le courage et le dépassement personnel que l’on voit. Ambiguïté : alors que le handicap, sésame indispensable pour participer, vient affaiblir, ce seront tout de même les plus forts qui seront glorifiés par une médaille.

D’authentiques sportifs de haut niveau chez les valides participent d’ailleurs à la compétition réservée aux personnes handicapées, à l’image du français Arnaud Assoumani, l’un des meilleurs sauteurs en longueur de l’Hexagone avec un record personnel à 7 m 91. Médaille d’or paralympique à Pékin, Assoumani, qui souffre de l’absence congénitale d’un avant-bras, n’a été écarté de la sélection olympique qu’en raison d’une blessure.

Troisième Français chez les « valides » en 2010, c’est un professionnel sponsorisé, comme la « star » Oscar Pistiorius. Le Sud-Africain a pu se mesurer aux athlètes valides sur 400 mètres, à Londres, alors qu’on avait contesté « l’avantage » que ses prothèses de double amputé lui donneraient sur eux… Autre handisportif français emblématique, Ryadh Sallem est passé en quatre paralympiades du basket-fauteuil au rugby-fauteuil, deux disciplines très spectaculaires. Refusant tout « misérabilisme », il réclame qu’on parle « performance sportive ».

Les jeux paralympiques n’échappent pas au fléau du trucage. On évoque notamment la pratique du « boosting » : dangereuse, elle consiste, pour les personnes souffrant de lésions de la colonne vertébrale, à s’infliger des blessures et violences volontaires — parfois des fractures — destinées à augmenter leur pression sanguine, et leurs performances de 15%. Jusqu’à un tiers des compétiteurs concernés auraient usé de cet artifice désormais interdit.

Pour nombre de ceux qui voient dans la pratique sportive une revanche sur la vie, participer ne suffit pas. Mais la grande victoire de ces Jeux-là restera le rayonnement des personnes handicapées. Interrogé par L’Humanité, Ryadh Sallem en témoigne : « Ce n’est pas parce qu’on est des mecs abîmés que la vie ne continue pas… ».

CEDH : l’Italie forcée au DPI ?

La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a rendu un arrêt, le 28 août 2012, condamnant l’Italie pour sa législation qui interdit le diagnostic préimplantatoire (DPI) sur un embryon. L’argument principal de cet arrêt repose sur l’incohérence de la législation italienne entre le DPI -interdit- et l’avortement thérapeutique -autorisé-. La décision, prise malgré l’absence de recours préalable devant la justice italienne, est susceptible de renvoi devant la Grande Chambre de la CEDH pour réexamen.

L’affaire concerne un couple italien, Rosetta Costa et Walter Palvan : porteurs sains de la mucoviscidose, ils souhaitaient avoir recours au DPI pour avoir un enfant non porteur de la pathologie [1. Rappelons que la technique du DPI conduit à dépister des maladies génétiques sur des embryons obtenus par fécondation in vitro, puis à sélectionner ceux qui sont indemnes de la maladie pour les réimplanter dans l’utérus de la mère. Les embryons porteurs de la pathologie sont détruits à l’issue du dépistage]. Après avoir donné naissance en 2006 à une fille atteinte de cette maladie, ils ont eu recours à une interruption médicale de grossesse en 2010 sur un fœtus également malade. Ils considèrent donc que l’interdiction du DPI en Italie porte atteinte à leur « droit au respect de la vie familiale » énoncé à l’article 8 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

Le gouvernement italien a justifié son refus du DPI par un triple motif : le souci de protéger la santé de la femme et de l’enfant ; la liberté de conscience des professions médicales ; la volonté d’éviter les risques de dérives eugéniques.

Dans son arrêt, la Cour européenne souligne l’incohérence de la loi italienne : d’un côté, en interdisant le DPI, elle rend impossible l’implantation limitée aux seuls embryons non affectés par la maladie ; mais par ailleurs, elle autorise de procéder à une IMG (interruption médicale de grossesse) lorsqu’un examen prénatal révèle que le fœtus est atteint par la pathologie ».

Si l’Italie est condamnée à verser 15 000 euros au couple pour dommage moral, la Cour a en revanche rejeté le grief de la discrimination par rapport à des couples en situation comparable, puisque le DPI est interdit à tous les couples. De même, la Cour ne soutient pas que l’interdiction du DPI soit, en soi, contraire à la Convention européenne des Droits de l’Homme [2. Trois pays interdisent le DPI en Europe : l’Italie, l’Autriche et la Suisse].

L’ECJL (European Council for Law and Justice), qui est intervenu auprès de la Cour dans cette affaire, déclare dans un communiqué,: « Quoi que l’on puisse penser de la cohérence interne de la législation italienne, dès lors que l’interdiction du D.P.I n’est pas en soi contraire à la Convention, on ne voit pas comment cette « incohérence » autoriserait la Section à se substituer au législateur national et aux juridictions nationales en leur imposant son propre arbitrage éthique, et à énoncer ce qu’il faut bien se résoudre à reconnaître comme un véritable « droit à l’eugénisme ».

Mort naturelle de Tony Nicklinson

Le britannique Tony Nicklinson est mort mercredi 22 août à 58 ans « dans la paix » a annoncé son compte Twitter, suivi par plus de 50 000 personnes.

Souffrant d’un locked-in syndrome (ou «syndrome d’enfermement ») consécutif à un accident vasculaire cérébral survenu 7 ans plus tôt, Mr. Nicklinson est décédé des suites d’une pneumonie, six jours après le rejet par la Cour suprême du Royaume-Uni de sa demande d’être euthanasié par un médecin.

Tony Nicklinson était devenu le symbole de la revendication en faveur de l’injection mortelle. S’il est mort « de mort naturelle », ses proches affirment que son décès est la conséquence de la désespérance provoquée par le refus de la justice de l’exaucer. Ils ont repris à leur compte sa pétition en faveur du « droit de mourir » : http://www.change.org/en-GB/petitions/tony-nicklinson-s-right-to-die-change-the-law .

Perdu d’avance ?

L’élection de François Hollande a concrétisé la menace de deux «  basculements de société  » inscrits dans son programme. Est-il encore utile de leur résister  ?
Rendue publique le mardi 17 juillet 2012, au détour d’une visite présidentielle dans un centre de soins palliatifs, une mission sur la fin de vie est confiée au professeur Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). En s’interdisant encore de prononcer le mot euthanasie, François Hollande s’est interrogé sur la nécessité d’aller jusqu’à un «  acte médical assumé  » dans des situations ultimes.
La mission Sicard risque donc d’aboutir à une posture intermédiaire à haut risque  : l’euthanasie «  d’exception  ». Pour les uns, lâcher du lest pour les cas exceptionnels reste le seul moyen d’éviter le grand saut vers un «  droit à l’euthanasie  ». Ils plaident pour un repli tactique qui permettrait de gagner du temps. Pour les autres, l’exception est au contraire le premier pas vers de futures transgressions comme celles constatées en Belgique ou en Hollande. N’est-ce pas toujours par une première exception que les principes intangibles commencent à être vidés de leur substance  ?
La mission Sicard doit être suivie par la saisine du CCNE avant que le Parlement n’agisse. Le débat pourrait être long et à rebondissements. L’option législative pour le «  mariage  » homosexuel est plus claire et immédiate  : le processus législatif doit être bouclé avant la gay pride 2013. Il serait donc lancé dès le début de l’automne. La réforme implique le droit d’adopter des enfants pour deux personnes de même sexe. Un droit qui s’arti¬culerait avec les techniques de procréation artificielle. Tout le corps social serait impacté  : la formule père et mère devrait être remplacée à l’état civil par parent 1, parent 2… Pour commencer.
Alors que la valse-hésitation sur l’euthanasie redonne des forces à son opposition, l’imminence du prétendu «  mariage pour tous  » sus¬cite des attitudes contrastées, voire désordonnées  : une partie des opposants se coordonne et s’organise, d’autres sont tentés d’en découdre de façon agressive ou désordonnée, d’autres encore semblent tétanisés face à l’inéluctable  : à quoi bon se battre si c’est pour perdre  ? Avec pareille philosophie, un certain David aurait pu renoncer à ramasser quelques galets. Pourtant, les cailloux à glisser dans les chaussures de la prétendue «  homofiliation  » ne manquent pas.
Ne pourrait-on voir dans ce débat une opportunité unique d’informer les Français, abrutis par le conformisme médiatique, sur la réalité de ce qui se joue dans les bricolages procréatifs homosexuels  ? Un zeste de bon sens suffit à contredire la notion, créée de toutes pièces, d’homoparentalité. On ne saurait priver impunément un enfant d’un père ou d’une mère, ni multiplier le nombre des prétendus parents. Ne serait-ce qu’en raison du principe de précaution ou de l’application à l’homme des bases de l’écologie. Face à l’oppression, est-il juste de perdre sans se battre  ? Ce ne serait pas seulement déshonorant  : l’absence de résistance à cette étape faciliterait l’accélération des dérives en encourageant de nouvelles revendications. Or, elles sont déjà en embuscade  : «  mariage  » homosexuel religieux, procréation à l’aide de gènes combinés de plusieurs hommes ou femmes assortis de systèmes juridiques donnant à trois ou quatre adultes le statut de «  parents  » d’un même enfant, avec égalité des «  droits et devoirs  ». C’est aujourd’hui en débat en Californie. Son sénateur démocrate a été touché par un fait divers  : deux femmes reconnues, selon la loi, «  mères  » d’un même enfant s’étant bagarrées, l’une est hospitalisée et l’autre en prison  ; le donneur du sperme a proposé d’adopter l’enfant pour éviter son placement. Le sénateur Leno veut lui permettre «  dans l’intérêt de l’enfant  » de devenir son troisième parent. Imparable dans la logique de l’«  homofiliation  » alors que les recompositions familiales ne conduisent jamais à donner à un beau-parent le statut de parent.
En Belgique, où de tels imbroglios fleurissent, c’est sans vrai débat ni bataille argumentaire que le «  mariage  » homosexuel s’est installé. L’Histoire — voire le sport — fourmille de «  barouds  » qui ont — contre toute attente — provoqué la victoire. Les foules sont versatiles  ; seul l’esprit de fatalité et de découragement des leaders garantit la défaite. Que n’a-t-on reproché à certains notables leur silence sur l’injustice faite aux faibles par d’effrayants puissants  !
L’«  homofiliation  » étant un mensonge et une grave injustice, on doit les dénoncer. Le prix à payer pour avoir dit la vérité restera dérisoire au regard de celui qu’ont acquitté d’autres générations, contre d’autres injustices.

AFP : Fin de vie et euthanasie: l’Alliance Vita évoque "une dangereuse ambiguïté"

PARIS, 17 juil 2012 (AFP) – L’Alliance Vita pour les Droits de la Vie estime que l’intervention du président François Hollande mardi sur la fin de vie marque « une prise de conscience » des insuffisances des soins palliatifs en France, mais aussi « une dangereuse ambiguïté » en matière d’euthanasie.
L’association présidée par le Dr Xavier Mirabel salue dans un communiqué « le constat » du président de la République « quand il relève la grave insuffisance de l’offre de soins palliatifs et reconnaît qu’ils n’ont pas seulement un coût mais constitue un investissement pour l’ensemble de la société ».
Toutefois elle estime que son intervention « reste ambiguë » quand il a « envisagé d’ouvrir la porte à un acte médical assumé, qui ne peut être autre chose qu’une injection létale ».
Le Dr Mirabel se dit « par ailleurs très soucieux de voir l’euthanasie présentée comme une exception ». Selon lui, « comme l’attestent les exemples belges et hollandais, un interdit aussi fondateur pour la confiance soignants-soignés que celui de tuer s’effondre vite à partir du moment où la porte est ouverte à l’exception ».
« Peut-on aller plus loin dans les cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager les patients aux prises avec une douleur irréversible et qui appelle un acte médical assumé au terme d’une décision partagée et réfléchie? », s’est interrogé mardi M. Hollande en évoquant la loi Leonetti qui a instauré un droit « au laisser mourir ».

[CP] Fin de vie : réaction d’Alliance VITA à l’intervention de François Hollande

[CP] Fin de vie : réaction d’Alliance VITA à l’intervention de François Hollande

Paris, le 17 juillet 2012

Réaction d’Alliance VITA à l’intervention de François Hollande sur la fin de vie

« Une prise de conscience, mais une dangereuse ambiguïté »

Alliance VITA prend acte des annonces effectuées par le président de la République en visite dans un centre de soins palliatifs : une réforme concernant ces soins palliatifs et la relance du débat sur la fin de vie avec une mission confiée au professeur Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Sur le principe, VITA salue le constat effectué par le président de la République quand il relève la grave insuffisance de l’offre soins palliatifs et reconnait qu’ils n’ont pas seulement un coût mais constitue un investissement pour l’ensemble de la société. C’est ce qui transparait dans les situations confiées au service d’écoute SOS Fin de vie : un accompagnement paisible des personnes gravement malades à l’approche de leur mort contribue à la paix sociale. Il éteint par ailleurs l’immense majorité des demandes d’euthanasie, notamment quand les soignants sont correctement formés à la lutte contre la douleur. Un grand travail d’explication, de promotion et de développement des soins palliatifs s’avère aujourd’hui vital. D’autant que les Français ignorent encore largement l’apport précieux des soins palliatifs.

Alliance VITA est donc prête à participer à la concertation sur le thème de la fin de vie sous l’égide du professer Didier Sicard.

Comme l’explique toutefois le cancérologue Xavier Mirabel, président de VITA et expert médical du site d’écoute SOS fin de vie, « si nous espérons que cette visite marque un progrès dans la compréhension des soins palliatifs par le président de la République, son intervention, au terme de sa visite reste ambigüe : François Hollande peut-il à la fois se féliciter de la loi Leonetti, votée à l’unanimité, qui récuse clairement acharnement thérapeutique et euthanasie, et envisager d’ouvrir la porte à « un acte médical assumé », qui ne peut être autre chose qu’une injection létale ? Je rappelle que le mouvement des soins palliatifs estime clairement l’euthanasie incompatible avec les soins palliatifs. VITA reste donc particulièrement vigilante face à toute idée de considérer l’injection létale comme un acte médical, expression utilisée par François Hollande. Nous sommes par ailleurs aujourd’hui très soucieux de voir l’euthanasie présentée comme une exception. Comme l’attestent les exemples belges et hollandais, un interdit aussi fondateur pour la confiance soignants-soignés que celui de tuer s’effondre vite à partir du moment où la porte est ouverte à l’exception. »

Engagée dans la sensibilisation en faveur des soins palliatifs, contre l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie, VITA anime le service d’aide et d’écoute SOS fin de vie (www.sosfindevie.org) et a été régulièrement auditionnée au Parlement sur ces sujets. Pendant la campagne présidentielle, elle a réalisé un Tour de France de la Solidarité dans 50 villes contre la tentation de l’euthanasie et pour la promotion des soins palliatifs. (voir sur www.alliancevita.org).

USA : trois parents ou plus ?

Un sénateur américain défend une proposition de loi permettant à un enfant d’avoir un troisième, voire un quatrième parent.
Selon le New York Times du 13 juillet 2012, la proposition du sénateur démocrate de Californie est née d’un fait divers : deux californiennes lesbiennes reconnues « mères » d’un enfant s’étant bagarrées, l’une est à l’hôpital et l’autre en prison. Affirmant vouloir éviter à l’enfant – conçu d’un donneur de sperme – un placement en famille d’accueil, le sénateur Mark Leno veut permettre à son père biologique, qui a toujours conservé des liens avec l’enfant, de pouvoir le garder pendant que ses « deux mères » en sont empêchées. C’est ainsi « dans l’intérêt de l’enfant » que le sénateur Leno soutient son projet législatif qui, après avoir été adopté par le Sénat de son État, doit bientôt être présenté à son Assemblée.
Le texte prévoit qu’un enfant puisse se voir attribuer de trois à quatre parents ayant exactement les mêmes droits et devoirs. Les associations familiales et les élus républicains ont protesté en soulignant qu’à partir du moment où l’on entre dans cette logique, les parents peuvent se multiplier sans limite, au fil des fractures et recompositions familiales, engendrant la confusion des enfants.

Elle est belle, ma famille bio

Ne nous privons pas de crier la vérité sur les toits, surtout lorsqu’elle est belle à voir et à entendre : une famille unie fait le bonheur de ses enfants !
Qui ne s’émerveille en voyant des enfants faire éclater leur bonne humeur sous le regard aimant des parents qui leur ont donné le jour ? Cette image du bonheur familial peut paraître idyllique. Nous la croisons pourtant quotidiennement, n’importe où en France, au coin de la rue. Certains n’osent plus y croire, à l’heure où un mariage sur deux se termine par un divorce. Mais cela signifie aussi qu’un mariage sur deux reste stable, pour le plus grand bénéfice des conjoints et de leurs enfants.
Oui, pour un enfant, vivre au sein d’une famille unie, entouré du père et de la mère qui lui ont donné le jour, est une chance inestimable. Et pour ceux qui viendraient à en douter, une étude toute récente du professeur Mark Regnerus, de l’université du Texas, met en lumière le lien entre les structures familiales et le développement des enfants. Cette étude est d’abord remarquable par son sérieux et son ampleur sans précédent : menée auprès de 3000 jeunes adultes pris au hasard, issus de huit structures familiales différentes, et évalués selon pas moins de quarante catégories sociales et émotionnelles. Et sa principale conclusion est de confirmer que les jeunes élevés par leurs parents biologiques au sein de familles stables s’en sortent globalement mieux dans la vie.
Gardons-nous des interprétations simplistes. Cela n’indique en rien que les familles conventionnelles seraient des modèles de perfection, et les enfants qui en sont issus des enfants modèles. De même, les enfants issus de familles dites non-conventionnelles, marquées par la séparation, le deuil, ou l’infertilité, gardent leurs chances de réussite. Mais chacun sait que pour traverser l’épreuve de ces situations familiales difficiles, les enfants devront bénéficier d’un surcroît d’amour, de la part de parents d’autant plus méritants. Ce que révèlent simplement les statistiques de cette étude, c’est que la famille biologique stable constitue un atout pour ses enfants, et favorise leur épanouissement.
Un autre résultat marquant est que les enfants élevés par des femmes homosexuelles sont ceux qui connaissent le plus de difficultés. Cela ne va pas manquer de déranger les partisans de l’homoparentalité, tenants du dogme selon lequel aucune différence ne serait établie entre les enfants élevés par des couples homme-femme et homosexuels. A l’heure où l’ouverture du mariage et de l’adoption à deux personnes de même sexe est au programme du nouveau gouvernement, une telle analyse sera certainement confrontée à une très forte opposition. L’arme la plus à craindre est d’abord l’étouffement sous une chape d’indifférence. C’est pourquoi la défense de l’intérêt des enfants exige de faire connaître notre analyse. Elle sera alors confrontée à une seconde offensive, celle du dénigrement et de la marginalisation. Ne nous y trompons pas, et sachons défendre le sérieux de la démarche scientifique, face à la médiocrité des critiques.
Car si la famille biologique doit être défendue comme le modèle de toute famille, c’est avant tout pour défendre les droits des enfants, enjeux sans défense des revendications d’adultes en manque de reconnaissance sociale.

L'étude de Mark Regnerus (US) sur les enfants ayant eu un parent homosexuel

Concernant l’homoparentalité, une nouvelle étude de sociologie américaine nous met en garde contre l’usage abusif des science sociales dans le débat public, tout en offrant un bon aperçu de l’expérience d’avoir eu un parent homosexuel pour la génération aujourd’hui adulte. Cette étude va dans le sens de ce qui a longtemps été une évidence, et qui fait aujourd’hui l’objet de controverses : en moyenne, un enfant s’en sort mieux lorsque son père et sa mère restent mariés.

L’apport américain

La spécificité des États-Unis en matière de débat sur l’homoparentalité est double : l’évolution de la société fait que des situations d’homoparentalité de fait existent depuis les années 1990, et donc une génération d’enfants de ces foyers est parvenue à l’âge adulte ; l’autre spécificité est le grand respect pour l’apport des sciences sociales : aux États-Unis, même les sujets controversés, comme par exemple les inégalités sociales, sont abordés à travers de grandes enquêtes sociologiques et statistiques. Les chercheurs en sciences sociales jouissent d’une assez grande autonomie pour étudier divers objets sans nécessairement se soucier de l’opinion dominante.

Un des problèmes du débat français sur l’opportunité d’accorder le droit aux personnes de même sexe de se marier, et d’adopter des enfants, est la mise en avant de statistiques dont les origines sont assez obscures. Ces chiffres portent sur le nombre de foyers homosexuels où des enfants sont élevés, et sur les conséquences pour ces enfants, présentées comme égales, sinon optimales par rapport aux enfants élevés dans un foyer composé d’un père et d’une mère mariés. La plupart de ces affirmations ne sont pas fondées sur des études sociologiques françaises, mais sur des études américaines, qui se sont multipliées depuis le début des années 2000.

L’étude de Mark Regnerus

Dans un article intitulé « How different are the adult children of parents who have same-sex relationships? Findings from the New Family Structures Study » [« A quel point les enfants devenus adultes de parents ayant eu une relation homosexuelle sont-ils différents ? Résultats de l’Étude sur les nouvelles structures familiales » ] et rendu public le 11 juin 2012, Mark Regnerus, chercheur en sociologie à l’université du Texas, présente une étude considérée comme rigoureuse et complète selon l’analyse de plusieurs de ses pairs[1. Osborne, Cynthia. « Further comments on the papers by Marks and Regnerus ». Social Science Research 41, no. 4 (juillet 2012) : 779-783 ], ou même de promoteurs de l’homoparentalité[2. Burroway, Jim. « First Look at Mark Regnerus’s Study on Children of Parents In Same-Sex Relationships », boxturtlebulletin.com, juin 10, 2012].

Cette étude remet en cause le dogme, qui s’était établi dans le milieu scientifique et militant, selon lequel grandir dans un foyer où les parents sont de même sexe ne changerait rien, voire serait bénéfique pour l’enfant en comparaison à d’autres configurations familiales. Quelques-unes de ces études avaient même été jusqu’à affirmer la supériorité d’un foyer composé de deux femmes sur un foyer avec père et mère mariés. Cela constituait un changement de paradigme scientifique très brusque puisque au milieu de la décennie 1990, moment où les fictions télévisuelles commencèrent à présenter divers arrangements familiaux impliquant des homosexuels sous une perspective favorable (pensons à la série Friends par exemple), les experts de la famille considéraient encore que l’arrangement familial le plus favorable pour le devenir des enfants était avoir un père et une mère toujours mariés. Ce brusque bouleversement de paradigme est apparu comme suspect aux yeux de Regnerus, sociologue respecté, dont les études précédentes portent notamment sur l’activité sexuelle des jeunes gens non mariés[3. Regnerus, Mark, et Jeremy Uecker. Premarital Sex in America : How Young Americans Meet, Mate, and Think about Marrying. Oxford University Press, USA, 2011].

Méthodologie de l’enquête

Aidé par des collègues, Mark Regnerus a repris une base de données sociologique très fouillée appelée New Family Structures Study[4. NFSS, que l’on peut traduire par « Etude sur les nouvelles structures familiales »], et il a posé une question à plus de 15 000 américains devenus adultes entre 1990 et 2009 et sélectionnés de façon aléatoire : « Est-ce que l’un de vos parents biologiques a eu, entre votre naissance et l’âge de vos 18 ans, une relation amoureuse avec quelqu’un de son propre sexe ? » 175 ont répondu que c’était le cas pour leur mère, 73 pour leur père. Ces personnes, ainsi qu’un échantillon représentatif de cette génération de la population américaine, ont passé un entretien approfondi portant sur leur vie, leurs relations amoureuses et leur propre éducation, – soit en tout 2 988 personnes interrogées. L’objet de l’enquête est de tester le paradigme de l’absence de différences. Pour cela, Mark Regnerus a constitué huit groupes parmi les  personnes interrogées suivant les structures familiales dans lesquelles ils avaient grandi :

– Famille biologique intacte (« still-intact, biological family ») : un père et une mère marié depuis la naissance de l’enfant jusqu’à aujourd’hui. (919)

– Mère lesbienne : la mère a eu une relation amoureuse avec une femme. (163)

– Père gay : le père a eu une relation amoureuse avec un homme. (73)

– Adopté : adoption par un ou deux parents avant l’âge de deux ans. (101)

– Divorce tardif ou garde partagée : l’enfant a vécu avec ses deux parents jusqu’à 18 ans, ils ne sont plus mariés. (116)

– Belle-famille : les parents biologiques n’ont jamais été mariés ou ont divorcé, le parent ayant la garde s’est marié avec quelqu’un d’autre avant les 18 ans de l’enfant. (394)

– Monoparentalité : les parents biologiques n’ont jamais été mariés ou ont divorcé, le parent ayant la garde ne s’est pas marié ou remarié avant les 18 ans de l’enfant. (816)

– Autres configurations, dont le décès d’un des parents. (406)

Les résultats significatifs

 

Comparés aux enfants de « famille biologique intacte », les enfants aujourd’hui adultes dont la mère a eu une relation amoureuse avec une femme présentent 25 différences significatives sur les 40 variables testées :

Variable testée Enfants devenus adultes de famille biologique encore intacte Enfants devenus adultes dont la mère a eu une relation amoureuse avec une femme avant leur majorité
Questions de type OUI ou NON, résultats moyens en pourcentages
En cohabitation actuellement 9% 24%
La famille a reçu des aides publiques pendant la jeunesse des enfants 17% 69%
Bénéficiaires d’aides publiques actuellement 10% 38%
Employés à temps plein actuellement 49% 26%
Actuellement au chômage 8% 28%
Ont voté à la dernière élection présidentielle 57% 41%
S’identifient comme entièrement hétérosexuels 90% 61%
Ont eu une relation extraconjugale alors que mariés ou en cohabitation 13% 40%
Ont subi des attouchements sexuels par un parent ou un adulte 2% 23%
Ont subi une relation sexuelle contre leur consentement 8% 31%
Questions portant sur une échelle continue, résultats moyens.
Niveau d’éducation atteint (échelle de 1 à 5) 3,19 2,39
Sentiment de sûreté dans la famille d’origine (1 à 5) 4,13 3,12
Impact négatif de la famille d’origine (1 à 5) 2,3 3,13
Auto-estimation de la santé physique (1 à 5) 3,75 3,38
Index de dépression (échelle de 1 à 4) 1,83 2,2
Échelle d’évaluation du degré de dépendance à autrui (1 à 5) 2,82 3,43
Niveau de revenu (1 à 13) 8,27 6,08
Relation amoureuse actuelle en difficulté (1 à 4) 2,04 2,35
Questions portant sur des fréquences, des occurrences, moyenne sur une échelle
Fréquence d’usage de la marijuana (1 à 6) 1,32 1,84
Fréquence d’usage de la cigarette (1 à 6) 1,79 2,76
Fréquence d’utilisation de la télévision (1 à 6) 3,01 3,70
Fréquence d’arrestations par la police (1 à 4) 1,18 1,68
Fréquence de ceux ayant reconnu avoir commis un délit (1 à 4) 1,1 1,36
Nombre de partenaires sexuels féminins pour les femmes (0 à 11) 0,22 1,04
Nombre de partenaires sexuels masculins pour les femmes (0 à 11) 2,79 4,02

 

Lecture : En moyenne, 9% des enfants aujourd’hui adultes dont le père et la mère sont encore mariés vivent en cohabitation sans être mariés, contre 24% des enfants devenus adultes dont la mère a eu une relation amoureuse avec une femme entre le moment de leur naissance et l’âge de 18 ans.

Les résultats présentés ci-dessus sont une sélection traduite de tableaux pris directement dans l’article de Regnerus. Ces 25 variables présentent des différences statistiquement probantes et testées entre « avoir grandi dans une famille dont les parents biologiques sont mariés », et « avoir fait l’expérience entre 0 et 18 ans d’une mère ayant eu une relation amoureuse avec une femme ».

Quelques conclusions à retenir

– Toutes les recherches scientifiques précédentes sur l’homoparentalité sont d’une utilité quasiment nulle, car leurs conclusions ne peuvent pas être extrapolées à la population entière : d’une part, les échantillons y sont trop faibles (des échantillons de 44 personnes au maximum, d’après Regnerus, p. 754, qui donne un résumé de ces recherches) ; d’autre part, ils sont constitués de façon non aléatoire, selon la méthode « boule de neige » : les membres de l’échantillon sont sélectionnés à l’intérieur d’un réseau dont les membres se cooptent. Pour ces raisons, ces échantillons ne sauraient refléter la composition socio-économique, religieuse, raciale et géographique des Etats-Unis. Par ailleurs, les interviewés ont souvent conscience de l’impact politique de l’enquête à laquelle ils participent.

– Cette étude est novatrice car elle donne avec une grande rigueur méthodologique le point de vue de l’enfant sur le fait d’avoir eu un parent homosexuel, alors que la parole était jusqu’ici monopolisée par les parents.

– Le trait le plus marquant de cette enquête sociologique, s’il fallait en retenir un, est l’instabilité de la vie de l’enfant dont la mère a eu une relation amoureuse avec une femme : davantage de temps passé dans un foyer d’accueil, davantage de temps passé chez les grands parents, davantage de temps passé de manière autonome avant 18 ans. En fait, moins de 2% de ces enfants ont passé leur enfance entière avec leur mère et sa partenaire.[5. Mark Regnerus, « Queers as Folk », Slate, juin 11, 2012.]

Les limites d’une telle recherche

– Cette étude ne dit rien sur l’expérience de grandir dans des foyers homoparentaux dans la période actuelle, et ce pour deux raisons : 1. Avoir un parent ayant eu une relation homosexuelle n’est pas synonyme d’avoir grandi dans un foyer homoparental. 2. Cette étude porte sur une génération aujourd’hui adulte, pour laquelle le fait homosexuel était peut-être moins bien accepté socialement qu’aujourd’hui.

– Il ne faut pas demander aux sciences sociales plus qu’elles ne peuvent donner : une bonne recherche ne peut être normative ou prédictive. C’est la description qui doit guider la démarche, mais elle est elle-même dépendante de catégories utilisables et opportunes. Les catégories prises ici reflètent cela : ce n’est pas tant une étude de l’homoparentalité que de l’expérience d’avoir un père ou une mère biologique ayant eu au moins une fois une expérience homosexuelle avant la majorité de l’enfant. Même si dans l’échantillon, certaines personnes ont effectivement eu une expérience de vie dans un foyer homoparental, ils sont bien moins nombreux que les membres des deux catégories ciblées. (23% des enfants dont la mère a eu une relation amoureuse avec une femme ont vécu avec ces deux femmes pendant au moins trois ans avant d’atteindre 18 ans; moins de 2% des enfants dont le père a eu une relation amoureuse avec un homme ont vécu avec ces deux hommes pendant au moins trois ans avant d’atteindre 18 ans).

– Mark Regnerus met prudemment en garde contre l’utilisation d’une telle étude à des fins politiques : ses seules applications solides et concrètes seraient de défaire l’utilisation politique et idéologique des études précédentes participant du paradigme de l’absence de différences, et d’indiquer la rareté d’une telle configuration familiale pour les générations dont les enfants sont devenus adultes. La sociologie nous ordonne ici à grands frais de nous méfier d’elle, offrant une remise à plat du bruit médiatique autour de l’apport de la « Science » au débat sur la légitimité de l’homoparentalité.

– En fait, ce qui est fondamentalement en jeu ici, c’est le maintien de l’idéal de la famille biologique mariée. Pour Mark Regnerus : « La famille nucléaire biologiquement intacte et stable semble être, même si c’est une fausse impression, une espèce en voie de disparition. Cependant, elle demeure l’environnement le plus sain et sécurisant pour le développement de l’enfant. […] Ce qu’affirmaient les sociologues Sarah McLanahan et Gary Sandefur en 1994 reste une réalité :  » S’il nous était demandé de concevoir un système destiné à répondre aux besoins essentiels de l’enfant, nous finirions probablement par inventer quelque chose d’assez proche de l’idéal d’une famille avec deux parents. » Ses avantages sont amplement démontrés : accès au temps et à l’argent de deux adultes, un système d’équilibre des pouvoirs, une double connexion biologique à l’enfant, le tout renforçant la « probabilité que les parents s’identifient à l’enfant et soient capable de se sacrifier pour cet enfant, ce qui réduirait la probabilité que l’un des parents abuse de l’enfant. » Cette étude confirme la sagesse du sens commun. »[6. in Mark Regnerus « Response to Paul Amato, David Eggebeen, and Cynthia Osborne », Social Science Research, juillet 2012, Vol. 41, n°4, p. 786-787]

Porno : ados sacrifiés ?

Selon une étude TNT Sofres publiée le 19 juin 2012 pour le CSA sur la protection du jeune public de la télévision : «Enfants et adolescents ont désormais l’habitude de regarder seuls la télévision et ont de plus en plus accès à des contenus violents ou pornographiques inadaptés pour leurs âges, au grand désarroi des parents.» AFP – 19 juin 2012.

Dans un focus «Adolescents et pornographie», l’étude souligne que « regarder un tel contenu est devenu – pour les garçons- un premier rite de passage vers la sexualité et/ou à l’âge adulte.»

En février 2012, un rapport sur l’avortement et la contraception des jeunes commandité par le Secrétariat d’Etat chargé de la jeunesse dénonçait les méfaits de la pornographie sur la sexualité des jeunes. Une des mesures des rapporteurs préconisait  d’«organiser une résistance institutionnelle, collective et sociétale à la diffusion libre et marchande de la pornographie auprès des jeunes (taxation dissuasive de l’exploitation et de la vente de pornographie, et information précoce des jeunes sur les dangers de cette addiction).»  Le professeur Israël Nisand, auteur du rapport, alertait : « « Nous avons confié l’éducation des enfants à la pornographie ». Conséquence, selon lui : « une construction de la sexualité anormale ». Les adolescents, trop peu informés, vont chercher les réponses à leurs questions sur internet.» Express.fr -16 février 2012.

Selon une enquête menée dans 1.132 collèges par Calysto en 2009-2010, 82 % des 11-13 ans ont déjà été confrontés à une image pornographique via la Toile.

Chantal Jouanno, sénatrice, auteur du rapport « Contre l’hypersexualisation, un nouveau combat pour l’égalité », dénonce également le phénomène de la banalisation de la pornographie. Elle répondait au quotidien Le Figaro, le 4 mars 2012, sur l’enjeu le plus important de l’hypersexualisation des filles. « Ce phénomène a un véritable enjeu sociétal. Car au-delà des petites filles, c’est l’ensemble de la société qui est hypersexualisée. La banalisation de la pornographie est tellement insidieuse qu’on ne sait même plus la voir, encore moins s’en choquer, or c’est très choquant. Aujourd’hui, les enfants construisent leur identité sur une régression de l’égalité homme-femme (…) ».

Proposition de loi sur l'embryon

Une proposition de loi  visant à autoriser explicitement la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires a été enregistrée au Sénat le 1er juin 2012. Son auteur, le sénateur du Cantal Jacques Mézard est radical de gauche.
En 1994, les premières lois bioéthiques avaient posé le principe d’une interdiction absolue des recherches à partir d’embryons humains conçus in vitro. En 2004, des dérogations à ce principe ont été introduites pour cinq ans, sous conditions de « progrès thérapeutiques majeurs ».  La dernière loi bioéthique du 7 juillet 2011 pérennise ces dérogations et en a étendu le champ à des « progrès médicaux majeurs » sans toutefois lever l’interdiction. Elle stipule que « les recherches alternatives à celles sur l’embryon humain et conformes à l’éthique doivent être favorisées », et que ces recherches ne peuvent être conduites que s’« il est expressément établi qu’il est impossible de parvenir au résultat escompté par le biais d’une recherche ne recourant pas à des embryons humains, des cellules souches embryonnaires ou des lignées de cellules souches ». La recherche sur l’embryon et des cellules souches embryonnaires pose en effet la question éthique de la destruction de l’embryon.
Concernant la proposition de loi déposée, en plus de la levée de l’interdiction, plusieurs dispositions proposées réduiraient ou supprimeraient des règles qui visent à garantir la pertinence des recherches : par exemple, les autorisations données par l’Agence de la Biomédecine (ABM) n’auraient plus besoin d’être motivées, et les ministres chargés de la santé et de la recherche ne pourraient plus interdire une recherche autorisée par l’ABM mais qui ne respecterait pas les conditions fixées.
Le dépôt d’une proposition de loi ne signifie pas qu’elle sera mise en débat. Cette nouvelle initiative pourrait venir en écho à l’annonce faite par le président de la République au cours de la campagne présidentielle, lors de sa visite au Génopole d’Evry le 22 février 2012 [ lien vers  la page du site internet] , de revoir la loi bioéthique pour autoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Jusqu’à présent, le gouvernement ne s’est pas prononcé sur une telle évolution.
Alors que les recherches à partir de cellules souches de sang de cordon, adultes ou reprogrammées (IPS) ont fait la preuve de leur efficacité, il n’en est pas de même pour les recherches sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires.