[CP] – Consultation sur la fin de vie :  Alliance VITA défendra la dignité des plus fragiles

[CP] – Consultation sur la fin de vie : Alliance VITA défendra la dignité des plus fragiles

Au lendemain de l’annonce par Elisabeth Borne d’une consultation sur la fin de vie avant la fin de l’année, Alliance VITA se mobilise pour défendre une société fondée sur l’interdépendance et la solidarité intergénérationnelle.  A l’heure où le système de santé est ébranlé, l’association appelle à ce que cette consultation prenne en compte tous les défis sociaux et humanitaires de la prise en charge de la fin de vie. 

 

Forte de son expérience auprès des personnes confrontées à une fin de vie difficile, Alliance VITA veut que chacune soit soutenue, accompagnée dignement jusqu’au terme de sa vie.

Ne nous y trompons pas, le risque de soulever un tel « débat », c’est de fragiliser le socle de la confiance entre soignants et soignés garanti par l’interdit de tuer alors que nous tentons de sortir d’une pandémie qui a fragilisé et isolé nombre de nos contemporains.

 

Plusieurs urgences doivent être prises en compte :

– urgence à accompagner le vieillissement et la fin de vie ;

– urgence à finaliser une loi grand âge et autonomie ;

– urgence à lutter contre la mort sociale des personnes âgées ou dépendantes ;

– urgence à rendre les soins palliatifs accessibles partout en France.

Enfin, au-delà des engagements politiques nécessaires, nous sommes tous appelés à trouver des façons de vivre qui relient les générations et les rendent solidaires.

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Anonymat du don de gamètes et PMA avec tiers donneur

Anonymat du don de gamètes et PMA avec tiers donneur

Le décret sur la levée de l’anonymat du don de gamètes ne résout pas l’impasse de la PMA avec tiers donneur.

 

A compter de ce 1er septembre 2022, date où prend effet cette mesure de la loi bioéthique de 2021, les enfants qui naitront par procréation artificielle (FIV ou insémination) avec tiers donneur pourront, à leur majorité, demander la levée de l’anonymat de l’homme ou de la femme à l’origine du don de sperme ou d’ovule, et donc à l’origine de leur vie.

 

I. Pourquoi la loi a-t-elle changé ?

 

Le recours au don de gamètes, pratiqué depuis les années 70, a été légalisé en France par la première loi de bioéthique en 1994. Cette technique a été autorisée malgré les graves questions éthiques qu’elle soulève et les risques encourus en invoquant la souffrance et le désir des couples, dans un cadre qui se voulait strict : pour des raisons thérapeutiques (infertilité médicalement constatée), avec pour modèle la procréation naturelle : un homme et une femme, vivants, en âge de procréer. Ces conditions ont volé en éclat avec la loi de 2021 qui supprime légalement toute référence paternelle à certains enfants.

 

Une génération après, ce sont des enfants devenus majeurs qui ont témoigné de la souffrance d’être délibérément privés d’origine.  Ils sont un certain nombre à avoir entrepris des recherches, à avoir créé et à s’être regroupés en association, à avoir témoigné et revendiqué une évolution de la loi.

 

Progressivement leurs voix ont trouvé un écho le 12 avril 2019,  l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a même adopté une recommandation préconisant de lever l’anonymat des donneurs de gamètes, estimant qu’il était contraire aux droits de l’enfant.

 

L’expérience de l’adoption, qui permet de donner une famille à des enfants qui en sont privés, montre déjà combien la séparation d’un enfant de ses parents peut être une épreuve pour lui comme pour ses parents. Provoquer intentionnellement cette rupture se révèle être une grave atteinte à l’identité des enfants.

 

Connaitre ses origines – son père et sa mère – est un réel besoin. C’est la réalité de ce besoin qui a abouti à ce que la loi change. Pourtant, la loi n’a pas remis en question le fondement du problème, mais juste ses conséquences.

 

Par ailleurs, les tests génétiques prédisent la fin de l’anonymat total. Les immenses banques de données génétiques ont déjà permis à de nombreuses personnes nées de dons de retrouver leur géniteur, des demi-frères ou sœurs, grâce à des tests ADN en vente libre à l’étranger, par Internet.

 

II. Ce qui change au 1er septembre 2022

 

Les personnes qui souhaitent désormais donner leurs gamètes (spermatozoïdes et ovocytes) ou leurs embryons congelés doivent accepter que leur identité (nom, prénom, date et lieu de naissance) ainsi que d’autres données non identifiantes (âge, état général au moment du don, situation familiale et professionnelle, caractéristiques physiques, motivations les ayant conduites à avoir donné) puissent être révélées aux enfants issus de ces dons quand ils auront atteint leur majorité, si ceux-ci en font la demande.

Cette levée de l’anonymat ne signifie pas pour autant que les enfants majeurs pourront entrer en contact avec leur père ou leur mère biologique qui demeureront libres d’accepter ou pas une relation. Elle ne modifie pas non plus la filiation fondée sur l’intention établie par la loi de 1994.

 

Pour encadrer ces demandes de levée d’anonymat et ce suivi, une commission a été créée : la Commission d’accès des personnes nées d’une assistance médicale à la procréation aux données des tiers donneurs (CAPADD) dont la composition a été publiée ce 29 août 2022. Placée auprès du ministre chargé de la santé, elle est présidée par un magistrat. Ses membres sont des représentants des ministères de la justice, des affaires sociales et de la santé, ou issus du monde associatif, notamment des associations d’enfants nés de dons anonymes (Origines, PMAnonyme), ou encore de l’Association des Parents Gays et Lesbiens.

 

III. Pour les dons effectués avant le 1er septembre 2022

 

Les dons antérieurs au 1er septembre 2022 resteront anonymes. Néanmoins, les donneurs concernés qui le souhaitent peuvent transmettre rétroactivement à la commission leur identité et leurs informations non identifiantes, et accepter qu’elles soient révélées si un ou des enfants nés de leur don en fait la demande.

 

Les personnes nées d’une PMA avant cette modification de la loi peuvent aussi saisir la commission afin qu’elle contacte leur donneur pour savoir s’il consent à la transmission de ses informations personnelles. S’il refuse, son identité ne sera pas transmise et ses éventuels gamètes congelés restants seront détruits à une date fixée par décret. Mais son anonymat, s’il reste maintenu par l’administration, pourrait être remis en question si des tests génétiques sont entrepris.

 

Ce changement dans les conditions d’accès aux origines est révélateur : le réel revient toujours s’imposer à nous. Le lien biologique ne peut être balayé comme s’il ne comptait pour rien. La loi bioéthique a évolué pour limiter les conséquences pour les enfants nés de dons mais n’a pas remis en cause le fondement du problème. Par ailleurs, le besoin de connaitre ses origines ne débute pas à la majorité, c’est dès la petite enfance que peuvent commencer les questionnements existentiels des enfants.

La loi bioéthique, dans son encadrement des conditions d’accès à la procréation artificielle, promeut de plus en plus une forme de droit à l’enfant. Ce faisant, elle organise des atteintes aux droits de l’enfant, notamment ceux protégés par la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) qui stipule « le droit de l’enfant, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux. »

 

Retrouvez tous nos articles sur la PMA.

don de gamètes campagne pour le don de gamètes : où est l’intérêt de l’enfant ?

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Antispécisme : Peut-on encore défendre l’homme aujourd’hui ? – Paul Sugy

Antispécisme : Peut-on encore défendre l’homme aujourd’hui ? – Paul Sugy

Antispécisme : Peut-on encore défendre l’homme aujourd’hui ? – Paul Sugy

 

L’homme est-il un animal comme un autre ?

« Si l’on regarde le monde à la façon d’un être humain, il n’est pas si simple de dire ce que nous sommes. Pourtant, se poser la question de l’identité c’est déjà prouver qu’on a une conscience humaine. » Paul Sugy nous emmène au cœur de la pensée à l’origine de « la déconstruction » de l’homme. Pour sauver la nature, il faudrait déconstruire l’homme, coupable du nouveau grand crime : celui de l’écocide.

Or déconstruire l’homme c’est aussi déconstruire la nature. Face à l’énergie déployée par les « déconstructeurs », Paul Sugy nous invite à un humanisme fécond fondé sur une responsabilité, humble, joyeuse et tournée vers le monde qui nous entoure.

Ancien élève de l’École normale supérieure et diplômé de Sciences Po Paris, Paul Sugy est journaliste au Figaro, et éditorialiste sur CNews. Auteur de L’Extinction de l’homme (Tallandier, 2021)

Découvrez ici la vidéo : Antispécisme : Peut-on encore défendre l’homme aujourd’hui ? – Paul Sugy

Cet enseignement est tiré d’une des quatre séquences de l’Université de la vie « LA LIBERTE pour quoi faire ? ».

Pour visualiser l’ensemble des quatre séquences, et même télécharger gratuitement le carnet du participant, c’est par ici :

LA LIBERTE pour quoi faire ?

Séquence 1 :  La liberté, aujourd’hui ?

Séquence 2 : Corps et liberté

Séquence 3 : L’ultime liberté, vraiment ?

Séquence 4 : Quelle liberté au futur ?

Avec Alliance VITA :  formons-nous pour agir !

 

antispécisme anti-spécisme spéciste

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Mobilisation « anti-spéciste » le 27 août : une idéologie ambigüe

Mobilisation « anti-spéciste » le 27 août : une idéologie ambigüe

Mobilisation « anti-spéciste » le 27 août : une idéologie ambigüe

 

Sous l’impulsion en 2015 d’une association suisse, Ecologie et Altruisme, une « journée mondiale pour la fin du spécisme » a lieu le dernier samedi du mois d’août dans plusieurs pays dont la France. Cette initiative privée rassemble des militants anti-spécistes. L’an dernier, l’association d’origine américaine PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) avait lancé à cette occasion une campagne d’une centaine d’affiches dans Paris.

Sur une photographie d’animaux d’élevage en format portrait de groupe, les passants pouvaient lire le slogan #NonAuSpécisme : Nous aussi ressentons la douleur, l’amour, la joie et la peur. Vivez végan.

 

La capacité de sentir, premier critère moral dans l’antispécisme

Néologisme forgé en 1970 par Richard Ryder, psychologue impliqué dans la protection animale, le mot spécisme entend à la fois désigner et dénoncer une approche qui fonde les droits et la morale sur la distinction entre espèces, en particulier la distinction entre les humains et les animaux. A la vision anthropocentrique, l’antispécisme entend opposer un « pathocentrisme » (« painism » selon l’expression forgée par R Ryder).

Le statut moral, le fait d’être pris en compte dans les considérations éthiques, découle de la capacité de sentir et souffrir, la sentience, mot clé dans l’approche antispéciste. Là est le critère fondamental de cette approche, la ligne de démarcation éthique, exprimée déjà au XVIII° siècle par Jeremy Bentham (voir notre précédent article sur le sujet du « droit des animaux »).

L’antispécisme s’inscrit donc dans une approche individualiste. C’est sur la base de sa capacité à sentir que s’établit un « droit » pour l’être en question, animal ou humain. La différence de traitement entre un humain et un animal, si elle n’est pas justifiée par d’autres critères, est alors dénoncée comme une discrimination et une exploitation. Des sites antispécistes présentent ainsi leur cause comme la suite logique des luttes sociales contre le racisme et le sexisme, avec comme but ultime la libération animale, titre d’un livre de Peter Singer paru en 1975.

 

Diminuer la quantité de souffrance : l’antispécisme est un utilitarisme.

L’antispécisme s’inscrit dans la lignée des morales utilitaristes. Selon elles, est éthique ce qui maximise le bien-être collectif. Et ce bien-être collectif est défini à partir de la somme de bien-être  des individus. L’antispécisme étend la recherche du bien-être collectif maximal à tous les êtres vivants qui ressentent la douleur, désignés comme les individus sentients. Partant du postulat que « nous sommes tous égaux devant le ressenti de la souffrance et voulons vivre une vie heureuse », l’objectif des associations « antispécistes » sera la diminution de la quantité de souffrance des espèces animales, par l’arrêt des expérimentations scientifiques sur les animaux, l’arrêt de la consommation de viande…

 

Mais cette notion de « quantité de souffrance » masque des difficultés à la fois théoriques et pratiques. En effet, comment mesurer la souffrance d’êtres vivants sur une échelle unique qui permet de s’assurer que la quantité est bien minimisée puisque c’est l’objectif affiché? Peut-on mesurer la douleur de la poule, et la comparer à celle du mouton ?

 

Plus encore, l’approche antispéciste masque dans ses affirmations des anthropomorphismes qui ruinent l’apparente évidence de leurs slogans. Dans celui cité plus haut, un amalgame se glisse entre le ressenti de la douleur, une notion qui a un sens biologique, et l’amour ou la joie. L’amour ressenti par le cochon ou la vache, qu’est-ce que cela veut dire ?

 

L’anthropocentrisme : une responsabilité pour l’ensemble de la terre.

L’animal n’est pas une simple machine dotée de mouvement, et il est légitime et juste de dénoncer des abus d’exploitation et des maltraitances. Des progrès immenses restent à faire dans ce domaine. Mais plutôt que de projeter sur les animaux des notions humaines, un anthropocentrisme fécond voit l’humain comme responsable de l’ensemble de l’éco-système de la terre, l’ensemble de la création. Les dinosaures ne se sont pas préoccupés de leur extinction, l’actualité nous montre que les hommes peuvent porter le souci de l’ensemble du vivant.

 

Dans une approche d’écologie humaine, si l’être humain est au sommet du vivant, il en est aussi au cœur, pour porter la préoccupation des plus fragiles de ses semblables et la protection de son environnement.

 

L’antispécisme, comme idéologie qui remet en cause la dignité supérieure de l’être humain, finit par se retourner contre l’homme lui-même.

 

Voir tous nos articles sur l’anti-spécisme.

mouvement anti-spéciste mobilisation "anti-spéciste" le 27 août : une idéologie ambigüe.

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Homme « enceint » : la campagne de la discorde

Homme « enceint » : la campagne de la discorde

Une campagne du Planning Familial crée une intense polémique depuis quelques jours. Une affiche montrant un couple composé de deux personnes d’apparence masculine, l’une d’elles visiblement enceinte, arbore ce slogan : « Au Planning, on sait que des hommes aussi peuvent être enceints ». 

L’image a déclenché de très nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

De nombreuses personnalités se sont insurgées. A l’instar du fondateur de SOS Racisme, Julien Dray qui écrit : « Que des personnes se sentent différentes et veuillent aller jusqu’au bout de ce ressenti je le respecte et peux le comprendre et le défendre. Que l’on veuille forcer une société à accepter cela comme un aboutissement naturel devient aussi une forme d’intolérance ». Pour la philosophe Valérie Kokoszka « L’idéologie transactiviste, avec ses « personnes qui menstruent », ses « femmes à pénis », ses « hommes enceints», annule les frontières du réel et efface concrètement la femme biologique (l’affiche est un modèle de minoration/invisibilisation) jusque dans ce mot ». Pour l’historienne et féministe Marie-Jo Bonnet, cette campagne est un vrai scandale. C’est un détournement de la puissance maternelle des femmes au profit de l’idéologie de l’autodétermination de l’identité de genre. C’est la destruction des combats féministes par une idéologie transhumaniste.

Dans une lettre ouverte adressée à Élisabeth Borne, deux militantes féministes, Marguerite Stern et Dora Moutot, analysent la dérive idéologique de cette association. Pour elles, « Affirmer que les femmes ne sont pas nécessairement des femelles et vice versa relève de la croyance, pas de la biologie. (…)  Vous conviendrez qu’une idéologie qui relève de la croyance n’a pas à s’immiscer dans la politique du Planning familial, association financée en grande partie par des fonds publics ».

Face à cela, le planning familial se défend par la victimisation et l’assertion que ces contestations n’émaneraient que de l’extrême-droite. Emboitant ce pas, la ministre Isabelle Rome, pourtant chargée de « l’Égalité entre les femmes et les hommes », affirme « soutenir pleinement l’action du Planning familial » et demande à ne « pas laisser l’extrême droite attiser les haines en instrumentalisant une campagne de communication dont je peux comprendre qu’elle ne fasse pas consensus ».

Une vérité biologique ne fait donc plus consensus ?

Depuis 2016 en France, la modification du sexe à l’état civil se fait sur simple demande. Il suffit à la personne d’exprimer que le sexe constaté par l’état civil à sa naissance ne correspond pas à ce qu’elle ressent. Ainsi, une femme qui demande une modification de son sexe sur son état civil, sera considérée comme un homme à l’état civil, et si elle a conservé ses organes génitaux féminins, pourra tomber enceinte et accoucher. Si elle a entamé une transition de son apparence, notamment par la prise d’hormones agissant sur la pilosité, la voix, la musculature, elle aura une apparence masculine tout en étant enceinte. Ces cas extrêmement rares existent déjà et certains ont bénéficié d’une médiatisation. Bien que l’état civil présente cette personne comme homme, elle est enceinte et accouche en tant que femme, grâce à la capacité féminine de porter et de donner la vie.

L’artifice administratif ne reflète plus la réalité scientifique et biologique. Ce qui est transformé, ici, c’est le langage, non la nature biologique des personnes. La manipulation se joue au niveau des mots, sans effets sur la réalité qu’ils décrivent. A ce jour, un homme « enceint », cela n’existe pas, et c’est bien ce mensonge qui crée la polémique et jette le discrédit sur le planning familial, car il dévoile l’idéologie transactiviste qu’il promeut et à laquelle il s’est soumis.

Récemment, de nombreuses personnalités de tous bords se sont élevées contre les discours qui « normalisent et banalisent l’idéologie qui prétend que l’on pourrait choisir son genre à tout âge, au nom de l’“autodétermination”, si l’on ne se sent pas en accord avec le “sexe assigné à la naissance” ? En tant que scientifiques, professionnels de l’enfance et universitaires, ils « s’opposent fermement à l’assertion selon laquelle les femmes et les hommes ne seraient que des constructions sociales ou des identités ressenties. On ne choisit pas son sexe et il n’y en a que deux. On naît fille ou garçon. Le sexe est constaté à la naissance et inscrit à l’état civil et chacun construit une identité jamais figée et qui évolue dans le temps, ce qui est trop souvent oublié. On peut changer l’apparence de son corps mais jamais son inscription chromosomiale. Il est urgent de rompre avec des discours usant d’un vocabulaire créé de toutes pièces pour s’imposer à tous, alors qu’il repose sur des croyances et met sur le même plan des vérités scientifiques et des opinions. Il y a un risque de confusion chez les jeunes ».

On ne peut occulter le fait que quelques médecins activistes à l’étranger travaillent sur la potentielle possibilité technique de transplantation d’un utérus féminin chez l’homme. Si ce type d’expérience devait voir le jour, ce serait au détriment de tout principe de précaution, et cela ne relèverait en aucun de la médecine ou du soin. Et si ce type d’expérimentation devait aller jusqu’à provoquer une grossesse, ce serait au détriment de la santé et de la sécurité du cobaye masculin comme de l’enfant, conçu obligatoirement par fécondation in vitro avec une donneuse d’ovocytes. Les risques seraient majeurs. Outre les risques liés à une grossesse avec un utérus étranger greffé, un corps d’homme, dans sa constitution comme dans son environnement hormonal naturel, n’est pas voué à porter la vie ou à accoucher.

C’est d’ailleurs une question majeure pourtant laissée de côté par la plupart des commentateurs : quels risques, pour la santé de la femme (homme-trans) comme pour l’enfant, d’une grossesse provoquée dans un corps ayant déjà traversé des mois ou des années d’imprégnation d’hormones du sexe opposé ?

Par ailleurs, l’idéologie transaffirmative conduit de plus en plus de jeunes vers des transitions médicales, ce sont des parcours lourds, incluant des prises d’hormones et des chirurgies, souvent irréversibles. Nombre d’entre eux témoignent désormais regretter d’avoir été embarqués dans une transition. Dans une tribune qui résonnait comme un cri d’alerte en septembre 2021, 50 personnalités comme Elisabeth Badinter, Jean-Pierre Winter, Chantal Delsol, René Frydman ou encore Xavier Emmanuelli estimaient qu’« il est urgent d’informer le plus grand nombre de citoyens, de tous métiers, de tous bords, de tous âges, sur ce qui pourrait bien apparaître demain comme un des plus grands scandales sanitaire et éthique, que nous aurions regardé arriver sans mot dire : la marchandisation du corps des enfants ».

Renouer avec le vivant – Patrice Valantin – Grand Témoin

Renouer avec le vivant – Patrice Valantin – Grand Témoin

Pourquoi nous faut-il renouer avec le vivant ? Nous vivons une période extraordinaire de mutation et de bouleversement, qui nous appelle à nous adapter. Retrouver l’harmonie avec la terre, avec la vie, avec l’autre et avec soi-même est la voie pour un bonheur qu’une société de consommation individualiste ne peut donner malgré ses promesses.

C’est la mission du parcours IRVIN, conçu pour accompagner les jeunes en quête de sens, pour leur donner les moyens de se préparer à la vie active, de devenir autonome et de s’engager pour construire l’avenir en s’inspirant du vivant.

Leur fondateur, Patrice Valantin, développe des projets qui replacent l’homme et l’économie en lien avec l’ensemble de la planète. Il est diplômé en Sciences de l’ingénieur de l’école spéciale militaire de St Cyr. Après avoir été officier à la Légion étrangère, il fonde Dervenn en 2002. Il préside l’Union professionnelle du génie écologique depuis 2009. Il crée l’entreprise Reizhan en 2016 pour mener la révolution par l’économie vivante.

Découvrez ici la vidéo : LE GRAND TEMOIN – Patrice Valantin

Cet enseignement est tiré d’une des quatre séquences de l’Université de la vie « QUELLE DIGNITE ? Mieux la comprendre – Mieux la défendre ».

Pour visualiser l’ensemble des quatre séquences, et même télécharger gratuitement le carnet du participant, c’est par ici :

QUELLE DIGNITE ? Mieux la comprendre – Mieux la défendre 

Séquence 1 : Exister

Séquence 2 : Naître

Séquence 3 : Vivre

Séquence 4 : Mourir

Avec Alliance VITA :  formons-nous pour agir !

IA : une conscience dans un robot de Google ?

IA : une conscience dans un robot de Google ?

LaMDA n’est pas n’importe quel robot utilisant l’IA : développé par Google, Blake Lemoine, un ingénieur américain de cette société, prétend qu’il est doué d’une conscience. LaMDA (abréviation de Language Model for Dialogue Applications) est un robot destiné à converser avec des humains, un « chatbot », contraction américaine de « to chat », discuter, et « bot » pour « robot ».

LaMDA, un assistant intelligent capable de discuter.

LaMDA est un ordinateur entraîné en intelligence artificielle pour produire des discussions informelles avec les humains. Son objectif est de répondre à des questions en langage naturel, en anglais dans son cas, en sachant interpréter les questions avec une compréhension du contexte. Il s’appuie sur une technologie d’apprentissage profond (« deep learning ») avec un réseau de « neurones artificiels », c’est-à-dire un très grand nombre de processeurs interconnectés. Les algorithmes utilisés sont entraînés pour pouvoir produire des réponses sur tous les sujets dans le cadre d’une conversation longue où la machine peut retenir les informations qui viennent de lui être dites. LaMDA s’appuie sur une base de données gigantesque, estimées à 1500 milliards de mots, phrases et expressions. Cette machine représente une étape supérieure aux outils déjà utilisés appelés « assistants intelligents » comme Siri (Apple), Google Assistant ou Alexa (Amazon) qui sont capables de répondre à des questions.

LaMDA une machine sentiente ?

LaMDA a défrayé la chronique récemment car un des ingénieurs de Google, Blake Lemoine, chargé d’entrainer la machine et de vérifier qu’elle ne produit pas de discours discriminatoires ou haineux, a estimé qu’il parlait à un être doué de « sentience ». Il a partagé son opinion avec sa hiérarchie, qui ne l’a pas suivi. Blake Lemoine a contacté la presse pour partager sa « découverte ». Un article dans le Washington Post synthétise son histoire. Les échanges entre l’ingénieur et la machine ont clairement une allure de conversation courante. De plus, la machine a déclaré à l’ingénieur, à partir d’une question qu’elle « voulait que tout le monde comprenne qu’elle est, en fait, une personne ». Questionnée pour décrire ses sentiments, la machine a répondu qu’elle « ressent du plaisir, de la joie, de l’amour, de la tristesse, du contentement, de la colère, et beaucoup d’autres (sentiments) ». Egalement interrogée sur ses peurs, la machine a répondu qu’elle avait une « peur très profonde d’être empêchée de se concentrer à aider les autres ». Ce serait « exactement comme la mort ». L’intégralité de la conversation est disponible ici, en anglais. Derrière l’apparence de fluidité et de cohérence du discours, et la performance de la machine, il est important de comprendre le fonctionnement des algorithmes. Grâce à une fine analyse statistique et le stockage des données provenant d’une multitude de discussions, la machine peut relier des mots et faire des phrases grammaticalement correctes, en prenant en compte le contexte de la conversation. Comme l’a expliqué une porte-parole de Google, LaMDA a tendance à répondre aux répliques et questions posées en suivant le modèle défini par l’utilisateur. La conversation est menée par l’ingénieur, et non pas produite de façon spontanée.

Prouesse informatique ou conscience de soi ?

La prouesse informatique a ravivé les débats sur la capacité de machines à avoir ou à simuler une intelligence verbale et relationnelle. Les robots parlant ont peuplé bien des films de science-fiction, dont le « droïde de protocole » C3PO de Star Wars est sans doute un des plus connus mondialement.

 

Dans la réalité du tournage, l’acteur Anthony Daniels portait son costume métallique et prêtait sa voix à cet attachant personnage. Cette simulation est un successeur lointain du fameux Turc mécanique ou automate joueur d’échec. Derrière l’apparence d’une machine intelligente, on trouve des réelles intelligences humaines, ne serait-ce que pour décider de construire une machine !

 

Pour mesurer l’intelligence verbale et relationnelle d’une machine, certains chercheurs font appel au concept de test de Turing. Le célèbre mathématicien a proposé un test où une personne, l’interrogatrice, interagirait avec à la fois un humain et un « chatbot ». Si l’interrogatrice ne peut distinguer qui est la machine et qui est l’humain, alors le test est passé pour la machine. Néanmoins, savoir manipuler et produire des séquences de langage à l’aide de règles précises d’utilisation de ces symboles de langage ne prouvent pas une compréhension complète de la part de celui qui manipule les symboles.

 

Deux autres limites peuvent être avancées contre la prétention d’attribuer à LaMDA une conscience.

 

La première est qu’il existe plusieurs facettes de l’intelligence humaine. La créativité, le raisonnement, la capacité à résoudre des problèmes en fait partie. Faire du vélo, nommer des animaux, avoir des gestes – et pas seulement des paroles- d’empathie ou d’aide sont tout autant des manifestations d’intelligence.

 

Par ailleurs, l’intelligence humaine se nourrit d’un nombre immense de différents types de stimuli. Toute la gamme de perception produite par les différents sens n’est pas accessible à la machine. Ce n’est pas la même chose de dire « je vois la couleur rose », comme une machine entraînée à analyser des images peut le faire, que de voir la couleur rose par nos yeux.

 

Dans une interview à 20 minutes, un des meilleurs experts mondiaux de l’IA, Yann LeCun a estimé que « LaMDA n’a pas la possibilité de relier ce qu’il raconte à une réalité sous-jacente, puisqu’il n’en connaît même pas l’existence ».

 

Analysant le film Her, où un héros tombe amoureux d’un logiciel, la journaliste Ariane Nicolas écrit dans son livre l’imposture anti-spéciste que « seul un être véritablement incarné est capable d’éprouver des émotions sincères et donc, in fine, de prendre conscience qu’il existe ».

 

De la même manière, la chercheuse Laurence Devillers, Professeure d’intelligence artificielle à l’université Paris-Sorbonne et auteur de Des robots et des hommes – Mythes, fantasmes et réalité (Plon, 2017) considère que « Le robot est un objet complexe, qui peut simuler des capacités de cognition mais sans conscience phénoménale, ressentis ni cet « appétit de vivre » que Spinoza désigne du nom de conatus (effort pour persévérer dans l’être), qui se rapporte aussi bien au mental qu’au corps. Actuellement, les robots ne sont pas réellement autonomes : ils n’ont donc pas de conscience, ni d’émotions, ni de désirs comme les humains… ». Pour celle qui a participé au groupe de travail du Comité national pilote d’éthique du numérique sur les agents conversationnels en novembre 2021, « La recherche en IA en est arrivée à un point où il devient urgent de remettre l’éthique au centre des débats ».

Fin de vie : pourquoi plusieurs mutuelles plaident pour l’euthanasie ?

Fin de vie : pourquoi plusieurs mutuelles plaident pour l’euthanasie ?

La Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN) a publié tout récemment une enquête Ifop intitulée « Regards sur la fin de vie en France » et ne cache pas son engagement militant en faveur de l’euthanasie dans un Manifeste Fin de vie  : « Nous, collectif mutualiste, militons pour qu’en France, toutes les personnes en situation de fin de vie soient égales en droit et en dignité ainsi que libres de leurs choix. »

Mais que vient faire la mutuelle des enseignants dans l’arène du débat sur la fin de vie en France ? questionne judicieusement la journaliste du Journal du dimanche .

 

« Le sujet de la fin de vie est d’abord une question de dignité et de liberté individuelle. Nous aurions tort de croire que les droits acquis sont intouchables ; défendons-les en allant à la conquête de nouveaux droits. MGEN a mené un travail collectif qui a mobilisé des milliers de personnes, élus, militants, salariés, professionnels de santé et adhérents. » indique Matthias Savignac, président de la MGEN.

 

Des mutuelles militent pour l’euthanasie : un engagement contre-nature ?

L’engagement militant de la MGEN en faveur de l’euthanasie n’est pas un cas isolé.

 

Alliance VITA  a alerté en mai 2021, au moment de l’élection d’une personnalité controversée, Thierry Beaudet, à la tête du Conseil Economique Social et Environnemental : ce dernier avait signé en janvier 2020 une tribune plaidant pour « une aide active à mourir » dans le Journal du dimanche, alors qu’il était encore président de la Mutualité française qui regroupe 426 mutuelles de santé du pays. Ce plaidoyer de Thierry Beaudet pour le « droit de choisir une fin de vie digne » avait suscité de vives réactions. La psychologue Marie de Hennezel, engagée depuis plusieurs années en faveur des soins palliatifs avait alors dénoncé ce qu’elle jugeait être un « conflit d’intérêts » entre la fonction de président d’une fédération de mutuelles et sa prise de position. « On peut légitimement se demander si les mutuelles ne pourraient pas avoir des intérêts financiers à défendre une telle évolution. (…) A l’aune des valeurs de « solidarité, liberté et démocratie » mises en avant par la Mutualité française, celle-ci pense-t-elle sérieusement que la réponse à donner à ce sentiment d’indignité peut se résumer à une loi sur l’euthanasie? Et est-ce le rôle d’un mutualiste de se faire l’apôtre de la mentalité euthanasique, le défenseur d’une solution facile et économique ?

 

Les valeurs des mutuelles n’exigent-elles pas plutôt de plaider jusqu’à obtenir l’accès pour tous aux soins palliatifs, avant de réclamer une loi aux conséquences incertaines ?

 

D’ailleurs, quel message d’accompagnement et de prévention du suicide feront-elles passer à leurs adhérents âgés et fragiles, lorsque, dans le même temps, elles proposeront les lieux et les conditions de la mort programmée ? »

 

L’euthanasie : une réponse à un problème économique dans nos sociétés régies par l’argent ?

Glissement du « droit de mourir » au « devoir de mourir » ? Si la loi évoluait en France et autorisait l’euthanasie ou le suicide assisté, est-ce que les personnes vulnérables très âgées ou dépendantes ne subiraient pas une pression sociale pour mourir et céder leur place dès lors que les conditions économiques et les regards utilitaristes ne leur permettraient plus d’éprouver le sentiment de dignité ?

 

Le philosophe André Comte-Sponville, soutien de l’euthanasie, a noté ce point en 2016, comme l’un de ses six arguments en faveur d’une légalisation de l’euthanasie :

« Quatrième argument : Le plus désagréable, le plus glauque, mais enfin il faut bien en parler aussi. C’est le coût économique de l’acharnement thérapeutique. Un médecin me disait que la moitié de ce que dans notre existence, nous allons coûter à la Sécurité sociale, nous le lui coûterons dans les six derniers mois de notre vie. Quand c’est pour six mois de bonheur, ou simplement de bien-être relatif, ceci vaut largement le coût. Quand c’est pour six mois d’agonie pour quelqu’un qui, au contraire, supplie qu’on l’aide à mourir, je trouve que c’est payer un peu cher ces six mois de malheur et d’esclavage. » André Comte-Sponville souligne le coût de « l’acharnement thérapeutique » alors qu’il est  interdit en France depuis la Loi Léonetti de 2005, sans doute parce qu’évoquer le coût des soins des six derniers mois d’une vie serait trop indécent ?

 

Plus récemment le philosophe a répondu autrement à une question sur ce sujet :

« Les opposants à la dépénalisation de l’euthanasie s’inquiètent de l’effet qu’une dépénalisation de l’euthanasie aurait sur ceux qui se sentiraient inutiles économiquement, et sur la possibilité que la collectivité en vienne à considérer que les personnes en fin de vie coûtent trop cher… Que répondez-vous à cet argument ? » « Il y a là un réel danger, qui justifie de stricts garde-fous, que la loi devra déterminer. Mais cela ne saurait nous priver de la liberté ultime, qui est celle de mourir si l’on en a décidé ainsi. »

 

Ainsi, l’argument économique reste tout de même – si indécent qu’il est – en général, occulté.

 

Robert Holcman, directeur d’hôpital et professeur d’université, décrit dès 2015 ce danger, dans son livre Inégaux devant la mort – « Droit à mourir » : l’ultime injustice sociale. « Si le droit à mourir venait à être légalisé, qui pourrait résister à la formidable pression « charitable » qui s’exercerait sur tout un chacun parvenu aux frontières de la vie ? La crainte d’être une charge pour les siens explique souvent les demandes d’euthanasie. Enfin, et surtout, les plus démunis, les plus vulnérables d’entre nous, vivent moins longtemps et en moins bonne santé. Déjà victimes d’inégalités sociales en termes de santé, d’espérance de vie et de durée de vie sans incapacités, ils seraient exposés à l’ultime injustice d’une fin prématurée imposée par la dégradation de leur état de santé. »

 

Quel est le rôle des mutuelles ?

Le 8 septembre prochain, lors du congrès annuel de la Mutualité Française et de son forum intitulé « S’engager pour l’entraide et les solidarités », une conférence annoncée sur twitter réunira Matthias Savignac, président de la Mutuelle Générale de l’Education Nationale, un médecin membre de la commission « euthanasie » de Belgique et Jean-Luc Roméro, président d’honneur de L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité – association militante pro-euthanasie.

 

L’engagement militant de plusieurs mutuelles en faveur de l’euthanasie pose véritablement question : au-delà du conflit d’intérêts qui est à étudier de manière approfondie, les valeurs de solidarité mutualiste ne se trompent-elles pas de combat ?

 

L’enquête Ifop commandée par la MGEN sur la fin de vie (évoquée plus haut) souligne l’insatisfaction de plus de la moitié des Français sur l’accès aux soins palliatifs pour tous, sur le montant remboursé par la sécurité sociale et les mutuelles pour les derniers soins et traitements du malade et sur l’hospitalisation à domicile. L’insatisfaction de plus de 60% des Français concerne aussi l’absence d’information sur les droits du malade, le manque d’aide pour les accompagnants de la fin de vie et les carences de soutien aux familles et aux proches.

 

N’est-ce pas l’essence et le rôle des mutuelles de s’engager aux côtés de leurs adhérents pour mieux les soutenir dans toutes les situations difficiles d’accompagnement de la vie quand elle devient plus fragile?

Travail, repos et dignité – Joseph Thouvenel

Travail, repos et dignité – Joseph Thouvenel

Un lien essentiel relie la dignité et le travail. Il nous faut en mesurer la valeur, bien plus grande que le prix ou le cout, du travail en tant que tel, rémunéré ou non, puisque le travail dont il est question inclut le bénévolat, l’éducation des enfants et tous les services qui font participer la personne à la construction de la société et à la vie de la Cité.

Joseph Thouvenel met en lumière deux mots importants : exigence et responsabilité, des besoins essentiels pour l’être humain.

En cette période estivale, il rappelle aussi joyeusement que le repos est le « sommet du travail » !

Joseph Thouvenel a une grande expérience de l’humanitaire et du bénévolat. Il est aussi engagé depuis plus de 30 ans dans l’action syndicale.

Découvrez ici la vidéo : Réparer la dignité – Joseph Thouvenel

Cet enseignement est tiré d’une des quatre séquences de l’Université de la vie « QUELLE DIGNITE ? Mieux la comprendre – Mieux la défendre ».

Pour visualiser l’ensemble des quatre séquences, et même télécharger gratuitement le carnet du participant, c’est par ici :

QUELLE DIGNITE ? Mieux la comprendre – Mieux la défendre 

Séquence 1 : Exister

Séquence 2 : Naître

Séquence 3 : Vivre

Séquence 4 : Mourir

Avec Alliance VITA :  formons-nous pour agir !

Des nouvelles de CRISPR-Cas9 ?

Des nouvelles de CRISPR-Cas9 ?

La technologie révolutionnaire CRISPR-Cas9 de modification du génome, porteuse d’espoirs thérapeutiques majeurs et de questionnements éthiques fondamentaux, continue à faire l’objet de nombreuses recherches.

Parmi les dernières publications, on relève des résultats prometteurs sur plusieurs maladies, notamment la drépanocytose et la bêta-thalassémie ainsi que la mise en évidence de risques d’effets inattendus et délétères.

Traitement de la drépanocytose et de la bêta-thalassémie

Ces deux maladies font actuellement l’objet d’essais cliniques. Elles sont dues à des mutations génétiques qui affectent la forme adulte de l’hémoglobine, la molécule qui transporte l’oxygène dans le sang.

La drépanocytose est la maladie génétique la plus répandue dans le monde, et la plus fréquente en France où elle touche une naissance sur 1900. Plus rare, l’incidence mondiale de la bêta-thalassémie symptomatique a été estimée à 1/100 000 naissances/an.

 

Les résultats, présentés le 12 juin lors d’une réunion de l’Association européenne d’hématologie, sont très encourageants. Toutefois, les détails complets de l’étude doivent encore être publiés.

 

Par cette technique, les patients sont eux-mêmes leurs propres donneurs de cellules souches. Leurs cellules souches hématopoïétiques (présentes notamment dans la moelle osseuse) sont prélevées et leur ADN modifié. Puis, la moelle osseuse du patient est détruite par chimiothérapie.

Enfin, on procède à une greffe de leurs cellules souches modifiées – corrigées si l’on peut dire par CRISPR-Cas9, dans l’espoir qu’elles repeuplent la moelle osseuse et permettent de créer des lignées de globules rouges fonctionnels.

Les 44 personnes atteintes de bêta-thalassémie participant à l’essai avaient toutes besoin de transfusions sanguines régulières avant le traitement. Aujourd’hui, 42 d’entre elles n’ont plus besoin de transfusions, et les bénéfices persistent aussi longtemps que les personnes ont été suivies – plus de trois ans dans certains cas.

Les deux autres personnes n’ont plus besoin de recevoir autant de sang qu’avant. 31 autres personnes étaient atteintes d’une drépanocytose grave et présentaient en moyenne quatre crises vaso-occlusives par an, au cours desquelles des globules rouges anormaux bloquent l’apport sanguin aux tissus. Ces épisodes peuvent entraîner des dommages durables et de fortes douleurs. Aucun des 31 patients n’a connu de tels épisodes depuis qu’ils ont été traités entre deux mois et deux ans et demi environ.

 

Malheureusement, les greffes de moelle osseuse classiques et le traitement CRISPR présentent tous deux le même inconvénient majeur. Les cellules souches sanguines existantes doivent être éliminées par chimiothérapie pour faire place aux cellules de remplacement, ce qui peut avoir des effets secondaires, notamment sur la fertilité, explique M. de la Fuente de l’Imperial College de Londres, un médecin qui participe aux essais.

Il espère que des méthodes plus sûres d’élimination des cellules souches du sang, faisant appel à des anticorps plutôt qu’à la chimiothérapie, seront bientôt disponibles. L’équipe étudie la possibilité de modifier le gène des cellules souches du sang à l’intérieur du corps, explique M. de la Fuente. Une telle solution « prête à l’emploi » faciliterait l’application du traitement à grande échelle, mais ces travaux n’en sont encore qu’à leurs débuts.

Par ailleurs, ces approches sont également coûteuses et nécessitent beaucoup de personnel hautement qualifié. Il sera donc difficile de déployer le traitement par édition de gènes auprès des millions de personnes qui pourraient en bénéficier dans le monde.

 

En France, l’institut hospitalo-universitaire Imagine a également lancé une évaluation des thérapies géniques pour la drépanocytose. Un projet coordonné par l’équipe française pilotée par Annarita Miccio en association avec un consortium international. Évaluées in vitro dans des modèles de cellules souches hématopoïétiques issues de patients, ces approches donnent de bons résultats, avec une proportion importante de globules rouges normaux, en particulier en cas d’inactivation de la bêta-globine mutée.

Désormais, et avant de lancer des essais précliniques puis cliniques, les chercheurs travaillent activement pour vérifier la sécurité d’utilisation de la technique CRISPR-Cas9 dans leurs modèles cellulaires.

« Il faut répondre au cahier des charges très précis des agences de santé pour envisager d’utiliser cette technologie à des fins thérapeutiques. Il faut notamment prouver l’intégrité de l’ADN suite à la modification du gène cible, vérifier l’absence d’anomalies, notamment de transformations tumorales, explique Annarita Miccio. C’est un très gros travail. Ensuite seulement, nous pourrons progresser dans le développement clinique de notre double thérapie génique qui, nous l’espérons, permettra de soigner un grand nombre de patients. »

 

Une technique qui reste difficile à maitriser

L’intégrité de l’ADN suite à la modification de gène ciblé constitue l’un des enjeux et des risques majeurs de la techniques CRISP-Cas9 utilisée à des fins de thérapie génique sur des patients malades. Le risque de dégâts collatéraux ou inattendus est important.

 

Une équipe de chercheurs de l’université de Tel-Aviv vient justement de publier dans Nature biotechnology une étude mettant en garde contre ce risque. Dans leurs travaux, ils constatent une part importante de perte de matériel génétique sur les cellules génétiquement modifiés par CRISPR. Selon eux, « Une telle perte peut entraîner une déstabilisation du génome, ce qui pourrait favoriser le cancer ». 

Sur la base de leurs résultats, les chercheurs estiment nécessaire de faire preuve d’une grande prudence lors de l’utilisation de la thérapie CRISPR. Ils proposent également des méthodes alternatives, moins risquées, pour des procédures médicales spécifiques, et recommandent de poursuivre les recherches sur deux types de solutions potentielles : réduire la production de cellules endommagées ou identifier les cellules endommagées et les éliminer avant que le matériel ne soit administré au patient.

Le Dr Barzel et son étudiant en doctorat, Alessio Nahmad, concluent :

« Notre intention dans cette étude était de faire la lumière sur les risques potentiels dans l’utilisation de la thérapeutique CRISPR. Nous l’avons fait même si nous sommes conscients des avantages substantiels de cette technologie.

En fait, dans d’autres études, nous avons développé des traitements basés sur CRISPR, y compris une thérapie prometteuse pour le SIDA. Nous avons même créé deux entreprises, l’une utilisant CRISPR et l’autre évitant délibérément cette technologie.

En d’autres termes, nous faisons progresser cette technologie très efficace, tout en mettant en garde contre ses dangers potentiels. Cela peut sembler contradictoire, mais en tant que scientifiques, nous sommes assez fiers de notre approche, car nous pensons que c’est l’essence même de la science : nous ne « choisissons pas de camp ». Nous examinons tous les aspects d’une question, tant positifs que négatifs, et nous cherchons des réponses. »

 

Pour aller plus loin :

DOSSIER CRISPR-Cas9.

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Maternité en souffrance- Caroline ROUX

Maternité en souffrance- Caroline ROUX

Aujourd’hui la grossesse et la maternité s’inscrivent dans ce que l’on nomme très souvent un « projet parental ». Si la grossesse est programmée, décidée, on va tout faire pour la conduire à terme ou déployer de grands efforts avec la procréation artificielle. Si elle n’est pas « désirée », l’avortement peut-être fréquemment l’issue, notamment en cas d’échec de contraception. Cette approche n’est pas sans conséquences : elle méconnait l’ambivalence du désir et l’impact de l’emprise de la médecine sur la procréation, sources de malentendus pour beaucoup de nos contemporains.

C’est à partir de son expérience des services d’écoute que Caroline Roux, directrice générale adjointe, nous partage une réflexion sur la maternité aujourd’hui.

Découvrez ici la vidéo : Maternité en souffrance – Caroline ROUX

Cet enseignement est tiré d’une des quatre séquences de l’Université de la vie « LA LIBERTE – pour quoi faire ? ».

Pour visualiser l’ensemble des quatre séquences, et même télécharger gratuitement le carnet du participant, c’est par ici :

LA LIBERTE – pour quoi faire ?  

Séquence 1 : La liberté aujourd’hui

Séquence 3 : L’ultime liberté, vraiment ?

Séquence 2 : Corps et liberté

Séquence 4 : Quelle liberté au futur ?

Avec Alliance VITA :  formons-nous pour agir !

Reprendre contact, un bienfait pour autrui que nous sous-estimons?

Reprendre contact, un bienfait pour autrui que nous sous-estimons?

Une étude, publiée par le « Journal of Personality and Social Psychology » suggère que beaucoup d’entre nous sous-estiment le bienfait associé avec le simple geste de prendre des nouvelles ou d’envoyer un bref message à nos amis et contacts. 

Le bénéfice d’un simple message de contact entre amis.

Partant du constat que l’humain est un être de relation qui apprécie les contacts avec les autres, les auteurs ont mené 13 expériences, sur des centaines de personnes, pour savoir si nous mesurions correctement l’impact de gestes simples de contact. Ces gestes s’entendent au sens large : un bref appel, ou un petit message postal ou numérique… Ces gestes simples sous-entendent un « je pense à toi/ je pense à vous » qui leur donnent une force avant l’expression verbale du message lui-même.

La conclusion principale de ces expériences, selon les auteurs, est que nous sous-estimons combien les autres apprécient ces signaux de contact.

Par exemple, dans une expérience conduite sur un campus universitaire, les auteurs ont interrogé des binômes d’étudiants dans lequel un des deux envoyait un message à l’autre, considéré comme un ami mais sans échange récent. Les chercheurs ont interrogé les participants sur leur degré de satisfaction concernant ce geste de « reprendre contact ». L’expérience conclut que les émetteurs du message sous-évaluent significativement le bénéfice ressenti par les récepteurs de leur geste.

 

L’effet de surprise amplifie l’appréciation d’un geste de contact.

Les auteurs avancent également une explication sur cette sous-estimation. Les auteurs s’appuient d’abord sur des études plus générales mettant en évidence la difficulté pour chacun à estimer les perspectives de l’autre. Ils citent ainsi une étude montrant que beaucoup minimisent le bienfait d’une discussion pourtant ressentie de façon positive par leur interlocuteur, en raison de biais comme le monologue intérieur négatif.

De plus, dans le contexte d’une relation amicale, ou du moins jugée positive par les deux personnes, les initiateurs auraient tendance à sous-estimer l’effet de surprise positif de celui qui reçoit leur message. Or la surprise amplifierait le plaisir ou le déplaisir d’un événement. Quand un geste de contact inattendu est envoyé par une personne dont le souvenir nous est positif, même sans être particulièrement proche, la satisfaction est plus importante pour celui qui le reçoit.

Les auteurs soulignent l’intérêt de leur recherche dans le contexte de la culture américaine dans lequel ils travaillent. En effet, des pans entiers de vie sont organisés davantage pour favoriser l’isolement des personnes plutôt que les contacts sociaux directs, avec une montée du sentiment de solitude ainsi que le montrent certaines études relativement anciennes (2006).

 

Ces expériences ont une portée pratique manifeste. Si le bienfait d’un petit geste de reprise de contact est ainsi mis en évidence, chacun peut y contribuer facilement, nourrissant les relations, et ultimement la richesse intangible mais réelle de la vie sociale. Durant l’été où les personnes âgées peuvent se retrouver plus isolées de leurs familles, un appel, une carte postale sont des gestes simples mais puissants pour leur redire notre affection et notre lien avec elles. Alliance Vita avait initié une opération « Toujours ensemble » à la sortie d’une période de confinement, l’esprit de cette opération reste d’actualité.

 

Sondage IFOP avortement dans la Constitution

Sondage IFOP avortement dans la Constitution

Sondage IFOP avortement dans la Constitution : des nuances derrière le consensus apparent

 

Un sondage commandité par la Fondation Jean Jaurès, à l’IFOP interroge « le rapport des Français à l’IVG et la question de l’inscription de l’avortement dans la constitution française ». Si les médias ont retenu quelques chiffres choc, le détail des résultats montre des nuances intéressantes.

Les médias ont essentiellement repris les lignes phares : 83% des Français jugent positivement l’autorisation de l’IVG dans la loi française et si une majorité, 56%, juge toujours impossible une remise en cause de l’IVG dans un avenir proche en France, 81% sont favorables à l’inscription de l’accès à l’avortement dans la Constitution.

 

Un acquis de la révolution sexuelle selon la synthèse de l’IFOP

 

Dans son analyse, François Kraus, Directeur du pôle « Politique/Actualité » de l’IFOP, rappelle que le contexte français est différent de celui des Etats Unis. Il note que l’opinion française reste « une des plus attachées à l’avortement dans son principe et dans le détail de ses conditions d’application ». Selon lui, l’adhésion massive (81%) des Français à inscrire l’accès à l’avortement dans la Constitution n’est pas seulement une réaction à l’actualité américaine, mais une tendance sociologique lourde.

Il voit le « libre choix » comme une des valeurs fortes des sociétés industrielles avancées « post-matérialistes » en citant comme référence l’analyse de Ronald Inglehart dans son livre « The Silent Revolution », paru en 1977. François Kraus estime que les Français ont compris l’enjeu de l’avortement et de son accès : il s’agirait d’un droit qui « garantit à tous un des principaux acquis de la révolution sexuelle du XX° siècle, la dissociation entre sexualité et procréation ».

 

Les plus aisés et les plus âgés sensiblement plus favorables à la légalisation de l’IVG

 

Sur la question de l’adhésion au principe de l’autorisation de l’avortement dans la loi française, l’IFOP fournit une comparaison avec un même sondage CSA pour Marie-Claire de 1995.

Au total, et dans un contexte où l’avortement est fréquent en France (une grossesse sur 5 environ se termine par une interruption volontaire), et est légalisé depuis longtemps, l’adhésion à cette légalisation est élevée et progresse peu. Elle enregistre une hausse de 5% en 27 ans. Le pourcentage de ceux qui jugent cette légalisation « une très bonne chose » est passé de 48 à 64%, alors que ceux qui le voient comme « une assez bonne chose » est passé de 31 à 19%. Ceux qui la jugent une « très mauvaise chose » est stable à 6%.

En recoupant avec les votes à la dernière présidentielle, les « moins adhérents » sont électeurs de E Zemmour (75%) puis V Pécresse (79%) et les « plus adhérents » sont électeurs de Y Jadot (95%) puis E Macron (93%). Les électeurs de M Le Pen se situent à 88%, au-dessus de la moyenne nationale.

La répartition homme/femme est peu marquée : 81% et 85%. En revanche, se dessine une corrélation positive entre le niveau de revenu et le soutien à cette légalisation, tout en demeurant élevé dans toutes les catégories. Ainsi, les personnes des catégories aisées, définies comme celles bénéficiant d’un revenu net par personne au-dessus de 2500 euros mensuels, jugent positivement, à 93%, cette légalisation alors que les catégories modestes (entre 900 et 1300 euros de revenu mensuel net) et pauvres (revenu sous 900 euros) la jugent positives à 80 et 77% respectivement.

L’affiliation religieuse n’apporte pas de différence marquée entre les Français se déclarant « sans religion » (86% de jugement positif) et ceux qui se déclare catholiques (87%). Ceux qui se déclarent affiliés à une autre religion ont une opinion positive sur la légalisation à 76%.

Dans ce groupe, les personnes de religion musulmane ont un jugement positif (très bonne chose ou assez bonne chose) à 66%. L’IFOP croise également ces données avec une évaluation des pratiques religieuses. Ainsi, les personnes athées soutiennent la légalisation à 84%, les personnes croyantes mais pas religieuses à 88%, et les personnes croyantes et religieuses à 70%.

Les différences sont plus importantes par tranches d’âge. En effet, si les 65 ans ou plus jugent la légalisation positivement à 92%, les 35 à 49 ans sont 80% et les 18-24 ans 71%. Un écart notable si on prend en compte le fort appui médiatique pour l’avortement dans notre pays.

 

Les jeunes et les moins aisés plus restrictifs sur les conditions d’accès à l’avortement

 

L’IFOP a également demandé au panel des sondés de choisir entre plusieurs affirmations : « une femme doit avoir le droit d’avorter librement », « une femme doit avoir le droit d’avorter seulement dans certaines circonstances », « une femme ne doit pas avoir le droit d’avorter sauf si la grossesse met sa vie en danger », « une femme ne doit en aucun cas avoir le droit d’avorter ». Ces affirmations recueillent respectivement 78, 13, 3 et 1%.

Dans le détail par catégories de revenu et par tranche d’âge, la répartition suit le même profil que pour la question précédente. Les plus aisés optent à 84% pour l’opinion « que la femme doit pouvoir avorter librement » contre 62% pour les plus pauvres. La tranche d’âge 65 ans et plus se retrouve aussi à 84% dans cette opinion quand les jeunes de 18 à 24 ans la soutiennent à 66%.

L’Institut de sondage met ce résultat en rapport avec un questionnaire auto-administré de l’IPSOS de juin 2020 rassemblant plusieurs pays. Dans cette enquête, l’opinion qu’une femme « doit avoir le droit d’avorter librement » plaçait la France dans les résultats les plus élevés, à 66%, très proche du Royaume Uni où l’avortement se pratique jusqu’à la 24° semaine. La Suède était au plus haut du classement à 76%, l’Espagne se situant à 58%, l’Allemagne à 49%, les Etats Unis à 35% et le Japon à 33%.

 

Une remise en cause jugée peu probable nuance le soutien à l’inscription de l’avortement dans la Constitution

 

Selon le sondage, 56% des Français, contre 31%, estiment qu’il est impossible que « le droit à l’IVG puisse être remis en cause dans un avenir proche en France ». Ce pourcentage était à 64% en 1995. Parmi ceux qui estiment possible une remise en cause à court terme, l’opinion varie très peu par tranche d’âge, et les catégories très aisées sont proches des plus pauvres : 36% contre 35%.

L’avant dernière question du sondage porte sur le projet « d’inscrire dans la Constitution française le droit des femmes à recourir à l’IVG ». Les « très favorables » représentent 48%, les « plutôt favorables » 33%, les « plutôt opposés » 12% et « très opposés » 7%. Sur cette question, les pourcentages en fonction des tranches d’âge et des catégories socio-professionnelles varient peu autour de la moyenne des Français. Les affiliations religieuses et le rapport à la religion montrent les mêmes différences que pour la première question.

La dernière question porte sur l’utilité de cette inscription. Si 77% la jugent utile, il est à noter que c’est une utilité dont la mesure est faite dans l’abstrait, sans comparaison avec d’autres propositions de lois, ou d’autres sujets. Ce résultat serait à comparer avec les priorités des Français mesurées pendant les campagnes électorales de cette année. Ainsi un sondage IPSOS donnait le tiercé « pouvoir d’achat », « système de santé » et « environnement » en janvier 2022.

 

Au total, ce sondage de l’IFOP pose des questions d’ordre plutôt abstrait et juridique. Aucune question ne permet d’interroger les Français sur le choix entre l’avortement et d’autres options possibles, ni sur l’intérêt d’une politique de prévention. Cet effet de loupe produit des chiffres de soutien élevé.

Or pour aborder cette question sensible, il est nécessaire d’ouvrir un débat de fond sur la réalité des situations qui conduisent à l’IVG. Interrogés également par l’IFOP pour Alliance VITA en 2020, 92% des Français estimaient qu’un avortement laissait des traces psychologiques difficiles à vivre pour les femmes et 73% que la société devrait davantage aider les femmes à éviter le recours à l’IVG.

 

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Hiver démographique ou surpopulation ? L’ONU publie ses nouvelles projections

Hiver démographique ou surpopulation ? L’ONU publie ses nouvelles projections

Hiver démographique ou surpopulation ? L’ONU publie ses nouvelles projections

 

Dans un rapport publié début juillet, l’ONU met à jour ses projections démographiques pour le monde. Ce rapport est la vingt septième édition des estimations officielles et des projections publiées par l’ONU depuis 1951. Le rapport comporte trois grands volets :

  • Une description des tendances démographiques depuis 1950 et les projections les plus probables d’ici 2050,
  • Une évaluation des principaux facteurs de la démographie -fertilité, mortalité, immigration -,
  • Des projections démographiques sur 2100 associées à des probabilités.

 

Le cap des 8 milliards d’habitants sera atteint le 15 novembre 2022, et la croissance de la population ralentit.

Selon ce rapport, la population mondiale devrait atteindre 8 milliards le 15 novembre prochain. Selon les termes des auteurs , « les dernières projections suggèrent que la population mondiale pourrait croître à 8.5 Mds en 2030, 9.7 Mds en 2050 et 10.4 Mds en 2100 ». En 2020, la croissance de la population est passée sous la barre de 1% pour la première fois depuis 1950.

Les deux grands facteurs expliquant les tendances démographiques – la fécondité et la mortalité – font l’objet de projections. Ainsi, l’espérance de vie à la naissance n’a cessé d’augmenter, passant à 72.9 ans en 2019, une hausse de presque 9 ans comparé à 1990. L’espérance de vie serait de 77.2 ans en moyenne en 2050. L’espérance de vie à la naissance reste plus élevée, quelles que soient les régions, pour les femmes.

En moyenne, leur espérance dépasse celle des hommes de 5.4 années. L’indice de fécondité est estimé à 2.3 naissances par femme en 2021, une forte baisse comparée à son niveau de 5 en 1950. Il pourrait se situer à 2.1 en 2050. Les tendances démographiques actuelles expliquent la projection pour 2050. Selon le rapport, les politiques mises en œuvre dans certains pays pour réduire l’indice de fécondité impacteront davantage la seconde partie du 21° siècle.

 

Les tendances démographiques différent fortement en fonction des régions.

L’Asie, au total, est la région la plus peuplée, avec 4.4 milliards d’habitants soit 55% de la population. La Chine et l’Inde sont bien sûr les deux pays les plus peuplés. La population de l’Inde devrait dépasser celle de la Chine dès 2023. La moitié au moins de la hausse attendue d’ici 2050 devrait se concentrer sur 8 pays : la République Démocratique du Congo (RDC), l’Egypte, l’Ethiopie, l’Inde, le Nigéria, le Pakistan, les Philippines et la Tanzanie.

Le rapport indique que l’Europe et l’Amérique du Nord verraient leur population décliner à partir de la fin des années 2030. La population chinoise devrait entamer sa baisse dès 2023. Le revirement de la politique chinoise, avec un soutien annoncé pour un troisième enfant en mai 2021, ne suffira sans doute pas à enrayer le vieillissement enclenché par des années de politique coercitive imposant une faible natalité.

Au total, 61 pays devraient être touchés par une baisse de leur population d’ici 2050, avec parfois des pourcentages élevés. Ainsi la Bulgarie, la Lituanie ou la Serbie, entre autres, verraient leur population décroître de plus de 20%.

L’hiver démographique, une réalité pour l’Occident

Pour ces pays, l’expression crash ou hiver démographique semble confirmée par les projections de l’ONU. Ce terme implique qu’à la fin de la transition démographique, la fécondité ne se stabilise pas au niveau du taux de mortalité mais poursuit sa décroissance, ce qui accentue le vieillissement de la population puis sa diminution. Le rapport prévoit que les plus de 65 ans représenteront 16% de la population mondiale contre 10% aujourd’hui, et qu’en 2050, ce groupe de personnes sera deux fois plus nombreux que les enfants âgés de moins de 5 ans.

Des personnalités diverses ont abordé le sujet de l’hiver démographique. Le Pape François s’est inquiété à plusieurs reprises de ce phénomène, et plus récemment, Elon Musk. Le multimilliardaire a twitté au printemps dernier que « l’effondrement du taux de natalité est de loin le plus grand danger auquel la civilisation est confrontée ». L’homme le plus riche de la planète estime « faire sa part » puisqu’il est père de neuf enfants, selon les dernières informations connues.

Son ancienne compagne, la chanteuse Grimes, a fait appel à une mère porteuse pour leur deuxième enfant née en décembre dernier, quelques semaines après la naissance d’une paire de jumeaux qu’Elon Musk a eue avec une de ses employés, Shivon Zillis. Une approche de la paternité pour le moins fragmentée.

2100, des projections incertaines

Le rapport fournit enfin des projections pour 2100, tout en soulignant l’incertitude inhérente à ce type de travail. En définitive, le rapport fournit un scénario central où la population mondiale se situe entre 8.9 et 12.4 milliards d’habitants. Le rapport cite les scénarios de l’IHME (Institute of Health Metrics and Evaluation) un Institut en partie financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, publié en 2020, qui voit un pic de population en 2064 à 9.7 milliards avec un déclin ensuite à 8.8 milliards (dans une plage de variation comprise entre 6.8 et 11.8 milliards).

La différence de projections réside essentiellement dans l’estimation de l’indice de fécondité: 1.66 pour l’IHME et 1.84 pour l’ONU. Ce type d’exercice est notoirement délicat : en 1992, un rapport de l’ONU projetait une population de 10 milliards en 2050 (scénario central).

Ces écarts significatifs incitent à la prudence quant aux projections annoncées. Les autorités publiques des pays ont tout intérêt à se montrer circonspectes face aux appels du rapport à faire baisser la fécondité dans les régions à taux élevé. Une vision quantitative, aux accents malthusiens, transparait parfois dans le rapport quand il aborde les sujets de croissance ou de développement durable.

Il est intéressant de noter que des voix différentes s’élèvent face à cette approche. Ainsi, dans une interview au JDD, le démographe Christophe Guilmoto estime que « le véritable danger ne se situe pas dans notre accroissement, mais dans nos modes de vie », car  « la particularité de l’empreinte carbone des pays pauvres qui ont la croissance démographique la plus importante, c’est qu’elle ne correspond pas à leur poids démographique, puisque ce sont eux qui polluent le moins ».

Et plus profondément encore, l’humaniste Jean Bodin le soulignait dès le XVI° siècle : il n’est de richesse que d’hommes.

onu contribution d'alliance vita sur les droits de l'homme des personnes âgées

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[CP] – L’accès à l’avortement favorise-t-il la prospérité économique ?

[CP] – L’accès à l’avortement favorise-t-il la prospérité économique ?

La remise en question par la Cour suprême de l’arrêt Roe vs Wade sur l’avortement a suscité un débat enflammé aux Etats-Unis et au-delà. Des voix dont celle de la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, ont agité les risques que feraient peser les restrictions à l’avortement sur l’économie. A l’appui de ces alertes relayées dans de nombreux médias, des études établissent un lien entre l’accès à l’avortement et la prospérité économique. Dans une note d’analyse, Alliance VITA s’est penchée sur ces études afin de vérifier la réalité de ce lien et des conclusions qui en sont tirées.

Existe-il un lien de causalité entre l’accès à l’avortement et le bien-être économique des femmes et des enfants à long terme ?

Les déclarations de Janet Yellen s’appuient principalement sur un mémoire rédigé par 154 économistes en septembre 2021 et remis à la Cour suprême américaine lors du débat sur la constitutionnalité de la loi du Mississipi. Ce mémoire entend démontrer que l’accès à l’avortement (isolé des autres facteurs) “est lié de manière causale aux progrès des femmes dans la vie sociale et économique”. Or si la méthodologie de l’inférence causale utilisée pour évaluer l’incidence de la légalisation de l’avortement sur le développement économique des femmes démontre un impact de l’avortement sur la démographie, elle ne permet pas d’établir un lien direct avec l’économie sauf à considérer qu’une faible natalité est source de bien-être économique.

Par ailleurs, concernant l’effet de la légalisation de l’avortement sur la réussite scolaire et sur les salaires des femmes, un article datant de 1996 sur des données des années 1960 utilisé par les économistes, montre que la légalisation de l’avortement a un impact significatif pour les adolescentes noires sur leur niveau d’éducation et leur taux d’emploi mais pas sur leurs salaires et aucun impact pour les adolescentes blanches.  En revanche, cet article trouve un lien inexpliqué et significatif entre les salaires des hommes blancs qui augmentent et la légalisation de l’avortement.

Plus généralement, de nombreuses publications mettent en avant le « désavantage économique » résultant du fait d’avoir un enfant sur les revenus, sur la participation au marché du travail et sur la carrière des femmes.

Or l’absence de politique fédérale de soutien aux mères est un point crucial, qui ne ressort pas de l’approche de la secrétaire au Trésor. Pourtant, la mise en œuvre d’une politique familiale et sociale pourrait éviter l’avortement à des femmes plus pauvres en amortissant les coûts économiques de la maternité, comme le souligne d’ailleurs le rapport Myers.

Existe-il un lien de causalité entre l’accès à l’avortement et le bien-être économique des enfants à long terme ?

Quant à l’affirmation selon laquelle le bien-être des enfants serait meilleur quand ils sont nés dans un Etat où l’avortement n’est pas limité,il s’avère, selon une étude du National Bureau of Economic Research (NBER),  qu’aucun lien de causalité ne peut être établi entre la jurisprudence Roe vs Wade et les indicateurs socio-économiques utilisés : taux de pauvreté, d’utilisation de l’aide sociale, de décrochage scolaire… Le développement économique des générations futures semble davantage dépendre du différentiel de richesse entre les États plutôt que du différentiel de législation relative à l’IVG.

Peut-on établir un impact économique à court terme du refus de l’avortement ?

Les études qui ont examiné l’impact économique à court terme du refus de l’avortement lors du second trimestre de grossesse (dont les renommées Turnaway Studies), montrent en réalité que les femmes dont l’avortement a été refusé (plus jeunes, moins employables et ayant moins d’enfants en moyenne) subissent des coûts financiers importants liés à l’arrivée d’un nourrisson (aux Etats-Unis, les coûts moyens liés à la petite enfance s’élèvent à 11 000 dollars annuels par enfant). Néanmoins il apparaît que ces coûts ne sont pas durables. Cette constatation valable pour toutes les femmes prenant soin de leur enfant entre 0 et 3 ans, est particulièrement accrue par le fait que la population concernée par les avortements très tardifs est particulièrement vulnérable financièrement par rapport à la population générale.

Peut-on généraliser l’effet des mesures relatives à l’avortement pour certaines catégories à l’ensemble des femmes qui avortent ?

Les études économiques présentées dans la note se focalisent sur des populations de femmes spécifiques et particulièrement vulnérables telles que les adolescentes, les femmes demandant des avortements au second trimestre, les femmes dans des situations de grande précarité ou les femmes noires. Or ces catégories de femmes ne représentent pas la totalité des avortements aux Etats-Unis. Le portrait type de la femme qui avorte aux Etats-Unis est assez loin des profils mis en avant pour analyser les conséquences économiques.

Pour le porte-parole d’Alliance VITA, Tugdual Derville : « Les conclusions générales tirées à partir des études invoquées pour présenter le bénéfice économique de l’avortement légal sont biaisées par des méthodes contestables : des échantillons anciens, peu nombreux, parcellaire et non-homogènes, et une occultation des éléments qui viendraient ruiner la thèse défendue. Transparait une idéologie utilitariste et libérale voire eugéniste, plus répandue aux Etats-Unis, qui, au mieux ignore, au pire rejette les politiques sociales de soutien à la maternité et à la famille comme susceptibles de provoquer un surcroit de natalité chez des populations défavorisées, qu’il faut encourager à ne pas trop procréer. »

La note d’analyse est disponible dans son intégralité ici.

 

Note d’analyse : Décryptage des liens entre économie et avortement aux Etats-Unis

Note d’analyse : Décryptage des liens entre économie et avortement aux Etats-Unis

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Note d’analyse – Juillet 2022
Décryptage : liens entre économie et avortement aux Etats-Unis


 

Introduction

Après la fuite dans la presse de l’avant-projet de décision de la Cour suprême américaine sur la constitutionnalité du droit à l’avortement, des voix, dont celle de la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen, ont alerté sur les conséquences économiques d’une éventuelle interdiction de l’avortement dans le pays.

Rendue finalement le 24 juin 2022, la décision porte sur la constitutionnalité d’une loi de l’Etat du Mississipi de 2018 restreignant la possibilité d’un avortement à 15 semaines de grossesse à l’exception de cas d’urgence médicale ou de malformation grave du fœtus.

Alors que la Cour suprême a renversé la jurisprudence  Roe vs Wade et renvoyé à chaque Etat fédéré la prérogative de la légalisation ou non de l’IVG, quelle est la réalité de l’impact économique de l’avortement ?

  1. Existe-il un lien de causalité entre l’accès à l’avortement et le bien-être économique des femmes et des enfants à long terme ?
  2. Peut-on établir un impact économique à court terme du refus de l’avortement ?
  3. Peut-on généraliser l’effet des mesures relatives à l’avortement pour certaines catégories à l’ensemble des femmes qui avortent ?

Lors d’une intervention devant les sénateurs américains le 10 mai dernier, la secrétaire au Trésor Janet Yellen[1], a déclaré que la décision Roe vs Wade  « a contribué à accroître la participation au marché du travail ». Elle « a permis à de nombreuses femmes de terminer leurs études, ce qui augmente leurs possibilités de gagner de l’argent« . Elle « a permis aux femmes de planifier et d’équilibrer leur famille. Et les carrières« , a-t-elle continué.  Par ailleurs, a ajouté Janet Yellen, « la recherche montre également qu’elle a un impact favorable sur le bien-être (…) des enfants« .

 

I. Peut-on établir un lien de causalité entre l’accès à l’avortement et le bien-être économique des femmes à long terme ?

1. Méthodologie de l’inférence causale, accès à l’avortement
et bien-être économique des femmes

Les déclarations de Janet Yellen s’appuient principalement sur un mémoire [1] rédigé par 154 économistes en Septembre 2021 et remis à la Cour suprême américaine lors du débat en décembre sur la constitutionnalité de la loi du Mississipi. En effet, l’Etat du Mississipi affirme qu’”il n’y a aucun lien de causalité entre l’accès à l’avortement et la capacité des femmes à agir dans la société”. Ce mémoire synthétise plusieurs études sur ce sujet et entend démontrer que l’accès à l’avortement (isolé des autres facteurs) “est lié de manière causale aux progrès des femmes dans la vie sociale et économique”. Dans ce but, ses auteurs s’appuient sur la méthodologie de ”l’inférence causale” développée et appliquée à l’économie par les nobélisés Card, Angrist et Imbens. Cette méthodologie[1] permet d’isoler un facteur et d’établir un lien de causalité entre ce facteur et l’effet constaté [2]. Par exemple, elle a été appliquée aux Etats Unis pour évaluer les impacts de la scolarité obligatoire sur les salaires futurs.

La question est de savoir si on peut utiliser cette méthode pour évaluer l’incidence de la légalisation de l’avortement sur le développement économique des femmes.

Ainsi, pour appliquer cette méthodologie de façon rigoureuse, il serait nécessaire d’avoir au moins deux groupes, l’un n’ayant pas accès à l’avortement et l’autre y ayant accès. Une méthodologie rigoureuse demanderait un tirage au sort pour constituer ces groupes afin d’éliminer les autres facteurs pouvant affecter la trajectoire économique et éducative des femmes. Les économistes eux-mêmes mentionnent les limites de l’approche (page 5) : ” au sujet de l’avortement, les économistes ne peuvent pas revenir dans le passé et analyser les résultats sur le marché du travail des politiques liées à l’avortement en place”.  L’analyse du rapport par Caitlin Knowles Myers, économiste au Middlebury College (une université du Vermont) [3] souligne bien qu‘”il n’est pas possible, d’un point de vue pratique ou éthique, d’accorder de manière aléatoire l’accès à l’avortement à certaines personnes et pas à d’autres.”

Pour contourner ce problème, les économistes sont donc obligés de passer par des comparaisons entre Etats. Une comparaison était possible avant Roe vs Wade puisque les législations pouvaient différer fortement (interdiction vs légalisation) d’un Etat à l’autre. Depuis 1973 et Roe vs Wade cette comparaison n’est plus possible. Les économistes ont donc utilisé des études et des chiffres antérieurs à 1973 et comparé la situation entre les 5 Etats qui avaient levé les restrictions sur l’avortement (“repeal states” constitués des Etats de New York, Californie, Hawaï, Alaska et Washington) et les autres Etats interdisant la pratique (“non repeal states” constitués de 45 Etats).

Ainsi, pour démontrer l’inférence causale de l’arrêt Roe vs Wade, les économistes signalent que les différences observées entre les Etats (“repeal” vs “non repeal”) sur le taux de natalité durant la période 1970-73 ne sont plus constatées une fois que l’arrêt Roe vs Wade est passé (voir la figure 1).  Ils concluent ainsi que « la légalisation de l’avortement a impacté le taux de natalité de manière directe et séparée d’autres facteurs tels que la contraception ».  

En savoir +

[2] La méthodologie de l‘inférence causale vise à identifier la causalité des effets grâce à des essais basés sur des tirages aléatoires. Comme il n’est pas possible de tirer aléatoirement dans le champ économique pour des raisons pratiques ou éthiques (par exemple imposer un salaire minimum à une partie de la population), ils ont ainsi montré que des méthodes “naturelles” ou “quasi expérimentales” peuvent donner des résultats aussi crédibles que des expérimentations bien contrôlées.

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Figure 1: différence de taux de natalité entre les “repeal states” et les “non repeal states” avant et après Roe vs Wade (issu de [1]).

En réalité, cette conclusion porte sur des enjeux démographiques mais ne permet pas d’établir un lien direct avec l’économie sauf à considérer qu’une faible natalité est source de bien-être économique.

2. Effet de la légalisation de l’avortement sur la réussite scolaire et sur les salaires des femmes

Les économistes affirment (page 11) que “la légalisation de l’avortement a eu un impact significatif sur les salaires des femmes et la réussite scolaire avec un impact particulièrement important sur les femmes noires”.

Ils utilisent pour cela un article [4] de 1996 basé sur des données des années 1960 portant uniquement sur la situation des adolescentes. Selon la méthodologie des “repeal vs “non repeal states, l’étude montre en effet des résultats significatifs sur l’éducation des adolescentes noires (+22% à +24% de chances d’aller jusqu’au Bac, +23% à +27% de suivre des études supérieures dans les “repeal states”) mais aucun impact sur les adolescentes blanches. En outre, s’ils observent un plus fort taux d’emploi des femmes noires, celui-ci ne s’accompagne pas d’un accroissement des salaires. En revanche, les auteurs observent une association significative et inexpliquée entre les réformes de l’avortement et la progression des salaires des hommes blancs (page 28 de [4]).

L’étude montre donc que la légalisation de l’avortement a un impact significatif pour les adolescentes noires sur leur niveau d’éducation et leur taux d’emploi mais pas sur leurs salaires. Aucun impact n’est détecté pour les adolescentes blanches.

Par ailleurs, la pertinence de ces résultats est-elle toujours d’actualité en 2022 dans un contexte économique et social très différent en particulier pour ces populations ?

Concernant les salaires, les auteurs citent également une étude plus récente [5] publiée en 2021 (working paper non accepté dans une revue à comité de lecture). Elle compare la trajectoire économique (revenu, éducation, carrière) de 18 000 femmes nées entre 1937 et 1967, basée sur des entretiens menés entre 1982 et 2002. Ces femmes sont divisées en deux groupes :

  • celles ayant eu recours à un avortement dans leur adolescence ou leur début de vie d’adulte

et

  • celles ayant eu un enfant pendant cette même période (souvent issu d’une grossesse dite « non intentionnelle » qu’elles ont choisi de poursuivre).

L’étude conclut que la poursuite des études, l’insertion professionnelle et les revenus reçus au cours de la vie sont réduits pour celles qui ont eu un enfant dans leur adolescence par rapport à celles qui ont avorté.

On peut nuancer cette conclusion dans la mesure où sur le plan méthodologique, l’étude portant sur une longue période de 1937 à 1967 au cours de laquelle le cadre législatif a évolué, il est difficile d’isoler l’impact causal d’une législation en particulier.

La conclusion la plus solide est que la charge d’un enfant dans ces moments de développement personnel peut affecter l’éducation qui est la porte principale de l’emploi qualifié. L’absence de soutien social, familial et d’adaptation du système scolaire ne permet pas de concilier facilement études et maternité

Plus généralement, de nombreuses publications mettent en avant le « désavantage économique » résultant du fait d’avoir un enfant sur les revenus, sur la participation au marché du travail et sur la carrière des femmes. Ce sujet de l’intégration des mères dans la réussite professionnelle est particulièrement crucial aux Etats-Unis. En effet, le rapport Myers [3] indique qu’“en l’absence de politiques de congés maternité au niveau fédéral et d’accès à des structures de crèches abordables, les Etats-Unis manquent d’infrastructures pour soutenir de manière adéquate les mères qui travaillent rendant la perspective d’être mère financièrement impossible pour certaines”. Le même rapport souligne que le statut des femmes a cependant beaucoup progressé en termes de niveau d’études, de trajectoires professionnelles et de rôle dans la société. En revanche, les mères sont exposées à des défis et des pénalités qui ne sont pas adressées de manière adéquate par les politiques publiques. Notamment, les congés de maternité ne sont pas rémunérés. 

L’absence de politique fédérale de soutien aux mères est un point crucial, qui ne ressort pas de l’approche de la secrétaire au Trésor. Pourtant la mise en œuvre d’une politique familiale et sociale pourrait éviter l’avortement à des femmes plus pauvres en amortissant les coûts économiques de la maternité.

3. Effet de la légalisation de l’avortement sur le bien-être des enfants

Les économistes affirment (page 14 du mémoire remis à la Cour suprême [1]) qu’une étude montre que “les enfants devenus adultes, ont eu de meilleures notes à l’université, de plus faibles taux de monoparentalité et de plus faibles taux de bénéficiaires de couverture sociale”. Cette étude [7] s’appuie à nouveau sur la comparaison entre les enfants nés dans les “repeal states” et les autres Etats pendant la brève période (entre 1970 et 1973 ) où l’avortement n’était légalisé que dans ces “repeal states”.

 

Basée sur les données du recensement de l’année 2000, cette étude vise à évaluer l’effet produit par la légalisation de l’avortement sur les générations nées avant et après Roe vs Wade. Cet impact est mesuré à partir de 7 critères socio-économiques: taux de pauvreté, taux de monoparentalité, taux de bénéficiaires de l’aide sociale, taux de décrochage scolaire au lycée, taux de diplômés de l’université, taux de chômage, taux d’incarcération. Les auteurs considèrent que l’avortement produit une sélection en diminuant le nombre d’enfants “supplémentaires non voulus”. Cette « sélection » devrait influencer les caractéristiques moyennes des générations selon qu’elles sont nées entre 1971-73 ou après Roe vs Wade.

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Le tableau ci-dessus de [7] montre l’évolution de ces critères socio-économiques entre “repeal” vs non “repeal states” pour les 3 générations1971-73, 1974-75, 1976-79. On peut constater :

 

  • que les adultes nés entre 1971 et 1973 dans les “repeal states” ont des caractéristiques socio-économiques meilleures que ceux nés dans les autres Etats : le taux de personnes bénéficiant de l’aide sociale y est inférieur de 14,8%, et le taux de personnes en situation de pauvreté y est inférieur de 3,6%,
  • que les adultes nés entre 1974 et 1975 et entre 1976 et 1979 dans les “repeal states” conservent des caractéristiques supérieures et meilleures que ceux des autres Etats voire bien meilleures avec des taux de bénéficiaires de l’aide sociale largement inférieurs (-17,7%) de même que pour le taux de personnes en situation de pauvreté (-19,1%).

 

Force est de constater que les différences entre les “repeal states” et les “non repeal states” ne se résorbent pas, même après plusieurs années. Aucun lien de causalité ne peut donc être établi entre la jurisprudence Roe vs Wade et ces indicateurs socio-économiques.

 

En conséquence, le développement économique des générations futures ne dépend-il pas davantage du différentiel de richesse entre les Etats, “repeal states” vs les autres Etats ? En effet, parmi les 5 Etats “repeal”, seulement 2 ont des populations significatives (Californie et New York) et les enfants nés dans ces deux Etats ont bénéficié d’un contexte socio-économique (avec un PIB par habitant de l’ordre de 15 à 20% supérieur au reste du pays) bien plus favorable que dans le reste des Etats américains où l’avortement n’était pas autorisé.

II. Peut-on établir un impact économique à court terme du refus de l’avortement ?

Alors que les précédentes méthodes ont tenté de montrer les bénéfices économiques sur le long terme de l’accès à l’avortement, une très récente étude [8] du National Bureau of Economic Research (NBER) de Janvier 2022 a investigué les conséquences économiques à court terme (à 6 ans) en cas de refus d’avortement. 

L’étude du NBER se focalise sur un sous-ensemble de femmes c’est à dire celles cherchant à avoir un avortement autour de délais limites (juste avant ou après la limite). Cette notion de délais peut faire référence à des délais légaux ou à des contraintes opérationnelles fixées par les cliniques (personnels disponibles, volontaires…). Ces délais peuvent varier de 10 à 24 semaines en fonction des politiques de chaque Etat. L’étude précise que ces femmes arrivent donc très tardivement à la décision d’avortement pour “des raisons logistiques d’accès comme les difficultés pour trouver une clinique, financière pour réunir l’argent nécessaire, en raison d’hésitations, de méconnaissances des délais pratiqués”… Ces profils sont particulièrement marqués socio-économiquement lorsqu’on les compare aux femmes pratiquant l’avortement lors du premier trimestre : entre 53% et 55% sont sous le seuil de pauvreté alors qu’elles ne sont que 39% lors d’un avortement pratiqué au premier trimestre. Par rapport à la population générale, 45% n’ont pas de diplômes post bac versus 11% dans la population générale demandant l’avortement. 

Ces femmes sont décomposées en 2 catégories : celles à qui l’on a refusé l’avortement (“Turnaway” 292 femmes) et celles qui y ont eu accès (“Near Limit” 536 femmes). Suite à un entretien une semaine après leur avortement ou non – avortement, elles ont été suivies pendant 9 ans et ont fait l’objet de nombreuses études appelées The Turnaways studies [9]. On connait notamment l’issue des grossesses parmi celles à qui l’avortement a été refusé : 32% ont obtenu un avortement ailleurs ou ont fait une fausse couche tandis que 68% ont mené leur grossesse à terme.

La nouveauté de cette étude est de se concentrer sur l’impact économique du fait d’avoir subi un refus d’avortement. Cette étude a ainsi pu apparier les données financières de ces femmes sur cette même période (cet appariement a réduit les deux groupes : le groupe Turnaway est réduit à 150 et le groupe “Near Limit” est réduit à 333 femmes). Dans le système bancaire et économique américain, les données de crédit sont un bon indicateur de la santé économique d’un ménage davantage que son revenu. Le but de l’étude est de comparer l’impact financier sur les deux groupes à partir de 3 facteurs :

  • la détresse financière (les défauts de paiements sur les factures, les expulsions, les banqueroutes…),
  • l’accès aux liquidités (la somme des encours sur toutes les cartes de crédits)
  • et la capacité à emprunter de l’argent à court et à moyen terme pour ces femmes (les crédits immobiliers en cours, à la consommation…).

Les auteurs étudient alors l’impact de l’évènement de la demande d’avortement (« abortion encounter ») sur la trajectoire de ces deux groupes.

Pour valider leurs modèles, ils s’assurent que les deux groupes de femmes ont des trajectoires similaires avant la requête d’avortement. Sur les 3 points de comparaison, seuls les deux premiers montrent une trajectoire commune. Cet écart fait peser un doute sur l’homogénéité des deux groupes. Le rapport reconnaît que “les femmes dans le groupe Turnaway sont plus jeunes, moins capables d’être employées et avaient moins d’enfants”.

03 financial distress
Figure 3: évolution court terme des critères de situations financières des deux groupes (ceux à qui on a refusé l’avortement et celui qui a eu un avortement issu de [8]).

Après la requête d’avortement, la comparaison des trajectoires montre que: 

  • L’indicateur de détresse financière est sensiblement plus haut pendant les cinq années qui suivent pour le “Turnaway” group comparé au “Near Limit” Group. On note néanmoins que pour le groupe “Turnaway” après trois années de progression, l’indicateur de détresse financière redescend significativement pour terminer au même niveau qu’avant l’événement après 5 ans.
  • Selon l’indicateur d’accès aux liquidités, les deux groupes s’écartent dans les 3 premières années qui suivent l’événement au détriment du groupe “Turnaway” puis se résorbent. Les liquidités sont donc similaires après quelques années et remontent même pour les deux groupes.
  • Enfin, la capacité d’emprunt des deux groupes, différente avant la requête, reste différente sur les deux groupes après la demande d’avortement. Il n’y a donc aucun impact sur cet indicateur.

Cette analyse renforce la conclusion évidente que les femmes ayant un enfant à élever subissent des coûts financiers importants liés à l’arrivée d’un nourrisson (aux Etats-Unis, les coûts moyens liés à la petite enfance s’élèvent à 11 000 dollars annuels par enfant) mais ces coûts ne sont pas durables. Cette constatation valable pour toutes les femmes prenant soin de leur enfant entre 0 et 3 ans, est particulièrement accrue par le fait que la population concernée par ces avortements très tardifs est particulièrement vulnérable financièrement par rapport à la population générale. La disparition du différentiel entre les deux groupes après quelques années (entre 3 et 5 ans) témoigne de l’importance d’une politique de soutien à la maternité pour les plus défavorisés.

III. Peut-on généraliser l’effet des mesures
relatives à l’avortement sur certaines catégories à l’ensemble des femmes
qui avortent aux Etats-Unis ?

Les études économiques présentées précédemment se sont focalisées sur des populations de femmes spécifiques particulièrement vulnérables telles que les adolescentes, les femmes demandant des avortements au second trimestre, les femmes dans des situations de grande précarité ou les femmes noires.

 

Or ces catégories de femmes ne représentent pas la totalité des avortements aux Etats-Unis. (930 160 avortements en 2020 selon le Guttmacher Institute). Selon le rapport des Centers of Disease Control qui comptabilisent et compilent les remontées volontaires des Etats américains sur les caractéristiques des femmes qui ont avorté entre 2009 et 2018 :

  • 92% des avortements concernent des avortements du premier trimestre (<13 semaines) ;
  • les adolescentes (<20 ans) représentent 9% des avortements en 2018, un chiffre en constante baisse depuis 2009 où elles représentaient 16% des avortements (probablement plus en 1973) ;
  • les deux tiers (67%) des femmes qui avortent ne sont pas noires.

 

Le Guttmacher Institute qui procède à des enquêtes auprès des femmes qui avortent et qui complète les informations dans les Etats qui ne rapportent pas ces données au CDC avec des estimations sur l’évolution  2008-2014, confirme ces tendances :

  • les adolescentes (<20 ans) représentaient 12% des avortements en 2014 contre 17,5% en 2008 ;
  • entre 23 et 32% de femmes qui avortent sont noires.

 

Le portrait type de la femme qui avorte aux Etats-Unis est donc assez loin des profils mis en avant pour analyser les conséquences économiques. Il est donc abusif de tirer des conclusions économiques générales à partir de profils spécifiques.

 

Cependant, le niveau de revenu est un marqueur social de l’avortement aux Etats-Unis. Le Guttmacher Institute fournit quelques indicateurs économiques en complément :

  • 50% des femmes qui avortent sont sous le seuil de pauvreté fédéral (environ 1000$/mois),
  • 25% sont entre le seuil de pauvreté et le double (entre 1000 et 2000$/mois),
  • 25% sont au-dessus de 2000$/mois.

 

En conclusion

Les études affirmant un lien entre les lois sur l’avortement et les conséquences économiques ne sont pas concluantes (méthodologie inopérante, segments trop étroits et résultats parcellaires). La question sensible de l’impact économique de l’avortement mériterait une approche plus approfondie, notamment en la reliant à l’absence de politique familiale et de soutien à la maternité.
Sondage IFOP avortement dans la Constitution

L’avortement dans la Constitution ?

L’avortement dans la Constitution ?

 

En réaction à la décision de la Cour suprême américaine sur l’avortement, des politiques et des militants souhaitent inscrire un droit à l’avortement dans la constitution française, une procédure complexe qui ne fait pas consensus.

 

Des propositions de loi en cours

Quatre propositions de loi ont été annoncées par divers partis : elles visent à inscrire le droit à l’avortement dans la constitution française. A l’Assemblée, le groupe Renaissance (ex LREM) a déposé une proposition qui n’est pas encore publiée dans la mesure où les instances ne sont pas encore en place, notamment la commission de recevabilité. Au Sénat, le groupe communiste a déposé une proposition ainsi que les socialistes. Actuellement le groupe La France Insoumise de l’Assemblée a également fait des annonces en ce sens.

Comme l’ont fait remarquer plusieurs juristes, la situation américaine est non transposable à la France.  La juriste Anne- Marie Le Pourhiet interrogée par Marianne fait remarquer que « nous sommes un pays de tradition légicentriste er républicaine où c’est le parlement, représentant de la nation, qui fait le droit et non le juge (…) le Conseil constitutionnel a toujours validé , jusqu’à présent, tant l’extension du délai de recours à l’IVG que la suppression, pourtant discutable, de la condition de détresse».

 

Modifier la constitution : une procédure complexe

L’article 89 de la Constitution du 4 octobre 1958 fixe les règles de révision de la Constitution.

La procédure prévue par l’article 89 présente la caractéristique de requérir l’existence d’un consensus au sein de l’exécutif (gouvernement) et l’accord des deux assemblées (assemblée nationale et sénat). L’opposition du Président de la République, du Premier ministre ou de l’une des deux assemblées suffirait, en effet, à empêcher la révision d’aboutir.

La révision de la Constitution peut avoir lieu soit à l’initiative du Président de la République, il s’agit d’un projet de loi, soit à l’initiative du Parlement, il s’agit d’une proposition de loi.

1ére étape : adoption d’un texte commun

Dans ce domaine, les deux assemblées parlementaires disposent des mêmes pouvoirs, ce qui implique que le projet ou la proposition de loi constitutionnelle soit voté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat ; contrairement aux autres lois, qui peuvent faire l’objet d’une commission mixte paritaire.

2ème étape : adoption définitive

Le texte est définitivement adopté soit par référendum (procédé utilisé une fois seulement lors de la révision constitutionnelle de 2000 visant à réduire à cinq ans le mandat du Président de la République), soit par un vote à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés des deux chambres du Parlement réunies en Congrès à Versailles.

Dans l’état actuel de la composition de l’Assemblée et du Sénat, il semble difficile d’aboutir à l’adoption d’un texte commun. Si c’était le cas, la seconde étape est également à haut risque de ne pas aboutir.

Un consensus loin d’être acquis

François Bayrou, président du groupe modem, allié du parti majoritaire est l’un des premiers à sortir de l’unanimisme ambiant en déclarant : « Franchement, dans l’état où le pays se trouve, avec toutes les questions que nous avons devant, est-ce qu’il est bon et utile de faire ça ? Alors qu’aucun parti politique ne remet en cause la loi Veil et ce qu’elle est devenue par les évolutions différentes, je ne suis pas pour qu’on décalque la vie politique américaine.» Le président du Sénat Gérard Larcher quant à lui a mis en garde : « attention aux lois de pulsion ».

L’ancien garde des Sceaux macroniste Jean Jacques Urvoas, s’inquiètait également sur twitter le 24 juin dernier : « L’emballement n’est pas nécessairement de bon conseil. Est-il donc indispensable de se précipiter pour inscrire dans la Constitution des remèdes aux maux de la société américaine ? »

La démarche a assurément des allures de test des « majorités d’action » comme l’ont fait remarquer plusieurs observateurs, qu’elle aboutisse ou pas.

Même si la portée est avant tout symbolique, c’est une fuite en avant supplémentaire vers toujours plus de banalisation de l’avortement au détriment d’un véritable examen des causes, des conditions et des conséquences de l’avortement.

Pour Alliance VITA, il est temps de débattre de véritables politiques de prévention.

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Avortement : la Cour suprême abroge l’arrêt Roe vs Wade

Avortement : la Cour suprême abroge l’arrêt Roe vs Wade

Avortement : la Cour suprême abroge l’arrêt Roe vs Wade

 

Par une décision du 24 juin 2022, la Cour suprême des Etats Unis a abrogé l’arrêt Roe vs Wade établissant une protection fédérale constitutionnelle au « droit à l’avortement ». L’impact juridique de ce renversement est de revenir à la situation prévalant avant 1973, date de l’arrêt Roe vs Wade. Concrètement, il appartiendra à chacun des 50 Etats américains de légiférer sur l’avortement, sauf si le Congrès américain votait une loi au niveau fédéral.

 

La décision de la Cour, porte sur la constitutionnalité d’une loi de l’Etat du Mississipi de 2018 restreignant la possibilité d’un avortement à 15 semaines de grossesse à l’exception de cas d’urgence médicale ou de malformation grave du foetus. La Cour suprême a entendu en décembre 2021 les arguments oraux des deux parties, le Département de la Santé de l’Etat du Mississipi représenté par Thomas Dobbs, et la clinique Jackson Women’s Health Organization, située dans la ville de Jackson, et seule clinique pratiquant l’avortement dans l’Etat du Mississipi.

 

Loi ou jurisprudence ?

Dans de nombreux pays, dont la France, l’avortement est régulé par une loi votée par le Parlement. En France, récemment, la loi a étendu le délai d’accès à l’avortement de 12 à 14 semaines de grossesse. L’analyse de cette extension se trouve sur le site d’Alliance VITA.

Aux Etats Unis, le Congrès, constitué du Sénat (100 sièges) et de la Chambre des Représentants (435 sièges) n’a pas voté de loi régulant ou bannissant l’accès à l’avortement.

Ainsi, récemment, le Sénat n’a pas trouvé de majorité pour une proposition de loi votée par la Chambre des Représentants. Cette proposition de loi visait à codifier la jurisprudence établie par l’arrêt Roe vs Wade et celle issue d’un arrêt de 1992 Planned Parenthood vs Casey. Ce dernier consolidait l’arrêt de 1973 Roe vs Wade tout en modifiant les critères selon lesquels un Etat américain peut encadrer l’avortement.

 

Ce qu’établit l’arrêt Roe vs Wade

L’arrêt Roe vs Wade a établi, par 7 voix contre 2, que la Constitution américaine protège le droit d’une femme de choisir d’avorter sans que l’Etat puisse opposer une « restriction excessive » à ce droit.

Jane Roe est le pseudonyme de Norma Mc Corvey, une femme enceinte en 1969 de son troisième enfant, souhaitant avorter, et Henry Wade le nom du procureur du Comté de Dallas. Le Texas restreignait l’avortement aux cas de danger pour la vie de la mère. L’arrêt s’appuie sur deux principaux éléments juridiques.

Tout d’abord, la Cour suprême a statué que la possibilité pour une femme de choisir un avortement, bien que non mentionné explicitement dans la Constitution, relevait du droit à la vie privée (“right to privacy”) réaffirmé par le quatorzième amendement à la Constitution dans sa section 1.

Ainsi cette clause (“Due process clause”) spécifie notamment qu’”Aucun État ne peut adopter ou appliquer une loi qui abrégera les privilèges ou immunités des citoyens des États-Unis; aucun État ne peut non plus priver une personne de la vie, de la liberté ou des biens, sans procédure régulière; ni refuser à quiconque relevant de sa juridiction l’égale protection des lois“. Ce quatorzième amendement a été voté en juillet 1868.

Dans le contexte de la fin de la guerre civile américaine et de l’abolition de l’esclavage, il garantissait dans la Constitution l’égalité des droits de tout citoyen, quelle que soit sa race ou son statut (ancien esclave ou pas).

D’après l’arrêt Roe vs Wade, les Etats pouvaient avoir un intérêt à réguler l’accès à l’avortement en considération de la santé des femmes et de la vie prénatale du fœtus, s’ils respectaient de strictes conditions (“strict scrutiny”) déclinées en trois concepts ou tests :

  1. La charge de la preuve (“burden of proof”) de l’intérêt d’apporter une restriction revient à l’Etat,
  2. L’Etat doit poursuivre un intérêt impérieux (“compelling interest”),
  3. De la façon la plus étroite possible (“pursued in the narrowest possible way”).

Le droit de recourir à l’avortement étant considéré comme un droit fondamental, les lois l’encadrant devaient être évaluées à l’aune de ces critères stricts.

Dans la pratique, l’arrêt établissait une distinction par trimestre de grossesse pour juger du bienfondé de législation d’un Etat. Lors du premier trimestre, aucune restriction n’était possible. Dans le courant du second trimestre, une régulation par des Etats était possible. Lors du dernier trimestre de grossesse, des restrictions étaient possibles sous réserve de question de santé et d’urgence médicale pour les femmes.

L’introduction du critère de viabilité, arrêt Planned parenthood vs Casey.

En 1992, la Cour suprême a rendu un nouvel arrêt sur le sujet de l’avortement. Elle affirme ce qu’elle déclare être les trois principales conclusions de l’arrêt de 1973, à savoir :

  1. Le droit des femmes de choisir d’arrêter leur grossesse sans que l’Etat puisse interférer de façon indue,
  2. Le droit d’un Etat de restreindre l’avortement quand le fœtus est viable (“fœtal viability”)
  3. L’intérêt légitime d’un Etat dès le début de la grossesse à protéger la santé des femmes et la vie du fœtus.

Le respect du précédent (“stare decisis”), c’est-à-dire le fait de ne pas renverser une décision précédente de la Cour suprême, était un des arguments également invoqué pour ne pas revenir sur l’arrêt Roe vs Wade.

La distinction par trimestre pour analyser les législations des Etats est remplacée dans cet arrêt par un critère de viabilité du fœtus (“viability analysis”), ouvrant la possibilité que les connaissances médicales modifient l’évaluation de la date de cette viabilité.

Par ailleurs, cet arrêt modifie également un point important : l’analyse des législations des Etats sur l’avortement par le critère des strictes conditions est remplacé par un critère de “fardeau indû” (“undue burden”). En conséquence, l’arrêt avait validé une législation de Pennsylvanie demandant le consentement informé au moins 24 heures avant l’acte d’avortement par la femme enceinte, un consentement parental pour les mineures, mais avait invalidé la nécessité pour une femme d’informer son mari de la procédure.

Plusieurs arrêts de la Cour suprême ont ensuite affiné la notion de fardeau indû. En 2020, un arrêt de la Cour Suprême  June Medical Services llc vs Russo, a ainsi réaffirmé que “les nombreuses restrictions qui n’imposaient pas d’obstacle important étaient constitutionnelles, tandis que la restriction qui imposait un obstacle important était inconstitutionnelle”.

 

Conclusion

Ces différentes interventions de la Cour suprême montrent que les législations des Etats américains sur l’avortement ont fait l’objet de nombreuses évolutions après l’arrêt Roe vs Wade. La législation du Mississipi, objet de l’arrêt, ainsi que celle votée au Texas en septembre 2021, en sont des exemples. En tout état de cause, la comparaison de la situation américaine avec celle de la France est hasardeuse.

Les systèmes juridiques des deux pays sont très différents. Par ailleurs, le débat sur ce sujet est toujours resté vif outre-Atlantique, divisant l’Amérique et séparant les politiques en deux camps. En France, un tel débat est difficile et plus déséquilibré, poussant à toujours plus d’extension de l’IVG. Les prises de position de l’OMS, décryptées récemment sur le site d’Alliance VITA, sont dans cette lignée. L’urgence est de s’interroger sur une véritable politique de prévention d’un acte qui n’a rien d’anodin, et que beaucoup de femmes voudraient éviter.

 

Pour Alliance VITA tout avortement étant un drame et un échec, le renversement de l’arrêt Roe vs Wade doit inciter les Etats à développer des politiques d’alternative à l’avortement et de soutien aux femmes enceintes en difficulté.

 

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[CP] – Anne-Charlotte Rimaud élue présidente d’Alliance VITA

[CP] – Anne-Charlotte Rimaud élue présidente d’Alliance VITA

COMMUNIQUE DE PRESSE –  22 juin 2022
Anne-Charlotte Rimaud élue présidente d’Alliance VITA

Le Conseil d’Alliance VITA a élu sa nouvelle présidente, Anne-Charlotte Rimaud. Elle succède à François-Xavier Pérès qui présidait VITA depuis 2014.

Anne-Charlotte Rimaud a rejoint Alliance VITA en 2004 à Poitiers d’abord en tant que membre d’équipe. Ses déménagements successifs de Chartres à Angers, en passant par Bourges et Orléans, l’ont conduite à créer une équipe, tenir successivement les rôles de responsable d’équipe, de déléguée départementale, de référente région et désormais de présidente.

L’expérience d’Anne-Charlotte et sa fidélité à VITA depuis 18 ans incarnent concrètement l’enracinement de l’association partout en France. L’engagement de son réseau de membres permet à VITA de rayonner sur l’ensemble du territoire pour sensibiliser à la protection de la dignité humaine. Solidaires des plus fragiles, des membres se consacrent à l’écoute dans les services d’aide dédiés aux difficultés en début et en fin de vie.

Consultante en évolution professionnelle et formatrice, Anne-Charlotte aide professionnels et étudiants à prendre conscience de leurs talents au service d’une vocation et d’un projet de vie. Au sein de VITA, elle a cette même volonté d’agir pour défendre les plus fragiles en s’appuyant sur l’écoute, la sensibilisation et la formation afin de toucher un large public sur les sujets bioéthiques.

A l’aube du quinquennat qui s’ouvre, Anne Charlotte Rimaud souhaite s’inscrire dans la continuité de ses prédécesseurs pour que la priorité soit donnée à l’humanité : « En cette année d’élections, VITA a porté ses propositions sous la forme de 20 urgences pour replacer l’humanité au cœur de toutes les politiques publiques. Nous continuerons en particulier, à défendre les soins palliatifs contre l’euthanasie, à nous mobiliser pour l’abolition mondiale de la GPA, à œuvrer en faveur d’une famille durable. Grâce à nos membres présents sur le terrain et ancrés dans la réalité locale, nous voulons prendre notre place pour une bioéthique respectueuse de l’écologie humaine. »

Dépistage néonatal : progrès et enjeux

Dépistage néonatal : progrès et enjeux

Les amyotrophies spinales sont un groupe de maladies neuromusculaires rares d’origines génétiques. Elles se caractérisent par une dégénérescence et une perte de motoneurones, conduisant à une faiblesse musculaire. Evolutives et invalidantes, elles font partie des maladies neuromusculaires rares dont la cause génétique est parfaitement identifiée, contrairement à d’autres. Lorsque des symptômes évocateurs sont relevés, le diagnostic de la maladie se pose par une analyse d’ADN sur une prise de sang. La prévalence est estimée à environ 1 à 3 sur 30 000. Leur gravité et leur évolution sont variables d’une forme à l’autre et d’une personne à l’autre. Quatre formes ont été décrites selon l’âge d’apparition et la sévérité de la maladie : le type I, forme la plus sévère, débute avant l’âge de 6 mois ; le type II débute entre l’âge de 6 et 18 mois ; le type III débute dans l’enfance ou l’adolescence ; le type IV, forme la moins sévère, débute à l’âge adulte. Les formes les plus graves sont celles qui touchent le très jeune enfant, elles peuvent engager le pronostic vital en quelques années. Plus le dépistage est précoce, plus les chances de survie et d’amélioration des conditions de vie sont grandes. L’idéal, en termes de stratégie thérapeutique, étant de pouvoir agir avant l’apparition des premiers symptômes.

Cette maladie ne fait pas partie du dépistage néonatal généralisé en France. Actuellement, six maladies comme la phénylcétonurie, hypothyroïdie congénitale, hyperplasie congénitale des surrénales, mucoviscidose, drépanocytose… font l’objet d’un dépistage chez les nouveau-nés. Il consiste à prélever une goutte de sang pour chercher s’il contient des éléments inhabituels, évocateurs d’une de ces maladies. En cas de doute, la confirmation sera recherchée par un test génétique en tant que tel, à savoir l’analyse de l’ADN pour y détecter la présence d’un gène ou d’une mutation. Actuellement, la recherche explicite d’une maladie génétique chez un nouveau-né n’est possible que dans des cas particuliers, lorsqu’il y a par exemple suspicion d’une maladie héréditaire.

Une étude pilote nommée Depisma va déployer un dépistage génétique systématique de l’amyotrophie spinale dans deux régions, le Grand Est et la Nouvelle-Aquitaine, pendant deux ans. « On va tester des centaines de milliers de bébés et, d’après nos estimations, en détecter 32 atteints d’amyotrophie spinale », précise Vincent Laugel, neuropédiatre au CHU de Strasbourg. Ces enfants pourront alors bénéficier d’un traitement précoce pour espérer réduire considérablement l’impact de la maladie.

Généraliser le dépistage génétique d’une maladie aux nouveau-nés est une nouveauté rendue possible par un amendement de la loi de bioéthique, adoptée en août 2021. Un nouvel article précise que les modalités d’organisation du dépistage néonatal (incluant les examens des caractéristiques génétiques) et la liste des maladies sur lesquelles il porte sont fixées par arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale, après avis de la Haute Autorité de santé et de l’Agence de la biomédecine. Il s’agit d’une évolution notable qui n’est pas sans soulever des questions éthiques si le dépistage allait de plus en plus loin et pour tous. Dans le cas présent, la recherche portera seulement sur les mutations d’un gène précis. Et la maladie concernée dispose de traitements existants. Il s’agit donc d’un progrès thérapeutique concret qui accompagne un progrès des connaissances et techniques génétiques.

Mais dans le futur, pourquoi ne pas élargir de plus en plus l’enquête, et surtout au fur et à mesure de l’avancée des connaissances, à d’autres gènes ou mutations ? Que faire si on détecte une anomalie en l’absence de tout traitement ? Comment accueillir l’annonce d’une prédisposition génétique à telle ou telle maladie, survenant plus tard. Y a-t-il un « droit de ne pas savoir » ?

Les progrès en diagnostics génétiques ne peuvent faire l’économie de réflexions éthiques approfondies, autour de l’annonce, de la protection des données médicales mais aussi et surtout pour se prémunir de toute dérive eugénique et éviter de tomber dans des décisions qui ne seraient pas un progrès contre les maladies, mais une victoire de la sélection. Un risque d’euthanasie s’ajoute à celui de l’eugénisme. Certains de ses plus fervents promoteurs comme l’ancien député Jean-Louis Touraine a toujours assumé vouloir « procéder par étapes, d’abord questionner les adultes en capacité de donner un avis, puis envisager ultérieurement le cas des grands prématurés, par exemple. »

Pour aller plus loin :

Le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) vient de publier son avis 138 intitulé « l’eugénisme : de quoi parle-t-on ? » ce 16 février 2022.
La médecine prédictive – Dr Xavier Mirabel, Université de la vie 2015 – Le corps, de la vie à la mort.
L’eugénisme, aujourd’hui – Blanche Streb, Université de la vie 2019 – La vie, à quel prix ?

Belgique : les professionnels de soins palliatifs alertent sur la difficulté d’accès

Belgique : les professionnels de soins palliatifs alertent sur la difficulté d’accès

A l’occasion de la célébration des 20 ans de loi sur les soins palliatifs, les Fédérations professionnelles wallonne, bruxelloise et flamande se sont unies le 14 juin 2022 pour informer sur ce que sont réellement les soins palliatifs et alerter sur le manque d’accès.

« Les soins palliatifs… il s’agit surtout de vie ! ». Avec ce slogan, les professionnels souhaitent dénoncer les idées reçues et la mauvaise image associée à ces soins en Belgique, alors qu’ils visent justement à accompagner et soulager au plus près des besoins des patients.  

Dans un communiqué commun les trois Fédérations de soins palliatifs rappellent qu’ «  une approche palliative pourrait être envisagée pour près de 100.000 patients par an, mais nombre d’entre eux n’y ont pas accès. » Le manque d’accès avait été souligné par le rapport d’étude de la cellule d’évaluation des soins palliatifs publié en 2020. « Le nombre de lits en unités de soins palliatifs doit être rapidement augmenté en fonction des besoins, de la situation géographique et de l’accessibilité. » Le rapport précise également le besoin de financement « pour couvrir les coûts effectifs des membres du personnel et le remboursement des prestations proposées. » La commission d’évaluation préconisait également de financer des postes de psychologues dans les unités de soins palliatifs.

Les professionnels regrettent que ne soit pas assez mise en avant la possibilité de soins précoces qui permet pourtant d’améliorer considérablement la qualité de vie des patients et de leurs proches.

Alors que le “forfait palliatif” va faire l’objet d’une étude qui sera publiée en 2023 par le Centre Fédéral d’expertise des soins de santé en Belgique, certains acteurs comme l’End Of Life Care Research Group demandent d’ores et déjà que l’accès à cette aide financière soit élargi aux patients avec une espérance de vie supérieure à 3 ans. En effet à l’heure actuelle cette aide supplémentaire pour les médicaments, le matériel de soins et les dispositifs médicaux que les patients palliatifs à domicile doivent eux-mêmes financer, est octroyée sous conditions :

  • avoir une maladie incurable ;
  • être dans une situation physique ou psychique en sévère dégradation ;
  • être dans un état qu’aucune thérapie ne peut améliorer;
  • avoir une espérance de vie inférieure à 3 mois ;
  • des besoins physiques, sociaux et spirituels nécessitant la mise en place de moyens très soutenus en termes d’engagement ;
  • exprimer son souhait de mourir à domicile ;
  • et satisfaire aux conditions présentes dans le formulaire de demande, dit “Avis médical”.

L’élargissement au-delà des trois mois serait bénéfique pour la qualité de vie du patient et pour celle de son entourage, et contribuerait donc à améliorer l’état actuel des soins palliatifs proposés.

« Souvent les hôpitaux transfèrent les patients en unité de soins palliatifs quand ils ne peuvent plus rien faire sur le plan curatif, parce qu’ils considèrent l’euthanasie comme une option des soins palliatifs, alors que c’est tout à fait antinomique, à mon sens. » témoignait un soignant dans le livre Euthanasie, l’envers du décor, éd Mols, paru en 2019.

Il serait intéressant d’évaluer auprès du public belge et des soignants comment la légalisation de l’euthanasie impacte l’image des soins palliatifs et peut induire de la confusion.

Infertilité masculine et enjeux environnementaux

Infertilité masculine et enjeux environnementaux

La chute de la fertilité masculine est un phénomène identifié depuis une trentaine d’années. Dans le Rapport sur les causes de l’infertilité [1]remis à l’ancien ministre de la santé, Olivier Véran en février 2022, une méta-analyse publiée en 2017 dans Human Reproduction Update est mentionnée. D’après elle, on constate un déclin de plus de 50 % de la concentration moyenne de spermatozoïdes chez les hommes des pays industrialisés en quarante ans (entre 1973 et 2011). En 2019, une enquête – publiée dans la revue Urology – a été menée sur 120 000 hommes espagnols et américains ayant consulté un centre d’assistance médicale à la procréation. Elle montre que le nombre d’hommes ayant moins de 15 millions de spermatozoïdes mobiles par millilitre (moyenne considérée comme normale par l’OMS, seuil en dessous duquel on parle d’oligospermie) a augmenté entre 2002 et 2017, passant de 1 sur 8 à 1 sur 5 en seulement quinze ans. Une étude française de 2018 va dans le même sens que ces constats internationaux. Elle déplore une baisse significative et continue de la concentration spermatique entre 1989 et 2005, avec une baisse annuelle de 1.9% environ.

Plusieurs causes sont pointées du doigt, parmi elles : les facteurs environnementaux. Des chercheurs de Londres et Copenhague ont publié ce 9 juin 2022 dans Environment International une étude qui part de ce postulat d’un lien entre fertilité masculine et substances polluantes du quotidien.  Ses auteurs émettent l’hypothèse que les problèmes d’infertilité (qualité du sperme, insuffisance ovocytaire, augmentation du taux de cancer des testicules…) sont en partie liés à l’augmentation de l’exposition humaine à certains produits chimiques. Ils ont sélectionné une trentaine de molécules déjà suspectes d’avoir un impact sur la qualité du sperme et pour lesquelles la littérature donne des informations sur leur niveau acceptable d’exposition. Ensuite, sur une centaine d’hommes volontaires, ils ont cherché la présence de ces substances dans différents prélèvements, comme les urines.

« Nous avons ensuite rapporté l’exposition estimée de la population pour chaque substance au niveau auquel des effets ne se produisent plus », explique M. Kortenkamp de l’université Brunel de Londres au Journal Le Monde. « Ce que nous montrons est que l’exposition combinée à ce grand nombre de produits excède largement ce seuil de sécurité. Nous parlons d’une exposition médiane qui excède d’un facteur 20 l’exposition acceptable. Les individus de notre échantillon les plus exposés sont jusqu’à 100 fois au-delà de ce seuil. C’est considérable ».

L’étude conclut que les expositions tolérables à des substances associées à des détériorations de la qualité du sperme sont largement dépassées. Les bisphénols, les dioxines polychlorées, les phtalates et les analgésiques seraient à l’origine de ces risques. Cette analyse a un caractère prédictif et pourrait être vérifiée dans des études épidémiologiques adéquates sur la qualité du sperme, précisent les auteurs dans leur article.

En France, les résultats de l’étude Esteban (étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition et, plus particulièrement, de son volet relatif à la biosurveillance humaine), publiés en septembre 2019 par Santé publique France, montrent une imprégnation généralisée du sang et des fluides corporels humains pour six familles de polluants, présents dans les produits de consommation courante, parmi eux également, les bisphénols et les phtalates.

Mais l’identification d’un lien de cause à effet entre l’action d’une molécule incriminée et ses effets néfastes précis reste complexe.

Outre les conséquences en termes de baisse de fertilité, les auteurs de la méta-analyse de 2017 rappellent que la qualité du sperme peut être un indicateur global de santé publique. En effet aujourd’hui, trois larges études font le lien entre une mauvaise qualité du sperme et une augmentation de la mortalité et de la morbidité chez les hommes, toutes causes confondues[2].

En France, 3,3 millions de personnes sont directement concernées par la question de l’infertilité. Plus de 15% des couples en âge de procréer consultent pour une difficulté à concevoir. Les chiffres sont inquiétants et n’ont de cesse de s’aggraver. Selon les études menées sur 195 pays, la fréquence de l’infertilité a augmenté de 0,29% par an pour les hommes et de 0,37% par an pour les femmes sur les 20 dernières années.

Il s’agit donc d’un défi majeur, tant au niveau individuel pour ceux qui la subissent qu’au niveau collectif. Cette question, à la fois intime et sociale, devrait être placée au cœur des grands défis politiques contemporains.

[1]Réparer et Mettre le lien vers ce FA car sur le site le lien ne fonctionne pas :  Infertilité : un rapport axé sur la prévention et la recherche

[2] Rapport sur les causes de l’infertilité – 1.4.1.3

Mobilisation SLA : mieux connaître pour mieux soutenir

Mobilisation SLA : mieux connaître pour mieux soutenir

Mobilisation SLA : mieux connaître pour mieux soutenir

 

Peu de personnes connaissent la SLA, certains ont entendu parler de la maladie de Charcot… il s’agit d’une seule et même maladie, très invalidante et pour laquelle la recherche est encore balbutiante. Un faible pourcentage des cas est attribué à la génétique ; les autres causes, probablement multiples, restent pour l’instant non prouvées. Il n’existe actuellement aucun traitement curatif probant contre cette maladie dégénérative non contagieuse qui a été identifiée vers 1880 par le Professeur Jean Martin Charcot, le père de la neurologie moderne.

La SLA affecte 5 000 à 7 000 patients en France avec une incidence annuelle proche de 2,5 pour 100 000 habitants. Sur le plan clinique, la SLA débute en moyenne à l’âge de 55-60 ans avec une très faible prépondérance masculine.

La signification des trois lettres SLA permet de mieux comprendre ce qu’elle est:

  • Le S pour « sclérose » correspond à un durcissement,
  • Le L pour « latérale » car elle s’attaque au côté de la colonne vertébrale,
  • Le A final de « amyotrophique » indique une privation de nutrition des muscles.

Cette maladie neuromusculaire empêche peu à peu le contrôle des muscles volontaires. Cela entraîne un affaiblissement puis une paralysie des muscles des jambes et des bras, des muscles respiratoires, ainsi que des muscles de la déglutition et de la parole. Les fonctions intellectuelles et sensorielles ne sont pas touchées. L’évolution de la maladie peut être très variable d’un patient à l’autre, mais elle est globalement rapide, entraînant le plus souvent un décès dans les deux à cinq ans après le diagnostic.

La SLA est la moins rare des maladies rares, pourtant les moyens alloués à la recherche restent bien en-deçà des besoins. Les pistes thérapeutiques qui tendent à être mises à jour le sont principalement via la recherche concernant d’autres maladies neurodégénératives.

Un groupe de travail du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie a publié en novembre 2021 une synthèse sur les conditions de fin de vie des personnes atteintes de SLA. Elle souligne la complexité, l’importance de l’information et de l’anticipation des épisodes évolutifs de la maladie et la nécessité d’améliorer la coordination entre les services de neurologie et de soins palliatifs pour permettre un accompagnement gradué du patient à tous les stades de sa maladie.

Un mois de mobilisation

Le 21 juin a été choisi comme la journée mondiale de lutte contre la SLA, car c’est le jour le plus long de l’année, espérance d’une prolongation de vie pour les personnes atteintes par cette maladie.

L’Association pour la Recherche sur la Sclérose Latérale amyotrophique (ARSLA), autre nom de la maladie de Charcot, lance une grande mobilisation ce mois-ci, baptisée #EclatsdeJuin sur les réseaux sociaux : des « éclats d’histoire » pour partager des expériences vécues ; des « éclats de joie », pour mettre en avant le combat et la ténacité des personnes atteintes de la maladie et de leurs proches, pour que la vie prenne le dessus.

Une course connectée solidaire

L’association ARSLA invite aussi le plus grand nombre à courir, marcher, randonner, rouler… dans une course 100% connectée, « Défie la SLA » . Il ne s’agit pas d’une compétition sportive, mais d’un événement solidaire afin de sensibiliser le grand public à la maladie, collecter des fonds pour faire avancer la recherche et pour aider les personnes atteintes de SLA et leurs proches aidants. L’objectif est de parcourir tous ensemble 21.000 Kms d’ici le 21 juin.

Ce mois de sensibilisation est aussi soutenu par plusieurs personnalités parmi lesquelles le rappeur Pone, membre du groupe de rap Fonky Family et producteur de musique. De sa maladie, il dit qu’elle lui a laissé l’essentiel : « Ma tête et mon cœur. » Son sens de l’humour semble également intact quand il file la métaphore du sport de combat pour décrire son quotidien depuis bientôt cinq ans : « Je suis passé ceinture noire de patience », confie-t-il. Il vit entouré de son épouse et de ses deux filles, communique, écrit et compose grâce à un logiciel de poursuite oculaire : « Quel que soit le handicap, je veux leur dire qu’une vie existe ».

Rompre l’isolement

Nous sommes les liens que nous tissons. La SLA génère inévitablement beaucoup de sentiments négatifs : la culpabilité d’imposer ça aux proches, la frustration à chaque étape de l’évolution de la maladie, le sentiment d’être inutile… Dans les moments difficiles, l’isolement rend l’épreuve plus lourde et enferme davantage.

Pour un proche, l’accompagnement d’une personne atteinte de SLA peut devenir un travail de tous les instants, jours et nuits, week-ends et jours fériés inclus. La valorisation du rôle des aidants est essentielle. Proposer un espace d’écoute aux personnes atteintes d’une maladie grave et à leurs proches, permet de leur donner une respiration, un peu de recul, plus de liberté : c’est ce qu’offre le service SOS Fin de vieanimé par Alliance VITA.

La force des témoignages

Lionel avait 34 ans lors du diagnostic d’une SLA. Emprisonné dans son propre corps, il utilise ses yeux pour faire connaître la maladie et la condition des personnes qui en souffrent et celle de leur entourage sur le site Les yeux qui parlent :

“ A toutes les personnes qui découvrent qu’elles sont atteintes de ce fléau, j’aimerais surtout dire la vérité, sans édulcorant. Vous allez souffrir, probablement beaucoup. Peut-être pas physiquement, mais votre mental va être soumis à rude épreuve, comme il ne l’a jamais été. Mais si vous êtes bien entouré, par des personnes qui vous aiment inconditionnellement, tout est possible.

Vous pouvez surmonter toutes les difficultés et trouver la résilience nécessaire pour construire une vie différente. Différente mais belle !  » Son conseil : l’anticipation.  » Il faut devancer la maladie et son évolution pour ne pas la subir encore plus. « 

David Sagnier souffre lui aussi d’une SLA. Lui qui a beaucoup navigué, confie que « comme en mer, il s’agit, non pas de dompter les éléments, mais plutôt de les apprivoiser. La meilleure façon de se battre contre la maladie, c’est d’être capable d’être heureux avec la maladie, en se recentrant sur un travail intérieur. »

mobilisation sla : mieux connaître pour mieux soutenir

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Un couple de commanditaires abandonne le bébé né de gestation pour autrui

Un couple de commanditaires abandonne le bébé né de gestation pour autrui

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C’est un fait divers sordide comme la pratique de la Gestation pour Autrui ou plutôt par autrui, si l’on veut être exact, sait en produire. Il a été repéré par Cafemom qui relaye ce témoignage d’un couple publié sur Redit, puis supprimé depuis en raison de l’émotion et de la polémique qu’il a suscité.

Un couple d’américains a fait appel à une mère porteuse. Aux Etats-Unis, la GPA est tolérée dans plusieurs états. Les gamètes du couple ont été utilisés pour la réalisation de la procréation in vitro. A la naissance, quand ils sont venus rencontrer et récupérer le nouveau-né, le père explique avoir eu l’impression « que quelque chose n’allait pas ». En découvrant son visage, ils lui trouvent des traits asiatiques. Pour eux, ce petit bébé aux yeux marrons et aux cheveux noirs ne leur ressemblait pas, car ils sont tous deux blonds aux yeux bleus. Les deux commanditaires décident alors de procéder à un test ADN. Les résultats montrent que l’homme, se croyant père biologique ne l’est finalement pas. Une enquête révèlera par la suite une erreur commise par l’agence de mères porteuse et la banque de sperme. C’est celui d’un autre homme qui a servi à concevoir l’enfant. Le couple explique alors dans un message avoir décidé d’abandonner le bébé et de le remettre à l’adoption : « Nous nous fichons de l’origine ethnique, nous sommes juste contrariés que le bébé ne soit pas le nôtre, s’il était blanc et pas de moi nous aurions été tout aussi en colère. La mère porteuse avait le cœur brisé aussi quand nous lui avons révélé ce qui s’était passé, mais ne peut se permettre de garder le bébé car elle a déjà cinq enfants ».

Pour Alliance VITA, là où la GPA est légalement tolérée, elle génère d’injustes et inextricables situations. C’est pourquoi nous demandons une action internationale pour interdire cette pratique.

 


 

Pour aller plus loin :

DOSSIER GPA à l’international
[Vidéo Replay] – Webinaire “La réalité de la GPA” – Alliance VITA
Déconstruire la GPA « éthique », VITA 2021