Décryptage : adoption de la loi fin de vie en commission des affaires sociales

Décryptage : adoption de la loi fin de vie en commission des affaires sociales

Décryptage : adoption de la loi « fin de vie » en commission des affaires sociales

En commission des affaires sociales, les députés ont validé le vendredi 2 mai 2025 la loi « fin de vie » dont le titre est modifié en loi relative au droit à l’aide à mourir c’est à dire au suicide assisté et à l’euthanasie.

Au terme de l’examen en commission des affaires sociales qui a duré du 25 avril au 2 mai 2025, 68 amendements ont été adoptés qui pour la plupart aggravent le texte. Le rapporteur a prétendu maintenir « l’équilibre » du texte en rejetant plusieurs amendements d’élargissement des critères pour avoir accès à « l’aide à mourir », clairement par tactique, pour que le texte soit adopté. C’est le cas pour l’accès à la mort programmée pour les mineurs ou encore son inscription dans des directives anticipées. Comme cela a été rappelé par certains députés, la loi pourra évoluer plus tard.

La procédure proposée est particulièrement expéditive spécialement si la mort n’est pas prévue à court terme :  15 jours maximum pour que le médecin donne son avis sur la vérification des critères pour l’éligibilité à la mort provoquée et 2 jours de réflexion pour le patient. Ces délais pouvant être abrégés « à la demande de la personne, si cela est nécessaire pour assurer la sauvegarde de la dignité de celle-ci. ». En Belgique, si le pronostic vital de la personne n’est pas engagé à court terme, au moins un mois doit s’écouler entre la demande écrite du patient et l’euthanasie.

Aucune des propositions de contrôle visant à protéger les personnes vulnérables et les professionnels de santé qui ne souhaitent pas concourir à la mort programmée n’a été adoptée.

Des débats on retiendra en particulier :

  • Le refus de nommer les mots euthanasie et suicide assisté pour clarifier la nature des actes ;
  • L’égalité d’accès au suicide assisté avec l’euthanasie qui avait pourtant été présentée initialement comme une procédure d’exception ;
  • Le rejet d’une clause de conscience pour les pharmaciens alors que la plupart des autres pays ayant légalisé ces pratiques l’applique. Un amendement prévoit même de forcer les pharmaciens à produire les substances à « la date fixée ».
  • L’interdiction pour des établissements privés qui l’ont clairement indiqué dans leur charte de refuser les procédures de donner la mort (qui ne sont pas des soins) en leur sein.

Un amendement particulièrement pernicieux de députés d’Ensemble pour la République et écologistes a été adopté pour déclarer « mort naturelle » la mort provoquée, travaillé avec l‘association pro-euthanasie ADMD.

D’autre part, un amendement de députés LFI prévoit de contrôler l’exercice de la clause de conscience des soignants par la commission de contrôle a posteriori. Plusieurs députés ont même tenté de faire préciser le délit d’entrave par le fait non seulement d’empêcher mais aussi de « tenter d’empêcher » de pratiquer ou de s’informer sur « l’aide à mourir » par tout moyen » qui met en danger toute intervention de professionnels de prévention du suicide ou encore de ministres des cultes. En vain. De la même manière ajouter un délit d’incitation a été rejeté.

Le texte a été adopté par les 44 membres de la commission des affaires sociales présents qui comprend 73 membres : 28 pour, 15 contre et 1 abstention.

Cet examen aboutit à un texte totalement déséquilibré qui lève l’interdit de donner la mort remettant en cause l’approche de solidarité et du véritable soin. S’il est voté le texte sera d’application immédiate alors que le droit aux soins palliatifs est soumis à un plan de développement décennal sans assurance d’être appliqué.

A partir du 12 mai, démarrera en séance l’examen de cette loi ainsi que celle de la loi relative aux soins palliatifs.

Voir aussi le communiqué d’Alliance VITA 

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[CP] – Euthanasie et suicide assisté : la commission aggrave la proposition de loi

[CP] – Euthanasie et suicide assisté : la commission aggrave la proposition de loi

COMMUNIQUE DE PRESSE – 2 mai 2025

Euthanasie et suicide assisté : la commission aggrave la proposition de loi

En commission des affaires sociales, les députés ont adopté la loi rebaptisée la loi relative au droit à l’aide à mourir qui légaliserait sans distinction l’euthanasie et le suicide assisté.

En refusant d’assumer clairement les termes d’« euthanasie » et de « suicide assisté », les auteurs de la proposition de loi contribuent à entretenir une confusion dramatique. Sur un sujet aussi grave, les mots ont un poids éthique et symbolique déterminant : nommer, c’est reconnaître la réalité.
Alors que le projet de loi initial – il y a un an – prétendait répondre à des situations exceptionnelles en fin de vie, les modifications adoptées en élargissent considérablement le champ d’application. En validant l’expression « phase avancée ou terminale », les parlementaires balayent le critère de fin de vie et ouvrent potentiellement l’accès à la mort administrée à des personnes atteintes de maladies chroniques et psychiques.

Plus choquant encore, la capacité à exprimer une volonté libre et éclairée est traitée avec légèreté. Le texte présume ainsi le discernement chez des personnes placées sous tutelle ou souffrant de troubles psychiques, sans obligation d’une évaluation approfondie par un psychologue ou un psychiatre.
Les débats ont montré l’intention réelle de la proposition de loi : faire de l’«aide à mourir » une option médicale parmi d’autres, au même titre que les soins palliatifs.
Le système de soins en France est confronté à de graves carences qui préoccupent les Français, qui le confirment sondage après sondage. La priorité donnée à l’euthanasie dans l’agenda parlementaire relève d’une logique désolante de solidarité à l’envers.

Le rapporteur du texte s’est posé en garant d’un prétendu équilibre, rejetant certains amendements comme celui visant à supprimer le critère du pronostic vital engagé ou celui ouvrant la porte à l’euthanasie aux mineurs ou par anticipation pour les malades d’Alzheimer par exemple. Cet équilibre de façade, destiné à rassurer les tenants d’un cadre strict et les indécis ne saurait masquer la réalité : en levant un interdit fondamental – celui de donner la mort –, ce texte rompt avec la fraternité dont il se revendique et aucune digue qu’il affirme bâtir ne saurait tenir.

Alliance VITA appelle à une grande mobilisation le 12 mai dans toute la France pour réclamer des soins et refuser l’euthanasie.

Toutes les informations sont à retrouver sur le site d’Alliance VITA.

Contact presse : contactpresse@alliancevita.org

 

 

euthanasie et suicide assisté : la commission aggrave la proposition de loi

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Notre rôle n’est pas d’apprendre à donner la mort !

Notre rôle n’est pas d’apprendre à donner la mort !

Notre rôle n’est pas d’apprendre à donner la mort !

Les voix qui se lèvent contre la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie se multiplient. Cette semaine, ce sont des professeurs de médecine, de chirurgie et de pharmacie qui font entendre la leur dans une tribune collective parue dans Le Figaro ce 20 avril 2025.

Si l’euthanasie et le suicide assisté étaient légalisés, s’alarment-ils, « cela dévoierait notre rôle d’enseignants au service des plus vulnérables ». Leur revendication est aussi simple que percutante :

« Nous ne souhaitons pas enseigner aux étudiants comment provoquer la mort. Nous devons, en revanche, continuer à enseigner la prévention du suicide, ce qui pourrait devenir impossible si le « délit d’entrave à l’aide à mourir », prévu dans la proposition de loi qui sera présentée en mai prochain au Parlement, était voté ».

Or, justement, il est particulièrement inquiétant de relever que lors de l’examen en Commission du texte relatif aux soins palliatifs, un amendement imposant aux étudiants une formation à « l’aide à mourir » a été ajouté et adopté. Pourtant, le terme « aide à mourir » n’a pas été défini et concerne l’autre texte, à savoir la proposition de loi dite Falorni et « relative à la fin de vie » dont l’examen en Commission n’avait pas encore commencé au moment du vote de cet amendement, soutenu  par Agnès Firmin Le Bodo, député Horizons, ex rapporteure du projet de loi fin de vie en 2024, et par le co-rapporteur de la présente loi François Gergnigon.

On est donc là à l’opposé des revendications portées par ces professeurs, dont l’objectif est de rappeler qu’ils veulent juste continuer à « transmettre l’exigence d’une médecine de qualité et l’attention aux plus vulnérables » et rappeler que « leur mission est d’enseigner aux étudiants non seulement les bases théoriques et scientifiques de la médecine, mais aussi la pratique, le savoir-être du médecin et sa place, le travail en collaboration avec les autres soignants et la réflexion éthique ».  Le professeur des Universités Casalino Enrique avait partagé cet appel à contributeurs en expliquant que «  le texte de loi en cours de préparation sur le suicide assisté/euthanasie remet en question nos valeurs fondamentales et le sens de notre travail et nos missions de soignants et d’enseignants ». Il précisait avoir participé à la rédaction de cette tribune « avec un groupe d’enseignants après avoir constaté que nos valeurs sont bafouées ».

Puisqu’ils sont là pour accompagner les étudiants jusqu’à la soutenance de leur thèse, ces professeurs n’oublient pas de remettre en avant l’importance des serments prononcés par les nouveaux docteurs en médecine et en pharmacie :

Pour les médecins, c’est le serment d’Hippocrate qui les engage. Les mots sont forts, clairs, déterminés et déterminants : « Je ne prolongerai pas abusivement les agonies » – ce qui signifie très précisément qu’on doit éviter tout acharnement thérapeutique ou obstination déraisonnable, interdits par la loi – et également : « Je ne donnerai jamais la mort délibérément », ce qui est clairement en opposition absolue avec ce que prévoit la proposition de loi, dont l’examen a commencé en Commission spéciale le 11 avril dernier, sous l’appellation « aide à mourir ».

Pour les pharmaciens, chargés de préparer ou délivrer les médicaments, c’est le serment de Galien, qu’ils énoncent et qui les oblige : « en aucun cas je ne consentirai à utiliser mes connaissances et mon état pour (…) favoriser des actes criminels ». La pression exercée sur les pharmaciens est d’autant plus forte que le texte envisage de les exclure de toute clause de conscience. Cette injustice avait été dénoncée dans une tribune d’une soixantaine de pharmaciens et de juristes en mai dernier.

Pour aller plus loin :

  • Début de l’examen de la PPL fin de vie en commission, un premier basculement majeur, 17 avril 2025
  • Décryptage : la nouvelle proposition de loi fin de vie d’Olivier Falorni, 14 mars 2025
  • La proposition de loi soins palliatifs amendée en commission, 16 avril 2025
  • Décryptage loi soins palliatifs et d’accompagnement, 21 mars 2025
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Dons de sperme aux Pays-Bas : quand le cadre ne tient pas

Dons de sperme aux Pays-Bas : quand le cadre ne tient pas

Dons de sperme aux Pays bas : quand le cadre ne tient pas

Aux Pays-Bas, des révélations sur des abus dans les dons de sperme soulignent à quel point il est utopique de penser que les cadres qui entourent ces pratiques puissent tenir et être respectés. Le journal britannique The Guardian a publié la semaine dernière de nouvelles informations en parlant de « calamité médicale ». Au moins 85 donneurs seraient les pères biologiques de 25 enfants ou plus. Certains auraient entre 50 et 75 enfants !

Le scandale des « donneurs en masse »

L’Organisation nationale de gynécologie et obstétrique a présenté ses excuses. En effet, des cliniques spécialisées sont impliquées dans ces graves dérives : utilisation volontaire de sperme du même donneur plus de 25 fois, échange de sperme entre cliniques sans prévenir le donneur ou sans suivi administratif approprié.
La loi néerlandaise définissait un plafond de 25 enfants par donneur. Mais ce plafond, abaissé à 12 en 2018, n’a pas été respecté. C’est la mise en place cette année d’un registre national des donneurs et des mères afin de mieux suivre le respect de la limite qui a mis en évidence l’existence de ce scandale des « donneurs en masse ».
Parmi eux, on recense même une dizaine de gynécologues qui auraient utilisé leur propre sperme. Ainsi, le docteur Jan Karbaat, un médecin gérant une clinique de fertilité, aurait illégalement engendré au moins 81 enfants.

Le difficile encadrement de la pratique du don de sperme

Aux Pays-Bas, un petit pays densément peuplé, le sujet est très sensible. Les risques vont de la rencontre amoureuse entre demi-frère et sœur qui s’ignorent, à l’inceste involontaire… Les enfants nés de ces pratiques devront donc faire face à des problématiques génératrices de stress comme celle de demander des tests génétiques aux personnes qu’ils fréquentent.
Le cas, proprement délirant, de Jonathan Meijer, surnommé l’homme aux mille enfants, avait choqué les Pays-Bas. Netflix en avait fait un documentaire l’an dernier. Les révélations récentes sur d’autres cas de « donneurs en série » soulignent la difficulté d’encadrer la pratique du don de sperme, même quand un cadre légal est posé.

En France, une enquête de France Info publiée en décembre 2021 faisait état de situations où des gynécologues, dans les années 70 et 80, auraient utilisé également leur propre sperme pour des inséminations. La vice-présidente de l’association PMAnonymes avait parlé à l’époque de « scandale sanitaire qui débute ».

L’absence de respect des limites par certains donneurs ou par la chaîne médicale n’est pas seule en cause. En dissociant la responsabilité paternelle de la procréation biologique, la procédure d’assistance médicale à la procréation ouvre inévitablement la porte à ces risques de dérives.

 

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Que penser de la loi Leonetti, 20 ans après son adoption à l’unanimité ?

Que penser de la loi Leonetti, 20 ans après son adoption à l’unanimité ?

La célébration des 20 ans de la loi Leonetti intervient dans un contexte particulier alors qu’une nouvelle proposition de loi sur la fin de vie est débattue à l’Assemblée nationale. Le texte d’Olivier Falorni entend légaliser suicide assisté et euthanasie. Vient-il en prolongement de la loi de 2005 ou lui apporte-t-il une contradiction flagrante ? L’avis de Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA qui était déjà mobilisé sur ce sujet en 2005, est net et étayé.

 

Pouvez-vous rappeler le contexte dans lequel la loi Leonetti est intervenue ?

Il est en effet essentiel de resituer ce texte dans son contexte. C’est un véritable tsunami politico-médiatique, l’affaire Humbert, qui a déclenché le processus aboutissant à la « loi relative aux droits des malades et à la fin de vie », promulguée le 22 avril 2005. Vincent Humbert était sorti d’un grave accident de la circulation avec de lourdes séquelles neurologiques, issues d’un traumatisme crânien. Trois ans plus tard, en 2003, il était euthanasié au chlorure de potassium, par un médecin d’un centre de rééducation de Berck, deux jours après une tentative d’euthanasie ratée de sa mère au jour anniversaire de l’accident. Apprenant que la rééducation de son fils était achevée et qu’il allait être orienté vers une structure d’hébergement, elle avait annoncé son passage à l’acte désespéré à la télévision. Et ce passage à l’acte était aussi intervenu le jour de la publication d’un livre qu’on affirmait écrit par son fils !

A cette époque, j’ai enquêté en profondeur sur ce drame, recueillant notamment le témoignage du kinésithérapeute du jeune homme. Hervé Messager témoignait, contrairement à ce que la mère de Vincent affirmait, que ce dernier ne voulait pas mourir et qu’il était par ailleurs tout à fait incapable d’écrire ou dicter une lettre ou un livre. Aujourd’hui encore, sa situation médicale est occultée : la fiche Wikipédia qui retrace l’affaire le prétend « tétraplégique ». En réalité, il avait un syndrome frontal, une atteinte du cerveau, pas de la moelle épinière, dont les spécialistes savent que cela change tout. J’explicite tout cela dans un livre, La Bataille de l’euthanasie. Enquête sur les 7 affaires qui ont bouleversé la France (Salvator, 2012).

Le président Chirac n’avait pas répondu favorablement aux appels publics à autoriser l’euthanasie de Vincent Humbert. C’est dans ce contexte qu’à l’automne 2003, à la mort du jeune homme, il a confié au député Jean Leonetti une mission « mission parlementaire sur l’accompagnement de la fin de vie ». La pression pour l’euthanasie était alors continue et semblait même irrépressible, avec une opinion manipulée par ce qu’il faut bien appeler des mensonges et beaucoup de confusion. La mission Leonetti a eu le grand mérite d’objectiver les choses et de prendre le temps de beaucoup auditionner. Son rapport est un modèle du genre, un vrai travail de clarification qui tranche avec la confusion entretenue sur ce genre de débat et son instrumentalisation autour des « cas emblématiques ». Et c’est du rapport de la mission qu’est née la proposition de loi, celle qui a été votée à l’unanimité, ce qui est exceptionnel.

Comment a-t-il pu obtenir cette unanimité ?

L’unanimité s’explique par trois éléments.

D’abord la qualité du travail préparatoire de consultation et du texte de loi en lui-même (même si nous pouvons y déceler a posteriori une faiblesse, j’y reviendrai). Ensuite par le fait que leur passage au Parlement a le mérite de donner force de loi à des principes universels de déontologie médicale déjà en œuvre. Il faut enfin ajouter – c’est un point important car on interprète aussi une loi en lisant la façon dont elle a été discutée au Parlement – que le ministre de la Santé de l’époque a affirmé, à la demande formelle des hésitants, que cette loi refusait explicitement l’euthanasie. Selon la formule de Philippe Douste-Blazy, la loi optait pour une « troisième voie », la voie française, celle des soins palliatifs, qui récusait à la fois acharnement thérapeutique et euthanasie. En ce sens, la proposition de loi d’Olivier Falorni marquerait incontestablement une rupture flagrante.

Que peut-on dire de plus précis sur le contenu de cette loi ?

L’innovation principale de la loi Leonetti c’est l’introduction de directives anticipées en complément de la désignation d’une personne de confiance qui avait été introduite par la loi en 2002 : « Toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d’état d’exprimer sa volonté. » L’articulation des rôles des directives anticipées et de la personne de confiance est soigneusement explicitée par la loi de 2005.

L’autre élément important, quoique évident, c’est le rappel qu’il est contraire à la déontologie médicale de prodiguer (entreprendre ou poursuive) des traitements inutiles ou disproportionnés. Si cet élément de toute déontologie médicale va de soi, cela va visiblement mieux en l’inscrivant dans la loi. Les promoteurs de l’euthanasie laissaient en effet entendre que l’administration de la mort était la seule solution pour éviter l’acharnement thérapeutique, que la loi nomme de façon plus précise : « obstination déraisonnable ». Pour diverses raisons, certains médecins pouvaient être tentés de s’acharner, au risque de maltraiter leurs patients, en préférant entrer dans une surenchère de traitements inutiles plutôt que de dire la vérité sur l’échec des protocoles thérapeutiques…

La loi de 2005 prend surtout le temps de préciser les contours et les conséquences de l’arrêt des traitements, notamment quand il est demandé par le patient et que cela entraîne un risque vital. Un patient peut en effet refuser « tout » traitement. Question de liberté. S’il réitère ce refus pour un traitement vital, le texte précise que « Le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa fin de vie en dispensant les soins visés à l’article L. 1110-10 [NDLR : il s’agit des soins palliatifs] ». Le médecin agit ainsi dans tous les cas d’arrêt de traitements, que ces traitements soient ou non disproportionnés, avec notamment une mention sur la collégialité de la décision. Notons que la dignité de la vie n’est ici aucunement reliée à un quelconque droit à l’euthanasie, mais aux soins palliatifs. Et rappelons que tout traitement ne peut être prodigué qu’avec « le consentement libre et éclairé de la personne » (loi de 2002). La loi de 1999 affirmait déjà le droit d’accès aux soins palliatifs. La loi de 2002 pose par exemple : « Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée. Les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu’à la mort. » Occasion de souligner qu’un quart de siècle plus tard, entre un droit inscrit dans la loi et sa mise en œuvre pratique, demeure un grand écart, puisque la moitié des patients ayant besoin de soins palliatifs n’y ont pas encore accès en 2025 ! Autre raison de pointer l’indécence d’un processus législatif qui se permet de contredire voire de ruiner des lois qu’il faudrait simplement appliquer.

Vous parliez cependant d’une faiblesse dans la loi de 2005… ?

Oui, elle vient de son exposé des motifs. Dans un paragraphe de ce préliminaire était affirmé d’emblée que l’alimentation et l’hydratation étaient des traitements. Or, ce sont plutôt – dans la nomenclature médicale – des soins. Au même titre que la toilette, l’habillement etc., ces soins sont « toujours dus » alors qu’un traitement peut être remis en question. En réalité, il faut distinguer la pose d’un système d’alimentation artificiel (gastrostomie) qui est un geste médical, donc un traitement dont la proportionnalité peut être discutée ; de la poursuite de l’alimentation une fois le dispositif mis en place, qui relève du soin.

En ce qui concerne l’hydratation, il faut par ailleurs reconnaître qu’en toute fin de vie, certains patients, notamment atteints de cancers évolués, ne doivent plus être hydratés, car cette hydratation provoque des « encombrements » et nuit à leur bien-être. Une chose est de s’abstenir en effet de « soins » qui n’en sont plus, car ils ne prennent pas soin, une autre est de les cesser (alimentation ou hydratation) pour faire mourir…

C’est sur cette faiblesse que s’est nouée l’affaire Lambert, cas qu’on peut espérer exceptionnel. Le patient, qui n’était aucunement en fin de vie, a subi délibérément un arrêt de son alimentation et de son hydratation, qu’on a prétendu être des « traitements » devenus disproportionnés. Les deux critères de l’euthanasie sont l’intention et le résultat : la mort. Ce fut donc une euthanasie. Heureusement, la Haute Autorité de santé a rappelé avec précision dans une note de 2018 le critère de l’intention qui distingue clairement l’euthanasie de la sédation profonde et continue jusqu’au décès érigée en droit par la loi de 2016. Comme l’a confirmé la mission d’évaluation de cette loi, cette sédation continue reste d’ailleurs une pratique exceptionnelle et rare, à laquelle il faut préférer la sédation réversible qui donne toutes les chances au patient de rester conscient et d’exprimer sa liberté par des relations.

Je récapitule : si l’on assimile l’hydratation et l’alimentation à des traitements (qu’on peut remettre en question) plutôt qu’à des soins (toujours dus quand ils sont nécessaires à la vie), on risque de favoriser des protocoles d’euthanasie par combinaison d’une sédation profonde et continue avec un arrêt de l’alimentation et de l’hydratation, cet arrêt provoquant la mort à court terme.

Nous défendons donc la loi de 2005 – à condition qu’on n’en fasse pas une interprétation abusive euthanasique – en nous appuyant sur l’intention affichée par ceux qui l’ont portée (ministre et députés) de renvoyer dos-à-dos l’acharnement thérapeutique par des traitements disproportionnés et l’euthanasie.

 

Début de l’examen de la PPL fin de vie en commission, un premier basculement majeur

Début de l’examen de la PPL fin de vie en commission, un premier basculement majeur

Début de l’examen de la PPL fin de vie en commission, un premier basculement majeur

Dans la foulée de l’adoption en commission de la proposition de la loi relative à l’accompagnement et aux soins palliatifs, les députés ont démarré le vendredi 11 avril 2025 l’examen de la proposition de la loi fin de vie qui vise à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté sous l’appellation « aide à mourir ».

Controverse autour du terme « aide à mourir »

Dans sa définition inscrite dans la proposition de loi, « l’aide à mourir » consiste « à autoriser et accompagner une personne qui en a exprimé la demande à recourir à une substance létale afin qu’elle se l’administre ou, lorsqu’elle n’est pas en mesure physiquement d’y procéder, se la fasse administrer par un médecin ou par un infirmier. » Il s’agit donc de proposer en première intention le suicide assisté, et si la personne n’est pas en capacité physique de le faire, de recourir à l’euthanasie.

Plusieurs députés ont proposé d’utiliser les vrais termes pour éviter toute confusion. Ces pratiques opérant une rupture fondamentale avec l’éthique du soin, la clarté dans la terminologie choisie est nécessaire. Réponse du rapporteur Olivier Falorni : « Le mot euthanasie a été souillé par l’histoire, qu’on le veuille ou non. Quant à celui de suicide assisté, il crée de la confusion puisque notre objectif à tous est de le prévenir ». Le président de la République avait déclaré aussi ne pas être à l’aise avec le mot euthanasie, pourtant c’est bel et bien la pratique qui est proposée. Masquer les mots revient à brouiller le débat et tromper les consciences. D’autant qu’un amendement a été adopté pour introduire le mot « droit » à « l’aide à mourir » qui deviendrait un acte autorisé par la loi au sens de l’article 122‑4 du code pénal qui dispose que « N’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires. »

Premier basculement, l’euthanasie à égalité avec le suicide assisté

Le soi-disant équilibre du texte qui s’appuyait sur une proposition de suicide assisté en première intention alors que l’euthanasie était censée rester exceptionnelle vole déjà en éclat. Par un amendement du groupe LFI, les deux pratiques sont proposées au choix. C’était le parti pris de plusieurs groupes de pression dont la MGEN, Mutuelle générale de l’éducation nationale, qui a démarché les députés en proposant une quinzaine d’amendements visant à supprimer des critères pour faciliter l’accès à l’administration de la mort. Dans une interview au Figaro, son président Matthias Savignac réfute tout calcul économique bien que la mutuelle ait pour mission de rembourser les soins dont on sait qu’ils peuvent être onéreux en fin de vie. S’il rappelle que son organisme est guidé par la liberté de choix de ses adhérents, plusieurs personnalités ont alerté, dès 2022, sur ce qui s’apparente à un conflit d’intérêts. Dans une tribune du quotidien La Croix, Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA, soulignait que « La position de la MGEN trahit au passage une conception individualiste de la vie peu compatible avec la philosophie « solidaire » dont se réclame la démarche mutualiste ».

L’examen de la proposition de loi fin de vie s’est arrêté au milieu de l’article 4 qui prévoit les conditions d’accès à l’ « aide à mourir » [1]. Les amendements qui visaient à assouplir ces conditions ont été pour le moment rejetés. Le rapporteur, Olivier Falorni, a bien fait comprendre qu’il ne voulait pas qu’on touche aux critères déjà très extensifs par crainte que le texte ne soit rejeté car jugé trop excessif. Ce qui ne veut pas dire que cela n’évoluera pas par la suite comme cela a été le cas à l’étranger.

Dans un communiqué, Alliance VITA  alerte sur les dangers de ce texte tout en montrant que les digues qui sont présentées ne sont que des leurres pour rassurer les indécis.

L’examen du texte est actuellement interrompu en raison des vacances parlementaires. Il reprendra le lundi 28 avril et pourrait se poursuivre jusqu’au 2 mai pour un examen en séance publique à partir du lundi 12 mai.

[1] « 1 être agée d’au moins dix-huit ans ;
« 2° Être de nationalité française ou résider de façon stable et régulière en France ;
« 3° Être atteinte d’une affection grave et incurable, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale ;
« 4° Présenter une souffrance physique ou psychologique liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne lorsqu’elle a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter de recevoir un traitement ;
« 5° Être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée. »

 

début de l’examen de la ppl fin de vie en commission, un premier basculement majeur

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La proposition de loi soins palliatifs amendée en commission

La proposition de loi soins palliatifs amendée en commission

La proposition de loi soins palliatifs amendée en commission

Ce décryptage vise à souligner les évolutions majeures apportées en commission des affaires sociales au texte initial.
L’examen de la proposition de loi relative à l’accompagnement et aux soins palliatifs s’est déroulé en commission des affaires sociales du 9 au 11 avril 2025. Le texte issu de la commission a été publié le 16 avril. Les modifications apportées conduisent globalement à une clarification des termes et à assurer l’effectivité de la mise en place du plan décennal annoncé par le gouvernement en avril 2024. Cependant s’est glissée dans ce texte l’adoption d’une formation à l’« aide à mourir » dans le cursus des professionnels de santé avant même l’examen de la loi dédiée à cette pratique.

Une formation à l’« aide à mourir » ?

L’article 8 de la proposition de loi intègre une formation à l’accompagnement de la fin de vie et à l’approche palliative au cours des études de médecine, ainsi que dans la formation des professionnels de santé et du secteur médico-social. Or par un amendement soutenu par Agnès Firmin Le Bodo, député Horizons, ex rapporteure du projet de loi fin de vie en 2024, et par le co-rapporteur de la présente loi François Gergnigon, une formation à « l’aide à mourir » a été ajoutée alors que le terme n’a pas été défini et concerne la proposition de loi Falorni dite relative à la fin de vie. Or cette dernière n’a pas été encore examinée par la Commission. Face à l’opposition de plusieurs députés, le député LFI René Pilato a répondu qu’il ne s’agissait pas d’aide « active » à mourir. Pour Agnès Firmin Le Bodo, la sédation profonde et continue jusqu’au décès entre dans la catégorie de « l’aide à mourir ». Ce faisant, ces députés entretiennent délibérément la confusion entre les deux textes pourtant séparés et tentent de créer un continuum entre soins palliatifs et « aide à mourir » alors que cette dernière notion recouvre en réalité l’euthanasie et le suicide assisté.
Dans la foulée, la même Agnès Firmin le Bodo a fait voter l’ajout d’une séance d’information dans les programmes du primaire et du secondaire sur le cycle de la vie et de la mort, incluant « le témoignage de bénévoles d’accompagnement issus « des associations d’accompagnement reconnues laïques, apolitiques et aconfessionelles. » Des députés ont appelé à la vigilance sur ce type de sujet qui relève avant tout des familles, d’autant que le périmètre n’est pas clairement défini, ni le type d’associations « reconnues ».

Un ajustement des termes « accompagnement » et « soins palliatifs »

La rapporteure, Annie Vidal, a proposé de remplacer l’appellation « soins palliatifs et d’accompagnement », introduite par la commission spéciale lors de l’examen du projet de loi de 2024, par celle de loi « d’accompagnement et de soins palliatifs ». Dans l’exposé des motifs de son amendement, elle explique que la dénomination « soins palliatifs et d’accompagnement » s’écarte des standards internationaux, qui ne reconnaissent pas le terme « médecine d’accompagnement », contrairement aux soins palliatifs et à la « médecine palliative » qui ont fait la preuve de leur efficacité et dont la définition reste très consensuelle. C’est pourquoi l’amendement voté renforce la distinction entre la notion de soins palliatifs et celle d’accompagnement, sans toutefois renoncer à cette dernière. L’accompagnement, qui désigne une démarche et non la nature d’un soin, est partie intégrante des soins palliatifs. L’appellation de la société savante dédiée en France (« Société française d’accompagnement et de soins palliatifs ») inclut la notion d’accompagnement. De même la stratégie décennale inclut la notion d’accompagnement afin de renforcer le caractère global de la prise en charge.

L’euthanasie et le suicide assisté considérés hors du périmètre des soins palliatifs

En précisant dès le premier article que « L’accompagnement et les soins palliatifs ne visent ni à hâter, ni à différer la survenue de la mort », les auteurs de cet amendement co-signé par la rapporteure Annie Vidal ont repris un élément de la définition mondiale des soins palliatifs actualisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Association internationale pour les soins palliatifs et les hospices (IAHPC) en 2019. Ils ont voulu rappeler que « si le législateur décide de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, ces pratiques ne peuvent être considérées comme des soins. » Cette précision tente de rappeler l’importance de lutter contre l’obstination déraisonnable, mais également la nécessité de ne pas inclure l’euthanasie ou le suicide assisté dans le périmètre des soins palliatifs.

Pour rappel, la définition communément admise du soin dans les textes de référence est : « Un soin est une action ou un ensemble d’actions qu’une personne décide ou accomplit pour elle-même et pour autrui, afin d’entretenir la vie, de maintenir, restaurer et promouvoir la santé ».

La création de « maisons d’accompagnement et de soins palliatifs »

Les députés ont souhaité définir plus précisément ces maisons, structures intermédiaires entre le domicile et l’hôpital. Elles « sont un lieu d’hébergement pour des patients en fin de vie dont l’état médical est stabilisé mais nécessitant toujours des soins techniques et spécialisés, et pour lesquels le retour à domicile n’est pas envisageable pour des raisons médicales, organisationnelles, sociales, psychologiques, ou par choix du patient ou de son entourage. Ces maisons sont également un lieu de répit temporaire pour les aidants afin de lutter contre leur épuisement dans l’accompagnement des fins de vie. » Il s’agit des termes mêmes du rapport du Professeur Chauvin remis au gouvernement en 2022 et qui a servi de base à l’élaboration de la stratégie décennale 2024-2034.

L’instauration d’un droit opposable aux soins palliatifs

Par l’article 4, le droit de bénéficier d’un accompagnement et de soins palliatifs au sens de l’article 1110-10 du code de la santé publique [1] est garanti à toute personne dont l’état de santé le requiert. Le patient ou si son état ne le permet pas, sa personne de confiance et à défaut un proche, pourront déposer un recours en référé devant la justice administrative ou judiciaire si elles n’ont pas pu bénéficier de ces soins afin que soit ordonnée une prise en charge adaptée.

Arrêts des soins et évaluation de l’obstination déraisonnable

L’expérience des litiges sur les arrêts de soins conduit à clarifier le fonctionnement de la procédure collégiale à laquelle « La personne de confiance et les membres de la famille peuvent participer » (…) sauf refus explicite et préalable du malade ». Si le patient n’est pas en état de s’exprimer, une procédure de médiation est instaurée pour les proches d’un patient qui désapprouveraient la décision du corps médical de limiter ou d’arrêter les soins.
D’autre part un amendement a été adopté pour faire préciser par décret les conditions d’arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielle d’un patient qui se trouve hors d’état d’exprimer « pour éviter abus et souffrance ». Les auteurs ont précisé que « Pour nombre de personnes en situation de handicap complexe, l’alimentation ou l’hydratation artificielle est courante et constitue un acte de la vie quotidienne, un soin qui améliore leur qualité́ de vie. Or depuis la loi du 2 février 2016, le code de la santé publique énonce que « la nutrition et l’hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés » sous certaines conditions qui n’étaient pas explicitement précisées.
Enfin, les députés de la commission ont ajouté une disposition visant à ce que soit élaboré par la Haute Autorité de santé un référentiel de bonnes pratiques afin « de prévenir les pratiques d’obstination déraisonnable. »

L’urgence d’une loi de programmation

Plusieurs éléments sont intégrés dans la proposition de loi pour assurer l’effectivité de la stratégie décennale, dont les montants qui devront être investis et incrémentés chaque année jusqu’en 2034. Une loi de programmation pluriannuelle de l’accompagnement et des soins palliatifs devra déterminer, tous les cinq ans, la trajectoire de développement de l’offre d’accompagnement et de soins palliatifs.

C’est ce qu’Alliance VITA appelle de ses vœux. Comme l’association l’a rappelé lors de son audition devant la commission des affaires sociales le 1er avril dernier, cette loi de programmation et son application devrait être un préalable à toute modification de la loi fin de vie.

[1] « Les soins palliatifs sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe interdisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage. »

la proposition de loi soins palliatifs amendée en commission

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[CP]-Euthanasie en commission des affaires sociales : le loup est sorti du bois

[CP]-Euthanasie en commission des affaires sociales : le loup est sorti du bois

Communiqué de presse

Euthanasie en commission des affaires sociales 

le loup est sorti du bois

En commission des affaires sociales, les députés ont validé un droit d’accès à l’euthanasie à égalité avec le suicide assisté alors que l’euthanasie était censée rester exceptionnelle.

Un an après l’ouverture des débats, le cadre alors vanté par les promoteurs d’une légalisation du suicide assisté n’a cessé de dériver, au point qu’il ne restera bientôt pratiquement plus de limites pour administrer la mort. D’examen parlementaire en examen, les verrous sautent les uns après les autres : dans le nouveau texte porté par le député Falorni, les critères prévus pour accéder au suicide assisté et à l’euthanasie sont déjà aussi larges qu’invérifiables, la procédure est simple, voire expéditive, à la discrétion d’un seul médecin, et toute tentative d’opposition à l’euthanasie serait censurée et pénalisée.

Alliance VITA confirme donc son alerte : forcer la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie alors que notre société est fracturée par la sévère crise que traverse notre système de santé est parfaitement irresponsable.

Pour Tugdual Derville, porte-parole de l’association : « Ce qui est en train de se passer clarifie les enjeux, car le loup est sorti du bois. Personne ne peut plus ignorer en effet que les digues qu’on présente un temps ne sont que des leurres pour rassurer les indécis. L’interdit de tuer, dès qu’on le lève, envahit les espaces qu’on disait protégés ; les expériences à l’étranger l’ont prouvé. Le texte qui est aujourd’hui aggravé a le mérite de simplifier la question posée à la représentation nationale : soit la prévention du suicide relève encore de la solidarité universelle, soit on en exclut les plus vulnérables de nos concitoyens. Le reste des débats relève du jeu de dupe qui ne doit tromper personne. »

Alliance VITA a lancé une campagne nationale : « On veut des soins, pas l’euthanasie ! » Des tractages ont lieu dans toute la France et une grande mobilisation se tiendra dans une cinquantaine de villes le lundi 12 mai, date du début de l’examen des propositions de loi en séance publique à l’Assemblée nationale.

Toutes les informations sur cette campagne sont à retrouver sur le site d’Alliance VITA.

euthanasie en commission des affaires sociales : le loup est sorti du bois

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Des consultations citoyennes sur la santé mentale

Des consultations citoyennes sur la santé mentale

Ce vendredi 11 avril 2025, au palais des festivals de Cannes, se tient le lancement d’une grande consultation citoyenne sur la santé mentale, mise en place par le collectif pour le Forum National de la Santé Mentale (FNSM). Le maire de la ville, également président de l’Association des Maires de France, David Lisnard, est attendu pour ouvrir cette journée qui se conclura avec Le Ministre de la santé et d’accès au soin, Yannick Neuder. De nombreux experts et personnalités du monde associatif sont attendus pour animer une dizaine de tables rondes ou de conférences, comme leneuropsychiatre Boris Cyrulnik.

 

Qu’est-ce que le FNSM ?

Ce collectif regroupe plusieurs associations de terrain et des professionnels de santé :  S.O.S Amitié, le Psychodon, l’Association des Établissements participant au service public de Santé Mentale (AdESM).

 

Quelle réalité de la santé mentale en France ?

La réalité est en effet préoccupante. En France, les troubles psychiques touchent près d’une personne sur 5[1], soit environ 12 millions de personnes, vivant en métropole ou en outre-mer, en zone urbaine ou rurale, jeunes ou âgés… Et nous déplorons « un suicide abouti toutes les heures » précise Didier Meillerand, fondateur du Psychodon, et Coordinateur du FNSM.

 

Quelle est l’ambition de ce forum ?

Ce lancement, qui débute avec dix rencontres et débats thématiques, constitue le premier maillon d’un ensemble d’actions destinées à recueillir le témoignage et les attentes des Français sur ce sujet.  Des d’événements et des débats seront organisé durant l’année 2025 et toutes les parties prenantes de la santé mentale seront consultées : les citoyens, patients et proches aidants, des experts et psychiatres, des infirmiers et aides-soignants, avec un retour d’expérience des hôpitaux publics et cliniques privées.

Si l’ambition de cette consultation est d’inciter les Français à investir le débat national, elle vise aussi à obtenir des politiques publiques une action rapide, ambitieuse et durable, avec une cohérence interministérielle, pour garantir à chaque citoyen un accès équitable à des soins de qualité, dans la durée. Rappelons que la santé mentale a été promulguée grande cause nationale pour 2025.

Cette consultation aboutira à la publication du « Livre blanc de la santé mentale synthétisant 1O enjeux et les préconisations d’actions prioritaires » expliquent les organisateurs. Ce livre blanc sera remis au Président de la République, au premier ministre, aux élus, aux candidats, aux entreprises mécènes, aux acteurs engagés et aux associations. Et bien entendu, il sera à la disposition de tous.

 

Quels thèmes seront étudiés ?

 

10 volets thématiques ont été établis :

  • La santé mentale, le sport et l’activité physique adaptée ;
  • La santé mentale et les addictions ;
  • La santé mentale et recherche ;
  • La santé mentale à tout âge ;
  • La santé mentale et les troubles du neuro-développement ;
  • La santé mentale : un défi majeur de santé publique ;
  • La santé mentale et travail ;
  • La santé mentale et les villes ;
  • La santé mentale et le monde judiciaire ;
  • La santé mentale lien social, liens de soins.

 

Comment participer à la consultation citoyenne ?

Un formulaire par thématique sera mis en place sur le site Internet psychodon.org.

 

D’autres initiatives sont déjà en place :

Un autre collectif, « Collectif Santé mentale Grande Cause » a également lancé une mobilisation et une consultation citoyennes en janvier dernier. Il rassemble 3 400 organisations du champ de la santé mentale : acteurs de la prévention, de l’information, du soin, de la recherche, de l’accompagnement, personnes concernées, familles, aidants et proches. (Santé Mentale France, l’Alliance pour la Santé Mentale, AIRe, Fondation FondaMental, MGEN, Nightlin..). Il organise de nombreux évènements sur le territoire et recueillent également des témoignages sur une plateforme en ligne.

Plus récemment, le journaliste Nicolas Demorand a aussi rendu publique sa bipolarité. Cette fragilité qui fait notre commune humanité nous incite à nous penser collectivement comme des êtres interdépendants, tour à tour aidés et aidants, comme l’ont écrit les médecins Bruno Dallaporta et Faroudja Hocini, dans une magnifique tribune publiée dans Le Monde.

 
 
 

Pour aller plus loin :

des consultations citoyennes sur la santé mentale

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Natalité et infertilité : vide éthique du CCNE

Natalité et infertilité : vide éthique du CCNE

Natalité et infertilité : vide éthique du CCNE

Le 3 avril 2025, le Comité Consultatif National d’Éthique pour les sciences de la vie et de la santé (C.C.N.E.) a publié un nouvel Avis sur la baisse de la natalité et de la fertilité. Il fait suite à une saisine du ministre délégué chargé de la Santé et de la Prévention, demandant au Comité de formuler des recommandations en vue d’un « grand plan de lutte contre l’infertilité ».

En effet, la natalité baisse en France et l’infertilité augmente. Même si les deux phénomènes ne sont pas totalement corrélés et suivent des dynamiques distinctes, le CCNE les a traités dans un même avis.

Que constate le CCNE ?

Sur les raisons de la baisse de la natalité ?

Le CCNE confirme des constats qui ne sont pas nouveaux, liés à des dimensions socio-économiques, culturelles et sociétales. Il confirme également que le recul de l’âge de la maternité est un phénomène déterminant dans la baisse de la natalité. Il recommande d’ailleurs à la fin de son avis que « les médecins sensibilisent plus leurs patientes sur l’existence de risques accrus de complications ou de mortalité maternelle ou infantile lors des grossesses tardives, en particulier pour les primipares. »

Il rappelle aussi cette double augmentation : celle des femmes et couples en situation de « non désir d’enfant » volontaire (childfree). Et celle de ceux qui regrettent de ne pas en avoir, en raison de facteurs extérieurs (médicaux ou économiques) subis dits « childless ».

Le CCNE mentionne par ailleurs l’évolution de la place des femmes dans la société, la baisse de la sexualité et le mouvement global en cours dit de « déconjugalisation » (augmentation des taux de célibat). Dans « les sociétés modernes, les relations ne sont pas seulement moins fréquentes, elles sont aussi de plus en plus fragiles »[1]

Sur la hausse de l’infertilité ?

Là aussi, le CCNE reprend des constats existants sur les causes de la baisse de la fertilité : modes de vie, obésité, impact environnemental, en particulier des perturbateurs endocriniens. À ce titre, le CCNE rappelle l’existence d’une dimension transgénérationnelle de ce problème. Les études mettent en lumière un lien entre l’exposition aux perturbateurs endocriniens durant la grossesse et des troubles de la reproduction chez les descendants, en raison de modifications épigénétiques héréditaires. 

 

Sur les limites de l’assistance médicale à la procréation (AMP)

Le CCNE estime que la hausse de l’infertilité vient aussi des mauvais résultats constatés en AMP. Il rappelle que « L’AMP n’est pas une solution à tout : elle ne permet pas à tous les couples et à toutes les femmes d’obtenir l’enfant désiré ». Le comité estime même que « les vrais résultats, tels que fournis par l’Agence de Biomédecine (ABM), devraient être mieux diffusés dans la population générale ».

Le CCNE précise que « les derniers chiffres font état de l’obtention d’une médiane de 19 % d’accouchements après une ponction FIV/ICSI[2] ». En somme, à chaque tentative, on est sur une moyenne d’une chance sur 5 d’aboutir à une naissance… Mais l’information sur cette efficacité fait défaut et les Français n’en ont pas assez conscience, déplore encore le CCNE. « L’attribution à la médecine d’un pouvoir quasi magique est suivie d’un temps de désillusionnement douloureux » : parcours d’AMP éprouvants, échecs fréquents, attente, angoisse, déception, conséquences sur la vie sexuelle et relationnelle des couples, diminution du désir, intrusion de la technique médicale dans l’intimité de leur vie sexuelle, tensions, blessures narcissiques…

Par ailleurs, le CCNE reconnait que le mode de conception peut ne pas être anodin et recommande que les parents soient encouragés à informer eux-mêmes leurs enfants de leur mode de conception.

Pourtant, ces constats n’empêchent pas les auteurs de conclure à la nécessité de favoriser une augmentation d’activité en AMP pour obtenir un effet sur la natalité, même s’il serait limité….  

 

Que recommande le CCNE ?

Sur la baisse de la natalité ?

Il reconnaît que les réponses à la baisse de la natalité, actuellement enregistrée par la France, sont avant tout politiques (dans le sens des politiques publiques) ; ses déterminants étant essentiellement culturels, mais aussi économiques et sociaux.

La principale recommandation concerne la prise en charge de la petite enfance et des différents modes de garde des enfants, à des coûts supportables par les parents. Mais aussi les allocations familiales, avantages fiscaux et accès à des logements compatibles avec la parentalité, l’amélioration de l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle (congés familiaux et autres accompagnements) et la valorisation d’une meilleure répartition des tâches entre hommes et femmes.

Mais il plaide aussi pour le respect de « l’autonomie reproductive » des personnes et rappelle qu’il ne serait pas éthique d’exercer une pression, même implicite, par quelque technique que ce soit et quelles que soient les raisons avancées, sur les femmes et les hommes qui ne veulent pas d’enfant, à en avoir.

Face à l’augmentation de l’infertilité ?

Il appelle à l’intensification de l’information délivrée à l’égard de la population générale, sur la fertilité, ses déterminants (alimentation, facteurs extérieurs, perturbateurs endocriniens…), sa temporalité : toutes les informations doivent être données de façon positive sans intention de culpabiliser ni d’inciter les femmes et /ou les couples à avoir des enfants. Il encourage à éviter de tomber dans l’injonction d’avoir des enfants comme dans celle de répondre sans limite à tout désir d’enfant.

Il propose d’encourager le développement des plateformes PREVENIR (Prévention Environnement Reproduction). Ces structures sont dédiées à l’évaluation des expositions environnementales chez des patients pris en charge pour des troubles de la reproduction (troubles de la fertilité, pathologies de grossesse, malformations congénitales).

Il recommande la création d’un logo « produit reprotoxique » (présence de pesticides, de perturbateurs endocriniens etc.) sur les produits de consommation.

Concernant l’AMP et la santé des enfants à naître

Le CCNE appelle à l’intensification de l’information délivrée à l’égard de la population générale sur l’autoconservation ovocytaire et les différentes techniques d’AMP, leurs succès et leurs limites : la complexité des parcours, les résultats non garantis, les souffrances associées.

Il recommande qu’une information claire, objective et la plus précise possible soit délivrée aux personnes souhaitant devenir parents en ayant recours à une AMP sur les incertitudes qui subsistent, sur les risques liés aux techniques de PMA sur la santé de l’enfant à naitre, même si la très grande majorité des enfants de l’AMP sont en bonne santé physique et psychique.

Les paradoxes du CCNE, et ses lignes ni claires, ni durables

Sur la question de l’autoconservation des ovocytes

Le CCNE en reconnait les nombreuses limites, risques, l’inutilité du processus puisque moins de 10% des femmes ont réellement besoin ultérieurement d’utiliser leurs ovocytes congelés et concevront naturellement, ainsi que le fort taux d’échec : « il n’y a pas de garantie absolue de grossesse ultérieure ». Et il reprend ici ses affirmations de 2017, dans son avis 126 : « la proposition d’autoconservation ovocytaire à toutes les femmes jeunes qui le demandent en vue d’une hypothétique utilisation ultérieure parait difficile à défendre »

Pourtant, après l’exposé de ces constats négatifs, le CCNE se demande : « ne devrions-nous pas proposer l’auto-conservation d’ovocytes, à toutes les femmes de 30 ans et plus qui ne peuvent réaliser leur projet de grossesse faute de partenaires ou de conditions favorables ? »… Et pondère cette suggestion ainsi : « Cependant, cette proposition ne paraît pas réaliste dans le contexte actuel, au regard des délais conséquents de prise en charge inhérents à l’afflux de demandes ».

Cela va dans le même sens que les déclarations du président Macron dans Elle, au sujet du « réarmement démographique ». Il avait annoncé « Nous allons ouvrir aux centres privés l’autoconservation ovocytaire. Elle était jusqu’ici réservée aux établissements hospitaliers » et l’organisation de « campagnes en faveur de l’autoconservation d’ovocytes pour les femmes qui veulent avoir des enfants plus tard ».

 

Sur la protection de la non-marchandisation des corps

Le CCNE se dit favorable à l’ouverture de centres d’AMP privés, donc clairement à but lucratif, mais prétend vouloir protéger la non-marchandisation, la non-contractualisation de la reproduction humaine… le CCNE estime même qu’il faut exiger des centres un quota minimum d’autoconservation dans leur activité !  Pourtant, le CCNE rappelle qu’il reste attaché aux principes qui la régissent aujourd’hui, à savoir : le respect de la dignité, qui se traduit par la non-patrimonialité du corps humain, la gratuité du don afin de garantir la non-marchandisation, la non-contractualisation de la reproduction humaine… Le CCNE semble avoir adopté un raisonnement du « en même-temps » cher à notre époque…

Par ailleurs, le CCNE conseille de renforcer encore les campagnes d’information sur le don de spermatozoïdes pour essayer d’augmenter le nombre de donneurs… alors qu’elles ont déjà fait plusieurs preuve fois la preuve de leur inefficacité, pour un coût exorbitant, sur fonds publics…

Sur le recours aux banques de gamètes étrangères

Le CCNE rappelle les risques qu’il y aurait à ouvrir légalement l’accès aux banques de sperme étrangères mais ne recommande pas dans son Avis de maintenir l’interdiction…

En effet, selon lui, puisque l’AMP est désormais ouverte aux femmes seules ou en couple de femmes, avec recours au don de sperme, le CCNE recommande de renforcer les moyens humains et matériels des centres pour mieux répondre à cette demande. Le comité se demande donc s ’il ne faut pas autoriser clairement l’accès aux banques étrangères de sperme. Puisque « ces banques livrent en France, après commande en ligne des femmes et que certains médecins acceptent d’utiliser ces paillettes ».

On relèvera la légèreté de l’argumentation…  Puisque « ça se fait », faisons-le…

Sur l’âge du recours à l’AMP

Par ailleurs le CCNE se demande s’il faudrait créer une limite d’âge inférieur pour pouvoir bénéficier du recours à l’AMP, en particulier pour les femmes jeunes, non infertiles, mais ne propose pas de réponse.

La difficulté à raisonner en profondeur sur l’intérêt supérieur de l’enfant

Le droit de l’enfant à connaitre ses origines, s’il a évolué dans la loi bioéthique de 2021, reste complexe et n’a pas remis en cause la cause même de ce problème : à savoir, l’accès aux dons de gamètes anonymes. Des dispositions qui sont dès l’origine contraires à l’intérêt supérieur de l’enfant.

Sur la question de l’ « autonomie »

D’un côté, l’idée d’autonomie irrigue le texte. De l’autre, les limites, risques et échecs de l’AMP sont clairement rappelés. Pourtant, le CCNE est favorable à ce que toutes les femmes et les hommes puissent bénéficier s’ils le souhaitent d’une préservation de leur fertilité sans autre raison que l’âge (auto-conservation ovocytaire ou de sperme). Cette technique oblige pourtant les femmes et les couples à en passer par la technique pour avoir des enfants (en hypothéquant ainsi leur autonomie de procréer tout seul).

Sur la question de la PMA post-mortem

Le CCNE commence par rappeler que « faire naître un enfant orphelin n’a rien d’anodin ». Mais en même temps, puisque que la loi française autorise désormais toute femme seule à faire appel à un don de sperme, doit-on maintenir cette interdiction ? Il propose que cela fasse l’objet d’une évaluation lors des prochains états généraux de la bioéthique.

 

Sur la méthode dite « ROPA » (réception d’ovocyte de la partenaire)

La loi actuelle n’autorise pas cette technique qui consiste en un don d’ovocyte d’une femme à sa conjointe qui portera ensuite l’enfant conçu avec cet ovocyte et un don de sperme anonyme. Mais puisque l’AMP est désormais possible pour les couples de femmes et que la loi permet qu’il y ait deux mères à l’état civil, pourquoi ne pas autoriser cet énième bricolage procréatif ? Ici, le CCNE oublie complétement de rappeler les risques plus importants des grossesses quand l’enfant ne partage en rien le patrimoine génétique de sa mère.

Finalement, si ce nouvel avis relève des points importants, ses recommandations manquent largement de cohérence.

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Hausse des euthanasies aux Pays-Bas

Hausse des euthanasies aux Pays-Bas

Hausse des euthanasies aux Pays-Bas

 

 

Pays-Bas : les autorités appellent à la « grande prudence » sur l’euthanasie

Le nombre d’euthanasies aux Pays-Bas a augmenté de 10% passant de 9.068 en 2023 à 9.958 en 2024. Les autorités sanitaires incitent les médecins à une « grande prudence » en particulier en cas de troubles psychiques, réitérant les alertes de l’année précédente.

 

Une augmentation continue des euthanasies depuis 2001

Les autorités néerlandaises s’interrogent après la publication du rapport des euthanasies pratiquées en 2024.

Le nombre de déclarations d’euthanasie par rapport au taux de mortalité total s’élève à 5,8 %. Ces chiffres ne prennent pas en compte les euthanasies clandestines, par définition non chiffrables, et les sédations palliatives cachant parfois des euthanasies. Dans certaines régions, 10 à 20% des décès sont liés à l’euthanasie.

Dans 9 753 rapports (97,94 %), il était question « d’interruption de vie sur demande » et dans 187 rapports (1,88 %) de suicide assisté. Dans 18 rapports (0,18 %), il s’agissait d’une combinaison des deux lorsque le patient ne décède pas assez rapidement dans le cadre du suicide assisté. Le médecin intervient alors pour administrer lui-même à nouveau le produit.

La majorité des euthanasies sont pratiquées à domicile (7728), soit 77%, suivi des maisons de retraite ou hospices pour 18%.

En introduction du rapport, le président coordinateur des commissions régionales de contrôle de l’euthanasie (RTE), Jeroen Recourt, souligne que « Comme les années précédentes, le nombre de cas d’euthanasie a également augmenté de manière significative en 2024. » C’est pourquoi une enquête a été diligentée pour explorer les causes de la croissance. Cependant il indique que : « On peut maintenant affirmer qu’il n’y a aucune raison de penser que la croissance constante de ces dernières années va bientôt prendre fin. »

 

Appel à la prudence en cas de maladie psychique

Les euthanasies pour des souffrances résultant de troubles psychiques (219 cas) ont augmenté de 70% par rapport à l’année précédente.

Dans un communiqué publié en mars 2025, les commissions de contrôle de l’euthanasie pointent particulièrement six cas où le médecin n’a pas respecté les exigences ou procédures prévues par la loi. Elles mettent en garde tout spécialement pour les cas d’euthanasie qui découlent en grande partie de souffrances résultant d’une maladie psychique, rappelant que le médecin doit toujours faire appel à une expertise psychiatrique pour ces patients.

 

Une augmentation de 150% des euthanasies pour démence

L’euthanasie a été accordée à 427 personnes souffrant de démence soit une augmentation de 150% en 4 ans. Par manque de moyens humains, seuls 346 de ces rapports ont été évalués en 2024. Les autres le seront en 2025. Parmi ceux-ci, 340 patients étaient encore aptes à discerner. Il s’agissait de patients dans une phase de démence au cours de laquelle ils avaient encore une idée des symptômes de leur maladie, comme la perte de personnalité et d’orientation dans le temps et dans l’espace.

Six rapports évalués en 2024 concernaient des patients atteints de démence à un stade avancé. Ils n’étaient plus juridiquement en capacité de consentir de façon éclairée et n’étaient plus en mesure de communiquer de manière significative à ce sujet. Leur demande écrite d’euthanasie, préalablement rédigée, a remplacé une demande orale. Plus de la moitié des euthanasies (57,5%) pour démence ont été pratiquées par des médecins affiliés au « Centre d’expertise en euthanasie » qui prennent en charge des euthanasies que d’autres professionnels ne souhaitent pas pratiquer pour des raisons diverses.

Au total 1417 des euthanasies ont été exécutées par ces médecins du centre d’euthanasie, orientés par un médecin traitant, ou encore à la demande de patients ou de familles.

 
 
 

Cas spécifiques : dons d’organes et euthanasie en duo

28 cas d’euthanasie ont donné lieu à un don d’organes, pratique très controversée dans le cadre d’une mort programmée. L’euthanasie doit alors avoir lieu à l’hôpital.

Si deux patients demandent une euthanasie simultanée et que cette demande est acceptée, le Commission de contrôle enregistre cela comme un duo euthanasie. Jusqu’en 2024, cela ne se produisait qu’avec des conjoints. Cette année, pour la première fois, des cas d’euthanasie en duo impliquant des membres proches de la famille plutôt que des conjoints ont été signalés. En 2024, 54 signalements de duos ont été reçus, pour 108 personnes.

 

Désillusion quant à « un cadre strict »

Le professeur Theo Boer, ancien contrôleur des cas d’euthanasie aux Pays-Bas, alerte à nouveau la France, dans une tribune parue dans le monde le 7 avril 2025, alors que débute l’examen d’une proposition de loi sur le suicide assisté et l’euthanasie.

« Depuis plus de vingt ans, les Pays-Bas expérimentent l’euthanasie dans un cadre présenté comme strict, balisé, éthique. explique-t-il. Pourtant, les chiffres publiés dans le dernier rapport du comité d’examen, daté du 24 mars, racontent une autre histoire. Celle d’un élargissement constant, d’une banalisation progressive et d’un basculement culturel silencieux. »

Déjà en décembre 2022, il s’inquiétait de cette évolution. Mettant en garde la France de ne pas légiférer sur l’euthanasie, il faisait ainsi remarquer que « ce qui est perçu comme une occasion bienvenue par ceux qui sont attachés à leur autodétermination devient rapidement une incitation au désespoir pour les autres ».

hausse des euthanasies aux pays-bas

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[CP] – Loi fin de vie « On veut des soins, pas l’euthanasie ! »

[CP] – Loi fin de vie « On veut des soins, pas l’euthanasie ! »

Communiqué de presse

Loi fin de vie – « On veut des soins, pas l’euthanasie ! »

 
Face à l’offensive législative pour légaliser l’euthanasie, Alliance VITA lance une grande campagne nationale « On veut des soins, pas l’euthanasie ! ».

Cette campagne multiforme et multicanale s’ouvre le 10 avril et se déploiera jusqu’au 12 mai 2025.

Alors que la crise du système de santé affecte les Français au quotidien et suscite une inquiétude croissante négligée par les pouvoirs publics, les députés vont examiner, à partir du 12 mai en séance publique à l’Assemblée nationale, deux propositions de loi : l’une sur les soins palliatifs et l’autre sur la fin de vie, visant à légaliser le suicide assisté et l’euthanasie.

Pendant les prochaines semaines, les équipes d’Alliance VITA seront présentes dans près d’une centaine de villes par des actions d’information et de tractage pour :

  • Réclamer une politique publique ambitieuse pour l’égalité d’accès aux soins.
  • Réaffirmer leur opposition à l’euthanasie et au suicide assisté.

L’euthanasie ne peut pas être une réponse à l’absence de politique de santé !

A tous ceux qui jugent irresponsable et indécent de légaliser la mort sur ordonnance, Alliance VITA propose d’agir concrètement :

  • En écrivant à leur député pour alerter sur le risque que la prétendue « aide à mourir » s’impose faute de soutien et de soins adaptés, et demander que la priorité aille au contraire à la réparation du système de santé.
  • En rejoignant une mobilisation à proximité de chez eux le 12 mai pour manifester leur opposition résolue et entière à l’euthanasie et réclamer des soins accessibles à tous.

Pour Tugdual Derville, porte-parole de l’association :

« Nous plaidons pour une politique de prévention de la désespérance et du suicide qui ne laisse personne sur le bord du chemin. La priorité est à réparer notre système de santé, plutôt qu’à pousser les plus vulnérables à l’auto-exclusion. Comment peuvent-ils comprendre qu’on légalise suicide assisté et euthanasie – déguisés en “aide à mourir” – alors que la moitié de ceux qui auraient besoin de soins palliatifs n’y ont pas accès ? C’est pour eux que nous nous mobilisons ! »

cp - loi fin de vie on veut des soins, pas l’euthanasie !

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Audition d’Alliance VITA à l’Assemblée nationale

Audition d’Alliance VITA à l’Assemblée nationale

Audition d’Alliance VITA à l’Assemblée nationale

sur la proposition de loi Falorni sur l’aide à mourir (suicide assisté et euthanasie)

Mardi 1er avril 2025 à 21h30, Alliance VITA était auditionnée à l’Assemblée nationale par la Commission des affaires sociales, à propos de deux propositions de loi, l’une sur la fin de vie (ayant comme objet de légaliser sous la terminologie d’aide à mourir, suicide assisté et euthanasie), l’autre sur les soins palliatifs. L’audition se déroulait sous la forme d’une table ronde de quatre associations, deux favorables à l’euthanasie (Association pour le droit de mourir dans la dignité et le Choix) et deux opposées (Fondation Jérôme Lejeune et Alliance VITA).

Chaque association avait quelques minutes pour expliciter sa position avant les questions des membres des députés. Nous reportons ci-après ces interventions liminaires de nos deux représentants, le docteur Olivier Trédan, conseiller médical d’Alliance VITA et Tugdual Derville, son porte-parole, qui se sont centrés sur la proposition de loi d’Olivier Falorni.

 

Tugdual Derville

Monsieur le président,

Monsieur le rapporteur général

Mesdames et messieurs les députés…

 

Merci de nous donner la parole. Pour Alliance VITA ce texte que vous nous demandez de commenter est dangereux dans son principe et plus encore dans ses modalités. Je laisse d’abord s’exprimer notre conseiller médical, le docteur Olivier Trédan, cancérologue, puis je complèterai son propos.

 

 

Dr Olivier Trédan, conseiller médical

 

En tant que médecin cancérologue, je ne peux pas accepter, comme nombreux de mes collègues, cette notion « d’aide à mourir », qui tente de légitimer le suicide assisté ou l’euthanasie. Notre mission, en ayant choisi d’accompagner quotidiennement des patients touchés par une maladie aussi difficile que le cancer, est de prendre soin de la vie de nos patients et non d’administrer la mort.

En tant que chef d’un département de cancérologie médicale, je suis également stupéfait par les changements radicaux que vous proposez car les critères retenus par votre texte conduiraient à perturber gravement notre travail et le dévouement des soignants. La fragile confiance réciproque qui s’instaure dans la relation soignants/soignés s’en trouverait dans bien des cas abimée voire ruinée.

 

D’abord, vous prévoyez qu’une personne malade qui demanderait la prescription d’un produit létal devrait « être atteinte d’une affection grave et incurable, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ». Je vous confirme que l’annonce d’un cancer en phase avancée (typiquement avec des métastases évolutives) va de pair avec l’annonce d’un risque de mourir. Cependant, je tiens à souligner que, grâce aux progrès de la médecine et de la cancérologie en particulier, la plupart des cancers métastatiques peuvent être contrôlées pendant plusieurs années.

C’est le paradoxe de ces maladies graves, dont l’issue est souvent connue, mais dont la durée d’évolution est imprévisible. Le temps à vivre avec des métastases se compte fréquemment en années. Comment alors, dans ces conditions, pourrait-on répondre hâtivement à une demande de mourir alors que, justement, le temps à vivre pour la plupart des patients est si incertain ?

Nous touchons bien là au cœur de la relation soignant/soigné, basée sur un pacte de confiance : le malade se sait porteur d’une maladie incurable mais espère recevoir de notre part les traitements et les soins les plus adaptés à sa situation tout au long de son parcours. Vous avez que nos structures hospitalières souffrent aujourd’hui d’un grave manque de moyens, particulièrement humains ; des services fonctionnent en mode dégradé à cause d’une carence de soignants ou de médecins.

Beaucoup de professionnels expriment une souffrance au travail. Une loi de rupture donnant la capacité pour n’importe quel médecin, à tout moment du parcours, de suggérer puis mettre en œuvre une procédure visant à provoquer la mort, induirait inévitablement une méfiance chez les malades fragilisés par une maladie chronique, et un doute sur leur droit de vivre.

Ensuite, pour se procurer le produit létal votre texte prévoit « une souffrance réfractaire aux traitements ou insupportable selon la personne, lorsque celle-ci a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter de recevoir un traitement ». La prise en charge globale des maladies chroniques incurables comme le cancer métastatique doit être précoce, pluridisciplinaire et multimodale. Tôt dans le parcours du patient, nous mettons en place de nombreux traitements médicamenteux ou non-médicamenteux.

Tout est mis en œuvre, à travers les soins de support, afin d’apaiser les souffrances physiques et les détresses morales. Dans ce cadre, le terme « insupportable » est entendu comme un signal incitant à l’utilisation d’indicateurs et d’échelles objectives pour permettre des évaluations reproductibles et réitérées. Les soignants prenant en charge des malades chroniques et graves savent que les souffrances sont éminemment fluctuantes dans le temps et nécessitent des réévaluations régulières. Une souffrance dite insupportable est tout sauf un critère objectif et tangible. L’utiliser comme critère de décision n’est pas acceptable et empêcherait toute évaluation pertinente des pratiques.

 

Enfin, selon votre texte, le processus de validation du suicide assisté ou de l’euthanasie repose en réalité sur un seul médecin décisionnaire. Et il peut être accéléré. Sans aucun recours des proches ou des soignants.

 

Avec une telle loi, un risque nouveau advient pour les patients fragiles : lorsque dans des périodes de détresse, ils demanderont à mourir, un processus rapide et implacable pourrait s’enclencher, qui aboutirait en quelques jours à une injection létale. Il y a là un risque d’abus de confiance par certains médecins volontaires qui administreraient la mort comme ils prescrivent des médicaments courants.

C’est exactement la situation de toute puissance médicale que nous rapportent nos collègues des Pays-Bas dont les patients sont brusquement happés par des filières spécialisées dans l’euthanasie. Je précise que ma position rejoint celle des centaines de soignants engagés dans notre association.

 

Tugdual Derville, porte-parole

 

Vous l’avez compris au travers des propos du docteur Trédan, lever l’interdit de donner la mort à un patient, élément-clé de toute déontologie médicale, serait d’autant plus injuste que notre système de santé traverse une crise multiforme qui nous fragilise tous.

 

Ce texte contredit à nos yeux la devise nationale dont il se revendique :

 

A/ Une liberté n’est authentique que quand elle s’exprime en connaissance de cause

Ce n’est pas le cas ici, car les patients concernés subissent trois types de pression qui dénaturent leur liberté :

  • D’abord, quel est le sens d’une liberté, sous la pression d’une souffrance mal prise en compte, faute d’accompagnement ou de soins, notamment palliatifs ?
  • Ensuite, quel est le sens d’une liberté sous pression de la peur de ce qui risque d’advenir mais qui n’est jamais totalement prévisible ?
  • Enfin, quel est le sens d’une liberté sous la pression d’une société qui vous juge inutile, pesant ou coûteux ? A laisser entendre que la vie des personnes malades n’a plus ni sens ni valeur, le droit à la prétendue « aide à mourir » finit par se retourner en « devoir de mourir ».

 

Il faut ajouter que la mort administrée s’imposerait aux proches, sans recours possible, aux pharmaciens et aux établissements de santé, sans clause de conscience. Et à toute l’équipe soignante, empêchée d’accompagner un patient. Pour eux tous, la « liberté » devient liberticide.

 

B/ L’égalité aussi est bafouée

En effet, pour des personnes vivant en situation d’isolement, de précarité sociale, dans des déserts médicaux, sans accès aux soins palliatifs, le suicide assisté ou l’euthanasie s’imposeraient par défaut de solidarité. Il faut être lucide sur ces discriminations avec en tête l’exemple canadien : des personnes souffrant de maladies évolutives demandent l’euthanasie faute de soutien approprié. Toujours au Canada, la majorité des personnes euthanasiées ont de faibles revenus.[1]

 

C/ C’est donc la fraternité qui en pâtit

L’universalité de la prévention du suicide, élément-clé de notre pacte social est un enjeu de fraternité. Priver des patients de cette prévention c’est rompre ce pacte de solidarité.

Le docteur Trédan a eu raison d’évoquer le cancer – à l’origine de la plus grande partie des euthanasies dans les pays l’ayant légalisé. Ce sont les patients psychiquement fragiles, isolés, démunis, âgés qui seraient les premiers à demander l’euthanasie.

Nous sommes particulièrement inquiets pour les personnes âgées : les plus de 75 ans connaissent le plus haut taux de suicide. Le Président de la MGEN, qui soutient la mort administrée, nous a glacé en affirmant : « Le taux de suicide des personnes âgées en France montre que la demande est déjà là ».

 

Mais c’est l’offre de suicide assisté qui crée la demande. Au lieu de dire « On sera là pour prendre soin de vous jusqu’au bout, car votre vie a du prix ! » cette offre impose une question qui inverse le sens de la fraternité : « N’est-ce pas le moment de partir ? Vous avez fait votre temps. » Nous constatons déjà, à cause de ce débat, un effet Werther de contagion du suicide : notre service d’écoute sur la fin de vie, reçoit de plus en plus de demandes de suicide de personnes souffrant uniquement d’une maladie psychique. Ce débat leur a fait croire qu’un service public dédié pourrait les suicider.

 

Nous sommes aussi choqués qu’on désigne des catégories de patients éligibles au suicide ou à l’euthanasie (pour commencer ceux qui ont la maladie de Charcot, comme entendu de plusieurs leaders politiques). Le responsable mutualiste que j’ai cité milite pour supprimer toute condition de pronostic vital engagé, en évoquant les personnes ayant des maladies neurodégénératives.

Plusieurs membres de notre association atteints de Parkinson, SLA ou d’autres affections dégénératives disent leur effroi de se voir ainsi stigmatisés. C’est violent pour ces patients comme pour leurs proches et leurs soignants qui se battent à leurs côtés face au drame de la maladie. Les plus souffrants et leurs proches ont le plus besoin d’être protégés de la désespérance. Plutôt que de les orienter vers la mort, la fraternité consiste à les aider à vivre, en les soulageant, sans acharnement thérapeutique, ni euthanasie, ni incitation au suicide.

 

Nous sommes enfin inquiets pour les soins palliatifs, comme le Conseil d’État, qui écrivait en 2018 : « l’expression d’une demande d’aide anticipée à mourir ne devrait jamais naître d’un accès insuffisant à des soins palliatifs. L’accès à des soins palliatifs de qualité constitue (…) un préalable nécessaire à toute réflexion éthique aboutie sur la question de la fin de vie[1]. »

 

C’est pourquoi nous estimons que devrait être consensuelle une loi de programmation pour appliquer le plan décennal soins palliatifs, préalable à toute modification de la loi fin de vie. Alors que les gouvernements peinent à tenir leurs engagements, nous ne comprenons pas votre impatience à légaliser l’euthanasie. Votre proposition de loi, si elle était votée, pourrait entrer en vigueur dès la fin 2025 alors que la « stratégie décennale des soins d’accompagnement » s’étalera sur dix ans. L’urgence commande donc d’adopter une loi de programmation seule à même de garantir l’accès universel aux soins palliatifs.

 

Je signale pour finir qu’Alliance VITA met à votre disposition ce document de synthèse qui récapitule les retours d’expérience reçus de cinq pays ayant déjà légalisé suicide assisté ou euthanasie. Ces avis d’experts et témoignages corroborent toutes nos alertes.

Je vous remercie.

 

 

[1] 58% cf. https://theconversation.com/projet-de-loi-sur-laide-a-mourir-peut-on-ignorer-la-question-economique-248612

[1] Conseil d’Etat « Révision de la loi bioéthique : quelles options pour demain ? » Juin 2018.

https://www.conseil-etat.fr/publications-colloques/etudes/revision-de-la-loi-de-bioethique-quelles-options-pour-demain

audition d'alliance vita à l'assemblée nationale

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Hausse de la mortalité infantile en France : quelles explications ?

Hausse de la mortalité infantile en France : quelles explications ?

Hausse de la mortalité infantile en France : quelles explications ?

4,1 décès pour mille naissances, la France mauvaise élève de l’Union européenne en termes de mortalité infantile : c’est le constat alarmant que tentent de comprendre Anthony Cortes et Sébastien Leurquin dans leur livre-enquête 4,1, le scandale des accouchements en France. Plus récemment, une étude étude (Inserm, Université Paris Cité, Inrae, Université Paris Nord, APHP) publiée le 16 septembre 2025 dans la revue BMJ Medicine s’est intéressée au contexte socio-économique des bébés morts avant leurs 28 jours. L’objectif des auteurs : vérifier une hypothèse liant contexte socio-économique défavorisé et augmentation du taux de mortalité néonatale, qui occupe une grande part dans l’augmentation du taux de mortalité infantile en général.

Alors que le taux de décès des bébés de moins d’un an diminue partout ailleurs chez nos voisins européens, et que notre natalité baisse, comment expliquer cette hausse chiffre ?

  1. Le taux de mortalité infantile (avant 1 an) en France en 2024
  2. Focus sur le taux de mortalité néonatale (avant 28 jours) en France depuis 200
  3. Préconisations pour réduire la mortalité infantile et néonatale en France

I. Le taux de mortalité infantile (avant 1 an) en France en 2024

Etat des lieux de la mortalité infantile en France en 2024

La mortalité infantile (enfants nés vivants et décédés à moins d’un an) se calcule en nombre d’enfants morts par rapport au total des naissances vivantes. Si ce taux a largement baissé tout au long du XXe siècle, passant d’un pic de 163 pour 1000 (en 1911, en raison de la canicule) et autour des 18 pour 1000 dans les années 1970 jusqu’à atteindre 3,5 pour 1000 en 2011, il est actuellement en augmentation (constante depuis 2020), passant de 3,9 en 2023 à 4,1 en 2024.

Pour mieux comprendre, il est intéressant de regarder quel est le taux de mortalité infantile actuel dans les autres pays européens. Alors que la France était dans le trio de tête entre 1996 et 2000, elle est aujourd’hui classée 23e sur 27, entre la Pologne et la Bulgarie et à égalité avec la Croatie, alors que ces pays sont moins riches que le nôtre.

Il est important aussi de remettre du concret derrière ce taux qui peut paraître froid : ce sont 2800 bébés nés vivants qui meurent chaque année en France avant d’avoir soufflé leur première bougie, et autant de familles endeuillées, dans un pays par ailleurs 7e puissance mondiale. Alors même que la natalité est en berne, et qu’Emmanuel Macron a parlé de « réarmement démographique », les familles rencontrées par les deux journalistes déplorent la manière dont sont pris en charge les nouveau-nés. 

Qu’est-ce qui explique l’augmentation du taux de mortalité infantile ?

Dans leur enquête (parue en mars 2025 aux éditions Buchet-Chastel), les auteurs sont allés interroger de nombreux acteurs : parents, sage-femmes, médecins et autres personnels médicaux, mais aussi responsables politiques. A plusieurs reprises, on leur a répondu que l’augmentation de la mortalité infantile était liée à de multiples facteurs, dont l’augmentation de l’âge des mères, le surpoids, le tabagisme, la précarité… Mais, interrogent-ils, comment se fait-il que l’on observe une différence avec de nombreux pays de l’Union européenne, quand les problématiques citées ne sont pas propres à la France ?

Quelles sont les spécificités du contexte français de l’accouchement et de la prise en charge des nouveau-nés qui pourraient expliquer le mauvais classement de notre pays en matière de mortalité infantile ? Les auteurs en identifient plusieurs :

  • La fermeture des petites maternités. Les trois quarts des maternités ont fermé en moins de 50 ans : de 1369 maternités en France en 1975, on est passé à 457 en 2019 ! Assumée comme une stratégie dans les années 1970, la fermeture des maternités réalisant moins de 300 accouchements par an avait pour objectif d’orienter les parturientes vers des maternités plus spécialisées, mieux à même de réagir en cas de complications. Le personnel des petites maternités, réalisant moins d’actes, était aussi considéré comme pas assez entraîné. Dans un premier temps, cette réorganisation a en effet permis de faire baisser la mortalité infantile.

Toutefois, à partir des années 1990, cette diminution drastique a eu deux conséquences :

  • La surcharge des maternités restantes. Mécaniquement, les grosses structures se sont retrouvées maternité de référence pour un très grand nombre de femmes, tout en subissant un manque de personnel. Le recours aux intérimaires, solution provisoire, entraînant à la fois des trous dans le budget (en raison de rémunération pouvant aller jusqu’à plus de 7000€ bruts par mois pour trois demi-journées de travail) et un manque de cohésion au sein des équipes médicales.

 

  • L’augmentation de la distance entre les femmes et les maternités. La distance moyenne entre les femmes en âge de procréer et les maternités ne cesse en effet de croître : plus de 900 000 de ces femmes vivent aujourd’hui à plus de 30 minutes de la première maternité, et la part de celles qui habitent à plus de 45 minutes a augmenté de 40% depuis 2000. Or, selon une étude menée en Bourgogne, le taux de mortalité infantile autour de l’accouchement est multiplié par deux avec un trajet de plus de 45 minutes. Si la classification des maternités en type 1 (accouchements sans complication), 2 (avec service de néonatologie) et 3 (avec service de réanimation néonatale) a permis de mieux prendre en charge les accouchements compliqués, elle a aussi pu éloigner certaines femmes des services de base.

 

  • Réduction des césariennes. Les auteurs évoquent aussi cette recommandation faite en 2012 par la Haute Autorité de santé, incitant les gynécologues obstétriciens à privilégier l’accouchement par voie basse dans quatre cas qui jusque-là donnaient plutôt lieu à des césariennes programmées (l’accouchement de jumeaux ; d’un gros bébé ; d’un bébé qui se présente en siège ; pour une maman qui a déjà subi une césarienne). S’il y a des complications lors d’un accouchement par voie basse, on procède alors à une césarienne d’urgence : or celle-ci multiplie par 6 ou 7 le risque de mortalité du bébé.

 

  • Dégradation du suivi des prématurés. Le manque de moyens et de personnel affecte également la prise en charge des nouveau-nés prématurés, augmentant leur vulnérabilité.

 

  • Manque de moyens pour la protection maternelle et infantile (PMI). Le suivi post-accouchement est lui aussi en crise. Les services de PMI ont vu leurs moyens diminuer. Or, c’est dans les premières semaines que de nombreuses pathologies ou vulnérabilités peuvent être détectées et prises en charge. Le manque de visites à domicile, de consultations pédiatriques ou de relais sociaux laisse des familles seules, parfois démunies, face à des signaux d’alerte.

II. Focus sur le taux de mortalité néonatale (avant 28 jours) en France depuis 2001

Augmentation de la mortalité néonatale

Depuis la parution de l’ouvrage d’Anthony Cortes et Sébastien Leurquin, de nouveaux chiffres alertent. La mortalité néonatale, soit la mortalité des bébés jusqu’au vingt-huitième jour après la naissance, augmente. En réalité, la hausse de la mortalité néonatale est la principale composante de la hausse de la mortalité infantile, c’est-à-dire qu’une grande partie des décès de bébés ont lieu dans leurs premiers jours de vie après l’accouchement, comme le révélait une étude publiée dans The Lancet et basée sur des données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en 2022.

Plus récemment, une étude étude (Inserm, Université Paris Cité, Inrae, Université Paris Nord, APHP) publiée le 16 septembre 2025 dans la revue BMJ Medicine s’est intéressée au contexte socio-économique des bébés morts avant leurs 28 jours.

L’étude parue en septembre 2025 a cherché à évaluer le taux de mortalité néonatale au regard des inégalités socio-économiques des territoires. En effet, en l’absence de données disponibles sur le niveau socio-économique de chaque mère, le travail des chercheurs s’est fondé sur celui du lieu de résidence du foyer (à partir du système national des données de l’Assurance maladie). Ils ont ainsi établi un indice basé sur 5 critères étudiés dans les communes concernées : 

  • Le taux de chômage ;
  • La proportion de population immigrée ;
  • La proportion de locataires ;
  • Le nombre de familles monoparentales ;
  • Le revenu médian.

La population a été divisée en cinq quintiles selon le lieu de vie de leur mère durant la période périnatale. En comparant la période 2001-2008 à la période 2015-2020, il apparaît que le taux de mortalité néonatale est resté stable dans les deux groupes favorisés (1 et 2) et le groupe médian, alors qu’il a augmenté entre ces deux périodes dans les groupes les plus défavorisés (4 et 5). On constate donc une inégalité des foyers face à la mortalité dans les premiers jours après la naissance.

Pourquoi une telle augmentation dans les communes les plus défavorisées ?

Les auteurs de l’étude avancent plusieurs hypothèses pour expliquer cette inégalité. D’une part, les mères des groupes 4 et 5 sont plus susceptibles d’être touchées par le surpoids, le tabagisme et l’exposition à la pollution, facteurs qui entraînent un risque plus élevé de prématurité ou de petit poids de naissance, et donc de décès néonatal.

L’étude mentionne également les « considérations éthiques et personnelles » qui seraient plus marquées dans ces groupes défavorisés et pourraient influencer la décision de recourir ou non à une interruption médicale de grossesse (IMG) pour certaines maladies fœtales ; ces grossesses menées à terme aboutiraient à une mort du bébé comptabilisée comme néonatale au lieu d’interruption de grossesse. 

Enfin, l’accès aux soins et la « capacité des résidents à se saisir du système de santé » sont réduits dans les territoires défavorisés, augmentant les risques pour les nouveau-nés.

III. Préconisations pour réduire la mortalité infantile et néonatale en France

Anthony Cortes et Sébastien Leurquin Les auteurs, tous deux journalistes, formulent dans leur ouvrage des propositions concrètes pour réagir et faire à nouveau diminuer la mortalité infantile en France :

  • Réouverture ou création de maternités de proximité, même de petite taille.
  • Renforcement du suivi postnatal, notamment par les services de PMI.
  • Création d’un registre des naissances et de la mortalité infantile, pour un suivi scientifique rigoureux.
  • Revalorisation du rôle des sage-femmes, avec des parcours plus personnalisés et humains.
  • Investissement dans la prévention, plutôt que la réponse uniquement médicale aux complications.

Concernant la mortalité néonatale, les chercheurs ayant participé à l’étude de septembre 2025 préconisent par ailleurs la mise en place urgente de mesures de santé publique ciblées sur les zones à haut risque, correspondant aux lieux de naissance des 40% d’enfants nés dans les contextes les moins favorisés. Réduire le taux de mortalité néonatale dans ces territoires aurait un impact direct sur le taux de mortalité néonatale du pays, et donc sur son taux de mortalité infantile.

 

hausse de la mortalité infantile en france : quelles explications ?

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L’ONU remet en cause l’euthanasie des personnes handicapées au Canada

L’ONU remet en cause l’euthanasie des personnes handicapées au Canada

L’ONU remet en cause l’euthanasie des personnes handicapées au Canada

 

Le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU a recommandé au Canada d’abroger la possibilité d’euthanasier des personnes dont la mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible.

Ces observations finales ont été publiées dans le cadre de l’examen périodique du Canada sur l’application de la Convention relative au droit des personnes handicapées le 10 et 11 mars 2025.

 

Large extension des conditions d’accès à l’euthanasie en 2021

 

Moins de cinq ans après avoir dépénalisé l’euthanasie, le Canada a en effet modifié largement les conditions d’accès de l’« aide médicale à mourir » (AMM) qui comprend l’euthanasie et le suicide assisté, à toute personne atteinte d’une affection grave et incurable et qui souhaite mourir. Le critère de « mort raisonnablement prévisible » ayant été supprimé, ne subsiste que la condition liée à l’existence d’une maladie grave et incurable et au fait, pour le patient, d’éprouver des souffrances qu’il juge lui-même insupportables.

En pratique, cet élargissement signifie qu’une personne physiquement handicapée ou atteinte d’une maladie chronique est désormais éligible à l’euthanasie. Les associations de défense des personnes handicapées qui ont vivement critiqué ces dispositions peinent à être entendues par les autorités canadiennes.

Ce type d’euthanasie, désigné par la « Voie 2 » dans les statistiques, représentait 4,1% des cas (622 personnes) en 2023, en augmentation de 34% par rapport à l’année précédente. Parmi ces personnes, les problèmes de santé les plus fréquents sont pour moitié des troubles neurologiques et pour l’autre moitié ce qui est classé dans « autres ». Les problèmes de santé désignés dans cette seconde catégorie recouvrent le diabète, la fragilité, les maladies auto-immunes, les douleurs chroniques et les troubles mentaux.

Les auteurs du dernier rapport de Santé Canada  relèvent que « les praticiens ont parfois énuméré d’autres problèmes de santé comme les problèmes articulaires et musculaires, les problèmes auditifs et visuels et diverses maladies internes dans les domaines de déclaration. »

La même loi de 2021 exclut temporairement l’hypothèse de la maladie mentale, qui a fait l’objet d’un examen indépendant  par des experts portant sur les protocoles, les lignes directrices et les mesures de sauvegarde recommandés pour les demandes d’aide médicale à mourir de personnes atteintes de maladie mentale. Les conclusions prévues pour 2023 ont été repoussées à 2027, faute d’avoir réussi à définir un cadre.

 

Les recommandations des droits des personnes handicapées de l’ONU

 

Le réseau citoyen Vivre dans la Dignité engagé dans la solidarité avec les plus vulnérables a traduit les principales recommandations de la conclusion finale concernant l’Aide médicale à mourir (AMM)  dans un communiqué :

  •  Abroger la voie 2 de l’aide médicale à mourir, y compris en 2027 pour les personnes dont le seul problème médical est une maladie mentale;
  • Ne pas soutenir les propositions d’élargissement de l’Aide médicale à mourir aux « mineurs matures » et aux demandes anticipées;
  • Investir de manière significative et mettre en œuvre des mesures globales, aux niveaux fédéral, provincial et territorial, pour s’assurer que les défaillances systémiques liées aux déterminants sociaux de la santé et du bien-être sont prises en compte;
  • Renforcer les processus de consultation communautaires fondés sur les distinctions avec les peuples autochtones;
  • Mettre en place et financer un mécanisme fédéral de surveillance indépendant pour contrôler, réglementer et traiter les plaintes relatives à l’AMM.

Vivre dans la Dignité invite tous les candidats et candidates à la prochaine élection fédérale à prendre position sur ces recommandations du comité de l’ONU.

 

Une alerte sur la radicalité de la proposition de la loi fin de vie pour la France

Alliance VITA appelle à la vigilance absolue et alerte sur le danger de la proposition de loi Falorni relative à la fin de vie qui contient des critères médicaux larges et invérifiables :

  •  être atteint « d’une affection grave et incurable, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale ». Il suffit d’une maladie qui peut être mortelle et est déjà avancée. Cette formulation de délai « en phase avancée » ne peut être mesurée.
  • présenter une souffrance physique ou psychologique liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne lorsqu’elle a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter de recevoir un traitement. »

La France légaliserait ainsi l’euthanasie et le suicide assisté accessibles sur des critères aussi larges qu’incontrôlables.

 

A lire : décryptage  de la proposition de loi sur la fin de vie

l’onu remet en cause l’euthanasie des personnes handicapées au canada

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Lutte contre le cancer : les patients ont besoin d’écoute

Lutte contre le cancer : les patients ont besoin d’écoute

Lutte contre le cancer : les patients ont besoin d’écoute

 

Dans la lutte contre le cancer, le besoin d’écoute des patients ne doit pas être occulté par les besoins de traitements adaptés et disponibles.

 

Des initiatives en mars contre le cancer

La mobilisation contre le cancer s’illustre en mars par plusieurs initiatives. La ligue contre le cancer annonce un « mars bleu » dans une campagne très directe, afin de sensibiliser le grand public au dépistage du cancer colorectal. Cette campagne reçoit l‘appui de l’Assurance maladie.

Celle-ci rappelle que le « deuxième cancer le plus mortel en France, entraine plus de 17 000 décès annuels. Ce cancer est le plus fréquent chez les hommes après celui de la prostate et du poumon et le deuxième chez les femmes, après le cancer du sein. Plus de 47 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année« . Pourtant, « lorsqu’il est détecté à un stade précoce, les chances d’en guérir sont de l’ordre de 95 % à 5 ans« .

De son côté, l’institut Curie mène sa campagne annuelle « une jonquille contre le cancer« . Avec cette fleur emblématique de l’arrivée du printemps, l’Institut entend mobiliser le public dans sa lutte contre le cancer.

 

Le besoin d’écoute des patients doit être entendu !

L’annonce d’un cancer, ou d’autres maladies graves, est source de questions, et peut être traumatisante.

Selon l’Institut National du cancer, l’annonce « constitue un choc psychologique important au cours duquel les émotions se bousculent. Il s’agit d’un moment particulièrement angoissant, séparant la vie en un « avant » et un « après » ».

Depuis le premier plan de lutte contre le cancer (2003-2007) un dispositif d’annonce s’est mis en place. Son objectif est de  » permettre au patient de bénéficier des meilleures conditions d’information, d’écoute et de soutien. Il constitue l’une des conditions de qualité auxquelles les établissements de santé se doivent de satisfaire afin d’être autorisés à traiter le cancer« . Plus précisément :

« Plusieurs temps de consultations, réalisés par des professionnels de santé, sont prévus pour vous accompagner lors de l’annonce de votre cancer. » Selon l’Institut « il constitue l’une des conditions de qualité auxquelles les établissements de santé se doivent de satisfaire afin d’être autorisés à traiter le cancer. »

Ce dispositif est structuré en plusieurs étapes, et inclut en principe des temps de soutien et d’accompagnement, ainsi qu’une évaluation des besoins en soins de support.

Ce dispositif intègre donc le besoin pour le patient – et ses proches – d’être écouté, de prendre le temps de mieux comprendre les informations médicales, d’intégrer ces informations…

Comme le dit Olivier Trédan, cancérologue et médecin référent pour le service Thadeo, lors de l’annonce ce sont deux humanités qui vont interagir et nouer une alliance thérapeutique.

« Ce partenariat vise à échanger, à nommer et donc à vivre ensemble les phases successives de rémission et de progression de la maladie. Cet accompagnement pleinement humain veillera à faire apprécier chaque instant même si la vie est en péril. »

Pourtant, dans la situation actuelle du système de santé, la réalité semble éloignée de ces objectifs.

 

A l’occasion de la récente journée mondiale contre le cancer, le Président de la ligue contre le Cancer, le docteur Philippe Bergerot, a publié un manifeste soulignant les carences dans la prise en charge actuelle.

Sous le titre « Garantir que chaque personne malade puisse bénéficier d’une consultation d’annonce spécifique, empathique et accompagnée« , le manifeste indique que « seules 2/3 des personnes malades ont reçu une consultation spécifique pour l’annonce de leur diagnostic« . Par ailleurs « 42 % ont déclaré que cela avait duré moins de 15 minutes« . Comment penser qu’en 15 minutes d’échange, le choc de l’annonce pourra être amorti ?

 

L’écoute de la personne passe avant les procédures

Dans ce contexte, il est préoccupant de voir que la proposition de loi Falorni, légalisant le recours à l’euthanasie et le suicide assisté, comporte une information sur la possibilité de rédiger des Directives Anticipées.

L’article 14 du texte précise que « Lors de l’élaboration et des révisions du plan personnalisé d’accompagnement, le médecin ou un professionnel de santé de l’équipe de soins informe le patient de la possibilité de rédiger ou d’actualiser ses directives anticipées et de désigner une personne de confiance dans les conditions prévues à l’article L. 1111‑6. » Face à l’annonce d’une maladie grave, est-il opportun de proposer au patient de désigner une personne de confiance et de rédiger ou modifier ses directives anticipées en prévision de sa fin de vie ? Cela peut au contraire constituer une forme de violence.

L’urgence est à l’accès aux soins et à l’écoute des patients. Les chiffres présentés par la Ligue contre le cancer indiquent des carences dans la prise en charge du temps d’annonce aux patients. Les difficultés du système de santé qui pèsent sur les soignants comme sur les patients sont la priorité que le gouvernement et le Parlement devraient adresser cette année.

lutte contre le cancer : les patients ont besoin d'écoute

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Décryptage : loi soins palliatifs et d’« accompagnement »

Décryptage : loi soins palliatifs et d’« accompagnement »

Décryptage : loi soins palliatifs et d’accompagnement

 

La proposition de loi n°1102 relative aux soins palliatifs et d’accompagnement est annoncée pour un examen en mai prochain, en discussion commune avec la loi n°1100 relative à « l’aide à mourir » par suicide assisté et euthanasie.

Elle sera portée par les députés Annie Vidal (Ensemble pour le République) et François Gernigon (Horizons) qui en seront les co-rapporteurs. Comme l’indique l’exposé des motifs « Cette proposition de loi reprend intégralement et scrupuleusement les dispositions du titre 1er relatif aux soins palliatifs et d’accompagnement ainsi qu’aux droits des personnes malades du projet de loi n° 2642, telles que votées par la commission spéciale à l’Assemblée nationale le 18 mai 2024. Elle contient également tous les amendements adoptés en séance sur ce titre avant l’interruption des débats en raison de la dissolution de l’Assemblée nationale. »

 

Que contient cette proposition de loi ?

Cette proposition a en partie pour objet de mettre en œuvre le plan décennal sur les soins palliatifs, présenté en 2024. Ce plan vise à atteindre un crédit de 1, 1 milliard d’euros d’ici 10 ans.

Cette loi introduit une nouvelle notion dans le cadre du code de la santé publique remplaçant la notion de soins palliatifs par l’expression de soins palliatifs et d’accompagnement. Cet ajout est controversé dans la mesure où cette dénomination ne correspond à aucun standard international lié à la médecine palliative, l’accompagnement fait partie intégrante de cette approche et n’en est pas séparé.

Pour étayer cette notion, est explicité à l’article 10, ce qui est présenté comme une « nouvelle catégorie d’établissement médico-social (ESMS) dénommée « maison d’accompagnement et de soins palliatifs ». Ces établissements sont en fait des lieux de vie intermédiaires entre l’hôpital et le domicile. S’ils correspondent à un besoin pour des soins palliatifs hors unités de soins palliatifs dédiées, des maisons de vie de ce style sont déjà expérimentées.

Elles ont « pour objet d’accueillir et d’accompagner des personnes en fin de vie et leurs proches ». Elles peuvent passer des conventions avec les unités et les équipes de soins palliatifs. Il est prévu par cette loi que l’Etat mette à l’étude la création de 101 établissements de ce type à l’horizon 2034.

 
décryptage  loi soins palliatifs et d’accompagnement

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Décryptage : la nouvelle proposition de loi fin de vie d’Olivier Falorni

Décryptage : la nouvelle proposition de loi fin de vie d’Olivier Falorni

Décryptage : la nouvelle proposition de loi fin de vie d’Olivier Falorni

 

Que comporte la nouvelle proposition de loi « relative à la fin de vie » présentée par le député Olivier Falorni et enregistrée le 6 mars 2025 à l’Assemblée nationale ?

 

La proposition de loi repart du texte radical voté avant la dissolution

L’initiateur du texte explicite sa démarche dans l’exposé des motifs : reprendre le texte que la dissolution présidentielle avait rendu caduc, c’est-à-dire le projet de loi du gouvernement, tel qu’il est ressorti, successivement amendé par la commission spéciale, puis par l’Assemblée nationale.

Notons d’emblée que, d’une part l’Assemblée nationale n’est plus celle du printemps 2024 et d’autre part, les travaux en commission puis dans l’hémicycle avaient supprimé la plupart des digues que le texte gouvernemental mettait en avant pour affirmer que son projet était équilibré et sécurisé. Nous sommes donc en présence d’un texte particulièrement radical.

Olivier Falorni pose par ailleurs la question de façon dialectique : « Que veut dire « vivre » quand vivre c’est souffrir, sans espoir de guérison ? ». Tout en affirmant l’exigence de l’humilité et de l’écoute sur ce sujet sensible, tout en présentant son « aide à mourir » comme « un ultime recours », au caractère exceptionnel, il prône, au nom de la liberté, « le droit de disposer de sa mort ». Et c’est effectivement cette radicalité qui s’exprime quand on examine la proposition de loi proprement dite.

 

Deux critères « médicaux » larges et largement invérifiables 

  • Une maladie « à un stade avancé » avec un « pronostic vital engagé »

Pour accéder à cette aide à mourir (qui articule suicide assisté et euthanasie selon que le patient est ou n’est pas « en mesure physiquement d’y procéder »), le texte précise qu’il faut être majeur, résider en France, être en capacité de s’exprimer en conscience et être atteint « d’une affection grave et incurable, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale ». Dire que le pronostic vital est engagé signifie que la maladie peut conduire au décès.

Dans une note de cadrage réalisée à la demande du gouvernement à l’occasion du projet de loi débattu au printemps 2024, la Haute Autorité de Santé le précise : « Le pronostic peut être défini comme la probabilité qu’un patient développe un résultat particulier sur une période de temps spécifique. L’incertitude est inhérente au pronostic. Accepter cette incertitude est centrale pour utiliser une information sur le pronostic de façon appropriée dans la prise de décision clinique. » (Pronostic vital engagé à moyen terme/phase avancée, 12 décembre 2024).

Le projet de loi gouvernemental « dissous » au printemps 2024 prévoyait initialement parmi les conditions de l’euthanasie ou du suicide assisté un « pronostic vital engagé à moyen terme ». Alors qu’elle figurait parmi les « garanties » avancées par le gouvernement, cette condition était médicalement inopérante et a été supprimée par les députés. La proposition Falorni élimine toute idée de délais. Il suffit d’une maladie qui peut être mortelle et est déjà avancée. Deux termes peu objectifs et largement invérifiables.

  • Une souffrance (…) psychique (…) « insupportable selon la personne »

La radicalité se confirme avec le critère suivant : le patient doit « présenter une souffrance psychique ou psychologique liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne lorsqu’elle a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter de recevoir un traitement. » La prétendue « aide à mourir » ne serait aucunement réservée aux patients endurant une « souffrance réfractaire », c’est-à-dire que la médecine ne parvient pas à apaiser.

D’une part, il peut s’agir d’une souffrance exclusivement « psychologique ». Et si le patient affirme qu’il subit une souffrance psychologique insupportable justifiant sa demande, qui donc pourrait prétendre l’évaluer pour donner un avis différent ? La terminologie du texte offre un « sésame » pour le suicide assisté.

Par ailleurs, il suffit de refuser le traitement analgésique voire l’accompagnement psychologique et d’affirmer que l’on souffre dès lors de façon « insupportable » (physiquement ou moralement). Qui peut contester pareille auto-évaluation ? Le texte prend soin d’accoler au mot « insupportable » la précision : « selon la personne ». Ainsi, les soignants n’ont pas leur mot à dire sur cette souffrance, dans la logique assumée de l’autodétermination.

C’est l’autre sésame pour un suicide assisté ou une euthanasie. La porte serait donc grande ouverte. Il suffit de refuser un traitement vital (quel qu’il soit) ou un soin vital (comme l’alimentation). Ce refus fait incontestablement partie des droits de tout patient, s’il est correctement éclairé. En laissant la personne seul juge du bien-fondé de sa demande, l’accès au suicide assisté ou, à défaut, à l’euthanasie devient extrêmement facile.

 

Une procédure simple, voire expéditive, à la discrétion d’un seul médecin.

Certes, la procédure se dit « collégiale » avec la consultation imposée d’un confrère qui n’a pas forcément à examiner le patient, et d’un auxiliaire médical ou d’un aide-soignant qui, lui, le connaît. Cependant, le médecin reste libre de sa décision qu’il notifie dans les 15 jours, l’euthanasie ou le suicide assisté pouvant alors être administrée sans délai, si à la demande de la personne, le médecin estime qu’il ne faut pas respecter les deux jours de principe prévus entre la notification et l’acte. Ce dernier est supervisé par un médecin ou un infirmier, mais il n’est pas obligatoire qu’il soit présent au moment d’un suicide assisté, après qu’il a fourni la substance létale. Le soignant doit toutefois se tenir « à une proximité suffisante pour pouvoir intervenir en cas de difficulté ».

 

Contestation interdite, opposition muselée

Seule la personne ayant formulé une demande d’aide à mourir peut contester la décision du médecin. Les proches sont exclus de tous recours. En revanche, toute tentative d’obstruction à l’euthanasie est sévèrement punie. Un an de prison, c’est la peine prévue pour « Le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur [sic] l’aide à mourir par tout moyen, y compris par voie électronique ou en ligne, notamment par la diffusion ou la transmission d’allégation ou d’indications de nature à induire intentionnellement en erreur, sur les caractéristiques ou les conséquences médicales de l’aide à mourir. »

Sont plus spécialement visés : le fait de perturber l’accès aux lieux pratiquant l’aide à mourir et le fait d’exercer des pressions morales ou autre type d’« intimidation » à l’encontre des patients cherchant à s’informer et des soignants pratiquant l’aide à mourir. Toute association de 5 ans d’âge dédiée au « droit des personnes à accéder à l’aide à mourir » peut se porter partie civile. Le texte signe la proximité de son auteur avec l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) et prétend museler ses opposants. Il établit le monopole et le contrôle de l’information par les pro-euthanasie et suicide assisté. Il ne manque plus qu’un ministère de la Vérité pour décréter ce qu’on peut dire ou pas, ce qui est vrai et ce qui est faux.

 

Clause de conscience limitée, liste de soignants acteurs de la prétendue « aide à mourir », contrôle a posteriori.

La clause de conscience des soignants est  reconnue, certes, mais aucunement celle des établissements qui sont tenus de laisser les professionnels de santé y pratiquer suicide assisté et euthanasie.

Par ailleurs tout médecin doit être en mesure d’informer le patient sur la loi et de l’orienter vers un praticien acceptant de la mettre en œuvre. La prévention universelle du suicide, fait place à une forme d’incitation au suicide, quasi obligatoire : bouleversement en vue de la relation soignant-soigné, alors que les familles et proches sont totalement exclus du dispositif.

Les pharmaciens impliqués dans la fourniture des produits létaux n’ont pas droit à une clause de conscience.

Un registre des professionnels acceptant d’y participer est constitué. Ils doivent se déclarer à une « commission de contrôle et d’évaluation » de la loi. Leurs noms sont accessibles aux seuls médecins. Comme dans les pays qui expérimentent l’euthanasie ou le suicide assisté, le contrôle de la validité des procédures est effectué a posteriori. Ce qui s’est révélé inopérant.

L’examen de cette proposition de loi et de celle dédiée aux soins palliatifs est annoncé les semaines des 12 et 19 mai prochain. Que le débat parte d’une telle base ne peut que confirmer l’état de vigilance absolue que cette perspective suggère : la France légaliserait d’emblée un combo euthanasie-suicide assisté facilement accessible sur des critères aussi larges qu’invérifiables, et par là même, sans qu’un système de contrôle soit en réalité possible.

 

décryptage : la nouvelle proposition de loi fin de vie d’olivier falorni

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Que penser des organoïdes, mini-organes fabriqués en labo ?

Que penser des organoïdes, mini-organes fabriqués en labo ?

Que penser des organoïdes, mini-organes fabriqués en laboratoire ?

 

Les scientifiques ont déjà réussi à obtenir des « organoïdes » de foie, intestin, rein, cœur, rétine, et même de cerveau. Mais de quoi s’agit-il ? Ce sont des petites structures biologiques en trois dimensions, créées en laboratoire, qui « imitent » certaines fonctions de certains organes. En réalité, ce ne sont pas des organes complets miniatures même s’ils sont dotés de certains fonctionnements qui y ressemblent beaucoup.

Pour obtenir ces organoïdes, les scientifiques utilisent comme point de départ des cellules souches pluripotentes, qui ont donc la capacité de se spécialiser dans tel ou tel type de cellules, et la capacité de se multiplier à l’infini. Cultivées dans certaines conditions in vitro, ces cellules vont être conduites à se spécialiser selon les « ordres » moléculaires fournis et vont s’auto-organiser grâce au milieu présent.

 

A partir de quelles cellules souches sont créés les organoïdes ?

2 types de cellules pluripotentes peuvent être utilisées : Les cellules souches pluripotentes induites (iPSC : induced pluripotent stem cells). Ce sont des cellules adultes prélevées (cellules sanguines, fibroblastes cutanés …) reprogrammées génétiquement, selon la technique découverte par le prix Nobel Yamanaka. Des cellules embryonnaires humaines. Ces cellules sont présentes aux tous premiers stades du développement de l’embryon, quelques jours après la fécondation. Ces cellules peuvent être prélevées sur des embryons congelés.

 

Pourquoi créer des organoïdes ?

Ces recherches sont très actives, et de nombreux pays investissent et misent sur l’utilité de ces nouveaux modèles. Au départ, l’objectif était d’étudier les processus de développement et l’organisation anatomique des tissus. La culture 3D permet de comprendre plus finement ces processus complexes. Puis, ces modèles ont commencé à servir en recherche biomédicale pour analyser les mécanismes physiologiques et les dérèglements pathologiques.

Désormais, ils servent aussi d’outils pour évaluer l’efficacité ou la toxicité de certains médicaments ou d’autres substances. Les politiques de réduction de l’utilisation des modèles animaux servent aussi de catalyseur pour ces recherches. Ces modèles pourraient aussi permettre de réduire les risques liés aux essais cliniques. Ces modèles permettent d’envisager d’immenses progrès des connaissances et ouvrent de larges perspectives de progrès thérapeutiques.

Nul doute que ces modèles prendront une place cruciale dans la recherche de demain. Par ailleurs, les organoïdes dérivés de cellules iPS permettent de prendre en compte la diversité génétique des patients et ouvrent à de nouvelles thérapies basées sur une médecine personnalisée. A noter que les « Organes et organoïdes sur puces » font l’objet d’un PEPR (programme et équipement prioritaire de recherche) dans le cadre du plan France 2030, à hauteur de 48 millions d’euros sur 6 ans.

 

Des pièces de rechange ?

Peut-on imaginer qu’un jour, il soit envisageable que ces organoïdes, créés en laboratoire, puissent servir de « pièces de rechange » en cas de défaillance d’un organe ? Pour le moment, cela reste impossible. Il subsiste des incertitudes sur leur microarchitecture et donc sur leurs capacités. Une grande difficulté réside dans l’obtention d’un réseau vasculaire qui permette la perfusion de la totalité des tissus.

Par ailleurs, ils sont trop petits, immatures, incomplets et difficilement reproductibles à l’identique. Et également, pas assez fiables. En revanche, en couplant ces technologies avec la bio-impression en 3D (l’impression en 3 dimensions de cellules et de tissus), l’hypothèse que leur fabrication soit améliorée est d’ores et déjà posée. Certains laboratoires, notamment français, y travaillent.

 

Les organoïdes sur puce

Les organoïdes sur puces sont en plein développement depuis une dizaine d’années. Ces travaux sont à la frontière de l’ingénierie microfluidique, de la microélectronique, de la biologie et de la médecine. Il s’agit de faire « pousser » ces mini-organoïdes dans des puces standardisées. Ces puces sont des dispositifs qui visent à reproduire des fonctions physiologiques et des conditions physiques − flux, pression, mouvements − rencontrées dans les organes réels, afin de modéliser différents tissus.

En multipliant ces dispositifs en série, il est possible de reconstituer aussi les interactions entre les différents organes pour tenter de se rapprocher le plus possible de ce qui se passe dans un organisme, sain ou malade. Certaines de ces puces microfluidiques s’accompagnent d’une couche de silicium, ce qui permet d’ajouter d’autres mesures physiques. On étudie ensuite les réactions des organoïdes sur puce en les mettant en présence de divers composés (médicament de référence, composé à l’étude etc).

L’intelligence artificielle (IA) est largement mise à contribution pour analyser toutes les données. Avec les paramètres étudiés, on crée les « signatures numériques spécifiques » des molécules ou médicaments testés.

 

Le cas particulier des « mini-cerveaux »

En laboratoire, des chercheurs sont parvenus à créer des structures tridimensionnelles d’organoïdes cérébraux. Les premiers essais remontent à 2013, par une équipe de Lancaster. Les travaux actuels montrent que les cellules composant l’organoïde sont capables de s’auto-organiser et de communiquer entre elles, mais aussi de se différencier en plusieurs types cellulaires dotés de marqueurs de fonctions spécifiques (par exemple, l’émission d’impulsions électriques ou la capacité d’organisation en réseau).

Les organoïdes cérébraux sont utilisés pour améliorer notre capacité à modéliser le développement neurologique humain et les maladies qui l’affectent. Parmi les maladies particulièrement scrutées grâce à ces modèles, on retrouve les maladies neurodéveloppementales et neurodégénératives, telles que la microcéphalie liée au virus Zika, la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, les troubles du spectre autistique, la schizophrénie et les troubles bipolaires…

Pour étudier la connectivité entre différentes régions du cerveau, il est désormais également possible de constituer des « assembloïdes » associant des organoïdes simulant différentes régions cérébrales grâce à la diversité des cellules qui les composent (divers types de neurones, astrocytes, cellules de la microglie ou de vaisseaux…). Récemment, des chercheurs de l’université Johns Hopkins dans le Maryland ont annoncé avoir réussi à créer des organoïdes cérébraux particuliers, en fusionnant plusieurs organoïdes humains.

D’après eux, ces nouveaux modèles contiendraient 80 % des types de cellules cérébrales, qu’on peut estimer correspondre au stade d’un embryon de 40 jours. Ces agrégats cellulaires cultivés en laboratoire, bien que petits en taille (de quelques centaines de microns à quelques millimètres pour les plus gros), reproduisent certaines caractéristiques importantes des cerveaux humains fœtaux pouvant présenter des caractéristiques développementales, cellulaires et moléculaires essentielles.

Mais pour le moment, il n’est pour le moment pas possible d’obtenir un modèle « complet » de cerveau adulte mature. Ces cérébroïdes sont limités en taille et surtout en complexité. Il manque certains types cellulaires, les cellules meurent facilement, la vascularisation manque…

Pour autant, les questions éthiques ne manquent pas, elles, face à ces modèles. Relevons qu’en France, la recherche sur les cérébroïdes ne dispose pas d’encadrement à l’heure actuelle. Ils sont juridiquement considérés comme des cultures de cellules souches humaines et donc, seulement soumis à déclaration à l’Agence de la biomédecine ou dans certains cas à autorisation.

 

Questions éthiques

Des questions se poseront de plus en plus, à mesure qu’avanceront les recherches, notamment sur les cérébroïdes ou la création des organes reproducteurs humains. Nul doute que ces modèles feront l’objet de discussions lors de la prochaine révision de la loi bioéthique. Il n’existe pas encore de réglementation internationale sur ces modèles. L’Union européenne finance le projet Hybrrida, qui entend élaborer des lignes directrices et un code de conduite éthique en matière de recherche sur les organoïdes.

Les enjeux sont nombreux. En premier lieu, relevons celui de l’instrumentalisation de l’embryon humain, lorsque c’est lui qui sert de point de départ pour fournir les organoïdes. Il va de soi que cette recherche ne va pas dans son intérêt, attendu qu’il sera détruit. Même si cela entre dans le cadre de la loi bioéthique, et concerne des embryons qu’on dit « surnuméraires » – c’est-dire des embryons légués à la recherche par les parents à l’origine de leur création en cycle de PMA – peut-on se satisfaire que certaines vies soient utilisées au motif de progrès des connaissances ou de progrès thérapeutiques ?

Nous sommes ici dans une vision utilitariste de la vie humaine. Ensuite, la question du statut à donner à ces artéfacts produits par l’ingénierie biologique se pose. Il s’agit d’une « nouveauté éthique ». Ce ne sont pas de simples objets créés par l’homme. Ils sont créés à partir de cellules et tissus humains. Ces entités sont « humaines » sans être des personnes, et cela brouille nos frontières morales, car sous l’influence du droit romain, nous nous sommes habitués à diviser le monde en personnes (êtres humains) ou en choses. Devons-nous leur accorder le statut moral de l’entité qu’ils miment même partiellement ?

Par ailleurs, comme pour les embryoïdes, se pose la question, déjà, du consentement et de l’information des donneurs d’embryons ou de cellules utilisés ensuite pour ces expérimentations ou comme cellules souches IPS. La protection des données génétiques, des données de santé des donneurs et des éventuels profits tirés de ces modèles pose également d’importants enjeux. Au moment du don, la majorité des donneurs ne savaient pas dans quel cadre allaient être utilisées leurs cellules.

Certaines possibilités, dont celles-ci, n’existant pas encore. On peut raisonnablement penser que certains donneurs auraient pu s’opposer à l’utilisation de leurs cellules pour la formation de cellules neuronales, de cérébroïdes ou de chimères (mélange de cellules humaines dans des animaux) si le projet de recherche leur avait été exposé. Enfin, des questions vertigineuses se posent lorsque les organoïdes cérébraux sont implantés dans des modèles animaux.

Des expérimentations ont déjà été menées. Des cérébroïdes humains ont été transplantés dans le cerveau de souris, de rats et de macaques. Certaines de ces études ont démontré que ces greffons arrivaient à maturité, communiquaient avec d’autres régions du cerveau, et pouvaient entrainer une modification comportementale de l’animal transplanté.

 

Questions éthiques spécifiques aux organoïdes de cerveau

Pour l’Académie de médecine, les organoïdes cérébraux ne sont pas des « mini-cerveaux ». Les activités cellulaires observées ne peuvent être assimilées aux processus cognitifs, sensoriels ou moteurs propres au cerveau humain. Les présenter comme étant doués de sensibilité ou d’une conscience minimale « relève d’une interprétation abusive et déformante des objectifs et des résultats de ces travaux ».

Pourtant, dans sa lettre de juillet 2024, intitulée « Questions éthiques spécifiques aux organoïdes de cerveau » l’Agence de la biomédecine mentionne que dans un avenir plus ou moins lointain, les cérébroïdes pourraient être dotés du statut d’« entités humaines sensibles ». Sensibles, car on ne peut exclure que ces modèles possèdent un jour « la capacité d’éprouver de la douleur ou une forme de conscience de base, à savoir la conscience de ressenti (ce que cela fait de se trouver dans tel ou tel état). Ces assembloïdes seraient alors doués de sensibilité (sentience) ». La possibilité d’un ressenti et d’une altération de la conscience est souvent évoquée comme une question particulièrement préoccupante.

Par ailleurs, la création de chimères homme-animal pourrait conduire à une modification de l’animal hôte qui acquerrait un comportement qui n’est pas propre à son espèce. Il pourrait par exemple développer une capacité plus importante à résoudre des problèmes, des interactions sociales plus complexes. Même si cette éventualité n’est pas d’actualité, il convient de l’envisager.

que penser des organoïdes, "mini organes" fabriqués en laboratoire ?

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Loi de bioéthique 2021 : le sort des embryons a été tranché

Loi de bioéthique 2021 : le sort des embryons a été tranché

Loi de bioéthique 2021 : le sort des embryons a été tranché

La loi de bioéthique votée en 2021 a introduit une modification majeure. Le principe de l’anonymat des donneurs pour les gamètes a été remplacé par le principe de l’accès aux données non identifiantes pour l’enfant issu de ce don, à sa majorité et à sa demande.

La levée de l’anonymat, nouveau principe dans les procédures de PMA.

La levée de l’anonymat était demandée par des associations d’adultes issus de procédure de PMA (procréation médicalement assisté). Ces demandes s’appuient sur le droit à connaître ses origines « dans la mesure du possible » qui est reconnu à l’enfant par l’article 7 de la Convention internationale des droits de l’enfant des Nations-Unies, une convention ratifiée par la France.

Les personnes nées de PMA peuvent donc, à leur majorité et à leur demande, faire une requête d’accès à l’identité du donneur (le nom de naissance, les prénoms, le sexe, la date et le lieu de naissance) ainsi qu’à ses données non identifiantes. Une Commission d’accès des personnes nées d’une assistance médicale à la procréation aux données des tiers donneurs (CAPADD) a été créée pour répondre aux demandes. Des précisions sur ces données sont dans notre article sur la loi de 2021.

Cette modification importante du cadre légal a provoqué un hiatus entre les dons de gamètes avant la loi, et ceux régis après. Concrètement, le législateur a conservé une période de moratoire pendant laquelle des gamètes recueillis avant 2021 ont été utilisés. En effet, les Centres de PMA faisaient face à une pénurie alors que les demandes ont sensiblement augmenté.

Un décret « fixe la date à compter de laquelle les seuls gamètes et embryons pour lesquels les donneurs ont consenti à la transmission de leurs données non identifiantes et à la communication de leur identité pourront être utilisés pour une tentative d’assistance médicale à la procréation« . Autrement dit, les gamètes recueillis avant la loi de 2021 et dont les donneurs n’ont pas répondu sur leur consentement à la transmission de leurs données doivent être détruits. Le texte indique une date butoir au 31 mars 2025.

Quel sort pour les embryons congelés procréés à partir d’un don anonyme ?

La question se pose également pour les embryons obtenus à partir d’un gamète de donneur extérieur au couple. En effet, le décret les inclut dans sa portée :  » ne peuvent être utilisés pour une tentative d’assistance médicale à la procréation que les gamètes et les embryons proposés à l’accueil pour lesquels les donneurs ont consenti à la transmission de leurs données non identifiantes et à la communication de leur identité en cas de demande des personnes nées de leur don« .

Si un embryon congelé fait l’objet d’une implantation ultérieure au 31 mars prochain, il n’est pas certain que l’enfant issu de cette PMA pourra avoir accès à ses origines, ce qui institue une rupture d’égalité de traitement. Ou bien faut-il considérer que cet embryon est la propriété des parents et qu’il faut faire un traitement particulier contraire aux stipulations du décret ?

Des spécialistes de la PMA se sont insurgés contre une possible destruction. Interrogé dans le Monde, le Pr Hamamah estime que «  Ces couples ont droit d’y recourir jusqu’à la veille de la 45année de la femme ; on n’a pas le droit de changer les règles du jeu en cours de route. ». Le même article interroge la présidente de PMAnonyme qui précise que « Nous comprenons que ces couples veuillent conserver ces embryons, mais la loi doit être appliquée, et l’accès aux origines doit être garanti pour les enfants à naître ».

Des logiques contraires difficiles à concilier.

Le ministère de la Santé fait face à un conflit entre la loi applicable et les contraintes spécifiques aux parcours de certains couples et leur désir d’enfant.

Ces contraintes illustrent des difficultés qui sont spécifiques à cette technique d’assistance à la procréation. Parmi les différentes ruptures introduites par cette procédure, le recours à un tiers donneur génère un conflit entre l’intérêt de l’enfant à connaître ses origines et la volonté de préserver une filiation établie juridiquement par la PMA.

De plus, les parents, et aussi l’Etat en fonction des règles de droit qu’il établit, se trouvent investis d’un droit de vie ou de mort pour les embryons congelés.  L’assistance à la procréation ouvre ainsi des questions abyssales sur le rapport à la vie humaine commençante.

Les embryons issus de dons de gamètes anonymes resteront congelés après le 31 mars

Le ministère de la Santé a tranché suite aux débats concernant les embryons issus de dons de gamètes anonymes. Le décret prévoyait leur destruction au 31 mars prochain. Dans un communiqué de presse confirmant la destruction des gamètes issus de dons anonymes, le ministère a précisé que : « Les embryons issus d’une FIV impliquant un tiers donneur et réalisée avant cette date ne sont pas concernés par la fin de la période transitoire. Leur utilisation pourrait cependant limiter l’exercice du droit d’accès aux origines. C’est pourquoi les centres d’AMP informeront pleinement les bénéficiaires sur le statut de ces embryons. Avant toute utilisation, un document attestant de cette information leur sera soumis pour signature ».

Si des enfants naissent de ces embryons, ils n’auront donc pas accès à leurs origines, contrairement aux enfants qui seront nés grâce à des dons postérieurs à 2021. C’est la date où la loi de bioéthique a instauré le droit d’accès aux origines.

Ce traitement différencié jette une lumière sur les inégalités générées par la PMA. Dans ce parcours, les intérêts de l’enfant qui naîtra, ceux des donneurs, ceux des potentiels parents se trouvent dissociés. Le ministère de la Santé s’est trouvé placé devant un dilemme : maintenir la destruction planifiée ou la reporter, qui ne pouvait se résoudre sans créer une autre complication. Le parcours de la PMA s’apparente à un labyrinthe dont il est difficile de sortir de façon satisfaisante.

La presse s’est fait l’écho du dilemme éthique profond enclenché par ces parcours. Dans un article dédié à ce sujet, une femme ayant récemment accouché d’un bébé né à partir d’un don de gamète anonyme a réagi à l’éventualité de la destruction par ces mots rapportés par le Parisien : « C’est extrêmement violent ! On parle d’êtres humains en devenir ! ». Et elle avait ajouté : « J’ai l’impression qu’on va tuer les frères et sœurs potentiels de mon bébé ».

« Etre en humains en devenir », « potentiels frères et sœurs », ces expressions spontanées témoignent que les embryons humains ne sont pas des « choses biologiques » dont on peut disposer. Ils nécessitent une protection qui leur est actuellement déniée ?

loi de bioéthique 2021 : le sort des embryons en suspens ?

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Rapport quinquennal : l’euthanasie au Québec n’est plus un « soin » d’exception

Rapport quinquennal : l’euthanasie au Québec n’est plus un « soin » d’exception

Rapport quinquennal : l’euthanasie au Québec n’est plus un « soin » d’exception 

 

Un rapport sur la situation des soins de fin de vie entre 2018 et 2023 au Québec, montre la place importante qu’occupe désormais l’aide médicale à mourir (AMM), c’est-à-dire l’euthanasie, dans la société québécoise. La Commission à l’origine de ce travail fait ainsi le constat que « bien que l’AMM demeure, dans la majorité des cas, un soin de dernier recours, ce n’est plus un soin d’exception, mais plutôt une option considérée parmi les soins de fin de vie ».

 

Le cadre légal de l’AMM n’a cessé de s’élargir en 10 ans

 

Le Québec a adopté en 2014 la Loi concernant les soins de fin de vie (LCSFV) qui autorise l’euthanasie sous le vocable « aide médicale à mourir » plus couramment nommée AMM. Initialement, pour accéder à l’AMM, il fallait être majeur et apte à consentir aux soins, être en fin de vie à la suite d’une maladie grave et incurable et éprouver des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et inapaisables. En moins de 10 ans, les critères d’éligibilité à l’AMM n’ont cessé d’être élargis :

  • suppression du critère de fin de vie ou de la mort naturelle raisonnablement prévisible,
  • accès élargi aux personnes atteintes d’une maladie grave et incurable menant à l’inaptitude en 2021 et aux personnes atteintes de déficiences physiques graves au printemps 2024,
  • possibilité de demander l’AMM de manière anticipée depuis octobre 2024.

En outre les maisons de soins palliatifs ne peuvent plus se soustraire à la pratique de l’euthanasie en leur sein depuis décembre 2023.

Néanmoins les données de ce rapport quinquennal ne prennent pas en compte les modifications légales intervenues après mars 2023.

 

Augmentation du nombre de morts par AMM

 

14 417 personnes ont reçu l’AMM entre le 1er avril 2018 et le 31 mars 2023. Le nombre de personnes qui ont reçu l’AMM est en croissance depuis l’entrée en vigueur de la Loi. L’augmentation annuelle a été en moyenne de 41 %. En 2022-2023, le nombre d’AMM administrées est près de dix fois celui de 2016-2017. Les décès par AMM représentent 6,2 % de l’ensemble des décès en 2022.

La proportion des personnes avec un pronostic vital supérieur à 6 mois a augmenté entre 2018 et 2023. En effet, le nombre de personnes avec un pronostic estimé à un an ou moins a augmenté graduellement, passant de 3,6 % en 2018-2019 à 8,5 % en 2022-2023.

Parmi les incapacités et les souffrances rapportées, la perte de capacité à effectuer les activités qui donnaient du sens à la vie ou les activités de la vie quotidienne, menant à une dépendance à autrui, arrive en tête ; le sentiment de perte de dignité est également très fréquent.

Au Québec, le taux de décès par AMM n’en fait plus un soin d’exception. L’AMM fait maintenant partie du continuum des soins de fin de vie.

 

Un raccourcissement des délais entre la demande et l’administration de l’AMM

 

45,7 % des personnes ont reçu l’AMM moins de 10 jours après avoir signé le formulaire de demande. Au Québec, la loi ne précise pas la durée du délai entre la demande et l’administration de l’AMM. Pour autant les membres de la Commission estiment que « la décision doit être mûrie, réfléchie et faire l’objet d’entretiens espacés avec le médecin. ». Pour eux l’AMM ne peut être un soin d’urgence effectué dans la précipitation, or le délai d’un jour ou moins entre la demande et l’administration de l’AMM est rare, mais il existe : il a été rapporté dans 3,6 % (514/14 417) des formulaires des AMM administrées entre le 1er avril 2018 et le 31 mars 2023.

 

Le pourcentage de décès par l’AMM est le plus élevé au monde

 

Par rapport à la Belgique et aux Pays-Bas dont les critères d‘admissibilité à l’euthanasie sont similaires, la croissance annuelle du nombre d’euthanasies par million de population est beaucoup plus élevée au Québec et au Canada (30 % à 50 %) qu’en Belgique et aux Pays-Bas (10 % à 20%).

Pour l’année 2022, la proportion de décès par euthanasie était de 5,4 % aux Pays-Bas, 3,1 % en Belgique, et 4,1 % dans l’ensemble du Canada (incluant le Québec). La Commission fait le constat du taux élevé d’AMM au Québec sans pouvoir l’expliquer.

 

Des données qui ne permettent pas d’évaluer l’accès et la qualité des soins palliatifs

Face au manque de données permettant de mesurer et d’évaluer l’accès et la qualité des soins palliatifs, la Commission a consulté des organismes et experts spécialisés et un sondage a été soumis aux participants du congrès annuel de l’Association québécoise des soins palliatifs en 2023. Il en ressort les enseignements suivants :

  • Une disparité de l’offre de soins et de services selon la région et un référencement tardif.
  • Des difficultés dans les trajectoires de soins et de services.
  • Un manque de médecins disponibles pour dispenser des soins palliatifs à domicile dans plusieurs régions du Québec.
  • Un nombre de médecins exerçant en soins palliatifs insuffisant pour répondre aux besoins.
  • Des intervenants et des équipes de soins insuffisamment formés pour offrir des soins palliatifs de base de qualité ou pour le repérage précoce des personnes qui pourraient en bénéficier.
  • Un manque d’information accessible à la population.

 

Le manque de données, qu’elle constate et déplore, n’empêche pas la Commission de signaler sans embarras que la grande majorité des personnes ayant reçu l’AMM bénéficiaient de soins palliatifs.

Le réseau citoyen Vivre dans la dignité s’interroge à juste titre : « quelle proportion de ces personnes a eu accès à des soins palliatifs complets au bon moment et avec une approche interdisciplinaire à la fois bio, psycho, socio et spirituelle ? Une approche uniquement pharmacologique (telle que la simple administration de morphine) pourrait être qualifiée de soins palliatifs alors qu’elle est fort réductrice. Pour un réel choix en fin de vie, les Québécoises et les Québécois doivent avoir accès à des soins palliatifs dignes de ce nom qui répondent adéquatement aux souffrances physiques, psychologiques et existentielles. »

D’ailleurs certains experts et répondants au sondage ont exprimé la crainte que des difficultés d’accès aux soins palliatifs pourraient inciter certaines personnes à demander l’AMM pour soulager une souffrance qui aurait pu être apaisée avec ces soins.

 

Le constat d’une banalisation de la mort provoquée

 

10 ans après l’autorisation de l’aide médicale à mourir, voulue alors comme un soin exceptionnel, les critères ont été élargis si bien qu’aujourd’hui, le pourcentage des morts par euthanasie au Québec est le plus élevé au monde.

La Loi concernant les soins de fin de vie adoptée en 2015 a fait le choix d’englober soins palliatifs et mort provoquée dans un continuum de soins conduisant à la banalisation de l’AMM désormais perçue comme un soin comme un autre en fin de vie. D’élargissement en élargissement, l’AMM pourrait à terme devenir un « soin » à la demande sans d’autre critère que la volonté de la personne.

Dans un addendum consacré à l’éthique de l’AMM au Québec, Eugene Bereza et Véronique Fraser (membres ancien et actuelle de la Commission) se demandent s’il est « éthiquement acceptable que la pauvreté, l’isolement social, le refus d’aller à un CHSLD (Centre d’hébergement et de soins de longue durée) ou le manque d’accès aux soins soient des facteurs qui contribuent de manière significative à l’expérience subjective de souffrance intolérable d’une personne et conduisent à la demande d’AMM ? ».

Cependant, les deux auteurs semblent aussi penser que les principes éthiques fondés sur des règles sont relatifs face à la souffrance. Ethique et souffrance ne devraient pourtant jamais être opposées. Il s’agit bien au contraire de prendre en charge et d’accompagner la souffrance dans le respect des principes d’humanité et de fraternité indissociables de l’interdit de tuer.

 

A l’heure où les discussions autour d’une possible légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté en France pourraient reprendre en mai à l’Assemblée nationale, l’exemple québécois nous montre combien les critères présentés comme des garde-fous sont illusoires. Il révèle aussi que faire de l’euthanasie une option de soin comme une autre, banalise la mort provoquée et dénature les soins palliatifs.

rapport quinquennal sur les soins de fin de vie au québec

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Trouble sur un dossier de l’Observatoire national du suicide

Trouble sur un dossier de l’Observatoire national du suicide

Trouble sur un dossier de l’Observatoire national du suicide

 

Dans son 6ème rapport publié fin février 2025, l’Observatoire national du suicide (ONS), outre le volet statistique, consacre un dossier entier à la « mort assistée » remettant insidieusement en cause les alertes des professionnels sur l’incompatibilité des pratiques de suicide assisté avec la prévention du suicide.

 

L’ONS est une instance consultative créée par décret en 2018. Il a pour objectif « d’éclairer les acteurs par des analyses statistiques, des travaux de recherches et une veille documentaire stratégique, pour renforcer la prévention du suicide ». C’est dans ce cadre que l’observatoire publie tous les deux ans un rapport qui présente les données statistiques et des dossiers thématiques.

 

Le taux de suicide pourrait atteindre son niveau plancher

D’un point de vue statistique, les auteurs relèvent qu’après une baisse des suicides depuis 1980, il semble que le taux pourrait avoir atteint un niveau plancher. Cependant avec 9 200 décès par suicide en 2022, le taux de suicide atteint 13,3 décès pour 100 000 habitants en France, un niveau supérieur au taux moyen (10,2) constaté dans l’Union européenne.

Si le taux de suicide des jeunes est peu élevé (2,7 pour 100 000 chez les moins de 25 ans), on observe que le taux de suicide des jeunes femmes, pourtant le plus faible, a augmenté de 40% entre 2020 et 2022 (passant de 1,15 à 1,6 pour 100 000). S’il s’agit de signaux faibles, cette hausse inédite nécessite des investigations. Des effets sociaux restent en effet à explorer, « tels ceux de l’écoanxiété, le poids grandissant de la socialisation médiatisée en général ».

Un dossier esquisse plusieurs pistes d’investigation sur ce sujet afin d’adapter la politique de prévention alors qu’en 2025 la santé mentale est la grande cause nationale du gouvernement.  « Les comportements suicidaires constituent en effet l’une des manifestations les plus graves des problèmes de santé mentale, et les comprendre est essentiel pour concevoir des politiques de prévention efficaces ».

L’ONS pointe l’augmentation des taux de suicide avec l’âge, phénomène qui se retrouve dans tous les pays d’Europe. Les hommes âgés de 85 à 94 ans demeurent la population la plus à risque avec un taux de 35,2 pour 100 000. Les auteurs se sont interrogés sur le « tabou » du suicide des personnes âgées et « sur le mal-être de nos aînés, dans un contexte de vieillissement de la population« .

Les résultats de l’enquête Malâge montrent une différence entre les comportements des hommes et des femmes : « chez les hommes, les comportements suicidaires surviendraient à l’occasion de changements de nature « bifurcative » : des transformations nettes, comme l’entrée en Ehpad, marquant une perte de pouvoir décisionnel à la fois sur leur épouse et sur leur quotidien ».

Le mal-être des femmes âgées ayant des comportements suicidaires serait « accumulé sur un temps long, dans lequel le rôle du travail de care serait central : certaines y adhèrent au point de vouloir accompagner leur conjoint dans la mort, quand d’autres expliquent leurs tentatives de suicide par l’épuisement provoqué par les attentes de leurs proches et une charge de travail domestique et familial insupportable, à un moment de la vie où les soutiens économiques et sociaux se fragilisent. » Dans ce contexte on aurait pu s’attendre à un dossier d’approfondissement pour mieux accompagner et appréhender le grand âge.

 

Un surprenant dossier sur la « mort assistée »

Les conclusions du dossier sur « la mort assistée » proposées par l’ONS sont pour le moins surprenantes. Sous le titre « Mal-être, suicide et mort assistée : mieux comprendre les enjeux multiples de la fin de vie », ce dossier englobe une réflexion large autour du grand âge « sur les représentations de la fin de vie, les conséquences de polypathologies invalidantes et la perte d’indépendance ; des dimensions fondamentales qui émergent de l’analyse de la littérature internationale portant sur l’aide active à mourir (AAM) ».

En effet la population des personnes âgées est la plus concernée par les demandes de suicide assisté et/ou d’euthanasie dans les pays qui ont légalisé ces pratiques. L’objectif affiché est de « donner des repères et des clés de lecture face au débat complexe suscité par le débat français sur l’euthanasie – « sans prendre position » par rapport à celui-ci tout en élaborant un inventaire de connaissances disponibles et marquantes. »

Derrière l’interrogation qui vient en conclusion du dossier, à savoir si l’assistance à mourir (euthanasie/suicide assisté) pourrait inspirer de nouvelles approches de la prévention du suicide, la réflexion est inquiétante. Ces demandes d’euthanasie ou de suicide assisté « pourraient ainsi être envisagées dans une optique proche de celles des politiques de prévention du suicide, plutôt qu’y être totalement opposées. ».

Autrement dit la demande d’euthanasie, si la pratique est autorisée, peut aussi permettre aux patients de « se projeter dans un avenir où ils seraient soulagés de la souffrance et de l’anxiété» et ce faisant ouvrirait un espace de négociation avec les professionnels de santé qui « contribue à rendre moins pressante la volonté des patients de mourir ». Cette approche est source de confusion. En effet les expressions de « demande d’en finir », de vouloir mourir, constituent un enjeu humanitaire sensible.

Une hypothèse loin d’être étayée

Les auteurs apportent de sérieuses limites à cette approche dans la conclusion du dossier  en expliquant que  «  Des travaux à poursuivre pour mieux saisir l’articulation entre suicide et assistance à mourir La réalisation de cet état des lieux montre qu’il existe quantitativement peu de recherches et de données sur les liens entre suicide et AàM (Friesen, 2020 ; Serra, et al., 2022). Les relations entre les deux, s’il y en a, ne sont pas clairement identifiées, même si des travaux statistiques s’y sont penchés. » et l’hypothèse posée s’appuie sur des données «  parfois lacunaires, les méthodes et l’interprétation des résultats souvent discutables » , ce qui ne permet pas « d’appréhender entièrement les effets de la légalisation d’un dispositif de suicide assisté ou euthanasie sur le suicide. Et ils ajoutent que «  l’impact d’un changement législatif sur les mécanismes de prévention du suicide et les pratiques des soignants demeure une question centrale dans les débats en France ».

En France, les professionnels sont invités à considérer ce qui sous-tend ces demandes pour y répondre de la façon la plus humaine possible. Quand il existe une légalisation de la mort provoquée, il devient difficile de remettre en question la demande d’en finir si les conditions admises par la législation sont remplies. D’autant que dans tous les pays concernés ces conditions se sont étendues aux souffrances psychiques et à des personnes dont le pronostic vital n’est pas engagé.

 

Dans le cadre de la prévention du suicide, cette hypothèse est troublante dans un rapport qui rend hommage au Pr. Michel Debout, psychiatre et membre de l’Observatoire national du suicide, mort en décembre 2024 et qui déclarait en septembre 2023 : « Avec une loi qui autorise le suicide assisté, on prend le risque que certaines personnes en souffrance l’envisagent comme une issue. » 

trouble sur un dossier de l’observatoire national du suicide

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[CP] – Les Français favorables à une prévention de l’avortement

[CP] – Les Français favorables à une prévention de l’avortement

COMMUNIQUE DE PRESSE – 2 mars 2025

Les Français favorables à une prévention de l’avortement

 

Un an après l’inscription de la liberté d’avorter dans la Constitution, un sondage[1] réalisé par l’Ifop pour Alliance VITA montre que si l’avortement s’est progressivement institutionnalisé dans la société, les Français considèrent qu’il ne s’agit pas d’un acte banal et soutiennent massivement la mise en œuvre d’une politique de prévention.

Dans un contexte de normalisation englobant la constitutionalisation, l’allongement des délais et un discours médiatique très favorable, 46% des Français jugent toutefois le nombre d’IVG « préoccupant car avorter reste un acte que l’on préfèrerait éviter ».

Près de 9 Français sur 10 (88%) – 91% des Françaises – considèrent qu’un avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre pour les femmes. Ce fort pourcentage souligne que l’avortement n’est pas considéré comme un acte banal par une grande majorité, sachant que des vies sont en jeu.

Deux tiers (65%) des Français estiment que la société devrait davantage aider les femmes à éviter d’avoir recours à l’IVG.

Concernant le livret officiel remis aux femmes enceintes envisageant une IVG, 8 Français sur 10 (80 %) se déclarent favorables à ce qu’y soient intégrées des informations détaillées sur les aides destinées aux femmes enceintes et aux jeunes mères.

En cohérence avec leur opinion, une grande majorité (81%) est favorable au lancement d’une véritable prévention de l’avortement et soutient une étude publique sur les causes, les conditions et les conséquences de l’IVG.

Pour Alliance VITA qui accompagne depuis plus de 25 ans des femmes et des couples confrontés à des grossesses inattendues, ce sondage vient confirmer un double impératif : mener une véritable politique de prévention et regarder en face la réalité de l’avortement en France. La prévention est la priorité de toutes les politiques de santé. L’IVG ne doit pas faire exception. C’est une question de justice sociale.

Le recours à l’IVG ne devrait jamais s’imposer aux femmes comme une fatalité. Il est au contraire indispensable de mettre en œuvre une politique centrée sur une information complète et équilibrée ainsi qu’un soutien aux femmes confrontées à une grossesse imprévue.

Protéger les femmes de toutes pressions et leur offrir des alternatives à l’IVG sont plus que jamais une urgence sociale.

[1] Sondage Ifop, Les Français et l’Interruption volontaire de grossesse, (IVG), Janvier 2025

 

Contact presse  :  contactpresse@alliancevita.org

Dossier de presse.

les français favorables à une prévention de l’avortement

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Le Dernier Souffle : un hommage aux soins palliatifs empreint d’ambiguïté

Le Dernier Souffle : un hommage aux soins palliatifs empreint d’ambiguïté

Le Dernier Souffle : un hommage aux soins palliatifs empreint d’ambiguïté

 
 
Avec Le Dernier Souffle, Costa-Gavras signe un beau film qui a le mérite de faire découvrir au néophyte une part de la réalité des soins palliatifs, mais qui défend aussi, non sans idéologie, l’administration de la mort comme « ultime soin », dans certains cas.
 
 
Le 20e long-métrage de Costa-Gavras s’inspire librement du livre du même nom écrit par Régis Debray avec le docteur Claude Grange. Ce médecin généraliste de campagne a créé et dirigé l’unité de soins palliatifs (USP) de Houdan dans les Yvelines pendant 25 ans, aujourd’hui fermée faute de remplaçant.
Si le réalisateur a travaillé en lien avec Debray et Grange, c’est lui qui a écrit le scénario de son film. Les histoires de patients sont quasiment toutes issues de l’expérience du docteur Grange au sein de son USP, mais à la différence du documentaire Vivants, réalisé par Victor Grange (fils du médecin), Le Dernier Souffle est bel et bien une fiction.

S’inquiéter au sujet de la mort, un trait universel

 
Le fil rouge du film, qui nous permet d’entrer au côté de l’écrivain dans sa rencontre avec le médecin, est une inquiétude médicale (une tache « endormie », mais qui pourrait se « réveiller »). De cette rencontre, de l’intérêt du médecin pour les livres de ce patient et de la curiosité de l’écrivain, qui nourrit aussi ses propres questionnements sur la finitude, naît une amitié que l’on voit se déployer principalement au sein de l’unité de soins palliatifs.
 
Des « histoires » singulières
Très vite, le docteur invite l’auteur à le suivre, lui prête une blouse blanche et tous deux entrent dans les chambres des patients. C’est ainsi une galerie de portraits très humains que l’on découvre : des patients entourés de leurs familles, des patients seuls face au diagnostic, des familles déchirées…
 
La posture de l’écrivain, comme un double de chacun de nous
Les angoisses et les peurs exprimées par les patients en fin de vie trouvent en l’écrivain un interlocuteur particulièrement attentif, d’autant plus qu’il est directement concerné par un potentiel diagnostic. Le spectateur entend comme lui certains mots résonner particulièrement fort, ainsi lorsqu’un soignant évoque telle maladie « foudroyante ». Cet homme qui découvre un monde entièrement nouveau pour lui fait office de guide pour ceux qui n’ont jamais eu accès à l’intérieur d’un service de soins palliatifs.
 
 

Une plongée au cœur des soins palliatifs à travers une émouvante galerie de portraits

 
La philosophie des soins palliatifs
Nous découvrons un lieu où l’on vient pour être soulagé de ses douleurs, mais aussi un lieu où chaque patient peut réclamer le médecin-chef pour une simple conversation et non seulement pour la mise en place d’un traitement. Les familles des patients occupent une très grande place dans ce service qui associe techniques de pointe et écoute bienveillante.
L’équipe médicale, constituée de vrais soignants et non d’acteurs, donne un bon aperçu de la coopération pluridisciplinaire, notamment lors d’une séance d’analyse des différents cas (le « staff »). On y voit chacun participer selon son rôle et surtout parler de personnes et non de maladies ; évoquer des changements minimes qui ont amélioré le confort de tel ou tel patient ; parler aussi bien des souffrances physiques que psychiques.
 
Le rapport à la vérité
La question de la vérité traverse tout le film, elle est une interrogation majeure de l’écrivain : « Faut-il dire la vérité à ses patients ? Dites-vous la vérité, vous, docteur ? » Le médecin lui répond qu’il avait du mal au début de sa carrière, mais qu’il essaye depuis longtemps de ne pas dire de mensonges ; toutefois il assume de ne pas toujours dire toute la vérité. Il s’adapte avant tout aux personnes qu’il a en face de lui et à ce qu’elles sont prêtes à entendre.
Nous faisons la connaissance de cet homme qui ne veut pas dire la vérité à sa femme sur sa situation très critique : « Ça la tuerait ». Elle pense encore traitements miracles, espoirs de guérison, quand il ne reste en fait plus que quelques jours à vivre à son mari. Lorsque l’épouse accepte de voir la réalité en face, grâce au médecin, elle finit par suivre son conseil et permet à son mari de « partir quand il veut ». Il meurt le lendemain, après avoir revu toute sa famille et son chien adoré.
 
 
Traitements et soins
L’arrêt des traitements ou dispositifs devenus inutiles voire néfastes pour le patient n’est pas toujours bien compris. Ainsi nous plongeons dans les incompréhensions entre patient, proches et soignants en découvrant cette famille qui n’accepte pas l’arrêt de la transfusion d’un homme en fin de vie. Les médecins eux-mêmes ont parfois des avis différents sur la question : certains préfèrent se plier aux désirs de la famille pour ne pas les effrayer.
Mais les soins palliatifs, c’est loin d’être seulement une accumulation de thérapeutiques. En arrivant un jour à l’hôpital pour son habituelle visite, l’écrivain a la surprise de tomber sur une impressionnante parade de motos dans la cour : les amis d’un passionné de Harley-Davidson sont venus lui rendre un dernier hommage, et lui apporter une dernière joie.
 
 

Deux scènes ambiguës et un réalisateur qui font la promotion de l’euthanasie et du suicide assisté

 
Deux scènes troublantes, au début et à la fin du film
Au début du film, Augustin Masset attribue sa découverte et son intérêt pour les soins palliatifs à une scène fondatrice qu’il a vécue au début de sa carrière, alors qu’il visitait (sans être son médecin) une femme en fin de vie épuisée par sa situation. Cette femme très malade accuse ses médecins, « tous croyants, qui ne veulent pas toucher à la vie », d’alterner entre la nourrir et la bourrer de cocktails lytiques qui l’assomment. Elle implore le docteur Masset de bien vouloir, comme ami, « faire ce qu’il faut », sous-entendu se débrouiller pour l’euthanasier. « Ne me laissez pas revenir », lui dit-elle. On ne sait pas précisément comment, mais il l’a fait.
 
A la fin du film, une femme de la communauté gitane, en toute fin de vie, dit au médecin qu’elle veut partir « quand elle choisit, quand elle décide » et surtout « pas ici, mais chez elle, dans sa caravane ». Le médecin donne alors deux seringues à une proche de la patiente âgée avec des consignes (bleu pour apaiser et rouge pour « endormir »). « Quand elle est prête, qu’elle est entourée des siens, quand elle veut, vous augmentez la dose. Et elle s’endormira sans rien sentir. » Qu’est-ce qui se passe ici ? Cela ressemble à une euthanasie, mais le mot « dormir » et le produit a priori non létal sèment le doute : le médecin propose-t-il à la patiente une sédation, celle qui est « profonde et continue maintenue jusqu’au décès » et prévue par la loi Claeys-Leonetti ?
 
Une rupture du réalisme regrettable
Ces deux scènes sont d’autant plus troublantes que toutes les histoires du film sont censées être issues de l’expérience médicale du docteur Grange. Or, son engagement en soins palliatifs vient en réalité d’un drame familial tout autre. Et le réalisateur Costa-Gavras explique lors d’une projection du film avoir cherché une « famille nombreuse » pour clore son film avec un chœur, à la manière d’une tragédie grecque ; d’où l’idée des gitans, qui entourent l’aïeule de leurs chants et leurs danses, dans un effet indéniablement réussi. Mais alors, où s’arrête la réalité, où commence la fiction ? Car faire une euthanasie clandestine n’est pas anodin et donner au patient les produits pour une sédation profonde et continue jusqu’au décès sans protocole et sans accompagnement n’est pas possible. L’introduction de ces deux scènes de pure fiction – que le réalisateur était tout à fait libre de filmer – est nuisible dans un film par ailleurs notable par le réalisme de sa représentation des soins palliatifs.
 
La position de Claude Grange et celle de Costa-Gavras sur le sujet de la fin de vie
Lors d’une projection du film en présence de Claude Grange et de Costa-Gavras, ce dernier a parlé de « vraie aide à mourir » en évoquant l’histoire de la gitane, sans cacher sa position personnelle : le nonagénaire est en effet favorable à un modèle de suicide assisté à la suisse. Claude Grange a quant à lui reprécisé ce qu’était la sédation profonde, ainsi que sa position : « La main qui soigne ne peut et ne doit pas être la main qui tue. » Mais si certains veulent vraiment mourir, selon lui, il faudrait le leur permettre dans un lieu distinct de tout établissement de santé. Il a toutefois rappelé qu’en 25 ans d’unité de soins palliatifs et 4 000 personnes accompagnées jusqu’à la fin de leur vie, il n’en a rencontré que 3 qui ont pratiqué un suicide assisté à l’étranger…
 
 
 
Si Le Dernier Souffle offre au spectateur une plongée dans le monde des soins palliatifs au travers d’histoires à la fois singulières et représentatives de nombre des questions qui se posent en fin de vie, il est regrettable d’y trouver une confusion entre la sédation profonde et continue et l’euthanasie ou suicide assisté, alimentée par des sous-entendus et une atmosphère onirique. Un effet poétique qui n’est pas sans troubler le spectateur, car comme le rappelle justement Claude Grange lors d’une interview, « faire dormir, ce n’est pas faire mourir ». Bien nommer les choses, surtout en fin de vie, apparaît comme essentiel.
le dernier souffle : un hommage aux soins palliatifs empreint d'ambiguïté

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