La liberté de conscience – Grégor Puppinck
Grégor Puppinck vient nous questionner sur la place laissée à la liberté de conscience dans les sociétés libérales.
Grégor Puppinck vient nous questionner sur la place laissée à la liberté de conscience dans les sociétés libérales.
La nomination d’Elisabeth Borne, le lundi 16 mai, comme Premier ministre pour le second quinquennat du président de la République, confirme la posture d’alerte d’Alliance VITA.
Avant sa réélection, Emmanuel Macron a annoncé qu’il opterait pour une « convention citoyenne » pour trancher le débat sur la fin de vie. Cette annonce a provoqué l’inquiétude d’Alliance VITA qui a détaillé ses 7 réticences dans une note.
Beaucoup de choses sont à faire pour toujours mieux accompagner la fin de vie. Parmi les priorités, une réforme sur les hôpitaux en France et le développement des soins palliatifs. Le président de la Fédération hospitalière de France, s’alarme cette semaine de la fermeture de services d’urgences « dans toutes les régions », et de spécialités en tensions : « L’heure est aux mesures rapides, ambitieuses, fortes et durables. »
A l’approche des élections législatives, Alliance VITA réaffirme la nécessité de maintenir l’interdiction de l’euthanasie et du « suicide assisté » dans toutes les situations :
En réalité, les cas dits « limites » désignent les situations de plus grande vulnérabilité et non pas des cas cliniques insolubles. Ils nécessitent une meilleure organisation et un accompagnement plus intense.
Le Pr Eric Fiat, philosophe et professeur d’éthique médicale, souligne que pour Kant « le mal vient de l’exception » et alerte sur le fait que « prévoir des exceptions à des interdits fondamentaux, c’est courir le risque d’oublier l’ampleur de la transgression en jeu. » Emmanuel Kant a laïcisé la conception ontologique de la dignité dans les Fondements de la métaphysique des mœurs : « Les choses ont un prix, mais l’Homme a une dignité, laquelle est sans degrés ni parties ». La dignité ne nous vient plus de notre ressemblance avec Dieu, mais de la présence en nous de la même loi morale, source d’émerveillement.
Cette conception ontologique de la dignité se différencie d’une conception « posturale » qui pourrait avoir comme synonyme la « décence » et comme antonyme le « laisser-aller ». Si on ne peut perdre sa dignité, on peut en perdre le sentiment. Lorsque la dignité n’est pas reconnue par les autres, le sentiment de dignité est anéanti : il y a des conduites et des conditions indignes de la dignité de l’Homme. Alors que les soignants, s’efforcent d’assurer aux mourants les conditions les plus dignes possible de leur dignité, une réforme de la loi sur la fin de vie fait craindre que le sens postural de la dignité ne prenne le pas sur l’ontologique.
Le fait de rendre une maladie « éligible à l’euthanasie » est une violence supplémentaire qui s’ajoute à la violence du diagnostic d’une maladie incurable. Dans son livre récent, L’impasse de l’euthanasie, Henri de Soos souligne que quand un pays change de législation, la loi possède un caractère normatif qui contribue à changer les mentalités, puis les comportements des citoyens : « Les partisans de l’euthanasie, dans leur approche individualiste d’une nouvelle liberté à conquérir, refusent de prendre en compte ce caractère normatif de la loi. Ils affirment ne vouloir répondre qu’à des cas exceptionnels de souffrances insupportables, et ne veulent surtout pas voir les conséquences sur l’ensemble du corps social. »
Ainsi en votant en 1981 la suppression de la peine de mort, le Parlement français a indiqué à l’ensemble de la nation que le droit à la vie est « le premier des droits de l’Homme », et que « personne ne peut disposer de la vie d’autrui » – ce que rappelait avec force en 2008 Robert Badinter et qui l’a amené à prendre logiquement position contre la légalisation de l’euthanasie, même sous forme « d’exception ».
Les nombreuses dérives dans les pays qui ont légalisé l’euthanasie révèlent que ce qui devait rester un acte exceptionnel tend à se banaliser progressivement : dans tous les pays concernés, le nombre officiel d’euthanasies ou de suicides assistés augmente année après année.
Henri de Soos rappelle aussi que l’euthanasie est une exception à la règle universelle de l’interdit de tuer : « au total, seuls une dizaine de pays ont à ce jour voté démocratiquement et mis en œuvre des lois réellement applicables, et souvent de façon partielle dans les pays à structure fédérale. Ils ne représentent qu’environ 5 % des 195 États reconnus par l’ONU, et certainement beaucoup moins en pourcentage de la population mondiale. Très minoritaires, ils constituent davantage une « exception à la règle » que l’anticipation d’une nouvelle règle universelle.»
Alliance VITA réaffirme que « la ligne rouge à ne pas franchir pour que l’on puisse vivre en société, c’est l’interdit de tuer ». C’est déjà ce sur quoi elle avait insisté lors de son audition par le groupe Fin de vie du Comité Consultatif National d’Ethique en octobre dernier. Son rapport tarde et semble diviser : ses conclusions pourraient être rendues avant l’été.
Au-delà des enjeux médicaux, l’enjeu est culturel et concerne tous les citoyens : l’interdit de tuer, fondateur de la confiance entre soignants et soignés, est moteur de la créativité nécessaire pour encourager la recherche et améliorer l’accompagnement des personnes fragiles.

La guerre en Ukraine se poursuit avec son cortège de drames humains, dont les conséquences de la GPA pratiquées sur son sol font partie. Les déplacements de population civiles sont immenses. Le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU publie des estimations vertigineuses. Sur une population de 45 millions d’habitants, 6 millions auraient quitté leur pays et 7 millions seraient déplacés au sein de l’Ukraine. Parmi tous ces déplacements tragiques, quelques femmes, mères porteuses ayant signé des contrats avec des agences de GPA, sont arrivées en France récemment afin, selon l’expression d’un père commanditaire, de « finir le programme en France« . La mécanique juridique, alors que les contrats de GPA sont illicites en France, utilise l’accouchement sous X avec reconnaissance préalable de paternité par le donneur de sperme. Une procédure d’adoption permettra ensuite à la compagne d’être reconnue comme la mère de l’enfant.
De ces quelques situations douloureuses pour la mère qui porte l’enfant et ce bébé, certains argumentent en faveur d’une légalisation, d’un « encadrement ». Le raisonnement est le suivant : une pratique légale dans un pays finit toujours par s’exporter dans les autres pays. De même que des produits illicites peuvent être importés dans un territoire, de même pour des services. A l’heure de la mondialisation, rien ne servirait de défendre un interdit, selon certains juristes. Argument surprenant, pour plusieurs raisons. Tout d’abord la contestation de la « mondialisation heureuse« , cette promesse des années 2000, se fait toujours plus forte, en particulier sur les coûts écologiques et sociaux. Surtout, parler de la mondialisation, c’est reconnaître sans s’émouvoir de la nature profondément marchande de la pratique de la GPA. Mondialisation, division du travail, échanges transfrontaliers, ce vocabulaire s’applique aux biens. Mais est-il éthique de l’appliquer aux personnes ? Derrière ces cas difficiles médiatisés, transparait ainsi une réalité plus sordide. Selon un de ses promoteurs, « la GPA doit être un business sinon ça ne marche pas« . Tout « business » est-il incontournable ?
Cet appel à l’encadrement des pratiques met en lumière une mécanique bien huilée. L’exception doit confirmer la règle, et au bout de compte la règle est devenue une exception. Dans une tribune récente, un argument équivalent était présenté. L’interdiction crée les filières parallèles, voire des trafics. Appliquer ce raisonnement à l’ensemble des activités ou de l’économie conduit rapidement à en voir l’absurdité. Argument ad hoc, il accroche par son constat factuel. L’interdiction de la traite humaine, ou du travail des enfants n’empêche pas son existence, malheureusement. Faut-il renoncer à leur interdiction ? Et si l’objection à cet argument est que dans le cas de la GPA, il y a consentement de la mère porteuse, il est important de se pencher sur les conditions de ce consentement.
Sur les quelques cas de femmes ukrainiennes accouchant en France, des avocats de cette pratique ont mentionné l’état de nécessité comme une justification de pratique visant à contourner la loi française. De fait, la guerre provoque des bouleversements imprévus et douloureux. Elle produit des dangers réels, imminents, qui nécessitent la sauvegarde des personnes, en particulier civiles. Mais cette situation visible ne peut occulter la cause de départ de la GPA, à savoir l’état de nécessité de femmes pauvres recourant à cette pratique afin de survivre. Concernant l’Ukraine, de nombreux reportages l’ont amplement montré. Le salaire d’une grossesse équivaut à 5 années de salaires dans certains cas. L’état de nécessité à adresser est donc le terreau d’injustice qui pousse ainsi des femmes à accepter un contrat sur leur corps.
Le garde des Sceaux Eric Moretti avait affirmé que « la GPA est une ligne rouge que nous ne souhaitons absolument pas franchir ». Cependant, laisser cette pratique s’instaurer, accepter qu’elle soit objet de publicité en France, ne pas lutter contre la GPA au plan international, autant d’attitudes qui risquent de grignoter cette ligne au point qu’il n’y aura plus besoin de la franchir.
La guerre est une entreprise qui cause des dégâts sans retour. La GPA aussi. L’urgence demeure d’interdire la GPA et le trafic des mères porteuses au plan international.
Pour aller plus loin : [Vidéo Replay] – Webinaire « La réalité de la GPA » – Alliance VITA
« Née parmi les plus pauvres, l’adoption, cette « renaissance » m’a donné la chance de grandir dans un milieu protégé et privilégié. Mais je n’oublie pas d’où je viens. »
Après la publication sur le site Politico de l’avant-projet de décision de la Cour suprême sur le droit à l’avortement, la prestigieuse revue scientifique médicale The Lancet a réagi fortement dans un éditorial daté du 14 mai 2022 et intitulé “Pourquoi Roe vs Wade doit être défendu”, repris le jour même dans plusieurs médias français.
On peut lire notamment que « : “Si la cour suprême confirme sa décision provisoire (qui aboutirait à transmettre la compétence de l’avortement au niveau des Etats), alors des femmes vont mourir (…). Les juges et leurs supporters auront du sang de femmes sur leurs mains”.
Pour étayer cette affirmation, l’éditorialiste s’appuie sur les chiffres de l’OMS relatifs au nombre de grossesses non intentionnelles, au taux d’avortements associés et aux proportions d’avortements considérés comme non sécurisés.
Dans une publication du 8 mars 2022, l’organisme international recommandait en effet de supprimer tout délai d’accès à l’avortement au motif que les restrictions légales, non seulement ne réduiraient pas le nombre d’avortements mais s’accompagneraient aussi d’une augmentation du taux d’avortements non sécurisés et d’une augmentation du taux de mortalité maternelle.
Dans un décryptage daté du 8 avril 2022, Alliance VITA a analysé les données sur lesquelles reposaient ces affirmations : les estimations et extrapolations montrent d’importants biais. Ainsi, un article publié en 2020 dans The Lancet et utilisé par l’OMS calcule qu’entre les périodes 1990-95 et 2015-19, le taux d’avortement estimé dans les pays l’ayant libéralisé aurait baissé de -43%. A contrario, les pays à fortes restrictions, auraient vu leur taux d’avortement estimé augmenter de +12%.
Or la Chine et l’Inde, où l’avortement est légal, ont été exclues des estimations. Lorsqu’on réintègre ces deux pays, représentant près de 3 milliards des 7,9 milliards habitants sur terre, la baisse dans les pays où l’avortement est libéralisé n’est plus que de -8%. Plus encore, sur la période 2015-19, le taux d’avortement dans ces pays dits « libéraux » est supérieur de 11% à celui observé dans les pays à fortes restrictions.
Ainsi, la réintégration des “données” non mentionnées par l’OMS contredit ses conclusions et ne permet pas de faire un lien entre la légalisation et une baisse des avortements.
Par ailleurs, selon les auteurs de l’éditorial, 3/5ème des 120 millions de grossesses non intentionnelles aboutiraient à un avortement dont 55% seraient estimés comme étant sûrs. « Ainsi, 33 millions de femmes subissent des avortements non sécurisés, leur vie étant mise en danger parce que la loi restreint l’accès à des services d’avortement sûrs. »
Pourtant un autre article publié dans leurs propres colonnes en novembre 2017 indiquait qu’: “aucune association claire n’a été observée entre les proportions d’avortement non sécurisés et les taux de mortalités maternelles”
Poursuivant sur la situation particulière des femmes afro-américaines, l’éditorial précise que “le taux de mortalité maternelle des femmes noires aux Etats Unis, auquel l’avortement non sécurisé contribue largement, est presque 3 fois plus élevé que celui des femmes blanche non hispaniques”.
Selon les statistiques nationales par origine ethnique, le taux de mortalité maternelle des femmes noires aux Etats Unis est en effet entre 2,5 à 2,9 fois plus élevé sur la période 2018-2020 que celui des femmes blanches non hispaniques. Les causes de la mortalité maternelle aux Etats Unis ont, quant à elles, été étudiées de manière approfondie dans une publication datant de mai 2021 et intitulée Maternal Mortality in the United States.
L’avortement n’y figure pas comme un facteur important de la mortalité maternelle. En effet, parmi les 658 mères décédées lors d’un accouchement en 2018 (dont 205 femmes noires), l’avortement considéré au sens très large (incluant les fausses couches, les grossesses extra utérines, les IVG, IMG…1 ) représente 7,6% des causes de décès loin derrière l’hypertension, les maladies du système circulatoire, les embolies et autres. Rien n’indique une surreprésentation de l’avortement (au sens d’interruption volontaire de grossesse) à l’origine de la mortalité maternelle dans la population noire américaine.
Afin de comprendre cette surmortalité maternelle, les auteurs de cette publication soulignent au contraire le rôle des déterminants sociaux tels que “les revenus, le statut social, l’éducation, l’accès au système de santé, le logement, l’environnement physique, le soutien social, la culture.”
Au-delà du débat qui s’ouvre sur la décision à venir de la Cour suprême, Il est paradoxal que The Lancet, en tant que revue scientifique, tire des conclusions aussi hasardeuses et peu scientifiques. Il serait intéressant au contraire, que la revue documente les situations de surmortalité maternelle au sein de la population noire américaine pour étudier les solutions ajustées qui permettent d’améliorer les politiques sanitaires et sociales pour cette communauté.
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Il n’y a nul autre commencement d’une vie humaine si ce n’est le point de l’espace et du temps que constitue la fécondation. S’ensuit alors un développement continu, régulier, prodigieux, sans aucun seuil factice d’humanité à franchir. Chaque personne « est » car elle a d’abord été un embryon.
La pornographie est le cancer de l’imagination. Cette première image, aperçue à 9, 10 ou 15 ans, est sa tumeur.
Aujourd’hui, nous devons lutter contre la marchandisation de l’humain, la disparition du repos du dimanche, ce temps où la production et la consommation doivent être entre parenthèses pour permettre la vie familiale, personnelle, associative et spirituelle.
Qu’est-ce qu’exister ? Nous vivons une période extraordinaire de mutation et de bouleversement, qui nous appelle à nous adapter. Retrouver l’harmonie avec la terre, avec la vie, avec l’autre et avec soi-même est la voie pour un bonheur qu’une société de consommation individualiste ne peut donner malgré ses promesses.
« Qu’on soit amoureux de l’humanité, de l’histoire, du patrimoine, (…) d’un paysage, de fleurs ou de la biodiversité et de bien d’autres choses encore, deux constats (…) : on ne défend avec justesse que ce que l’on aime ; on ne peut aimer avec pertinence que ce qu’on connaît. »
La médecine elle-même est devenue otage du désir, en lien d’ailleurs, avec la redéfinition de la santé par l’OMS en 1946 : « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie et d’infirmité. »

L’évaluation chiffrée de l’avortement aux Etats Unis s’appuie généralement sur deux sources différentes. La première source est publique : il s’agit du Center for Disease Control and Prevention, CDC, une agence fédérale dépendant du Département (ministère) de la Santé et basée près d’Atlanta (Géorgie). La seconde source régulière est privée : il s’agit de du Guttmacher Institute, un institut fondé en 1968 par Alan Guttmacher et basé à New York. Alan Guttmacher était un gynécologue obstétricien américain, qui a présidé la PPFA (Planned Parenthood Federation of America), le planning familial américain de 1962 à 1974. Il a également fondé l’ASA (Association for the Study of Abortion, association pour l’étude de l’avortement) en 1965 et a été le vice-président de l’American Eugenics Society.
Le site du CDC fournit à la fois des chiffres sur l’avortement et des informations sur la collecte de ces données. Etant une agence fédérale, le CDC s’appuie généralement sur 52 « reporting areas » qui sont en fait les Agences de Santé de chaque Etat américain, ainsi que la Capitale (Washington District of Columbia) et la ville de New York. Il est important de noter qu’il n’y a pas d’obligation de remontée des chiffres. La collecte du CDC se fait sur une base de volontariat. Ainsi, la Californie et le New Hampshire ne fournissent pas des données au CDC depuis plusieurs années. Le CDC a démarré cette collecte, sous le nom de « CDC Abortion surveillance system » depuis 1969, dans un rapport plus global appelé MMWR (Morbidity and Mortality Weekly Report). Le rapport le plus récent publié en 2021, porte sur 2019. Entre 2010 et 2019, 48 régions ont chaque année remonté des chiffres vers le CDC. En 2019, le CDC fait état d’environ 630000 avortements dans 49 régions (La Californie, le Maryland et le New Hampshire n’ont pas reporté). Le taux d’avortement, défini pour 1000 femmes âgées de 15 à 44 ans, se situe à 11.4 pour mille dans les régions ayant reporté des chiffres. Par comparaison, le taux en France se situe à 15.7 en 2019. Les femmes âgées de 20-24 ans et de 25-29 ans représentent respectivement 27.6% et 29.3% des femmes ayant avorté aux Etats Unis. Environ 18% des grossesses se terminent ainsi par un avortement provoqué. Du point de vue de l’avancement de la grossesse, 79.3% des avortements ont lieu lors des 9 premières semaines de grossesse et 92.7% ont lieu avant la quatorzième semaine. L’origine ethnique des femmes ayant avorté est l’objet de nombreux commentaires dans les médias récemment. Sur les 29 régions fournissant des données, les femmes afro-américaines représentent 38.4% des avortements, avec un taux d’avortement de 23.8 pour mille. La population américaine d’origine africaine représentant 12.7% de la population américaine, la disproportion est donc très importante. Le revenu moyen des ménages américains en 2019 est estimé par le Census Bureau, équivalent américain de l’INSEE, à 67000 dollars contre une moyenne à 45870 dollars pour la population afro-américaine. Ces indications montrent une situation similaire à celle de la France, où l’avortement peut s’avérer un marqueur d’injustice sociale. D’une part le taux d’avortement est nettement supérieur à la moyenne française dans certains départements d’outre-mer, et d’autre part les femmes en situation de précarité y ont davantage recours.
Un dernier fait notable : le taux d’avortement varie fortement entre les « reporting areas ». Il est le plus élevé dans la ville de New York, à 27.2 pour mille, et le plus bas dans le Missouri à 1.2. Le Texas se situe à 9.5 et l’Etat du Colorado, le premier à avoir dépénalisé l’avortement en 1967 se situe à 7.6. Alliance VITA a publié une note analysant le lien possible entre législation et nombre d’avortement, suite au rapport de l’OMS abordant cette question.
Malgré des données incomplètes, les chiffres reportés par le CDC montrent une tendance à la baisse au niveau national du taux d’avortement depuis un pic de 25 pour mille en 1979. Ce taux était autour de 14 en 1973, année de l’arrêt Roe vs Wade (voir notre FA à ce sujet). Le taux passe aux alentours de 16 en 2000, et poursuit une baisse lente sur les deux dernières décennies. Cette baisse a lieu dans un contexte de baisse de la natalité et de vieillissement de la population. Si la population américaine est passée de 249 M en 1990 à 330 M en 2020, date du dernier recensement, le taux de naissance a baissé sur la même période de 16.7 à 11.4 (nombre de naissances pour 1000 habitants).
Le Guttmacher Institute produit des données à partir de remontées faites par les établissements. Les enquêtes ne sont pas conduites chaque année. Les données disponibles sur le site date de 2017 et font état d’un taux d’avortement à 13.5 pour mille, avec un total d’avortement pour les Etats Unis de 862320. Les chiffres de l’institut montrent la même tendance longue à la baisse pour le taux d’avortement sur les dernières décennies.
Au total, en matière de santé publique ces données mettent en lumière la nécessité pour les Etats d’étudier la nature des facteurs, sociaux, économiques, culturels, et également les pressions, qui influencent le recours à l’avortement. Cela pourrait aider à mettre en oeuvre des politiques de prévention de ces situations et d’apporter des aides adaptées.
Valérie Boulanger tire de son expérience d’accompagnement auprès de personnes en difficulté « des clés pour endurer ». Elle nous invite à renouer avec le temps et à nous tourner vers les autres.
En réfléchissant à ce qui nous permet à chacun de prendre sa place, Blanche Streb nous montre que ce n’est pas ce que nous apportons à notre vie qui lui donne du sens, mais l’orientation que nous lui donnons : « l’enjeu n’est pas tant de créer ou d’inventer de toutes pièces notre mission, mais de laisser la place en nous, pour se laisser révéler notre mission ».
Thierry et Frédérique Veyron la Croix témoignent de leur engagement au sein de la « Maison des familles », une association qu’ils ont fondée dans les années 2000 qui propose un accompagnement des familles, des couples, des enfants et des jeunes, par des formations à la communication, à l’estime de soi, à la gestion des conflits.
Par leur exemple simple, incarné et engagé, ils nous encouragent : « Prenez le soin de ralentir, de creuser en vous, de savoir là où vous vous sentez appelés ».
François Xavier Pérès propose une réflexion sur la place de chacun, de manière à la fois très personnelle et collective.”Nous n’avons pas qu’une seule place à tenir, il y a sans doute un enjeux d’équilibre. Nous avons tous plein de rôles, au sein de notre famille, dans notre milieux professionnel, à travers nos engagements, nos loisirs”. Ainsi, «Prendre sa place n’est pas simplement choisir le rouage qu’on souhaite être dans la grande machine de l’Histoire ou du monde. […]. C’est accomplir sa vie, dans toutes ses dimensions ». Pour le Président d’Alliance VITA, il faut «tenir son poste en considérant comme une aventure, un devoir et un honneur d’être associé à la marche du monde».
Partant du constant que notre société vit aujourd’hui un tournant de son histoire, Tugdual Derville nous appelle à nous «décontaminer de l’individualisme intégral et de ses avatars » et s’appuie sur 5 constats pour que l’homme puisse faire preuve de plus d’humanité, qu’il soit un acteur de la société, un embellisseur et un réparateur du tissu social.
Accueillir la fragilité humaine comme terreau du progrès et du développement ; oser la rencontre ; revenir au réel ; cultiver notre intériorité ; développer une conscience éthique et une responsabilité morale pour orienter le progrès technique ; ne pas subir le monde mais y prendre résolument part … autant de conseils issus de l’expérience d’écoute d’Alliance VITA que Caroline Roux nous livre ici pour éclairer nos manières de progresser.
Dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique Blanche Streb met en garde sur 3 aspects qui faussent notre jugement : la fascination pour la technique, la perte du sens du réel et l’orgueil de toute puissance. Pour penser le sens du progrès d’une autre manière, elle nous propose de progresser en responsabilité, de cultiver l’émerveillement, et de cultiver la fraternité.
Jean-Noël Dumont pose le constat que le progrès fait passer du subi au voulu. La naissance et la mort deviennent pour nous des choix. “Maintenant que nous sommes passés du côté de la puissance, gardera-t-on le souvenir du plus faible ? Faut-il refuser les techniques qui augmentent la maîtrise du vivant ? Non, il faut agrandir notre cœur.”