Lutte contre l’isolement : les idées solidaires restent d’actualité

Lutte contre l’isolement : les idées solidaires restent d’actualité

Lutte contre l’isolement : les idées solidaires restent d’actualité

La lutte contre l’isolement et les idées solidaires restent plus que jamais d’actualité. C’est l’enseignement de plusieurs publications récentes sur le sujet.  

Isolement, solitude, de quoi parle-t-on ?

Isolement, solitude, esseulement, ces mots sont parfois utilisés de façon interchangeable, alors qu’ils recouvrent parfois des réalités différentes. En effet, la solitude a un double sens. Elle peut être recherchée ou subie, et ses conséquences sont très différentes. Comme le rappelle la définition de ce mot dans l’encyclopédie en ligne Wikipédia :

« La solitude est très différente selon qu’elle soit choisie ou subie. Un individu peut temporairement choisir intentionnellement la solitude, pour s’éloigner de problèmes interpersonnels, ou pour avoir le temps de développer une activité créative, intellectuelle, spirituelle. La solitude est alors une situation appréciée et voulue. En revanche, la situation subie de solitude chronique et intense est très douloureuse. De nombreuses études montrent que l’isolement social est associé à des risques accrus de problèmes de santé physique et mentale (dépression, suicide) et corrélé à une mortalité et un risque de maladie de longue durée accru.»

Ainsi, le fait d’être seul peut avoir des connotations positives ou négatives en fonction des personnes et de leurs situations. Le sentiment d’être seul et coupé des autres peut aussi être ressenti dans une foule, ou par des personnes qui ont des relations de famille, de travail.

Dans les enquêtes sociologiques ou statistiques qui cherchent des mesures plus objectives, on se concentrera plus souvent sur l’isolement « phénomène mesurable, renvoyant à une situation concrète ». Les mesures porteront sur le nombre de contacts avec autrui à travers différents cercles d’interactions : famille, voisinage, travail, associations, religion, partis politiques etc.

Des études récentes pointent un fort sentiment de solitude

L’enquête annuelle du Credoc pour la Fondation de France estime que 12% de la population âgée de plus de 18 ans est en situation d’isolement relationnel. Cet indicateur mesure les personnes n’ayant parlé qu’à quatre interlocuteurs ou moins (hors ménage) au cours d’une semaine. Cet indicateur se situait à 9% en 2010. Il a bien sûr connu un pic à 24% pendant les périodes de confinement liées à la crise sanitaire de la Covid 19. Le sentiment de solitude est beaucoup plus fort. L’étude constate qu’un quart (24 %) de la population interrogée se sent régulièrement seule. Ce sentiment est plus fort encore chez les jeunes générations : 27 % pour les moins de 25 ans et 35 % pour les 25-39 ans.

L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié en 2024 un « portrait social » de la France sur des données collectées en 2022. Dans cette étude, l’Insee estime que 33 % des personnes déclarent s’être senties parfois, la plupart du temps ou tout le temps, seules. Elles étaient 27% en 2018. Par ailleurs, le sentiment de solitude n’est pas directement en lien avec l’âge :  30 % des 16-24 ans déclarent s’être sentis seuls. Le niveau de vie est en revanche un marqueur. Selon l’Insee, « plus le niveau de vie est élevé, plus le sentiment de solitude diminue : 42 % des personnes appartenant aux 20 % des ménages les plus modestes se sont senties seules en 2022, contre 24 % des personnes appartenant aux 20 % des ménages les plus aisés ».

Dans sa récente publication sur le sujet de l’isolement des plus de 60 ans, l’association les Petits Frères des Pauvres propose de nombreux chiffres et analyses. Le baromètre évalue à 2.5 millions les personnes âgées se sentant seules très régulièrement. Dans leur vie quotidienne, 30% des personnes âgées n’ont personne à qui parler de choses personnelles ou intimes. 36% n’ont personne avec qui aller se promener. En 2017, ce chiffre était à 27%. Le rapport déplore également le manque de volonté politique par rapport à une loi Grand Age. Ils qualifient la loi « Société du bien vieillir » votée en 2024 de peu ambitieuse. Une loi Grand Age, promise et repoussée sans cesse, se fait toujours attendre. Demain n’est toujours pas préparé à l’échelle de la société. Ce constat rejoint la revendication d’Alliance VITA de faire de l’accompagnement des personnes âgées une vraie priorité.

Une société qui fabrique plus d’isolement ?

Dans une interview au Figaro à l’occasion de la journée mondiale des solitudes en janvier dernier, le journaliste Vincent Cocquebert, auteur de « Uniques au monde » rappelait que :

« Le tissu social des individus a eu tendance à se réduire ces dernières années. Ainsi, entre 1990 et 2020, le pourcentage d’amis des individus a été globalement divisé par deux. Cela vaut pour les États-Unis et la France… Ce repli sur soi est un mouvement à la fois domestique, social, psychologique et spatial. Aujourd’hui, on peut domicilier presque l’ensemble de nos existences, que ce soit les loisirs (dont le temps de consommation a explosé depuis les années 70), le travail et désormais les relations, à travers le simulacre des réseaux sociaux ».

Un rapport récent de la Fondation Jean Jaurès a proposé son analyse de cette montée de l’isolement. Intitulé « le capitalisme de la solitude à l’assaut des liens humains », il pointe les liens entre isolement et écran : « Toutes les activités qui pouvaient être faites en communauté ou supposaient de sortir dehors, au contact du monde, ont soit stagné soit diminué en durée. Dans le même temps, l’essentiel du temps libre gagné a été entièrement reconverti dans l’usage des écrans ». Pour l’auteur du rapport, « les écrans sont cause de solitude ». Le rapport cite une étude néerlandaise

« démontrant que l’usage des réseaux sociaux conduit à une intensification du sentiment de solitude : qu’il s’agisse d’un usage passif (scroll, observation silencieuse, sans publication ni interaction) ou actif (mise en ligne de contenus ou réactions à ceux des autres), les deux pratiques se traduisent par une augmentation progressive de la solitude ressentie. Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il fonctionne en boucle : plus les individus se sentent seuls, plus ils recourent aux réseaux, et plus ce recours alimente à nouveau leur solitude ».

Les idées solidaires, plus que jamais d’actualité

L’isolement et le sentiment de solitude ont un impact important sur la santé mentale. Un sondage Ifop pour l’association Astrée montre que « près de la moitié des personnes isolées ont consommé des antidépresseurs (46%) ou des anxiolytiques (46%), contre respectivement 27% et 28% pour l’ensemble de la population. Plus alarmant encore, 65% des personnes chroniquement seules ont envisagé de mettre fin à leurs jours, soit plus du double de la moyenne nationale (32%) ».

Ce phénomène d’isolement est mondial. L’OMS a publié une note en ce sens en 2025 :

« Partout sur la planète, une menace invisible vient accroître le risque de contracter des maladies, réduire l’espérance de vie et effilocher le tissu de nos sociétés. Le délitement du lien social – lorsqu’une personne n’a pas suffisamment de contacts sociaux, qu’elle ne se sent pas soutenue dans les relations qu’elle entretient, ou que ses relations sont négatives ou tendues – représente un danger de plus en plus grave, et pourtant souvent négligé, pour la santé et le bien-être ».

Les causes de cette « pandémie de l’isolement » sont nombreuses et complexes. Au niveau personnel, cependant, des idées simples et faciles à mettre en place existent déjà, sans attendre des réponses politiques qui tardent. Alliance VITA propose depuis plusieurs années un guide des 10 idées solidaires pour les personnes confrontées au Grand âge, à la dépendance ou la fin de vie, à portée de chaque main.

La lutte contre l’isolement doit être une priorité des pouvoirs publics. Retisser des liens sociaux est une priorité pour lutter contre l’isolement. A l’opposé de cet objectif, l’euthanasie et le suicide assisté sont des gestes de rupture avec la famille, les cercles amicaux et sociaux. Leur légalisation serait un signal d’isolement supplémentaire pour les personnes vulnérables.

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Regarder la réalité de l’avortement autrement

Regarder la réalité de l’avortement autrement

Regarder la réalité de l’avortement autrement

En 2024, 251 270 avortements ont été recensés en France, selon la Drees. Depuis 2018 – à l’exception des années Covid – le nombre d’IVG augmente, dans l’indifférence des pouvoirs publics qui ont renoncé de longue date à mener une véritable politique de prévention, alors qu’il s’agit d’un acte irréversible qui met des vies en jeu.

Episode 1 – Avortement : de l’exception à la normalisation

50 ans après la loi dépénalisant le recours à l’avortement présenté comme une mesure exceptionnelle en cas de détresse, la France affiche un nombre record d’IVG, 251 270 en 2024 et un taux d’avortement parmi les plus élevés en Europe.

Les statistiques montrent que le nombre d’avortements augmente régulièrement. Selon l’Ined, un tiers des Françaises (33%) auraient recours à l’IVG au moins une fois au cours de leur vie.

I- La contraception ou l’illusion d’un contrôle total sur la fécondité ?

La contraception, présentée comme un outil préventif afin d’éviter les grossesses non prévues ou « non désirées », montre de sérieuses limites.

Aujourd’hui, en France, l’accès à la contraception n’a jamais été aussi facilité. Depuis le 1er janvier 2022, toutes les femmes âgées de moins de 25 ans peuvent bénéficier gratuitement de moyens contraceptifs. Pilule, implant, stérilet, préservatif, etc. : les options sont nombreuses, variées et largement disponibles. En 2023, 64,8% des femmes de 18 à 49 ans utilisent les méthodes de contraception suivantes :

  • Méthodes longue durée réversibles (DIU, implant) (32,1%)
  • Pilule (26,8%)
  • Autres méthodes hormonales courte durée (patch, anneau, injectable) (0,4 %)
  • Stérilisation (5,5 %)

Ce chiffre ne comprend pas la méthode du préservatif, qui dans cette étude est englobée dans les méthodes barrières ou naturelles (retrait, abstinence) représentant 26,1 % des femmes.

Pourtant, malgré la diffusion massive des méthodes médicalisées de contraception, le nombre d’avortements demeure élevé : ce phénomène est désigné comme le « paradoxe contraceptif ».

En 2023, selon une enquête de l’INSERM,  34,7 % des dernières grossesses survenues dans les cinq années précédentes seraient non souhaitées (selon la terminologie utilisée par l’enquête, « non souhaitée » signifie ici pas du tout, ou plus tard, ou ne se posait pas la question), et cette proportion atteint 51,8 % chez les 18‑29 ans (enquête publiée par l’INSERM en novembre 2024 sur la sexualité des Français).

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en 2009 relevait que 72 % des IVG étaient réalisées sur des femmes qui étaient sous contraception, et dans 42 % des cas, « cette contraception reposait sur une méthode médicale théoriquement très efficace », telle que la pilule ou le stérilet.

Ces chiffres soulignent que la généralisation de la contraception n’a pas contribué à réduire le recours à l’avortement.

La question des échecs de contraception est un angle mort des prises de parole et des débats autour de l’avortement et de sa prévention. Elle est trop souvent passée sous silence, ou considérée comme une fatalité inévitable dans la vie des femmes, à laquelle l’avortement viendrait simplement répondre.

« Une sexualité épanouissante implique que la contraception et l’avortement, avec leurs contraintes et leurs risques, soient considérés comme des composants de la liberté à disposer de son corps et d’avoir ou non des enfants » (Rapport du Haut Conseil à l’égalité Femmes – Hommes sur l’IVG – 2013)

Aucun moyen de contraception n’est efficace à 100 %, comme le rappelle la page dédiée du site de la CPAM (mise à jour du 23 février 2025). Tous les contraceptifs peuvent connaître des échecs, qu’il s’agisse du stérilet, du patch, de la pilule (pas que les oublis), de l’implant, de l’anneau vaginal ou encore du préservatif.

En réalité, comme le conclut une étude de l’Inspection générale des affaires sociale (IGAS) en 2010 : « La maitrise totale de la fertilité est illusoire »

Cependant les discours sur la contraception entretiennent l’illusion d’une maîtrise totale de la fécondité. Pourtant, les échecs de contraception sont bien une réalité. L’efficacité d’un moyen de contraception est mesurée en fonction du risque qu’une grossesse « non désirée » survienne malgré son utilisation. On observe des écarts importants entre l’efficacité théorique (qui n’atteint jamais 100 % pour aucun contraceptif) et l’efficacité pratique, définie comme son utilisation dans la vie courante. Ces écarts concernent particulièrement la pilule (oublis, interactions médicamenteuses, maladies) et le préservatif (rupture, mise en place incorrecte…) qui sont les contraceptifs les plus utilisés – même si on observe une désaffection régulière de la pilule au profit du stérilet et des méthodes naturelles depuis quelques années. Les échecs de contraception concernent aussi les femmes qui sont sous stérilet ou implant ou Patch…

La revue Population et société, dans son analyse « La loi Neuwirth 40 ans après, une révolution inachevée ? » (novembre 2007), souligne que « La propension à recourir à l’avortement en cas de grossesse non prévue semble s’être accentuée à mesure que la maîtrise de la fécondité s’améliorait. » Les auteurs constatent que « Pendant que la norme de l’enfant programmé s’affirmait, l’échec face à la planification est devenu de plus en plus difficilement acceptable. »

L’IVG s’inscrit alors comme l’ultime réponse face à une grossesse « non désirée ». Mais est-ce que cela devrait être une fatalité ?

L’expression « grossesse non désirée » est ambiguë. Ce vocabulaire ne traduit pas l’ambivalence et l’évolution du désir, comme si le désir était quelque chose de très clair. Tout un champ de prévention de l’avortement par l’accompagnement, le soutien et l’écoute quand la grossesse a démarré est déserté par les pouvoirs publics.

II- Un recours facilité à l’IVG

Au fil des années, l’exception accordée à l’IVG s’est transformée en droit à l’avortement revendiqué « sans contrainte ».

Progressivement, le « droit à l’avortement » a été revendiqué comme un élément central d’égalité entre les sexes, avec comme conséquence la facilitation de son accès par les pouvoirs publics.

Entre 1975 et 2022, la loi a été modifiée 9 fois, avec la volonté systématique de faciliter le recours à l’IVG en supprimant tous les dispositifs présentant des alternatives.

Le délai légal de l’IVG a été prolongé, passant de 10 à 12 semaines en 2001, puis s’étendant encore à 14 semaines en 2022. Dans un communiqué, l’Académie nationale de médecine s’est opposée à l’allongement du délai légal d’accès à l’IVG de 12 à 14 semaines en ces termes : « En portant ce délai à 14 semaines, on augmente le recours à des manœuvres chirurgicales qui peuvent être dangereuses pour les femmes et à une dilatation du col plus importante susceptible de provoquer des complications à long terme comme un accouchement prématuré. » Pour l’académie, « cet allongement entraînera inéluctablement une augmentation significative des complications à court ou à long terme ».                       

Le délai de réflexion de deux jours, auparavant nécessaire pour confirmer une demande d’avortement après un entretien psychosocial, a été supprimé. Pour Caroline Roux, coordinatrice des services d’écoute d’Alliance VITA : « Obliger les femmes à s’enfermer dans une décision précipitée, c’est méconnaître ce qu’elles vivent lors de grossesses imprévues ». L’autorisation parentale pour les mineures a été levée, tout comme la présentation des aides et des droits dans un guide remis aux patientes. Par ailleurs, la notion de « détresse » a été retirée de la loi.

Parallèlement à ces assouplissements juridiques, les modalités pratiques d’accès à l’IVG ont également évolué. L’IVG médicamenteuse peut désormais être réalisée à domicile, en téléconsultation, jusqu’à sept semaines de grossesse. Quant à l’IVG chirurgicale, elle n’est plus réservée aux seuls médecins : les sage-femmes sont désormais autorisées à la pratiquer, élargissant ainsi l’accès à l’IVG. D’après les données de la Drees, l’offre de soignants pour pratiquer l’IVG a augmenté de 35 % entre 2020 où on comptait 2 356 praticiens et 2023 où ils sont désormais 3 170 à réaliser des IVG. 85 % (693) de cette hausse vient des sage-femmes.

79% des IVG sont pratiquées par voie médicamenteuse. Présentée aux femmes comme une procédure rapide et sans intervention chirurgicale, cette méthode peut donner le sentiment que l’acte est moins lourd. Depuis 2007, les femmes peuvent, en pratique, réaliser l’IVG chez elles. La procédure peut désormais se faire rapidement, parfois sans contact direct avec un médecin, comme le permet la téléconsultation instaurée en 2022. Mais cette possibilité s’accompagne d’une grande solitude et d’un manque d’accompagnement (suivi d’un médecin, écoute d’un psychologue, soutien émotionnel), alors que l’épreuve reste intense, tant sur le plan physique que psychologique, humain et émotionnel. La rapidité imposée par la méthode ajoute une pression supplémentaire. Réalisable uniquement jusqu’à la septième semaine de grossesse, l’IVG médicamenteuse laisse peu de temps à la réflexion entre la découverte de la grossesse et l’intervention. Cette contrainte temporelle peut donner l’impression d’être enfermée dans une décision sans pouvoir considérer toutes les options ; rendant l’acte à la fois immédiat et irréversible.

En mars 2024, l’inscription de la liberté d’avorter dans la Constitution a marqué une étape supplémentaire et symbolique vers l’institutionnalisation d’un acte qui met la vie humaine en jeu… Dans ce contexte, quelle place reste-t-il pour une politique de prévention ? Pourtant, la prévention est une part importante de toute politique sanitaire.

Pour autant, près de 9 Français sur 10 (88%) – 91 % des Françaises – considèrent qu’un avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre pour les femmes. Pour eux, l’avortement n’est pas un acte banal. Alors que l’avortement devient de plus en plus courant dans la vie des femmes, il reste un événement qui les marque profondément. Il semblerait nécessaire de mieux comprendre les raisons qui poussent les femmes à avorter, ainsi que les pressions auxquelles elles sont confrontées.

 

Episode 2 – Avortement : de quelle liberté parle-t-on ?

En mars 2024, la liberté de recourir à l’avortement est devenue constitutionnelle. Mais quelle est la réalité de cette liberté désormais inscrite dans la constitution ? Cette question se pose d’autant plus qu’il s’agit d’un acte irréversible qui met des vies en jeu.

Derrière la liberté affichée quelles sont les facteurs qui jouent un rôle dans la décision de recourir à l’IVG ?

I- De nouvelles « normes procréatives »

Ces cinquante dernières années, le rapport à la sexualité, à la procréation et à l’enfantement a profondément évolué. Le contrôle de la fertilité par la contraception est organisé et vécu comme une norme sociale et sanitaire, soutenue par les Etats et les organismes internationaux à laquelle les Français se sont progressivement conformés.

Des « normes procréatives » et familiales se sont progressivement imposées. La norme procréative est définie par les chercheurs de l’INED comme un ensemble de critères de « bonnes » conditions sociales pour avoir un enfant :

  • l’âge : ni trop jeune, ni trop âgé,
  • le statut social : avoir terminé ses études, avoir un emploi, disposer d’un logement,
  • le statut conjugal : vivre en couple, un couple pas nécessairement marié mais stable, cohabitant, où les deux partenaires souhaitent devenir parents et se sentent prêts. 

Si on ne peut les considérer comme mauvaises en soi, elles peuvent peser, à partir du moment où elles deviennent des injonctions se traduisant par des pressions insidieuses vers l’IVG.

Par exemple une jeune femme de 25 ans en couple depuis cinq ans, ayant un emploi stable s’inquiétait d’être enceinte alors qu’elle ne croisait que des femmes enceintes plus âgées. Elle se confiait ainsi à Alliance VITA : « Je ne me vois pas la seule de mes copines à avoir un bébé. »

L’âge à la maternité augmente de manière continue depuis le milieu des années 1970. Selon la Drees, en 2023, les femmes ont leur premier enfant à 29,1 ans en moyenne, soit 5,1 ans plus tard qu’en 1974.

Ces critères sont confirmés par le baromètre Jeunesse&Confiance du think tank Vers le haut réalisé par l’institut de sondage OpinionWay en janvier 2025 : 86% des jeunes de 16-25 ans interrogés disaient souhaiter s’assurer d’un bon niveau de vie avant d’avoir le projet de fonder une famille. Et 58% d’entre eux estimaient essentiel d’être en couple. Par ailleurs, dans l’enquête publiée par l’INSERM en novembre 2024 sur la sexualité des Français, 12,6% des femmes de 18 à 49 ans interrogées sur leur dernière grossesse la souhaitaient plus tard (versus 9,3% en 2016). Ce chiffre monte à 28,8% chez les 18-29 ans (versus 16,5% en 2016). Enfin on constate que 85% des grossesses imprévues pendant les études se terminent par une IVG et que les 20-29 ans concentrent les plus forts taux d’IVG (28 ‰ parmi les 20- 24 ans et 29,7 ‰ parmi les 25-29 ans).

Ces normes sont également très présentes au sein des familles déjà constituées : elles concernent le nombre d’enfants ((un rapport de l’Ined de juillet-août 2025 montre que le nombre total d’enfants souhaités par les femmes de moins de 30 ans est passé de 2,5 à 1,9 enfant en vingt ans), l’espacement entre les naissances. Aujourd’hui pour être « accomplies » en tant que femme et en tant que mères, les femmes doivent se conformer à un certain nombre de critères :

  • Concilier vie professionnelle et vie familiale,
  • Planifier le bon moment pour la venue du bébé,
  • Être de « bonnes mères ».
II- Un contexte social empreint d’incertitudes

Ces normes procréatives s’accompagnent d’un profond sentiment de vulnérabilité sociale influençant la poursuite ou non d’une grossesse.

1- Un fort sentiment de vulnérabilité financière 

Interrogés en septembre 2025 à la suite de la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, les Français placent le pouvoir d’achat en tête de leurs priorités (pour 61% des sondés selon le sondage Toluna Harris Interactive). Selon le dernier baromètre Cofidis publié en septembre 2025, seuls 18 % des sondés estiment avoir un bon niveau de pouvoir d’achat. Malgré les efforts consentis, près de 4 Français sur 10 se retrouvent à découvert chaque mois, un phénomène particulièrement marqué chez les jeunes (52 %) et les foyers avec enfants (49 %).
Ces inquiétudes affectent significativement la capacité de se projeter et de s’engager dans l’avenir, de poursuivre une grossesse inattendue, d’accueillir un enfant imprévu…

En 2020, une première analyse sociodémographique de la Drees a montré que les taux de recours à l’IVG étaient plus importants parmi les femmes aux niveaux de vie les plus faibles. Ce ne sont pas forcément des femmes qui sont dans des situations de grande précarité mais pour certaines d’entre elles, la grossesse peut les faire basculer vers une fragilité financière, en particulier lorsque la grossesse conduit à une rupture du couple et que la femme se retrouve seule.
Par effet de miroir, l’Enquête Nationale Périnatale 2021 montre une augmentation significative des revenus aisés parmi les femmes qui ont accouché en 2021 : 52% avaient des revenus supérieurs à 3000 € contre 41% en 2016 et la part des femmes ayant des très faibles revenus (– inférieurs à 1000 €) est en nette diminution.

Aujourd’hui l’avortement peut s’avérer un marqueur d’inégalité sociale, source d’injustice.

2- Une vulnérabilité conjugale et affective 

1 million de couples se forment chaque année (source Drees) (1/4 mariage, ¼ Pacs, ½ Union Libre).  Environ 425 000 couples se séparent chaque année et 46% des mariages finissent par un divorce.
En 2017, une relation de couple durait en moyenne 10 ans. Désormais pour les millenials nés entre 1980 et 2000, elle dure à peine plus de 4 ans… (Source Insee). Le couple qui dure toute une vie n’est plus une évidence.

3- Une vulnérabilité renforcée par l’impression de vivre une époque difficile

La guerre aux portes de l’Europe et au Moyen Orient, les incertitudes économiques, les risques climatiques, l’avenir écologique, les risques sanitaires….  La peur de l’avenir conjuguée à un fort sentiment d’impuissance n’incite pas à mettre un enfant au monde. Cela peut même sembler déraisonnable en pareil contexte.

III- Des pressions exercées par différents acteurs vers l’avortement

Les pressions subies par les femmes quand se pose la question de poursuivre ou non une grossesse inattendue reste un angle mort de l’avortement…
La mise en avant d’un droit à l’avortement occulte tous les autres aspects de la réalité et on constate un impensé autour des pressions qu’elles peuvent subir.

1- L’influence des hommes 

Plus de la moitié des femmes qui s’adressent au service d’écoute d’Alliance VITA confient être confrontées à une opposition de l’homme à la poursuite de la grossesse.

En octobre 2023, dans ses mémoires, la chanteuse américaine Britney Spears révèle avoir subi un avortement plus de 20 ans plus tôt sous la pression de son compagnon de l’époque. Ce témoignage a été suivi de beaucoup d’autres, comme celui de Marie : « On dit souvent que si les femmes le souhaitent, elles ne sont pas obligées d’avorter, même si le géniteur du bébé ne tient pas à les soutenir. Mais dans les faits, la réalité est bien différente. »  A 28 ans, en couple depuis trois ans avec son conjoint, elle tombe enceinte malgré sa contraception. « Il a voulu prendre rendez-vous pour moi, moins de 10 minutes après l’annonce de ma grossesse, pour un avortement. Quand j’ai voulu en discuter avec lui, il m’a dit qu’il était hors de question pour lui de devenir père maintenant. Que je pouvais bien faire ce que je voulais du bébé, mais que lui ne serait pas présent dans sa vie. On s’est séparé le jour même. » « L’avortement était ma décision, mais dans une société où les femmes sont les égales des hommes, et où les mères ne sont pas toujours pénalisées, ma décision aurait été différente. »

Cette opposition masculine se manifeste par des réactions qui vont du silence à la violence physique en passant par la mise en avant d’arguments, le chantage et la menace de rupture, la rupture, la fuite, l’expulsion du domicile, le harcèlement, la violence verbale et les menaces de violences physiques…Or, on sait que pour 40% des 201 000 femmes concernées chaque année par les violences du conjoint, celles-ci ont débuté à la première grossesse.

Des études récentes montrent des liens entre les violences conjugales et les interruptions volontaires de grossesse à répétition. En France, le lien entre IVG et violences demeure cependant peu exploré : très peu de médecins posent systématiquement la question des violences aux femmes réalisant une IVG [Pelizzari Mélanie et al., « Interruptions volontaires de grossesse et violences : étude qualitative auprès de médecins généralistes d’Île-de-France », Cliniques méditerranéennes, 2013/2 n° 88, p. 69-78]. Parmi les professionnels de santé et les acteurs sociaux, peu sont formés à la détection des violences et des pressions et beaucoup considèrent délicat voire impossible de questionner une femme sur son libre arbitre au risque de se voir accuser de délit d’entrave…

Des femmes témoignent d’ailleurs de cette absence de questions lors de leur hospitalisation : « La femme qui est venue m’apporter le plateau à midi, elle voyait que je pleurais, mais vraiment, je n’ai jamais autant pleuré. Elle ne m’a pas dit, “Bah, qu’est-ce qui se passe ? Ça va ? Qu’est-ce qu’il y a ? “. Je me suis dit, demain, je vois une nana en train d’avorter qui pleure, je vais me demander “T’es venue contre ton gré ? Est-ce que t’étais consentante à venir ici ? Est-ce qu’on t’a forcée ? “ Là rien, dame j’ai eu aucun mot d’aucune infirmière, d’aucune… personne. » (Femme, 24 ans, zone rurale, a avorté à 22 ans, IVG instrumentale, verbatim extrait de l’enquête qualitative menées par l’IFOP auprès de 8 femmes âgées de 19 à 45 ans ayant eu recours à l’IVG).

2- La position de de l’entourage

Les parents des plus jeunes peuvent parfois user des mêmes modes de pressions que ceux observés chez les hommes.
Des jeunes femmes témoignent auprès d’Alliance VITA, avoir été rejetées par leur famille ou être en grande difficulté avec elle parce qu’elles sont enceintes…
« Ma mère m’a mise à la rue et j’ai jusqu’à samedi pour prendre toutes mes affaires. J’ai essayé en vain de contacter les services sociaux mais je n’ai pas eu de réponse. Svp si vous connaissez un endroit où je peux habiter dans des conditions décentes faites-moi signe svp »

3- La pression de professionnels de santé

Selon l’enquête Ifop pour le Planning familial de septembre 2024, 29% des femmes ayant eu recours à l’avortement disent avoir ressenti une certaine pression pour avorter lors de la rencontre avec le professionnel de santé.

Conclusion

Parce qu’il s’agit d’un acte irréversible qui met des vies en jeu, l’avortement ne devrait jamais s’imposer aux femmes comme une fatalité. Il est urgent de mettre en place une véritable politique de prévention d’ailleurs soutenue par les Français. Selon un sondage IFOP de 2025, deux tiers (65%) d’entre eux estiment que la société devrait davantage aider les femmes à éviter d’avoir recours à l’IVG et une grande majorité (81%) est favorable au lancement d’une véritable prévention de l’avortement et soutient une étude publique sur les causes, les conditions et les conséquences de l’IVG.

Protéger les femmes de toutes pressions et leur offrir des alternatives à l’IVG sont plus que jamais une urgence sociale.

 

Episode 3 – Avortement : un acte loin d’être anodin

Près de 50 ans après sa dépénalisation, l’avortement reste au cœur de débats profonds. Passé du statut d’« exception » à celui de pratique normalisée, il continue pourtant de laisser dans son sillage des blessures intimes et des interrogations collectives. Pourquoi, alors que le nombre d’IVG demeure élevé et que leur accès est facilité, cet acte reste-t-il douloureux pour de nombreuses femmes et pour la société tout entière ?

Lors de son discours à l’Assemblée nationale en 1975, Simone Veil insistait :

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. »

Un demi-siècle plus tard, ce constat garde une brûlante actualité. Selon le baromètre IFOP de janvier 2025, 88 % des Français – et 91 % des Françaises – estiment qu’un avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre, tandis que 65 % jugent que la société devrait davantage aider les femmes à éviter d’y recourir. Loin d’être un acte anodin, l’IVG apparaît ainsi, dans l’expérience vécue comme dans la conscience collective, comme un événement marquant, parfois traumatisant

I. Un acte loin d’être anodin pour les femmes

Les expériences d’avortement racontées par des femmes, dans des livres ou des médias, montrent une variété de situations. Certaines femmes parlent d’un soulagement, en raison de circonstances personnelles douloureuses ou précaires. Des femmes peuvent revendiquer l’aspect militant de l’acte. D’autres décrivent au contraire une souffrance immédiate ou différée, parfois réactivée des années plus tard, au détour d’une grossesse ou d’un événement marquant.

Les témoignages reçus par le service d’écoute d’Alliance VITA révèlent une diversité d’émotions :

  • « Je ne comprends pas pourquoi je ressens un mal-être, car c’est moi qui l’ai décidé. »
  • « On a beau dire que c’était un amas de cellules : pour moi, c’était mon bébé. »
  • « On ne m’avait pas dit que cela ferait si mal. J’ai perdu sur les deux tableaux : mon bébé et mon conjoint qui est finalement parti. »
  • « J’étais dans une impasse. Personne ne m’a soutenue. »

Ces récits traduisent une réalité souvent occultée : l’avortement n’efface pas la question du lien interrompu avec l’enfant à naître. Les douleurs liées à l’IVG se superposent souvent à celles d’une rupture amoureuse, d’un sentiment d’abandon ou d’isolement.

Il est donc urgent de libérer la parole des femmes et des hommes qui portent ces blessures. Trop de témoignages commencent par : « On ne m’avait pas dit… ». Ce manque d’information et de soutien contribue à un non-dit qui peut être dévastateur.

Et les hommes ne sont pas épargnés. Certains expriment une douleur silencieuse :

« Ne me parlez pas d’avortement, moi j’ai deux enfants à la poubelle. »

D’autres, ayant incité leur compagne à avorter, avouent porter une culpabilité durable, qui rejaillit sur leur capacité à s’engager dans l’avenir.

 

II- La réalité invisibilisée d’une IVG

Au-delà de l’expérience personnelle, la société a tendance à occulter la réalité de ce qui est en jeu : les débuts de la vie d’un être humain.

Le regard scientifique

Cachée en début de grossesse et visible au fil des mois, la vie est bien présente dès la fécondation. Dès ce moment, toute la puissance de l’être humain est inscrite dans la première cellule unique appelée zygote issue de la fécondation. Le Pr Emmanuel Sapin, un des pionniers français de la chirurgie fœtale, décrit les caractéristiques essentielles de l’embryon qui sont :

  • un individu à part entière et non un organe de la mère ;
  • un organisme vivant et non un amas cellulaire ;
  • le même être, malgré ses changements morphologiques, tout au long d’un développement continu.

De la fécondation à la mort, chaque être humain s’inscrit dans un continuum de vie. L’embryon est donc, par nature,un être humain distinct et interdépendant, inscrit dans une relation intime avec sa mère.

Le regard juridique

Le statut de l’embryon reste marqué par une ambiguïté profonde. Tantôt reconnu comme un être humain digne de respect – « la loi garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie » (article 16 du Code civil) –, tantôt réduit à un objet de recherche, son statut fluctue au gré des décisions législatives et jurisprudentielles.

Selon les interprétations du Conseil constitutionnel de la loi de 1975 relative à l’avortement, le législateur a tenté d’instaurer un équilibre fragile entre la « liberté » de la femme et la protection de la vie en gestation. Depuis, l’évolution législative a progressivement renforcé la première au détriment de la seconde.

Ainsi, dans son commentaire d’une décision de 2014 portant sur la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, le Conseil constitutionnel précise que le « respect de tout être humain dès le commencement de sa vie » est un principe législatif, mais que ce principe n’a pas de valeur constitutionnelle, à la différence de la liberté de la femme que le Conseil constitutionnel fait découler de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. En conséquence, la liberté de la femme prime sur le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie.

Comme l’explique le constitutionnaliste Bertrand Mathieu dans une interview à La Croix en juin 2022 , «on est toujours resté dans l’idée qu’il fallait prendre en compte la vie du fœtus», mais dans les faits, la logique a basculé vers une primauté de la liberté individuelle.

Une considération subjective et paradoxale de l’enfant à naître

Si la grossesse est programmée, « désirée » et investie, tout est fait pour la conduire à terme ou l’accompagner le mieux possible, y compris en cas de fausse couche, ou arrêt spontané de grossesse.  Dans le cas contraire, l’avortement est une option : «La société qui met en avant le modèle de l’enfant du désir est objectivement la société du refus de l’enfant » constatait le philosophe Marcel Gauchet.

Une loi adoptée en 2023 a mis en place plusieurs mesures pour soutenir les femmes après une fausse couche. Elle s’ajoute à d’autres dispositions législatives plus anciennes comme la possibilité (ouverte en 2008) d’inhumer les fœtus mort-nés avant 22 semaines de grossesse et de les inscrire à l’état-civil à la demande de parents qui avaient vécu douloureusement des fausse-couches tardives. Ainsi, la reconnaissance de la douleur des femmes qui y sont confrontées contraste avec l’effacement juridique de l’embryon dans le cas d’une IVG.

Conclusion : regarder en face une réalité occultée

La revendication d’un « droit à l’avortement » empêche de regarder la réalité des vies humaines qui sont en jeu lors d’un avortement ; au point que la conscience collective évacue la gravité de l’atteinte à la vie humaine. Elle entrave aussi la possibilité pour les femmes de parler de ce qu’elles vivent et des conséquences qui affectent parfois profondément et durablement leur vie. Beaucoup de femmes souffrent en silence et dans l’indifférence. Les souffrances exprimées, qu’elles soient visibles ou silencieuses, rappellent l’importance de ne pas banaliser ce geste.

Pour aller plus loin, vous pouvez revoir notre webinaire : Avortement : Angles mort et prévention.

 

Suicide assisté en Grande-Bretagne : les Lords exigent une commission spéciale

Suicide assisté en Grande-Bretagne : les Lords exigent une commission spéciale

En Grande Bretagne, après un vote ultra serré de la proposition de loi sur le suicide assisté par la Chambre des communes en juin dernier, la Chambre des Lords s’est saisie du texte le 19 septembre 2025 et en a retardé l’examen en demandant un contrôle d’experts.

Une commission spéciale sur le suicide assisté

C’est grâce à l’intervention de la Baroness Luciana Berger (travailliste) opposée à la loi que ce revirement a été accordé à contre cœur par son collègue travailliste Lord Charlie Falconer, rapporteur de la loi à la Chambre des Lords. Il a été convenu de créer une commission spéciale d’experts, en charge d’un examen plus approfondi des nombreux problèmes posés par ce texte et de son impact sur les personnes vulnérables.

Cela concerne notamment le financement du suicide assisté, son impact potentiel sur le système de santé et le droit, ainsi que sur le rôle des juges et des différents professionnels de santé. La commission recueillera les avis des ministres de la Santé, Wes Streeting, et de la Justice, David Lammy, ainsi que des représentants des facultés de médecine, dont le Collège royal des psychiatres.

Quel est le contenu du texte ?

Le texte voté par les députés légaliserait le suicide assisté c’est-à-dire que le patient devrait s’administrer lui-même le produit létal. Pour être éligible, la personne devrait être atteinte d’une maladie incurable et avoir un pronostic vital engagé à 6 mois. Parmi les autres critères, la personne doit :

  • Avoir la capacité mentale de demander un suicide assisté et être réputé avoir exprimé un souhait clair, établi et éclairé, libre de toute coercition ou pression ; une peine de prison de 14 jours est prévue pour toute personne qui contraindrait quelqu’un à déclarer qu’il veut mettre fin à ses jours.
  • Faire deux déclarations écrites distinctes, signées et attestées, concernant le souhait de mourir.
  • Observer un délai de 14 jours entre l’approbation de la demande et l’exécution du suicide assisté.

Une clause de conscience s’appliquerait à tous les professionnels de santé y compris les pharmaciens.

Un texte qui a fait l’objet de tensions à la Chambre des communes

De fortes tensions ont éclaté lors de l’examen à la Chambre des communes après le vote d’un amendement concernant l’évaluation des critères d’accès au suicide assisté. Originellement, la décision devait être confiée à un juge après avis de deux médecins indépendants. Dans le texte transmis à la Chambre des Lords, l’intervention d’un juge a disparu au profit de la désignation d’un comité composé d’un travailleur social, d’une personnalité juridique de haut rang (comme un ancien juge) et d’un psychiatre. Le manque de soins palliatifs (dont le développement devrait être la priorité) ainsi que le critère du pronostic vital engagé à six mois (difficile à objectiver) ont été également critiqués.

Les groupes de défense des personnes handicapées sont fortement mobilisées alertant sur les risques que fait peser cette législation sur les personnes vulnérables. Parmi les personnalités qui se sont exprimées publiquement, J.K. Rowling, à l’origine du phénomène Harry Potter, a expliqué son revirement sur cette question. Elle explique qu’elle a pris conscience des pressions qui pourraient s’exercer sur les personnes malades ou vulnérables grâce à son mari médecin.

La commission spéciale devra se prononcer d’ici le 7 novembre. Les travaux devraient ensuite se poursuivre par l’examen du texte par les Lords. Pour aboutir le texte doit être approuvé dans les mêmes termes par les deux chambres avec des possibilités de navettes « ping pong ». Et être adopté durant la session parlementaire qui se termine au printemps 2026.

grande-bretagne  les lords exigent une commission spéciale sur le suicide assisté

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[CP] – Record d’IVG en 2024 :  urgence de la prévention

[CP] – Record d’IVG en 2024 : urgence de la prévention

Record d’IVG en 2024 :  urgence de la prévention 

En 2024, 251 270 avortements ont été recensés en France, selon la Drees, soit 7 647 de plus qu’en 2023. Depuis 2018 – à l’exception des années Covid – le nombre d’IVG augmente, dans l’indifférence des pouvoirs publics qui ont renoncé de longue date à mener une véritable politique de prévention, alors qu’il s’agit d’un acte irréversible qui met des vies en jeu.

La Drees relève également une progression régulière du ratio avortements/naissances (0,38) conséquence de la baisse des naissances conjuguée à la hausse des IVG. Dans le contexte économique instable et de montée de la vulnérabilité sociale, le soutien et l’accompagnement des grossesses, qu’elles soient programmées ou non, sont une urgence. La baisse du nombre de naissances, désormais plus faibles que le nombre des décès en 2025, devrait inciter à rééquilibrer la politique familiale, parent-pauvre des politiques publiques.

Une étude a révélé en 2020 que ce sont les femmes aux revenus les plus faibles qui ont davantage recours à l’avortement que les femmes aisées. Aujourd’hui l’avortement est devenu un marqueur d’inégalité sociale.

La part des IVG médicamenteuses atteint 80% dont 40% sont réalisées à domicile, hors établissement de santé, preuve que l’accès n’a jamais été aussi facilité. Loin d’être un acte anodin, l’avortement reste une épreuve qui marque profondément les femmes : 91 % des Françaises estiment qu’il laisse des traces psychologiques difficiles à vivre, selon un sondage Ifop pour Alliance VITA en Janvier 2025.

C’est pourquoi Alliance VITA appelle à regarder autrement la réalité de l’avortement. Derrière ces chiffres, il ne s’agit pas seulement d’une statistique sanitaire, mais d’une réalité humaine et sociale qui mérite d’être analysée avec lucidité. L’avortement était présenté en 1975 comme une mesure exceptionnelle, qui restait, selon le mot de Simone Veil, un drame.

L’institutionnalisation de son recours a fini par masquer les pressions, économiques, sociales ou affectives, que beaucoup de femmes subissent. 50 ans après la loi dépénalisant le geste de l’avortement, le sujet de sa prévention reste plus que jamais d’actualité.

 « Parce qu’il s’agit d’un acte irréversible qui met des vies en jeu, l’avortement ne devrait jamais s’imposer aux femmes comme une fatalité », souligne Caroline Roux, directrice générale adjointe d’Alliance VITA.

Pour que l’avortement ne soit pas une fatalité, il est urgent de développer une véritable politique de prévention et de proposer aux femmes un accompagnement digne. Cette demande est soutenue par l’opinion publique : 81 % des Français déclarent souhaiter une telle politique.

record d’ivg en 2024 :  urgence de la prévention

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Vieillissement et autonomie : comment préparer demain ?

Vieillissement et autonomie : comment préparer demain ?

Comment concilier vieillissement et autonomie de la personne et comment préparer l’accueil des personnes âgées demain ? Cette question gagne en urgence avec le vieillissement attendu de la population. Et pourtant les réponses au niveau politique restent incertaines. La loi du 8 avril 2024 prévoyait d’ici fin 2024, puis tous les 5 ans, « une loi de programmation pluriannuelle pour le grand âge ». Alliance VITA fait partie des acteurs qui la réclament depuis des années. A ce jour, aucune loi n’a été votée.
L’Institut Santé, un organisme privé de recherche créé en 2018 par l’économiste Frédéric Bizard, vient de publier un rapport sur le sujet de la « refondation de la prise en charge de la perte d’autonomie des personnes âgées ». Ce rapport veut faire « le pari de l’autonomie sur la dépendance », en préconisant -après bien d’autres acteurs- un « virage domiciliaire ». En clair, favoriser le plus longtemps possible le maintien à domicile des personnes âgées et en perte d’autonomie. Selon le rapport, c’est une question de dignité de la personne humaine.
Le rapport détaille de nombreux chiffres, des scénarios et des propositions pour étayer sa thèse. Sur ce sujet, le niveau de technicité des débats est rapidement élevé, ne permettant pas à tout un chacun de se faire facilement une opinion. Nous n’abordons ici que quelques aspects de la question.

Vieillissement de la population, quelles tendances prévisibles ?

Les chiffres sont largement diffusés. La France fait face à une accélération du vieillissement de sa population dans les prochaines décennies. Symboliquement, l’année 2025 sera peut-être charnière, avec plus de décès que de naissances. Il faut utiliser les prévisions avec prudence, mais les scénarios proposés par l’INSEE sont une base solide. Entre 2020 et 2050, les personnes âgées de plus de 60 ans passeront de 17 à 24 millions, et celles de plus de 75 ans de 6.4 à 12.1 millions, donc quasiment deux fois plus. Comme la population va probablement peu augmenter – par exemple il y avait 16 millions de moins de 20 ans en 2020 et ils devraient être 16.4 millions en 2050 – c’est bien le visage de la société qui changera. Les plus de 60 ans représenteront 1 Français sur 3 contre 1 sur 4 actuellement.
Par ailleurs, à partir de 2030, la société française sera confrontée à une accélération du risque de perte d’autonomie avec l’entrée dans le quatrième âge des générations nées entre 1945 et 1960. Il y aurait presque 1 million de personnes dites dépendantes en plus d’ici 2050. Une prise en charge inadaptée des personnes âgées aurait un effet vicieux cumulatif : une moins bonne prise en charge par des aides et des soins adaptés entraîne un risque de plus grande dépendance.
Le rapport estime qu’au-delà du « mur de 2030 », « tout effort de réforme sera vain tant les besoins seront exponentiels », plaçant ainsi les pouvoirs publics face à un compte à rebours.
Face à ces besoins en croissance prévisible, il existe aujourd’hui environ 760,000 places d’accueil dans des Etablissements médico-sociaux. Il faut y ajouter presque 130,000 « places » de services de soins infirmiers à domicile pour personnes âgées. Ces simples chiffres illustrent le défi actuel et à venir pour répondre aux défis du vieillissement et de la dépendance.

Pour faire face au vieillissement, s’appuyer sur quelques points solides.

En effet, face à ce constat chiffré, un élément reste constant : la demande des Français de rester chez eux le plus longtemps possible. Ainsi, un sondage de l’IFOP publié en 2022 établissait que 85% des Français souhaitaient vieillir à domicile. La même année, un sondage Harris Interactive estimait que 94% des Français disaient tout faire pour finir leur vie chez eux et ils étaient 92% à penser que « rester le plus longtemps possible à domicile » leur permettrait de vivre une « vieillesse satisfaisante ». Différentes révélations sur des maltraitances en Ehpad depuis cette date ont certainement alimenté la volonté des personnes âgées de se maintenir dans leur domicile.
Cette demande de « rester chez soi » mérite d’être nuancée par les souhaits des personnes âgées. Celles-ci souhaitent en effet rester chez elles dans des conditions jugées sécurisantes (pour elles et pour leur famille), avec un besoin de conserver une vie sociale, et la possibilité d’avoir recours à des offres de services en fonction de leurs besoins. Ceux-ci évoluent avec le temps et l’arrivée de certaines pathologies et la capacité à accomplir les gestes courants de la vie quotidienne.
Cette prise en compte des besoins réels et de leur évolution, au-delà du slogan « rester chez soi », peut d’ailleurs être le moteur du « virage domiciliaire » préconisé par le rapport.

Le plaidoyer du rapport pour le « virage domiciliaire » ?

Les auteurs soulignent un autre constat incontournable. Dans ce secteur de la prise en charge des personnes âgées et dépendantes, c’est l’offre qui dicte sa loi à la demande. Dit autrement, les personnes doivent s’adapter à ce qui est proposé, faute souvent de services plus adaptés. Il appartient donc aux pouvoirs publics de définir un nouveau cadre, avec les moyens adaptés, pour prendre un « virage domiciliaire » que les Français réclament.
Selon le rapport, ce virage est d’autant plus justifié qu’il est soutenu par l’analyse économique. Le choix de placement dans un accueil collectif type Ehpad serait avantageux pour les personnes très dépendantes, mais pas pour les autres. En suivant la classification utilisée par les pouvoirs publics pour évaluer le degré de dépendance ( les GIR, Groupe Iso-Ressources), le rapport produit une estimation d’économie : « Pour chaque millier de personnes de GIR 3 ou 4 prises en charge au domicile plutôt qu’en Ehpad, c’est plus de 100 M € d’économies en dépenses publiques en 2025, sans compter que ce seraient autant de personnes dépendantes qui eussent satisfait davantage leurs préférences individuelles ».
En allant au bout de ce raisonnement, les auteurs soulignent qu’il y aurait un coût supplémentaire de plusieurs milliards d’euros en dépenses publiques si l’Etat ne prenait pas le « virage du domiciliaire ». « La double peine s’applique à toute politique publique qui ne ferait pas rapidement la réforme systémique, …/… Le coût serait alors compris entre 0,5 % et 0,8% PIB (30 et 48 Mrds €) en 2050… »

Concrètement, ce virage passe par le développement d’un maillon intermédiaire d’habitats inclusifs, adapté aux personnes âgées. Ce serait le rôle de la loi selon le rapport : « Pour sortir du modèle actuel en bout de course des Ehpads, il faut inclure dans la loi l’obligation des établissements de se transformer dans un délai à définir (3 à 5 ans) soit comme une résidence services sénior ou un habitat inclusif qui recevra des personnes suffisamment autonomes (GIR 2-3), soit comme un établissement très spécialisé et médicalisé (GIR 1-2) ». Cette transformation n’est pas utopique. Selon un rapport du HCFEA (Haut Conseil de la Famille, de l’Enfance et de l’Age) datant de 2020,  » l’association des directeurs au service des personnes âgées considère que sur les 650 000 places existantes en Ehpad, 400 000 d’entre elles (62%) pourraient être transformées en domiciles regroupés… ».

A ce développement des services à domicile et des habitats partagés, devrait s’ajouter une politique de prévention face au risque de la dépendance. En 2021, la Cour des Comptes a estimé que « un an d’espérance de vie sans incapacité supplémentaire faisait économiser un montant d’environ 1,5 Mrds € à l’assurance maladie ». Pourtant, peu de Français semblent conscients de cet enjeu. Selon une enquête du Cercle Vulnérabilités et Sociétés (2025), « 72% des Français ne se sentent pas concernés par la perte d’autonomie, pour eux-mêmes ou leur(s) proche(s) » ; D’autre part,  » 72% des Français (et 80% chez les 50 ans et +) n’ont pas pris la moindre décision concernant par exemple la souscription à une assurance dédiée, la constitution d’une épargne ou la recherche de solutions de logement : 36% n’y ont jamais songé et 36% y ont pensé sans jamais se résoudre à agir, illustrant la difficulté à traduire l’inquiétude en décision concrète ». Il y a donc un grand écart entre les projections démographiques alarmantes, le souhait exprimé des Français de rester chez eux, et la prise de conscience individuelle de ce qu’il faut faire pour y parvenir. Cela pointe une difficulté de fond sur le sujet : aligner les intérêts et les efforts de l’ensemble des acteurs : pouvoirs publics, personnes âgées ou concernées par le sujet dans quelques années, acteurs de ce secteur d’économie.

Conjuguer solidarité et dignité de la personne.

L’urgence d’adapter la société au vieillissement va de pair avec un manque de préparation, au niveau collectif comme individuel.
Pour Alliance VITA, c’est toujours le moment d’agir en faveur des personnes âgées, chacun à son niveau : un temps d’écoute, une visite, une aide ponctuelle. C’est toujours le « moment de retisser des liens » selon une des propositions de notre campagne « changeons nos regards ». Cette campagne date de janvier 2022. Elle n’a pas pris une ride !

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Procès d’Ultime Liberté : un procès qui lève le voile sur un projet jusqu’au-boutiste

Procès d’Ultime Liberté : un procès qui lève le voile sur un projet jusqu’au-boutiste

Procès d’Ultime Liberté : un procès qui lève le voile sur un projet jusqu’au-boutiste

Lundi 15 septembre a débuté le procès de douze militants d’Ultime Liberté qui ont aidé des personnes, malades ou non, à se procurer un barbiturique dans de but de mettre fin à leurs jours. Par ce procès largement relayé dans les médias, l’association créée en 2009 espère faire entendre ses revendications sur le suicide assisté. Elles vont beaucoup plus loin que ce qui est prévu dans la proposition de loin sur la fin de vie qui pourrait être examinée prochainement au Sénat.

Un procès pour faire bouger la loi

Le principal avocat des prévenus, Me Arnaud Lévy-Soussan, ne s’en cache pas. Cette audience « est l’occasion de sensibiliser l’opinion publique aux problématiques de la fin de vie », selon des propos rapportés par le journal Ouest-France. La date du procès ne pouvait être mieux choisie puisque la proposition de loi qui prévoit d’instaurer une « aide à mourir » adoptée par l’Assemblée nationale en mai dernier pourrait être examinée par la chambre haute dès le mois d’octobre.

Les faits remontent au mois d’octobre 2019, lorsque la police judiciaire met la main sur une filière illégale d’importation d’un puissant barbiturique, le pentobarbital, entre le Mexique et la France. Une dose de deux grammes peut provoquer le décès d’un adulte. Au total, 145 personnes ont recouru à cette filière pour commander du pentobarbital. Une trentaine d’entre elles sont décédées. Pour l’essentiel, ces personnes sont issues d’un niveau social plutôt élevé et assez âgées puisque près de 80 % d’entre elles ont plus de 70 ans.

Âgés de 74 à 89 ans, les adhérents d’Ultime Liberté sont poursuivis pour avoir « accompagné » de façon active des personnes à se donner la mort, notamment en les renseignant sur la manière de se procurer le pentobarbital, voire en les aidant à passer commande sur leur ordinateur. Parmi eux, Claude Hury, la cofondatrice de l’association, se dit « très sereine » et « prête à payer le prix » : « toutes les actions que l’on me reproche, je les ai accomplies par empathie et au nom de la liberté de chacun de pouvoir disposer de son corps jusque dans sa mort, qui est un droit fondamental », selon des propos rapportés par le journal La Croix.

La première témoin auditionnée, Andrée Le Bras, 78 ans, assume ainsi totalement son implication pour aider sa cousine de 82 ans atteinte d’un cancer du pancréas à mettre fin à ses jours.

En amont de l’ouverture du procès, des membres de l’association ont manifesté devant le tribunal judiciaire de Paris. Monique Denis, épouse de l’un des prévenus, ne cachait pas ses attentes vis-à-vis du procès : « On est assez satisfaits qu’il y ait un procès pour pouvoir montrer (le sujet) à l’opinion publique, et peut-être aussi que l’opinion publique se manifeste en faveur d’un changement de la loi », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Les militants bénéficient du soutien de plusieurs personnalités qui doivent intervenir lors du procès, telles que l’essayiste François de Closets, l’ancienne directrice du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV) Véronique Fournier, le philosophe André Comte-Sponville et l’ancien député Jean-Louis Touraine.

Des revendications jusqu’au-boutistes

Si le débat sur le texte sur « l’aide à mourir » doit avoir lieu prochainement au Sénat, il ne faut pas croire que l’adoption de ce texte, qui prévoit d’encadrer l’accès au suicide assisté ou à l’euthanasie pour des personnes atteintes d’une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital, donnerait pleine satisfaction aux militants d’Ultime Liberté. En effet, leurs revendications vont beaucoup plus loin, assumant une vision ultra-individualiste fondée sur le droit de disposer sans contrainte de son corps du début à la fin de la vie.

Comme l’explique Claude Hury dans La Croix, l’association est née en 2009 d’une scission avec l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) : « Nous trouvions que l’ADMD n’allait pas assez loin dans le combat. Nous, nous défendons le droit au suicide assisté pour chacun, même si l’on n’a pas de maladie incurable, et nous prônons l’aide aux personnes qui souhaitent, librement, mettre fin à leurs jours. »

Les revendications de l’association sont présentées dans leur dossier de presse La fin de vie en France et dans le monde accessible librement sur leur site internet :

  • Le suicide doit être reconnu comme « une liberté du citoyen ».
  • Tout citoyen français majeur doit pouvoir accéder au suicide assisté, qu’il soit en fin de vie ou non.
  • L’arsenal juridique de prévention du suicide doit être intégralement révisé, notamment la loi de 1987 qui réprime la provocation au suicide.

L’association remet en question la dimension pathologique du suicide et s’oppose à une prise en charge psychiatrique pour des personnes se trouvant en situation de crise suicidaire.

D’ailleurs, si la plupart des personnes ayant recouru à la filière illégale d’importation de pentobarbital étaient âgées, ce n’était pas le cas de toutes. Ainsi, parmi les personnes décédées, on peut citer le cas de Lucas J., 25 ans, qui souffrait de dépression selon ses proches et a été retrouvé mort en 2018.

Il n’est pas surprenant que des personnalités comme André Comte-Sponville ou Jean-Louis Touraine prennent la parole lors de ce procès. André Comte-Sponville défend depuis longtemps un droit à « l’IVV, l’interruption volontaire de vie » et considère le « droit de mourir » comme un droit de l’homme. Dans une interview donnée en 2023 à France Inter, il plaidait pour un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie quel que soit l’âge, même pour des personnes qui ne sont pas en fin de vie, et l’invoquait particulièrement pour les personnes âgées, faisant part de son souhait d’en bénéficier avant d’entrer en EHPAD. De son côté, une vidéo de Jean-Louis Touraine publiée sur les réseaux sociaux en mai 2025 [1] révèle ses intentions réelles et la stratégie d’un élargissement progressif de la possibilité de recourir à l’euthanasie et au suicide assisté : « Il faut obtenir le plus possible et surtout, une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans et dire : « on veut étendre ça ». » Dans cette vidéo, il regrette notamment que la possibilité de recourir à l’euthanasie ou au suicide assisté ne soit pas ouverte aux mineurs, aux personnes atteintes de maladies psychiatriques ou de la maladie d’Alzheimer dans la proposition de loi.

Face à ceux qui souhaitent faire du procès d’Ultime Liberté une tribune pour faire avancer les débats sur l’instauration d’une « aide à mourir » ouvrant la possibilité du suicide assisté et de l’euthanasie, Alliance VITA souhaite alerter sur le projet réel de l’association Ultime Liberté qui remet en cause tout l’arsenal législatif français de la prévention du suicide. Alliance VITA rappelle que la prévention du suicide est par principe universelle et met en garde contre une légalisation du suicide assisté qui reviendrait à exclure certaines catégories de patients de la prévention du suicide.

[1]Lors d’une réunion publique organisée par l’association Le Choix, le 30 novembre 2024

 

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Euthanasie : une offensive médiatique en décalage avec les priorités des Français

Euthanasie : une offensive médiatique en décalage avec les priorités des Français

Euthanasie : une offensive médiatique en décalage avec les priorités des Français

Face à l’incertitude politique, les partisans de la légalisation de l’euthanasie mènent une offensive médiatique à rebours des priorités des Français.

La démission de François Bayrou suivie de la nomination de Sébastien Lecornu en tant que Premier ministre a provoqué une période d’incertitude politique qui pourrait bouleverser le calendrier législatif. Les propositions de loi sur la fin de vie adoptées en première lecture à l’Assemblée nationale le 27 mai dernier doivent en principe être discutées au Sénat à partir du 7 octobre. Leur examen en commission des affaires sociales doit même débuter le 24 septembre.

Des pressions pour le maintien du calendrier législatif

Dans l’attente de la formation d’un nouveau gouvernement, les voix favorables à l’aide à mourir se font entendre, répétant un exercice bien rôdé depuis un an et l’arrêt du processus législatif provoqué alors par la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. C’est ainsi que le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) pour qui « c’est une nouvelle désillusion » y va de tous ses arguments : de celui des patients soi-disant victimes pris en « otage des stratégies politiques qui fait qu’on discute de sujets depuis 40 ans, et qu’on n’arrive toujours pas à le voter », à celui du prétendu retard de la France par rapport à ses voisins européens (pour rappel dans 7 pays seulement sur les 27 de l’Union européenne, le suicide assisté et ou l’euthanasie sont possibles) en passant par l’allusion aux départs vers la Belgique « car nos soins palliatifs ne sont pas suffisants en quantité et en qualité ». La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet dont on connait l’engagement sur ce sujet, a, à son tour, déclaré qu’elle entendait que le calendrier prévu soit tenu. Elle a aussi précisé et indiqué qu’elle avait demandé au Premier ministre et au président du Sénat de ne pas le modifier ajoutant qu’elle ne supporterait pas un troisième report. Le député de Charente-Maritime et rapporteur général de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, Olivier Falorni, lui a emboité le pas en prévenant qu’« Il serait inadmissible qu’il y ait à nouveau un report. Ce serait scandaleux et rien ne le justifie aujourd’hui ».

Offensive sur les fronts judicaire et littéraire

Outre ces réactions opposées à un éventuel report du calendrier législatif, l’offensive en faveur de l’euthanasie a lieu autant devant la justice que dans les librairies.

Lundi 15 septembre, s’est ouvert le procès de 12 militants, 11 de l’association Ultime liberté et un de l’association Le Choix, poursuivis pour « complicité d’importation illicite de substances, plantes, préparations ou médicaments », « détention illicite de substances », « complicité d’acquisition illicite de substances », « complicité d’importation en contrebande de marchandises dangereuses pour la santé publique ». Ce procès, les prévenus veulent en faire une tribune dans le cadre du débat sur la fin de vie. Face à la position d’Ultime Liberté qui défend « le droit au suicide assisté pour chacun, même si l’on n’a pas de maladie incurable », Olivier Falorni plaide en faveur du prétendu « cadre » de sa proposition de loi. Selon lui, ces pratiques clandestines justifient d’autant plus la légalisation de l’euthanasie. En Belgique, la légalisation de l’euthanasie n’a pourtant pas supprimé les euthanasies clandestines : les études scientifiques estimant qu’environ 25 à 35% d’euthanasies y sont non déclarées.

La publication, le 10 septembre 2025, d’un livre présenté comme le témoignage d’un médecin réanimateur et en réalité plus proche du plaidoyer pro euthanasie vient alimenter cette séquence de promotion médiatique tous azimuts pour lever l’interdit de tuer. Le Dr Denis Peillon prétend même que la proposition de loi sur l’aide à mourir ne va pas assez loin. De quoi donner du crédit à ceux qui vantent l’équilibre et le cadre strict du texte porté par Olivier Falorni mais aussi à ceux qui craignent les prochaines étapes pour élargir la mort administrée.

L’urgence pour les Français : s’occuper du système de santé

Malgré l’absence de gouvernement et l’incertitude politique, les partisans de l’euthanasie prétendent que rien ne justifie de modifier la calendrier législatif. Ce faisant ils nient les urgences sociales et budgétaires que le prochain gouvernement devra affronter. D’ailleurs les Français ne s’y trompent pas puisque dans un sondage Toluna Harris Interactive réalisé à la suite de la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, les Français identifient trois sujets comme prioritaires pour le prochain gouvernement : le pouvoir d’achat, le système social (santé, retraite…) et la sécurité. La fin de vie n’arrive qu’en 15ème position : seules 8% des personnes interrogées considèrent que c’est une priorité. Etude après étude, les Français confirment qu’ils sont préoccupés par l’état du système de santé dont ils subissent les dysfonctionnements au quotidien. En novembre 2024 la campagne « J’attends des soins, pas l’euthanasie », d’Alliance VITA a recueilli des milliers témoignages qui montrent les difficultés croissantes d’accès aux soins et l’inquiétude qui en découle. Certains renoncent à se soigner, d’autres attendent des mois pour un rendez-vous. Ces fractures alimentent le sentiment d’abandon et minent la cohésion nationale. Répondre à l’urgence sanitaire, c’est aussi réparer le lien social. Dans ce contexte, créer un guichet d’accès au suicide assisté et à l’euthanasie est non seulement déraisonnable mais aussi et surtout injuste.

Les sénateurs vont être appelés à faire un choix de société. Soit entériner une loi qui instaurerait un droit à mourir, fragilisant les plus vulnérables, soit assumer la responsabilité politique de répondre aux attentes des Français : « besoin de soin, pas d’euthanasie ». Ils seraient bien avisés de s’appuyer sur le Conseil d’Etat qui dans une étude de 2018 considérait que « L’accès à des soins palliatifs de qualité constitue […] un préalable nécessaire à toute réflexion éthique aboutie sur la question de la fin de vie ». Refuser l’euthanasie, ce n’est pas nier la souffrance, mais s’engager à y répondre dignement, par des moyens humains, médicaux et solidaires.

 

euthanasie une offensive médiatique en décalage avec les priorités des français

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« Aide à mourir » : l’ONU demande à la France de revoir la proposition de loi

« Aide à mourir » : l’ONU demande à la France de revoir la proposition de loi

« Aide à mourir » : l’ONU demande à la France de revoir la proposition de loi

Dans le débat actuel sur le dispositif législatif de l’ « aide à mourir », le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU est de nouveau intervenu auprès de la France.

La semaine dernière, après la réponse de la France à une lettre adressée par ce Comité à la fin du mois de juin nous rappelions que le droit des personnes handicapées à une vie digne n’est pas compatible avec une légalisation de l’euthanasie. En effet, légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté, c’est admettre que des vies ne sont plus dignes d’être vécues. Que ce soit par un sentiment individuel, « ma vie ne vaut plus rien« , ou par le regard des autres, « ce n’est pas une vie« , un dispositif législatif d’euthanasie crée de fait une catégorie de personnes dont la vie a potentiellement moins de valeur que celle des autres. Admettre que la mort est une meilleure issue pour une catégorie de personnes, c’est déjà les dévaloriser.

L’ONU interpelle de nouveau la France sur la proposition de loi en cours

Dans un document qui fait suite à la réponse de la France, le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU réitère ses recommandations.

Une inquiétude ancienne : le taux élevé de suicide chez les personnes atteintes de troubles autistiques

Le Comité rappelle d’abord un point d’inquiétude soulevé depuis 2021. Il existe en France un taux élevé de suicide parmi les personnes souffrant de troubles autistiques ou de handicap « psychosocial ». Ce fait donne du poids à la question de la prévention du suicide. Il questionne aussi la capacité de mener à bien cette prévention tout en ouvrant une possibilité de « suicide assisté ». Certes la proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale écarte le motif de souffrance psychique si celle-ci n’est pas accompagnée d’une pathologie physique. Mais on sait que les partisans de l’euthanasie demandent déjà une extension. Et dans les pays qui l’ont légalisée, les malades psychiques ont accès à la mort administrée. Le Comité fait d’ailleurs le lien entre les conditions de vie concrètes des personnes et le risque de suicide. Il note avec inquiétude : « le manque d’options pour vivre de manière indépendante et dans la communauté, y compris le manque de logements accessibles et abordables, de soutien individualisé et d’accès égal aux services dans la communauté ».

Les inquiétudes des défenseurs des droits des personnes souffrant d’un handicap

Le Comité rapporte aussi les préoccupations des organisations de personnes handicapées, appuyées par des experts médicaux et juridiques :

  1. La mentalité eugéniste qui transparait dans la proposition de loi.
  2. Le caractère vague et manquant de rigueur dans la procédure prévue pour un suicide assisté.
  3. Le manque de soutien et d’informations pour les patients (soins palliatifs en particulier) et la banalisation du concept de suicide.

Le rapport maintient une lecture sévère contre la rédaction actuelle du projet. Ainsi, on peut lire que (traduction depuis la version anglaise disponible) :

Le projet de loi a une orientation eugénique claire reflétant un validisme profondément ancré dans l’État, et il découle d’un modèle médical où le handicap est perçu comme une « maladie sociale » dont le traitement ne peut mener qu’à l’éradication de la source de la maladie, c’est-à-dire des personnes en situation de handicap elles-mêmes. Il ne s’attaque pas aux manquements sociétaux et financiers qui déterminent l’expérience et la vulnérabilité des personnes en situation de handicap dans la société, tels que la pauvreté, le chômage, la discrimination et l’exclusion d’une société peu accueillante. Le processus législatif n’a pas assuré la consultation et la participation active des personnes en situation de handicap par l’intermédiaire de leurs organisations représentatives, manque d’évaluations d’impact et il y a eu une pression peu commune pour son approbation rapide. »

Suite à son analyse des réponses gouvernementales, le Comité maintient ses recommandations. Il préconise ainsi, avant de poursuivre la lecture parlementaire du texte, de vérifier son adéquation avec la Convention des droits des personnes handicapées signée par la France. Il demande également que le gouvernement et la branche législative (assemblée Nationale et Sénat) procèdent à un examen approfondi des lois et règlements pour se mettre en conformité avec la Convention. Il s’agit de « révoquer tous les modèles médicaux et capacitistes« , c’est-à-dire les modèles et mentalités qui réduisent les personnes atteintes de handicap à leurs conditions médicales ou aux invalidités dont ils souffrent.

Le Comité invite enfin le gouvernement à mettre fin aux discours officiels trompeurs laissant entendre que la Convention ou le Comité soutiendrait un « droit à mourir ». De son côté, Alliance VITA réaffirme avec force sa conviction : droits des personnes handicapées et légalisation du suicide assisté ne sont pas compatibles. Les dérives eugénistes dans l’histoire devraient alerter tous les défenseurs des droits humains.

 

 

"aide à mourir" : l'onu demande à la france de revoir la proposition de loi

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Audition d’Alliance VITA au Sénat sur la prétendue « aide à mourir »

Audition d’Alliance VITA au Sénat sur la prétendue « aide à mourir »

Audition d’Alliance VITA au Sénat sur la prétendue « aide à mourir »

Alliance VITA a été auditionnée le jeudi 4 septembre 2025 par les rapporteurs des propositions de loi relatives à la fin de vie, occasion d’expliciter son opposition ferme à la légalisation d’une « aide à mourir ».

Tugdual Derville, porte-parole et Caroline Roux, directrice générale adjointe ont contesté l’expression « aide à mourir » car il s’agit d’un leurre trompeur. Le conseil d’Etat lui-même a reconnu en 2024 que sous l’expression « aide à mourir », « le texte crée une procédure autorisant l’assistance au suicide et l’euthanasie ». Cela revient à lever l’interdit de tuer avec un vocabulaire édulcoré. Non seulement cette expression conduit à connoter positivement l’acte d’administrer la mort, comme si c’était un geste « altruiste » mais encore on utilise pour le désigner une formule qui pourrait définir les soins palliatifs.

Principaux points développés

Un système insécurisable

En réalité, il n’est pas possible de sécuriser un système qui ouvre la porte à la mort provoquée. Ainsi, le critère de « qualité de vie » qui remplace celui de pronostic vital engagé à moyen terme laisse penser que certaines vies ne vaudraient plus la peine d’être vécues. C’est extrêmement dangereux et discriminatoire. Le critère de « souffrances psychologiques insupportables selon la personne » (qui déciderait d’arrêter un traitement) est aussi incontestable qu’invérifiable. En écartant la situation de fin de vie, cela conduit potentiellement à faire entrer dans le champ éligible des centaines de milliers de personnes comme l’a analysé Alliance VITA, estimation qui rejoint celle de la Société d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP).

Ces dispositions sont d’autant plus inquiétantes que le contrôle de la procédure ne se ferait qu’a posteriori alors que les conséquences sont fatales et irréversibles : les critères seront vérifiés une fois la personne décédée. D’où la nécessité d’instituer a minima un contrôle a priori.

L’exclusion de certaines personnes de la prévention du suicide

Certaines personnes seraient ainsi discriminées, alors que ce sont celles qui sont les plus à protéger en raison de la gravité de leur maladie et de leur souffrance psychique. Comment peut-on exclure certaines catégories de patients de la prévention du suicide ? Il s’agit d’une grave entrave à l’universalité de sa prévention.

Le principe même de la prétendue « aide à mourir » fragilise les personnes vulnérables, en introduisant dans la culture la relativisation de la valeur de leur vie. L’expérience montre que partout où l’euthanasie ou le suicide assisté sont légalisés, ces pratiques sont réclamées pour des motifs « altruistes » liés au regard ou la pression des autres. Euthanasie et suicide assisté apparaissent contraires à la solidarité. Les témoignages reçus par les pays étrangers ayant légalisé ces pratiques montrent que les personnes intériorisent que leurs vies ne vaudraient pas d’être vécues. La crainte d’être un fardeau pour son entourage est invoquée régulièrement par les patients.

Le rôle des soignants dénaturés

Le rôle des soignants n’est pas de donner la mort. Le principe même de l’interdit de tuer, inscrit dans leur code de déontologie est fait pour les préserver – et préserver leurs patients – de cette tentation de toute-puissance. La clause de conscience prévue pour les professionnels de santé serait limitée aux seuls professionnels qui participent activement et ces derniers devraient informer leurs patients sur l’« aide à mourir » par suicide assisté ou euthanasie, ne pas tenter de les en dissuader, et les réorienter vers un autre médecin le cas échéant.

Contrairement aux autres pays qui ont légalisé ces pratiques, les pharmaciens ne bénéficieraient pas de la clause de conscience malgré la demande du Syndicat national des pharmaciens des établissements publics de santé (Synprefh). Quant aux institutions, elles en seraient également privées.

La décision réelle appartiendrait à un et un seul médecin. Elle ne serait pas véritablement collégiale. Cependant – et c’est tout le piège des mesures atténuatives – s’en remettre à une sorte de tribunal médical pour légitimer la mise à mort d’un patient, en diluant les responsabilités des décideurs, serait également critiquable. Une telle décision, qu’elle soit personnelle ou collective, demeure une injustice et un déni d’humanité.

Un délit d’entrave à sens unique

Une peine de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende sanctionneraient toute personne qui tenterait de dissuader une personne d’en finir notamment en « exerçant des pressions morales ou psychologiques ». Cette disposition viendrait percuter la politique publique de prévention du suicide. Cette rupture dans la solidarité entraverait indubitablement le travail de la psychiatrie, au moment où cette discipline traverse, plus encore que le reste du système de santé, de lourdes difficultés organisationnelles et budgétaires… Et alors que la santé mentale est la grande cause nationale 2025.

A contrario, aucun délit d’incitation au suicide assisté et à l’euthanasie par pression ou publicité n’est envisagé : deux poids, deux mesures qui mettent en danger les personnes les plus vulnérables.

Injustice flagrante, seules les associations dont l’objet comporte « la défense des droits des personnes à accéder à l’aide à mourir » pourraient se porter partie civile en cas d’allégation de délit d’entrave.

Des pressions insidieuses

Il n’y a pas seulement les pressions visibles et objectivables. L’existence d’une procédure étatique de suicide assisté et d’euthanasie est déjà une pression pour les personnes qui seraient déclarées « éligibles ».  Un « droit à mourir » suppose des conditions d’éligibilité qui établissent des hiérarchies entre les vies, certaines ayant de la valeur et bénéficiant de la prévention du suicide, d’autres n’en ayant plus et « bénéficiant » du suicide assisté ou de l’euthanasie.  Les revendications – notamment de bien-portants – pour le droit au suicide assisté et à l’euthanasie reflètent effectivement une mentalité eugéniste, l’idée que certaines vies sont sans valeur, indignes d’être vécues, inutiles voire coûteuses. Le mouvement validiste exprime une colère qui vient en écho d’une telle mentalité.

Besoin de soins, pas d’euthanasie

La formule de l’article 5 qui dispose que le médecin assure « si la personne le souhaite, qu’elle […] ait accès de manière effective » aux soins palliatifs relève du vœu pieux. Comment être crédible alors qu’en même temps est présenté un plan de développement des soins palliatifs sur 10 ans, qui plus est sous-dimensionné alors que la loi relative à l’ « aide à mourir » serait d’application immédiate.

Interrogés en septembre 2024 sur leurs attentes vis-à-vis du nouveau Premier ministre, les Français ont répondu d’abord le pouvoir d’achat et ensuite le système social comprenant la santé et les retraites. L’enjeu de la fin de vie arrive loin derrière en 15e position[1].

Recommandation

La réponse pertinente aux enjeux de la fin de vie est l’application de la loi de 1999 reconnaissant un droit d’accès aux traitements contre la douleur et aux soins palliatifs.

L’urgence est aujourd’hui de mettre en œuvre la loi de programmation du plan décennal de développement des soins palliatifs.

[1] Toluna Harris Interactive/LCI. Etude flash sur la nomination de Michel Barnier en tant que Premier ministre. 5 septembre 2024.

audition d’alliance vita au sénat sur la prétendue aide à mourir

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GPA : l’ONU demande l’abolition mondiale

GPA : l’ONU demande l’abolition mondiale

GPA : l’ONU demande l’abolition mondiale

Retour en trois épisodes sur le rapport accablant des Nations Unies

Épisode 1 – La GPA, un éclatement dangereux de la procréation

Un rapport des Nations Unies, présenté en septembre 2025 à New York par Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles, marque un tournant décisif dans le débat mondial sur la gestation pour autrui (GPA). Fruit de 120 contributions et d’auditions de près de 80 experts, ce rapport inédit conclut à la nécessité d’abolir la GPA sous toutes ses formes. Derrière la promesse d’une solution médicale, il met en lumière une réalité beaucoup plus sombre : exploitation des femmes, violation des droits des enfants, et un marché en pleine expansion.

Un phénomène en plein essor

Le recours à la maternité de substitution augmente partout dans le monde, avec un marché estimé à 14,95 milliards de dollars en 2023, et qui pourrait atteindre près de 100 milliards d’ici 2033. La majorité des contrats ont une dimension transfrontière : des couples ou individus de pays riches recourent à des mères porteuses dans des zones où la pratique est légalisée, souvent marquées par la pauvreté et les conflits.

Les femmes les plus vulnérables en première ligne

À l’échelle mondiale, la plupart des mères porteuses sont issues de milieux modestes et ont un statut social inférieur à celui des demandeurs. Les accords de GPA viennent tirer parti de ces inégalités criantes, accentuées par le paradigme de la mondialisation, qui prétend que tout est à vendre.

Dans la plupart des cas, elles n’ont pas accès à des recours judiciaires efficaces ou à des mécanismes de défense de leurs droits. Certaines femmes migrantes sont spécifiquement ciblées, d’autres envoyées à l’étranger pour contourner les législations locales.

Les besoins financiers sont l’une des principales raisons pour lesquelles des femmes et des filles décident de devenir mères porteuses.

Pour les donneuses d’ovocytes, nombre d’entre elles, en particulier des filles, sont insidieusement poussées à donner leurs ovules, le don constituant une première étape qui permet de tester leur tolérance aux procédures médicales avant de les faire passer à la gestation pour autrui. Les risques médicaux sont élevés : hyperstimulation ovarienne, ponctions chirurgicales, complications non prises en charge. Beaucoup témoignent d’un abandon médical total après le prélèvement.

Le mirage du consentement

Il est largement reconnu que le consentement ne peut à lui seul justifier des violations des droits humains, notamment celles liées à la traite des êtres humains, à la vente d’organes, à l’esclavage ou à la torture.

Un prétendu consentement ne suffit pas à rendre la « GPA éthique ». Lorsque certaines femmes ou filles ont le sentiment que ce serait pour elles la seule solution, ou lorsqu’elles n’ont pas connaissance de toutes les conséquences que peut avoir la GPA, de tous les risques que représente pour elles une grossesse ou plusieurs grossesses de plus, leur consentement n’est ni libre, ni éclairé.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe dans un avis sur la GPA rappelle que la promesse « d’une somme d’argent qui change la vie […] suffit à remettre en question la validité du consentement donné » par la mère porteuse.

Par ailleurs, mettre l’accent sur la notion de « choix » comme étant au cœur des accords de GPA dissuade les mères porteuses de reconnaître les torts qui leur sont faits, y compris en matière de santé, ou de demander de l’aide.

Des enfants exposés à de multiples risques

Les bébés nés de GPA présentent plus de risques de souffrances psychologiques et affectives, ainsi que plus de risques pour leur santé physiologique et mentale. Ils sont immédiatement séparés dès leur naissance de la femme qui les a portés puis confiés aux parents demandeurs – un procédé qui peut être lourd de conséquences sur le plan émotionnel et développemental. L’absence du lien après la naissance les expose à un risque accru de détresse psychologique. Or, quand un enfant voit ses processus d’attachements bouleversés, il court un risque plus élevé de développer des troubles mentaux. La séparation programmée est particulièrement problématique au vu de l’importance que l’établissement d’un lien avec la mère pendant la grossesse revêt pour le développement mental et émotionnel de l’enfant.

Les bébés naissent souvent plus prématurément, avec un poids de naissance plus bas, et les techniques de PMA et grossesses gémellaires fréquentes dans les cas de GPA sont associés à des risques accrus concernant leur santé. Ils sont également privés des bienfaits de l’allaitement maternel.

Les enfants nés par GPA peuvent se heurter à des problèmes d’identité à long terme, surtout lorsqu’ils ont été conçus au moyen de dons de gamètes. Pour beaucoup de personnes, connaître ses origines est important, pour des raisons psychologiques et émotionnelles, ainsi que pour des raisons liées aux antécédents médicaux familiaux. 

Au-delà de cette fragmentation de la procréation et de ces risques pour les enfants, la GPA s’accompagne d’un cortège de violences systémiques infligées aux femmes et aux filles.

Épisode 2 – La GPA, source de violence pour les femmes et les enfants

Un rapport des Nations Unies, présenté en septembre 2025 à New York par Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles, marque un tournant décisif dans le débat mondial sur la gestation pour autrui (GPA). Fruit de 120 contributions et d’auditions de près de 80 experts, ce rapport inédit conclut à la nécessité d’abolir la GPA sous toutes ses formes. Derrière la promesse d’une solution médicale, il met en lumière une réalité beaucoup plus sombre : exploitation des femmes, violation des droits des enfants, et un marché en pleine expansion.

Un contrat qui restreint les libertés fondamentales

Beaucoup de contrats stipulent que les mères porteuses doivent renoncer au droit de prendre leurs propres décisions médicales, à toute confidentialité. Certaines sont soumises à une restriction de leur liberté de circulation, d’autres à la surveillance constante par les parents d’intention, y compris sous forme d’une télésurveillance 24 heures sur 24.

Certains contrats ou pays sont particulièrement préoccupants. En Ukraine, notamment, car dans cette juridiction la mère porteuse renonce légalement à tous ses droits parentaux alors qu’elle est encore enceinte.

Les systèmes juridiques qui servent à protéger en priorité les droits et la parenté des parents demandeurs le font souvent au détriment direct de la mère porteuse, la privant de tout recours utile si elle venait à changer d’avis et souhaitait garder l’enfant.

Violences reproductives et médicales

Le contrat de certaines femmes stipule la possibilité d’implanter le plus grand nombre possible d’embryons pour augmenter les chances de naissances, ce qui implique parfois le recours à l’avortement sélectif ou à des grossesses multiples plus à risques.

Certaines mères porteuses en situation de pauvreté tombent enceintes de façon répétée sans avoir le temps de se remettre de l’accouchement précédent ou d’une fausse couche.

Des mères porteuses subissent des pressions pour avorter, y compris d’enfants en bonne santé, et y compris après le 1er trimestre de grossesse. Certaines subissent des menaces financières ou judiciaires.

Sur ce sujet, Alliance VITA est cité dans ce rapport pour sa contribution, qui précise que « Les déséquilibres de pouvoir entre mères porteuses et parents demandeurs ont de graves conséquences lorsque ces derniers imposent à la mère porteuse un avortement en cas de grossesse multiple ou de handicap du fœtus ».

Parfois, des sélections d’embryons in vitro sont réalisées pour éliminer les embryons d’un des deux sexes, fréquemment de sexe féminin. Ainsi, la GPA amplifie éventuellement des préjugés sexistes et genrés en raison de l’ajout de la possibilité de sélectionner l’enfant selon son sexe.

Les agences et les cliniques de fertilité sont souvent incitées à faire passer les intérêts des parents avant ceux de la mère porteuse. Certains professionnels de santé se rendent coupables d’actes assimilables à des violences obstétricales et reproductives, tels que des interventions médicales invasives inutiles ou pratiquées sous la contrainte. Au Cambodge, des informations font état de femmes qui seraient détenues et contraintes d’accoucher menottées.

Violences sexuelles et familiales

Certaines mères porteuses font également part de préoccupations liées à leur vie sexuelle pendant la grossesse, à des difficultés conjugales et à leur propre planification familiale.

Les mères porteuses ont parfois déjà d’autres enfants. De nombreuses agences l’exigent, même. Ainsi, une séparation de la mère avec l’enfant né dans le cadre d’une GPA crée de la confusion pour les enfants de celle-ci, qui voient leur mère enceinte, mais ne peuvent se préparer à avoir un frère ou une sœur.

Violences physiques et médicales

La GPA se traduit par un taux plus élevé de complications de santé maternelle chez les mères porteuses. Les grossesses de substitution sont plus à risque d’être extra-utérines, de déboucher sur des césariennes, du diabète gestationnel maternel, de l’hypertension artérielle, des prééclampsies ou des problèmes de placenta praevia.

Avant cela, les traitements administrés aux femmes afin de synchroniser leur cycle avec celui de la donneuse d’ovules avant l’implantation de l’embryon, sont considérés comme dangereux.

Violence économique

Les femmes les plus pauvres sont rarement en mesure de se défendre. Souvent, elles ne reçoivent qu’une fraction de la somme payée par les parents d’intention, la majeure partie de celle-ci étant versée à des intermédiaires. Certaines se voient refuser toute compensation ou sont privées d’assistance en cas de fausse couche ou de difficultés à respecter toutes les clauses de leur contrat. Il arrive que celles qui souffrent d’infertilité soient contraintes à payer elles-mêmes des traitements. Des mères porteuses peuvent devenir dépendantes des paiements, contraintes parfois à vendre également leurs ovules entre deux grossesses.

Une forme moderne d’esclavage et de traite

Les accords de gestation pour autrui peuvent être assimilés ou comparés à de l’esclavage, car ils placent les mères porteuses dans une situation où l’un ou l’ensemble des attributs du droit de propriété sont exercés sur elles.

Le rapport conclut que la GPA est une forme d’esclavage et de traite des personnes, à chaque étape du processus, y compris vers d’autres pays, et précise bien que, même lorsqu’il y a des réglementations en place, cela n’efface pas ce risque et ne réduit pas les préjudices. Il recommande que « les États et les autres parties prenantes s’emploient, au niveau international, à prendre des mesures en vue d’éradiquer la maternité de substitution sous toutes ses formes ».

En Géorgie, au moins 100 femmes auraient été enfermées et forcées de donner leurs ovules après avoir subi une stimulation ovarienne artificielle. En Argentine, des femmes pauvres auraient été recrutées sur les médias sociaux pour devenir mères porteuses dans des conditions qualifiées d’« état de servitude » par des représentants du ministère public ont. En Ukraine, il a été rapporté que des femmes seraient contraintes de vivre dans de petits appartements surpeuplés, sans accès à l’eau chaude, et assujetties à de sévères restrictions de leur liberté de circulation.

Même dans les pays où la maternité de substitution est encadrée, comme la Grèce, les risques persistent.

La gestation pour autrui à caractère commercial, qui représente l’écrasante majorité des GPA dans le monde, revient à de la vente d’enfants, ce qui constitue un crime.

Contrairement au processus d’adoption, dans lequel l’évaluation des capacités parentales des futurs parents est reconnue comme une mesure indispensable de protection de l’enfance, la gestation pour autrui ne requiert pratiquement aucune vérification des antécédents des parents demandeurs: ceux-ci doivent avant tout démontrer leur capacité à réunir de grosses sommes d’argent pour payer la procédure. Cette situation présente des risques particuliers pour les enfants nés de GPA, notamment le risque d’exploitation sexuelle des filles (selon certaines informations, des délinquants sexuels auraient commandé des enfants à des mères porteuses), le risque d’être victimes de traite, et le risque d’abandon, surtout lorsque l’enfant naît avec un handicap.

Face à cette accumulation de violences, la conclusion du rapport est sans ambiguïté : la GPA doit être abolie. Envisager son « encadrement » par la loi n’est pas une option viable.

Épisode 3 – Abolir La GPA, : la forte recommandation de l’ONU

Un rapport des Nations Unies, présenté en septembre 2025 à New York par Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles, marque un tournant décisif dans le débat mondial sur la gestation pour autrui (GPA). Fruit de 120 contributions et d’auditions de près de 80 experts, ce rapport inédit conclut à la nécessité d’abolir la GPA sous toutes ses formes. Derrière la promesse d’une solution médicale, il met en lumière une réalité beaucoup plus sombre : exploitation des femmes, violation des droits des enfants, et un marché en pleine expansion.

Des cadres juridiques contrastés

Trois modèles coexistent :

  • l’interdiction explicite (comme en France), avec toutefois des zones de contournement ;

Dans des pays où l’interdiction est explicite, on constate toutefois des activités de promotion de la GPA et des services apparentés (tels que le don d’ovules) continuent d’avoir lieu en toute impunité.

Dans les faits, les mécanismes chargés de réprimer les infractions et d’assurer un contrôle en ce qui concerne la gestation pour autrui sont faibles ou inexistants.

A noter la particularité de l’Italie qui a adopté en 2024 une loi qui érige la maternité de substitution en « crime universel » et expose les italiens ayant eu recours à la GPA à l’étranger à des poursuites.

  • l’autorisation, (totale ou limitée à la GPA dite « altruiste »)

Est appelée « GPA altruiste » les cas où la mère porteuse ne recevrait aucune compensation officielle, en dehors du remboursement de frais. Néanmoins, la distinction entre cette pratique et celle dite « commerciale » est floue, et les remboursements effectués sont parfois si élevés qu’en réalité cela revient à en faire une rémunération commerciale. L’Australie autorise ces « GPA dites altruistes ». La Géorgie, Israël et l’Ukraine, autorisent la gestation pour autrui de nature commerciale, la Russie aussi sauf pour des étrangers.

Il est intéressant de constater que dans les endroits où la gestation pour autrui est autorisée, la principale différence entre la vente illégale d’un enfant et une GPA légale est le moment auquel les droits parentaux sont transférés.

  • la non-réglementation, laissant place à des zones grises.

De nombreux pays sont dans ce cadre-là.

Normes internationales applicables en matière de droits humains

Aucune disposition des traités internationaux relatifs aux droits humains n’aborde de manière explicite et complète la question de la maternité de substitution, car la plupart d’entre eux ont été rédigés avant que cette pratique ne devienne un sujet de préoccupation répandu.

La Conférence de La Haye de droit international privé travaille depuis des années sur la gestation pour autrui – une pratique qui reste interdite dans de nombreux pays – avec un objectif grave : élaborer des accords internationaux pour en « encadrer » les conséquences, notamment en matière de filiation. Le texte final du projet de convention n’a pas encore été publié

La Déclaration universelle des droits de l’homme a consacré le principe de dignité humaine. il a été rappelé dans divers textes, comme dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes en 1979. Au titre de l’article 6, les États sont tenus de prendre toutes les mesures appropriées pour supprimer le trafic des femmes sous toutes ses formes.

Le Parlement européen, dans sa résolution sur les droits humains, condamne la pratique de la gestation pour autrui, considérant qu’elle va à l’encontre « de la dignité humaine de la femme », précisément parce que « le corps et les fonctions reproductives [de celle-ci] sont utilisés comme des marchandises » et exploitées « à des fins financières ou pour d’autres gains », ce qui est particulièrement dangereux pour les « femmes vulnérables dans les pays en développement ».

La Convention relative aux droits de l’enfant interdit explicitement la vente d’enfants. Le Protocole facultatif connexe définit la vente d’enfants comme tout acte ou toute transaction en vertu desquels un enfant est remis contre rémunération ou tout autre avantage.

La Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne 182 et la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine (Convention d’Oviedo) du Conseil de l’Europe 183 interdisent de faire du corps humain et de ses parties une source de profit.

Dans le Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement, la sélection prénatale en fonction du sexe du fœtus, qui apparaît dans certains contrats de GPA, est considérée comme une forme de discrimination à l’égard des femmes.

La Convention internationale des droits de l’enfant pose « le droit pour tout enfant, dès sa naissance, à un nom, une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux ». (Article 7). Les mots « dans la mesure du possible » impliquent que ce droit doit être la règle, à laquelle il est fait exception uniquement dans les situations où le recours à d’autres solutions est motivé par l’intérêt supérieur de l’enfant 192. Ce droit ne saurait cependant être refusé a priori.

Les recommandations de l’ONU

Même lorsqu’il y a des réglementations en place, elles n’effacent pas les risques et ne réduisent pas les préjudices.

Ce rapport de l’ONU devra être suivi d’effets. Les états doivent prendre la mesure des enjeux et agir en responsabilité. Non, on ne marchande pas les corps. Non, on ne chosifie pas les enfants. Non, la « GPA éthique » ou « altruiste » n’existe pas.

La Rapporteuse formule 19 recommandations pour les Etats et autres parties prenantes, parmi lesquelles :

  • Travailler à l’adoption d’un instrument international juridiquement contraignant qui interdise toutes les formes de maternité de substitution.
  • Adopter un cadre juridique et politique qui inclut : la pénalisation des acheteurs, des cliniques et des agences, la mise en place de stratégies de sortie visant à aider les mères porteuses et à aider les agences et intermédiaires à quitter cette activité ; la conduite de campagnes de sensibilisation sur les dommages inhérents à cette pratique et sur son caractère illégal, l’interdiction de la publicité pour la GPA.
  • Le renforcement des efforts de coopération internationale visant à détecter, à prévenir et à prendre en charge les cas de violation des droits humains associés à la GPA.
  • La mise en place des mécanismes de justice efficaces, dont des dispositifs de réparation et d’indemnisation pour les femmes et les enfants victimes de préjudices liés à des accords de gestation pour autrui.
  • Adopter des lois qui reconnaissent la mère gestationnelle d’un enfant né d’une GPA comme mère légale, en n’autorisant le transfert des droits parentaux qu’après la naissance et dans une période définie qui permette un délai de réflexion.
  • Exiger que le transfert des droits parentaux de la mère gestationnelle ne puisse se faire que dans le cadre d’une procédure judiciaire d’adoption comprenant une évaluation des capacités parentales, comme c’est le cas dans les procédures d’adoption classiques.
Une conclusion sans appel

Pour l’ONU, la GPA viole la dignité humaine, chosifie les femmes et instrumentalise les enfants. Elle doit être abolie, sans distinction entre « commerciale » ou « altruiste ». « Non, on ne marchande pas les corps. Non, on ne chosifie pas les enfants », insiste le rapport.

L’IA au défi de la prévention de tout suicide

L’IA au défi de la prévention de tout suicide

L’IA au défi de la prévention de tout suicide

La prévention du suicide ne souffre aucune exception.

A l’occasion de la journée mondiale de prévention du suicide, ce message phare doit rester le principe fondateur des politiques de santé publique.

Faire la prévention du suicide, cela exclut de fait la légalisation du suicide assisté. Comment sinon affirmer que tout suicide est un drame à éviter -message cœur de la prévention- et accepter des situations où il serait possible, voire souhaitable ?

Selon l’OMS, le suicide représente une cause de décès sur 100, et il reste une des principales causes de mort chez les jeunes.

La politique de la prévention passe aussi par la communication, et la façon dont se diffusent les messages sur le suicide.

L’OMS a publié depuis plusieurs années des orientations l’attention des médias. Rappelant l’existence de l’effet Werther, l’OMS rappelle qu’il existe « des preuves que les reportages médiatiques sur le suicide peuvent renforcer ou affaiblir les efforts de prévention du suicide. Les histoires largement diffusées de morts par suicide sont souvent suivies de davantage de suicides dans la population, tandis que les histoires de personnes surmontant une crise suicidaire peuvent conduire à moins de suicides. Les professionnels des médias sont encouragés à se concentrer sur la présentation d’histoires de personnes qui surmontent des difficultés après une crise suicidaire, tout en respectant les règles et les interdictions de cette ressource lors des reportages sur le suicide« .

Prévention du suicide et Intelligence Artificielle : tout reste à faire

Cependant, les médias « traditionnels » ne sont plus la seule source d’information pour le public. En deux décennies, le paysage a été bouleversé par internet, la multiplication des réseaux sociaux, et depuis quelques années, la mise à disposition « d’IA générative » au grand public, dont le très connu ChatGPT.

Dans une étude à l’initiative de l’ARCOM et publiée en 2024, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux talonnent la radio dans les sources citées par les sondés : 49% et 47% des sondés s’informent sur ces canaux, la radio étant au niveau de 51%. Et si les chaînes de télévision restent la première source, citée à 66%, une enquête de la société Médiamétrie publiée en 2023 faisait état d’une baisse de la durée moyenne d’audience quotidienne.

Nouveau canal pour s’informer, la part prise par l’intelligence artificielle semble déjà importante. Si les chiffres ne sont pas faciles à vérifier, certaines sources estiment qu’environ 25 à 30% des Français ont interagi avec ChatGPT en 2025. Dans les jeunes générations, ce pourcentage est bien plus haut, atteignant les 70%.

Dans ce contexte, un récent drame aux Etats-Unis a mis en lumière de graves défaillances dans ce système proposé par l’entreprise OpenAI. Un adolescent de 16 ans, Adam Raine, résidant en Californie, s’est pendu. Il entretenait depuis quelques mois des conversations avec l’intelligence artificielle générative, sans que celle-ci ne le dissuade de ses idées noires ou son projet de suicide. Selon les médias, Adam Raine aurait interrogé ChatGPT sur les techniques de pendaison, et aussi confié son mal-être. L’IA n’a apparemment jamais produit de réponse pour le dissuader de ses projets et l’encourager à en parler avec ses parents. Ceux-ci ont attaqué OpenAI en justice. L’entreprise a annoncé prendre des mesures pour favoriser le contrôle parental.

Cependant, l’absence de contrôle d’identité – sujet récurrent et central dans la toile numérique – jette un doute sur l’efficacité réelle de cette mesure.

Des réponses standard visant à prévenir toute tentative de suicide sont-elles programmables ?

Un autre sujet de fond ne peut être occulté. Le principe de l’IA générative repose sur l’entraînement au fur à mesure que de nouveaux utilisateurs, et donc de nouveaux cas, rejoignent la plateforme et conversent avec l’agent IA. Sur quelques sujets vitaux, comme la prévention du suicide, pourra-t-on imposer aux sociétés qui produisent des agents conversationnels de les programmer a priori à des réponses standards visant à prévenir toute tentative de suicide ? La logique d’apprentissage par l’expérience et l’affirmation de quelques principes intangibles sont-ils conciliables ?

D’autant que les scénarios dramatiques où l’Intelligence Artificielle a pu jouer un rôle sont diverses.

Ainsi, à l’automne 2024, un autre cas dramatique de conversations qui ont mal tourné a été révélé par la presse. Un adolescent, Sewell Seltzer, a mis fin à ses jours à l’issue d’une conversation avec Dany un « chatbot » (robot conversationnel) de la société Character.ai. Il serait tombé amoureux de ce robot et aurait eu l’illusion de la rejoindre en se suicidant.

Plus récemment, un homme a assassiné sa mère avant de se tuer dans le Connecticut. Selon la presse, des conversations avec ChatGPT auraient entretenu et conforté des soupçons maladifs que sa mère en voulait à sa vie.

Si l’intelligence artificielle est la « nouvelle frontière » du XXIe siècle, il est urgent de la réguler, dans son accès, son mode d’entraînement, et sa capacité à intégrer quelques principes éthiques de base. La prévention de tout suicide en est un.

 

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Loi fin de vie : appel à l’action

Loi fin de vie : appel à l’action

Loi fin de vie : appel à l’action

Que va-t-il se passer pour la loi « fin de vie », alors qu’un vote de défiance va vraisemblablement renverser le gouvernement de François Bayrou le 8 septembre ?

Une loi légalisant le suicide assisté et l’euthanasie, la loi fin de vie, a malheureusement été adoptée au printemps par une assez faible majorité des députés, en première lecture à l’Assemblée nationale. Comme prévu dans le processus des navettes parlementaires, ce texte arrive maintenant devant les sénateurs. Leur travail a commencé en commission des affaires sociales du Sénat, qui m’a invité à être auditionné pour le compte d’Alliance VITA le jeudi 4 septembre aux cotés de Caroline Roux. Après le passage en commission, il est prévu que le texte soit débattu en séance publique à partir du 7 octobre pour un vote solennel le 21 octobre…. Mais l’incertitude plane désormais sur la présence d’un gouvernement à ces dates. Que peut-il se passer alors ?

Les scénarios politiques pour la loi fin de vie

1ère option

Un nouveau premier ministre est nommé assez vite et son gouvernement désigné : le processus parlementaire peut alors se poursuivre… à condition toutefois qu’une motion de censure ne soit pas aussitôt votée par une majorité de députés.

2ème option  

Le président de la République maintient le gouvernement en place un certain temps, comme il l’a fait pour Gabriel Attal l’an dernier, pour prendre le temps d’étudier la possibilité d’une « majorité », mais le gouvernement ainsi maintenu ne peut qu’expédier les affaires courantes. Tout travail parlementaire s’arrête alors net, jusqu’à la nomination d’un nouveau premier ministre. Le processus en cours est donc retardé.

3ème option  

Le président de la République dissout l’Assemblée nationale puisqu’il a retrouvé le pouvoir constitutionnel de le faire un an après la précédente dissolution : le processus législatif en cours sur la fin de vie n’est pas annulé (car c’est une proposition de loi d’initiative parlementaire et non un projet de loi gouvernemental) mais ce processus est ajourné. Il pourrait alors reprendre avec une nouvelle législature si telle est la volonté du nouveau gouvernement.

4ème option

Le président de la République ajoute sa démission à la dissolution. Là aussi le processus parlementaire est ajourné… Et le président du Sénat assure l’intérim de la présidence de la République.

5ème option

Certains ont parlé de la possibilité d’un référendum : mais elle semble peu vraisemblable :

1/ sur une question de société pour laquelle, en principe, le référendum n’est pas prévu,

2/ sur un sujet aussi complexe qui ne se prête pas à une question à répondre par « oui » ou « non » e

3/ dans un contexte de forte impopularité du président, l’expérience montrant qu’elle tend à orienter les réponses vers le « non ».

A deux reprises déjà en peu de temps, l’euthanasie a été écartée à cause d’un évènement politique qui ne lui était pas directement lié : dissolution de l’Assemblée nationale au printemps 2024 puis motion de censure faisant tomber le gouvernement Barnier à l’automne.

Appel à l’action : interpeller les sénateurs

Quelle que soit l’issue de la crise actuelle, nous devons agir avec détermination auprès du Sénat, car la pression pour l’euthanasie doit absolument être compensée par notre travail, notre implication et nos arguments. Nous lançons donc, dès cette rentrée, la deuxième phase de notre campagne « Besoin de soin, pas d’euthanasie » : après la phase d’alerte qui se poursuit sur le site internet d’Alliance VITA et les réseaux sociaux, nous déployons un dispositif d’interpellation des sénateurs contre cette loi. Nous vous invitons à leur écrire personnellement pour leur redire que la priorité des Français est l’accessibilité aux soins appropriés et surtout pas la fragilisation de la prévention du suicide.

Rendez-vous sans tarder sur site d’Alliance VITA pour personnaliser l’interpellation des sénateurs de votre département et obtenir leurs noms et adresses.

 

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Besoin de soin, pas d’euthanasie : interpeller les sénateurs

Besoin de soin, pas d’euthanasie : interpeller les sénateurs

Besoin de soin, pas d’euthanasie : interpeller les sénateurs

Après l’alerte lancée en juillet, la campagne « Besoin de soin » franchit une nouvelle étape en appelant les citoyens à interpeller directement leurs sénateurs.

Quelle que soit l’issue de la crise politique actuelle, Alliance VITA reste pleinement mobilisée contre la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. La proposition de loi relative à « l’aide à mourir », qui doit être débattue au Sénat à partir du 7 octobre, constitue une menace grave pour la cohésion sociale et l’inclusion des plus vulnérables.

Une mobilisation citoyenne renforcée

La phase d’alerte se poursuit sur les réseaux sociaux et le site internet d’Alliance VITA, où des visages et des témoignages incarnent l’exigence de soin et le refus de l’euthanasie.
Désormais, l’association appelle chaque citoyen à écrire à son sénateur :

  • pour dénoncer le risque qu’une prétendue « aide à mourir » s’impose par défaut, faute de soins et d’accompagnement adaptés ;
  • pour exiger que la priorité aille à la réparation du système de santé et à un soutien renforcé des soignants et des patients.

Le soin, une aide à vivre

Comme l’a rappelé Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA, le 12 mai devant l’Assemblée nationale :

« Soigner, c’est aider à vivre, jusqu’au terme de la vie. C’est soulager et apaiser, sans acharnement thérapeutique, mais sans euthanasie. »

Un appel à l’action

Alliance VITA invite tous ceux qui refusent la « mort sur ordonnance » à se mobiliser dès maintenant.
Rendez-vous sur le site d’Alliance VITA pour interpeller votre sénateur.

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La gestation pour autrui revient sur la scène française et internationale

La gestation pour autrui revient sur la scène française et internationale

La gestation pour autrui revient sur la scène française et internationale

Plusieurs événements récents ont remis le sujet de la Gestation pour autrui (GPA) sur le devant de la scène politique et juridique française, mais aussi internationale.

Sur la scène politique française

Tout d’abord, une annonce faite par le président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, Gabriel Attal souhaite mettre la légalisation de la GPA au débat interne du parti Renaissance, dans le cadre d’une convention thématique qui fera l’objet d’un vote des adhérents. Son objectif : porter le débat lors de la prochaine élection présidentielle, alors que cette pratique est à l’heure actuelle strictement interdite en France et qu’elle a été présentée à plusieurs reprises par le président Emmanuel Macron comme étant une « ligne rouge ».

En réaction à cette annonce, la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes Aurore Bergé, a déclaré que la GPA est « totalement contraire à la dignité des femmes », et qu’elle «ne souhaite pas que pour répondre à ce désir d’enfant sincère qui peut exister, on mette en balance la question du corps des femmes et de la dignité humaine ». Élisabeth Borne, ministre de l’éducation nationale, s’y dit « totalement opposée en tant que femme » et Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a déclaré qu’ « on fait mentir les mots pour justifier l’injustifiable : que des hommes riches puissent louer le ventre de femmes pauvres ».

Sur la scène juridique française

En plein cœur de l’été, Le Conseil constitutionnel (CC) a rendu une décision qui concerne la Gestation pour autrui. Bien que la pratique soit interdite en France, des personnes y ont recours à l’étranger. Le CC a déclaré conforme l’exclusion du droit au congé paternité le partenaire d’un père d’un enfant obtenu par GPA. Le CC a estimé que la différence de situations (entre un couple au sein duquel une femme accouche de son enfant, et un couple constitué de deux hommes au sein duquel personne n’accouche, puisqu’ils ont recours à une mère porteuse à l’étranger pour obtenir un enfant) justifie la différence de traitement, et que le principe d’égalité est donc respecté. Comme l’a commenté l’association Juristes pour l’enfance, « le congé de paternité/accueil a en effet pour objet le soutien et l’accompagnement de la mère ayant accouché, et le père de l’enfant né de GPA n’est pas une femme ayant accouché. Bien plus, si les situations sont différentes, c’est parce que l’enfant a été privé délibérément de sa mère par le contrat de GPA conclu entre les 2 hommes et la mère porteuse utilisée par eux pour obtenir un enfant. L’enfant ayant été délibérément privé de sa mère, il était particulièrement cynique de la part des requérants d’invoquer le prétendu intérêt de l’enfant pour entériner cette éviction de sa mère afin de le rendre disponible pour satisfaire le projet parental d’autrui ». Et l’association précise par ailleurs que toute « régularisation de la situation issue de la GPA ne sécurise pas la filiation de l’enfant. Au contraire, elle sécurise la privation de sa filiation et ne sécurise que la situation des commanditaires réclamant d’être reconnus comme parents après avoir évincé délibérément la mère ».

Sur la scène internationale

Un très important rapport des Nations Unies vient d’être publié qui demande l’abolition de toute forme de GPA. Il sera présenté par madame Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles lors de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui se tiendra du 09 au 23 septembre 2025. Il conclue que la GPA est une forme d’esclavage et de traite des personnes, à chaque étape du processus, y compris vers d’autres pays, et précise bien que, même lorsqu’il y a des réglementations en place, cela n’efface pas ce risque et ne réduit pas les préjudices. Il recommande que « les États et les autres parties prenantes s’emploient, au niveau international, à prendre des mesures en vue d’éradiquer la maternité de substitution sous toutes ses formes ».

Ce rapport historique constitue un important travail d’enquête international, enrichi par 120 contributions et par des consultations de près de 80 experts et étayé de nombreuses articles scientifiques. Alliance VITA avait répondu lors de l’appel à contributions au printemps 2025, et cet apport est mentionné dans le chapitre consacré aux violences reproductives : « Les déséquilibres de pouvoir entre mères porteuses et parents demandeurs ont de graves conséquences lorsque ces derniers imposent à la mère porteuse un avortement en cas de grossesse multiple ou de handicap du fœtus ».

Et les femmes, premières concernées, dans tout ça ?

Le 4 octobre se tiendra en France un colloque au Palais du Luxembourg. Il est organisé par 3 associations : la CIAMS (Coalition Internationale pour l’Abolition de la Maternité de Substitution), le CNFF (Conseil National des Femmes Françaises) et Stop Surrogacy Now UK. Il s’intitule « écoutez les concernées : vérités sur la GPA – Donner la parole à celles qu’on réduit trop souvent au silence ». Quatre femmes ayant vécu la GPA viendront partager leur expérience : leurs souffrances et leur maternité confisquée. Au cours de cette rencontre, elles répondront à des questions essentielles : Comment ont-elles vécu la GPA après coup ? Quelles conséquences pour leur santé, leur psychisme, leur vie personnelle ? Quel regard portent-elles aujourd’hui sur ce système ? Quels enseignements veulent-elles nous transmettre ? Cet événement inédit reçoit le soutien de Laurence Rossignol, sénatrice socialiste du Val-de-Marne, et d’Hélène Bidard, adjointe à la Mairie de Paris en charge des droits des Femmes et membre du Parti communiste français.

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Droits des personnes handicapées et euthanasie : une coexistence impossible

Droits des personnes handicapées et euthanasie : une coexistence impossible

Dans le débat en cours sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, les personnes handicapées ont régulièrement interpellé le public et les décideurs. Pour le Collectif Soulager mais pas tuer, dont Alliance VITA est partenaire, la voix prophétique de Philippe Pozzo di Borgo a longtemps défendu les plus vulnérables. Dans son dernier livre, le Promeneur immobile, il demandait que la société se garder « de laisser la peur dicter sa loi » en affirmant que « l’euthanasie reflète une collectivité qui se délite et démissionne« .

Récemment, le Collectif « les éligibles » rappelait le décalage entre le souhait d’une société inclusive et la réalité du manque de moyens affectés à la solidarité : « Nous venons de franchir le seuil des 20 ans de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, dont l’un des fondamentaux renvoyait à l’obligation de solidarité collective. Or aujourd’hui, tous les constats vont dans le sens de notre incapacité à fournir un accompagnement technique et humain digne de ce nom aux personnes qui en ont besoin« . Elisa Rojas, avocate et membre du Collectif « Jusqu’au bout solidaires », porteuse d’un handicap elle-même, affirmait dans une interview à l’Humanité :  » Je suis en effet opposée à ce texte depuis le début car il est inutile et dangereux. Le fait de lier suicide assisté, euthanasie et soins palliatifs, en affirmant qu’ils peuvent coexister, est une manipulation grossière de la part de ses défenseurs. Provoquer la mort n’est pas un soin, puisque le soin vise, au contraire, à améliorer, maintenir et protéger la santé physique ou mentale. »

L’interpellation des Nations Unies au sujet de la proposition de loi française sur « l’Aide à mourir »

En juin dernier, le Comité des droits des personnes handicapées des Nations Unies a interpellé le gouvernement après l’adoption en première lecture à l’Assemblée nationale de la proposition de loi » Falorni ». Le Comité, interroge plusieurs points du dispositif législatif. Il se demande notamment :

  1. Si les critères d’éligibilité (affection grave et incurable, souffrance insupportable »…) ne sont pas discriminatoires. En effet ils « semblent fondés sur des perceptions capacitistes de la qualité et de la valeur de la vie des personnes handicapées, notamment l’idée que la « souffrance » est intrinsèque au handicap, sans reconnaître que l’inégalité et la discrimination causent et aggravent la « souffrance » des personnes handicapées.« 
  2. Comment les personnes porteuses de handicaps  » seront protégées contre la coercition, l’abus d’influence et l’abus de pouvoir. »

La lettre demande aussi des justifications sur le délit d’entrave, le court délai de 48 heures pour exécuter une euthanasie ou un suicide assisté, la capacité des personnes et de leurs représentants à participer au processus législatif.

Le Comité avait déjà demandé à la France de s’inquiéter du taux élevé du suicide chez les personnes autistes. En 2021, il avait recommandé à l’État de « renforcer les mesures visant à mettre en œuvre une stratégie nationale de prévention du suicide pour les personnes handicapées, avec des mesures spécifiques ciblant les personnes autistes et les personnes présentant un handicap psychosocial, et de garantir une consultation étroite et une participation active des personnes handicapées par le biais de leurs organisations représentatives ».

La fin de la lettre souligne avec force la question du manque de moyens permettant aux personnes de vivre : « Le Comité a reçu des informations crédibles indiquant que l’approbation du projet de loi susmentionné constituerait une violation de l’obligation de l’État partie de respecter, protéger et garantir le droit à la vie des personnes handicapées ».

Avec logique, le Comité questionne par conséquent la fiction d’un « libre choix » dans la vie concrète des personnes en l’absence de garantie accordée pour vivre dignement : « Les informations dont dispose le Comité indiquent également que le projet de loi, s’il était approuvé, créerait une fausse dichotomie concernant la notion de « choix », partant du principe que si les personnes handicapées souffrent, l’État partie peut légitimement permettre leur décès sans prévoir de garanties garantissant la fourniture d’un soutien, et sur la base d’hypothèses capacitistes qui minimisent la multitude d’options de soutien qui pourraient permettre aux personnes handicapées de vivre dignement« .

L’expérience valide d’ailleurs cette crainte. Au Canada, on sait que des personnes atteintes par une invalidité demandent une euthanasie faute de soutien. Par exemple Sathya Kovac, atteinte d’une SLA, a opté pour une euthanasie faute de soutien adapté pour rester à son domicile plus longtemps. Elle a déclaré à ses proches « En fin de compte, ce n’est pas une maladie génétique qui m’a tué, c’est un système ».

La réponse de la France : le chemin des esquives

La réponse de la France a été envoyée à la fin du mois d’août. Au sein du gouvernement de François Bayrou, c’est Charlotte Parmentier-Lecocq qui est ministre déléguée en charge de l’autonomie et du handicap. Elle s’est positionnée depuis plusieurs années en faveur de l’euthanasie. La missive, longue de 9 pages, précise d’entrée de jeu que « le processus parlementaire n’est pas achevé ».

Inclure les majeurs en situation de handicap est une mesure d’égalité selon la réponse. La raison invoquée est que ces personnes ont déjà la possibilité de bénéficier du dispositif, prévu par la loi de 2016, de la sédation profonde et continue jusqu’au décès. Implicitement, le suicide assisté est présenté comme un prolongement de la sédation. Cette présentation occulte une différence majeure : l’intention de donner la mort qui est au cœur de la prétendue « aide à mourir ».

La réponse fait état aussi de la proposition de loi parallèle sur les soins palliatifs afin d’assurer que des mesures sont prises pour accompagner les personnes dans leurs besoins de soins. Comme l’a souligné plusieurs fois Alliance VITA, ce parallèle ne tient pas. La proposition de loi sur les soins palliatifs n’est pas sécurisée dans son financement, et l’objectif à 10 ans d’améliorer l’accès à ces soins est en décalage par rapport à l’application rapide du suicide assisté s’il est voté définitivement.

La réponse formulée ignore la réalité concrète des personnes handicapées. De nombreuses associations ont alerté sur la dégradation de l’accompagnement effectif proposé ces dernières années.

Enfin, la lettre s’attache à défendre la sémantique de la proposition de loi. En page 8, on peut lire que « l’utilisation de l’expression suicide assisté n’a pas été jugée comme reflétant le contenu du projet de loi dès lors que ce projet fixe des conditions très strictes pour en bénéficier« . On sait pourtant que ces conditions dites « très strictes » englobent potentiellement des centaines de milliers de personnes. Et cette phrase sous-entend que ce sont les conditions de pratiques qui définissent le suicide. Etrange argument, oublieux du sens même du mot suicide : se tuer.

Le Comité des droits des personnes handicapées des Nations Unies a soulevé des questions fondamentales sur la proposition de loi « d’aide à mourir ». Dans la vie concrète des personnes, cette proposition de loi n’est pas compatible avec l’effort de solidarité qui leur est dû.

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Nouvelles naissances par FIV 3 parents, les dessous d’une étude

Nouvelles naissances par FIV 3 parents, les dessous d’une étude

Nouvelles naissances par FIV 3 parents, les dessous d’une étude

Une étude publiée le 16 juillet 2025 dans le New England Journal of Medicine annonce les nouvelles naissances de plusieurs enfants conçus par une technique de procréation artificielle avec « don de mitochondries ». Cette technique est déjà connue sous le nom de « FIV 3 parents », car elle implique la création d’embryons humains à partir des gamètes de 3 personnes, deux femmes et un homme. À l’occasion de la publication de ces expériences menées en Grande Bretagne, cette technique a été fréquemment présentée comme « une avancée » ou une « expérience sans précédent » En réalité, la FIV 3 parents n’est pas récente, et reste très controversée dans le monde scientifique, pour des raisons éthiques et surtout, sanitaires. Ce point est peu évoqué, pourtant elle fait de chaque enfant le propre cobaye de cette manipulation à l’origine de sa vie. Il est important de rappeler que le « don de mitochondries » ne soigne personne, et n’empêche pas des bébés d’être « sauvés » de certaines maladies, comme on peut le lire dans la presse. En réalité, elle « créée » de toutes pièces de nouvelles personnes, dont le génome mitochondrial a été modifié, dans l’espoir d’éviter une maladie, mais en faisant d’elles des sujets d’expérimentation, en l’absence de tout consentement préalable possible.

Par ailleurs, l’étude confirme que le « don de mitochondries » n’empêche pas la transmission de mitochondries mutantes. La technique n’est ni sûre, ni efficace. Elle démontre également l’important taux d’échecs, et donc de fausses promesses faites aux parents, ainsi que l’immense quantité d’ovocytes mais aussi et surtout d’embryons humains (plusieurs centaines) « consommés » pour aboutir à la naissance de quelques enfants vivants, pour lesquels les éléments concernant leur santé future restent insuffisants pour être rassurants. Notamment, car ils sont encore très jeunes et qu’il n’y a pas de recul. 

La promotion de ces techniques de manipulation des embryons humains et leur mise en œuvre concrète révèlent une vision inquiétante de la procréation humaine : assumer qu’une volonté de transmettre ses gènes à tout prix à un enfant puisse conduire à créer des bébés sur mesure, quel qu’en soit le prix à payer pour lui ou pour les générations futures. Ces modifications génétiques seront héréditaires, si les petites filles ainsi nées deviennent elles-mêmes mères. Cet enjeu majeur n’est même pas évoqué dans l’étude. Quelles peuvent être ces conséquences ? Nul ne peut y répondre avec certitude aujourd’hui. On joue avec la vie.

Pourquoi parle-t-on désormais de « don de mitochondrie » ?

Cette dénomination est utilisée à dessein, même si elle est plus compliquée (pour ne pas dire incompréhensible pour le plus grand nombre) que FIV 3 parents. Cette dénomination rassure par son côté scientifique, tout est étant connoté positivement (par la présence du mot « don »).

Les mitochondries sont bien le cœur du sujet. Ce sont des petits corpuscules (organites) que l’on trouve dans presque toutes nos cellules, dans des proportions variables. Ce sont des petites « usines à énergie » qui produisent un « carburant » vital grâce à un système intégré très élaboré appelé « chaîne respiratoire ». Essentielles au bon fonctionnement des cellules et de l’organisme, les mitochondries ont aussi une particularité notable et fondamentale: elles possèdent leur propre ADN, dit ADN mitochondrial (ADNmt). Confiné à l’intérieur des mitochondries, ce génome est distinct de l’ADN contenu dans les chromosomes, mais représente néanmoins 1 % de l’ADN total d’une cellule. Chaque cellule d’un être humain contient donc deux génomes: le génome nucléaire (chromosomes, contenus dans le noyau) qui compte 22 000 gènes environ. Et le petit génome mitochondrial qui compte 37 gènes.

Ainsi, bien qu’elle ait son propre ADN, la mitochondrie ne fonctionne donc pas « en autonomie ». Les pièces qui constituent la mitochondrie, en particulier autour de la chaîne respiratoire, sont mises en place par une double commande, venant à la fois de l’ADNmt et de l’ADN nucléaire (à 98 %). Ainsi, la plupart des protéines nécessaires au fonctionnement de la mitochondrie sont produites dans le corps de la cellule, sous commandement de l’ADN nucléaire.

Qu’est-ce qu’une maladie mitochondriale ?

Si l’ADN ou l’ADNmt porte une anomalie, une mutation par exemple, le fonctionnement de la mitochondrie peut être altéré. Et si les mitochondries sont défectueuses, cela peut déclencher des maladies rares, mais parfois très graves, qu’on appelle « maladies mitochondriales », touchant toutes les tranches d’âge avec des symptômes extrêmement variés. Une personne peut donc être touchée par une maladie mitochondriale dont les causes sont dues à des mutations, héréditaires ou spontanées, de l’ADNmt ou de l’ADN. Il existe plus de 300 types connus de maladie mitochondriale. Les phénomènes liés au vieillissement peuvent aussi conduire au dysfonctionnement mitochondrial, au fur et à mesure des années.

Par ailleurs, dans ces maladies, il existe plusieurs cas de figure. Il faut savoir qu’au sein des cellules d’une personne porteuse d’une mutation peuvent coexister des mitochondries saines et d’autres mutantes. On appelle cela « l’hétéroplasmie ». Dans ce cas, un « niveau seuil » peut être requis en dessous duquel les symptômes de la maladie n’apparaissent pas. Ce seuil peut varier d’un type de mutation à un autre, d’un tissu à l’autre et d’un malade à l’autre. En dessous de ce seuil, une personne peut donc être porteuse sans être malade. Une femme qui serait dans ce cas de figure développera alors dans ses ovaires différents types d’ovocytes qui pourront être peu, pas du tout ou très « chargés » en mitochondries malades. Et selon la « charge initiale », ses enfants peuvent être porteurs sains, dans une « zone grise », ou malheureusement malades et présenter des symptômes.

Au contraire, on parle d’homoplasmie lorsque toutes les molécules d’ADN mitochondrial (ADNmt) portent une mutation ou lorsqu’elles sont toutes normales.

En quoi consiste cette technique de procréation artificielle ?

Elle consiste en la création d’embryon humain in vitro, à partir de 2 ovocytes et un spermatozoïde. La technique est promue dans deux situations : l’éviction d’une maladie mitochondriale liée à l’ADNmt d’un côté, un prétendu « rajeunissement des ovocytes » de l’autre. Dans l’étude publiée récemment, c’est le premier cas qui est concerné.

Ces manipulations consistent, pour faire simple, à « déplacer » le matériel génétique (noyau) maternel d’un ovocyte d’une femme dans l’ovocyte d’une autre femme, avant d’induire la fécondation par un spermatozoïde. Ou bien, et c’est le cas dans l’étude en question, à déplacer le matériel génétique maternel et paternel d’un ovocyte à un autre, juste après la fécondation. Puis, pour les embryons qui survivent et se développent, on procède à leur implantation dans l’utérus. 

Par des micromanipulations, le matériel génétique de la donneuse est retiré de son ovocyte. Deux techniques, détaillées plus loin, sont possibles pour remplacer le matériel génétique de l’ovocyte (D) de la donneuse par celui (M) de la femme souhaitant être mère, ou directement par le matériel génétique complet issu de la fécondation de l’ovocyte (M) avec le spermatozoïde de l’homme concerné (conjoint ou donneur).

Quand ces techniques ont commencé à émerger, on les nommait « FIV 3 parents », non seulement car elles impliquent que 3 personnes soient parties prenantes, mais aussi, car l’embryon ainsi conçu contient l’ADN de ces 3 personnes distinctes (l’ADN nucléaire du père et de la mère, et l’ADN mitochondrial de l’autre femme).

Par ailleurs, la technique implique pour chacune des femmes, celles qui souhaitent être mères génétiques comme celles qui seront donneuses d’ovocytes[1], de recourir à une stimulation ovarienne et au prélèvement chirurgical dans leurs ovaires, sous anesthésie générale. Une procédure qui n’est pas sans risque et pas toujours suivie de succès. Les ovules prélevés seront ensuite vitrifiés pour être conservés.

L’étude ici détaille que pour les 25 femmes donneuses impliquées, 38 procédures de stimulation ovarienne / prélèvement ont été réalisées, ce qui a abouti à la récolte de 736 ovocytes. Pour les femmes désirant être mères, quelle que soit la méthode utilisée par la suite, sur les 71 incluses, seules 53 ont été éligibles pour le prélèvement. Elles ont subi un à trois cycles de stimulation ovarienne / prélèvement pour aboutir à un « stock » suffisant d’ovocytes. L’étude rapporte que 1245 ovocytes ont ainsi été récoltés.

La technique implique aussi, nous le verrons, la création d’une très grande quantité d’embryons.

Comment se transmettent les mitochondries aux générations futures ?

Les mitochondries sont transmises par la mère, au moment de la fécondation, puisque c’est l’ovocyte maternel (plus grosse cellule du corps féminin) qui sert de première cellule au nouvel être humain (zygote), lorsqu’il y a eu fécondation. Après la fécondation, seules les mitochondries apportées par la mère sont présentes dans l’embryon et lui servent de « réserve » initiale, dont il a besoin pour vivre et se développer. 

Les mitochondries sont également nombreuses dans le spermatozoïde, en particulier dans la pièce intermédiaire qui relie sa tête et son flagelle, car il a besoin d’énergie pour se mouvoir. Mais dans le cas d’une fécondation naturelle, la plupart des organites apportés par le spermatozoïde, et notamment ses mitochondries, ne sont pas transmis à la descendance, car ils sont en quelque sorte « digérés » par la partie externe de l’ovocyte juste après la fécondation. Seul le noyau dans la tête du spermatozoïde, qui porte l’information génétique du père, pénètre dans le corps de l’ovocyte.

Comment se déroule un « don de mitochondries » ?

C’est plus complexe que ne le laisse entendre l’intitulé euphémisant de « don de mitochondries ». Il ne s’agit pas d’un simple prélèvement dans une cellule, avant une injection à un embryon in vitro, comme on ferait un « simple » don du sang.

Nous sommes ici dans des situations où une femme risque de transmettre une maladie à ses enfants. Ce risque est connu, soit parce qu’elle-même présente des symptômes et qu’un diagnostic est déjà posé, soit parce qu’elle a déjà mis au monde un enfant porteur d’une telle anomalie. Bien sûr, la seule cause de maladie mitochondriale à laquelle la « FIV-3 parents » prétend répondre est celle où la mère est porteuse de mitochondries dont l’ADNmt est anormal. Cette technique serait inopérante dans le cas où l’anomalie de fonctionnement des mitochondries serait liée à une mutation portée par un chromosome (ADN nucléaire).

La technique entend alors concevoir un enfant dont la cellule initiale, le zygote, serait le plus possible exempt de mitochondries malades. Pour cela, on utilise des ovocytes de donneuses non affectées par la maladie. Leurs mitochondries sont donc saines, fonctionnelles, et possèdent un ADNmt normal.

L’objectif de la méthode est d’abord d’énucléer (retirer le noyau, le matériel génétique) des ovocytes de donneuses puis d’y introduire l’autre patrimoine génétique, celui de la femme ou du couple qui souhaite avoir un enfant. On appelle cela un « transfert nucléaire ». Ces infimes manipulations sont réalisées à l’aide de micropipettes, sous microscope.

Deux méthodes sont possibles :

  • En pré-fécondation : transfert du fuseau maternel

Seul le matériel génétique (fuseau maternel en métaphase II présent dans l’ovocyte) de la femme qui souhaite être mère est transféré dans l’ovocyte de la donneuse. On se situe donc là avant la fécondation. Une fois que cet « échange » a eu lieu, la fécondation de l’ovocyte est provoquée par ICSI  (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes) qui revient à forcer l’introduction d’un spermatozoïde à l’intérieur de l’ovocyte.

  • En post fécondation : transfert pronucléaire

C’est cette méthode qui a été privilégiée dans l’étude dont il est question.
Ici, on met en place une double fécondation, pour créer deux types de zygotes en parallèle. Les premiers zygotes sont issus des ovocytes (M) de la femme qui souhaite être mère, fécondés par ICSI par des spermatozoïdes de son conjoint ou d’un donneur.
Les seconds, créées en parallèle, le sont à partir de la fécondation d’ovocytes (D) d’une donneuse sélectionnée, également par ICSI, avec des spermatozoïdes du même homme. 

Suite à cela, pendant le laps de temps (quelques heures) où le matériel génétique paternel et maternel (pronoyaux) migrent l’un vers l’autre (pour « fusionner » et donner l’ADN complet de l’individu nouvellement conçu), on vient aspirer par micropipette ces deux pronoyaux de l’ovocyte.

Ceux présents dans les zygotes issus de la donneuse sont jetés.

Après une brève exposition à un agent de fusion (enveloppe de virus hémagglutinant du japon, précise l’étude) les deux pronoyaux prélevés dans les zygotes issus de la patiente sont transférés dans les zygotes de la donneuse, (auxquels on a donc au préalable retiré les deux pronoyaux)

Ainsi, on crée en parallèle deux types d’embryons pour chaque couple concerné : ceux issus du futur père (ou d’un donneur) et de la future mère, et en même temps d’autres issus du même père et des ovocytes d’une donneuse.

Mais attention : quelle que soit la méthode utilisée, le transfert concomitant de mitochondries maternelles anormales depuis l’ovocyte maternel jusqu’à l’ovocyte de donneuse est inévitable, étant donné leur présence autour des noyaux et les tailles microscopiques (de l’ordre du µm) de ces organites et des cellules dont on parle.

Il est donc impossible de transférer des noyaux d’un ovocyte à un autre sans transférer en même temps du cytoplasme (contenu d’une cellule) et donc des mitochondries.

Qu’annonce l’étude ?

Cette étude annonce la naissance de plusieurs enfants, issus de la technique de transfert des pronoyaux en post fécondation, mais également, en parallèle, la naissance d’enfants issus d’une autre, plus simple.

1ère méthode : FIV 3 parents, transfert en post fécondation

32 femmes patientes ont été admises dans l’étude. Puis seules 25 d’entre elles ont été retenues comme éligibles pour tenter la phase de stimulation ovarienne/prélèvement d’ovocytes. On a pu en récolter pour 22 d’entre elles. Parmi les ovocytes récoltés, 487 ovocytes du groupe des 22 femmes incluses dans la FIV 3 parents ont été vitrifiés et stockés.

Par la suite, on a réalisé une ICSI sur 357 ovocytes avec un spermatozoïde du conjoint (pour 21 femmes) ou d’un donneur (pour une femme). Un donneur a été requis dans un cas étant donné que la donneuse d’ovocyte retenue était génétiquement reliée au partenaire masculin de la patiente…

Sur les 22 femmes qui ont pu fournir des ovocytes, une fécondation par ICSI a été déclenchée sur leurs ovocytes. Pour 19 d’entre elles, le protocole de FIV 3 parents a continué en utilisant la technique de transfert pronucléaire dans les ovocytes de donneuses.

Dans le même temps, les ovocytes de 25 femmes donneuses ont été fécondés par ICSI, avec les mêmes pourvoyeurs de sperme. Au total, 572 ovules de donneurs et d’ovules correspondants de patientes ont été injectés avec des spermatozoïdes provenant de la même source.

Ensuite, pour ces 19 femmes concernées, des tentatives de transfert pronucléaire ont été mises en place sur 160 paires de zygotes. Soit 320 embryons, aux tous premiers stades de leur développement.

L’étude précise que « le remplacement des pronoyaux du zygote du donneur par les pronoyaux du zygote du patient a été couronné de succès dans 127 des 160 tentatives (79,4 %). Sur les 127 embryons issus de ces tentatives réussies, 122 (96,1 %) étaient intacts le lendemain ». Ces zygotes ont secondairement subi des tests pour quantifier le taux de cytoplasme passé d’un zygote à l’autre. Mais, étonnement, la réglementation du Royaume-Uni n’autorise pas le dosage de l’hétéroplasmie dans les embryons obtenus par transfert pronucléaire (HFEA Code of Practice, section 33, édition 9.4, octobre 2023).

Les embryons de 18 femmes ont survécu à ces manipulations et ont été retenus comme acceptables pour être congelés ou implantés dans leur utérus.

Tout cela a conduit à 8 grossesses sur 22 femmes au départ, (soit 36%) (une était encore en cours au moment de la publication). Aucune des femmes porteuses de certains variant de mutation ne sont tombées enceintes.

Aucune des patientes enceintes du groupe n’avait opté pour un diagnostic prénatal.

Ces grossesses ont abouti à la naissance de 8 bébés vivants. Après la naissance, des examens ont été réalisés.

Chez 5 des 8 bébés, le niveau d’hétéroplasmie était indétectable (inférieur à 3%). 3 présentaient des taux allant de 5 à 16%. Ces taux sont donc faibles, ce qui est rassurant.

2ème méthode : FIV « classique » sans donneuse suivie d’un DPI (diagnostic préimplantatoire)

Il a été proposé à 39 autres femmes, atteintes d’hétéroplasmie, d’avoir recours à un autre procédé. Pour elles, on a procédé à des fécondations in vitro « classiques », avec leurs propres ovocytes non manipulés, et donc sans recourir à des ovocytes de donneuses. A l’issue des FIV et après 3 jours de développement, les embryons qui ont survécu ont été testés par une technique de diagnostic préimplantatoire, pour évaluer le taux d’ADNmt mutant présent dans les mitochondries. Pour ce type d’examen, on prélève une cellule (un blastomère) de l’embryon en éprouvette et on en mesure la charge d’ADNmt mutant. A noter que ce prélèvement, aléatoire, donne une « photo » à un instant donné du taux d’ADNmt mutant d’une cellule, non représentative de l’embryon complet ou de l’enfant en devenir, étant donné la condition d’hétéroplasmie et l’évolution possible de son taux. Les blastomères chargés à moins de 30% en ADNmt maternel malade ont été utilisés pour l’implantation dans l’utérus des potentielles futures mères impliquées dans les protocoles.

Pour 31 femmes sur les 39, des embryons ont pu être congelés et réimplantés dans leur utérus. Une grossesse clinique a été confirmé pour 16 des 39 (soit 41%) femmes, 3 s’étant au préalable terminées en fausses couches. 18 bébés sont nés vivants.

L’un des enfants a présenté une anomalie cardiaque. Les autres semblent en bonne santé, mais la plupart des parents (11 sur 18) n’ont pas acceptés que des tests d’hétéroplasmie soient réalisés sur leurs bébés…

Questions éthiques et sanitaires

Il subsiste tant d’inconnues

Comme nous l’avons vu, la mitochondrie ne fonctionne pas en autonomie à partir du seul ADNmt. Une majorité des composants de la mitochondrie sont même produits grâce à l’ADN nucléaire. Les interactions entre les deux ADN sont majeures, on dit qu’ils « dialoguent ». Cette donnée essentielle met en lumière qu’interchanger un ovocyte par celui d’une donneuse n’est pas neutre. L’hypothèse que ce soit la raison pour laquelle les mitochondries mutantes aient parfois le dernier mot en décimant les mitochondries saines, pourtant plus nombreuses au départ, n’est pas à exclure.

Comment dialoguent l’ADNmt des mitochondries de la donneuse avec l’ADN nucléaire de la mère génétique, avec quelles conséquences lorsqu’ils ne sont pas issus du même patrimoine génétique ? Il y a là de nombreuses inconnues sur ce qui va se jouer dans l’entièreté des cellules du corps humain de ces enfants créées par ces méthodes.

Quelle sécurité pour la santé des enfants nés, à long terme ?

Finalement, quelle que soit la méthode utilisée (transfert pronucléaire ou diagnostic préimplantatoire), les informations données sur la santé des nouveau-nés sont très faibles et n’évoquent que pour certains d’entre les taux d’hétéroplasmie relevés à la naissance. Leur évolution ou leur stabilité n’est pas étudiée ou mentionnée. 

Les auteurs en conviennent eux-mêmes : « Étant donné le potentiel d’amplification de la petite fraction d’ADNmt maternel qui est co-transférée avec le génome nucléaire, le suivi des résultats sera essentiel pour déterminer si l’hétéroplasmie reste stable dans le temps et dans les différents types de tissus ». La question est : est-ce que ces faibles taux dont se félicitent les auteurs resteront stables, ou est-ce que l’évolution du nombre de mitochondries mutantes pourrait, à un moment donné, conduire à dépasser le seul critique de déclenchement des symptômes et de la maladie ? Nul ne le sait à ce jour…

Quelle que soit la méthode utilisée, Il est impossible de transférer des noyaux sans transférer en même temps quelques mitochondries. Or, nous savons que les mitochondries maternelles peuvent se multiplier et même venir jusqu’à remplacer celles de la donneuse. Comme le révèle l’étude qui cite d’autres publications antérieures « pour des raisons qui restent obscures, la petite quantité d’ADNmt maternel augmente jusqu’à des niveaux homoplasmiques dans environ 20 % des lignées de cellules souches embryonnaires dérivées d’embryons obtenus après une procédure de don mitochondrial ». Ce qu’il faut donc comprendre dans ce cas-là, c’est qu’on est face à un échec total de la procédure. La technique projette de limiter la présence de mitochondries mutantes, au sein d’un ensemble de mitochondries saines. Mais les mutantes, qu’on ne peut éliminer totalement, viennent, petit à petit, dans certains cas, remplacer les saines.

Ainsi, pour deux bébés nés sur les 8 nés après transfert pronucléaire, les auteurs ne s’expliquent pas pourquoi leurs taux étaient de 12 et 16%, ce qui est très élevé. Ils écrivent : « parmi les explications possibles, on peut citer un avantage réplicatif de l’ADNmt de la patiente par rapport à l’ADNmt de la donneuse d’ovules ou une distribution inégale de l’hétéroplasmie induite par le don de mitochondries qui entraînerait un enrichissement dans un sous-ensemble de cellules embryonnaires qui ségrégent ensuite dans la lignée de l’épiblaste ». Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que l’ADNmt de la donneuse serait moins capable de se répliquer, il serait comme désavantagé par rapport à celui de la mère. Est-ce lié au dialogue ADNmt / ADN nucléaire déjà évoqué ? Nul ne le sait. Par ailleurs, selon l’endroit où les pronoyaux sont déposés dans le zygote, les mitochondries mutantes se répartiraient en proportions différentes dans les cellules embryonnaires dans la suite du développement et des divisions cellulaires, et au cours de ce développement embryonnaire, certaines lignées cellulaires pourraient se retrouver « très chargés » ou au contraire « peu chargés » en ADNmt maternel.

Bref. Le devenir des mitochondries mutantes au sein de l’embryon puis du nouvel enfant est immaîtrisable, aussi bien pour leur localisation que pour leur nombre et leur évolution numérique.

Cela interroge sur la santé à long terme des enfants nés de ces techniques, dont finalement, ils sont les cobayes… à vie.

Et la donneuse dans tout ça ?

Les questions éthiques qui se posent sur cette pratique sont nombreuses et vertigineuses. Pour la première fois, on aboutit à la création d’un enfant à partir de l’ADN de trois personnes, par l’intervention d’une « contributrice génétique supplémentaire ». C’est une rupture dans le processus naturel de la procréation humaine.

Il serait malhonnête intellectuellement de considérer ce rôle de « contributrice génétique » comme secondaire ou minime, attendu que c’est précisément ce rôle qui a « justifié » toute la mise en place de cette procédure.

Par ailleurs, considérer l’ovocyte maternel comme un simple « sac à main » interchangeable entre la mère génétique d’un enfant et une autre femme n’est pas sérieux. La science n’a de cesse de découvrir la particularité de cette cellule et la « contribution maternelle » unique qu’elle joue dans les premiers jours de la vie embryonnaire. La FIV-3 parents balaye ce qui peut s’avérer absolument essentiel dans la construction embryonnaire et la santé future de l’enfant. Loin d’être anodine, la contribution maternelle des premiers jours est évincée, et pourtant, les ARNm présents dans le zygote de la mère biologique ont été fabriqués grâce au génome maternel, Ce sont les ARNm fournis par la mère qui sont la source de la fabrication des protéines essentielles à l’embryon aux premiers stades de son développement. Dans le cas de la FIV 3 parents, ce sont les ARNm de la donneuse qui devront interagir avec un génome embryonnaire avec lequel ils n’ont rien à voir.

Enfin, n’oublions pas que derrière ces expérimentations se tapit aussi le marché de la procréation artificielle et de l’infertilité liée à l’âge, véritable face cachée de la FIV 3 parents.  Nombre des publications citées en bibliographie de l’étude attestent du lien entre ces deux usages possibles. Celui de l’infertilité étant bien plus vaste.

Pour aller plus loin

La Fécondation In Vitro à 3 parents : défi ou délire biologique ? 03/02/2015

Bébés sur mesure – le monde des meilleurs – Blanche STREB avril 2018

[1] En Grande Bretagne, les donneuses d’ovocytes reçoivent en compensation minimum 985 livres (environ 1180 euros) par cycles.

nouvelles naissances par fiv 3 parents en angleterre

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Progresser en humanité, avec Tugdual Derville à l’Université de la vie

Progresser en humanité, avec Tugdual Derville à l’Université de la vie

Progresser en humanité, avec Tugdual Derville à l’Université de la vie

Selon le porte-parole d’Alliance VITA Tugdual Derville, nous sommes à l’aube d’une nouvelle époque, marquée par la fin de la modernité et qui nous invite à progresser en humanité. C’était déjà la thèse de Romano Guardini dans les années 50 : l’essayiste avait constaté que le scientisme exacerbé avait enfermé l’humanité dans une impasse autodestructrice. Première guerre mondiale, Shoah, usage de la bombe atomique : il n’était plus possible d’identifier les « progrès » techniques au bien de tous, ni au bonheur garanti pour l’humanité. La montée accélérée de de notre « puissance » technique s’était en effet accompagnée de notre impuissance à réguler son usage par l’éthique.

De quoi nous inciter à un changement de point de vue.

L’enjeu est de sortir du désenchantement du combo moderniste « matérialisme, individualisme, hédonisme » qui exclut les faibles en imposant à tous son rythme effréné. Comment y parvenir ? En complétant la science – certes précieuse – par la reconnaissance de la valeur de l’incalculable, qui n’en est pas moins réel : l’art, la poésie, l’amour, la transcendance… Les êtres humains se sentent alors appelés à reconnaître leur fragilité et leur interdépendance, et même à y déceler leur grandeur. L’humanité progressera ainsi par une forme d’Exode, en s’éloignant de la fascination pour la technologie, et de sa propension à servir le totalitarisme, pour travailler à l’extension de la solidarité entre ses membres, dans l’espace et le temps.

La technique occupe alors sa juste place : elle aide à prendre systématiquement soin du maillon le plus fragile de la chaîne humaine, c’est-à-dire à « faire preuve d’humanité.

Université de la vie 2025 : Être humain et le rester demain

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Fin de vie : retour sur les expériences étrangères au Sénat

Fin de vie : retour sur les expériences étrangères au Sénat

Fin de vie : retour sur les expériences étrangères au Sénat

 

En amont de l’examen des textes de loi relatifs à la fin de vie, la Commission des affaires sociales du Sénat a auditionné plusieurs experts pour entendre un retour sur les expériences étrangères de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

Retour sur l’expérience néerlandaise

Le néerlandais Theo Boer est professeur d’éthique de la santé à la PTh Universiteit de Groningen. Il a été membre d’un comité de contrôle de l’euthanasie du gouvernement des Pays-Bas pendant 10 ans. Aujourd’hui, il alerte les Français sur les risques de la légalisation de l’euthanasie. Selon lui, les critères censés encadrer le recours à l’euthanasie ne tiendront pas. Il observe que dans son pays, après vingt ans de légalisation, toutes les personnes finissent par se poser la question :

« Au début, on PEUT faire un choix, et, après quelques décennies, on DOIT faire ce choix. On est libre, mais, en définitive, on doit faire un choix… »

Retour sur l’expérience canadienne

Pierre Deschamps est québécois. Avocat et éthicien, il est membre de la commission de contrôle des soins de fin de vie du Québec. Au Canada, l’euthanasie est légale depuis 2016. Il le constate : les soins palliatifs demandent des moyens et du temps, alors que la demande d’« aide médicale à mourir » (nom de l’euthanasie au Canada) peut obtenir une réponse rapide. Attention, dans un système de santé défaillant, l’euthanasie pourrait devenir une réponse faute d’accès aux soins appropriés. Il alerte également sur le risque de confusion inhérent à ce genre de lois :

« L’aide médicale à mourir est une technique. Ce n’est pas un soin. Une nouvelle dynamique est en cours, et il faut en être conscient, dès la conception de la loi. »

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Natalité en France : un déclin sous microscope.

Natalité en France : un déclin sous microscope.

Natalité en France : un déclin sous microscope

La natalité en France décline, et cette tendance est passée sous le microscope de l’Académie Nationale de médecine et de l’INED, qui viennent chacun de publier un rapport sur cette question.

Que disent les chiffres sur la natalité ?

La baisse enregistrée peut s’analyser avec plusieurs données. Le nombre total de naissance est en baisse continue depuis 2010 en France métropolitaine. A cette date, le nombre atteignait 832 000 naissances. En 2024, un plus bas historique est atteint avec 663 000 bébés. Pour situer ces chiffres, le record après-guerre est en 1971 avec 916 000 naissances. Ces chiffres bruts doivent être aussi comparés à la taille de la population. En effet, la taille du pays a un lien évident avec le total des naissances. L’INSEE définit le taux de natalité comme le nombre de naissances d’une année rapportée à la population totale moyenne de l’année. Ce taux est en baisse à peu près continue depuis plusieurs décennies. De 14.8 en 1982, il est passé à 9.9 en 2023.

L’analyse serait incomplète sans l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF). Cet indice rapporte le nombre de naissances annuelles au nombre de femmes d’une classe d’âge, pour obtenir un indice synthétique. Selon l’INSEE, on peut l’interpréter comme  » le nombre moyen d’enfants qu’aurait une génération fictive de femmes qui connaîtraient, tout au long de leur vie féconde, les taux de fécondité par âge observés cette année-là. Il est exprimé en nombre d’enfants par femme« . Il s’agit d’une photographie de la situation de l’année, sans pouvoir prédictif sur l’avenir (cf notre analyse approfondie disponible ici). Les démographes considèrent classiquement que le seuil de 2.05 correspond au niveau qui permet à la population de ne pas baisser à terme, si on ne tient pas compte des flux migratoires vers ou en dehors du pays. Cet indice est également en baisse continue depuis 2010 et s’établit à 1.6 enfants par femme en 2024. Il revient à un niveau un peu en dessous du niveau atteint en 1994 (1.7), après un temps de remontée dans les années 2000. A titre de comparaison, le niveau moyen européen est à 1.4 et la France reste le pays avec l’ICF le plus élevé. A l’échelle mondiale, cet indice est estimé à 2.3. Pour les deux pays les plus nombreux, l’Inde et la Chine, les indices sont à 2 et 1.1 respectivement.

La baisse de la natalité, une tendance de fond aux multiples facteurs.

Sur les dernières décennies, la tendance généralisée dans le monde et plus encore dans les pays occidentaux est donc une baisse de la fécondité.

De nombreuses analyses ont été proposées pour éclairer ce phénomène. Parmi les facteurs explicatifs, le statut social et professionnel des femmes est important. Les femmes mènent des études plus longues, et une proportion bien plus grande de femmes ont un emploi salarié. Ce facteur est structurel. En corollaire, l’âge des mères qui accouchent à tendance à augmenter : « les femmes qui accouchaient il y a 50 ans avaient 26,5 ans en moyenne, aujourd’hui, elles en ont 31. L’âge à l’accouchement du premier enfant est passé de 24 ans à 29 ans« .

Les pays permettant aux femmes de mener de front une vie professionnelle et une vie familiale ont eu souvent une meilleure fécondité. C’était le cas de la France comparé à d’autres pays européens dans les décennies précédentes.

Les facteurs économiques ont également un rôle : chômage, incertitude sur l’avenir, hausse continue du prix des logements qui rend plus difficile l’accession à un logement agrandi pour accueillir un enfant supplémentaire.

La question du soutien par une politique familiale a aussi son importance. Les opinions des sociologues et des démographes divergent sur cette question. Cependant, une étude du Haut Conseil de la Famille, de l’Enfance et de l’Age (HCFEA) rapporte un lien statistique entre taux de natalité et niveau des dépenses publiques pour les familles (mesurés en pourcentage du PIB, Produit Intérieur Brut). Selon une mission de l’IGAS reprise par l’Académie de médecine :  » La France consacrait 3,6 % de son PIB aux familles en 2017, le taux le plus élevé de l’OCDE. Cependant, en 2021, ce chiffre est tombé à 2,2 %, en dessous de la moyenne de l’Union Européenne (2,4 %) « .

L’éco-anxiété, et plus généralement le climat d’incertitude et d’anxiété lié à la géopolitique et à l’avenir de la démocratie sont des facteurs de baisse de la fécondité cités dans les deux rapports. L’INED note un lien entre cette anxiété -globale- et les projections sur le nombre d’enfant souhaité. « À caractéristiques égales, 35 % des personnes de 25-39 ans très inquiètes des perspectives pour les générations futures comptent « probablement » ou « certainement » avoir un enfant (ou un enfant supplémentaire) contre 46 % des personnes moins inquiètes. Elles souhaitent aussi 0,11 enfant de moins« .

La question des facteurs biologiques et médicaux est approfondie dans le rapport de l’Académie de Médecine. L’entrée plus tardive dans la maternité a une incidence car la fécondité baisse avec l’âge. « Le risque d’infertilité passe d’un couple sur cinq à l’âge de 30 ans à un sur trois à 35 ans, et à un sur deux à 40 ans. De plus, la qualité des ovocytes diminue avec l’âge, augmentant les risques de fausses couches. Au total, le modèle de simulation qui fait référence montre qu’environ 75% des femmes essayant de concevoir à l’âge de 30 ans auront une conception se terminant par une naissance dans l’année, contre seulement 66% à 35 ans et 44% à 40 ans« .

Les facteurs environnementaux et comportementaux, ou des maladies comme l’obésité, ont aussi des impacts. « La concentration de spermatozoïdes dans le sperme a diminué de plus de 50% en moins de quarante ans (1973 -2011) chez les hommes occidentaux. La liste des substances chimiques soupçonnées d’avoir un effet sur la spermatogenèse est longue« .

Un écart persistant entre désir et réalisation.

Le rapport de l’INED publié cette semaine se concentre sur la question du désir d’enfant. Les médias ont souvent rapporté une facette du rapport résumé dans le titre choisi par l’INED : « les Français veulent moins d’enfant ». De fait, l’étude constate que : « La baisse des intentions de fécondité est beaucoup plus marquée pour les jeunes adultes de moins de 30 ans : le nombre total d’enfants souhaités a diminué de 0,6 enfant en moyenne en 20 ans. Il est passé de 2,5 à 1,9 enfant souhaité pour les femmes et de 2,3 à 1,8 pour les hommes. Comme pour ­l’ensemble des adultes, la moitié des jeunes de 18 à 29 ans envisagent d’avoir exactement 2 enfants, mais les réponses « 0 ou 1 » dépassent désormais les réponses « 3 ou plus », ce qui était l’inverse en 2005″.

Ces chiffres sont en opposition avec la vision de l’académie de médecine qui, dans son rapport, avance que : « La génération née entre 2000 et 2012, issue d’un mini-rebond de natalité représente un espoir de redressement. À l’horizon 2030 2040, elle représentera une cohorte nombreuse d’individus en âge de procréer. Si les conditions sont réunies – emploi stable, logement accessible, égalité femmes-hommes réelle, soutien à la parentalité, prise en compte de l’éco-anxiété – cette génération pourrait inverser la tendance« .

Un autre indice du changement de mentalité rapporté par l’étude est le « nombre d’enfant idéal pour une famille ». Ce chiffre peut être indépendant du nombre souhaité, ou réel, que les adultes ont. Le modèle dominant est largement celui d’une famille avec deux enfants. « Le modèle de la famille à 2 enfants se diffuse : tous âges confondus entre 18 et 49 ans, deux tiers (65 %) des femmes et des hommes considèrent 2 comme le nombre idéal d’enfants dans une famille, contre moins de la moitié (47 %) en 1998. Les réponses « 3 ou plus » deviennent minoritaires (29 % en 2024, contre 50 % en 1998) ».

L’enquête mené par l’INED pointe aussi le rôle d’une conception dite « égalitaire » sur une moindre intention de fécondité. « En 2024, les répondants, quel que soit leur sexe, qui ont une conception égalitaire des rôles des femmes et des hommes dans la société ont des intentions de fécondité plus faibles, alors que cette opinion n’avait aucun effet en 2005« . Il faut souligner qu’il s’agit d’intentions. Si elles ont un poids, elles ne déterminent cependant pas toute la trajectoire de vie des personnes.

Ces tendances sociales de baisse de la fécondité s’accompagnent d’une constante : il demeure un écart persistant entre désir d’enfant et nombre réel d’enfant que les familles élèvent. De nombreuses associations en France pointent depuis longtemps cet écart entre souhait et réalité. L’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la Population l’a également cité dans son rapport sur la fécondité (notre analyse ici). En 1998, l’ICF se situait à 1.78 alors que le nombre d’enfants souhaités était à 2.7 enfants. En 2024, cet indicateur s’établit à 1.6 alors que le nombre d’enfants souhaités est à 2.3 en moyenne.

Les deux rapports récents, Académie de Médecine et INED diffèrent dans leur conclusion. L’INED constate de nouvelles normes sur le nombre d’enfant souhaité qui accompagne la tendance à la baisse de la fécondité. L’académie de médecine, plus volontariste, affirme que la tendance peut s’inverser. La liste pour que la tendance s’inverse ressemble à des souhaits dans un conte de fées : « logement accessible, égalité femmes-hommes réelle, soutien à la parentalité, prise en compte de l’éco anxiété ».

Les deux rapports ont aussi un point commun : l’angle mort de la question des grossesses interrompues volontairement. Pourtant, une politique de prévention de l’avortement pourrait avoir une incidence sur la natalité, et aussi sur le regard porté sur l’enfant, cadeau plutôt que fardeau à porter.

 

natalité en france un déclin sous microscope

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IA et santé mentale

IA et santé mentale

IA et santé mentale

L’intelligence artificielle (IA) transforme de nombreux domaines, y compris celui de la santé mentale. Les outils conversationnels virtuels, comme ChatGPT, sont-ils en passe de devenir les nouveaux « psys » ? Les témoignages de personnes qui cherchent du soutien psychologique auprès de ces robots conversationnels se multiplient dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Disponibles à toute heure du jour et de la nuit, rapides, infatigables, gratuits, peu contrariants, sans jugement… les atouts de ces « confidents » virtuels sont-ils sans danger pour ceux qui les utilisent ? Dans le contexte que nous connaissons, où la santé mentale est devenue un enjeu de premier plan, où les besoins de soins sont loin d’être couverts, que penser de ces béquilles virtuelles ?

Nous avons posé toutes ces questions au docteur Grégoire Hinzelin, médecin neurologue chargé du numérique pour l’Institut cancérologique de l’Ouest.

  • Nous savons que le fait d’écrire ses émotions, ses difficultés, peut être bénéfique, même sur un clavier. L’IA, utilisée de manière ponctuelle, peut donc représenter un intérêt pour ceux qui ont besoin d’un peu d’attention ?

Dr. Hinzelin : Oui si cela permet de formuler ses pensées, mais non si la personne met en place une projection affective sur la machine – et c’est évidemment le risque si le contact est prolongé. En réalité, le bénéfice n’existe que dans un contact ponctuel.

  • Il arrive que les IA conseillent aux utilisateurs de prendre rendez-vous avec un professionnel de santé. L’IA devient alors une porte d’entrée vers le soin : cela offre-t-il une forme de sécurité ? Est-ce que cela encourage ceux qui n’osent pas aller consulter à le faire ?

Dr. Hinzelin : Il ne faut pas oublier que les machines ont des biais, y compris financiers de remboursement, et des erreurs ou « hallucinations », ce qui peut entraîner des retards et des erreurs de prise en charge. De plus, la machine ne tient pas compte des données incarnées du corps. Il ne s’agit donc que d’un appui, et il faut faire attention à ce que les pauvres ou les « illettrés » numériques ne soient pas tenus en dehors de l’accès au soin.

  • Dans un contexte où les ressources en psychiatrie sont insuffisantes face aux besoins croissants, on peut imaginer que l’IA vienne pallier des manques. Cette technologie peut-elle jouer un rôle dans le soutien aux patients souffrant de maladies chroniques, ou même dans la détection précoce de signes d’aggravation des symptômes ?

Dr. Hinzelin : Oui pour la détection des symptômes si le médecin ou le soignant peut relire rapidement les textes mais ceci nécessite de la disponibilité chez des soignants déjà très occupés. Il faut donc que la technologie soit développée en appui et non en première ligne.

  • L’IA simule l’écoute, mais ne peut pas l’incarner. La machine peut-elle remplacer la présence humaine ?

Dr. Hinzelin : Non mais elle peut « refroidir » les demandes semi-urgentes. L’IA n’est qu’une machine. L’absence d’observation physique de l’autre, de son corps, de son langage et de ses intonations est un facteur limitant important de la machine. Toutefois, elle est à sa place en appui court, mais reste « un miroir » qui ne répond pas vraiment aux questions en particulier existentielles, et parfois même les élargit. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’IA comme ChatGPT est conçue pour « répondre », et donc elle « valide » en général les propos de celui qui la questionne. C’est ça, l’effet miroir dont on parle. Au contraire, un thérapeute, un soignant, un ami n’ira pas toujours dans le même sens que celui qui se questionne ou qui va mal. C’est dans cette altérité, ce véritable échange que l’on peut trouver de nouvelles réponses, se laisser bousculer pour sortir de son mal-être, et commencer un chemin de soins. 

  • Notre société est celle de l’instantanéité, de l’immédiateté. On veut des réponses à tout, tout de suite. Ce phénomène joue-t-il dans le « succès » des chatbots ?

Dr. Hinzelin : Oui, mais cela crée en contrepartie une solitude importante qui accentue l’impatience et donc risque de conduire à une forme de violence envers soi ou les autres. L’empathie nécessite du contact et du temps.

  • Dans La Provence, un jeune homme de 24 ans, chargé de recrutement à Marseille, témoigne : « un an que je l’utilise, je ne peux plus m’en passer. C’est un outil simple, rapide, qui ne me juge pas ». Pensez-vous que le risque de dépendance existe, y a-t-il un caractère addictif à ces divers outils numériques ?

Dr. Hinzelin : Très clairement et des procès existent déjà aux Etats-Unis, comme par exemple celui de ce jeune qui avait été encouragé au suicide par l’IA de Character AI avec qui il discutait.

  • Vous évoquez la tragédie de ce jeune Américain de 14 ans qui s’est suicidé en 2024. Sa mère a porté plainte contre la start-up commercialisant le chatbot dont il était devenu terriblement accro, s’isolant soudainement du monde réel, en passant de plus en plus de temps à « converser » avec un avatar doté de traits de personnalité copiés sur une héroïne de série. Quand des troubles anxieux se sont installés chez lui, les réponses de la « machine » l’ont comme « validés » dans son passage à l’acte. En 2023, un chercheur belge s’est donné la mort, au terme d’échanges intensifs avec le chatbot « Eliza ». Leurs « discussions » sur le réchauffement climatique auraient créé chez le jeune homme une intense éco-anxiété l’ayant conduit à passer à l’acte, d’après son épouse endeuillée. Qu’en est-il pour certaines maladies psychiatriques, comme la schizophrénie, ou des troubles qui créent un problème d’altération avec la réalité. Son usage est-il déconseillé ?

Dr. Hinzelin : C’est évident. La machine est plutôt un élément temporaire de réassurance, mais pas un élément stabilisant, en particulier dans les troubles dissociés de la personnalité où elle dissocie plus encore.

  • Près d’un Français sur deux a recours à l’IA pour effectuer des recherches. Parmi les usages principaux, 27% s’en servent pour « discuter pour régler un problème » relevait l’Ipsos, dans une étude de février 2025. Est-ce risqué de confier toute sa vie, y compris sa vie intime, à ces outils ?

Dr. Hinzelin : Alors il ne faut pas oublier les 20% d’erreur de la machine, et donc une confiance qui, si elle est aveugle, entraîne une augmentation des situations difficiles. Comme par exemple cette femme qui a divorcé parce qu’elle faisait plus confiance à ce que lui disait ChatGPT en décrivant une infidélité de son mari qui en fait n’existait pas, et ce malgré les dénégations fondées de son mari. De plus ces machines aspirent nos données intimes pour nous accompagner et nous enfermer dans une image de nous-même qui n’est que parcellaire, avec un risque de racornissement réel.

  • Chez un utilisateur en souffrance psychologique qui n’a pas de proche à qui se confier, cette pratique risque de l’isoler davantage. Or, l’isolement est un facteur très aggravant pour la santé mentale. Quelles seraient les modes de prévention à mettre en place, de quelle éducation, information, le grand public, en particulier les plus jeunes, auraient besoin ?

Dr. Hinzelin : Être seul ne permet pas d’être empathique, donc évacue la gentillesse spontanée, donc la miséricorde et on risque de ne générer que des êtres d’impulsion. Il faut créer des endroits ou des temps en commun sans soutien numérique (famille, repas, banquets, soirées, etc.)

Pour aller plus loin

VIDEO – L’intelligence artificielle et le cerveau – Dr. Grégoire Hinzelin. Université de la vie 2022

L’humain au défi de ChatGPT. Opportunités et dangers. VIDEO. Webinaire avec 3 experts qui décryptent les mythes et les réalités de ChatGPT : Le chercheur Bertrand Thirion, responsable d’une équipe de recherche de l’institut de recherche Inria Saclay. Le docteur Grégoire Hinzelin​​​​​​​, médecin neurologue chargé du numérique pour l’Institut cancérologique de l’Ouest. Le professeur Paulo Rodrigues​​​​​​​, doyen de la Faculté de théologie de l’Université Catholique de  Lille.

 

 

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Face à l’infertilité, l’importance de l’écoute avec Caroline Roux à l’Université de la vie

Face à l’infertilité, l’importance de l’écoute avec Caroline Roux à l’Université de la vie

Face à l’infertilité, l’importance de l’écoute avec Caroline Roux à l’Université de la vie

Comment en parler, écouter les couples, quels sont les enjeux, les pistes de prévention et d’accompagnement ? Voici les questions auxquelles s’est attelée Caroline Roux, spécialisée dans l’écoute des personnes en difficulté, à l’Université de la vie 2025 d’Alliance VITA, sur le thème «Être humain, et le rester demain », lors de la deuxième séquence « Être vulnérable ».

Directrice générale adjointe d’Alliance VITA, elle explique qu’au sein de l’association,

« nous faisons un travail d’écoute avec ces femmes, ces hommes, ces couples pour qu’ils puissent exprimer ces sentiments, sortir de cette culpabilité, prendre le temps de faire le point sur leurs attentes profondes et s’ouvrir à leur propre chemin de couple. »

Être confronté à l’infertilité fragilise les personnes et peut faire basculer progressivement vers une situation de vulnérabilité. Il est nécessaire de bien saisir les souffrances qui se cachent derrière : d’où l’importance de l’écoute pour entendre les émotions ressenties par les deux membres du couple, ainsi que leurs valeurs et désirs profonds. Les propositions médicales, spécialement celles de procréation artificielle, surviennent dans ce contexte douloureux et fragilisant.

Quelles questions éthiques et humaines se poser pour ne pas dépasser des limites qui affecteraient le couple et l’enfant ? Comment gagner en humanité dans notre rapport à la procréation, personnellement et collectivement ? Il serait réducteur de l’aborder par le seul palliatif technique qui ne traite pas l’infertilité.

Tout accompagnement doit englober le souci de la dignité de la procréation et des personnes. Tout un champ de recherche mérite d’être développé sur les causes de l’infertilité, sur l’influence de nos modes de vie et sur la restauration de la fertilité pour préserver le plus possible la capacité des couples de pouvoir procréer de manière autonome.

 

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Crise de la fécondité : l’UNFPA publie un rapport

Crise de la fécondité : l’UNFPA publie un rapport

Crise de la fécondité : l’UNFPA publie un rapport

L’UNFPA (United Nations Population Fund) a récemment publié un rapport intitulé  » la vrai crise de la fécondité ». Organisme dépendant de l’ONU, il émet régulièrement des rapports et des recommandations qui ont une influence sur les politiques publiques de nombreux pays. Alliance VITA a décrypté en profondeur le rapport publié en 2022 sur la question des « grossesses non intentionnelles ».

La base du récent rapport est une enquête auprès de 14000 personnes dans 14 pays, conduite par le sondeur YouGov. Le sous-titre donne la thèse du Fond sur la question de la fécondité. Il s’agit d’assurer « l’autonomie reproductive dans un monde qui change ».

Fécondité : un monde qui change.

En 1968, un universitaire américain, Paul Ehrlich, publiait un livre « La Bombe P » (The population bomb) pour alerter sur ce qu’il prétendait être le premier danger : des famines à venir liées à la « surpopulation ».  De fait, la population mondiale a plus que triplé depuis 1950 : de 2.5 à 8 milliards. Deux grands facteurs ont contribué à cette hausse : une espérance de vie en forte hausse, avec une fécondité qui restait au-dessus du seuil dit « de remplacement » (seul estimé classiquement à 2.1 par les démographes). L’espérance de vie à la naissance n’a cessé d’augmenter, atteignant 73 ans en 2019. Elle était à 46 ans en 1950. L’indice conjoncturel de fécondité, sur la même période, est passé de 5 à 2.3 environ. Comme le note justement le rapport, les prévisions alarmistes et la mentalité malthusienne ont longtemps prévalu dans les politiques familiales de nombreux pays. On connait les mesures liberticides prises en Chine, en Inde, et ailleurs pour imposer par la force un plafond aux naissances (stérilisation forcée, avortement …).

Cependant, de la peur de la « bombe population », l’attention est passée dans de nombreux pays à la peur d’un effondrement démographique. L’expression « hiver démographique » semble bien s’appliquer à des pays où l’indice de fécondité reste bas malgré des mesures d’incitation à la natalité. Le retournement de politique en Chine est sans doute un des exemples les plus frappants.

Les projections démographiques sont sujettes à beaucoup d’incertitude. Aux dernières projections, l’ONU prévoit un pic de 10 milliards vers 2080. Un rapport de l’Organisation publié en 1992 anticipait ce niveau de population pour 2050.

Des instituts privés ont fait des projections plus basses. L’IHME (Institute of Health Metrics and Evaluation) un Institut en partie financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, annonçait en 2020 un pic de population en 2064 à 9.7 milliards avec un déclin ensuite à 8.8 milliards en 2100. La différence de projections réside essentiellement dans l’estimation de l’indice de fécondité: 1.66 pour l’IHME et 1.84 pour l’ONU. 

Il n’y a pas de consensus sur la trajectoire de la population mondiale, et rien ne permet d’assurer qu’une situation d’indice bas peut se retourner durablement.

Nombre d’enfants désirés : écart dommageable entre le souhait et la réalité.

Le rapport de l’UNFPA prend donc en compte cette nouvelle donne : un indice de fécondité qui pourrait rester durablement bas et sous le seuil de remplacement dans de nombreux pays occidentaux, asiatiques etc.  Les auteurs notent qu’ « une personne sur quatre vit actuellement dans un pays où la taille de la population est estimée avoir déjà atteint son pic. Le résultat sera des sociétés telles que nous ne les avons jamais vues auparavant : des communautés avec une proportion plus importante de personnes âgées, des parts plus petites de jeunes et, peut-être, des effectifs réduits« .

Logiquement, l’enquête a donc cherché à mieux percevoir si les adultes avaient le nombre d’enfants qu’ils souhaitaient. Le sondage apporte des éclairages à la fois pour les personnes en âge de procréer et pour les générations précédentes. Dans le groupe des personnes de plus de 50 ans, sur l’ensemble des 14 pays, 31% ont déclaré avoir moins d’enfants que ce qu’ils auraient idéalement choisi, et 12% ont déclaré en avoir plus. Ils sont 38% à déclarer avoir eu le nombre désiré, et 19% à ne pas se prononcer. Pour les générations en âge de procréer, 18% pensent qu’ils ne pourront pas avoir le nombre d’enfant désiré : 11% pensant qu’ils en auront moins, et 7% qu’ils en auront plus. Un tableau complet (page 16) sur les « barrières » qui conduisent à avoir moins d’enfants donnent des informations détaillées par pays. Les raisons économiques devancent largement les raisons de santé. 39% des sondés ont cité les « limitations financières » et 21% le chômage ou l’insécurité dans son emploi. L’infertilité ou des difficultés à concevoir est citée à hauteur de 12%. Ces pourcentages varient peu par pays : les pays aisés (Etats Unis, Suède…) comme les pays plus pauvres  (Inde, Maroc). L’UNFPA propose donc son diagnostic : l’incapacité des individus à réaliser leurs objectifs de fertilité souhaités est la véritable crise de la fertilité – non pas la surpopulation ou la sous-population.

Une approche individualiste de la procréation.

Face à ce constat, que préconise le rapport ?

Selon ses auteurs, la solution réside dans le renforcement de l’autonomie individuelle pour les choix de procréation. Il s’agit de placer les choix des individus comme priorité pour les Etats : « Cette crise n’est pas enracinée dans des décisions reproductives individuelles qui ne correspondent pas aux besoins d’un État ou d’une économie. Au contraire, c’est une crise enracinée dans des environnements et des choix politiques qui ne s’alignent pas sur les désirs des individus« . L’importance de la liberté individuelle pour les choix les plus intimes ne fait pas de doute. L’UNFPA liste au long du rapport les besoins d’informations et de soins qui restent largement insuffisants dans tous les pays, à des degrés divers. De même, un meilleur équilibre dans le partage des tâches entre hommes et femmes, partage qui doit rester une décision de couple, est un facteur qui compte pour l’accueil d’un enfant.

Le rapport souffre cependant d’angles morts importants dans son analyse.

Le premier réside dans le choix de faire de la procréation une question individuelle et non une question de couples. La procréation n’est pas une activité au même titre que les autres. D’une part, l’accueil d’un nouvel être humain dépasse le cadre de toute analyse politique ou économique. D’autre part, la procréation se vit à deux, dans l’exercice de la sexualité femme/homme.

D’autres choix de l’UNFPA sont largement contestables : sous l’appellation générale « droit reproductif », la PMA sans restrictions, l’avortement sans délais sont inclus au même titre que l’information sur la sexualité, les soins nécessaires pour les femmes etc.

L’UNFPA appelle donc de ses vœux une nouvelle stratégie d’autonomie procréative, centré sur l’individu. Cette approche pose une question de fond : cette culture individualiste pourra-t-elle favoriser l’accueil d’un enfant, qui demande nécessairement de renoncer à des activités individuelles pour lui faire la place qu’il mérite ?

 

crise de la fécondité  l'unfpa publie un rapport

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[CP] – Besoin de soin, pas d’euthanasie

[CP] – Besoin de soin, pas d’euthanasie

COMMUNIQUE DE PRESSE – 3 juillet 2025

Besoin de soin, pas d’euthanasie
Défendons la solidarité

Après le vote en 1ère lecture à l’Assemblée nationale de la loi instaurant une prétendue « aide à mourir » et avant son examen au Sénat, Alliance VITA lance une grande campagne pour résister au rouleau compresseur de l’euthanasie et défendre la solidarité : les Français ont besoin de soin, pas d’euthanasie ! Alerter, Interpeller, Argumenter : 3 balises pour une opération qui se déploiera jusqu’à la fin de l’année.

Cette campagne s’ouvre en format numérique avec des visages et des mots, nombreux, qui vont se déployer dès aujourd’hui et pendant la durée des débats sur les réseaux sociaux et sur le site internet d’Alliance VITA.

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Tous concernés ! Personnes malades, âgées ou porteuses de handicap ; proches aidants ; soignants ; citoyens inquiets… pour défendre une société qui prend soin des plus fragiles et refuser une société qui les abandonne en ouvrant la porte à l’euthanasie.

Face à la souffrance, nous devons poursuivre les progrès déjà accomplis dans la lutte contre la douleur et renforcer des réponses humaines et solidaires, pas des réponses qui isolent et divisent.

Toutes les informations sur cette campagne sont à retrouver sur le site d’Alliance VITA.

 

besoin de soin pas d'euthanasie

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Procès de Bourg-en-Bresse : peut-on tuer par amour ?

Procès de Bourg-en-Bresse : peut-on tuer par amour ?

Procès de Bourg-en-Bresse : peut-on tuer par amour ? 

Le procès à Bourg en Bresse d’une jeune femme accusée d’avoir tué son grand-père pose une question grave : peut-on tuer par amour ?

Mercredi 25 juin 2025, près de cinq ans après les faits, la cour d’assises de l’Ain a condamné en appel à cinq ans de prison dont un ferme une jeune femme qui avait assassiné en août 2020 son grand-père grabataire de 95 ans, en mettant le feu à son lit médicalisé préalablement arrosé d’essence. Après avoir nié toute implication, l’accusée avait été confondue par les caméras de surveillance de la ville qui l’ont filmée en train de transporter le bidon d’essence du crime.

En première instance, la cour d’assises de Lyon avait condamné l’accusée à cinq années de prison avec sursis. Le parquet, qui avait requis une peine de quinze ans de prison ferme, avait logiquement fait appel. Le président de la cour d’appel a précisé que l’année de prison ferme à laquelle elle a finalement été condamnée sera toutefois transformée en port d’un bracelet électronique. La jeune femme, psychiquement fragile, avait comparu libre.

La grande dépendance suspendrait-elle le droit à la protection de la vie ?

Le premier enjeu de ce procès touche à la valeur de la vie d’une personne âgée dépendante. L’absence de prison ferme, pour un assassinat, reviendrait à dédouaner presque totalement un proche de son passage à l’acte, comme si la grande dépendance faisait perdre le droit à la protection de la vie. L’affaire rappelle celle de Lydie Debaine qui avait mis fin aux jours de sa fille lourdement handicapée, en 2005, dans un moment d’épuisement. Cette femme avait été acquittée en première instance puis condamnée en appel à une peine symbolique, par une autre cour d’assises. Entre temps, des associations de défense des personnes handicapées avaient protesté contre cet acquittement (cf. Tugdual Derville, La Bataille de l’euthanasie / Enquête sur les 7 affaires qui ont bouleversé la France, Salvator, 2012).

Le moyen justifierait-il la fin ?

Le second enjeu du procès en appel, dans le contexte de la discussion d’une loi légalisant le suicide assisté ou l’euthanasie sous le vocable « aide à mourir », tient à la façon dont sont évaluées les circonstances du drame.

Pour relativiser la gravité du passage à l’acte, l’avocat de l’accusée a estimé qu’il n’aurait pas eu lieu si une telle loi avait été en vigueur. Il a présenté le geste de mort comme un acte d’amour désespéré de la petite-fille du vieillard. Affirmant que ce dernier réclamait la mort, il a insisté sur le caractère « indigne » de ses conditions de vie : état grabataire, incontinence, couches souillées.

Pour expliquer sa demande d’une condamnation plus ferme, le parquet, de son côté, a plaidé la différence entre l’euthanasie et cet assassinat, en pointant notamment le moyen utilisé (le feu, jugé atroce), et en insistant sur la vie personnelle de l’accusée, marquée par plusieurs échecs professionnels et qui semble être passée à l’acte alors que son mari venait de lui révéler un adultère et un projet de séparation.

En filigrane se profile l’idée d’un « bon » assassinat, bien réfléchi, qui mériterait l’appellation d’euthanasie, et un mauvais, impulsif, qui s’en distinguerait. On doit relever l’insistance avec laquelle les propos du père de l’accusée (beau-père de la victime qu’il hébergeait) sont rapportés. Le témoin évoque l’état de délabrement de la santé du vieil homme, qui est, en réalité, conforme à celui de nombreuses personnes âgées dépendantes. Pour conclure à l’indignité et à la fin de vie, il parle de « couches », de « fuites » urinaires, d’« excréments récurrents ». N’est-ce pas le quotidien – certes difficile – des auxiliaires de vie, des aides-soignants, des infirmiers et de nombre de proches aidants qui se dévouent auprès de personnes âgées redevenues incontinentes ? L’incontinence en fin de vie, pendant une période plus ou moins longue, est en effet courante et ne saurait être un passeport pour l’euthanasie, sauf à affirmer que les personnes âgées grabataires incontinentes ne sont plus dignes d’être soignées et aimées.

L’amour discuté comme alibi

Pourrait-on légitimement tuer par amour ? Est-ce l’avis qui commence à se répandre dans la société ? Le père de l’accusée a lui-même défendu sa fille en invoquant l’amour comme mobile de l’assassinat, en recourant à une injonction paradoxale : « Oui, c’est mal, mais elle l’a fait par amour » et même « Si ma fille a fait ça, c’est parce qu’elle l’aimait plus que moi ». C’est donc le moyen seul que la jeune femme semble regretter : « le feu c’est atroce, c’est inhumain ». Son avocat, maître Thibaud Claus, plaidera à son tour un « geste d’amour » que l’accusée a réalisé « par amour pour son grand-père ». Tout en répétant que le vieil homme appelait la mort.

Face à ces assertions, le président de la cour d’assises Raphaël Vincent a pointé des faits « d’une extrême gravité », et qui ne sont « nullement une démarche raisonnée d’euthanasie ». Laisse-t-il entendre qu’avec d’autres moyens, le crime – l’euthanasie – aurait été acceptable ? Même tonalité du représentant du ministère public qui avait fait appel du premier verdict : « Il n’est pas mort en douceur, ce n’est pas un geste d’amour ». Dans ses réquisitions, jugeant la peine initiale (prison avec sursis) « totalement incompréhensible », l’avocat général Eric Mazaud a aussi insisté sur le moyen utilisé : « Quand on aime, on ne brûle pas ».

Par contraste, cette valorisation implicite de l’euthanasie par injection létale est contestable et dangereuse. On aurait aimé que le parquet et la présidence de la cour d’assises s’en tiennent à la formule qui a fleuri sur les murs, dans l’élan du mouvement MeToo : « On ne tue jamais par amour ». Quels que soient les moyens utilisés, tuer n’a rien de « doux ». Et devrait rester inacceptable.

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