Dans une réforme votée en mars dernier et prenant effet début juin, le royaume de Belgique a dépénalisé la prostitution. Se présentant comme le premier pays à le faire en Europe, et deuxième dans le monde après la Nouvelle Zélande, cette loi qui couvre plus largement les infractions sexuelles était portée par le ministre fédéral de la justice Vincent van Quickenborne, du Parti libéral flamand. La prostitution étant pratiquée et tolérée dans ce pays, la dépénalisation signifie que la Belgique cesse de pénaliser les parties tierces « sauf en cas de profit anormal ». Concrètement, un loueur ou une banque travaillant avec une prostituée ne tombera pas sous le coup de la loi, et les prostituées bénéficieront d’un accès à la protection sociale au titre de leur activité. Le proxénétisme reste en revanche interdit. Autre pan de cette réforme, la notion d’attentat à la pudeur disparaît et est remplacée par la notion d’atteinte à l’intégrité sexuelle. Celle-ci se définit comme « tout acte qu’une personne normale et raisonnable considère comme sexuellement inapproprié ». La définition du viol est élargie et les peines alourdies, tandis que les peines pour voyeurisme sont allégées.
Parmi les arguments avancés pour cette réforme par le personnel politique ou des associations de prostituées, sont souvent cités les mots : « donner un cadre à une activité dans l’ombre », « faire évoluer la loi aux problématiques actuelles », ou encore « criminaliser c’est créer des zones de non-droits ».
L’Allemagne, terrain expérimental de la légalisation de la prostitution.
Sur la question de l’encadrement d’une activité existante et de ses bénéfices potentiels, l’exemple de l’Allemagne peut éclairer le débat. Une réforme législative portée par le parti des Verts en 2002 et votée au Parlement fédéral supprimait l’interdiction générale de la promotion de la prostitution et permettait aux prostituées d’obtenir des contrats de travail. Dans une interview à Public Sénat, la Sénatrice et ancienne ministre Laurence Rossignol rappelle que le marché de la prostitution a été multiplié par 4 en 10 ans dans ce pays (2003-2013). La légalisation avec encadrement a entraîné en fait une forte hausse de la demande. La hausse de la demande nécessitant une hausse de l’offre, il ne semble pas que l’objectif de combattre la traite humaine en supprimant les « zones de non-droits » selon l’expression des promoteurs de la légalisation, soit atteint. Une étude approfondie datant de 2012 et portant sur 150 pays a conclu que l’effet de la légalisation de la prostitution sur la traite humaine était négatif. Selon les termes des économistes auteurs de l’étude, l’effet d’échelle, c’est-à-dire la hausse de la demande, l’emporte sur l’effet de substitution, qui verrait une préférence des clients pour des prostituées « légales » réduire la demande pour des prostituées en situation illégale. « En moyenne, les pays où la prostitution est légale expérimente des flux plus importants de traite humaine » selon les termes de l’étude.
La dignité humaine, irréductible à une approche marchande.
Les facteurs conduisant aux situations de prostitution sont complexes. L’approche choisie par la Belgique est d’inspiration néo-libérale : « laissez faire » afin que l’offre et la demande trouve un « équilibre », la légalisation de ce « marché » solutionnant magiquement la question des trafics illégaux.
Ce choix de la Belgique va à l’opposé de celui de la France qui reste dans une approche abolitionniste. La loi du 13 avril 2016 visant à « renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées » a institué une pénalisation des clients. La notion de non-marchandisation du corps humain, entre autres, soutient la philosophie de cette loi. La dignité humaine n’est tout simplement pas compatible avec une approche marchande. Criminaliser les atteintes à la dignité humaine, ce n’est pas favoriser des trafics, c’est fonder en droit et garantir le combat contre ces atteintes.
Une nouvelle loi sur l’Assistance médicale à mourir (AMM), le projet de loi 38, a été déposée le 25 mai dernier aggravant la loi existante avec des dispositions très controversées : suppression du critère de mort prévisible, recours à l’euthanasie pour des personnes en raison de leur handicap neuromoteur ou encore suppression du libre choix des centres de soins palliatifs.
Son adoption est prévue très rapidement, le 10 juin au plus tard, date de la fin de la session parlementaire, précipitation vivement critiquée par l’opposition et les associations.
Le projet de loi visait originellement à rendre la loi québécoise conforme à la dernière évolution de la loi fédérale adoptée en 2021. Cette dernière a étendu l’euthanasie et le suicide assisté même si la mort n’est pas raisonnablement prévisible, tout en maintenant la condition liée à l’existence d’une maladie grave et incurable et au fait d’éprouver des souffrances que le patient juge lui-même insupportables.
Outre cette mesure, Il prévoit également d’autoriser une demande anticipée à mourir « aux personnes atteintes d’une maladie grave et incurable menant à l’inaptitude ». Cela concernerait notamment des personnes atteintes d’Alzheimer, de démence, de Parkinson dans certains cas. Des associations se sont élevées contre l’absence de débat sur cette question. C’est ce que dénonce l’association Vivre dans la dignité dans un communiqué daté du 1er juin : « Il s’agit là d’une première très préoccupante. En effet, depuis le début des débats sur la question de « mourir dans la dignité » au Québec, les groupes parlementaires ont toujours eu la sagesse de donner la parole aux opposants. »
Deux mesures « sorties du chapeau ».
D’autre part, dès le lendemain de son dépôt, le gouvernement a dû retirer les articles qui rendaient admissibles à l’euthanasie les personnes atteintes d’un handicap neuromoteur (quadriplégie, paralysie cérébrale, amputation après un accident) comme le souligne la presse, mesure qui n’avait jamais été débattue au préalable.
La suppression de la « protection de conscience » des maisons de soins palliatifs qui ont actuellement le libre choix de pratiquer ou pas l’AMM en leur sein, est également extrêmement controversée. Dans un communiqué l’Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec a demandé officiellement le retrait de cette mesure. Sur 35 maisons de soins palliatifs, 9 exercent leur libre choix de ne pas pratiquer l’euthanasie. Sa présidente, consultée par la commission parlementaire ad hoc mercredi 1er juin, espère que « les dés ne soient pas joués d’avance » et plaide pour que les maisons puissent être en harmonie avec leurs valeurs et la qualité des soins apportées aux patients en fin de vie.
En à peine 6 ans d’application, les euthanasies concernent déjà 2% des décès au Canada. Des débats sont ouverts sur la question de l’accès à l’euthanasie aux personnes souffrant de maladies mentales et aux mineurs. Ces évolutions montrent combien la porte entrouverte à l’interdit de tuer conduit à toujours plus de dérives. Ce sont aujourd’hui les associations de personnes handicapées qui dénoncent une atteinte à leur droit de vivre. Des auditions (voir en particulier les auditions du 30 mai) sont en cours au niveau fédéral.
Le 10 juin 2022, la loi n°38 sur la fin de vie n’a pas été soumise au vote à l’Assemblée nationale du Québec. La proposition de loi avait été introduite très tardivement dans la législature. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a finalement reporté l’examen devant les divergences sur un texte controversé. Il devrait être mis à nouveau à l’ordre du jour de l’Assemblée à l’automne prochain, après les élections législatives du 3 octobre 2022.
Les dernières données montrent une augmentation inquiétante de suicides chez les jeunes, plus particulièrement des filles en 2020 et 2021, avec une persistance dans les premiers mois de 2022.
La période de pandémie a fait apparaître un phénomène en croissance de plus de 22% chez les jeunes femmes en 2021. Les professionnels appellent à la mobilisation de tous pour enrayer le phénomène.
Sur les 3 premiers mois de de 2022, Santé Publique France a enregistré 6418 passages aux urgences , en hausse de 27% sur la même période en 2021.
Les filières d’accueil psychiatriques se révèlent sous dimensionnées comme le rapporte le journal Libération qui a consacré un dossier sur cette question.
Comment expliquer ce phénomène ? Comme le rapporte un article paru dans le Monde, « la crise sanitaire et le climat anxiogène qu’elle a engendré ont particulièrement affecté la santé mentale des enfants, des adolescents et des jeunes adultes dans la plupart des pays ». Elle a sans doute rehaussé le niveau de vulnérabilité individuelle. D’autres facteurs augmentent le risque suicidaire : le rôle des difficultés vécues dans l’enfance et l’adolescence (violence physique, sexuelle ou psychologique), les problèmes psychiatriques (dépression, troubles anxieux et alimentaires), la consommation de drogue ou d’alcool, l’impulsivité, une rupture amoureuse, la pression scolaire ou le harcèlement à l’école et via les réseaux sociaux.
Si le nombre absolu de suicides est plus important pour les hommes de 45-54 ans, c’est pour la classe d’âge des 25-34 ans que l’importance des décès par suicide, relativement aux autres causes de mortalité, est la plus forte : le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes.
Les singularités du suicide à l’adolescence
Le 3ème rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS) souligne en 2018 les interactions entre comportements suicidaires et processus d’adolescence.
L’adolescence est une période marquée par un entre-deux : l’adolescent n’est plus un enfant et pas encore un adulte. La complexité de cette transition est aujourd’hui augmentée du fait d’une délimitation de l’adolescence moins nette qu’auparavant. La sortie plus rapide de l’enfance et le passage plus chaotique à l’âge adulte brouillent le début et la fin de l’adolescence. Chez les jeunes en souffrance les troubles des conduites et l’inadaptabilité sociale sont beaucoup plus précoces que par le passé, en particulier les violences contre soi ou contre les autres et l’exposition de soi par le biais d’internet. Les jeunes ne sont pas plus nombreux à aller mal à l’adolescence, mais ceux qui sont en souffrance, vont mal plus tôt et sans doute de façon plus marquée.
Les pratiques numériques – qui jouent aujourd’hui un rôle prépondérant dans la vie de la plupart des adolescents – ont parfois pour effet de réduire leur durée de sommeil, de diminuer leur activité physique et de les surexposer aux médias. Or, ce trio de facteurs est associé fortement aux idées suicidaires et aux symptômes dépressifs et anxieux.
De plus, l’usage des technologies numériques creuse les inégalités entre les jeunes face au suicide. Il présente en effet un atout pour les adolescents qui évoluent dans un environnement familial et scolaire sécurisant et qui vont bien, mais constitue un espace qui expose les plus vulnérables à la souffrance et au risque suicidaire.
Le risque de « contagion » des comportements suicidaires chez les jeunes peut, dans certaines circonstances particulières, être amplifié par le biais des outils numériques, notamment des réseaux sociaux qui peuvent véhiculer des informations et des images spectaculaires ou romancées du suicide. Les jeunes semblent ainsi particulièrement sensibles à cet effet d’imitation, notamment lorsqu’ils sont confrontés au suicide d’un pair.
« La conjonction de la place plus importante des mondes virtuels, de la diminution du rôle sécurisant des familles et de l’exigence de performance, associée aux changements psychiques et physiques spécifiques à l’adolescence, doit ainsi être interrogée comme facteur aggravant du mal-être et comme éventuelle contribution aux conduites suicidaires chez les adolescents. » conclut le rapport de l’observatoire national du suicide.
La prévention du suicide
Chez les jeunes, les usages de substances psychoactives, le décrochage scolaire et les symptômes dépressifs pourraient être utilisés comme des indicateurs pour le repérage de profils d’adolescents présentant un risque accru de conduites suicidaires.
Après des années d’attente, un plan de prévention lancé par les pouvoirs publics en 2018 a vu la mise en place de la ligne d’écoute 3114, numéro national de prévention du suicide. Près de 70 000 appels ont été reçus depuis. Il est prévu de renforcer l’adaptation aux jeunes du dispositif de suivi VigilanS, créé en 2015 dans les Hauts-de-France.
D’autres actions pour éviter la contagion sont développées, avec des programmes comme Papageno pour contrer « l’effet Werther » qui désigne le phénomène de suicide mimétique mis en évidence en 1982 par le sociologue américain David Philipps. L’Organisation Mondiale de la Santé, en partenariat avec l’Association internationale pour la prévention du suicide (IASP) a publié des recommandations, en particulier à l’attention des médias : il s’agit entre autres d’éviter le langage qui sensationnalise et normalise le suicide, ou qui le présente comme une solution aux problèmes ; de ne pas donner de détails sur le lieu et la méthode utilisée dans un suicide ou une tentative de suicide ; et de fournir des informations sur les ressources d’aide.
Nous constatons depuis plusieurs années que la médiatisation de revendications de « suicide assisté » par des lobbies ou au travers d’affaires médiatiques produit un effet de contagion, comme Alliance VITA en a témoigné lors de son audition auprès du Comité consultatif national d’éthique en octobre 2021. Comment est-elle compatible avec la prévention de tous les suicides ? Une étude intitulée « Euthanasie et suicide assisté chez les patients psychiatriques : une revue systématique de la littérature » souligne que le nombre de patients psychiatriques demandant l’euthanasie ou le suicide assisté dans le monde ne cesse d’augmenter et conclut : « Étant donné que la prévention du suicide reste une importante priorité de santé publique, il est nécessaire de s’assurer que la demande d’euthanasie ou de suicide assisté n’est pas simplement un moyen (très efficace) de réaliser un suicide. Actuellement, il existe de nombreuses preuves que les patients qui demandent/reçoivent l’euthanasie ou le suicide assisté sont très similaires à ceux qui meurent par suicide. »
La loi bioéthique d’aout 2021 a introduit de nombreuses modifications dans le domaine de l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP). Désormais, l’accès à l’AMP n’est plus relié à la condition médicalement constatée d’infertilité. Les femmes seules ou en couples de femmes peuvent demander à bénéficier d’un don de sperme ou d’embryon. L’autoconservation des gamètes (sperme et ovocytes) est ouverte à tous, sans raison médicale. Désormais, les enfants nés de don anonyme auront accès à des informations sur leur donneur. Un comité national de suivi de son application a été mis en place par l’Agence de la biomédecine. Le 16 mai 2022 s’est tenue leur troisième réunion à l’issue de laquelle il a communiqué les premiers chiffres montrant l’impact de la loi. Ces données sont basées sur une enquête menée dans les centres autorisés à l’activité de don de spermatozoïdes sur 3 mois, entre le 1er janvier et le 31 mars 2022.
Concernant la PMA et les femmes seules et aux couples de femmes
Il y a eu 5126 demandes de consultation pour don de sperme par 47% de couples de femmes et 53% de femmes seules. 53 tentatives d’AMP avec don de spermatozoïdes ont été réalisées au bénéfice de ces nouveaux publics. Le délai moyen d’attente est de 15 mois environ. Les règles d’attribution viennent d’être clarifiées par décret. Celle-ci se fait dans l’ordre chronologique d’arrivée des demandes validées. Il est précisé dans ce décret que certains critères ne peuvent exclure, prioriser ou restreindre l’accès au don, par exemple : le fait d’être marié ou non, d’avoir déjà des enfants ou non, l’orientation sexuelle du ou des demandeurs.
Sur l’année 2019, les données de l’ABM montrent qu’il y a eu 409 naissances par don d’ovocyte (pour 2100 tentatives), 987 par don de sperme (pour 4814 tentatives) et 37 par don d’embryon (pour 151 tentatives) au sein de couples composés d’un homme et d’une femme, en âge de procréer et souffrant d’une infertilité médicalement constatée.
Par ailleurs, chaque couple ou femme seule peut choisir l’option « appariement » ou non. Entendre par là une demande de sélection de gamètes ou d’embryons selon des critères physiques tels que la couleur de la peau, des yeux, des cheveux. Cet appariement, précise le décret, est réalisé dans la mesure du possible à la demande de chaque bénéficiaire.
Concernant l’autoconservation des ovocytes et du sperme sans raisons médicales
La mise en banque de ses ovocytes constitue un processus complexe, lourd (stimulation ovarienne, ponction sous anesthésie générale) non dénué d’effets secondaires et n’assurant pas la garantie d’une maternité ultérieure. 2553 femmes ont déjà fait une demande de consultation en seulement 3 mois contre seulement 47 hommes.
Concernant le droit aux origines
A compter de septembre 2022, à leur majorité, les enfants nés de dons anonymes auront le droit d’accéder à l’identité du donneur à leur majorité, ainsi qu’à des données non identifiantes (âge, situation familiale et professionnelle au moment du don, motivations du don) des donneurs de gamètes ou d’embryons à l’origine de leur vie. Un registre national est en cours de création. Il sera aussi géré par l’Agence de la biomédecine. Pour toutes les personnes qui ont procédé à un don avant le changement de la loi, en pensant que leur anonymat serait protégé à vie, ils peuvent se manifester pour donner leur accord pour la transmission de toutes ces données aux enfants qui en feront leur demande. S’ils ne le font pas (par ignorance de ce changement de cadre législatif ou par souhait de rester anonymes) leurs données ne seront pas communiquées aux personnes nées de leur don et les gamètes éventuellement restant en stock seront détruits.
Tout au long du processus législatif, Alliance VITA n’a eu de cesse d’expliquer les enjeux sanitaires, éthiques et juridiques au regard de ces basculements majeurs.
Dès avant la modification de la loi qui réservait l’accès de la PMA aux personnes confrontées à une infertilité médicalement constatée, Il y avait plus de demandes d’accès aux dons que de donneurs.
La rareté des donneurs témoigne qu’il n’est pas si simple de procéder à des dons de gamètes, car en transmettant une part de son patrimoine génétique c’est sa paternité ou sa maternité potentielle qui est en jeu.
C’est pourquoi Alliance VITA a plaidé pour de véritables recherches sur les causes de l’infertilité, notamment comportementales et environnementales, et sa prévention ainsi que pour une recherche active sur la restauration de la fertilité proprement dite, pour limiter le recours à la PMA et en particulier la PMA avec donneurs.
Aujourd’hui, Il y a donc, et c’était prévisible, une pression exercée pour que des centres à but lucratif voient le jour. Avec derrière, un réel risque de basculer dans un marché de la procréation, déjà à l’œuvre dans d’autres pays.
L’ouverture à l’autoconservation des ovocytes est un procédé qui crée et instrumentalise l’anxiété des femmes à ne pas pouvoir avoir d’enfant, tout en les encourageant à repousser à plus tard leur grossesse, instituant ainsi une perte de chance. Le passage par la FIV étant rendu indispensable, leur faible taux de succès se voit en plus aggravé lorsque l’âge avance. Cette fausse « assurance maternité » crée en réalité un nouveau marché sur le ventre des femmes.
Enfin, il convient de rappeler que notre pays a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant. Un texte à valeur juridique internationale et contraignant – supérieur aux lois nationales – qui dispose le droit pour tout enfant, dès sa naissance, à un nom, une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux. Cette PMA dite « pour toutes » qui organise la conception d’un enfant d’une manière qui fait volontairement disparaitre le père en lui permettant un simple accès à « l’identité » de son « géniteur » et seulement à sa majorité rentre en contradiction avec ce droit international, ratifié par la France, qui vise à protéger les enfants.
L’intelligence artificielle est un esprit de synthèse hyperperformant qui analyse, classe et accumule les données. L’intelligence humaine ressent, crée, joue avec les données et oublie l’inutile pour une performance moins puissante mais bien plus intuitive. L’IA est un outil d’exception qui sait lire les radios, doser les médicaments, aider le vivant en l’analysant à une échelle qu’aucun médecin humain ne peut atteindre. Elle est plus performante pour certains diagnostics, thérapeutiques, chirurgies. On peut ainsi dire qu’elle est, au moins dans certains domaines, un meilleur médecin.
Mais le diagnostic repose pour une bonne partie sur la communication non verbale, les gestes du patient et certains traitements marchent mieux si ce dernier est informé, rassuré. Ainsi, la médecine de l’IA nous invite à remettre la relation humaine du médecin avec son malade au centre du jeu.
Des discours banalisés prétendent qu’on pourrait se passer du réel biologique, de la différence sexuelles entre hommes et femmes au profit de singularités choisies fondées sur les seuls « ressentis ». Ces discours mensongers relevant de l’idéologie sont transmis sur les réseaux sociaux où de nombreux adolescents en mal d’identité viennent chercher des solutions à leur malaise.
Au nom de l’« autodétermination » – véritable slogan qui séduit tous les progressistes – je suis libre de choisir le corps que je veux – des enfants et des adolescents sont convaincus qu’ils peuvent changer de sexe à l’aide de traitements hormonaux voire de chirurgies mutilantes.
Notre volonté en son libre arbitre ne se donne pas à elle-même sa propre loi. Ce n’est pas elle qui décide de vouloir ce qui est bon. Or, en vérité, la liberté suppose de savoir que cette liberté ne s’épuise pas dans la simple possibilité de réaliser tous nos désirs. Mieux que libre de suivre nos impulsions, nous sommes libres pour un bien qui nous dépasse et qui est le nôtre, à commencer par le bien commun de la communauté humaine.
Antispécisme : Peut-on encore défendre l’homme aujourd’hui ? – Paul Sugy
« L’homme des antispécistes est sans limite » au sens où plus aucune frontière ne le sépare du reste du vivant. C’est un homme au contour trouble et incertain, un homme qui doute de lui-même et de sa superiorité sur l’animal. Cet homme-là achèverait de se déconstruire, dans son rapport au monde et dans sa perception de lui-même.
Ayant déjà renoncé aux frontières entre les nations puis entre les sexes, il abolirait celles entre les espèces, écroulant ainsi l’une des dernières digues qui lui permettaient encore de se croire le dépositaire d’une identité. Dans l’élimination de ses prétentions, cet homme-là croit s’accomplir en s’effaçant. Il ne fait en réalité que précipiter son extinction.
Aujourd’hui la grossesse s’inscrit dans ce que l’on nomme un « projet parental ». Si la grossesse est programmée, décidée, on va tout faire pour la conduire à terme ou déployer de grands efforts avec la procréation artificielle. Si elle n’est pas « désirée », l’avortement peut-être fréquemment l’issue, notamment en cas d’échec de contraception.
Cette approche n’est pas sans conséquences : elle méconnait l’ambivalence du désir et l’impact de l’emprise de la médecine sur la procréation, sources de malentendus pour beaucoup de nos contemporains.
La seule question qui vaille est : « Une liberté pour faire quoi ? ». Ainsi, ce qui nous rend libre c’est avant tout d’avoir encore et toujours la capacité à former des projets qui valent la peine qu’on se lève et qu’on se batte. Paradoxalement une vraie liberté est toujours au service d’un bien, lumière pour l’intelligence, élan pour la volonté. Ne défendons pas les libertés dans un objectif stérile de préservation d’elles-mêmes :
La liberté se prouve et s’éprouve dans l’engagement, l’engagement se déclenche quand l’amour entre en scène. Ainsi ma liberté s’arrête non pas là où commence celles des autres : ma liberté s’arrête lorsque je n’ai rien à aimer, lorsque je ne vois plus rien qui vaille la peine d’être sauvé.
Décider d’aimer la vie et vouloir un monde où chacun ne roule pas pour soi, voilà précisément le coeur de notre liberté : c’est à la valeur de nos objectifs que se mesure notre liberté.
Il ne s’agit pas de freiner la quête de connaissance ou l’innovation mais à un moment, l’homme doit se demander : ce progrès techniquement faisable est-il souhaitable et débouche-t-il réellement sur un progrès humain ? Dans La fin de l’homme, Francis Fukuyama, pose les enjeux de la révolution biotechnique en ces termes :
Nous n’avons à accepter aucun de ces mondes futurs sous le faux étendard de la liberté, qu’il soit celui des droits de reproduction illimités ou celui de la recherche scientifique sans entraves. Nous ne devons pas nous considérer nous-mêmes comme les esclaves obligés d’un progrès technologique inéluctable, si ce programme n’est pas mis au service de finalités humaines. La liberté véritable signifie la liberté, pour les communautés politiques, de protéger les valeurs qui leur sont les plus chères et c’est cette liberté-là qu’il nous faut exercer à l’égard de la révolution biologique d’aujourd’hui.
L’issue ? Repenser la vie et la procréation humaines. Pas seulement dans les laboratoires mais au fond de chacun de nous.
Dans son dernier essai : L’impasse de l’euthanasie, Henri de Soos analyse en profondeur les cinq principaux arguments en faveur de l’euthanasie. Il en montre la pertinence plus ou moins forte, en souligne les limites, en dévoile les incohérences. Il met en lumière les dangers de renoncer à « l’interdit de tuer », fondement essentiel de notre relation entre soignants et soignés.
« La liberté de quelques-uns ne doit pas l’emporter sur la fraternité envers tous, à commencer par les plus fragiles ».
On doit s’interroger sur la nature de la liberté de la personne qui n’aperçoit pas d’autre choix possible que celui de se supprimer ou d’être supprimée. On est aussi en droit de se demander si le concours du corps social à l’exercice de ce qui se présente comme une liberté ne conduit pas, en réalité, à proposer une « offre » singulière et mortifère aux personnes en détresse. Ce droit de quitter la vie serait bien sûr encadré dans une première étape, mais nul ne peut douter que sa dynamique conduirait à demander constamment l’extension de ses indications. Nous devrions être alertés par les témoignages de soignants belges accablés par les dérives de leur législation.
Une chanson de Jean-Jacques Goldman évoque une femme qui « vit sa vie par procuration, devant son poste de télévision » et qui « finira par trouver ça normal ». Accrochés aux écrans qui nous alimentent en continu, risquons-nous de leur ressembler ? De vivoter, comme les personnages de Matrix, qui rêvent, plongés dans un bain régressif et n’agissent plus ? Sommes-nous en train de nous priver de la « vraie vie » par excès de télévision et d’internet ? L’image animée agit comme une drogue. Nos cerveaux réclament leur dose, de plus en plus forte.
20 ans d’euthanasie en Belgique : un anti-modèle pour la France
Alliance VITA voit dans la situation belge un anti-modèle pour la France, 20 ans après le vote d’une loi dépénalisant l’euthanasie alors qu’Emmanuel Macron s’est dit à titre privé favorable au « modèle belge » dans certains cas.
Le nombre d’euthanasies officiellement recensées a décuplé en 20 ans pour atteindre 2699 en 2021 soit un décès sur quarante en Belgique. Ce chiffre tranche radicalement avec l’argument avancé en 2002 selon lequel l’euthanasie devait être seulement permise dans des situations exceptionnelles.
En effet, la réalité belge montre l’inefficacité des gardes fous qui devaient éviter ces dérives : l’application élastique de la loi est d’ailleurs dénoncée dans une étude parue en 2021 dans le Journal of Medicine and Philosophy.
Cette étude rappelle la persistance des euthanasies clandestines : 30% des euthanasies ne seraient pas déclarées en Flandres, région qui concentre 75% des demandes. La Commission qui prétend contrôler a posteriori le respect de la loi, sur la base de la déclaration des médecins, admet elle-même qu’elle n’a pas les moyens de contrôler les euthanasies non déclarées ! Les médecins membres de la Commission peuvent même être amenés à se prononcer sur la conformité de leurs propres euthanasies !
Au fil des rapports de la Commission de contrôle, s’opère un glissement vers l’acceptation de cas d’euthanasies pour des pathologies mentales ou des polypathologies avec un laxisme choquant quant à l’appréciation de l’incurabilité et de la notion de souffrance qui ne pourrait être soulagée. Le nombre d’euthanasies pratiquées sur des personnes qui ne sont pas en fin de vie a ainsi doublé ces dix dernières années :
l’approche subjective de la souffrance a par exemple conduit la commission à valider une euthanasie pour une maladie de l’œil ! L’addition de pathologies en rien mortelles constitue le mobile d’une euthanasie sur 5 en 2021 ;
plusieurs dizaines d’euthanasies sont pratiquées chaque année pour des pathologies mentales (dépression, autisme…). Des praticiens belges se sont insurgés contre cette possibilité d’euthanasie qui fragilise les personnes souffrant de troubles psychiques, pointant ses effets délétères sur la prévention du suicide.
Alors qu’en 2014, la loi a été élargie aux mineurs, contre l’avis de nombreux pédiatres, des membres de la Commission fédérale de contrôle plaident aujourd’hui pour élargir encore la pratique euthanasique aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
Pour le porte-parole d’Alliance VITA, Tugdual Derville : « Les scandales de l’anti-modèle belge ont au moins le mérite de nous montrer la façon dont, à partir de prétendues exceptions, une société peut basculer, étape par étape, dans une culture d’exclusion – voire d’auto-exclusion – des plus vulnérables. Avec – c’était logique – des soins palliatifs déboussolés et dénaturés… Règle d’or de la confiance entre soignants et soignés, l’interdit de tuer ne souffre pas d’exception. Cet interdit protecteur encourage la créativité indispensable pour faire avancer la recherche et améliorer l’accompagnement des personnes fragiles. De même, aucune catégorie de personne ne doit être privée de la politique de prévention du suicide. Face à ce piège des prétendus cas-limite, à partir duquel la Belgique a tant dérivé, nous devons reconnaitre que les plus fragiles méritent davantage d’attention : la France doit promouvoir de nouvelles manières d’accompagner les personnes âgées et rendre les soins palliatifs accessibles à tous et partout. C’est la voie choisie par le législateur dès 2005 : ni acharnement thérapeutique, ni euthanasie, mais soulagement de la souffrance, accompagnement et soins palliatifs. »
Dans le cadre de la 10e edition de l’Université de la vie organisée par Alliance VITA, Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA, présente en quelques mots le thème de la 2e soirée consacrée au sujet : corps fragiles – corps augmenté.
La médecine prédictive désigne les capacités nouvelles, notamment en génétique, de prévoir les affections qui frapperont une personne.
Deux illustrations :
La première est celle d’Angelina Jolie lors de sa mastectomie. Elle découvre son risque de cancer de 87%.La médecine nous annonce par avance la catastrophe qui risque d’arriver. Cela n’annule pas complètement le risque mais le réduit fortement. On va s’interroger sur toute la famille mais aussi toute la descendance. Il y a des tensions entre le désir, le souhait de comprendre et de prédire. Où est-ce que cela nous mène ?
La seconde illustration est celle de la maladie de Huntington, une maladie très lourde et douloureuse avec une fin difficile. C’est une maladie héréditaire et le diagnostic permet de dire avec une quasi certitude si vous êtes atteint. Il y a le désir de savoir pour préparer l’avenir, mais aussi le droit de ne pas savoir. Nous avons le droit de ne pas savoir.
On peut faire beaucoup chez l’adulte mais aussi en prénatale avec le risque de sélection eugéniste. Cependant, le déterminisme génétique n’est pas absolu car la maladie est multifactorielle.
Il s’agit dans tout les cas, d’un bouleversement immense dont certains espèrent bien profiter. Des sociétés privées se lancent dans le commerce des tests génétiques, s’installe progressivement dans une course au dépistage. On doit compter environ 1 000 dollars environ pour se faire analyser génétiquement avec la garantie de connaître ses risques mais aussi son histoire.Un peut aussi imaginer un jour l’apparition de tests de détection pour analyser les risques éventuels dans la procréation, connaître la « compatibilité ».
Tout cela va vite, mais les autorités reconnaissent leur impuissance face à la loi du marché. La boîte de pandorre est déjà ouverte. Le premier risque c’est l’eugénisme avec la sélection génétique prénatale. Mais aussi la discrimination à l’embauche, à l’assurance.Cette évolution de la médecine nourrit le fantasme de toute puissance. On pourra connaître toutes nos fragilités, c’est en quelque sorte la fin d’une certaine innocence.
« La médecine prédictive, oui si c’est pour mieux soigner mais certainement pas pour discriminer. »
Intervention de Tugdual Derville « Pourquoi le corps » dans le cadre de la 10e édition de l’Université de la Vie, un cycle de formation bioéthique organisé par Alliance VITA.
Les besoins de l’âme, clés de la dignité – Martin Steffens
« Tout le monde a conscience qu’il y a des cruautés qui portent atteinte à la vie de l’homme sans porter atteinte à son corps. Ce sont celles qui privent l’homme d’une certaine nourriture nécessaire à la vie de l’âme. » Simone Weil
La définition de la personne ne sera jamais aboutie car l’Homme ne peut être enfermé entre des mots à moins d’y perdre sa liberté, sa créativité, ses spécificités humaines.
Les enjeux de la fin de vie – Jeanne Bertin-Hugault
L’épidémie de coronavirus en France a révélé les problèmes d’organisation des soins, les difficultés éthiques, le manque de moyens dédiés à l’accompagnement des personnes âgées.
Fort des expériences bouleversantes que m’ont fait vivre les personnes souffrant de troubles cognitifs du type de la maladie d’Alzheimer, j’ai souhaité partager ce que peut être cette affection pour le malade. Il existe toujours, jusqu’aux derniers instants, une manière de communiquer, de partager et de s’humaniser, de se personnifier l’un, l’autre.
L’inhumanité, c’est ce qui arrive quand l’humanité est devenue un attribut que j’interroge chez l’autre au lieu d’être d’abord l’attitude que j’exige de moi.