Pourquoi le corps ? Université de la vie 2015
Alliance VITA dénonce la suppression du délai de réflexion d’une semaine prévu pour les femmes enceintes qui envisagent de recourir à l’IVG.
Cette mesure a été votée par amendement en Commission des affaires sociales durant la nuit par quelques député(e)s. Elle s’ajoute aux réformes engagées depuis des années qui visent à banaliser toujours plus un acte qui n’est pas anodin, notamment la suppression de la notion de détresse (loi du 4 août 2014 sur l’égalité entre les femmes et les hommes). Pour Caroline Roux, coordinatrice des services d’écoute de l’association : « Obliger les femmes à s’enfermer dans une décision précipitée, c’est méconnaître ce qu’elles vivent lors de grossesses imprévues.
Beaucoup d’entre-elles nous confient envisager l’IVG à contrecœur, sous la pression d’un compagnon, ou par peur de leur employeur. Banaliser davantage un acte qui n’a rien d’anodin, ce n’est pas aider les femmes. En prétendant simplifier toujours davantage l’accès à l’IVG, on occulte la complexité des dilemmes qui les font hésiter. On leur interdit la possibilité de trouver une solution et d’éviter un acte définitif. Une vie est en jeu, ce qui n’est tout de même pas le cas pour d’autres décisions pour lesquelles un délai de réflexion est requis par la loi. N’oublions-pas que pour une immense majorité de femmes, l’avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre.
Notre société a besoin d’une véritable politique de prévention et d’accompagnement à destination de ces femmes dont la grossesse est imprévue. » Tugdual Derville, délégué général, souligne d’autre part la provocation que constitue l’amendement visant à supprimer la clause de conscience spécifique à l’IVG :
« Cet amendement a été retiré à la demande du gouvernement, non pas pour défendre les professionnels de santé, mais uniquement pour des motifs de circonstance afin de, selon la ministre Marisol Touraine, ne pas ranimer ‘’un débat éminemment symbolique’’.
En réalité, supprimer cette clause serait d’une portée considérable, car elle protège depuis 1975 non seulement les médecins, mais aussi les sages-femmes, les infirmiers et infirmières, et tous les auxiliaires médicaux. Ces professionnels n’ont pas de clause générale de conscience dans leur code de déontologie, seuls les médecins en ont une. Il faut arrêter d’avoir une approche uniquement idéologique de l’IVG et prendre en compte toutes les dimensions de cette question de société si douloureuse. »
Alliance VITA demande aux parlementaires, quand le projet de loi sera examiné en séance publique dans quelques jours, de maintenir ce délai de réflexion et de voter des mesures pour développer cette politique de prévention et d’accompagnement dont les femmes ont besoin.
En Grande-Bretagne, une femme de 46 ans a accepté de porter l’enfant de son propre fils célibataire de 27 ans, et un tribunal a jugé début mars 2015 que ce dernier pouvait l’adopter. Largement couverte par les médias britanniques ces dernières semaines, cette affaire relance le débat sur les dérives possibles de la gestation pour autrui (GPA), autorisée depuis 1985 en Grande-Bretagne.
L’enfant, Miles, est né en juillet dernier. Son père biologique, Kyle, employé de supermarché, célibataire et homosexuel, souhaitait depuis longtemps devenir père. Refoulé par plusieurs cliniques de mères porteuses, il avait trouvé une parente prête à porter l’enfant, mais qui a finalement dû renoncer suite à des difficultés de santé. Sa propre mère, Anne-Marie Casson, s’est alors proposée. Un embryon, créé par fécondation in vitro avec l’ovule d’une donneuse anonyme et le sperme de son propre fils, lui a été implanté.
L’affaire a été médiatisée suite à la décision de la Haute Cour de Justice d’autoriser Kyle à adopter l’enfant comme son fils, alors qu’il était légalement considéré comme son frère. Kyle devient ainsi le seul parent légal de l’enfant, enregistré à l’état-civil de mère inconnue. La juge chargée de cette affaire a proposé la procédure d’adoption car les enfants nés par GPA ne peuvent être confiés qu’à des couples mariés, et non à des célibataires.
Pour Maître Nathalie Gamble, avocate spécialisée dans les questions de filiation, et dont la société a défendu l’affaire, c’est le seul problème légal que pose cette affaire : l’impossibilité légale pour des célibataires d’être reconnus parents d’enfants nés par GPA les contraint à passer par une procédure d’adoption. Kyle est le premier célibataire reconnu père d’un enfant né par GPA.
Pourtant, cette affaire a suscité une forte controverse, en Grande-Bretagne et ailleurs, sur le fait qu’une mère puisse accepter de donner naissance à l’enfant de son propre fils. C’est l’interdit de l’inceste qui semble être remis en cause. Mais pour Nathalie Gamble, le fait de recourir à un membre de la famille pour une gestation pour autrui est monnaie courante : sœurs, belles-sœurs, cousines…Le recours aux membres de la famille s’explique par l’interdiction légale de faire de la publicité pour la GPA.
En Grande-Bretagne, la gestation pour autrui est autorisée depuis 1985. Néanmoins, on constate une forte augmentation de cette pratique ces dernières années, avec 167 enfants nés par GPA en 2012, contre 47 en 2007. Le recours à la GPA par des personnalités médiatiques comme Elton John, Nicole Kidman ou la présentatrice Mary Portas a contribué à rendre cette pratique acceptable dans l’opinion.
Un organe public de contrôle, le HFEA (Human Fertilisation and Embryology Authority) a été créé en 1991 pour surveiller l’usage des gamètes et les embryons utilisés dans les traitements de la fertilité. Mais la capacité de cet organe à contrôler les pratiques des 77 cliniques habilitées est régulièrement mise en doute.
Rappel : Alliance VITA est membre de l’Union Internationale pour l’Abolition de la Gestation pour Autrui, qui a lancé la pétition internationale No Maternity Traffic, pour l’interdiction effective de toute forme de GPA.
L’analyse nominative du scrutin public, qui est disponible sur le site de l’Assemblée nationale, fait apparaître les éléments suivants :
À l’issue de ce scrutin, plusieurs porte-parole nationaux du mouvement Soulager mais pas tuer, dont fait partie Alliance VITA, ont exprimé leur réaction commune devant la presse. Dans un communiqué de presse, le collectif a annoncé les étapes suivantes de sa mobilisation qui vise à sécuriser la loi Fin de vie contre toute ambiguïté.
La 10ème édition de l’Université de la Vie s’est poursuivie par une deuxième soirée de formation, lundi 16 mars à Paris, sur le thème « Corps fragiles, corps maîtrisés ».
Le docteur Blanche Streb, directrice des études d’Alliance VITA, a d’abord présenté les techniques de congélation et de recherche sur les embryons et les questions éthiques que leur utilisation pose. Caroline Roux, coordinatrice des services d’aide et d’écoute d’Alliance VITA, a ensuite exposé la confrontation entre le projet parental et la possibilité de maîtrise en début de vie lors du diagnostic prénatal.
Ce contrôle, aujourd’hui possible à tous les moments de la vie grâce à la recherche dans le domaine de la médecine prédictive, permet de diagnostiquer les risques de maladies. Pour le docteur Xavier Mirabel, conseiller médical d’Alliance VITA, ce contrôle génétique doit permettre « de soigner, et non pas de discriminer ».
Nous avons eu la chance d’entendre le témoignage de Sophie Lutz sur sa relation avec Philippine, sa fille polyhandicapée âgée aujourd’hui de quinze ans. Sa découverte a été la richesse d’une relation qui passe beaucoup par l’attention au corps fragile dans tous les soins quotidiens.
Tugdual Derville a clos cette soirée par un questionnement éthique sur le transhumanisme, en insistant sur l’étroite frontière entre « réparation » du corps et « augmentation » du corps, et en dénonçant la vision réductionniste de l’homme sous-jacente à la pensée transhumaniste.
La prochaine soirée de formation, lundi 23 mars, portera sur le thème « Corps sexué et procréation ».
Des scientifiques, s’exprimant dans une tribune du journal scientifique Nature du 12 mars 2015, demandent l’interdiction de la création in vitro d’embryons humains génétiquement modifiés : ils plaident pour que soit décrété un moratoire international sur la fécondation de cellules germinales (ovules ou spermatozoïdes) ayant fait l’objet d’expérimentations et de modifications de leur ADN (génome).
Les chercheurs, issus de deux entreprises spécialisées dans la bioscience, appellent à interdire les manipulations sur les cellules reproductrices, des techniques ayant été mises au point pour en modifier le génome, à faible coût et facilement.
Ces dirigeants de Sangamo BIOsciences et des représentant de l’ARM (Alliance for Regenerative Medicine) souhaitent alerter la communauté internationale, en insistant sur les risques éthiques majeurs que présentent ces découvertes et sur leur faible intérêt thérapeutique. Selon eux, modifier le génome d’un embryon, donc d’un futur enfant, serait une grave transgression éthique, un bouleversement inédit dans les manipulations génétiques avec l’avènement de dérives eugéniques et scientistes sans précédent. De telles modifications étant héréditaires, donc transmissibles de génération en génération, leurs conséquences sont imprévisibles.
« Ne touchez pas à l’embryon » c’est en substance la ligne à ne pas franchir, car cela reviendrait, in fine, à modifier l’espèce humaine.
Pour Jean-Louis Serre, professeur de génétique à l’Université de Versailles, « Si les gamètes étaient utilisés après manipulation à des fins de fécondation, cela pourrait mener soit à pas grand-chose, car une fois touchées, les cellules reproductrices peuvent ne pas se développer, soit à une sorte de monstre ».
Les dangers existent aussi pour Laurent Alexandre, le fondateur de Doctissimo. Spécialiste des biotechnologies du futur, il estime cependant que « la législation sera contournée au niveau international » notamment par une Chine « ultra-eugéniste ».
Quoi qu’il en soit, cette prise de conscience des dangers des manipulations génétiques, par des scientifiques qui en appellent aux politiques, confirme que les avancées vertigineuses de la science nécessitent une régulation législative urgente. Pour préserver l’intégrité de l’humanité.
Suite au dépôt de trois propositions de loi sur la gestation pour autrui (GPA), le Sénat belge a commencé à procéder ces dernières semaines à l’examen des possibilités d’encadrer juridiquement cette pratique.
Actuellement, aucune loi n’autorise ni n’interdit la pratique de la GPA en Belgique, sa pratique est tolérée. Dans les faits, quatre hôpitaux la proposent, avec des conditions plus ou moins restrictives : le Centre Hospitalier Régional de la Citadelle à Liège, les hôpitaux universitaires de Gand et d’Anvers et l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles. Cela concerne une dizaine de naissances par an. Sur ces dix naissances, on estime que 4 ou 5 des enfants sont destinés à des couples français.
Les trois propositions de loi, déposées par les deux députés socialistes Karin Jiroflée et Maya Detiège, posent les conditions d’encadrement de la pratique de la GPA, appelée « maternité de substitution ». Le premier texte, déposé en octobre 2014, porte sur l’organisation des « centres de maternité de substitution ». Il propose d’ouvrir la maternité de substitution à tous les couples, mariés ou non, « quel que soit le sexe des partenaires ». Le texte distingue deux types de maternités de substitution :
Le texte de Mesdames Jiroflée et Detiège propose en annexe un « projet de convention-type de maternité de substitution » entre la mère porteuse, son partenaire et les parents demandeurs. Cette convention impose à la mère porteuse et à ses proches un suivi médical et psychologique avant, pendant et après la grossesse, ainsi que l’utilisation de moyens de contraception dans ses rapports sexuels. Les informations obtenues par les examens médicaux doivent être transmises aux parents demandeurs. La convention interdit également à la mère porteuse de pratiquer certains sports à risque, de fumer, de consommer de l’alcool ou des drogues, et de quitter le territoire belge sans l’accord des parents demandeurs.
Les deux autres propositions de lois prévoient une pénalisation des maternités de substitution à « finalité commerciale ».
Plus de 75% des experts sélectionnés par les partis pour les auditions par la Commission des Affaires institutionnelles au Sénat se positionnent pour une loi qui encadrerait la GPA. Après l’audition et un temps de débats, les sénateurs rédigeront un rapport d’information proposant différentes pistes. Ce rapport servira de base pour que la Chambre des représentants se saisisse de la question.
L’opinion belge est peu informée sur le sujet. La presse semble choisir de publier des articles défendant l’encadrement de la GPA, avec quelques exceptions sous forme de pour ou contre. Des voix s’élèvent contre la marchandisation du corps de la femme et pour préserver les droits de l’enfant pour lequel la séparation brutale avec la mère porteuse à la naissance n’est pas anodine.
Rappel : Alliance VITA est membre de l’Union Internationale pour l’Abolition de la Gestation pour Autrui, qui a lancé la pétition internationale No Maternity Traffic, pour l’interdiction effective de toute forme de GPA.
La 10ème édition de l’Université de la Vie a débuté par une première soirée de formation, lundi dernier à Paris, retransmise en direct dans une centaine de villes en France et à l’étranger. Le thème de cette année « Le Corps, de la vie à la mort », présenté par Tugdual Derville, a été abordé durant cette première soirée sous l’angle du début de vie et du corps en gestation.
Ce thème a permis de réfléchir sur ce corps avec lequel nous devons nous réconcilier pour une « libération authentique », comme l’a expliqué François-Xavier Bellamy.
Le professeur Sapin et le docteur Bayle ont apporté leurs éclairages sur le rapport mère-enfant durant la grossesse, son impact sur la morphogenèse et aussi dans la psychologie maternelle et périnatale.
Le témoignage sur l’expérience d’écoute des femmes en difficulté, par Valérie Boulanger, a mis l’accent sur ce moment particulier qu’est la grossesse pour la femme.
Caroline Roux a ensuite prolongé le thème en présentant les problèmes éthiques soulevés par la gestation pour autrui dont la logique pourrait mener, dans une vision futuriste de la technique, à l’utérus artificiel.
La prochaine soirée de formation, lundi 16 mars prochain, portera sur le thème « Corps fragiles, corps maîtrisés ».
Au lendemain des discussions à l’Assemblée nationale sur la proposition de la loi Claeys-Leonetti, Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA, revient sur les débats qui ont lieu et livre une analyse politique de la situation.
Mardi 10 et mercredi 11 mars 2015, l’Assemblée nationale a examiné et voté les 11 articles de la proposition de loi « créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie ». Le vote solennel sur l’ensemble du texte aura lieu mardi 17 mars.
Rappel : les deux députés rapporteurs, Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP), avaient élaboré ce texte à la demande du président de la République. Après près de deux années de consultations diverses, l’objectif était de donner un contenu concret à l’engagement n°21 de sa campagne présidentielle, exprimé en janvier 2012 : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ».
Les deux nouveautés principales, la création d’un « droit à une sédation profonde et continue jusqu’au décès » et le caractère désormais contraignant des directives anticipées, laissent augurer des dérives vers des pratiques euthanasiques.
1068 amendements ont été déposés sur ce texte, preuve que des clivages importants se sont manifestés sur les mesures proposées. Elles ont pourtant été présentées par le gouvernement comme le fruit d’un travail exprimant un consensus national. En réalité, ce consensus n’existe pas, parce que les mesures contestées vont trop loin pour certains, pas assez loin pour d’autres.
Pendant les quatre premières heures du débat parlementaire, de nombreux députés se sont succédés à la tribune pour exprimer leurs convictions sur la fin de vie. Parmi les thèmes principaux abordés, on peut citer :
Dans son exposé introductif, la ministre Marisol Touraine a fait plusieurs annonces :
– Un plan triennal de développement de soins palliatifs (attendu depuis 2012) sera lancé dans les prochaines semaines. Il sera centré sur l’accès aux soins palliatifs dans les maisons de retraite pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et à domicile, sur la formation du personnel soignant à ces pratiques, et sur l’élaboration par la Haute Autorité de Santé de référentiels pour les professionnels de santé.
– Sur les directives anticipées, elle a contesté l’inscription sur la Carte Vitale et a proposé en remplacement la création d’un registre national automatisé, consultable rapidement par les médecins.
– En conclusion, tout en considérant que ce texte constitue « un point d’équilibre », la ministre a ouvert la porte à d’autres évolutions, en déclarant : « À l’évidence, le débat reste ouvert (.). Il s’agira par la suite de voir comment cette loi est appliquée et, au cas où une étape supplémentaire paraîtrait nécessaire, de réfléchir à la meilleure manière de l’engager. »
Pour éviter que ces amendements soient votés en fin de soirée du mercredi 11 mars par une petite minorité de députés présents, le gouvernement a changé l’ordre du jour pour s’assurer d’un nombre plus important de députés en milieu d’après-midi (après les questions au gouvernement). Le risque était grand d’aboutir à une loi introduisant l’euthanasie explicite en France, par le biais d’un amendement au détour d’un article sur la sédation.
Le gouvernement a pris le risque d’ouvrir la « boîte de Pandore » euthanasique, à partir du moment où le Parlement était saisi de mesures qui, en réalité, pouvaient être prises sans recourir à une loi.
L’amendement principal, présenté par le député PS Jean-Louis Touraine et soutenu par 121 députés, visait à créer une « assistance médicalisée active à mourir » (euphémisme pour ne pas utiliser le mot euthanasie qui, comme plusieurs élus l’ont souligné, ferait peur aux Français).
Avec deux autres amendements identiques, l’un présenté par le radical Roger-Gérard Schwartzenberg et l’autre par la députée écologiste Véronique Massonneau, un vote commun par scrutin public a été demandé : sur 161 votants, 70 députés se sont prononcés Pour, dont 50 socialistes, et 89 ont voté Contre, dont 40 socialistes et 43 UMP.
Deux autres amendements légèrement différents mais poursuivant le même but, l’un de Roger-Gérard Schwartzenberg, et l’autre de Véronique Massonneau, ont ensuite été repoussés par un vote « assis-debout », c’est-à-dire sans décompte nominatif comme lors d’un scrutin public.
– D’une façon générale, les deux rapporteurs et la ministre ont fait en sorte que la quasi-totalité des amendements soit refusée, qu’ils viennent de droite ou de gauche. Ils ont seulement accepté quelques ajustements mineurs et donné quelques accords verbaux pour mieux formuler des expressions litigieuses lors de la navette avec le Sénat. Mais toutes les propositions de l’opposition pour clarifier les ambiguïtés ou éviter les dérives euthanasiques du texte ont été repoussées.
– L’article 1 introduit le principe de base que « toute personne a droit à une fin de vie digne et apaisée ». Dans ce cadre, le vote d’un amendement de François de Mazières (UMP) a permis d’affirmer le principe d’un droit à une formation aux soins palliatifs pour le personnel médical, sachant que la mise en œuvre concrète reste du ressort du gouvernement. C’était une manière symbolique, comme l’a résumé le député, de « dire oui aux soins palliatifs après avoir dit non à l’euthanasie ».
– L’article 2 concerne l’arrêt des traitements et les conditions de l’obstination déraisonnable (ou acharnement thérapeutique). Aucun amendement n’a été accepté, parmi ceux visant à mieux faire la différence entre soins et traitements, ou à définir plus clairement l’expression « maintien artificiel de la vie ». La définition qu’en a donnée Jean Leonetti – « lésions cérébrales majeures et irréversibles, entrainant une absence de conscience de soi et une absence de relation à l’autre » – méritera certainement d’être approfondie, car il s’agit d’un enjeu majeur pour les patients en fin de vie, mais aussi pour les personnes gravement handicapées (l’exemple de Vincent Lambert a été plusieurs fois cité).
De même, l’affirmation selon laquelle « la nutrition et l’hydratation artificielles constituent des traitements » continue de poser de graves problèmes, puisque les rapporteurs ont refusé toute idée d’atténuer ce principe contestable : comme toute personne peut exiger l’arrêt de ses traitements, même s’il n’est pas en fin de vie, la porte reste ouverte vers des demandes de suicide assisté, que les médecins seront tenus de mettre en œuvre.
– L’article 3 constitue le cœur de la proposition de loi, avec la création d’un droit à une sédation profonde et continue jusqu’au décès. Dans deux des trois cas où ce droit s’imposerait au médecin (voir leurs définitions dans le Décodeur n°40 du 19 décembre 2014), les risques d’euthanasies déguisées restent importants. Durant plus de deux heures, les députés de l’opposition ont tenté de faire clarifier aux rapporteurs le sens qu’ils donnaient à certaines expressions essentielles, notamment :
* sur l’expression « ne pas prolonger inutilement sa vie » (peut-on affirmer qu’une vie est inutile ?), ils ont obtenu qu’une meilleure formulation sera recherchée dans le cadre de la navette avec le Sénat.
* sur l’expression « pronostic vital engagé à court terme », Jean Leonetti a affirmé que ce terme serait plus précis pour les professionnels, et qu’il se mesurait en jours ou en semaines, alors que l’expression « en phase terminale » serait plus vague et se mesurait en semaines ou en mois. Cette affirmation méritera également d’être approfondie avec les professionnels concernés par la fin de vie.
* sur la pénalisation des soins palliatifs dans le dispositif de tarification des actes médicaux(T2A), la ministre s’est engagée à revoir les cotations de ces actes, actuellement moins bien valorisés que ceux relevant de la culture curative, comme par exemple des opérations chirurgicales ou des traitements lourds.
Par contre, tous les autres amendements pour clarifier les situations ou restreindre les risques euthanasiques des cas n°2 ou n°3 ont été repoussés, ainsi que ceux visant à introduire une clause de conscience. Il en a été de même pour des amendements inverses cherchant à réintroduire subrepticement des formes d’exceptions d’euthanasie.
– L’article 4 concerne le droit au soulagement de la souffrance. Dans la proposition de loi, l’expression « effet secondaire » a été supprimée, laissant entendre que des traitements pour soulager des douleurs réfractaires pourraient désormais avoir pour objectif premier de mettre fin à la vie. Devant la demande de députés de réintroduire cette notion, Jean Leonetti a expliqué que ces traitements (avec l’analyse sémantique de l’expression « même s’ils peuvent avoir comme effet d’abréger la vie ») restent toujours encadrés par le principe dit du double effet.
– L’article 4 bis a été ajouté par la Commission des Affaires sociales le 17 février pour que des rapports régionaux annuels fassent le point du développement des soins palliatifs sur l’ensemble du territoire. En complément, un amendement de Mme Le Dain (PS) a été voté, contre l’avis des rapporteurs et du gouvernement, pour que chaque cas de sédation profonde et continue soit recensé dans un registre spécial tenu par chaque établissement concerné.
– Les articles 5 à 7 ont été adoptés sans aucune modification significative.
– L’article 8 concerne les directives anticipées devenues contraignantes pour le médecin, sauf cas d’urgence vitale ou si elles « apparaissent manifestement inappropriées ». Là encore, tous les amendements pour éviter de transformer les médecins en prestataires de service n’ayant qu’à appliquer les « ordres » du patient ont été refusés. Alain Claeys a rappelé que le respect de l’autonomie de la personne était au centre du texte, et Jean Leonetti a précisé que ces directives étaient contraignantes, mais pas opposables en toutes circonstances puisqu’on pouvait s’en délier.
Par contre un point important mérite d’être rappelé. Dans le cas de directives manifestement inappropriées, il était prévu dans le texte initial que le médecin pouvait s’en délier en consultant un confrère et en motivant sa décision inscrite dans le dossier médical.
La Commission des Affaires sociales a voté un amendement de Véronique Massonneau (Verts) qui modifie la procédure : désormais le médecin devra solliciter un avis collégial, et c’est la décision collégiale qui s’imposera(sans que l’on sache d’ailleurs qui participe à la décision). Cette nouvelle formulation, passée largement inaperçue, réduit fortement le pouvoir d’appréciation du médecin.
Le gouvernement a fait voter un amendement visant à faciliter la conservation et la consultation de ces directives : l’inscription sur la Carte Vitale est supprimée, elle estremplacée par la création d’un registre national automatisé consultable par les médecins. Ce registre, mis en œuvre après avis de la CNIL, sera facultatif.
– L’article 9, qui concerne le statut de la personne de confiance, a été complété par un amendement de Véronique Massonneau (Verts) qui autorise cette personne à consulter le dossier médical du patient concerné.
– Les derniers articles 10 et 11 ont donné lieu au vote de quelques amendements sur diverses conséquences du texte, dont le principal, introduit par Sandrine Hurel (PS), charge le Gouvernement de remettre chaque année au Parlement un rapport sur l’application de la loi et sur le développement des soins palliatifs.
Un groupe de députés s’est fortement engagé durant les débats sur la proposition de loi. Membres de l’Entente parlementaire pour la famille, ils ont essayé d’en infléchir les aspects les plus dangereux. Parmi les plus actifs durant les deux jours : Xavier Breton, Nicolas Dhuicq, Philippe Gosselin, Marc Le Fur, Hervé Mariton, François de Mazières, Jean-Frédéric Poisson, Frédéric Reiss.
Quatre d’entre eux – MM. Breton, Gosselin, Mariton, Poisson – sont venus soutenir le mouvement Soulager mais pas tuer lors de son rassemblement sur l’Esplanade des Invalides le 10 mars, quelques heures avant le début du débat parlementaire.
Gare au piège du « pied dans la porte » face à l’ambivalence de nombreux leaders de la majorité, qui affirment vouloir rechercher le consensus et le rassemblement, mais qui ne rêvent que de la prochaine étape vers une légalisation pure et simple de l’euthanasie dans notre pays ?
Les déclarations de ces derniers jours sont éloquentes :
– Le premier Ministre Manuel Valls demande que le Parlement « puisse dépasser ses clivages et se retrouver sur l’essentiel », mais laisse entendre que « c’est sans aucun doute une étape », rappelant avoir porté lui-même un texte de légalisation de l’euthanasie en 2009.
– Marisol Touraine, ministre de la Santé, appelle les députés à « ne pas brusquer la société française », mais affirme dans le même temps « qu’il s’agira, par la suite, de voir comment cette loi est appliquée et, si une étape supplémentaire est nécessaire, de réfléchir à la meilleure manière de l’engager », en assurant que « le gouvernement apportera son appui à cette réflexion ».
– Bruno Le Roux, président du groupe PS à l’Assemblée nationale, qui souhaite « que nous ayons un débat serein, apaisé, et qu’au bout du compte nous nous retrouvions sur un pas supplémentaire, une position de compromis qui ne fermera aucune évolution ».
Le débat sur la fin de vie qui a commencé à l’Assemblée nationale le 10 mars 2015, les députés PS ont publiquement exprimé des positions opposées : les uns ont signé un amendement pour introduire l’euthanasie et le suicide assisté en France, les autres ont signé une tribune pour soutenir la proposition de loi Claeys-Leonetti.
Les 121 députés du premier groupe ont co-signé, début mars, un amendement de Jean-Louis Touraine qui légaliserait une « assistance médicalisée active à mourir ». Le texte, beaucoup plus court que les autres propositions de loi déposées sur ce sujet ces dernières années, prévoit une procédure ultra simple et rapide : demande du patient confirmée au bout de 2 jours, avis de 3 médecins, réalisation de l’acte dans un délai maximal de 4 jours, aucune procédure sérieuse de contrôle sinon une mention dans le dossier médical.
Les 125 autres députés du second groupe ont signé une tribune parue dans Le Monde du 9 mars, pour défendre la proposition de loi actuellement débattue, qui a reçu en décembre dernier le soutien du président de la République. Ces élus considèrent que « le cheminement intellectuel pratiqué par deux députés venus d’horizons politiques différents, a produit un texte qui dépasse les clivages habituels et constitue le socle majoritaire de notre pays. » Mais ils affirment aussi que « ce texte n’a pas vocation à épuiser le débat sur la fin de vie » et qu’il « se poursuivra au gré des évolutions de notre société ».
Le vote sur l’amendement créant une « assistance médicalisée active à mourir » sera un moment de vérité pour le groupe socialiste à l’Assemblée, mais aussi dans les autres groupes politiques de la majorité qui devraient connaître des divisions similaires.
Au sein de l’opposition, c’est la notion même de « sédation profonde et continue jusqu’au décès » qui va sans doute se révéler la principale source de clivage, puisque tout dépend du sens donné à cette expression : soit simple renforcement des pratiques actuelles, donc technique acceptable pour certains ; soit dérive réelle vers des euthanasies déguisées, donc risque inacceptable pour d’autres.
Au cours de la séance des questions au gouvernement qui a précédé le début du débat sur la proposition de loi, le premier Ministre a fait preuve de prudence et de recherche du consensus, en affirmant « Parce qu’il doit nous rassembler, c’est un sujet sur lequel nous devons sans cesse rechercher la convergence la plus large possible. »
Mais il a également ajouté : « C’est sans aucun doute une étape », laissant entendre qu’il était favorable à aller plus loin dans un avenir proche. Il faut rappeler que la détermination de Manuel Valls sur cette question était manifeste dès 2009, lorsqu’il était rapporteur d’une proposition de loi du Parti Socialiste visant à légaliser l’euthanasie.
À l’instar de l’Académie nationale de médecine, le porte-parole du collectif «Soulager mais pas tuer» dénonce l’interprétation abusive du terme «sédation» employé dans le projet de loi sur la fin de vie.
Tugdual Derville, auteur de cette tribune de Figaro Vox du 9 mars 2015, est fondateur d‘À bras ouverts, auteur de «La Bataille de l’euthanasie» (Salvator). Il est délégué général d’Alliance VITA et porte-parole du collectif Soulager mais pas tuer.
Une expression a émergé dans le débat fin de vie : le mal-mourir. Est-ce le reflet des lacunes de notre système de santé ou d’une angoisse de plus en plus grande devant la mort, à cause de l’isolement?
(…)
Lire la suite sur Figaro Vox
En cette journée internationale pour les droits de la femme, il est légitime de s’inquiéter de diverses menaces qui assombrissent l’horizon en France, en Europe et dans le monde, à commencer par la GPA.
Certes de remarquables progrès ont été accomplis dans certains domaines pour réduire les situations d’injustice et protéger les femmes (dénonciation et diminution des violences faites aux femmes, protection sociale, équité face à l’emploi et à l’autonomie économique), et beaucoup reste encore à faire. Mais les arguments d’égalité et de liberté sont parfois interprétés de manière tendancieuse, et s’exercent finalement au détriment des femmes plutôt qu’en leur faveur.
Tout d’abord, une forte pression s’exerce aujourd’hui pour inciter l’ensemble des pays européens à libéraliser la Gestation Pour Autrui. Les arguments avancés sont de donner accès à la parentalité sans discrimination, d’autoriser les femmes qui le souhaitent à louer leur ventre, et d’encadrer ces pratiques en les rendant accessibles dans nos pays alors qu’elles se développent de manière croissante au niveau international. C’est donc au nom de la liberté et de l’égalité d’accès à un service de qualité, que l’on va asservir des femmes en louant leur ventre pour 9 mois de grossesse puis leur arracher le bébé qu’elles auront porté, souvent au service de femmes qui refusent de mettre en péril leur carrière ou leur confort, ou de célibataire qui veulent s’affranchir d’un partenaire de l’autre sexe pour procréer et éduquer un enfant. L’enfant lui-même va faire l’objet d’un contrat pour être livré à des parents demandeurs par une mère porteuse instrumentalisée. Dans ce marché de la procréation soumis à la pression économique et livré à la loi de l’offre et de la demande, femmes et enfants sont victimes pour satisfaire les droits et les revendications d’égalité d’individus plus favorisés.
Dans le même temps, lorsque la grossesse survient de manière inattendue, la seule liberté garantie aux femmes est celle de l’IVG, et aucun obstacle ne saurait s’y opposer. Dans cette perspective, la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée Nationale a émis 21 propositions, dont celle de supprimer le délai de réflexion d’une semaine avant la pratique d’une IVG. Voilà bien une proposition qui fait l’impasse sur ce que vivent réellement les femmes confrontées à la question de l’IVG. Face à un sentiment de panique passager, à la pression de l’entourage, ou aux incontournables questions matérielles, la femme a besoin de temps pour prendre du recul et trouver les soutiens et les aides qui lui permettront une décision réellement libre. Plutôt que de supprimer le délai de réflexion, il serait plus utile de rétablir l’information sur les aides aux femmes enceintes qui a été supprimée en 2001 des dossiers-guides remis aux femmes s’informant pour une IVG. Une fois encore la liberté est offerte à sens unique, au détriment des femmes enceintes en situation de vulnérabilité, et qui pourront reprocher à juste titre de n’avoir été ni informées ni soutenues.
Enfin, les droits des femmes se discutent de plus en plus au niveau Européen. Or une nouvelle directive votée par le parlement européen en 2009, la directive pour l’égalité de traitements (Equal Treatment Directive), n’a toujours pas été mise en application. Le président de la commission Jean-Claude Juncker s’est engagé à obtenir son application effective malgré les réticences de certains pays européens. Cette directive vise à interdire au sein de l’Union Européenne toute discrimination en raison de la religion, de l’âge, du handicap, du sexe ou de l’orientation sexuelle, dans tous les domaines que sont l’emploi, l’éducation, les biens et services, la santé et protection sociale. La recherche de l’équité entre les personnes, et la lutte contre les injustices sont à promouvoir et on devrait s’en réjouir. Mais dans la pratique, cette égalité des droits se traduit par la recherche d’une équivalence statistique des hommes et des femmes dans tous les domaines de la vie sociale. Cette indifférenciation des rôles de l’homme et de la femme nous prive des bénéfices de leurs complémentarités. Mais surtout elle supprime toute légitimité à une aide différenciée et substantielle des femmes dans les situations qui leur sont spécifiques, en particulier la maternité. Pour exemple, en France la femme se voit déjà privée de 6 mois de congé parental au nom d’une prétendue égalité qui est dans la droite ligne de la directive européenne. Celle-ci risque en outre d’imposer à tous les pays européens, sous couvert d’égalité de droits, les dispositifs les plus libéraux et les moins protecteurs adoptés par certains membres de l’Union. La GPA est bien sûr en première place.
Ces trois exemples nous invitent à la vigilance envers le législateur. Prenons garde que la liberté et les droits promus par certains ne s’exercent pas en faveur d’une minorité de personnes au détriment de toutes les autres.
Et mettons-nous plutôt à l’écoute des femmes, sans leur imposer de vivre à l’identique des hommes, ou de s’affranchir d’une maternité tour à tour banalisée, rejetée ou asservie. Ecoutons ce qu’elles ont à nous apprendre du respect du corps et du sens de la vie. Hommes et femmes, nous aurons beaucoup à y gagner, pour une société respectant réellement les droits de chacun.
La délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale prévoit, selon le Quotidien du Médecin du 5 mars, de déposer des amendements au projet de loi Santé pour supprimer l’objection de conscience des médecins et le délai d’une semaine pour avoir recours à l’IVG.
Cette initiative ferait suite au rapport d’information de cette instance présenté le 18 février 2015 par deux députées PS, Catherine Coutelle et Catherine Quéré, Ce rapport contient 21 propositions visant à amender le projet de loi Santé, dont 5 portent sur l’IVG.
Le projet de loi Santé va être examiné en Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale du 17 au 19 mars, puis en séance publique en principe à partir du 31 mars. Il prévoit notamment d’autoriser la pratique de l’IVG médicamenteuse par les sages-femmes, mesure controversée qui a déjà été rejetée par le passé.
Pour Alliance VITA, ces nouvelles demandes qui s’ajoutent à la suppression de la notion de détresse l’an dernier, doivent être situées par rapport aux points de repère suivants :
– Toutes les réformes engagées depuis des années visent à faciliter l’IVG.
– Aucune politique de prévention de l’avortement pour les femmes confrontées à des grossesses imprévues n’a été entreprise.
– L’injonction sociale de planification des naissances pèse lourdement sur les femmes, alors que les accidents de contraception sont répandus : près des trois-quart des femmes qui recourent à l’IVG étaient sous contraception lorsqu’elles sont devenues enceintes.
– Assurer un délai avant de recourir à l’IVG est un minimum pour protéger les femmes d’avorter dans la panique ou sous les pressions extérieures qui peuvent s’exercer sur elles face à une grossesse imprévue.
– Quant à la suppression de la clause de conscience spécifique des médecins pour l’IVG, c’est une proposition provocatrice qui nie le droit fondamental au libre arbitre pour un acte qui met une vie en jeu.
Comment s’annonce le débat sur la fin de vie qui débute à l’Assemblée nationale le 10 mars ?
Tugdual Derville : Les opposants à l’euthanasie sont placés devant un choix truqué : si vous ne voulez pas de l’euthanasie, soutenez la proposition de loi Claeys-Leonetti ! Mais l’accord entre les deux députés autour du « droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès » entre déjà dans la logique de l’euthanasie, même si ce mot n’est pas prononcé. Les consciences sont trompées, et l’objection de conscience écartée.
Ce texte est soutenu par la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs… En réalité, les soins palliatifs sont divisés sur ce texte. Les spécialistes de ce débat reconnaissent qu’il est inutile de légiférer à nouveau ; Jean Leonetti l’avoue d’ailleurs quand on le lui demande. Beaucoup de soignants hostiles à l’euthanasie découvrent à quel point ce texte ne clarifie rien. Les concepts de « maintien artificiel » ou de « prolongation inutile » de la vie ouvrent à tous les abus. Cette loi n’est pas rédigée pour répondre à un besoin social — il suffirait de généraliser l’accès aux soins palliatifs — mais pour calmer une revendication idéologique. C’est indigne de la démocratie. Expliquer que ce texte est inutile, dangereux et déjà transgressif, c’est dire la vérité. Le taire, c’est faire le lit de l’euthanasie, quelle qu’en soit la forme. Déjà l’ADMD s’engouffre dans la faille du texte pour réclamer l’injection létale qui peut paraître plus humaine que la mort sous sédation par déshydratation.
François Hollande veut honorer sa promesse… Le Président a « oublié » bien d’autres promesses, qui se sont révélées insensées. La formulation alambiquée de sa mesure 21 avec l’expression« terminer sa vie dans la dignité » souffre de multiples interprétations… Les Français ont aujourd’hui des préoccupations plus prioritaires, et ne veulent pas d’une nouvelle « bataille sociétale ».
Que pensez-vous du « mal-mourir » dont on taxe la France ? Peut-on raisonnablement avancer qu’en 2015 on meurt dans des conditions pires que lorsqu’il n’y avait pas de soins palliatifs, d’analgésiques performants, pas de morphine, etc. ? En réalité, cette expression traduit l’angoisse croissante des Français devant la mort. Tout se passe comme si mourir naturellement était devenu impossible… Dans une société atomisée par l’individualisme, de nombreuses personnes sentent qu’elles risquent de mourir seules… L’hôpital a progressivement exclu la famille d’une fonction qui lui est propre : celle d’accompagner les siens jusqu’à la mort. Les rites de deuil sont escamotés. L’idée de sédation est tirée du chapeau comme pour « tuer la mort »…
Que reprochez-vous à la sédation ? Il est paradoxal de plaider pour l’anesthésie générale au nom de l’autonomie, alors que la sédation interdit toute expression et toute relation et met le patient à la merci des soignants… C’est la raison pour laquelle la pratique de la sédation en fin de vie est exceptionnelle, et répond à des critères exigeants : solution de dernier recours, qui doit être réversible, et qui ne doit pas viser la mort. Or, ces trois critères sont supprimés dans la proposition Claeys-Leonetti… L’abandon du principe de double-effet est mortel.
On ne meurt pas de sédation… Tout est question de dosage. Ce n’est pas pour rien que chaque intervention chirurgicale nécessite la présence d’un anesthésiste. En décidant que la sédation sera poursuivie jusqu’à la mort, il suffit de l’accompagner d’un arrêt de l’hydratation (abusivement considérée comme un traitement disproportionné) et la mort advient en quelques jours.
Le nouveau texte ne propose cette sédation qu’en fin de vie… Dans deux cas sur trois évoqués oui. Mais l’étiquetage « fin de vie » est à double tranchant. S’il s’agit de favoriser l’accès aux soins palliatifs pour les personnes qui en relèvent, c’est bénéfique. Mais s’il s’agit de justifier une sédation, la pente est glissante. Toutes les études montrent que les médecins ne sont pas en mesure de prédire la survenue de la mort. Déjà, dans certaines maisons de retraite, l’étiquetage fin de vie conduit à des formes d’abandon en termes de traitements et de soins… Gare à un étiquetage valant condamnation à mort ! L’économie du texte de loi étant de garantir la mort sans tarder, cette dérive euthanasique est inéluctable. On se justifiera a posteriori en affirmant que le patient était en fin de vie. Ce sera invérifiable. Quant aux patients qui interrompront un traitement pour mourir, leur demande de sédation s’apparentera au suicide assisté.
Et le troisième cas ? Il s’agit de patients lourdement cérébro-lésés. Ils ne sont pas en fin de vie mais très handicapés. La sédation assortie de l’arrêt d’alimentation et d’hydratation sera une forme d’euthanasie déniée. On prétextera des déclarations antérieures pour les éliminer. Qui les défendra ? Les Français ne voient pas la dignité de ces vies… Leurs soignants et leurs proches — qui n’ont pas été entendus par les auteurs de la loi — sont aujourd’hui conscients de cette grave menace.
Le tableau est décidément très noir… Il l’est plus encore : 85 députés de l’actuelle majorité entendent introduire l’euthanasie explicite, par amendement. Nous devons donc nous préparer à une mobilisation massive.
Le parlement thaïlandais vient de voter, le 20 février 2015, une loi interdisant la pratique de la GPA pour tous les couples étrangers.
Après les différents scandales provoqués par les affaires de mères porteuses (voir fil d’actus du 16 janvier 2015), la junte en place qui gouverne par intérim s’est vue contrainte de réagir. La GPA sera possible uniquement pour des Thaïlandais à condition que le couple soit marié depuis au moins trois ans et que l’un des deux membres du couple ait la nationalité thaïlandaise. Le texte interdit également toute publicité de cette pratique.
Pour Alliance VITA qui milite pour l’abolition de la GPA, cette loi est une première avancée pour tenter d’endiguer la pratique de la GPA au niveau international. Mais cela ne suffit pas : il faut aller plus loin. Cette pratique est contraire à la dignité humaine, aux droits des femmes et des enfants.
Alliance VITA est membre de l’Union Internationale pour l’Abolition de la Gestation pour Autrui (International Union for the Abolition of Surrogacy), qui a lancé la pétition internationale No Maternity Traffic demandant au Conseil de l’Europe de s’engager pour l’interdiction effective de toute forme de GPA.
Pour signer la pétition : www.nomaternitytraffic.eu
Les chiffres publiés par l’Institut National d’Etudes Démographiques (Ined) le 11 février 2015 montrent que l’adoption internationale s’est effondrée ces dernières années.
Il y a 10 ans, on comptait environ 40 000 adoptions internationales de mineurs par an dans le monde. Entre 2004 et 2013, le nombre d’adoptions internationales de mineurs a chuté des deux tiers dans les 10 pays qui adoptent le plus, y compris en France. Le nombre de couples ou d’individus candidats à l’adoption n’a pas baissé, mais celui des mineurs « adoptables » a fortement diminué. Ainsi, il y a en France 18 000 couples possédant un agrément pour adopter, et seuls 1 069 enfants étrangers ont été accueillis en 2014.
Cette baisse des adoptions internationales a plusieurs causes. D’une part, l’adoption nationale est de plus en plus privilégiée par les Etats, qui mettent en place des politiques sociales et familiales encourageant cette démarche pour que les enfants ne soient pas déracinés de leurs pays. D’autre part, les femmes ne désirant pas d’enfants ont de plus en plus recours à la contraception et à l’avortement. En outre, chaque pays a tendance à renforcer les conditions pour les adoptants, afin de se prémunir des risques de trafic d’enfants. Enfin, l’adhésion croissante des Etats à la Convention de La Haye (charte éthique sur la protection des enfants adoptables et la coopération entre pays) conduit à donner la priorité à l’adoption nationale.
Plus spécifiquement pour la France, la loi sur le mariage des couples de même sexe ouvrant le droit à l’adoption aurait aussi amené des pays à durcir leurs conditions, comme la Russie avec une suspension de plusieurs mois des adoptions en 2013.
Tous ces facteurs favorisent l’adoption des nourrissons (moins de 2 ans), en bonne santé, par des familles dans leur pays d’origine. En conséquence, les enfants qui sont adoptés à l’international sont en grande partie des enfants dits « à besoin spécifique », c’est à dire malades, porteurs d’un handicap, âgés de plus de 5 ans ou en fratrie (de 3 enfants et plus). En France, cela représente 63 % des enfants arrivés en 2014 : un tiers des adoptés internationaux ont plus de 5 ans, et un quart d’entre eux présentent une pathologie.
Avec cette baisse des adoptions internationales, l’Ined considère qu’on peut s’attendre à une augmentation des demandes de procréation médicalement assistée et des pratiques de gestation pour autrui. Les débats en France sur ces pratiques risquent donc de s’amplifier, compte tenu des questions éthiques importantes qu’elles soulèvent. Rappelons que le but de l’institution de l’adoption est de redonner une famille à un enfant qui en a été privé par des événements extérieurs.
Dans son rapport annuel 2015 présenté le 11 février, la Cour des Comptes dénonce des retards et de fortes disparités dans la mise en œuvre du programme national de développement des soins palliatifs 2008-2012.
Le rapport souligne l’accès encore globalement insuffisant aux soins palliatifs, même si des progrès notables ont été réalisés. « A l’hôpital, seul un tiers des 238 000 patients décédés en 2009 lors d’une hospitalisation en court séjour et susceptibles de nécessiter des soins palliatifs peuvent être identifiés comme en ayant effectivement bénéficié, soit environ 78 000 patients ». Ce chiffre passe à 135 000 en 2013.
Le rapport insiste sur un « défaut de données actualisées, fiables et complètes qui traduit la difficulté persistante à faire de la démarche palliative une réelle priorité de santé publique. »
Selon une étude comparative de 2010 sur la « qualité de la mort », la France se situe au 23ème rang sur 40 pays pour sa disponibilité de soins de fin de vie, les pays arrivant en tête étant la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
La mise en œuvre du programme 2008-2012 a été prioritairement centrée sur l’hôpital. On constate des progrès importants en cinq ans, notamment une forte progression des unités spécialisées (+35 %), de lits identifiés (+65 %) et d’équipes mobiles (+24 %) entre 2007 et 2012. Toutefois, le rapport relève des inégalités dans les modalités de financement, qui privilégient le court séjour. A l’échelle du territoire, le rapport constate de très fortes disparités régionales. Le taux d’équipement pour 100 000 habitants varie ainsi de zéro en Guyane à 5,45 lits pour le Nord-Pas-de-Calais.
Enfin, dans sa dernière partie, le rapport s’intéresse au développement des soins palliatifs hors de l’hôpital, pour lesquels les progrès apparaissent beaucoup plus limités. Il déplore l’absence de prise en considération du développement des soins palliatifs dans les négociations conventionnelles entre l’assurance maladie et les professionnels libéraux de santé. Par ailleurs, il reste d’importantes actions à mener pour développer l’accès aux soins palliatifs dans les établissements médico-sociaux (en priorité dans les EHPAD) et le soutien à l’entourage des malades, afin de prévenir les situations d’épuisement.
En conclusion, la Cour réitère ses recommandations de maintenir une politique clairement identifiée de développement des soins palliatifs, et de donner la priorité à la diffusion des prises en charge palliatives à domicile et dans les EHPAD. Il s’agit ainsi de mieux répondre aux attentes des Français. En effet, selon un sondage IFOP de 2010, 81 % des Français souhaiteraient « passer leurs derniers instants chez eux ». Dans les faits, seul un quart des Français environ décèdent à domicile.
Le jugement rendu par la Cour suprême du Canada dans l’affaire Carter c. Canada le 6 février 2015 invite le Parlement à modifier le Code criminel pour que « l’aide médicale à mourir » ne soit plus considérée comme un homicide.
En effet le Code criminel canadien dispose dans son article 241 b) qu’est coupable d’un acte criminel quiconque « aide ou encourage quelqu’un à se donner la mort, que le suicide s’ensuive ou non. »
L’affaire jugée était portée par des résidents de Colombie Britannique : Gloria Taylor, atteinte de sclérose amyotrophique latérale décédée depuis le début de la procédure, et les descendants de Kay Carter, qui a eu recours au suicide assisté en Suisse. Les requérants étaient également le Dr William Shoichet, partisan du suicide assisté, et la British Columbia Civil Liberties Association.
Les deux femmes réclamaient une « aide active à mourir ».
Portant l’affaire en 2009 devant le tribunal compétent de Colombie Britannique, les requérants ont fait valoir que l’interdiction de l’aide au suicide contenue à l’article 241 b) du Code criminel contrevenait à la Charte des droits et libertés du Canada.
Ils ont eu gain de cause en première instance, mais la Cour d’appel de Colombie-Britannique a infirmé le premier jugement en appel. L’affaire a été ensuite portée devant la Cour suprême.
La Cour suprême est le plus haut tribunal du Canada. Composée de neuf juges, les décisions se prennent à la majorité des voix. Elle décide elle-même des causes qu’elle examine.
A l’unanimité, les juges ont déclaré disproportionné de maintenir la prohibition de l’aide active à mourir « à l’égard d’une personne adulte capable qui consent clairement à mettre fin à sa vie, et qui est affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition ».
Suspendant sa décision pour un an, la Cour enjoint le Parlement canadien à modifier le Code pénal. Le gouvernement peut cependant encore faire campagne contre. D’autre part, si la question pénale est du ressort exclusif du gouvernement canadien, la Cour reconnait aux provinces, en s’appuyant sur leur compétence en matière de santé, de pouvoir « légiférer sur des aspects de l’aide médicale à mourir ». Le Québec a voté une loi en ce sens au printemps dont la mise en application est prévue pour décembre 2015, sous réserve du jugement des recours conduits par plusieurs associations.
Au terme d’une affaire similaire (Rodriguez) en 1993, la Cour suprême avait tranché contre la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, s’appuyant sur la défense des personnes les plus vulnérables. La Cour a repris cet élément en le renversant d’une manière insidieuse, arguant que « la prohibition (…) a pour effet de forcer certaines personnes à s’enlever prématurément la vie, par crainte d’être incapables de le faire lorsque leurs souffrances deviendraient insupportables« . Et donc de contredire dans ces situations la visée de la prohibition, d’ »empêcher que les personnes vulnérables soient incitées à se suicider dans un moment de faiblesse« . Elle s’est également appuyée sur le fait que des pays avaient légiféré depuis le jugement Rodriguez de 1993. Ils sont pourtant peu nombreux à avoir légalisé l’euthanasie ou le suicide assisté (les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse ainsi que quelques états américains). La Cour n’a pas estimé devoir prendre en compte les dérapages et extensions observés en Belgique notamment, dans la mesure où le Parlement de la Belgique n’a rien fait pour restreindre la loi et donc que les cas exposés n’étaient pas assez probants pour être pris en compte.
Dans un communiqué commun, le réseau citoyen Vivre dans la Dignité et le Collectif des médecins contre l’euthanasie ont souligné que les personnes vulnérables étaient les plus menacées par un tel jugement : « en demandant au Parlement du Canada de modifier le Code criminel pour statuer que « l’aide médicale à mourir » n’est pas un homicide et ne doit donc plus être sanctionnée, le plus haut tribunal du pays bouleverse en profondeur la société canadienne. »
Après l’avoir étendue dans toute la France en 2014, Alliance VITA renouvelle en mars 2015 l’Université de la Vie, son cycle de formation bioéthique sur 5 soirées, avec un thème inédit : « Le corps, de la vie à la mort ».
Pour sa dixième édition, l’Université de la Vie abordera le sujet du corps humain dans son rapport au temps : «Le corps, de la vie à la mort».
Les mutations culturelles et techniques contemporaines font en effet surgir de nouvelles questions éthiques : Comment considérer le corps aux différents stades de la vie ? Du tout début de la vie, au moment de la gestation, jusqu’à la toute fin lorsqu’approche la mort ? Et ensuite, avec le statut de la dépouille mortelle et des rites de deuil…
L’humanité est ainsi confrontée à des interrogations anciennes et nouvelles : Comment vivre les fragilités du corps ? Jusqu’où peut-on augmenter le corps ? Quel impact a sur son destin la séparation entre relation sexuelle et procréation ? Le corps est-il un moyen de communication comme un autre ? Etc.
Ces questions essentielles seront abordées avec l’approche spécifique d’Alliance VITA qui s’appuie sur des témoignages d’experts et l’expérience de ses services d’écoute, et les relie aux grands débats de société. Chaque soirée abordera une question particulière du rapport au corps et au temps. Tugdual Derville, Caroline Roux, Henri de Soos, le Dr. Xavier Mirabel prendront la parole sur ces questions. Leurs interventions seront complétées par l’apport de personnalités nationales et d’experts ou témoins locaux. François-Xavier Bellamy, philosophe, et Sophie Lutz, auteur de »Philippine : la force d’une vie fragile », feront également partie des invités nationaux.
Pour la deuxième fois, l’Université de la Vie sera proposée dans toute la France en simultané, par un système de visioconférence depuis la salle parisienne. Nouveauté de 2015, l’Université de la Vie sera également proposée à l’international : les villes de Berlin, Bruxelles, New York et Zurich, notamment, assureront une retransmission. En tout, ce sont plus de 80 villes qui participeront à cette édition 2015. L’an dernier, l’Université de la Vie 2014 avait ainsi été suivie par 7 700 personnes dans toute la France.
Dates des soirées : les lundis 9 mars, 16 mars, 23 mars, 30 mars et le mardi 7 avril de 20h15 à 22h30
Informations et inscriptions sur : http://www.universitedelavie.fr
Par le vote de ce 3 février 2015, la Grande-Bretagne pourrait devenir le premier pays au monde à autoriser la conception de bébés à partir de l’ADN de trois parents, une technique destinée à empêcher la transmission de certaines maladies graves par la mère. Votée par 382 voix contre 128, elle doit encore être validée par la chambre des Lords le 23 février.
Cette méthode a pour but de faire naître un enfant exempt d’une maladie génétique qui serait transmise par des organites présents dans l’ovule de la mère : les mitochondries. Ces générateurs d’énergie sont essentiels au bon fonctionnement des cellules. Si elles sont défectueuses, elles provoquent des maladies graves, comme certaines formes de myopathie.
Or les mitochondries contiennent de l’ADN, 1% du génome total d’un individu, ce qui est le cœur des problèmes éthiques graves soulevés par cette technique.
La fécondation in vitro (FIV) se fait en deux étapes. D’abord on retire le noyau (matériel génétique) de l’ovule de la mère et on l’intègre dans l’ovule (préalablement vidé de son noyau) d’une autre femme. L’ovule de la deuxième femme contient tous ses organites, dont les mitochondries saines.
Puis, cet ovule ainsi constitué est fécondé in vitro par le sperme du père, et l’embryon est implanté dans l’utérus de la mère.
L’enfant est donc bien conçu avec de l’ADN issu de « 3 parents » : la mère biologique donne son matériel génétique, l’ovule d’une deuxième femme apporte 1% d’ADN mitochondrial et enfin le père biologique donne son spermatozoïde. Les premiers bébés ainsi créés pourraient naître dès l’automne 2016 si les couples concernés reçoivent l’autorisation de l’organisme britannique responsable en matière de bioéthique, le Human fertilisation and embryology authority (HFEA).
Il n’y a pas de recul sur cette technique, nul ne peut affirmer qu’elle sera absolument sans conséquences sur l’enfant à naître. De nombreux scientifiques ont exprimé leurs inquiétudes. En France, le professeur René Frydman, père du premier bébé éprouvette français, s’est également montré très réservé, jugeant ce procédé insuffisamment testé : « avec cette thérapie germinale, on modifie le génome, on introduit 1 % d’un génome qui vient d’ailleurs et on ne sait pas quel impact cela risque d’avoir ».
Ces bébés « sur mesure » seraient en quelque sorte les propres cobayes d’une technique qui modifie leur génome, par un changement permanent et qui sera transmis de génération en génération
Lire le NotExpert sur le sujet Fécondation In Vitro à 3 parents.
Voir l’infographie : FIV à « 3 parent » expliquée et illustrée
La Fécondation In Vitro (FIV) à 3 parents consiste à créer in vitro un embryon humain à l’aide de l’ADN de trois personnes différentes, un homme et deux femmes, dans le but de faire naître un enfant exempt d’une maladie génétique qui serait transmise par des organites présents dans l’ovule de la mère : les mitochondries.
L’ADN d’un individu est unique, c’est une molécule créée dès la fécondation et organisée en chromosomes, elle est présente dans chaque cellule d’une personne et est porteuse de toute son information génétique.
Ce sont des petits corpuscules que l’on trouve en grand nombre dans presque toutes les cellules de l’organisme. La mitochondrie est le lieu de la « respiration cellulaire », ou usine énergétique de la cellule. Les mitochondries produisent environ 90% de l’énergie cellulaire dont les tissus, les organes et donc l’organisme entier ont besoin pour fonctionner.
Particularité importante : cet organite contient de l’ADN mitochondrial (ADNmt) qui est distinct de l’ADN contenu dans le noyau (chromosomes). Cet ADNmt code pour une partie des protéines et des ARN spécifiques au fonctionnement de la mitochondrie.
Donc chaque cellule d’un être humain contient deux génomes :
-le génome nucléaire (chromosomes, contenu dans le noyau) qui compte 30 000 gènes environ
-le génome mitochondrial (contenu dans la cellule mais hors du noyau) qui compte seulement 37 dont 13 codent pour des protéines. L’ADN mitochondrial représente moins de 0,2% de l’ADN total de la cellule.
L’ADNmt peut être porteur de mutations et être à l’origine de maladies génétiques telles que certaines myopathies.
2 – Pourquoi et comment se transmet ce type de maladie de mère à enfant ?
Les ovules sont des cellules qui contiennent l’ADN de la mère (23 chromosomes) mais également tous les organites d’une cellule classique, donc de l’ADN mitochondrial.
Le spermatozoïde n’apporte en revanche que son matériel génétique nucléaire, ses propres mitochondries étant détruites au moment de la fécondation (seul le noyau du spermatozoïde pénètre l’ovule pour le féconder).
La transmission de l’ADN mitochondrial se fait donc presque uniquement de mère à enfant.
L’ovule fécondé, la première cellule embryonnaire du nouvel être vivant, contient donc la fusion de l’ADN maternel et paternel ainsi que l’ADN mitochondrial transmis par la mère.
3 – Qu’est-ce qu’une « FIV à trois parents » ?
Elle a donc pour but d’éviter la transmission, par la mère, de maladies génétiques dues à cet ADN mitochondrial.
Deux techniques sont possibles :
a) La première :
Une femme (non porteuse de maladies génétiques mitochondriales connues et détectables portées par son ADNmt) donne un ovule, duquel le noyau contenant l’ADN est retiré.
Est prélevé de la femme porteuse de la maladie un ovule, le noyau y est prélevé et est intégré dans l’ovule de la donneuse. Ainsi, ce « nouvel ovule hybride » contient l’ADN d’une femme et tous les organites, dont les mitochondries, de l’ovule de l’autre femme.
Puis la fécondation est réalisée in vitro avec un spermatozoïde.
Voir l’infographie : FIV à « 3 parent » expliquée et illustrée
b) La seconde :
L’ovule et le spermatozoïde des deux parents commanditaires de la FIV sont mis en présence in vitro. Lorsque le noyau du spermatozoïde pénètre l’ovule lors du processus de fécondation, les deux noyaux sont prélevés avant qu’ils fusionnent et sont réimplantés dans l’ovule préalablement énucléé d’une donneuse, dans lequel se produit alors la fusion des deux gamètes et la création de la première cellule embryonnaire du nouvel être humain ainsi fabriqué.
Dans les deux cas, l’embryon est réimplanté dans l’utérus de la mère intentionnelle, qui a donc donné ses 23 chromosomes nucléaires au futur bébé. Le transfert pourrait se faire également vers l’utérus d’une troisième femme, alors appelée mère porteuse, dans le cas où la mère intentionnelle serait dans l’impossibilité ou ne souhaiterait pas porter son enfant.
4 – Que se passe-t-il en Angleterre ?
Le gouvernement britannique avait d’abord édité un projet de règlement qui fut discuté au parlement et soumis au vote ce 3 février 2015. Malgré un important débat très contradictoire, il a été approuvé par 382 contre 128 voix. Il devra être validé par la chambre des lords le 23 février 2015, une étape considérée comme étant une formalité. Lespremiers bébés ainsi fabriqués pourraient naître dès 2016. L’organisation britannique en charge de la bioéthique, le « Human Fertilisation and Embryology Authority », devrait dans tous les cas fournir un document autorisant la manipulation pour chaque couple concerné qui en ferait la demande.
La consultation préalable au vote de ce texte, menée entre février et mai 2014 auprès d’associations de patients, d’organismes de recherches, d’organisations professionnelles, confessionnelles, de parlementaires et d’individus avait permis de recueillir près de 2000 réactions. Cette consultation rendue publique en juillet 2014 avait démontré que nombre d’entre elles étaient très défavorables à la légalisation de cette pratique.
Le centre de Newcastle, dirigé par le Professeur Doug Turnbull qui a procédé à ces recherches va certainement obtenir une licence pour réaliser ces FIV dans le but de mettre au monde des enfants.
Ce règlement décrit ce qu’est un ovule « autorisé », les règles et les protocoles de transfert. Il est précisé que l’embryon ainsi créé, une fois le transfert réalisé, ne peut plus légalement être considéré comme étant celui appartenant à la personne ayant donné l’ovule. La donneuse d’ovule ne peut légalement être considérée comme une donneuse de gamètes ayant créée un embryon, elle ne pourra prétendre à aucun droit sur l’enfant qui n’aura pas accès aux informations sur la donneuse.
5 – Quelles réglementations au niveau international ?
La FIV à 3 parents fut dénoncée au Conseil de l’Europe le 3 octobre 2013 par 34 parlementaires représentants d’Etats membres car elle serait contraire à deux accords internationaux :
UNESCO
La FIV à 3 parents relève de l’article 24 de la Déclaration[i] universelle de l’Unesco sur le génome humain et les droits de l’homme qui précise que son Comité international de bioéthique (CIB) devrait contribuer à la diffusion des principes énoncés dans la présente déclaration et à l’approfondissement des questions que posent leurs applications et l’évolution des techniques en cause.. Il devrait formuler des recommandations à l’intention de la Conférence générale et des avis quant au suivi de la Déclaration, en particulier quant à l’identification des pratiques qui pourraient être contraires à la dignité humaine, telles que les interventions sur la lignée germinale. Le CIB édita le 15 mai 2014 une « note[ii] conceptuelle sur l’actualisation de la réflexion relative au génome humain et aux droits de l’homme » en précisant que cette FIV à 3 parents est un sujet de réflexion à mener car cette méthode conduit effectivement à la formation d’un embryon génétiquement manipulé. Les 9 et 10 septembre 2014, le CIB et le Comité intergouvernemental de bioéthique (CIGB) de l’Unesco ont tenu une discussion[iii] publique sur deux sujets, dont celui de dons de mitochondries.
Conseil de l’Europe
Cette pratique est contraire à la Convention[iv] sur les droits de l’Homme et la biomédecine du Conseil de l’Europe dont l’article 13 précise qu’une intervention ayant pour objet de modifier le génome humain ne peut être entreprise que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques et seulement si elle n’a pas pour but d’introduire une modification dans le génome de la descendance.
Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) semble[v] être assez réservée sur le sujet, en effet un panel d’experts fut auditionné sur le sujet les 26 et 27 février 2014, de nombreuses voix exprimèrent les risques éthiques de cette pratique et le manque de données sur l’homme, bien qu’aux USA dans l’Oregon une équipe dirigée par Shoukhrat Mitalipov a déjà créé 6 singes par cette technique de FIV, précisant qu’à ce stade les animaux semblaient en bonne santé.
6 – Questions éthiques : progrès ou Homme-OGM ?
Les questions éthiques qui se posent sur cette pratique sont nombreuses.
Elles concernent le don d’ovules et le statut des femmes donneuses : gratuité, anonymat, droits éventuels sur l’enfant à naître ?
Elles concernent aussi bien sûr l’enfant à naître.
– Trop d’inconnues physiologiques :
Il y a une « triple origine parentale » des ADN constitutifs de ce nouvel être humain, des conséquences de cette origine dissociée sur les interactions entre noyau et mitochondries ne sont pas exclues, elles sont aujourd’hui méconnues. Si le rôle des mitochondries est très bien décrit, celui de l’ADNmt l’est moins, le décryptage du génome et des rôles de l’ADNmt ne peut pas être considéré comme abouti.
Les promoteurs de cette technique tendent à considérer que le matériel génétique transmis par la donneuse d’ovule est minoritaire par rapport à la mère biologique, et pourtant…. L’impact de l’ADNmt lorsqu’il est porteur d’une mutation est considérable, puisqu’il affecte la vision, l’audition, la force musculaire : c’est bien ce génome minoritaire qui est la cause même de cette technique, son impact ne peut tout à la fois être considéré comme primordial puis minimisé.
– Trop d’inconnues psychologiques :
La transmission trans-générationnelle des prédispositions, des « dons », de l’histoire, des « instincts », des tempéraments est porteuse de nombreux mystères, qui souvent nous émerveillent ou nous questionnent. Les ovules que portent une femme ont été créés pendant son développement fœtal ; l’ovule à l’origine d’un nouvel être vivant a donc passé « toute sa vie » dans le corps d’une femme avant d’être fécondé. Est-ce anodin dans la transmission ? Nul ne peut l’affirmer.
– Une modification qui se transmettra aux générations futures :
Tous les membres d’une fratrie possèdent exactement le même ADN mitochondrial transmis par leur mère, qui l’a elle-même hérité de sa mère, et ainsi depuis les origines… Le matériel génétique porté par ce nouvel être humain « hybride » sera donc lui-même transmis aux générations suivantes par les femmes, des conséquences aujourd’hui méconnues pourraient être portées par toutes les générations suivantes.
– Une pratique eugénique :
Le but de cette technique n’est pas de guérir des personnes malades, mais de mettre au monde des personnes exemptes d’une maladie déterminée. Il ne s’agit donc pas de médecine, mais d’eugénisme, visant à créer des humains sur mesure.
Soutenir que sans cette méthode, ces bébés ne seraient pas nés revient en fait à légitimer toute forme de manipulation génétique sur les embryons.
Un enfant né par cette technique qui manipule le matériel héréditaire germinal n’a aucun précédent. C’est une sorte de révolution.
Il s’agit ici d’un « test grandeur nature » dont les conséquences physiologiques et psychiques seront mesurées sur un être humain, cobaye bien malgré lui, dont la vie même est due à une forme de « prise de risques » ayant exclu ce que pourtant nous appliquons partout et pour des sujets de bien moins grande importance : le principe de précaution….
Enfin, un dernier point est à relever : la science, en répondant par la technique à un désir que porte un couple de mettre au monde un enfant qui soit « génétiquement » le sien, aboutit à une méthode mettant en œuvre de l’ADN d’une tierce personne, brouillant ainsi un peu les cartes, et laissant finalement planer sur cet enfant mille doutes génétiques…
[i] Déclaration Universelle de l’UNESCO sur le génome humain et les droits de l’homme – 11 novembre 1997
[ii] Note de l’Unesco – Comité International de Bioéthique – 15 mai 2014
[iii] Note du 17 septembre 2014
[iv] Convention pour la protection des Droits de l’Homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine: Convention sur les Droits de l’Homme et la biomédecine – 4 avril 1997
Le 29 janvier 2015, à l’initiative du groupe socialiste, l’Assemblée nationale a refusé d’adopter une proposition de loi (PPL) «visant à assurer aux patients le respect de leur choix de fin de vie », avec la légalisation de l’aide active à mourir, en d’autres termes l’euthanasie et le suicide assisté.
La motion de renvoi en commission a été adoptée par 25 votes pour, 20 contre et 11 abstentions. Ce texte avait déjà été rejeté lors de son examen en commission des affaires sociales, le matin même du « grand débat » sans vote organisé à l’Assemblée nationale, le 21 janvier dernier.
Son auteur et rapporteur, Mme Véronique Massonneau, avait appelé à être « à la hauteur de l’enjeu, des attentes » et à ne pas « se contenter d’un consensus mou qui ne satisfait personne ».
Lors de la présentation de sa PPL défendue unanimement par le groupe écologiste, Mme Massonneau a insisté sur le fait qu’un « consensus ne peut être l’alpha et l’oméga d’une réforme de société ». Lucide sur l’imminence du rejet du texte qu’elle défendait, elle a remercié par avance ceux qui ne manqueront pas de reprendre le flambeau « dans quelques semaines peut-être, même si le doute est là, dans quelques mois plus probablement ».
La ministre de la santé, Marisol Touraine, a rendu un hommage appuyé au travail de Mme Massonneau, précisant que le débat du 21 janvier fut un moment important et celui du jour sur ce texte « l’est tout autant », ainsi que ceux qui auront lieu à l’avenir sur d’autres textes. La ministre explique trouver des « points de convergence importants » entre les propositions Claeys-Leonetti et cette PPL.
Pour la ministre, les mots clés sont « dignité » et « autonomie », faisant siens les arguments de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) en évoquant que « chacun entend mourir dans la dignité » et que « choisir les conditions de sa fin de vie, c’est notre ultime liberté ». Elle rappelle que le gouvernement soutient la proposition Claeys-Leonetti qui constitue une « avancée majeure » et un changement de perspective qui « correspondent à ce que Mme Massonneau appelle de ses vœux, même si elle souhaite aller plus loin ».
Pour la ministre de la santé, le rapport Claeys-Leonetti est un « point d’équilibre » : bien que le gouvernement ne soutienne pas ce texte de Véronique Massonneau, elle a précisé qu’ « Il ne s’agit en aucun cas de balayer d’un revers de la main ces propositions (…) ; les questions soulevées sont aujourd’hui portées au débat, et la fin d’examen de ce texte ne saurait sans doute les éteindre ».
Les députés radicaux de gauche ont globalement appuyé la démarche des écologistes. Leur chef de file Roger-Gérard Schwartzenberg en a profité pour fustiger la « tactique dilatoire » du gouvernement depuis deux ans. Cependant, Front de gauche, UDI, UMP et FN se sont montrés hostiles à toute légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté. Xavier Breton a pointé à plusieurs reprises « les ambiguïtés du gouvernement » en posant cette question restée sans réponse : « Le Gouvernement est-il pour ou contre le texte qui nous est proposé aujourd’hui ? »
Plaidoyer de Véronique Massoneau à l’Assemblée Nationale pour la proposition de la loi de « libre choix »