[CP] Alliance VITA demande une Convention nationale des droits de l’enfant

La loi Taubira est votée et il faut attendre la décision du Conseil constitutionnel pour savoir si elle pourrait être réellement applicable.

Alliance VITA réaffirme son opposition à l’ouverture du mariage et de l’adoption à deux personnes de même sexe : elle y voit une grave atteinte aux droits de l’enfant et la remise en cause d’une institution universelle, précieuse pour toute la société. La relation entre deux personnes homosexuelles ne saurait, par essence, être comparée à la relation qui unit deux personnes de sexes complémentaires, toute procréation étant fondée sur l’altérité sexuelle entre un homme et une femme.

Face à l’injustice d’une loi qui priverait délibérément certains enfants de père ou de mère et ouvrirait la porte à de nouvelles atteintes à leurs droits, Alliance VITA se mobilise aujourd’hui en demandant au président de la République de ne pas la promulguer.

Pour Alliance VITA, proposer aux personnes homosexuelles un nouveau contrat d’union civile, comme alternative au mariage, n’est pas une réponse satisfaisante. Un tel contrat serait perçu par la plupart des personnes homosexuelles comme stigmatisant parce que communautariste. De plus, il ne garantit pas la société contre un glissement vers la filiation artificielle, qu’Alliance VITA conteste.

L’urgence n’est pas de proposer de nouveaux droits pour les adultes mais de garantir et renforcer les droits de l’enfant.

C’est pourquoi Alliance VITA demande au Gouvernement un grand débat national sur les droits des enfants, dans les toutes prochaines semaines, sous la forme d’une Convention nationale rassemblant les professionnels et les associations concernés. En effet, le débat qui s’est déroulé ces derniers mois a été occulté par le slogan réducteur « mariage pour tous » et n’a pas abordé avec sérieux la question des droits de l’enfant. Lors des passages de la loi Taubira au Parlement, cette question aurait dû être au cœur de toute remise en cause du mariage civil.

C’est dans cet esprit qu’Alliance VITA participera aux manifestations régionales du dimanche 5 mai 2013 dans le cadre unitaire de La Manif pour Tous dont elle est l’une des associations partenaires.

Dépistage T21 : où est l’éthique ?

Dans son avis n° 120 rendu le 25 avril 2013 et intitulé Questions éthiques associées au développement des tests génétiques fœtaux sur sang maternel, le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) donne son feu vert à l’utilisation d’un nouveau test de dépistage de la trisomie 21 basé sur un simple examen du sang de la femme enceinte.
Ce dépistage, proposé en France à toutes les femmes enceintes, est aujourd’hui basé sur une échographie et sur le dosage de marqueurs sériques. S’il se révèle positif, un diagnostic de confirmation est proposé, en général par amniocentèse. Celle-ci n’est pas sans risque et provoque 0,5% à 1% de  fausse couche, entrainant le  décès de fœtus  porteurs ou pas de l’anomalie génétique .
 
Le nouveau test sanguin en cause, commercialisé à l’étranger depuis 2012, avait été présenté comme permettant un diagnostic direct de la trisomie 21, et donc évitant les amniocentèses. Le ministère de la santé avait alors saisi le CCNE pour lui demander son avis sur l’introduction de ce test en France.
 
Dans son avis, le CCNE analyse les conséquences de cette technique et les enjeux éthiques. Il explique que ce test ne permet pas encore de se passer de la phase de diagnostic et donc de l’amniocentèse, mais qu’il permet un dépistage beaucoup plus fin, à réserver aux femmes à risques élevés compte tenu du coût (1200 à 1500€ par test). Pour le CCNE, le problème n’est pas dans la nature du test, considéré comme un « progrès éthique » dans la mesure où il évitera une partie des amniocentèses potentiellement dangereuses, mais seulement sur la meilleure façon de donner les informations aux parents. Il souligne que la  possibilité de réaliser le séquençage complet du génome du fœtus permettra d’identifier plusieurs milliers de maladies génétiques, ce qui va conduire à de nouvelles questions éthiques sur l’acceptation de la différence et du handicap. Il ne prend cependant pas position sur le bien-fondé de ces techniques mais sur la manière de les utiliser.
 
Pour Alliance VITA, l’avis que vient de rendre le CCNE élude la question fondamentale d’une nouvelle forme d’eugénisme en France.  La proposition de dépistage pour toutes les femmes enceintes, ainsi que le diagnostic aboutissant à l’IMG des fœtus trisomiques dans 95% des cas interroge sur la politique d’Etat conduite depuis plusieurs décennies. Le CCNE joue-t-il encore son rôle en donnant un avis sur  des problèmes d’organisation et d’arbitrages financiers, sans prendre en considération les enjeux sur la finalité du dépistage ?

Décodeur N°28 : Mariage et adoption homosexuels

Le décryptage d’Alliance VITA sur l’actualité du projet de loi : « Mariage/Adoption pour les couples de personnes de même sexe »

 

L’EVENEMENT

L’Assemblée nationale a adopté définitivement, mardi 23 avril 2013, le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les couples de personnes de même sexe.

L’ensemble du texte étant conforme à ce que le Sénat a voté en première lecture, la phase parlementaire de la procédure législative est terminée.

La loi ne sera pas applicable tout de suite : le Conseil constitutionnel va être rapidement saisi, à la fois par 60 députés et par 60 sénateurs. Sa décision pourrait être rendue entre le 20 et le 25 mai prochain.

 

 

 

LE CHIFFRE

331 voix pour, 225 contre, 10 abstentions : tel est le résultat du vote solennel à scrutin public en seconde lecture, qui a eu lieu mardi 23 avril vers 17 heures à l’Assemblée nationale.

Cette répartition des 566 votants, sur 577 députés au total, est très voisine de celle du vote en première lecture le 12 février dernier (cf Décodeur n°20).

 

 

 

QUE VA-T-IL SE PASSER MAINTENANT ?

 

1) La portée du contrôle du Conseil constitutionnel

Le Conseil constitutionnel va examiner la conformité  de chaque article de la loi au regard de trois grandes catégories de textes « de valeur constitutionnelle » :

a) la Constitution elle-même, dont le Préambule renvoie à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, et à la Charte de l’environnement  adoptée en 2004.

Les questions liées à la filiation et à l’adoption, au regard de la rupture d’égalité entre les enfants et du principe de précaution, seront certainement parmi les principaux arguments mis en avant.

 

b) les « Principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ». La liste de ces 11 principes a été dégagée progressivement : par exemple la liberté d’association, la liberté de conscience, la liberté de la presse, le principe de laïcité…

Cette liste n’est pas figée, et un enjeu majeur sera de savoir si le mariage constitué par l’union d’un homme et d’une femme peut être reconnu comme un « principe fondamental » auquel une loi ne peut déroger.

 

c) les Traités internationaux qui ont une valeur supérieure aux lois françaises, en particulier la Charte des droits fondamentaux (de l’Union européenne), la Convention européenne des droits de l’homme et la Charte sociale européenne (du Conseil de l’Europe) et la Convention internationale des droits de l’enfant (de l’UNICEF).

Il sera fait appel à ces textes pour défendre « l’intérêt supérieur de l’enfant », qui doit être une considération primordiale de toute législation, et qui inclut notamment le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux.

 

2) Les trois cas possibles, suite à la décision du Conseil constitutionnel

Le Conseil a un mois pour rendre sa décision, sauf urgence (délai réduit à 8 jours). La décision du Conseil constitutionnel s’impose à tous et ne peut faire l’objet d’aucun recours.

Trois cas sont possibles :

Si la loi est déclarée en totalité conforme à la Constitution, elle peut être immédiatement promulguée par le Président de la République.

Si la loi est déclarée en totalité contraire à la Constitution, elle ne peut pas être promulguée. Toute la procédure législative est annulée, et il n’y a pas d’autre solution que de la reprendre à son origine.

Si le Conseil constitutionnel décide que la loi est en partie conforme, la loi peut être promulguée à l’exception de ses articles ou parties d’articles déclarés contraire à la Constitution.

Si la loi est promulguée par le Président de la République, elle est ensuite publiée au Journal officiel de la République française (le « JO »). Elle devient alors applicable sur tout le territoire national.

Ensuite, les premiers mariages pourraient avoir lieu assez rapidement, en fonction des procédures propres à cet évènement (dossiers déposés, publication des bans, etc).

 

 

 

 

NOTRE COUP DE COEUR

 

Les veilleurs, un mouvement spontané de résistance non-violente à une loi injuste !

Lancé depuis à peine une semaine, cette initiative se déploie très rapidement dans toute la France. Elle consiste à se rassembler en fin de journée dans un espace public, chacun avec une bougie, et à écouter dans le silence et la paix intérieure la lecture de textes très divers, allant de Louis Aragon à Charles Péguy, en passant par Martin Luther King et beaucoup d’autres.

Leur message pour ce 23 avril 2013 : « La formidable vague de résistance pacifique s’étend de nouveau ce soir à toutes les régions de France et à l’étranger. Elle continuera de grandir jour après jour tant que le droit des enfants à avoir un père et une mère continuera à être bafoué.

 

Simultanément, depuis plus de 50 villes, nous ferons part à M. le président de la République française, François Hollande, et au monde entier de notre détermination absolue à ne rien lâcher face au projet de loi Taubira comme face à toutes autres manœuvres égoïstes à l’échelle mondiale.»

 

 

 

NOTRE COUP DE GUEULE

 

On a livré à la France le premier appartement (le mariage et l’adoption), mais c’est l’immeuble entier qui est « à vendre » !

Parmi les mesures attendues dans les mois qui viennent :

–          L’ordonnance pour adapter toute la législation française aux conséquences de la nouvelle loi, en particulier tous les passages mentionnant les expressions « père/mère » ou « mari/femme » (cf Décodeur n° 27).

–          La loi Famille en cours de préparation, avec la PMA pour les couples de femmes homosexuelles exigée par tout le courant libertaire de l’actuelle majorité (militants LGBT, personnalités politiques, etc).

–          Le développement de la GPA à l’étranger, encouragée par la circulaire Taubira du 25 janvier 2013 facilitant la délivrance des certificats de nationalité française, ce qui pousse à légitimer à postériori l’inscription à l’état civil français.

–          La mise en œuvre de l’éducation au Gender dès l’école primaire, avec l’amendement introduit le mois dernier à l’article 31 du projet de loi d’orientation pour la refondation de l’école. Pour justifier cet amendement (« L’école assure les conditions d’une éducation à l’égalité de genre »), il a été expliqué que « le concept de genre (…) montre que les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, mais sont historiquement construites et socialement reproduites ». Tout un programme !

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

–  Communiqué de presse Alliance VITA du 23 avril 2013 : «Contre cette loi injuste, poursuivons la mobilisation, dans la non-violence»

–  Mariage, adoption et PMA pour les couples de même sexe : tableau comparatif des législations étrangères (document UNAF).

[CP] Contre cette loi injuste, mobilisation !

«Contre cette loi injuste, poursuivons la mobilisation, dans la non-violence»

Tugdual Derville, porte-parole de la Manif Pour Tous et Délégué général d’Alliance VITA, réagit au vote du projet de loi Taubira :

« Alliance VITA prend acte du vote en seconde lecture du projet de loi Taubira instaurant un « mariage » entre personnes de même sexe, assorti de la possibilité d’adopter des enfants. Cette  loi démocratiquement votée est injuste, et en ne respectant pas les droits des citoyens les plus vulnérables, elle blesse la démocratie. Nous continuerons donc à nous y opposer avec la même fermeté paisible, sans entrer dans la virulence, et en luttant contre toute homophobie, comme nous nous y sommes employés depuis toujours. Comme la majorité des Français le reconnaissent désormais, il n’est pas légitime qu’un Parlement s’autorise à modifier le repère le plus précieux que constitue l’altérité père-mère dans l’engendrement, à la source de toute vie humaine. J’appelle donc tous ceux qui se sont opposés courageusement et paisiblement à ce projet de loi  à poursuivre leur mobilisation sans se décourager ni se départir de la non-violence intérieure, indispensable au maintien de la paix sociale, et seule façon irrépressible de travailler au service de la justice et du bien commun ».

Alliance VITA – Communiqué de presse

Paris, le 23 avril 2013

Mariage gay : et maintenant ?

Mariage gay : et maintenant ?

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Au moment du vote « définitif », par l’Assemblée nationale, du projet de loi Taubira, se pose la question de l’avenir du grand mouvement social qu’il a suscité.

Quelle fut la différence entre la dernière manifestation du dimanche 21 avril et les autres ?

Ce fut une manifestation régionale, décidée à la hâte, à cause de l’accélération paniquée de l’exécutif. Elle a tenu ses promesses : d’abord, elle a été, de l’avis même de la police, nettement plus nombreuse que celle, comparable car régionale aussi, du 17 novembre 2012, et aussi plus variée dans ses participants. Ensuite, alors que le ministre de l’Intérieur avait pris le risque de prédire la haine, l’homophobie et la violence, allant jusqu’à évoquer le régime de Vichy pour nous décrire comme des « factieux », elle a été particulièrement paisible. Et c’est même l’entrée dans le grand silence de la non-violence intérieure qui a marqué ces derniers jours, avec l’émergence du mouvement des Veilleurs, dans toute la France. Tout cela atteste la pérennité de notre mouvement, mais aussi son approfondissement. Le temps n’est plus seulement à la protestation agitée dans la rue, même si le 26 mai, jour de la fête des mères devra être une magnifique manifestation ; il est aussi à la contre-proposition intellectuelle et politique. Un mouvement nouveau, que d’aucun voudraient vite enterrer, est en train de naître…

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de « libérer l’homophobie ordinaire » ?

Ils jettent de l’huile sur le feu. SOS homophobie m’a clairement dit, sur France Culture, que s’opposer à ce projet de loi était intrinsèquement homophobe, et que même nos amis homosexuels, porte-parole de la Manif pour tous, dont ils partagent avec nous les banderoles de tête, sont homophobes ! Alors, évidemment, il y a de quoi prendre peur, quand on prétend que des millions de personnes sont prêtes à s’en prendre aux personnes homosexuelles ! Fort heureusement, il n’en est rien en réalité. Et les faits divers qui sont mis en exergue n’ont rien à voir avec notre mouvement. Une attaque de skinhead avait déjà été perpétrée, l’an dernier, contre l’établissement homosexuel de Lille qui en a été à nouveau victime… Cela avait fait moins de bruit… Pourquoi ?

Il y a tout de même des accusations et des menaces contre des élus qui soutiennent ce projet…

Oui, le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, en a été victime le 22 avril, comme l’ont été également des opposants au projet de loi. Nous devons tous condamner toute forme d’exaction et d’intimidations. Je condamne fermement toute menace contre quiconque, et je suis stupéfait de la façon dont elles sont relayées à sens unique. Sur les conseils de mon avocat, j’ai été obligé de me rendre à la gendarmerie samedi soir pour signaler les menaces de mort, signées, datées, publiques et réitérées que je venais de recevoir via Twitter. Un jeune homme à visage découvert y affirme d’abord : « On l’aura votre peau, vous brulerez sur le bûcher de la haine ». Alors que je l’appelle au calme, il réitère, toujours en s’adressant à moi : « Puisque personne ne s’oppose à vous, je vais le faire demain et en force !!! Le sang coulera ! » Un ministre de l’Intérieur qui aspire à devenir homme d’Etat s’honorerait à dénoncer toutes les violences et toutes les menaces mais aussi à exprimer des signes de respect pour l’exemplarité non-violente de notre mouvement. Quel est le bilan, en termes de voitures brûlées, de vitrines cassées et d’agents de la force publique blessés ? Nul. Quel contraste avec les mouvements quasi-insurrectionnels que les gouvernements successifs doivent affronter ici ou là, lors de mouvements protestataires mais beaucoup plus dangereux pour l’ordre public, alors qu’ils sont bien moins nombreux ! Notre puissance est celle de la paix intérieure.

Comment comptez-vous transformer cette puissance, malgré la défaite ?

Je vois plutôt dans notre mouvement  la promesse d’une victoire. Celle d’un projet de société plaçant l’être humain le plus vulnérable comme priorité dans tous les domaines : la politique, l’économie, l’éducation, la bioéthique, l’environnement, le dialogue Nord-Sud etc. Je pense que l’idéologie du genre ne serait pas entrée si facilement à l’école (c’était sous le précédent gouvernement) dans le contexte actuel décomplexé. Derrière les banderoles de la Manif pour tous, comme derrière les barricades de mai 68, s’opèrent des rencontres improbables et prometteuses, se noue une « conscientisation » des plus jeunes aux défis de notre temps, naissent des vocations associatives et politiques… Notre mouvement social a généré sa propre force. Et c’est magnifique de voir que les manifestants ne se contentent pas de « commenter » ce qui se passe dans la société, ils sont prêts à s’impliquer, à changer leur propre mode de vie… Avec Pierre-Yves Gomez et Gilles Hériard Dubreuil, nous voyons l’écologie humaine, qu’on peut aussi nommer l’écologie de l’homme, comme un projet généreux, capable de répondre à la défaite des postures libérales-libertaires individualistes. Ce forum interdisciplinaire contribuera à prolonger le magnifique mouvement social qui continue de naître, en répondant aux défis technologiques qui menacent l’essence de l’homme. Peu importe que la plupart des politiques, focalisés sur les rapports d’intérêt, n’aient aucune compréhension de ce qui se passe, pour le moment. Et spécialement le gouvernement actuel qui a visiblement beaucoup de mal avec la vérité et avec l’amour. Un seul exemple : quand madame Bertinotti nous assène que » l’accouchement ne fait pas la mère ». Que tous les idéologues reviennent plutôt au réel, en s’émerveillant que l’altérité sexuelle soit à la source de chaque vie.

LCI, Interview de Tugdual Derville et Claude Goasguen

Au lendemain de la manifestation du 21 avril, organisé par La MANIF POUR TOUS, Tugdual Derville était l’invité de LCI avec Claude Goasguen.

« Nous travaillons pour la paix sociale. Nous ne travaillons pas contre des adversaires, nous ne travaillons pas non plus avec ou contre des partis politiques. Nous sommes là pour rappeler que nous sommes tous nés d’un homme et d’une femme, que ce repère de l’engendrement est absolument majeur dans toutes nos histoires personnelles. »

Sédation et directives anticipées : proposition de loi Leonetti

Sédation et directives anticipées : proposition de loi Leonetti

Proposition de loi Leonetti : Sédation et directives anticipées

 

A l’occasion de l’examen le 25 avril 2013 de la PPL n°754,  visant à renforcer les droits des patients en fin de vie, Alliance VITA souhaite apporter une analyse de ce texte.

La loi n°2005-370 du 22 avril 2005 a permis une grande avancée dans la prise en compte des conditions de fin de vie en France. Elle explicite les modalités de limitation ou d’arrêt des traitements et de développement des soins palliatifs, en écartant clairement l’euthanasie. Cette loi a depuis inspiré de nombreux pays dans une approche humaniste et respectueuse de la dignité des personnes, sans se donner le droit de provoquer la mort des patients.

Cette proposition de loi s’inscrit dans la continuité de la loi de 2005 ; elle prend en compte les analyses du rapport de la Commission de réflexion sur la fin de vie,  rapport remis par le Professeur Didier Sicard au président de la République le 18 décembre 2012. Comme le souligne l’exposé des motifs de la proposition de loi, « opposé à la légalisation de l’euthanasie, le rapport souligne cependant ‘l’impératif du respect de la parole du malade et de son autonomie ‘. »

Cependant, la notion d’autonomie nécessite un éclairage spécifique sous peine de rupture du pacte de solidarité sur lequel repose la relation de soins dans notre société, en particulier si elle conduit à « l’affirmation sans limite d’une liberté individuelle ».

Comme le souligne le philosophe Jacques Ricot, « Aux yeux du législateur, la dyssimétrie reste constitutive de la relation de soins, mais cela n’induit pas une relation de domination. Cette relation unit toujours un être vulnérable et un soignant dans une alliance thérapeutique. Par conséquent, l’insistance, nouvelle et justifiée, sur la place privilégiée du soigné dans le processus de décision n’a pas aboli, loin s’en faut, l’obligation de bienfaisance qui reste au fondement de l’éthique médicale. »

Cette proposition de loi vise donc à clarifier la prise en compte des patients et de leurs souhaits dans les décisions qui concernent d’une part la sédation et d’autre part les directives anticipées.

 

I. La reconnaissance de la demande explicite par le patient de traitements à visée sédative.

Article 1er de la PPL n°754

Après l’article L. 1110-5 du code de la santé publique, est inséré un article L. 1110-5-1 ainsi rédigé :« Art. L. 1110-5-1. – Toute personne en état d’exprimer sa volonté et atteinte en phase terminale d’une affection grave et incurable, dont les traitements et les soins palliatifs ne suffisent plus à soulager la douleur physique ou la souffrance psychique, est en droit de demander à son médecin traitant l’administration d’un traitement à visée sédative, y compris si ce traitement peut avoir pour effet secondaire d’abréger la vie selon les règles définies à l’article L. 1110-5.

« La mise en œuvre du traitement sédatif est décidée de manière collégiale. La demande formulée par le malade et les conclusions de la réunion collégiale sont inscrits dans le dossier médical. »

 

1.1 Définition de la sédation

La sédation consiste en « la recherche, par des moyens médicamenteux, d’une diminution de la vigilance pouvant aller jusqu’à la perte de conscience, dans le but de diminuer ou de faire disparaître la perception d’une situation vécue comme insupportable par le patient, alors que tous les moyens disponibles et adaptés à cette situation ont pu lui être proposés et mis en œuvre sans permettre d’obtenir le soulagement escompté par le patient ».

Recommandations de la Haute Autorité de Santé 2009

La sédation peut être appliquée de façon intermittente, transitoire ou continue.

Comme pour tout traitement, la loi actuelle précise que le consentement et/ou les directives anticipées du patient doivent être recherchés ou, s’il est hors d’état de s’exprimer, que la personne de confiance ou à défaut les proches doivent être consultés.

 

 1.2 Des situations exceptionnelles

«Les situations dans lesquelles la question d’une sédation se pose sont exceptionnelles, singulières et complexes. Elles sont d’autant plus rares que l’évaluation et le traitement des symptômes ont été mis en place de façon rigoureuse et précoce. Dans la pratique, deux catégories de situation se distinguent:

– les situations à risque vital immédiat en phase terminale ;

– les symptômes réfractaires en phase terminale ou palliative.

Dans les situations à risque vital immédiat, la sédation a pour but de soulager la personne malade de la pénibilité et l’effroi générés par ces situations. En phase terminale, la sédation est alors un geste d’urgence pouvant influer sur le moment de la mort (précipiter ou retarder). Le médecin prescripteur assume la responsabilité de cette décision avec la part d’incertitude qu’elle comporte. Dans la mesure du possible, la prescription de la sédation doit être une prescription anticipée. » Recommandations de la Haute Autorité de Santé 2009.

 

1.3 Les questions éthiques spécifiques liées à la sédation en phase terminale

L’altération du processus cognitif

La question se pose de priver une personne de sa conscience et de toute communication, la rendant dépendante dans un état de grande vulnérabilité. C’est pourquoi ce soin de soulagement doit être réservé à des situations exceptionnelles, en suivant les recommandations émises en 2009 par la Haute Autorité de la Santé.

Le risque euthanasique

Dans l’article « Questions éthiques associées à la pratique de la sédation en phase terminale », Jean-Claude Fondras et  Suzanne Rameix  analysent la frontière entre sédation et euthanasie.

« Comment juger si une sédation profonde, continue jusqu’au décès, est sédative ou euthanasique ? Les critères le plus souvent retenus pour la validité éthique d’une décision de sédation sont l’intention du prescripteur, le respect de l’autonomie du patient et le principe de proportionnalité.

L’intention d’une personne étant partiellement inaccessible aux autres et, parfois, à la personne elle-même, la valeur morale de la décision est plus facilement mise en évidence par l’examen de l’action et de son contexte que par les explications avancées. De fait, un traitement sédatif, titré, réversible est matériellement et objectivement discernable d’une injection volontairement létale : dans ce cas, nul besoin d’analyser les intentions puisque les données factuelles suffisent à différencier les actes.

Il n’en reste pas moins que, devant des effets secondaires problématiques (« abréger la vie » du patient ou porter atteinte à son autonomie), la détermination de la véritable intention —au sens de l’objectif fixé par le prescripteur— et de sa légitimité reste un point crucial»

Les auteurs précisent que la sédation profonde et continue constitue une décision particulièrement lourde qui appelle à la réserver aux malades qui présentent un pronostic vital de courte durée,  de quelques heures à quelques jours.

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Portée de la proposition de loi concernant la sédation

 

La proposition de loi permet de sécuriser les patients en précisant leur capacité à être à l’origine de la demande d’une sédation en phase terminale, au cas où leur situation le nécessite et que ce traitement ne serait pas proposé.

 

Elle requiert la collégialité pour décider de la mise en œuvre du traitement à visée sédative, lorsque qu’il est demandé par le patient. Cette concertation vise à éclairer la proportionnalité de la décision médicale et à apporter un garde-fou aux risques éthiques inhérents à cette pratique. Néanmoins, le consensus n’est pas une garantie, en soi, du bien-fondé de la décision de sédation comme le soulignent les recommandations de la Haute Autorité de Santé.

 

Elle clarifie l’objectif du traitement à visée sédative en précisant que « ce traitement peut avoir pour effet secondaire d’abréger la vie » mais sans que ce soit l’intention première.

 

Toutefois la mention de « soins palliatifs » de l’article 1 parait superflue et source de mauvaise interprétation sur ce qu’ils sont. Comme le souligne la Société Française d’accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) dans son analyse du rapport Sicard, la sédation fait partie de la médecine palliative et s’inscrit dans une démarche de soins de soulagement. Cela contribuerait à la nécessaire pédagogie sur ces soins dont on sait qu’ils sont encore mal compris et mal connus de nos concitoyens.

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II. Une évolution des directives anticipées

Article 2 de la PPL n°754

L’article L. 1111-11 du même code est ainsi modifié :

I. – Après le mot : « limitation », la fin de la deuxième phrase du premier alinéa est ainsi rédigée : « , de l’arrêt de traitement ou de l’administration d’un traitement à visée sédative. »

II. – Le deuxième alinéa est complété par la phrase suivante :

« Lorsque les directives anticipées sont rédigées sous la forme d’un projet de soins validé à la fois par le patient et par le médecin, et éventuellement visé par la personne de confiance, elles s’imposent au médecin. Les décisions résultant de ces directives anticipées sont prises de manière collégiale, et doivent être inscrites dans le dossier médical du patient. »

III. – Après l’avant-dernier alinéa, sont insérés les deux alinéas suivants :

« Les directives anticipées n’ont pas d’effet contraignant en cas d’urgence vitale immédiate et dans un contexte de pathologie psychiatrique.

« Les directives anticipées du patient sont insérées dans son dossier médical et sa carte Vitale.»

 

2.1 Définition des directives anticipées

Article L. 1111-11 du code de la santé publique.

« Toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d’état d’exprimer sa volonté. Ces directives anticipées indiquent les souhaits de la personne relatifs à sa fin de vie concernant les conditions de la limitation ou l’arrêt de traitement. Elles sont révocables à tout moment. A condition qu’elles aient été établies moins de trois ans avant l’état d’inconscience de la personne, le médecin en tient compte pour toute décision d’investigation, d’intervention ou de traitement la concernant. »

 

2.2 Un très faible nombre de directives anticipées.

Le rapport Sicard souligne que «  les directives anticipées n’ont été rédigées que par un nombre infime de personnes en fin de vie » en se référant à l’étude de l’INED publiée en 2012 qui révèle que « seules 2,5% des personnes décédées en avaient rédigé ».

Les raisons repérées par la mission Sicard sont diverses, allant du manque total de publicité à la volonté de certaines personnes de ne pas s’en saisir. C’est ce que révèle une étude conduite à l’hôpital Cochin publiée en 2011 concernant des personnes âgées de plus de 75 ans : « 83% des personnes ne voulaient pas s’en saisir, 42% parce que c’était trop tôt, trop compliqué, ou déjà confié aux proches (en situation réelle leurs directives anticipées seraient différentes), 36% car ils percevaient les directives anticipées comme inutiles voire dangereuses, et 22% refusaient d’anticiper ou de parler de ce sujet. »

A noter que dans un certain nombre de cas, ces directives sont l’aboutissement d’une démarche militante qu’il convient d’interroger pour que ces dispositions ne s’inscrivent pas dans une rupture de confiance entre soignants et soignés mais, au contraire, soient un instrument pour renforcer cette confiance.

Le rapport relève : « En revanche, il semble évident que ces directives apparaissent comme essentielles quand, dans une famille, une personne est touchée par une maladie particulièrement grave et que l’entourage découvre alors la non prise en compte de ces directives. »

 

 2.3 La complexité de l’établissement de directives anticipées

L’article L.1111-4 du code de la santé publique explicite le sens de la relation de soins : « Toute personne prend avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu’il lui fournit, les décisions concernant sa santé ».

Le rapport Sicard décrit avec pertinence la complexité des directives anticipées, tout en cherchant à concilier le respect de la volonté des patients : « la question reste toujours plus complexe qu’elle ne le semble. Souvent, quelques malades souhaitent, à juste titre, au moment même de l’accident ou au cours d’une maladie grave, que leurs directives anticipées soient oubliées ou méconnues. En effet, des sursauts de volonté de vivre peuvent toujours se substituer à un renoncement anticipé. De la même façon, les médecins souhaitent garder la liberté de leur jugement et il est vrai que dans certains cas rares, un traitement simple peut venir à bout rapidement d’une situation jugée particulièrement désespérée par le malade lui-même. »

Les auteurs du rapport aboutissent à cette conclusion : « Les directives anticipées ne résolvent donc pas la maitrise du choix, elles en sont un élément important et il semblerait nécessaire de leur conférer un pouvoir contraignant plus fort et facilement disponible. » Dans cette perspective, ils préconisent la possibilité d’élaborer un document plus précis et plus contraignant dans certaines situations : « En cas de maladie grave diagnostiquée, ou en cas d’intervention chirurgicale pouvant comporter un risque majeur, un autre document de volontés concernant spécifiquement les traitements de fin de vie, devrait être proposé en sus du premier, notamment dans le cadre d’un dialogue avec l’équipe médicale et soignante. »

C’est cette capacité de dialogue qui pourrait être plus clairement instituée, alliant la mission des soignants (qui ne sont pas des simples prestataires de service mais dont la mission est orientée vers le soin et le soulagement des patients) et la capacité des personnes à maîtriser leur vie.

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Portée de la proposition de loi concernant les directives anticipées

 

La proposition de loi propose une formulation qui rendrait les directives anticipées plus contraignantes, à partir du moment où elles sont rédigées en situation réelle de projet de soins, et discutées avec un médecin.

 

Cette disposition pourrait apporter un progrès en obligeant au dialogue qui peut manquer dans certaines situations.

 

L’article 2 dispose que les directives ainsi rédigées « s’imposent » au médecin et que les décisions résultant de ces directives doivent être prises de manière collégiale. La loi actuelle en fait un élément dont le médecin tient compte dans sa décision. Cette nouvelle formulation est plus exigeante. 

  • Cependant si le médecin doit impérieusement intégrer ces directives dans la décision de mise en œuvre, cela ne le dispense pas de vérifier que la situation du patient correspond bien à ce qui était prévu. Autrement dit, comme l’écrit Jacques Ricot dans le livre Ethique du soin ultime : « (…) on ne peut pas mettre exactement sur le même plan un consentement contemporain de l’acte médical et un consentement anticipé, ne serait-ce que parce que la situation objective peut ne pas correspondre à ce qui était initialement envisagé et que la dynamique de l’échange est rompu. »
  • Il est également important de rappeler que si une meilleure prise en compte des directives  peut contribuer à améliorer la confiance des patients avec les soignants, les décisions qui en découlent ne peuvent aller à l’encontre de la déontologie, des bonnes pratiques médicales et du respect de la conscience professionnelle du soignant.

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loi leonetti

En savoir plus sur la législation Fin de vie en France.

Décodeur N°27 : Mariage et adoption homosexuels

Le décryptage d’Alliance VITA sur l’actualité du projet de loi : « Mariage/Adoption pour les couples de personnes de même sexe »

 

L’EVENEMENT

L’Assemblée nationale a examiné en seconde lecture le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les couples de personnes de même sexe.

Les 18 articles qui restaient à examiner ont été adoptés entre le mercredi 17 et le vendredi 19 avril 2013 à l’aube, dans un climat de plus en plus tendu. 17 autres articles avaient été votés à l’identique par le Sénat, et donc n’étaient plus en discussion. Chaque article a été voté « conforme », c’est-à-dire dans les mêmes termes que ceux votés au Sénat ; il n’y aura donc pas de seconde lecture au Sénat.

L’ensemble du texte fera l’objet d’un scrutin public mardi 23 avril. S’il est voté, ce qui ne fait guère de doute, le projet de loi sera considéré comme définitivement adopté.

Le Conseil constitutionnel devrait être saisi rapidement, à la demande de l’opposition. Sa décision pourrait être rendue entre le 20 et le 25 mai prochain.

 

 

LE CHIFFRE

25 heures en théorie, moins de 20 heures en réalité : c’est le peu de temps consacré à la discussion du projet de loi en seconde lecture, le groupe socialiste renonçant même à utiliser son temps pour raccourcir au maximum les débats.

L’examen du texte en première lecture avait duré plus de 110 heures (cf Décodeur n° 20). Cette fois-ci, le Gouvernement a eu recours au « temps programmé », technique introduite en 2009 pour affecter une durée maximale à la discussion d’un texte. L’opposition a dénoncé ce procédé, une grande partie de ses amendements ne pouvant plus être examinés correctement.

 

 

LE RÉSUME DU DEBAT

 

1)      Une ambiance de plus en plus dégradée

Durant ces deux jours de discussion, les débats se sont déroulés dans une tension croissante, avec de nombreux incidents de séance, certains parlant même d’ « exaspération mutuelle » : d’un côté, l’opposition accusant la majorité de multiplier les manœuvres de procédure, de vouloir passer en force et d’être sourde à ses arguments et aux appels de la rue ; de l’autre côté, la majorité rongeant son frein dans un silence imposé par les consignes du gouvernement d’ « en finir au plus vite ».

 

2)      Les motions de procédure

Comme lors de la première lecture (cf Décodeur n° 16), deux motions ont été présentées avant l’examen des articles. Débattues rapidement, elles ont été logiquement rejetées :

–          Une « motion de rejet préalable »  (qui vise à faire reconnaître que le texte proposé est contraire à une ou plusieurs dispositions constitutionnelles, ou de faire décider qu’il n’y a pas lieu à délibérer)  a été défendue par Christian Jacob, président du groupe UMP, député de Seine-et-Marne. Elle a été rejetée par 236 voix contre et 122 pour.

–          Une « motion de renvoi en commission » (qui demande à suspendre le débat public et à revenir en commission des lois pour approfondir la discussion) a ensuite été présentée par Hervé Mariton, député de la Drôme. Elle été également rejetée par 215 voix contre et 86 pour.

 

3)      L’examen des articles restant en discussion

Aucun amendement de l’opposition n’a été adopté : l’objectif du Gouvernement était de ne pas toucher au texte issu du Sénat, de façon à obtenir un vote conforme sur l’ensemble du texte et ainsi mettre fin au plus vite à la discussion parlementaire.

Les débats les plus importants, parmi les 18 articles discutés, ont concerné :

– Le contrôle du maire par le procureur de la République, pour s’assurer de la légalité des actes d’état-civil (article 1er bis A).

La formule en cause est apparemment sans grande importance, car le procureur assume déjà cette mission depuis longtemps auprès des officiers de l’état civil. Les députés de l’opposition ont exprimé leur crainte que ce contrôle vise en réalité à brider la liberté de conscience des maires et adjoints : pourront-ils, sans risque de sanctions, ne pas célébrer de mariage entre personnes de même sexe ? Le président de la République avait lui-même évoqué cette possibilité le 20 novembre dernier, devant le Congrès des maires de France.

– Le maintien des termes « père/mère » ou « mari/femme » dans le Code civil (article 4). La formulation retenue est celle du Sénat, afin de mettre sur un pied d’égalité tous les couples  mariés, qu’ils soient de sexe différent ou de même sexe.

Le Code civil serait complété ainsi : « Le mariage et la filiation adoptive emportent les mêmes effets, droits et obligations reconnus par les lois, à l’exclusion du titre VII du livre premier du présent code [NDR : celui qui concerne la filiation], que les époux ou les parents soient de même sexe ou de sexe différent. »

L’opposition a fortement insisté sur l’ambiguïté et les risques de dérives  de ce nouveau principe, pour satisfaire les exigences d’une toute petite minorité. Pour mémoire, il y a environ 23 millions de couples mariés, et seulement 100 000 couples homosexuels (dont vraisemblablement quelques milliers seulement voudront se marier).

– Le droit, délégué au Gouvernement, de prendre par ordonnance (article 4bis) toutes les mesures nécessaires pour adapter l’ensemble de la législation française aux conséquences de cette loi. Ce « toilettage » concernerait pas moins de 14 Codes et de multiples autres textes législatifs, avec des milliers d’articles à passer en revue. L’opposition a dénoncé cette délégation de pouvoir extrêmement large, dont personne ne sait aujourd’hui à quoi elle aboutira exactement.

A noter : L’ordonnance doit être prise dans un délai de 6 mois. Un projet de loi de ratification (de cette ordonnance) sera ensuite examiné par le Parlement, en principe au 4ième trimestre 2013.

– L’introduction d’un droit, pour le salarié, de refuser d’être muté à l’étranger en raison de son orientation sexuelle (article 16bis). Plusieurs députés ont souligné le paradoxe qu’il faudrait alors faire son « coming-out », c’est-à-dire révéler publiquement son homosexualité,  pour bénéficier de cette protection supplémentaire : celle de ne pas être sanctionné pour refus de mobilité dans un Etat incriminant l’homosexualité.

 

 

 

NOTRE COUP DE COEUR

 

« Cette loi sera réécrite si l’opposition actuelle revient au pouvoir en 2017 ». C’est l’engagement pris par de nombreux orateurs de l’opposition tout au long des débats. Il s’agirait essentiellement de revenir sur les dispositions concernant la filiation et l’adoption, et bien sûr celles qui sont attendues sur la PMA.

Il faut cependant avoir bien conscience que l’abrogation complète de la loi sera extrêmement difficile, et qu’en tout état de cause il ne sera pas possible d’effacer de l’état civil les mariages et les adoptions qui auront eu lieu entretemps.

L’heure n’est donc pas à se projeter dans une hypothétique révision, mais à continuer de s’opposer à cette loi qui bouleverse des valeurs fondamentales et qui provoque une fracture profonde dans la société (une majorité de Français étant désormais clairement contre ce texte).

 

 

NOTRE COUP DE GUEULE

 

« Il ne suffit pas d’accoucher pour devenir mère » : Mme Bertinotti, Ministre de la famille. « On leur raconte leur histoire, comment ils ont été fabriqués » : témoignage d’un couple d’hommes élevant deux enfants, cité par Mme Pochon, député de Seine-St-Denis.

Plusieurs déclarations de ce type, ces derniers jours à l’Assemblée nationale, illustrent mieux que de longs discours l’esprit du projet de loi et le choc culturel qu’il sous-tend, imprégné de l’idéologie du Gender qui se déploie de plus en plus dans notre société.

[CP] « Ignorer un mouvement social historique est une faute politique »

Porte-parole de La Manif Pour Tous et Délégué général d’Alliance VITA, Tugdual Derville réagit à la façon dont le pouvoir en place traite le mouvement social historique opposé à la loi Taubira.

« Après avoir ignoré, dévalorisé et minimisé le plus grand mouvement social ayant surgi depuis plusieurs dizaines d’années dans notre pays, jusqu’à écarter la pétition la plus importante jamais réunie dans le cadre de la démocratie participative, le gouvernement vient à présent de changer de ton vis-à-vis de La Manif Pour Tous. Elle est soudain dénigrée avec, comme « éléments de langage », la haine, la violence et l’homophobie. C’est une caricature particulièrement injuste et dangereuse, alors que l’objectif même de nos manifestations est la paix sociale, au service du plus vulnérable, et que nos marches immenses ont été reconnues comme particulièrement dignes. J’appelle les manifestants à enraciner la pérennité de notre mouvement dans la non-violence intérieure, une attitude sincère irrépressible, c’est-à-dire impossible à réprimer. Nous constatons par ailleurs l’émergence du mouvement indépendant des Veilleurs, qui semble être lui aussi fondé sur la résistance passive et l’intériorisation des enjeux, résolument non violente.

La Manif Pour Tous n’a rien à voir avec les groupuscules extrémistes utilisés par le gouvernement pour la dénigrer ; elle n’a rien à voir non plus avec les agressions insupportables dont les personnes homosexuelles peuvent être victimes. Rappelons que, en tête de nos banderoles, la fraternité des opposants à la loi Taubira se vit indépendamment des orientations sexuelles. En accusant notre mouvement d’homophobie au seul motif qu’il s’oppose au « mariage » entre personnes de même sexe assorti de la possibilité d’adopter des enfants, le gouvernement jette de l’huile sur le feu et alimente la peur, comme s’il y avait des millions de dangereux homophobes prêts à descendre dans la rue. La lutte contre l’homophobie se dévoie en changeant la définition de ce qu’elle représente : l’homophobie est, en réalité, la haine, les injures, et les discriminations injustes liées à l’orientation sexuelle. La simple opposition à ce projet de loi ne saurait honnêtement être taxée d’homophobie.

En méprisant notre immense mouvement et en refusant de prendre en compte son ampleur et ses perspectives à long terme, le gouvernement commet une faute politique. Il ne réalise pas que nous agissons au-delà des clivages partisans. Et qu’il devra un jour, ne serait-ce qu’à l’occasion des prochaines échéances électorales, dialoguer avec nous, pour mieux servir le bien commun.

La question que nous posons ne peut être balayée du bras : « Quels sont les repères anthropologiques précieux pour tous, à reconnaitre pour qu’ils soient protégés et transmis aux générations futures ? » L’émergence de l’écologie humaine répond à cette question nouvelle, face à d’immenses défis techniques et culturels qui appellent une nouvelle solidarité.

Tugdual Derville participera à la prochaine grande manifestation, dimanche 21 avril 2013 à Paris.

Mariage pour tous : Chat avec Tugdual Derville sur lemonde.fr

Extraits choisis du Chat avec Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita et porte-parole de la « Manif pour tous », sur le site du MONDE.FR

Thème du débat : Quelle est la stratégie de la « Manif pour tous » ?

 

Marc : A quoi sert-il de manifester puisque tout semble plié désormais?

Tugdual Derville : Rien n’est jamais plié dans la vie et notre mouvement social, qui est historique par son ampleur, par son ton et aussi sa vitesse de développement, ouvre des perspectives très nouvelles dans la vie publique de notre pays.

Yi Kiu :  La loi étant sur le point d’être votée, une fois que ce sera chose faite, quand comptez-vous arrêter ce mouvement ?

Tugdual Derville : Un mouvement social, par essence, c’est spontané et multiple. (…) La question n’est pas tant de s’arrêter que de prévoir les modes de déploiement de ce grand mouvement social.

TRL :  Les Francais ont voté sur la base d’un programme clair en faveur du mariage pour tous. Les élus du peuple votent/ont voté en faveur de ce texte. Il y a eu des centaines d’heures de débats au Parlement. Comment votre mouvement peut-il arguer que Hollande est un dictateur, qu’il existe un « déni de démocratie »? Êtes-vous contre le choix du peuple? Êtes-vous contre la démocratie?

Tugdual Derville : C’est une question riche. Personnellement, je ne vois pas M. Hollande comme un dictateur mais comme le président de tous les Français. J’attends de lui qu’il agisse en homme d’Etat. Je crois qu’il a déjà renoncé à un nombre important de ses promesses électorales ; dans les domaines économique ou social, devant la réalité. Cette mesure numéro 31 avait été très peu débattue pendant la campagne. La question de la démocratie mérite d’être posée. Et nos manifestations s’inscrivent justement dans la chance qu’elles nous donnent de manifester et de nous exprimer librement. A mes yeux, cette démocratie est blessée à double titre. Par le projet, par le fond même d’un texte qui conduirait à priver certains enfants de références parternelle ou maternelle, alors que c’est un droit inaliénable de l’être humain. Sur la forme, nous avons été traités comme des sous-citoyens, notamment avec le rejet de la plus grande pétition jamais organisée en France par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui, d’une certaine manière, à tuer toute idée de démocratie participative. Il demeure parfaitement démocratique de contester l’injustice des lois même votées, et c’est d’ailleurs l’objet des toutes nouvelles lois que d’en effacer des anciennes.

Pierre : Ne pensez-vous pas que les propos (« Hollande veut du sang » de Frigide Barjot entre autres) de la part de votre camp vous rendent responsables des débordements et violences de ces dernières semaines ?

Tugdual Derville : Ses propos ont été corrigés heureusement. Et ils signifiaient une forme de colère. Pour ma part, je récuse fermement tout amalgame entre notre mouvement et tout type de violence. Je pense qu’il faut récuser plus fortement encore la façon dont certaines personnes ont appelé carrément à des bombes sur le trajet de nos manifestations, avec retweet de M. Pierre Bergé. Ce qui me semble être la force de notre mouvement, c’est la non-violence intérieure. C’est celle qu’exprime désormais dans la rue le mouvement naissant des « veilleurs ». Je constate que le pouvoir utilise désormais comme élément de langage pour nous décrire les mots de « violence » et de « haine » qui sont aux antipodes de ce que nous vivons comme fraternisation derrière nos banderoles.

ClementD :  Vous sentez vous responsable de la montée d’homophobie en France?

Tugdual Derville : (…) J’ai discuté sur France Culture, lundi dernier, avec la présidente de SOS Homophobie, qui a clairement exprimé que non seulement, le seul fait de s’opposer au mariage entre personnes de même sexe assorti du droit d’adopter des enfants, était homophobe, mais que les personnes homosexuelles qui manifestent avec « Manif pour tous » sont également homophobes.

Maurice :  L’UMP doit-elle s’engager fermement à abroger cette loi en cas de victoire en 2017 ?

Tugdual Derville :Oui, mais c’est très complexe avec ce type de loi. Imaginez revenir en arrière car on tromperait les personnes qui se seraient mariées ou des enfants qui aurait été adoptés entre-temps. C’est pour cette raison que notre mobilisation est si tenace. Ensuite, je tiens à préciser que nous sommes ni les faire-valoir d’une majorité actuelle qui semble avoir fait de ce sujet un enjeu symbolique dont les observateurs peuvent reconnaître que cela masque une forme d’impuissance dans les autres domaines, ni les faire-valoir de l’opposition: que des parlementaires courageux et experts s’impliquent fortement, c’est tout à leur honneur, mais nous savons aussi que c’est le ministre de l’éducation nationale du précédent gouvernement qui a cautionné l’arrivée de la théorie du genre dans les écoles. Notre mouvement devra continuer d’être libre de tous les partis. Sa force, c’est aussi qu’il est irrécupérable.

NolC :  Vous parliez des suites du mouvement, pensez-vous qu’il serait possible que vous présentiez des listes aux prochaines échéances électorales ?

Tugdual Derville :  Personnellement, je vois davantage l’émergence d’un courant d’écologie humaine qui a une dimension métapolitique, c’est-à-dire intéressant pour tous les partis. (…) Notre mouvement n’est ni de droite ni de gauche, mais il pose une question nouvelle qui a la même portée que la question posée quand l’écologie environnementale est née. Du fait de l’évolution de la puissance de l’homme, elle s’est interrogée sur la planète que l’humanité était en train de léguer aux générations futures. Nous, nous demandons que l’on s’interroge sur le patrimoine commun à toute humanité qu’il faut reconnaître, protéger et transmettre aux générations futures.

Visiteur :  Pourquoi tant de ferveur pour une réforme qui donne des droits à une part importante de la population sans en enlever aucun?

Tugdual Derville : (…) Tout se passe comme si dans un immeuble, les habitants du rez-de-chaussée disaient: nous allons enlever tous les murs pour vivre dans une sorte de loft et ça ne regarde que nous. Les locataires du dessus protesteraient immédiatement en soulignant qu’on est en train d’enlever les murs porteurs et les poutres maîtresses. Celles qui fondent toute la société. (…) Et la procréation artificielle, que ce soit par insémination artificielle pour les femmes, ou gestation pour autrui pous les hommes, ce sont les autres appartements du même immeuble. Les premiers enfants, qui feront l’objet d’une revendication d’adoption, sont ceux qui auront été procréés artificiellement. On voit déjà les sociétés américaines proposer leurs services pour 100 000 dollars l’enfant.

nAth :  Échangez-vous avec les anciens opposants au mariage homosexuel des pays ayant déjà ouvert le mariage aux couples homosexuels ? Quel est leur bilan après quelques années de mariage pour tous ?

Tugdual Derville : En Hollande, nous avons découvert que le promoteur de la loi réclame désormais l’ouverture d’un mariage à trois ou quatre. En avouant que c’est un sujet difficile. (…) Il ne s’agit pas pour nous de dire que ce serait la fin du monde, mais dire que c’est le moment de réfléchir en profondeur à ce qu’est un homme, ce qu’est une femme, et les besoins spécifiques de l’enfant. Quand Mme Taubira a dit hier « l’enfantement ne fait pas la mère », nous voudrions un vrai débat approfondi, alors que les sciences sociales ne cessent d’approfondir la question très riche des interactions entre une femme et l’être humain qu’elle porte, qui ont des impacts psychiques de plus en plus incontestables. Avant de basculer vers un système qui s’apparente aux droits à l’enfant, totalement dissociés de l’altérité sexuelle, il faudrait poser honnêtement toutes ces questions.

>> Lire l’intégralité du chat sur le site Monde.fr

FRANCE CULTURE : Le débat sur le "mariage pour tous" a-t-il décomplexé les homophobes?

Tugdual Derville était l’invité de l’émission « Grain à moudre », animée par Hervé Gardette sur France Culture, mardi 15 avril 2013.

Au programme : Le débat sur le « mariage pour tous » a-t-il décomplexé les homophobes ?

Face à Elisabeth Ronzier, présidente de SOS Homophobie et Christèle Fraïssé, maître de conférences en psychologie sociale à l’Université de Bretagne occidentale (UBO), Centre de Recherche en Psychologie (CRPSY), Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et porte-parole de la Manif pour Tous, s’est attaché à rappeler la détermination du mouvement contre le projet de loi »mariage pour tous », et dénoncer une instrumentalisation dangereuse de l’homophobie par le Gouvernement, tentant de changer le sens de ce mot :

EXTRAIT :

« ce qui pour nous est très choquant, c’est d’être assimilés à des homophobes à partir du moment où nous serions hostiles à ce projet de loi. (…) si lutter contre le mariage entre personnes de même sexe, assorti du droit d’adopter des enfants…et d’avoir accès à une procréation artificielle qui priverait délibérément un enfant de toute référence paternelle ou maternelle, on donne l’impression que dans la société il y a des millions d’homophobes ! 

…le Gouvernement joue avec le feu en nous taxant sans cesse, avec un véritable mépris dans son expression, « d’une poignée d’individus », ce qu’à dit Arnaud Montebourg, Jean-Pierre Michel, rapporteur du projet de loi au Sénat qui dit que nous sommes « les pires des homophobes »… ; je trouve que c’est très dangereux de changer le sens du mot. « 

Mariage gay : et maintenant ?

Ce mariage forcé nous renforce

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Le processus de vote de la loi Taubira a été soudain accéléré en vue d’un vote définitif dès le mardi 23 avril. Panique au gouvernement ?

Propos recueillis par Frédéric Aimard

Comment interprétez-vous cette accélération ?

Elle intervient dans la droite ligne de l’ensemble du processus. C’est un projet de loi de toute-puissance sur le fond, marqué, sur la forme, par la volonté d’escamoter le débat, à l’image du slogan trompeur « mariage pour tous ». Erwan Binet, son rapporteur à l’Assemblée nationale, a assumé ses auditions sélectives en affirmant que nous n’avions « pas d’argument de fond » ; son alter ego au Sénat, Jean-Pierre Michel, a refusé de nous auditionner au motif que nous étions « les pires des homophobes ». Entre-temps, les quelque 700 000 signatures de la plus grande pétition jamais organisée en France ont été écartées d’un revers de main. Un dérisoire vote à main levée a clos la séquence sénatoriale. Et voilà que la majorité embraye sur la seconde lecture à l’Assemblée…

Le pouvoir imagine peut-être provoquer l’extinction de notre mouvement en bâclant la fin de la procédure… Mais à chaque fois que l’exécutif a tenté de nous étouffer, il a surtout provoqué la croissance de ce mouvement, dont il avait suscité l’émergence par sa promesse électorale insensée.

Ne craignez-vous pas cependant une lassitude de l’opinion tout autant qu’un épuisement des manifestants ?

Au contraire, plus les jours passent, plus les Français se demandent dans quelle impasse leur président s’est engagé. Les sondages d’opinion évoluent chaque mois dans le sens d’un rejet croissant et désormais très majoritaire de cette loi.

L’efficacité de notre travail d’explication sur le terrain est en train de payer. Nous sommes en effet en mesure de démontrer que, par un jeu de dominos, ce prétendu « mariage pour tous » aboutirait à vider le mariage de son sens profond, tout en encourageant un marché des êtres humains sur commande : pour un prix de 100 000 dollars pièce, l’enfant conçu par GPA et PMA, selon la révélation du Figaro du 11 avril !

Ce que le gouvernement n’a pas encore compris, c’est que notre mouvement de résistance génère sa propre force : chaque personne ralliée peut devenir un média à elle toute seule (via les réseaux sociaux sur Internet) dès lors qu’elle s’engage, se forme, argumente… Les rencontres que nous faisons au cœur de nos manifestations et en marge de nos meetings sont marquées par la mixité sociale et la diversité. Je vois naître une nouvelle génération de Français qui s’impliqueront durablement pour le bien commun et la paix sociale.

Pourtant, le gouvernement et les médias parlent de radicalisation et de violence. Que leur répondez-vous ?

Le pouvoir joue avec le feu. Normalement, un mouvement social de l’ampleur du nôtre — inédit par sa vitesse d’émergence, son mobile altruiste et, désormais, sa ténacité — devrait recevoir une marque de respect. Ne serait-ce que par prudence politique. D’autres hommes d’État auraient eu à cœur de nous donner des signes d’apaisement, voire des garanties par rapport à ce que nous décrivons comme perspective inéluctable liée à ce projet… Or, c’est exactement l’inverse qui se passe.

L’erreur des promoteurs du projet, c’est de tout analyser en termes de rapports d’intérêt, sans voir que ce sont ceux qui n’ont rien de personnel à défendre qui sont les plus déterminés.

Jusqu’à devenir dangereux pour l’ordre public ?

N’exagérons pas… À ma connaissance, il n’y a heureusement eu ni voiture brûlée, ni vitrine brisée, ni barricade enflammée… Comment le pouvoir peut-il nous faire passer pour de virulents homophobes, alors que des personnalités homosexuelles défilent dans nos rangs ? Nous ne sommes pas dupes du piège qui nous est tendu : on veut d’abord nous présenter comme hostiles à une catégorie de personnes, celles qui sont concernées par l’homosexualité, et cela peut effectivement les insécuriser… Ensuite, on amalgame à notre mouvement des faits divers qui n’ont rien à voir avec l’opposition à la loi Taubira. Enfin, on met en avant quelques groupuscules douteux bien identifiés, à ne pas confondre avec l’agitation de jeunes qui sortent légèrement des clous, sans porter toutefois atteinte ni aux biens ni aux personnes… Après avoir laissé en liberté les Femen récidivistes, qui avaient investi à demi-nues la cathédrale Notre-Dame en vociférant, le ministre de l’Intérieur a fait le choix de placer en garde à vue 67 jeunes qui avaient déployé leurs tentes sur une place publique… Le signal est explicite.

La non-violence est notre plus bel atout. Dans une société démocratique qui demeure attachée à la liberté d’expression, la colère et l’écœurement peuvent parfaitement s’exprimer de façon paisible. C’est une idéologie, et non des personnes, que nous avons comme adversaire.

En se débarrassant aussi vite de ce texte, le gouvernement ne va-t-il pas, tout de même, démobiliser une bonne partie de votre mouvement ?

Je n’en crois rien. La libération des esprits a commencé. La conscience profonde que nous avons de l’injustice de ce projet et de ses conséquences en cascade est irrépressible. Le mois de mai verra fleurir d’immenses manifestations au service de l’humanité de demain. Peu importe que ceux qui nous gouvernent en soient stupéfaits : l’essentiel est que la conscience de devoir défendre l’homme contre lui-même ait progressé de façon fulgurante…

C’est une priorité à décliner dans de multiples domaines, dans l’esprit de ce courant d’écologie humaine dont nous avons annoncé la naissance, avec l’économiste Pierre-Yves Gomez et le spécialiste des crises environnementales du long terme Gilles Hériard Dubreuil.

Prochaines échéances ?

Du côté de la Manif pour tous, ce sont des rendez-vous quotidiens à proximité de l’Assemblée nationale jusqu’au moment du vote, qui devrait intervenir le mardi 23 avril. Est également lancée une mobilisation d’ampleur régionale le dimanche 21 avril à Paris, en attendant celle du 5 mai, avec, en perspective, la date importante du 26 mai… Dans le même temps, je travaille en profondeur sur cette thématique de l’écologie humaine, avec des intellectuels de premier plan. Il est en effet essentiel de concilier la résistance au jour le jour et la proposition positive, construite sur le long terme.]]>

Loi mariage : prochaines étapes

Quelles sont les prochaines étapes législatives du projet de loi relatif au mariage et à l’adoption par des personnes de même sexe ?

Un projet de loi est adopté quand les deux chambres (Assemblée nationale et Sénat) se mettent d’accord  sur un texte commun et trouve un consensus après que chaque chambre ait apporté sa réflexion et des amendements au texte. Cela nécessite une ou deux lectures dans chacune des assemblées, aux termes desquelles les différences qui subsisteraient sont traitées dans une commission mixte paritaire réunissant 7 députés et 7 sénateurs.

Processus en cours

Le projet de loi a été examiné une première fois par l’Assemblée nationale, d’abord par la commission des lois qui l’a amendé, puis en séance publique par l’ensemble des députés.

Ce texte a été voté le 12 février 2013, puis transmis au Sénat.

La commission des lois du Sénat l’a également amendé, puis ce texte amendé a été examiné en séance publique par les sénateurs. Les sénateurs ont adopté quelques amendements et voté le texte le vendredi 12 avril 2013.

Le texte, qui revient à l’Assemblée en 2nde lecture, est donc différent de celui voté initialement, sachant que plusieurs articles parmi les plus importants ont été votés conformes ( dont l’article 1, sur le mariage, qui ne sera pas rediscuté). Les quelques articles sur lesquels subsistent des différences sont soumis à nouveau :

–  à la commission des lois de l’Assemblée nationale lundi 15 avril ;

–   puis à l’ensemble des députés en séance publique :

  • calendrier des débats sur les articles à l’Assemblée : du mercredi 17 au vendredi 19 avril en principe ;
  • vote de la loi prévu le mardi 23 avril en scrutin public.

Que se passera-t-il le 23 avril ?

Si le texte sur lequel se prononceront les députés :

–  est voté dans les mêmes termes qu’au Sénat, la loi est considérée comme définitivement adoptée ;

n’est pas voté dans les mêmes termes, le texte de loi sera soumis à nouveau au Sénat pour accepter ou non les articles encore en discussion.

A défaut d’accord avec le Sénat, à l’issue de la 2ème lecture, une commission mixte paritaire serait constituée.

La probabilité de conformité ou pas dépend essentiellement de l’attitude du rapporteur (pour l’Assemblée nationale : le député Erwann Binet). Il a annoncé au début de la réunion de la commission des lois qu’il souhaitait un vote conforme. Tous les amendements déposés en commission des lois mardi 15 avril ont été rejetés par la majorité.

En cas d’amendements votés lors de la discussion en séance publique, il faudra un nouvel examen par les sénateurs en seconde lecture.

En l’absence d’amendements, le texte voté par l’Assemblée serait conforme à celui du Sénat : la loi sera alors considérée comme définitivement adoptée .

Après le 23 avril 2013

Si le texte voté est conforme à celui du Sénat, la loi est définitivement adoptée. L’opposition a déjà annoncé qu’elle saisirait le Conseil constitutionnel, avant sa promulgation.

Si le texte voté est non conforme à celui du Sénat, se pose alors la question de son inscription à l’ordre du jour des travaux du Sénat, pour une 2ème lecture : son examen pourrait se situer mi-mai, car difficilement envisageable (semaine réservé au contrôle sénatorial) avant les vacances parlementaires fixées du 29 avril au 13 mai 2013, ce qui donnerait une possibilité de vote par le Sénat sur la 2ème quinzaine de mai.

Si le texte, adopté en 2ème lecture par le Sénat, n’est pas en tout point conforme à celui adopté en 2ème lecture par l’Assemblée, une commission mixte paritaire sera constituée pour parvenir à un texte commun sur les dispositions restant en discussion. Ce qui donnerait une adoption définitive – avant saisine du Conseil constitutionnel – au plus tard à la mi-juin.

Mariage pour tous : passage en force du Gouvernement

Mariage pour tous : passage en force du Gouvernement

Alliance VITA dénonce le passage en force du gouvernement pour le  projet de loi de mariage et d’adoption par des personnes de même sexe.

En effet, après le vote à main levée, en première lecture au Sénat, on apprend que le texte devrait arriver en seconde lecture à  l’Assemblée nationale dès le mercredi 17 avril, sans respecter le délai habituel de 4 semaines entre le vote au Sénat et le second passage à l’Assemblée.

LES RETOMBÉES PRESSE :

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Décodeur N°26 : Mariage et adoption homosexuels

Le décryptage d’Alliance VITA sur l’actualité du projet de loi : « Mariage/Adoption pour les couples de personnes de même sexe »

 

L’EVENEMENT

Vendredi 12 avril 2013, le Sénat a adopté le projet de loi concernant le mariage et l’adoption par des personnes de même sexe, par simple vote à main levée sans scrutin public.

Le texte modifié par le Sénat va repartir à l’Assemblée nationale. Le Gouvernement a décidé de passer en force en demandant l’examen du texte en seconde lecture dès mercredi prochain 17 avril, contrairement aux règles habituelles qui nécessitent quatre semaines de délai entre chaque lecture.

 

 

LE CHIFFRE

55% des Français sont défavorables à l’instauration du droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels.

C’est le résultat du dernier sondage BVA publié ce jour, qui confirme le sondage IFOP du 23 mars 2013 pour Alliance VITA (voir Décodeur n°24 du 6 avril 2013): quand on pose la question en liant le mariage et l’adoption, ce qui est la réalité du projet de loi, les Français sont majoritairement contre.

Cette opposition majoritaire est certainement le fruit des efforts considérables réalisés ces derniers mois pour expliquer à l’opinion publique le contenu réel du projet de loi.

 

 

LE RÉSUME DU DEBAT

 

L’examen des articles s’est progressivement accéléré mercredi et jeudi, les sénateurs de la majorité s’étant murés dans un silence quasi-continuel pour limiter les échanges. Le Gouvernement s’est opposé à tous les amendements, sauf quelques-uns d’ordre mineur ou rédactionnels pour satisfaire ses alliés de gauche ou les Verts.

Les principaux changements apportés par la Commission des lois du Sénat ont donc été validés en séance publique (voir Décodeur n° 22 du 23 mars 2013) :

a)      Création d’un principe général d’égalité de traitement dans toute la législation française

Au lieu des fameux « articles-balai » votés par l’Assemblée nationale pour éviter de supprimer les mentions « père » et « mère » du Code civil, une disposition de portée extrêmement générale a été introduite, visant tous les textes législatifs et réglementaires de notre pays.

Ce nouvel article, placé au début du Code civil, veut mettre sur un pied de totale égalité tous les couples  mariés, qu’ils soient de sexe différent ou de même sexe. Le Code civil serait complété ainsi : « Art. 6-1. – Le mariage et la filiation adoptive emportent les mêmes effets, droits et obligations reconnus par les lois, à l’exclusion du titre VII du livre premier du présent code [NDR : celui qui concerne la filiation], que les époux ou les parents soient de même sexe ou de sexe différent. »

De plus, l’autorisation de prendre des ordonnances (c’est-à-dire de « faire des lois » à la place du Parlement) a été donnée au Gouvernement pour qu’il adapte l’ensemble des lois à ce principe, par des textes spécifiques et dans un délai de six mois.

b)     La transmission du nom du père à la naissance, sauf exception

Le Sénat a rétabli le principe que l’Assemblée nationale avait bouleversé en première lecture. C’est bien le nom du père qui sera attribué dans le cas le plus général, ou une autre solution décidée d’un commun accord. Ce n’est qu’en cas de désaccord entre les parents que l’enfant prendrait les noms de chacun des deux « parents » (de sexe différent ou de même sexe), dans la limite du premier nom de famille pour chacun d’eux, accolés dans l’ordre alphabétique.

c)      Deux autres modifications notables

–  Deux amendements de la Commission des lois ont été confirmés : ils visent à éviter les adoptions successives (simples ou plénières) et les situations de « pluri-parentalité », c’est-à-dire les hypothèses devenues probables où l’enfant aurait fini par avoir trois ou quatre parents.

–  Pourront adhérer aux UDAF (Unions départementales des associations familiales) les associations de couples liés par un PACS ; celles regroupant les couples mariés homosexuels ne pourront plus être refusées, puisque le critère principal d’adhésion repose sur les « familles constituées par le mariage ».

Enfin, concernant le futur livret de famille,  Mme Taubira a précisé au cours des débats qu’il n’y aurait finalement qu’un seul modèle, et non pas trois comme évoqué un moment. Le détail des modifications n’a pas été donné, car la question du livret de famille est d’ordre réglementaire (c’est-à-dire du Gouvernement), et non législatif.

 

 

 

NOTRE COUP DE COEUR

 

Nicolas Alfonsi, sénateur de la Corse-du-Sud, a été le seul parlementaire de gauche à exprimer publiquement son opposition lors du vote final du projet de loi :

« J’ai voté pour François Hollande. Dois-je pour autant voter pour la traduction législative de son engagement 31 ? Je ne le crois pas. Tous les engagements du président de la République ne lient pas ceux qui ont voté pour lui. Nul mandat n’est impératif.

 Je prends donc ma liberté. Le mariage est déjà une institution malade, faut-il le mettre définitivement à bas ? Robert Hue a soutenu que la démocratie est une marche vers l’égalité, je lui réponds par une autre citation avec Montesquieu : « Autant le ciel est éloigné de la terre, autant le véritable esprit d’égalité est éloigné de l’égalité extrême ». Je voterai contre ce texte. »

 

 

NOTRE COUP DE GUEULE

 

Contrairement aux affirmations du Gouvernement, l’effet domino est déjà enclenché ! Une dizaine d’amendements, présentés principalement par les Verts, ont lancé les futurs débats sur la PMA pour les femmes homosexuelles, l’adoption par les couples pacsés, la reconnaissance de la GPA à l’étranger, la présomption de parenté, le statut renforcé du beau-parent, etc…

Ces amendements ont été retirés après les promesses du Gouvernement de discuter de ces projets légitimes en son temps,  dans le cadre de la future grande loi sur la famille.

 

 

ANNEXES

Les deux communiqués de presse d’Alliance VITA :

–          « Vote escamoté au Sénat », à la suite de l’adoption du projet de loi par le Sénat

–          « Passage en force », à l’annonce  de l’examen par l’Assemblée nationale dès mercredi prochain

[CP] Alliance VITA dénonce le passage en force du gouvernement

Alliance VITA dénonce le passage en force du gouvernement pour le  projet de loi de mariage et d’adoption par des personnes de même sexe.
En effet, on apprend que le texte devrait arriver en seconde lecture à  l’Assemblée nationale dès le mercredi 17 avril, sans respecter le délai habituel de 4 semaines entre le vote au Sénat et le second passage à l’Assemblée.

Pour Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et porte-parole  de la Manif pour Tous : « Le gouvernement manifeste clairement son  choix d’escamoter le processus, alors que la procédure de navette  parlementaire permet de prendre du recul pour examiner en profondeur  les apports de chacune des deux Chambres. Cette accélération est  d’autant plus choquante que viennent d’être dénoncées des filières  commerciales d’acquisition d’enfants par des moyens artificiels, contraires à nos lois de bioéthique.
Ce matin, un nouveau sondage (BVA- Le Parisien) a révélé que 55% des  Français sont opposés «  »à l’instauration du droit au mariage et à  l’adoption pour les couples homosexuels » ».
Alliance VITA déplore ce nouveau coup porté à la protection des plus fragiles : les enfants. Elle met en garde le gouvernement contre la  détermination de tous ceux qui se mobilisent pour prendre leur défense.

Alliance VITA sera présente dès ce soir à 18h30 à proximité du Sénat pour manifester la poursuite de la mobilisation ferme et pacifique.

[CP] Vote « mariage pour tous » : escamoté au Sénat

Alliance VITA prend acte du vote escamoté, en première lecture au Sénat, du projet de loi instaurant le mariage entre personnes de même sexe assorti du droit d’adopter des enfants.

Pour Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et porte-parole de la Manif pour tous : «Ce processus flou du vote à main levée sur un sujet de société qui divise profondément les Français ne fait que renforcer le grand mouvement social qui se lève dans notre pays. Pourquoi a-t-on interdit aux Sénateurs d’assumer publiquement leur soutien  ou leur opposition à ce texte ? Comment ne pas voir dans ce procédé un signe de plus d’un passage en force, dicté par des considérations politiciennes ? Et ce vote intervient alors que nous avons eu la révélation des réseaux de promotion, à Paris même, de sociétés privées de location de services en matière de procréation artificielle, à l’étranger, pour des couples de personnes de même sexe. Notre colère est grande,  parce que la voix des enfants a été totalement étouffée. Nous la manifesterons le dimanche 26 mai 2013 avec la fermeté paisible qui est la marque de notre mouvement. »

Le président de la République garde la possibilité de nous entendre et de montrer qu‘il prend en compte l’opposition croissante du pays à ce projet de loi qui instaurerait une discrimination injuste pour certains enfants, privés des repères de l’altérité sexuelle dans l’engendrement.

Décodeur N°25 : Mariage et adoption homosexuels

Le décryptage d’Alliance VITA sur l’actualité du projet de loi : « Mariage/Adoption pour les couples de personnes de même sexe »

 

L’EVENEMENT

A l’issue de deux journées de débat, lundi 8 et mardi 9 avril 2013, le Sénat a voté l’article 1  du projet de loi , le plus important puisqu’il introduit une nouvelle définition du mariage en l’ouvrant aux personnes de même sexe.

La discussion se poursuit  dans un climat que l’on peut qualifier de « dialogue de sourds » : l’opposition explique à de multiples reprises que l’équation « Mariage + Adoption = PMA + GPA » à plus ou moins long terme, notamment à cause de la jurisprudence européenne ; la majorité et le gouvernement se bornent de répondre que le projet de loi ne concerne que le mariage et l’adoption, et qu’on verra plus tard pour le reste.

 

 

LE CHIFFRE

Environ 200.000 Français déclarent être en couple avec une personne de même sexe, selon une enquête de l’Insee publiée le 14 février 2013. Début 2011, 32 millions de personnes déclaraient être en couple, dont 72% dans le cadre du mariage. Sur ce total, environ 200.000 personnes en couple (soit 0,6% d’entre elles) déclaraient être avec un conjoint de même sexe.

Par ailleurs, 9 000 PACS ont été signés en 2010 entre deux personnes du même sexe (soit 4% du total des PACS). Le nombre prévisible de mariages homosexuels peut être estimé à moins de 5 000, de l’ordre de 2 % du total des mariages (environ 250 000 mariages sont célébrés chaque année) si la proportion est la même qu’en Espagne.

Les couples homosexuels qui voudront se marier seront donc très peu nombreux.

 

 

LA CITATION

« Un enfant sans père, c’est comme une maison sans toit ; une maison sans mère, c’est comme une maison sans âme ».

Ce proverbe cambodgien a été cité lors d’un mariage célébré récemment entre un jeune d’origine cambodgienne et une jeune bretonne. Le mariage était célébré par Gérard Larcher, sénateur des Yvelines, qui soulignait ainsi le caractère essentiel de l’altérité du mariage dans toutes les civilisations.

 

 

LE RÉSUME DU DEBAT

 

Les débats ont principalement concerné trois sujets autour de l’article 1 du projet de loi :

1)      L’union civile

Les premiers amendements de l’opposition ont concerné la mise en place d’une « union civile », présentée comme une solution de compromis pour respecter la nature du mariage fondé sur l’altérité des sexes et l’ouverture à la procréation.  Selon ses promoteurs,  ce dispositif évitait de dénaturer le mariage, tout en constituant une réponse sérieuse aux attentes des personnes homosexuelles souhaitant un cadre plus protecteur. L’union civile aurait permis de donner aux conjoints les mêmes droits et devoirs que dans le mariage, sauf la possibilité d’adopter des enfants. Ce statut se serait rajouté aux trois autres formes actuelles de vie en couple (mariage – PACS – concubinage).

Tous les amendements sur l’union civile, ou sur des démarches similaires visant à améliorer le statut du PACS ou du concubinage, ont été rejetés par la majorité sénatoriale.

2)      L’article 143 du Code civil donnant une nouvelle définition du mariage

Cet article, qui n’existe pas aujourd’hui dans le Code civil, est ainsi rédigé : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe. » Il constitue la pierre angulaire de la nouvelle loi, puisque tous les autres articles dépendent de cette affirmation et visent à en clarifier les conséquences pour les conjoints ou pour les éventuels enfants du couple.

Après plus de 10 heures de débat, dans une ambiance qualifiée d’électrique, et une longue suspension de séance liée à l’absence du quorum (moins de la moitié des sénateurs présents au moment du vote), l’article 1 dans son ensemble a été adopté par 179 voix contre 157, mardi 9 avril un peu avant minuit.

Cinq UMP et une UDI-UC ont voté pour, 2 UMP et 4 UDI-UC se sont abstenus et un UMP n’a pas pris part au vote. A gauche, au RDSE (à majorité PRG), un sénateur a voté contre et 4 n’ont pas pris part au vote. Par contre les socialistes, les écologistes et les communistes ont tous voté pour (voir notre Coup de gueule). Le détail du vote de chaque sénateur est disponible ici.

Cet article a été adopté « conforme », c’est-à-dire sans modification par rapport au vote en première lecture de l’Assemblée nationale. Ce vote devient donc définitif, sauf si l’ensemble du projet de loi était rejeté à l’issue de son examen par le Sénat. L’article 1 du projet de loi ne sera donc pas soumis à une deuxième lecture de l’Assemblée nationale.

3)      Les autres amendements sur l’organisation du mariage

Plusieurs autres dispositions ont été confirmées, avec ou sans amendement, dans le cadre du chapitre Ier du projet de loi relatif au mariage. Elles concernent :

– Le contrôle des actes de l’état civil par le procureur de la République. A cet égard, beaucoup d’officiers d’état civil  ont fait part de leur opposition de principe à célébrer des mariages entre personnes de même sexe.

– Le lieu de célébration du mariage, avec l’élargissement du nombre de communes où cette cérémonie sera possible (les communes de résidence d’un des parents des époux).

– Les articles du Code civil à lire lors de la célébration du mariage, pour simplifier la lecture et retirer une mention peu opportune (l’article 220 du Code civil sur la solidarité du couple pour les dettes contractées durant le mariage).

– La nature « républicaine » de la cérémonie du mariage (article 165 du Code civil).

– La possibilité de se marier en France, quand les futurs époux (dont au moins un de nationalité française) résident dans un pays qui n’autorise pas le mariage entre deux personnes  de même sexe.

 

 

 

NOTRE COUP DE COEUR

 

Jean Marc Veyron-la-Croix, homosexuel et maire de Chasselas, exprime avec force ce que pense une grande partie des personnes homosexuelles vivant en couple et s’opposant au projet de loi. Extraits de sa récente lettre ouverte à Jean-Luc Romero :

« Cessez de voir la communauté homosexuelle comme vous la voyez ; d’ailleurs elle n’existe pas plus qu’il existe une communauté hétérosexuelle : ces personnes ont mille facettes, et il existe d’autres homos que le microcosme parisien et sa pensée unique !

La souffrance homosexuelle, la blessure homosexuelle ou les limites de l’homosexualité ne sont en aucun cas, une raison pour changer les bases d’une civilisation ou priver un enfant d’une partie de sa filiation et de l’affection d’un père ou d’une mère !

Acceptons nos limites au lieu d’imposer à tous une loi qui ne comblera en rien notre impossibilité à procréer! »

 

 

NOTRE COUP DE GUEULE

 

La liberté de vote n’est pas reconnue au sein du groupe socialiste !

Depuis le début des débats, le groupe PS a multiplié les demandes de scrutin public pour les votes sur des amendements importants. Deux raisons à cela :

– Pendant de nombreuses heures, le nombre de sénateurs de la majorité était inférieur à celui de l’opposition ; or la procédure de vote par scrutin public donne la possibilité aux groupes politiques de voter pour leurs collègues absents.

– « Vous obligez les parlementaires socialistes à voter d’une seule voix, alors que ce n’est pas la règle chez nous », a par ailleurs expliqué un sénateur UMP.

On comprend mieux ainsi pourquoi l’article 1, le plus important, a été adopté par 179 voix contre 157 (voir Résumé des débats), c’est-à-dire avec 22 voix d’écart, alors que la majorité ne dispose en théorie que de 6 voix d’avance au Sénat.

Mariage : l'heure des sénateurs

Mariage : l'heure des sénateurs

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Tugdual Derville
Délégué général d’Alliance VITA


Pour Tugdual Derville, alors que l’opposition au projet de loi Taubira ne désarme pas, la nouvelle bataille législative qui se tient au Sénat est aussi rude qu’incertaine. Propos recueillis par Frédéric Aimard
Le Sénat aborde-t-il le projet de loi Taubira comme l’Assemblée nationale, avec la perspective de le voter ?
Pas aussi sûrement car les sénateurs sont soumis à une pression inhabituelle. La présence presque continue dans la rue des opposants au projet est significative, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Par les courriers qu’ils reçoivent, mais aussi par des rencontres sur le terrain et la multiplication des débats publics, les sénateurs n’ont pu que prendre conscience de l’immensité du mouvement social suscité contre ce texte… C’est logique, après la manifestation du 24 mars qui a déjoué tous les pronostics. Quand une loi est votée à l’Assemblée nationale en première lecture, une bonne partie de ceux qui s’y opposent baissent en général les bras. C’est exactement l’inverse qui s’est produit. Le Sénat est devenu pour beaucoup une source d’espoir…
Cet espoir n’est-il pas exagéré ? Les motions visant à écarter le texte ont été rejetées largement.
L’avenir le dira. Tant que le vote final n’est pas advenu, nous pouvons dire que les sénateurs ont les clés d’une sortie de crise. En sifflant la fin de la partie, ne rendraient-ils pas service au Président ? Ce débat s’enlise alors que d’autres sujets d’exaspération éclatent ; beaucoup de Français éprouvent un sentiment d’insécurité croissant, comme s’ils étaient embarqués sur un paquebot sans pilote. L’arrogance du pouvoir nous a beaucoup renforcés. Des personnalités influentes nous appellent pour décoder nos intentions, comme si une bonne part de la compréhension de ce mouvement social leur échappait. Les promoteurs du projet ne peuvent éternellement le minimiser. L’énergie qu’ils dépensent à mettre en avant des éléments marginaux ou caricaturaux en est le signe… Comme si la détermination paisible de l’immense majorité de nos manifestants les effrayait !
Y a-t-il deux camps irréductibles qui s’affrontent ?
Je crois que les soutiens au projet de loi s’étiolent, se dégonflent comme une baudruche. La sénatrice verte Esther Benbassa, dont les postures sont aux antipodes de l’écologie humaine, s’est publiquement plainte du manque de mobilisation dans la rue des pro « mariage pour tous ».
Certaines outrances éclatent : la séna­trice Mi­chelle Meunier, rap­por­teure pour avis de la commission Affaires sociales, a affirmé : « Ce qui pose problème, c’est cette famille idéalisée, hétéro-patriarcale, blanche de préférence, de plus en plus éloignée des réalités. » Pareille lecture idéologique de notre opposition ne trompe plus.
Jean-Pierre Chevènement s’est exprimé contre le projet, annonçant qu’il ne prendra pas part au vote. A gauche, toute une opposition au projet murmure sans pour autant oser se manifester… Mais des articles de fond commencent à fleurir qui remettent en cause la posture ultra libérale qui sous-tend la loi Taubira.
Espérez-vous un rejet du projet de loi ou des « améliorations » ?
Quelle que soit la méthode, c’est le retrait du projet qui reste notre objectif. De toute façon, le Sénat va mettre son empreinte sur le texte, en raison de ses incohérences juridiques… Il faut se rappeler que la chambre haute est marquée par des équilibres plus subtils que l’Assemblée nationale. Le sénateur est traditionnellement un législateur pointilleux. Et plus libre, moins enclin à se laisser dominer par les consignes des partis. L’exécutif a déjà plusieurs fois été contredit par un vote du Sénat, où sa majorité est faible et fluctuante.
Je crois aussi que le temps — les sondages d’opinion le confirment — joue en faveur de la réalité que nous défendons…
Quel est l’état d’esprit des sénateurs ?
Justement, beaucoup de ceux qui sont poussés à soutenir le texte par leur appartenance partisane s’avouent troublés, en privé. Particulièrement lorsqu’ils découvrent l’articulation automatique entre mariage, adoption, insémination et gestation pour autrui, comme dans un jeu de dominos…
Dans les entretiens que les membres d’Alliance VITA ont eus avec eux ces dernières semaines, nous avons découvert que certains sénateurs n’avaient pas vraiment compris que le projet de loi Taubira incluait bien l’adoption plénière. Je n’en suis pas tellement étonné : les parlementaires non spécialisés ont tendance à découvrir les sujets au moment où ils arrivent sur leur bureau. Certains élus abandonnent jusqu’au bout leur discernement à leur président de groupe…
D’où l’importance de ces démarches. Aujourd’hui, elles sont prises au sérieux par les sénateurs : les élections municipales, celles de leurs grands électeurs, approchent.
Les médias parlent de plus en plus d’une prétendue radicalisation des opposants… Qu’en pensez-vous ?
À qui la faute ? Imaginons un instant ce qu’il se serait passé si le Conseil économique et social avait rejeté une pétition réunie par un grand syndicat ayant recueilli 730 000 signatures de citoyens (le nombre a été attesté) ! Nous avons été traités comme des sous-citoyens.
Toutefois, au regard de l’ampleur des foules que nous avons entraînées, je crois qu’il faut au contraire louer l’endurance paisible des manifestants. C’est la marque de la « Manif pour tous ». Et rien ne doit nous en détourner.
C’est pourquoi nous multiplions les appels au calme. Ma conviction intime reste qu’un sentiment de paix intérieure doit être communiqué à tous, comme élément clé d’une force irrépressible. Nous pouvons légitimement ressentir de l’agacement, de l’écœurement, de la colère… Nous avons le droit de les dire, mais ce n’est aucunement une raison pour changer de posture.
Même si tout est fait pour nous faire sortir de nos gonds, il ne faut pas céder aux provocations. C’est dans la durée, en ne laissant pas nos forces s’éparpiller, se dilapider ou se faire récupérer par tel ou tel parti, que nous tracerons un chemin vers la victoire. Pas forcément celle que nous voulons pour demain, mais une plus belle encore pour le respect de l’Humanité. Patience et confiance.

Décodeur N°24 : Mariage et adoption homosexuels

Le décryptage d’Alliance VITA sur l’actualité du projet de loi : « Mariage/Adoption pour les couples de personnes de même sexe »

 

L’EVENEMENT

Le Sénat a commencé à examiner, jeudi 4 avril 2013, le projet de loi concernant le mariage et l’adoption par des personnes de même sexe.

Les deux premières journées ont été essentiellement consacrées aux discours introductifs et à l’examen de plusieurs motions de procédure. L’examen des amendements sur les articles a commencé en fin de soirée vendredi 5 avril.

La discussion sur chaque article du texte doit se poursuivre tout au long de la semaine prochaine, y compris samedi 13 avril si nécessaire.

 

 

LE CHIFFRE

Un rappel important : seulement 37% des Français sont favorables à une loi ouvrant le droit au mariage pour les personnes de même sexe, assorti du droit d’adopter (sondage IFOP pour Alliance VITA, 23 mars 2013).

Poser la question en liant mariage et adoption est essentiel, puisque le seul fait de permettre le mariage entraine le droit d’adopter des enfants, de façon simple ou plénière. Les autres choix possibles donnent les résultats suivants : 34% des Français sont pour une Union civile, sans droit à l’adoption, et 24% pensent que les droits actuels sont suffisants.

Selon un autre sondage CSA pour BFM-TV du 4 avril, qui distingue à tort mariage et adoption dans deux questions différentes, les Français favorables à l’adoption d’enfants par les personnes de même sexe ne sont plus que 41%, en baisse de 3 points par rapport au mois de janvier 2013 (et 53% restent favorables au seul mariage).

 

 

LE RÉSUME DU DEBAT

 

La discussion a commencé, jeudi 4 avril dans l’après-midi,  par les discours introductifs donnant la position générale des divers orateurs : ministres, rapporteurs, représentants de chaque groupe politique, ainsi qu’une vingtaine d’orateurs divers souhaitant exprimer leur point de vue.

Vendredi 5 avril, plusieurs motions ont été débattues avant d’être rejetées par la majorité des sénateurs :

  1. Une « motion référendaire » a été défendue par Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée. Elle avait pour but de proposer de soumettre le projet de loi au référendum, et aurait eu pour effet d’interrompre immédiatement la discussion au Sénat si elle avait été votée. Cette motion, après plusieurs heures de débat, a été rejetée  par 176 voix contre et 164 voix pour.
  2. Une « motion tendant à opposer l’exception d’irrecevabilité » a ensuite été présentée par Jean-Jacques Hyest, sénateur de la Seine-et-Marne. Cette motion a pour objet de faire reconnaître que le texte en discussion est contraire à une disposition constitutionnelle, légale ou réglementaire. Elle a été également rejetée  par 177 voix contre et 160 voix pour.
  3. Une « motion tendant à opposer la question préalable » a été défendue par Hugues Portelli, sénateur du Val-d’Oise. Son objet est de faire décider soit que le Sénat s’oppose à l’ensemble du texte, soit qu’il n’y a pas lieu de poursuivre la délibération. Elle a été rejetée  par 177 voix contre et 158 voix pour.
  4. Enfin, une « motion tendant au renvoi en commission » a été présentée par Philippe Bas, sénateur de la Manche. Son effet, en cas d’adoption, est de suspendre le débat jusqu’à présentation d’un nouveau rapport par la commission concernée, c’est-à-dire la commission des lois. Elle a été rejetée  par 179 voix contre et 161 voix pour.

Après ces motions, l’examen des articles a commencé moins d’une heure avant la fin de la séance, ce qu’a dénoncé l’opposition compte tenu de l’importance qu’elle accordait à ses premiers amendements. Ceux-ci visent en effet à proposer une union civile au lieu du mariage.

Pour une analyse précise des modifications apportées par la commission des lois du Sénat, par rapport au texte voté par l’Assemblée nationale le 12 février dernier, voir notre Décodeur n° 22 du 23 mars 2013.

 

 

 

NOTRE COUP DE COEUR

 

Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée, a bien résumé les enjeux majeurs de cette réforme, à l’occasion de sa demande de référendum :

« Avec ce texte, le droit des adultes prime sur le droit des enfants. Les grands perdants, ce sont les sans-voix : les enfants ! (…)

Le peuple ne comprend pas que vous vouliez la parité partout, sauf là où elle est indispensable, que le principe de précaution s’applique à tout, sauf à nos enfants. (…)

On ne change pas de civilisation au gré des majorités passagères ! »

 

 

NOTRE COUP DE GUEULE

 

Mme Michelle Meunier, rapporteure pour avis de la commission des affaires sociales, a exprimé une vision très idéologique de la famille actuelle, lors de son discours introductif hier :

« Ce texte permet aux couples homosexuels de faire famille. Assumons-le. Il sort la famille du fantasme « une maman, un papa et un enfant » (…).

Car cette famille-là n’a jamais été universelle. (…) Ce qui pose problème, c’est cette famille idéalisée, « hétéro-patriarcale-blanche » de préférence de plus en plus éloignée des réalités. La loi doit s’adapter. »

Mariage, adoption, PMA, GPA : c’est tout ou rien !

Mariage, adoption, PMA, GPA : c’est tout ou rien !

Il faut bien comprendre que l’adoption, la PMA et la GPA, c’est-à-dire les mères porteuses, suivent inévitablement le simple vote du « mariage pour tous ». Il est vain de dire « j’accepte le mariage, mais pas le reste ».

C’est tout ou rien : A cause de la Cour européenne des droits de l’homme, dès lors que l’on ouvre le mariage républicain aux couples de même sexe, c’est une cascade, un effet domino : le droit au mariage entraine le droit à l’adoption et le droit à la PMA, lequel entraine à son tour le droit à la GPA.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est la plus haute instance judiciaire européenne ; ses décisions s’imposent aux 800 millions d’habitants des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe, de l’Islande à l’Azerbaïdjan. Il n’y a pas de pouvoir humain au-dessus d’elle ; elle peut censurer des lois adoptées par referendum, elle peut condamner des Etats à changer même leur constitution.

1. PMA (Procréation Médicalement Assistée)

Pour la Cour européenne, le droit à la PMA est automatique : dès lors qu’elle est autorisée aux couples mariés, elle doit l’être à tous sans distinction entre couples mariés homosexuels et hétérosexuels. Les couples de femmes pourront avoir accès à la PMA dans les mêmes conditions que les couples hétérosexuels. La Cour européenne interdit toute différence de traitement dans l’exercice du « droit de procréer en ayant recours à la PMA ».

2. La GPA (mères porteuses)

Pour les couples d’hommes, la légalisation du recours aux mères porteuses, de la GPA est très probable. Il y a déjà en ce moment trois affaires devant la CEDH ; deux contre la France et une contre l’Italie.

A cause de la circulaire Taubira, qui reconnait la filiation des enfants nés par GPA pratiquées à l’étranger, l’interdiction de la GPA en France est très compromise, car Christiane Taubira a cassé volontairement la cohérence du droit français. Comment la France va-t-elle justifier à la Cour européenne l’interdiction de la GPA en France, alors que nous l’acceptons lorsqu’elle est pratiquée par des français à l’étranger ? La Cour dira que cette interdiction est hypocrite, et qu’elle doit donc être supprimée !

La GPA, c’est de la prostitution et de la vente d’enfant : c’est une honte. Il faut savoir qu’en Europe de l’Est, là où elle est pratiquée, le business de la GPA est géré par les réseaux mafieux.

3. L’Adoption homosexuelle

Au mois de février dernier, la Cour européenne a condamné l’Autriche à légaliser l’adoption au sein des couples de mêmes sexes, dans une affaire où la compagne homosexuelle de la mère d’un enfant veut se substituer au père qui entretient pourtant des rapports réguliers avec son fils. Plutôt que de reconnaître que cet enfant n’est pas adoptable car il a sa mère et son père, la Cour a imposé aux Etats de renoncer à la famille naturelle fondée sur les parents biologiques comme modèle de référence de la famille. Elle a jugé – et cela s’impose à tous les Etats – qu’il n’est pas préférable en soi pour l’enfant d’avoir sa filiation établie envers son père et sa mère plutôt que envers deux femmes ou deux hommes !

L’Autiche est maintenant obligée de changer sa législation en sorte qu’un enfant puisse avoir deux pères ou deux mères. Pourtant, le droit international dit très clairement que tout enfant a « dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux » et le droit « de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales » (articles 7 et 8 de la Convention relative aux droits de l’enfant).

4. Le Gender

Cette tendance idéologique de la Cour n’est pas nouvelle, déjà, il y a dix ans, elle a adopté la théorie du gender dans une affaire de mariage transsexuel. Dans le but de pouvoir déclarer que les personnes transsexuelles ont un droit fondamental à se marier avec une personne du même sexe biologique – alors que la Convention ne garantit que le droit « à l’homme et à la femme » de se marier ensemble, la Cour a dit qu’elle « n’est pas convaincue que l’on puisse aujourd’hui continuer d’admettre que ces termes impliquent que le sexe doive être déterminé selon des critères purement biologiques ». En cela, elle a substitué le concept de « genre » (gender) à la réalité sexuelle, et elle a obligé les 47 Etats européens à autoriser le mariage transsexuel, mais la petite ile de Malte fait de la résistance, elle est maintenant poursuivie devant la CEDH !

5. Les Droits des parents

Le Gouvernement actuel a fait part de son intention d’utiliser l’école pour endoctriner les enfants en matière morale et sexuelle. « Endoctriner » n’est pas trop fort, car n’est-ce pas Vincent Peillon qui déclare que « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles » et Christiane Taubira qui avoue que « Dans nos valeurs, l’Education vise à arracher les enfants aux déterminismes sociaux et religieux et d’en faire des citoyens libres » ? Or, ces déterminismes sociaux et religieux sont transmis par les familles.

Il faut savoir qu’en Allemagne, des parents de jeunes élèves ont fait de la prison pour avoir refusé d’envoyer leurs enfants à des cours obligatoires d’éducation sexuelle et morale organisés à l’école. Je dis bien que les parents ont été condamné à de la prison ferme ! Et la Cour européenne des droits de l’homme a trouvé cela très bien, au nom de la nécessité « d’intégrer les minorités et d’éviter la formation de ‘’sociétés parallèles’’ motivées par la religion ou l’idéologie » !

Face à toutes ces menaces, ce sont les idéologues qu’il faut soumettre à la réalité ; et la première réalité, c’est que tout enfant a un père et une mère.

Nous gagnerons par la paix

Porte-parole de la manif pour tous et délégué général d’Alliance VITA, Tugdual Derville commente le risque de radicalisation d’une opposition à la loi Taubira exaspérée par l’obstination du gouvernement. Propos recueillis par Frédéric Aimard.

Comment pensez-vous que le pouvoir considère le mouvement de résistance à la loi Taubira ?

Il ne dispose visiblement pas du logiciel permettant de nous comprendre. Est-ce de l’ignorance ? De l’entêtement ? Du mépris ? Le ministre Arnaud Montebourg a osé parler d’une « poignée d’individus ». D’autres ont moqué « une manif de Marie-Chantal », déni quasi-raciste de la réalité d’un mouvement qui s’ancre chaque jour davantage dans la diversité.

Nous sentons le pouvoir en place singulièrement coupé de cette réalité. Est-ce parce que notre mouvement de résistance n’est pas fondé sur la défense d’intérêts catégoriels, mais porté par des convictions altruistes universelles ? L’exécutif en paraît sidéré. Il voulait nous décourager en minimisant par avance notre nombre (la veille du 24 mars, les services du ministère de l’Intérieur annonçaient 100 000 personnes, ce qui aurait été vu comme un baroud d’honneur)… Et voilà que nos rangs ont encore grossi. La presse internationale le reconnaît. Des éditorialistes ont commencé à mettre en garde le gouvernement, à l’image de Philippe Labro qui a lancé : « Attention, le mois de mai n’est pas très loin. » Et c’est vrai qu’une manifestation encore plus grande est possible.

Mais pensez-vous, après les quelques échauffourées du 24 mars aux Champs-Élysées, que tout cela va se terminer sur des barricades ?

Ce n’est pas ce que nous souhaitons et c’est toujours à redouter. Il me semble que le pourrissement serait une aubaine pour le gouvernement. C’est à se demander si la stratégie du ministère de l’Intérieur n’a pas été en ce sens, quand on découvre la facilité avec laquelle une partie de foule a pu se rendre — le plus souvent innocemment — sur les Champs-Élysées : un simple cordon de police s’est effacé devant la pression de quelques dizaines de manifestants. Plus tard la foule enfermée a été dégagée sans sommation par des jets de gel lacrymogène à bout portant. Certains observateurs ne sont pas dupes de ces abus, mais ces échauffourées sont à double tranchant : les téléspectateurs qui n’ont pas participé au 24 mars et ne sont pas impliqués sur les réseaux sociaux risquent de ne garder de notre immense rassemblement pacifique qu’une image de la violence vue à la télévision. Peu importe à leurs yeux qu’elle vienne de quelques groupuscules (que nous avions signalés à la police) ou de forces de l’ordre débordées. Ces images ternissent l’image sympathique et bon enfant de nos rassemblements…

Quand j’ai remonté l’avenue de la Grande-Armée aux côtés de Frigide Barjot, j’ai bien mesuré le degré d’attente et d’exaspération de la foule. Nous lui avons toujours donné des messages d’apaisement, les enjoignant sur le podium à rester dans la zone autorisée. Je pense que le rejet par le CESE, sur le conseil du Premier ministre, de la pétition attestée de 730 000 personnes a été une lourde faute politique. On a tué dans l’œuf la démocratie participative… Mais quelle extraordinaire réponse que cette foule du 24 mars, remplissant un espace immense, de l’Arche de la Fraternité à l’Arc de Triomphe, mais aussi les grandes avenues adjacentes ! Le Préfet de police n’avait même pas imaginé devoir les rendre disponibles lors des négociations avec la Manif pour tous… C’est d’ailleurs sur l’une de ces avenues que les forces de l’ordre ont commencé à diffuser du gaz lacrymogène, sur les premiers rangs d’une foule dense qui se pressait sur des barrières. Il aurait suffi d’une phrase sur le podium « Aux Champs-Élysées ! » pour que tous y affluent…

Cette phrase que beaucoup attendaient, pourquoi les organisateurs ne l’ont-ils pas prononcée ?

Nous aurions porté une très lourde responsabilité, et je ne pense pas d’abord à la responsabilité juridique. Il y aurait peut-être eu des victimes, par bousculade et piétinement, comme on en a vu dans des stades de football ou certains rassemblements immenses. Une foule doit avoir des leaders paisibles. L’ordre public est une question grave. Le pouvoir en place avait le droit de nous refuser les Champs-Élysées, comme nous avions le droit de les lui demander. Même si nous nous sentons bâillonnés — et que nous ne lâcherons pas sur le sujet qui nous tient à cœur — nous jouissons de la liberté de manifester, de nous exprimer dans les médias, de débattre.

Et heureusement que les forces de l’ordre sont aussi là pour nous protéger contre certains débordements. Ce n’est pas parce qu’une cause est juste que tout est permis. Souvenons- nous des excès de la théologie de la libération… Prenons plutôt exemple sur les mouvements paisibles qui ont changé le monde.

Est-ce à dire que vous récusez la comparaison avec le printemps arabe et la place Tahrir du Caire ?

Personne ne peut tenir pareille comparaison. Car il nous faut bien distinguer ce qui relève d’un régime totalitaire où les opposants sont mis en prison, où il n’existe pas de liberté de la presse ou d’expression, et notre démocratie, certes imparfaite, mais où nous ne risquons ni notre vie, ni notre liberté quand nous nous opposons. Ceux qui veulent éteindre notre mouvement ont tout intérêt à le faire apparaître comme une menace sérieuse à l’ordre public, car ils savent que la majorité des Français considéreront que le pouvoir en place doit le réprimer et le contenir. C’est un piège au moment où nous sommes en passe de rallier la grande majorité des Français, par un extraordinaire travail d’explication sur le terrain qui fait grossir notre mouvement.

Mon ambition est au­jourd’hui immense, car ce mouvement est en train de faire naître une espérance nouvelle pour notre pays. La Manif pour tous n’a jamais eu pour but, ni de faire tomber le gouvernement, ni de se jeter dans les bras de l’opposition…

Quand je dis que la non-violence intérieure est une arme de construction massive de la paix sociale, ce n’est pas une idée à l’eau de rose, c’est une conviction profonde. Je l’expérimente dans les débats quand je regarde avec bienveillance nos adversaires, jusqu’à chercher ce qui est juste et vrai dans ce qu’ils disent.

Je suis prêt à aider Jean-Luc Romero quand il se bat pour que les trithérapies soient disponibles en Afrique, un continent abandonné par le Nord. Je le lui ai dit, et il m’en a remercié publiquement. Voilà un beau sujet d’écologie humaine… S’ils sentent que nous portons une réponse qui ouvre une espérance, les Français ne s’y tromperont pas…

En défendant le repère anthropologique précieux de l’altérité sexuelle dans l’engendrement, nous répondons à la quête de la liberté véritable. C’est un souffle nouveau pour notre société qui a longtemps été abusée par le mirage libéral-libertaire. Je veux donc redire à tous ceux que guette l’exaspération : nous ne gagnerons que par la paix !

Décodeur N°23 : Recherche sur l’embryon

Décodeur N°23 : Recherche sur l’embryon

Le décryptage d’Alliance VITA sur l’actualité de la proposition de loi : « Autorisation de la recherche sur l’embryon »

 

L’EVENEMENT

Jeudi 28 mars 2013, les députés ont mis en échec la proposition de loi visant à faciliter la recherche sur l’embryon humain, qui était examinée en séance publique à l’initiative des Radicaux de gauche.

Son objectif était de modifier la loi bioéthique du 7 juillet 2011 pour que la recherche sur l’embryon humain, actuellement interdite avec des dérogations, soit à l’avenir autorisée dans son principe et avec des conditions encore moins contraignantes.

Cette proposition de loi, déjà votée le 4 décembre dernier au Sénat, avait été acceptée dans des termes identiques par la Commission de l’Assemblée nationale le 20 mars dernier. Voir le détail du contenu de la proposition de loi dans le Décodeur n° 21 .

LE CHIFFRE

63 projets de recherche en cours de réalisation sont recensés dans le rapport 2011 de l’Agence de la biomédecine (ABM) : 12 concernent l’embryon lui-même et 51 concernent les cellules souches embryonnaires. (Source : Rapport de la Commission des affaires sociales du Sénat, 3 octobre 2012, page 7).

Il est donc faux de prétendre que la législation actuelle empêche les chercheurs de travailler. Si plusieurs procédures judiciaires ont été engagées, c’est pour vérifier si les autorisations données par l’ABM ont respecté les conditions légales. En 2011, un programme de recherche a ainsi été annulé par la justice, l’ABM n’ayant pu prouver l’absence de méthode alternative à celle qui implique la destruction d’embryons humains.

LE RÉSUME DU DEBAT

La discussion sur la recherche sur l’embryon n’a commencé qu’en fin d’après-midi, après un premier long débat sur un autre texte présenté par le groupe parlementaire des Radicaux de gauche, la journée du 28 mars étant réservée à sa « niche parlementaire » (c’est-à-dire un temps réservé pour examiner les propositions de loi présentées par ce groupe).

L’opposition avait par ailleurs déposé 304 amendements, sans compter les motions de procédure qui rallongent encore les débats. En fin de soirée, voyant qu’ils ne parviendraient pas à finir l’examen du texte, les députés radicaux de gauche ont préféré quitter l’hémicycle, suivis par les députés écologistes. Entre minuit et une heure du matin, les députés socialistes, devenus minoritaires, ont alors « occupé le terrain » en lisant différents textes à la tribune, de façon à éviter qu’une motion de rejet de l’UMP soit acceptée et que le texte soit complétement repoussé.

Quelle pourrait être la suite ? La date à laquelle le débat pourrait reprendre pour finir l’examen du texte reste incertaine :

– soit le groupe des Radicaux de gauche attend d’utiliser sa prochaine « niche parlementaire » (sachant qu’il n’en a qu’une par session parlementaire) ;

– soit l’Assemblée examine le texte lors d’une séance où la majorité maîtrise l’ordre du jour, notamment à l’occasion d’une « niche parlementaire » d’un autre de ses groupes (qui accepterait de porter le projet au détriment de ses propres textes) ;

– soit le Gouvernement reprend l’initiative à son compte.

NOTRE COUP DE COEUR

Le Professeur Alain Privat dénonce les fortes pressions des industries pharmaceutiques qui réclament un dispositif juridique leur permettant d’utiliser les embryons humains plus facilement.

Cet ancien directeur de recherche à l’INSERM, spécialiste des cellules souches, explique qu’il n’y a plus de raison sérieuse d’utiliser l’embryon humain dans les recherches pour trouver de nouvelles thérapies cellulaires ou de nouveaux médicaments (techniques de criblage de molécules ou « screening »). La recherche à partir des cellules souches reprogrammées iPS, découvertes par le Professeur Yamanaka en 2007, devrait au contraire être encouragée, ce qui n’est pas le cas en France.

 

NOTRE COUP DE GUEULE

Mme Dominique Orliac, rapporteur de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, semble hypnotisée par quelques chercheurs qui laissent espérer des résultats rapides, ce qui est faux.

Dans une interview à France Info mercredi 27 mars, elle affirme : « Il y a beaucoup de débouchés et cela sera dans un but vraiment thérapeutique qui va permettre à beaucoup de patients de pouvoir aspirer à une guérison de maladies aujourd’hui incurables. »

En réalité, la recherche sur l’embryon n’a donné aucun résultat probant à ce jour, ce qui n’est pas le cas des cellules souches de sang de cordon ou reprogrammées (cellules iPS). A titre d’exemple,  la société américaine Geron, qui avait annoncé un essai clinique à base de cellules souches embryonnaires en 2009, a mis fin à ses recherches en 2011 faute de résultats probants ; en sens inverse, le Japon vient d’annoncer une recherche clinique à base de cellules iPS concernant une maladie de l’œil, ce qui constituerait une première mondiale très prometteuse.

 

 

ANNEXE :

Le Communiqué de presse d’Alliance VITA du 29 mars 2013

N’oubliez pas de signer et faire signer l’initiative citoyenne européenne. 

Stop au financement de la recherche sur l’embryon dans l’Union européenne !

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[CP] Recherche sur l'embryon : échec de la proposition de loi à l'Assemblée nationale

Communiqué de presse – Paris, le 29 mars 2013

Alliance VITA salue le maintien par l’Assemblée nationale du principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon humain

L’Assemblée nationale a mis en échec, le 28 mars 2013 la proposition de loi qui visait, sans réel débat préalable, à autoriser la recherche qui détruit l’embryon humain. Pour Alliance VITA, ce texte aurait bouleversé les conditions de la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires, en supprimant l’interdiction de principe pour y substituer un cadre beaucoup plus large et flou. Cette discussion a eu lieu sans que les Français aient été préalablement consultés par des états généraux, comme le prévoit pourtant la loi bioéthique du 7 juillet 2011.

Pour le docteur Xavier Mirabel, président d’Alliance VITA : « Je salue l’engagement déterminé des députés – quel que soit leur bord – que nous avions alerté et qui ont fait échec à ce texte. Il aurait provoqué une régression éthique et scientifique absurde. Car il n’y a aucune raison scientifique à traiter l’embryon humain comme un cobaye de laboratoire. Le prix Nobel de médecine vient d’être décerné au japonais Shinya Yamanaka et au britannique John Gurdon pour leurs découvertes sur la reprogrammation nucléaire, qui est une technique éthique. En autorisant explicitement la recherche sur l’embryon conduisant à sa destruction, la proposition de loi bouleverse un principe bioéthique majeur qui confère à l’embryon humain une protection symbolique. Je rappelle que la recherche sur l’embryon n’a donné aucun résultat probant à ce jour, et que les autres pays se tournent vers les cellules souches reprogrammées (iPS). A titre d’exemple, la société américaine Geron, qui avait annoncé un essai clinique à base de cellules souches embryonnaires en 2009, a mis fin à ses recherches en 2011 faute de résultats probants ; en sens inverse, le Japon vient d’annoncer une recherche clinique à base de cellules iPS concernant une maladie de l’œil, ce qui constituerait une première mondiale très prometteuse. »

Alliance VITA demande au Parlement et au Gouvernement de privilégier les recherches éthiques et rappelle qu’elle demande un moratoire sur la congélation des embryons humains. En son absence, il faut appliquer strictement la loi bioéthique, en limitant les dérogations trop largement accordées au principe d’interdiction qui demeure en vigueur. VITA rappelle que la France reste en pleine contradiction avec les orientations européennes qui interdisent tout brevet pour l’embryon humain et la convention d’Oviedo qui, dans son article 18, exige une « protection adéquate » dont doivent bénéficier les embryons in vitro.

Alliance VITA, avec d’autres associations partenaires, s’engage pour demander l’arrêt des financements par l’Union européenne de la recherche sur l’embryon impliquant sa destruction, comme l’a demandé la Commission des affaires juridiques du Parlement européen dans le cadre de l’examen du programme-cadre pour la recherche et l’innovation « Horizon 2020 ». Elle invite tous les citoyens européens soucieux d’une recherche éthique à signer l’initiative citoyenne européenne www.undenous.fr qui demande l’arrêt du financement de ces recherches par les fonds européens.