Fin de vie : le Sénat démarre ses auditions

Fin de vie : le Sénat démarre ses auditions

Fin de vie : le Sénat démarre ses auditions

La commission des affaires sociales du Sénat a inauguré ses auditions sur les propositions de loi relatives aux soins palliatifs et à « l’aide à mourir » en recevant les rapporteurs des précédentes lois de 2005 et 2016, révélant des divergences profondes.

Jean Leonetti, connu pour être l’auteur de la loi la loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 et Alain Claeys co-auteurs de la loi « Claeys Leonetti » de 2016 ont été reçus séparément pour des contraintes d’agenda.

Se dégagent de leurs auditions les points de tension qui les avaient opposés lors de l’élaboration de la loi de 2016 entre les notions d’autonomie et de solidarité.

 Jean Leonetti:« Si j’étais parlementaire, je ne voterais pas cette loi ».

Durant son audition le 12 juin dernier, Jean Leonetti a clairement affirmé son opposition à la proposition de la loi relative au droit à l’aide à mourir.  

De l’esprit des lois

Dressant un panorama des précédentes lois, l’ancien député des Alpes maritimes a insisté sur l’interdiction de l’acharnement thérapeutique déjà présente dans le code de déontologie.

«  La loi de 2005 constitue un triptyque qui proclame : « Je ne t’abandonnerai pas, je ne te laisserai pas souffrir, je ne prolongerai pas ta vie de manière anormale ».

Concernant la loi de 2016, l’objectif était de soulager la souffrance : « nous avons introduit la sédation profonde et continue jusqu’au décès, à la demande du malade, une pratique alors déjà existante dans les soins palliatifs. Il ne s’agit pas d’une invention législative : la sédation peut être temporaire ou profonde, légère ou continue. Les sédatifs constituent, avec les antalgiques, un élément majeur dans les problématiques de souffrance en fin de vie. »

On a fait des lois pour ceux qui vont mourir, mais ce qui se profile est une loi pour ceux qui « veulent » mourir. Il s’agit d’une rupture médicale, juridique et d’une trangression antropologique.

«  Que l’on croie au ciel ou que le ciel soit vide, un principe demeure : un homme ne donne pas la mort à un autre ».

Donner le goût de la vie

Il a souligné le conflit de valeurs, source de tension entre autonomie et solidarité collective, en reprenant la devise de la France : Liberté, égalité, fraternité

Quelle est la part de liberté pour celui à qui la société déclare que certains peuvent mourir ? . « Se suicide-t-on par liberté ou par désespoir ? »  Il a notamment fustigé tous ceux qui stigmatisent la maladie de Charcot ou SLA et les maladies neurodégénératives. Pour lui, une société fraternelle se doit de porter le message inverse : « Ta dignité est intacte. Forts de notre solidarité, de notre fraternité, nous continuerons à te donner le goût de la vie»

Quelle est la part d’égalité alors que l’offre de soins palliatifs est inégale sur le territoire ? La loi sur les soins palliatifs n’est pas appliquée et il faut s’en donner les moyens.

Trois objections majeures

  • Aucun garde-fou n’est pérenne comme le montrent les exemples étrangers.  « Tous finissent par voler en éclat ».
  • Le « délit d’entrave » : « Comment pourrait-on m’accuser d’entraver la liberté d’autrui lorsque j’affirme que sa vie vaut la peine d’être vécue ? Mon devoir d’homme est là, et non dans l’acceptation passive de son choix»
  • La temporalité du  pronostic vital engagé : reprenant l’avis de la Haute Autorité de Santé sur les notions de moyen terme ou phase avancée, M. Leonetti a souligné que « Cette notion vague ouvre la porte à toute personne souffrant d’une maladie que l’on ne peut pas guérir, ce qui reste fréquent ». Entre le respect de la volonté du patient et le délit d’entrave, il deviendrait impossible de s’opposer à une demande de mort, « même pour des personnes ayant peut-être encore plusieurs années à vivre. »

La prévention du suicide en question

Le véritable problème réside dans la distinction que nous créerions entre les bons et les mauvais suicides. « De manière générale, une société doit sécréter l’espérance, et non accompagner le désespoir. »

Alain Claeys : « D’un point de vue éthique, peut-on appliquer une aide active à mourir ? Nous avons répondu favorablement (..) »

Lors de son audition, l’ex-député de la Vienne, Alain Claeys, a pris sa casquette de membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) et co-rapporteur de l’avis n°139 sur les questions éthiques relatives aux situations de fin de vie.

Il a souligné que la proposition de loi n°661 relative à « l’aide à mourir » reprend l’avis du CCNE qui se disait favorable à un encadrement de l’aide active à mourir sous réserve de cinq conditions qui sont reprises par la proposition de loi. Il a rappelé que cet avis n’était d’ailleurs pas consensuel et que huit membres avaient émis des avis divergents.

Opposé au choix du gouvernement de séparer le palliatif et l’aide à mourir »

Les deux notions autonomie et solidarité résument pour lui ce qui a guidé les précédentes lois concernant la fin de vie de la loi sur les soins palliatifs à la loi de 2016. Point de divergence avec Jean Leonetti, la sédation profonde et continue jusqu’au décès constitue pour lui déjà une « aide à mourir » alors que pour l’auteur de la loi de 2005, il s’agit de soulager la souffrance pour des personnes qui sont en situation terminale de fin de vie. Fort de ce positionnement, Alain Claeys était favorable à une seule loi qui aurait englobé développement des soins palliatifs et « aide active à mourir » dans une sorte de continuité conjuguant solidarité et autonomie.

Sauf que dans le cas de la proposition de loi en cours d’examen, on utilise un produit létal pour provoquer la mort du patient, ce qui correspond au suicide assisté et à l’euthanasie.

Ne pas dire « Suicide assisté et euthanasie »

« Je ne suis pas favorable à ce qu’on utilise ces termes. Ce n’est pas un suicide assisté ni une euthanasie, ce n’est pas un choix entre la vie et la mort » a-t-il affirmé. Il s’est appuyé sur un échange avec un philosophe membre du CCNE, Frédéric Worms, directeur de l’École normale supérieure, qui lui a dit que : « La mort, elle est là. La question, pour cette dernière partie de la vie, c’est quel est le chemin le moins mauvais ? ».

Alain Claeys s’est dit choqué de la distinction faite entre des personnes qui « vont mourir » et celles qui « veulent mourir ». Pour lui tous vont mourir. Les douleurs réfractaires et le processus d’irréversibilité seraient « des garanties suffisantes » pour assumer de provoquer la mort.

On peut s’interroger sur cette conception de l’autonomie qui nécessite qu’un tiers donne la mort soit en fournissant des produits létaux, soit les injectant à celui qui justement n’est pas encore mort.

Il a enfin jugé simplificateur d’avancer l’idée qu’une telle loi porterait atteinte à la prévention du suicide, sans pour autant expliquer son raisonnement.

Enfin M. Claeys a reconnu que la question du délit d’entrave devait être réinterrogée et qu’il pouvait entendre les inquiétudes des médecins.

Deux cultures s’affrontent

Les deux ex-députés s’entendent sur la nécessité de développer les soins palliatifs. Cependant cette proposition de loi d’ « aide à mourir » par suicide assisté et euthanasie signe une divergence irréductible sur une conception de l’autonomie qui s’oppose à la solidarité.

Avant d’être un affrontement politique, le suicide assisté ou l’euthanasie résultent d’un affrontement entre deux cultures : une culture de la toute-puissance qui va jusqu’à provoquer la mort et une culture de la vulnérabilité qui accompagne et soulage jusqu’au bout sans s’acharner.

Des prochaines auditions

La commission des affaires sociales a désigné deux co-rapporteurs pour chacune des propositions de loi : Mme Christine BONFANTI-DOSSAT (LR  Lot et Garonne) et  M. Alain Milon (LR, Vaucluse) pour la proposition de loi n°661 relative au droit à l’aide à mourir ; Mme Jocelyne GUIDEZ (Union Centriste, Essonne) et Mme Florence Lassarade (LR, Gironde) pour la loi n° 662 relative aux soins palliatifs

D’autres auditions sont programmées d’ici la fin de la session extraordinaire qui se termine le 11 juillet. De nouvelles auditions devraient également avoir lieu à la rentrée de septembre.

Santé ou marché ? Les enjeux cachés de la congélation des ovocytes

Santé ou marché ? Les enjeux cachés de la congélation des ovocytes

 

L’ouverture de centres privés à but lucratif pour l’autoconservation des ovocytes : c’est l’une des annonces de Catherine Vautrin dans le cadre d’un entretien accordé à Femme Actuelle le 12 juin 2025, au sujet de nouvelles mesures de soutien à la procréation. Des mesures visant à prendre en compte la baisse marquante de la natalité que traverse notre pays. En 2024, le nombre d’enfants par femme est tombé à 1,62, le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale…

La ministre du Travail et de la Santé, des Solidarités et des Familles a également cité l’introduction d’un volet « santé reproductive » aux rendez-vous gratuits « Mon Bilan Prévention », dédiés aux 18-25 ans. Mais aussi l’envoi d’un message de l’Assurance maladie sur ces sujets à chaque Français dans sa 29e année, ainsi que l’accès pour chaque couple à un bilan fertilité. Elle a également annoncé sa volonté de développer des centres d’autoconservation des ovocytes, afin que « chaque personne dispose d’un centre à moins d’une heure de chez elle ». C’est dans ce cadre-là qu’elle envisage l’autorisation de cette activité dans des centres privés à but lucratif, ce qui n’est aujourd’hui pas autorisé. En mai 2024, Emmanuel Macron avait déjà fait cette annonce dans un entretien accordé à Elle : « Nous allons ouvrir aux centres privés l’autoconservation ovocytaire ».

 

 

Qu’est-ce que l’autoconservation des ovocytes ?

 Cette procédure a été mise au point au départ pour permettre aux femmes qui doivent subir des traitements lourds (traitements anticancéreux par exemple) de « mettre de côté » des ovocytes, pour qu’ils ne soient pas altérés ou détruits par les traitements.

Depuis la loi bioéthique d’août 2021, l’autoconservation a été ouverte sans aucune raison médicale à toutes les femmes entre leur 29e et leur 37e anniversaire. Ensuite, elles pourront, si elles le souhaitent, demander à utiliser leurs ovocytes congelés jusqu’à leur 45e anniversaire au moyen d’une PMA (la fécondation in vitro, FIV, étant de facto obligatoire).

Désormais, cette technique est présentée comme une prétendue « possibilité de préserver sa fertilité » contre le vieillissement naturel et comme une possibilité de remettre à plus tard un projet de grossesse. Pourtant, la procédure est lourde, non dénuée de risques et ne constitue en rien une assurance maternité. Elle pourrait même induire une perte de chances pour nombre de femmes, puisqu’elle incite les femmes à passer par la PMA, au taux de succès bas, et plus tard, donc avec un taux d’échec accru. Enfin, elle pousse les femmes à envisager des grossesses plus tardives, et donc plus à risques.

 

 

Ouvrir de nouveaux centres privés ?

Actuellement, seuls les établissements publics de santé ou les établissements de santé privés à but non lucratif habilités à assurer le service public hospitalier peuvent, lorsqu’ils y ont été autorisés, procéder au prélèvement, au recueil et à la conservation des gamètes.

En cas d’insuffisance sur un territoire, des dérogations sont possibles. C’est ce que prévoit déjà le cadre défini par la loi de bioéthique de 2021. Lorsque qu’aucun établissement autorisé n’est accessible dans un département, un établissement de santé privé à but lucratif peut être autorisé à pratiquer cette activité, sous réserve de la garantie qu’il ne dépassera pas les tarifs fixés[1].

 

 

Une explosion des demandes

En matière de procréation artificielle, comme souvent, c’est l’offre qui a créé la demande, c’était inévitable. Et justement, le nombre de demandes ne cesse d’augmenter. L’Agence de la biomédecine a recensé près de vingt mille demandes d’autoconservation ovocytaire pour seulement quatre mille prises en charge, selon les données compilées jusqu’en août 2023. 54 % des demandes viennent d’Île-de-France.

Dans un entretien accordé à Marie Claire, Marine Jeantet, directrice de l’Agence de la biomédecine, se réjouit : « les trentenaires le font en masse, cela va devenir systématique ». Alors même que les centres sont saturés et que les témoignages de femmes « recalées » et déçues affluent… En réalité, ce prétendu nouveau droit n’est en pratique pas accessible à toutes.

C’est pourquoi la ministre Catherine Vautrin a annoncé que ces modalités d’autoconservation devraient être revues dans la prochaine loi bioéthique, dont la révision interviendra au plus tard en 2028. Une cartographie du territoire serait en cours, l’objectif annoncé serait qu’il y ait un centre d’assistance médicale à la procréation dans la quasi-totalité des régions. Et « cela constituera l’une des missions du comité de pilotage que nous allons créer et confier au Pr. Samir Hamamah ».

Par amendements, cette question des centres à but lucratifs avait été traitée lors de la révision de la loi bioéthique de 2021. Et rejetée (sauf dérogations exceptionnelles). Au nom du respect du principe d’indisponibilité du corps humain.

 

 

Une brèche dans le respect du principe de l’indisponibilité du corps humain

Le monopole qui réserve le don aux établissements publics de santé et aux organismes à but non lucratif découle des débats de la première loi de bioéthique de 1994. Il est la traduction concrète, opérationnelle, du principe de non-patrimonialité du corps humain, de ses éléments et de ses produits.

En fait, l’indisponibilité du corps est le caractère d’un droit placé hors d’atteinte des volontés individuelles. Le corps humain est en effet un bien « hors du commerce », conformément au principe d’indisponibilité du corps humain consacré par le Code civil qui dispose que « chacun a droit au respect de son corps. Le corps humain est inviolable. Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial. Les conventions ayant pour effet de conférer une valeur patrimoniale au corps humain, à ses éléments ou à ses produits sont nulles. Aucune rémunération ne peut être allouée à celui qui se prête à une expérimentation sur sa personne, au prélèvement d’éléments de son corps ou à la collecte de produits de celui-ci ».

Ainsi, l’exclusion du secteur privé à but lucratif ne concerne pas uniquement le don de gamètes mais également toutes les autres cellules, les tissus et les organes du corps humain. Certains actes sont autorisés à titre exceptionnel (don de sang, greffe). Mais, « ainsi que l’exprime très bien l’adage ‘’L’exception confirme la règle’’, dès lors qu’une possibilité est affirmée de manière exceptionnelle, on en tire la conséquence qu’elle déroge à un principe. Donc, ces possibilités exceptionnelles confirment l’existence de ce principe d’indisponibilité du corps humain. Ces cessions sont soumises au respect de la gratuité et de l’anonymat[2] ».

 

 

Si une brèche était ouverte pour les gamètes, cette dérive risquerait de s’étendre aux autres éléments et produits du corps humain et, par un effet domino, de déstabiliser tout le cadre du don.

Les questions qui se posent sont multiples. Par exemple, que se passe-t-il si une femme « autoconserve » 10 ovocytes dans un centre privé à l’âge de 31 ans, puis finalement tombe enceinte à 34 ans et met au monde quelques années plus tard plusieurs enfants naturellement, sans recours à l’AMP, avec son conjoint ? Ses ovocytes « non utilisés » pourraient-ils être remis aux plus offrants ?

Que se passerait-il si une société privée était chargée de redistribuer, selon ses propres critères d’appariement ou de génétique, du sperme et des ovocytes qu’elle aurait collectés ?

Justement en 2011, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) avait mené une mission sur ce sujet. Elle concluait qu’il faut une séparation claire entre la collecte, qui pourrait reposer sur des centres privés ; et la qualification, la conservation, et surtout l’appariement et la distribution, qui doivent rester sous la responsabilité d’un organisme sans lien financier avec le couple de receveurs.

 

Une technique qui ne relève pas des soins mais d’une demande personnelle

L’autoconservation des ovocytes est une procédure longue et coûteuse, sans garantie de résultats. Actuellement, l’ensemble de la procédure (environ 3000 euros) est pris en charge par l’assurance maladie. Seul le coût de conservation (45 euros annuels) revient aux femmes.

Nous sommes pourtant dans le cadre d’une personne en bonne santé, qui ne souffre pas a priori d’infertilité. C’est un détournement de la mission de la médecine et de l’assurance maladie.

 

Une procédure qui aura souvent lieu pour… rien

L’expérience à l’étranger et quelques études confirment que la procédure aura souvent été mise en place pour s’avérer in fine inutile. Une étude américaine du Centre de fertilité de New York (2021) montre que sur une période de 10 ans, seules 38% des femmes ayant congelé des ovocytes entre 2005 et 2009 sont finalement revenues pour demander à les utiliser.

Une autre étude publiée par le Centre de la reproduction humaine de l’UZ Brussel en Belgique (2023) montre que sur 843 femmes ayant congelé des ovocytes entre 2009 et 2019, seules 27% sont déjà revenues, soit 231 femmes. Parmi elles, seule la moitié a utilisé ses ovocytes congelés. Les autres ont demandé une insémination intra utérine ou une FIV avec ponction d’ovocyte frais.

Une étude israélienne montre les principaux motifs pour lesquels les femmes ne « reviennent » pas prendre leurs ovocytes : cela peut être pour des raisons de grossesses spontanées ou à cause de l’absence de conjoint, ce qui les dissuade d’avancer dans leur projet en solo.

 

Une procédure déjà prévue pour faire entrer les ovocytes dans une chaîne de « don » ?

Or, le journal Marie Claire soulève l’hypothèse que d’ici quelques années, « un stock conséquent devrait exister, étant donné que 60% des femmes en moyenne n’utilisent pas tout leur stock ». Et que donc, on suppose que les femmes en feraient don. Marine Jeantet, la directrice de l’Agence de la biomédecine confie : « C’est mon secret espoir »…

Comment interpréter cela ? Comment se réjouir que des femmes se voient proposer des techniques qui ne sont pas sans risques pour elles, voire qui peuvent les desservir, pour qu’au final, elles aient subi cela pour rien ? Comment accepter alors ces coûts imposés à la solidarité nationale, par l’intermédiaire de la sécurité sociale, détournée de son objet, et souffrant déjà de déficits importants ? Au motif que cela crée un stock d’ovocytes ?

Si plus tard, la femme n’a pas besoin de recourir à ses ovocytes congelés, elle peut décider d’en faire don à des personnes en attente d’un don de gamètes, d’en faire don à la recherche scientifique, ou de mettre fin à leur conservation.

Dans son avis 126 de juin 2017, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) considérait que « cette dernière solution ne paraîtrait pas acceptable si la conservation ovocytaire avait été prise en charge par la société ». Ce qui est désormais en effet le cas. Il considérait qu’il pourrait « être souhaitable d’instituer une condition d’accès à une demande d’autoconservation, sous la forme d’un consentement au don des ovocytes s’ils ne sont pas utilisés. (…) Cette démarche permettrait d’accroître le stock d’ovocytes disponibles à moyen et long terme ».

 

 

De nouvelles pressions sur les femmes et sur les couples

Qu’on le veuille ou non, ce prétendu nouveau droit vient instiller de nouvelles pressions sur les femmes, qui pourraient avoir le sentiment de ne pas « mettre toutes les chances de leur côté » en n’utilisant pas ce qui leur est mis à disposition.

Il est notable de relever que pour éviter toute forme de pression d’un employeur sur ses salariées, comme les inciter à différer une grossesse pour des raisons professionnelles, la loi a prévu que les frais relatifs à la conservation des gamètes ne peuvent etre pris en charge ou compensés de manière directe ou indirecte par des entreprises.

Cette technique vient aussi créer une demande chez des couples qui ne souffrent pas d’infertilité, mais qui par ce moyen, questionnent leur désir d’enfant et finissent par « le repousser à plus tard ». « On pensait recevoir des célibataires, n’ayant pas trouvé de partenaire, et on a vu arriver des femmes en couple, parfois avec leur compagnon », constate dans son service la gynécologue Joëlle Belaish-Allart, spécialiste de la fertilité et Présidente du Collège national des gynécologues obstétriciens Français (CGNOF). « La part des femmes en couple continue d’augmenter, 20 % en 2023, 25 % en 2024 ». C’est ce que confirme le docteur Stéphanie Huberlant-Balas, responsable clinique du centre de fertilité gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction au CHU de Nîmes : « On a des couples stables qui choisissent ensemble de retarder leur projet de parentalité ». Finalement, l’autoconservation est « un outil de gestion de l’incertitude conjugale », analyse Hélène Malmanche, sage-femme à Paris et docteur en anthropologie.

 

Grossesses tardives, des injonctions paradoxale

Aujourd’hui, nous savons que le recul de l’âge de la maternité est le premier facteur d’infertilité. Le « Rapport sur les causes d’infertilité » rendu au Gouvernement en 2002 par le Professeur Hamamah insiste sur ce point : « En France comme dans l’ensemble des pays industrialisés, la hausse de l’infertilité résulte tout d’abord du recul de l’âge à la maternité. En quatre décennies, cet âge a augmenté de cinq ans. En 2019, les Françaises avaient leur premier enfant à 29 ans en moyenne. La fertilité déclinant progressivement à partir de 30 ans, les maternités dites « tardives » augmentent mécaniquement le risque d’infertilité ».

Pourtant, l’autoconservation vient précisément proposer à toutes les femmes d’entrer dans ce schéma. Dans son entretien au journal Elle, le président de la République avait précisé : « Nous allons organiser des campagnes en faveur de l’autoconservation d’ovocytes pour les femmes qui veulent avoir des enfants plus tard ».

 

Un nouveau marché sur le ventre des femmes

Cette chaîne qui se met en place – hormones, cliniques, banques de gamètes – c’est un nouveau marché ouvert sur le ventre des femmes. Derrière cette « option congélation » qui peut sembler anodine se pose un vrai enjeu : celui du modèle de société que nous voulons promouvoir.

Avec une fragilisation attendue du principe d’indisponibilité du corps humain, avec la promotion d’une procédure qui peut s’avérer inutile, au motif de créer des stocks d’ovocytes, riches d’une « biovaleur », avec l’ouverture aux centres privés à but lucratif, la procréation humaine tombe de plus en plus dans le marché de la procréation. Et le corps des femmes devient une ressource dans ces nouvelles « bioéconomies » qui se mettent en place, au niveau mondial.

Il y a tant à faire, tant à dire, pour protéger la femme d’aujourd’hui, et encore plus celle de demain, face à l’emprise que réalisent -– main dans la main – technique et marché sur le corps humain, en particulier féminin. Cet enjeu éthique et humanitaire devrait intéresser écologistes et féministes par la capacité à promouvoir une politique préservant l’écologie – écosystèmes et temporalité – du corps féminin.

 

Et l’enfant dans tout ça ?

La cryoconservation n’aurait-elle aucun impact sur la santé des enfants à naître ? Les ovocytes, à l’origine de la première cellule embryonnaire, traversent un parcours particulier dans ces procédures : par la stimulation hormonale, ils sont « forcés » à maturer, puis ponctionnés, puis ils subissent diverses transformations pour retirer l’eau de la cellule, en la remplaçant par des substances « antigel ». Ensuite, les ovocytes sont gardés dans l’azote liquide, parfois pendant quelques années, avant d’être « réchauffés », puis fécondés in vitro, souvent par intrusion directe d’un spermatozoïde (méthode dite « ICSI »).

Si les ovocytes ne sont pas utilisés par la femme, mais entrent dans un processus de don, la question des droits de l’enfant se pose également. Notre pays – qui a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant qui pose le droit, pour tout enfant, dès sa naissance, à un nom, une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux – se dédit. Par le don d’ovocyte, notre loi qui organise de manière délibérée la conception d’un enfant d’une manière qui fait disparaître la mère et permettra seulement à l’enfant de connaître « l’identité » de la donneuse, à sa majorité, n’est assurément pas respectueuse de ce droit.

Par ailleurs, les grossesses tardives sont plus à risques pour les femmes, comme pour les enfants. Avec notamment un risque accru de prématurité. Concernant les grossesses avec don d’ovocyte, elles sont également plus à risque de pré-éclampsie, phénomène physiologique qui crée parfois une urgence vitale pour la mère, comme pour le fœtus.

 

Pour aller plus loin :

Autoconservation des ovocytes : la réalité en face – 15 décembre 2023

Comment expliquer la baisse de la natalité en France ? 23 janvier 2025
Le féminisme devrait défendre les femmes contre une bioéconomie qui menace leurs corps – 8 mars 2022

Grande-Bretagne : vote ultra-serré sur le suicide assisté

Grande-Bretagne : vote ultra-serré sur le suicide assisté

Grande-Bretagne : vote ultra- serré sur le suicide assisté

Les députés britanniques ont adopté le vendredi 20 juin 2025, à une courte majorité, une proposition de loi sur le suicide assisté, qui devra ensuite être examinée par la Chambre des Lords.

Applicable en Angleterre et au Pays de Galles, la proposition de loi amendée par les députés de la Chambre des Communes (House of Commons) a été l’objet de fortes controverses ; le texte a été voté à 23 voix près, 314 voix pour et 291 contre. En novembre 2024, le vote en seconde lecture (second reading) pour la poursuite de l’examen avait totalisé un écart supérieur de 55 voix.

Le manque de garde-fous dans le viseur

Plusieurs députés de tous bords ont changé d’avis mettant en avant le manque de garde-fous pour une loi qui constituerait un basculement pour le système de soin.

L‘amendement le plus controversé a concerné l’évaluation des critères d’accès au suicide assisté. Originellement, la décision devait être confiée à un juge après avis de deux médecins indépendants. Invoquant la charge que cela imposerait à un système judiciaire déjà surchargé, les députés ont amendé le texte pour que cette décision soit prise non plus par un juge mais par un comité composé d’un travailleur social, d’une personnalité juridique de haut rang, comme un ancien juge, et d’un psychiatre.  Les opposants à cette loi considèrent cette mesure comme une menace pour les personnes vulnérables, qui pourraient se sentir contraintes d’accepter » une mort assistée », pour ne pas être un fardeau pour leurs familles et le système de santé.

D’autre part les inquiétudes exprimées par certaines organisations médicales, notamment le Collège royal des psychiatres et le Collège royal des médecins ont également fait évoluer les votes de députés indécis.

Durant les débats, les tensions majeures ont porté sur le manque de soins palliatifs, dont le développement devrait être la priorité ainsi que sur le critère du pronostic vital engagé à six mois, difficile à objectiver et qui laisse une large marge d’interprétation.

Mobilisation des groupes de défense des personnes handicapées

Plus encore qu’en France les groupes de personnes handicapées ont fait entendre leurs voix. Des modifications ont été apportées au projet initial pour inclure la nomination d’experts pour des personne souffrant de problèmes de santé mentale et la création d’un conseil consultatif sur le handicap.

Comparatif avec la loi française

Du comparatif dressé par Alliance VITA avec la proposition de loi française, il ressort que la loi britannique restreint la notion de « mort assistée » à l’assistance au suicide et exclut l’euthanasie.

Contrairement à la proposition française qui a introduit un délit d’entrave qui en ferait la loi la plus répressive au monde, un délit d’incitation au suicide assisté avec interdiction de toute publicité a été instauré ainsi que l’élargissement de la clause de conscience à l’ensemble des professionnels de santé.

Le chemin de cette proposition de loi doit se poursuivre par un examen par la Chambre des lords qui peut prendre plusieurs mois avant de revenir à nouveau devant la Chambre des Communes.

 

grande-bretagne vote ultra-serré sur le suicide assisté

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L’expérience irremplaçable des soins palliatifs : témoignage de Nicole Quinsat

L’expérience irremplaçable des soins palliatifs : témoignage de Nicole Quinsat

L’expérience irremplaçable des soins palliatifs : témoignage de Nicole Quinsat

Être en lien est un besoin humain universel et intemporel, c’est l’expérience que Nicole Quinsat, présidente d’une association d’accompagnement bénévole en soins palliatifs est venue confirmer lors de l’Université de la vie 2025, sur le thème « Être humain, et le rester demain », lors de la première séquence « Être en lien ».

Nicole Quinsat est présidente de l’association « Être-là » (Puy-de-Dôme) et réalise elle-même depuis de nombreuses années des accompagnements auprès de personnes en fin de vie, aussi bien à domicile, qu’en EHPAD et en milieu hospitalier. Passionnée par l’être humain, elle attache beaucoup d’importance à une vision pluridisciplinaire de l’accompagnement de la personne. Ainsi, pour les formations continues qu’elle met en place pour les bénévoles, elle n’hésite pas à faire appel à des professionnels de différents domaines : des philosophes, psychologues, sociologues, divers professionnels de santé…

Les soins palliatifs, c’est tout ce qu’il reste à faire (pour accompagner) quand il n’y a plus rien à faire (pour guérir). Ce sont des soins actifs, prodigués au rythme du patient, en institution ou à domicile, dans une approche globale de la personne. L’objectif est de soulager les douleurs physiques, mais aussi de prendre en compte la souffrance psychique, sociale et spirituelle, dans le respect de la dignité de la personne soignée. Les soins palliatifs accompagnent également les proches et les aidants de la personne malade. Ils permettent d’améliorer le confort et la qualité de vie des patients et de leurs proches, jusqu’au décès. Ils cherchent à éviter les investigations et les traitements déraisonnables et se refusent à provoquer intentionnellement la mort. Selon cette approche, le patient est considéré comme un être vivant et la mort comme un processus naturel.

De par ses nombreuses expériences et rencontres personnelles avec des personnes sur le point de mourir, Nicole témoigne des méfaits de l’isolement. La solitude est un mal qui peut ronger le malade, ses aidants, les personnes endeuillées et même les bénévoles. La solitude d’un malade peut être affective, mais aussi sociale : quand il est en fin de vie, il ne perd pas seulement la santé, mais aussi son rôle et ses responsabilités, au sein de sa famille et de la société. Il peut voir alors son sentiment d’utilité et d’appartenance s’effondrer. C’est pourquoi il est si important de prendre soin de cette période particulière que la plupart des personnes auront à vivre, un jour.

La qualité de nos relations humaines donne sens à la vie et même à la fin de vie.

Pour cette accompagnatrice,

« la qualité de nos relations humaines donne sens à la vie et même à la fin de vie. L’humanité de la fin de vie c’est être présent, vraiment, pour permettre au malade de parler, de se sentir écouté et pour qu’il continue à se sentir vivant et comme appartenant à « un tout » jusqu’au bout de son chemin. La relation avec le bénévole produit une interaction d’égal à égal : le malade n’est plus un malade visité mais une personne à part entière, dont l’histoire compte ».

Un cercle vertueux, favorable pour toute la société

Le développement de la culture palliative est un impératif de progrès et d’humanisation de notre société. Le bénévolat en accompagnement engendre un cercle vertueux : en apaisant le malade, on apaise et rassure aussi les proches ainsi que les soignants qui souvent souffrent de ne pas pouvoir accorder assez de temps au malade. Cette humanité de fin de vie peut et doit s’appliquer à tout le monde, en tous lieux. Et Nicole Quinsat de conclure : « il nous appartient à tous de favoriser les liens concrets pour étendre le maillage de notre humanité et rester humain, aujourd’hui comme demain ».

Pour aller plus loin :

DOSSIER – Soins palliatifs https://www.alliancevita.org/fin-de-vie-dependance/soins-palliatifs/
Etre là, association
Décryptage de la proposition de loi relative à l’accompagnement et aux soins palliatifs votée à l’unanimité en première lecture le 27 mai 2025.

 

l’expérience irremplaçable des soins palliatifs témoignage de nicole quinsat
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Moyen terme et phase avancée : le docteur Olivier Trédan décrypte l’avis de la Haute Autorité de santé

Moyen terme et phase avancée : le docteur Olivier Trédan décrypte l’avis de la Haute Autorité de santé

Moyen terme et phase avancée : le docteur Olivier Trédan décrypte l’avis de la Haute Autorité de santé

Cancérologue, le docteur Olivier Trédan décrypte l’avis publié le 5 mai 2025 par la Haute Autorité de santé (HAS) qui a jugé « indéfinissables les expressions : pronostic vital engagé à « moyen terme » ou en « phase avancée ou terminale » ». La HAS avait été saisie le 22 avril 2024 par le ministère de la Santé afin d’« éclairer les professionnels de santé sur l’évaluation de la notion de pronostic vital engagé à moyen terme » dans le cadre d’une demande d’accès d’aide à mourir, puis a élargi ses travaux « à la définition de la notion de phase avancée pour en préciser les contours et disposer de critères objectifs ».

Existe-t-il des critères objectifs pour définir un pronostic vital ?

Pour définir un pronostic vital en médecine, en règle générale, et en cancérologie en particulier, qui est ma discipline, le nombre de critères objectifs évalués scientifiquement par la recherche est assez limité.

Un pronostic vital engagé, l’est soit à très court terme, soit à court terme, soit à moyen terme. À « très court terme » désigne les quelques heures qui précèdent le décès et ça, la plupart des médecins savent le faire. A « court terme », c’est-à-dire quelques jours, il existe encore des indices cliniques, biologiques, avec des scores qui nous aident, mais avec un certain degré d’incertitude. C’est ce que la HAS appelle le jugement clinique dans son rapport.

Le jugement clinique, résulte de la perception subjective du médecin liée à son expérience et aussi à des scores pronostiques, c’est-à-dire à des critères objectifs comme un résultat biologique ou un score de performance multimodal (Les échelles de performances sont utilisées en routine en médecine, particulièrement en cancérologie. Elles aident à poser des indications de poursuite des traitements actifs type chimiothérapie). C’est ce jugement clinique qui permet au médecin de dire que le décès va survenir dans quelques jours. En cancérologie par exemple, l’essoufflement qu’on appelle la dyspnée, les œdèmes, c’est-à-dire les gonflements par de l’eau typiquement dans les jambes et la confusion sont des signes parmi d’autres qui nous disent que le décès va intervenir dans les quelques jours. Et là, on est dans la situation terminale de la fin de vie.

Ce jugement clinique est-il encore opérant pour évaluer un pronostic vital à moyen terme ?

Pour commencer il n’existe pas de consensus sur une définition du « moyen terme ». Est-ce que c’est 15 jours, 3 semaines, 1 mois ou 3 mois ? Dans les recherches faites en clinique on trouve différentes définitions. À partir du moment où les définitions sont hétérogènes, on a du mal à homogénéiser notre capacité à prédire ce moyen terme.

Par ailleurs la littérature scientifique nous dit qu’il n’y a pas de critères objectifs du moyen terme. La HAS qui a passé en revue la littérature scientifique, dit clairement dans le point 2.1 du rapport, ne pas avoir identifié de données de la littérature au sujet de la notion de pronostic à moyen terme. Le concept n’étant pas définissable, il n’est pas pertinent de s’y référer pour dire quoi que ce soit.

Qu’en est-il de la notion de phase avancée ? Est-elle objectivable selon la HAS ?

Contrairement au pronostic à moyen terme, qui n’a pas de définition, la phase avancée a des définitions. En revanche la HAS souligne que ces définitions sont très hétérogènes d’une situation à l’autre, d’une pathologie à l’autre. Par exemple, selon une société américaine de gérontologie, la maladie avancée survient quand une ou plusieurs pathologies deviennent assez sérieuses pour que l’état général de santé et l’état fonctionnel du patient déclinent. L’accent est mis sur la notion de polypathologie, aboutissant pour le patient à une dégradation générale. Une pathologie seule, par exemple le diabète, ne suffit pas pour dégrader l’état d’un patient et dire que c’est une « phase avancée ». En revanche, un diabète plus une maladie cardiovasculaire, plus une maladie neurodégénérative (par exemple avec des accidents vasculaires cérébraux), vont aboutir à la perte d’activité de ce patient. Dans ce contexte, la société américaine de gérontologie dit que c’est une phase avancée avec des fragilités gériatriques.

Pour une pathologie donnée, comme le cancer, différents sociétés savantes se prononcent sur cette notion de phase avancée. Pour l’Institut National du Cancer américain, le mot « avancé », veut dire que le cancer est localement agressif, c’est-à-dire qu’il a commencé à grignoter les tissus sains adjacents autour de la tumeur. On parle alors de « locally advanced cancer », qu’on peut traduire par « cancer avancé ».

A l’inverse, certains utilisent l’expression « cancer avancé » pour dire qu’il est allé se diffuser à distance.  C’est ce qu’on appelle les métastases. Dans ce cas, la HAS signifie bien que le cancer peut être avancé localement, ou en phase métastatique. Pour autant, un cancer avancé avec des métastases ne veut pas dire incurable. Aujourd’hui, de nombreux cancers, même avancés, sont devenus curables. Certaines patientes atteintes de cancer du sein métastatique, une maladie qui était jugée incurable il y a quelques années, peuvent vivre pendant des décennies en rémission de leur cancer, grâce aux nouveaux médicaments. 

Mais souvent, et la HAS le pointe, dans la tête des professionnels de santé, « avancé » veut dire incurable. Donc le même terme est utilisé pour différentes situations très hétérogènes.

Ce faisant on crée une énorme confusion avec ce mot puisque dans notre pratique médicale il est utilisé dans des situations qui sont très différentes. On l’observe chez les patients, le simple fait de dire « avancé », qui est le terme consacré, va induire l’idée que sa maladie est incurable. En introduisant ce critère de phase avancée dans la loi, on risque de diffuser l’idée que dès lors qu’on dit avancé, les patients pourraient se considérer comme éligibles au suicide assisté ou à l’euthanasie selon les critères de la proposition de loi en débat.

En réalité ce qui compte pour le patient, en tout cas en ce qui concerne le cancer, c’est bien de savoir si sa maladie peut être mise en rémission prolongée pendant des années. Donc, il faut vraiment souligner le fait que le mot avancé en lui-même n’est pas approprié, spécifiquement en cancérologie.

Avec cette notion de phase avancée quelles affections entreraient dans le champ d’éligibilité de la loi sur l’aide à mourir ?

Si on donne une définition large au mot avancé, des maladies qui impactent la fonctionnalité et l’état général du patient, comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires (dès lors qu’il y a des complications), la plupart des cancers, les maladies neurodégénératives et des maladies chroniques (type insuffisance rénale ou insuffisance respiratoire chronique), seraient concernées par la loi.

On peut donc avoir potentiellement des centaines de milliers de personnes qui souffrent d’affections de longue durée éligibles à l’aide à mourir.

La HAS a défini la phase avancée comme l’entrée dans un processus irréversible marqué par l’aggravation de l’état de santé de la personne malade qui affecte sa qualité de vie. Comment analysez-vous ces 3 notions ? 

En l’absence de définition homogène, la HAS détermine trois critères, dans le but de préciser la notion de phase avancée.

Le problème, c’est que sur ces trois critères, deux sont extrêmement subjectifs.

1) Concernant « l’irréversibilité », aucun médecin n’est capable de dire qu’une situation est irréversible. Par essence, notre activité médicale est là pour essayer de rendre réversible l’impact d’une maladie. Si on prend encore l’exemple du cancer, quand il y a des métastases, ça ne veut pas dire que c’est irréversible. A nouveau, parfois on arrive à guérir des patients avec des situations métastatiques. En outre c’est quelque chose de mouvant dans le temps : certaines situations jugées irréversibles hier ne le sont plus aujourd’hui.

L’irréversibilité semble impossible à appliquer dans 100% des cas.

2) Quant à la « qualité de vie » d’une personne, elle dépend largement de la perception qu’a cette personne de sa propre condition à un moment donné, de ses capacités à faire les choses par elle-même, à interagir avec les autres. Ce n’est pas parce que la qualité de vie est détériorée aujourd’hui qu’elle l’est pour toujours. Ne sous-estimons pas l’impact des interventions médicales pour améliorer la qualité de vie des patients, ce qui est un des buts premiers des soignants. L’essor de la médecine palliative et de la médecine intégrative permet une prise en charge globale des patients, dans tous les aspects de leur vie. Ainsi, tous les symptômes qui impactent les activités de la vie quotidienne sont considérés et des interventions thérapeutiques et/ou de médecine complémentaire visent à estomper (ou réduire au maximum) l’impact de ces symptômes. 

3) L’aggravation de l’état de santé de la personne malade constitue peut-être le critère le plus objectivable. Lorsque certains paliers d’évolution de la maladie sont franchis, la médecine peut dire qu’on a passé un cap de gravité supplémentaire dans la maladie.

Dans sa tentative de définition de la « phase avancée », la HAS n’est pas convaincante.

Que pensez-vous de la recommandation de la HAS de retenir une logique d’anticipation et de prédiction de la qualité du reste à vivre faute de pouvoir prédire la quantité de vie restante ?

La HAS a le mérite de dire que dans une situation de maladie incurable, la prise en compte de la qualité de vie est essentielle. On doit considérer la personne malade comme quelqu’un qui vit et qui doit avoir une certaine qualité de vie.

En revanche, tirant la leçon de l’impossibilité pour les médecins d’avoir des critères objectifs, la HAS fait du patient le seul à même de juger de la qualité de sa vie, le seul à même de dire si sa vie vaut le coup d’être vécue ou pas. Cet avis essaye de donner un cadre, mais qui est tellement large, tellement subjectif que ça ne précise pas du tout ce que c’est qu’une phase avancée, ni un pronostic engagé. Comme nous n’avons pas la capacité de dire ce que c’est qu’une phase avancée et ce qu’est un pronostic engagé, nous nous en remettons au patient qui le définit par lui-même, pour lui-même.

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Don de sperme, une pratique à risque

Don de sperme, une pratique à risque

Don de sperme, une pratique à risque

Le don de sperme est une pratique à risque. C’est ce qu’une information récente venant de Belgique met de nouveau en lumière.

Un donneur de sperme, porteur d’un risque de cancer élevé.

Chez notre voisin belge, le sperme d’un donneur danois a servi pour la conception de 52 enfants. Cet homme se trouve porteur d’une mutation rare d’un gène (TP53) qui prédispose à l’apparition d’un cancer. A l’heure actuelle, on a identifié en tout 67 enfants engendrés par ce donneur, tous pays confondus. 23 enfants sont porteurs de la mutation et 10 sont diagnostiqués d’un cancer. La société privée danoise qui collecte le sperme « Banque Européenne de Sperme » (ESB) a été créée en 2004 et livre régulièrement les gamètes mâles dans plusieurs pays. Selon les médias, l’affaire a été révélée à l’occasion d’une réunion de biologistes à Milan, et rendue publique par le ministre belge de la Santé. 37 femmes en Belgique seraient concernées par l’utilisation de ce sperme vendu par l’ESB entre 2008 et 2017. Fait aggravant: la loi belge prévoit un plafond de 6 enfants par donneur. Cadre qui n’a donc pas été respecté.

Sur le site de l’ESB, une affirmation rassurante s’inscrit en première page : « Chaque donneur est soumis à un processus de sélection minutieux, et chaque candidature est validée individuellement par notre équipe médicale, composée d’experts en génétique clinique. En choisissant parmi nos donneurs, vous bénéficiez de la plus haute qualité disponible« . Que vaut cette assurance ? La question se pose après les révélations récentes. Le génome humain contient plus de 20000 gènes et il parait illusoire de pouvoir contrôler l’ensemble, d’autant que tout n’est pas encore connu et que, régulièrement, les découvertes en génétique révèlent de nouveaux liens entre mutations et prédispositions à des maladies.

Il est donc parfaitement mensonger de prétendre offrir une forme d’ « assurance qualité » sur la santé des enfants conçus par don.

Par cet exemple, on mesure que « l’utilisation » massive d’un même donneur pour la conception de dizaines d’enfants vient fragiliser la biodiversité humaine et contribue à diffuser des prédispositions génétiques qui seraient naturellement limitées dans le cadre de naissances au sein d’un couple.

Une longue liste de faits divers préoccupants.

Ce nouveau fait divers s’inscrit dans une liste longue et préoccupante pour cette pratique. On peut citer ainsi :

  • Scandale des donneurs en masse aux Pays Bas,
  • Cas délirant de l’homme natif de Hollande « aux mille enfants »,
  • Gynécologues utilisant leur propre sperme à l’insu des femmes désireuses d’une AMP (Assistance Médicale à la procréation) en France.
  • Cette fraude s’est réalisée aussi aux Etats Unis. Au moins 50 médecins sont accusés d’avoir secrètement utilisé leur sperme pour des patientes. Des années après, une jeune femme du Connecticut, un Etat de la côte Est, a réalisé qu’elle avait eu une relation avec un demi-frère.

La pratique du don de sperme : 4 questions éthiques à poser.

Toutes ces informations soulèvent une question de fond : le don de sperme est-il une pratique éthiquement satisfaisante ?

Quatre enjeux se dégagent pour répondre à cette question.

Un cadre réglementaire peut-il tenir sans dérives sérieuses ?

Comme le montrent les exemples anciens et récents, poser un cadre réglementaire ne suffit pas. Au contraire.

En premier lieu, ce cadre s’est trouvé régulièrement contourné. Ainsi du plafond en Belgique à 6 enfants, ou du plafond hollandais à 25 puis 12 enfants.

Par ailleurs, un cadre existant n’empêche pas des pratiques dites « sauvages », à savoir sans aucun cadre. Récemment, la gendarmerie française a interpellé un homme à Lille. Cet homme est soupçonné d’avoir alimenté un site clandestin pour du don de sperme et « exploité la vulnérabilité des victimes et perçu diverses rémunérations grâce à cette activité ». Ce site aurait été fréquenté par 7000 membres. La gendarmerie a rappelé à cette occasion que « la pratique non encadrée du don de gamètes peut exposer les parties concernées à de multiples dangers (risques sanitaires, de consanguinité, génétique…) et à des comportements abusifs (infractions à caractère sexuel) ». Aux Etats Unis, en France, de nombreux Réseaux sociaux abritent des groupes d’échanges pour des échantillons de sperme.

Loin d’être arrêtée par la présence d’une réglementation, la pratique peut au contraire s’étendre. Cet effet est connu dans de nombreux domaines. Ainsi, concernant la GPA, la spécialiste Cécile Revel-Dumas le rappelait lors d’une Université de la vie : l’illégal se sert du légal.

Un autre exemple plus exotique : une étude scientifique publiée en 2016 a établi que l’autorisation de chasse légale d’une espèce régulée (les loups dans deux états américains) augmentait le taux de braconnage. Si cela semble contre-intuitif, les chercheurs ont pointé sur un « effet feu vert » lié à l’autorisation donnée par la réglementation qui pose un cadre.

Plus généralement, la loi n’a pas qu’un effet dissuasif pour défendre ou interdire une pratique. Elle a un côté prescriptif: ce qui est légal est plus facilement considéré comme normal, voire moral.

Peut-on éviter la marchandisation du don ?

La réglementation française est explicite et rappelée régulièrement : le don de gamète est gratuit et les donneurs ne sont pas rémunérés. Pourtant, comme le montre le récent exemple français, derrière le « don », c’est tout une chaîne marchande qui se met en place, dans les échange « sauvages » comme dans des banques de sperme accréditées. Le site de Cryosbank dans sa page pour les donneurs potentiels affiche un slogan : « aidez les autres. Gagnez jusqu’à 800 euros par mois ».

Le site de l’ESB explicite ses tarifs : une paillette « MOT20+ » (c’est-à-dire contenant plus de dix millions de spermatozoïdes) coute 1110 euros si le donneur est révélé. C’est 810 euros pour un don anonyme.

En France, la forte hausse de la demande pour des paillettes pourrait-elle conduire à l’importation de gamètes mâles venant de banques privées? Dans le cas belge, des cliniques avancent le chiffre de 75% des paillettes utilisées provenant du Danemark. Une offre marchande se met en place et évolue ensuite selon les demandes. Pour rassurer face au scandale des donneurs aux multiples enfants, le site de l’ESB propose des « packs » promettant une limite de famille (« family limit options »). Le site affirme que « la majorité de nos donateurs ont une limite de 75 familles, mais sur certains marchés (le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Australie et les Pays-Bas), nous offrons également des donateurs avec une limite mondiale de 25 familles. Pour ceux qui préfèrent une limite familiale encore plus basse, nous avons des donateurs qui aident un nombre plus restreint de familles« . Si vous souhaitez limiter le nombre de familles (pas d’enfant…) à 15, il vous en coûtera 11,000 euros. Pour 5 famille, c’est 25,000 euros et pour une promesse d’exclusivité : 39,000 euros. Le cas délirant du « donneur en série » montre pourtant que certains hommes peuvent ne pas tenir une promesse d’exclusivité à une banque de sperme, privée ou publique.

Dans un article du magazine Elle à destination de femmes cherchant un donneur aux Etats Unis, la journaliste constate que « acheter du sperme, c’est vraiment comme acheter n’importe quoi d’autre en ligne« . Si la France résiste pour le moment à cette marchandisation à outrance, les besoins, et la culture consumériste, pourraient pousser dans cette direction.

Le tri des donneurs : un risque supplémentaire de dérive eugéniste ?

Sur le site de l’ESB, on constate que les donneurs passent des tests psychologiques et médicaux avant d’être approuvés par une banque. Ils se retrouvent aussi listés sur une page du site. En donnant son adresse email, une femme peut ensuite « utiliser toute une variété de filtres pour trouver le donneur présentant les caractéristiques physiques recherchées« . Les femmes peuvent sélectionner une taille, des couleurs des yeux, et en payant un supplément, entendre la voix du donneur et accéder à une photo du donneur à l’âge adulte.

Des annonces venant de donneur potentiels peuvent mettre en avant des qualités plus intellectuelles ou une catégorie socio-professionnelle : « cadre financier, fils de médecin, Bac + 5, revenus confortables« .

Dans les années 70, une « banque de prix Nobel » avait fait scandale pour son projet de proposer des paillettes supposées venir d’hommes ayant un QI élevé. Les dérives eugénistes avaient été dénoncées, d’autant qu’un des rares donneurs, le Prix Nobel William Shockley, affichait des idées eugénistes et racistes.

En favorisant une analyse par filtres sur de nombreux critères, le risque est de favoriser une culture déshumanisante, qui occulte la personne au profit de certaines caractéristiques « recherchées » (apparence physique, aptitude intellectuelle supposée etc).

Est-ce une bonne chose de séparer engendrement et responsabilité paternelle ?

En séparant la capacité de devenir père biologique et la coresponsabilité, avec la mère, de l’éducation de l’enfant, le don de sperme opère une dissociation majeure. De nombreux témoignages ont pourtant montré le besoin, et le désir, des enfants nés de don de sperme de connaître leur père biologique. La loi bioéthique en 2021 a renversé la réglementation précédente en instituant l’accès aux données de façon systématique pour les enfants, une fois adulte. Preuve que le donneur n’est pas un simple donneur, et que donner un gamète n’est pas du tout du même ordre que donner son sang.

De plus, la paternité naturelle au sien d’un couple assure dans les faits une limite effective que la réglementation n’a pas réussi à imposer. La responsabilité éducative, avec toutes ses implications matérielles, psychologiques et émotionnelles, constitue une sauvegarde contre les dérives constatées dans la pratique du don de sperme, en particulier les risques génétiques pour de nombreux enfants, et la méconnaissance des antécédents familiaux.

Par ailleurs, le don de sperme constitue une atteinte aux droits de l’enfant. Notre pays – qui a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant qui pose le droit, pour tout enfant, dès sa naissance, à un nom, une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux – se dédit. Notre loi, qui organise par avance et de manière délibérée la conception d’un enfant d’une manière qui fait disparaitre le père et permet seulement à l’enfant de connaitre « l’identité » de son géniteur à sa majorité, n’est assurément pas respectueuse de ce droit.

Conclusion.

Le désir d’enfant est un puissant moteur derrière l’expansion des pratiques d’assistance médicale à la procréation. La pratique du don de sperme n’est pourtant pas sans risque. A chaque fait divers scandaleux, les médias pointent une absence de contrôle du cadre. Mais après des décennies d’expérience, la question se pose : peut-on fixer un cadre qui tient ? Et qui peut contrôler le respect de la réglementation en vigueur ? D’autres questions s’ajoutent. Quelle information faut-il assurer aux enfants nés de cette pratique ? Jusqu’où la sélection des donneurs est-elle acceptable ? L’absence de réponse définitive et satisfaisante à tant de questions jette un doute sérieux sur la pratique même de don du sperme.

 

don de sperme, une pratique à risque

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L’urgence de la prévention du suicide, avec Corine Rondel à l’Université de la vie

L’urgence de la prévention du suicide, avec Corine Rondel à l’Université de la vie

L’urgence de la prévention du suicide, avec Corine Rondel

Avec ses 9000 décès et ses plus de 200 000 tentatives par an en France, le suicide est un drame qui frappe des milliers de familles, proches, soignants et avec eux, toute la société. Face au risque suicidaire, Il y a un grand besoin de sensibilisation et de formation de tous et une vraie urgence à cette prise de conscience que tout le monde peut agir, c’est l’enseignement fort et éclairant qu’a délivré Corine Rondel, formatrice Premiers secours en santé mentale et en Prévention du suicide lors de l’Université de la vie 2025, sur le thème « Être humain, et le rester demain », lors de la troisième séquence « Rester solidaire ».

Corine Rondel est infirmière, elle a été cadre de santé dans un établissement public de santé mentale, spécialisée en alcoologie, traumatisme psychique et suicidologie. En 1999, elle a été détachée sur une mission de Santé publique confiée par l’État, en prévention du suicide. Elle a animé sur le territoire nord de la Charente-Maritime un réseau, des formations, de l’accompagnement et du développement de projets sur cette problématique. Depuis, elle est formatrice Premiers secours en santé mentale et Prévention du suicide.

Malgré les campagnes de prévention depuis les années 2000, on constate que le sujet reste encore difficile à aborder.

En matière de suicide, il y a de nombreux tabous, de nombreuses fausses représentations qui perdurent et bien sûr de nombreuses peurs, que Corine Rondel développe. Le sujet reste difficile, comme si en parler portait malheur. De fait, seul l’homme est capable de poser un tel acte sur lui-même, dans un moment de souffrance aigüe. Pour la plupart des personnes qui traverse ces moments, les pensées suicidaires n’arrivent pas d’un seul coup. Elles sont souvent le résultat d’une souffrance graduelle, qui peut être plus ou moins exprimée par la personne : signaux de changements de comportements, d’émotions fragiles, d’une humeur morose qui dure, de propos sombres. Les idées suicidaires, fugaces au début, vont commencer à s’installer, puis prendre toute la place et vont devenir pour la personne qui souffre « la solution possible » pour arrêter cette souffrance. Ces passages sont extrêmement dangereux. A ce moment-là, ce n’est pas leur vie qu’elles veulent arrêter, c’est leur souffrance. Chez les adolescents ou les personnes impulsives la tolérance à cette tension peut être réduite et le passage à l’acte malheureusement très rapide

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que ce moment est une crise, une acmé de douleur psychologique et que cette crise est temporaire et réversible. Et nous savons que nous pouvons agir avant, si nous repérons les signes avant coureurs, et si nous osons parler, nous mettre à l’écoute. En cas de pensées suicidaires, il faudra protéger celui qui souffre, en mettant en place un filet de sécurité autour de lui, le temps de cette crise.

Pour conclure son intervention, Corine Rondel partage un témoignage poignant. Il illustre l’importance vitale d’être attentifs à ceux qui nous entourent, et d’oser aller leur parler.

« Maryse est professeur d’université. Elle avait suivi une journée de sensibilisation sur ce sujet, ce qui avait changé son regard sur cette douleur. Un jour, dans une de ses promotions d’étudiants, elle a repéré un jeune homme qui semblait aller très mal. Elle s’est autorisée à aller vers lui, à lui parler, à l’aider à exprimer sa souffrance, à poser la question des idées suicidaires. Et finalement elle a pu le mettre en sécurité. Ce jeune homme lui témoignera plus tard que ce jour-là, elle lui avait sauvé la vie ».

Madame Rondel conclut son intervention avec cet appel nécessaire : « Ne banalisons jamais une idée suicidaire. Il n’y a que le silence qui tue »

Pour aller plus loin

Le 3114

Numéro national de prévention du suicide, soutenu par l’État. Ce numéro gratuit et accessible 24h/24 sur tout le territoire existe depuis 2019. Les personnes ou l’entourage peuvent appeler et recevoir de l’aide. Des professionnels experts au téléphone évaluent la crise suicidaire et soit la désamorcent, soit envoient les secours.

Une formation en prévention du suicide

Il existe des formations qui s’adressent aux personnes concernées par le mal-être des autres et à même d’entrer en relation avec eux, ainsi qu’aux professionnels prenant en charge les personnes en souffrance : médecins généralistes ou psychiatres, psychologues, infirmiers, etc. Réactualisée en 2019, elle vise à créer dans les territoires des réseaux de personnes-relais, capables de repérer les personnes à risque et d’agir en lien avec les professionnels de la prise en charge. Trois rôles, donc trois fonctions, à articuler entre elles, ont été identifiées

La sentinelle :

Elle est capable de repérer et d’orienter la personne. (vers un évaluateur ou vers un intervenant de crise ou le samu).

La formation « sentinelle » s’adresse à des citoyens ou des professionnels non cliniciens, tandis que les deux autres formations, qui requièrent une intervention spécialisée, ciblent des professionnels de santé ou des psychologues travaillant de manière régulière en suicidologie.

L’évaluateur :

Qui peut faire une évaluation clinique du potentiel suicidaire de la personne et l’orienter vers le soin ou toute autre solution adaptée à ses besoins.

L’intervenant de crise :

Qui a une fonction d’évaluation clinique du potentiel suicidaire, mais qui a aussi des connaissances spécifiques pour désamorcer une crise suicidaire, éviter un passage à l’acte et orienter la personne vers un accompagnement adapté.

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Prévenir la maltraitance des personnes âgées, défi complexe

Prévenir la maltraitance des personnes âgées, défi complexe

Prévenir la maltraitance des personnes âgées, défi complexe

Le dimanche 15 Juin 2025 est célébrée la journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées. Il ne s’agit pas seulement de repérer les situations de maltraitance et de les dénoncer. Il faut aussi mettre en place les conditions de la bientraitance, ce qui revient à prévenir, le plus en amont possible, le risque inhérent à toute situation de vulnérabilité.

L’enjeu de la lutte contre la maltraitance des personnes âgées monte avec l’évolution démographique : la croissance du nombre de personnes âgées fait automatiquement grandir la proportion des personnes âgées dépendantes dans la population. Mais la maltraitance est aussi liée à l’évolution des modes de vie et des mentalités. Mobilité, surcharge de travail, individualisme, éparpillement des familles et des mentalités, manque de personnel soignant etc. peuvent contribuer à davantage d’isolement et de stigmatisation au dépend de nombreuses personnes âgées vulnérables.

Quelle protection pour le faible ? Du personnel au culturel

On peut être « maltraitant » en parole, en action et par omission. Et l’on pourrait ajouter « en pensée » dans la mesure où c’est largement d’un regard inadéquat porté sur la personne vulnérable que naissent les gestes et attitudes maltraitants (cf. la campagne d’Alliance VITA « Changeons nos regards pour changer sa vie ».) Les situations de maltraitance sont multiples. L’OMS propose une typologie des situations de maltraitance selon leur fréquence. Les maltraitances envers les personnes âgées les plus souvent relevées sont l’abus psychologiques (11,6% des cas), l’exploitation financière (6,8%), la négligence (4,2%), la maltraitance physique (2,6%) et les abus sexuels (0,9%). Tous ces faits s’inscrivent dans un contexte socio-économique et culturel qui peut les favoriser ou, au contraire les prévenir. Une plus grande sensibilité aux droits de la personne peut aujourd’hui, dans les pays occidentaux, contribuer à rendre inacceptables des situations trop longtemps tolérées. Bien que des cultures du sud estiment que l’occident abandonne injustement ses « vieux »

Sans aucunement minimiser la gravité du sujet, il est indispensable de prendre conscience de sa complexité. Un dévouement extrême est souvent nécessaire pour apporter à une personne âgée dépendante l’attention dont elle a besoin, voire à laquelle elle a droit. Le risque de maltraitance est certes lié à la tentation d’abus de pouvoir du fort vis-à-vis du faible, à la cruauté, à la cupidité ou à l’aveuglement dont l’être humain peut se montrer capable. Il est également lié à la difficulté de l’aidant (proche, volontaire ou professionnel) devant les exigences de la tâche. D’où l’importance de prendre soin des aidants et des soignants, et de faire du risque de maltraitance un sujet à traiter et débattre pour une prévention optimale. Un intervenant professionnel épuisé, sous pression, pressé, sous-payé et isolé sera plus facilement maltraitant qu’un autre correctement inséré dans une équipe et bénéficiant de conditions de travail dignes. Autrement dit, le maltraité est plus spontanément maltraitant.

Une prévention à débattre pour discerner

Par ailleurs, certaines situations de vie apparemment « innocentes » ou considérées comme « inévitables » peuvent être vues en elles-mêmes comme maltraitantes. On peut penser à l’orientation vers un service d’urgence d’une personne âgée qui risque d’y rester des heures sur un brancard, perdue, sans explications, ni soin, ni même change… Mais aussi au « placement d’office » en EHPAD d’une personne âgée devenant dépendante, non consentante ou à peine consentante, qu’on a cru pouvoir ou devoir couper brutalement de la plupart de ses repères quotidiens. Pour elle la situation peut être d’autant plus violente qu’elle ne sera pas en mesure de se souvenir ni des circonstances, ni des « bonnes » raisons d’un tel déracinement.

Le seul fait – pour une personne, désorientée ou pas – de se retrouver dans une institution, au milieu d’autres personnes désorientées, qui déambulent, entrent dans un espace privatif sans s’en rendre compte, posent cent fois la même question etc. a un caractère « innocemment » maltraitant. Et que dire de la violence qui peut aussi s’exprimer entre résidents ? On déplore récemment le meurtre commis par un homme désorienté sur un autre résident. Tout cela réclame des professionnels beaucoup de vigilance, de patience et d’attention. Il peut arriver que pour prévenir ou interrompre une grave maltraitance, des intervenants soient incités à en commette d’autres, plus ou moins graves, comme la privation de liberté.

A ce titre certains professionnels peinent à faire comprendre aux proches les modalités choisies dans leur institution pour éviter la maltraitance, à l’image de cet EHPAD où l’on a décidé de laisser les résidents en liberté, pour les protéger de tout emprise carcérale, au risque de déambulations nocturnes, de fugues, d’intrusion dans les chambres. Que choisir entre la liberté et la  sécurité ? Le zéro risque est vite maltraitant. Aux proches qui s’étonneront que « leur » personne âgée désorientée n’ait pas pris de douche depuis plusieurs semaines, on répondra légitimement que le refus ferme voire virulent du résident interdit des gestes intimes qui s’apparentaient à une violence sexuelle. Tant que la santé de la personne n’est pas en cause, on accepte les inconvénients incontestables de ses refus, tout en essayant de l’inciter à se laver ou à se laisser laver. On ne douche pas de force, de même qu’on ne nourrit pas de force.

La maltraitance qui passe sous les radars

Des situations de maltraitance sont aussi observées au domicile, dans le cadre familial, commis par les aidants familiaux, les voisins, les soignants. L’épuisement peut transformer en maltraitance le dévouement de l’aidant de première ligne : conjoint, enfant ou parent présent 24 heures sur 24, nuit et jour. Selon une enquête conduite en 2019 auprès de professionnels chargés de l’évaluation des plans d’aide APA (aide personnalisée à l’autonomie) ayant relevé des faits de maltraitance à domicile, les mis en cause sont à 47 % les professionnels, à 37 % l’entourage familial et à 13 % les voisins ou amis. Mais, par essence, la plupart des graves situations de maltraitance passent sous les radars parce qu’elles sont dissimulées ou négligées. Elles peuvent aussi être difficiles à dénoncer, parce que cela reviendrait à remettre en cause le difficile échafaudage de la prise en charge. A domicile, c’est la maltraitance psychologique qui est la plus relevée par les professionnels puis les négligences, abandons ou privations, enfin les maltraitances physiques.

Même une personne âgée apparemment autonome peut être maltraitée par un proche qui exploite sa vulnérabilité. Lors d’une enquête, 65 % des notaires ont témoigné se demander au moins une fois par an si un client âgé n’est pas sous l’emprise d’un tiers. Ils évoquent des « signaux d’alerte », comme le fait que la personne âgée « attende constamment l’approbation de la personne qui l’accompagne ». Vulnérabilité cognitive et fragilité affective s’articulent pour faire d’une personne âgée la proie rêvée, influençable et manipulable, de ceux qui prétendent l’aider pour mieux l’arnaquer. Vols sans violence et escroqueries ciblent volontiers les personnes âgées en perte d’autonomie.

En établissements, l’épisode COVID a fait éclater une tension entre deux maltraitances, sous la forme de conflits ingérables pour les professionnels et les familles entre, d’une part, l’indispensable protection contre la pandémie et, d’autre part, l’inhumaine coupure imposée vis-à-vis de l’extérieur. Revenant sur l’outrance des mesures liberticides, les pouvoirs publics ont heureusement réaffirmé depuis le droit de toute personne de recevoir librement des visites.

Promouvoir la bientraitance pour prévenir la maltraitance

Les situations les plus scandaleuses (comme les violences physiques) tendent à la fois à faire oublier les efforts des professionnels pour travailler à la prévention de la maltraitance et à occulter les situation plus courantes et néanmoins contestables qui font le lit de plus graves maltraitance : la façon de parler brutalement ou ironiquement à une personne, de parler d’elle devant elle comme d’un objet, sans l’impliquer, de ne pas la changer en cas de besoin, de ne pas l’habiller proprement, d’ignorer ses appels etc. Mais comment faire si la personne âgée elle-même s’exprime avec brutalité, de façon irrespectueuse, harcelante, voire insultante et violente ? Seul le solide travail d’équipe peut aider les professionnels ainsi maltraités à ne pas entrer dans la surenchère.

Les pouvoirs publics communiquent sur la prévention de la maltraitance. Le site des services publics indique qu’« une cellule spécialisée reçoit les signalements de victimes ou de témoins de maltraitance » et précise que « dans certains cas, les autorités administratives ou judiciaires compétentes doivent être alertées. »

La maltraitance est le type de sujet de société qui doit être « parlé », ensemble, de façon pluridisciplinaire, avec recul et hauteur de vue. Il faut bénéficier de regards croisés pour favoriser les contextes qui servent la prévention, c’est-à-dire ceux où toute personne est reconnue comme digne, digne d’être respectée, protégée, soignée et aimée.

Le défi donc est immense, puisque le manque de « bientraitance » est à considérer comme maltraitant. Maltraitante, une certaine culture de mépris du grand âge ou âgisme, véhiculée par la société risque d’être aggravée par la loi « fin de vie » si elle était votée, même si elle ne vise pas a priori toutes les personnes âgées vulnérables. Elle laisse entendre qu’il vaut mieux, dans certaines conditions, être suicidé ou euthanasié que vivre. La notion même d’aide à mourir, pour certains « éligibles » constitue une maltraitance psychique dans la mesure où elle désigne des personnes dont la société pense qu’elles ont « fait leur temps », que leur vie pourrait n’être plus être digne d’être vécue.

Alors que maintes personnes âgées subissent l’ultime maltraitance de se sentir « de trop », de nombreuses voix s’élèvent pour réinterroger notre modèle social et agir pour que les plus vulnérables conservent une place au cœur de la société. Signal encourageant.

prévenir la maltraitance des personnes âgées, défi complexe

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Vivre avec la bipolarité – Florian Dosne, grand témoin de l’Université de la vie

Vivre avec la bipolarité – Florian Dosne, grand témoin de l’Université de la vie

Vivre avec la bipolarité – Florian Dosne, grand témoin de l’Université de la vie

Florian Dosne est atteint comme 12 millions de français par une maladie psychiatrique. Celle avec laquelle il doit vivre s’appelle la bipolarité, comme il en témoigne personnellement dans cet entretien de l’Université de la vie 2025, sur le thème « Être humain, et le rester demain », lors de la deuxième séquence « Être vulnérable ».

« Lors de mes crises dépressives incessantes, si on m’avait dit : “Tu as l’occasion de mourir par euthanasie, en douceur, sans souffrir”, j’aurais dit oui. Et aujourd’hui je suis vivant, je suis marié, j’attends un enfant, j’ai des amis qui sont revenus, j’ai une famille aimante, et je dis que ce n’est pas possible de laisser faire ça. »

Vivre avec la bipolarité

Florian Dosne est stabilisé depuis 5 ans. Mais à travers son histoire, nous comprenons que l’errance diagnostique peut parfois être longue pour ce type de maladie. Et à quel point la maladie mentale fait peur. Après le déni vient la colère : « Pourquoi moi ? Pourquoi je tombe malade ? Pourquoi je perds des amis ? Pourquoi mon discours est incohérent, pourquoi les dépressions sont foudroyantes ? ». Avec le recul, il a constaté qu’« il s’agit d’une étape normale et nécessaire. Puis quand le diagnostic se dessine, on peut passer au soin. S’il est essentiel d’être suivi par un psychiatre et de prendre un traitement, cela ne suffit pas. Être accompagné psychologiquement par un thérapeute et maintenir un rythme de vie équilibré, c’est ce qui permet de ne pas se définir uniquement par sa maladie mais de se tourner vers la vie ».

Mobilisé contre l’aide à mourir

Auteur de Ma vie aux deux extrêmes (Mame, 2022), Florian s’est fortement mobilisé contre la loi, adoptée en première lecture, qui ouvre la voie au « droit à l’aide à mourir ».

Pour lui, concerné par une maladie incurable, « ce projet de loi n’est pas une avancée. C’est un abandon organisé. Ce texte fait violence à ceux qui luttent pour vivre. Il affaiblit la société dans son devoir le plus noble : accompagner les plus fragiles jusqu’au bout. Il ne garantit ni collégialité réelle, ni discernement objectif, ni délai protecteur. (..) Ce projet, au nom de la liberté individuelle, organise un abandon collectif. Beaucoup demanderont à mourir pour ne plus être un poids. Et personne n’aura le droit de leur en empêcher. On sacrifie la solidarité sur l’autel du désespoir ».

Prévenir le suicide

Alors qu’environ 20% des personnes atteintes de bipolarité présentent le risque de se suicider au cours de leur vie, il y a urgence à sortir les maladies mentales du tabou qui les entoure. Parce qu’il a traversé des moments très difficiles, Florian sait que « derrière toute demande de mort, il y a une détresse qui dépasse ce que la personne peut contenir psychiquement ».

Pour lui, « une société sans vulnérabilité serait une société de forts ; et ça serait une société morte, parce que la vulnérabilité crée du lien entre les gens et est un élément qui peut donner l’impulsion de la charité. »

« L’appel des psys »

Son appel personnel fait écho à celui du monde de la psychiatrie. Les professionnels de ce secteur sont en effet de plus en plus nombreux à redouter la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté envisagée par cette loi, qui doit arriver en première lecture au Sénat dans les prochains mois.

Tous ces professionnels de la santé mentale ont conscience du risque induit par la valorisation du suicide sur la population, notamment des plus souffrants, fragiles, isolés. Un effet de contagion, nommé effet Werther, a été décrit.

Ils ont lancé un appel pressant :

« Nous, psychologues, psychiatres et psychothérapeutes, refusons de devenir les témoins impuissants d’un système qui renonce à soigner, à accompagner ; qui abandonne en somme. Chaque jour, nous luttons pour redonner espoir à ceux que le désespoir submerge. Et nous savons que la souffrance psychique n’épargne personne ; surtout pas les personnes fragilisées par l’âge, l’isolement ou la maladie. Valider la mort comme réponse à cette souffrance psychique, c’est trahir nos patients. C’est inciter au suicide, c’est piétiner nos efforts, nos engagements, nos valeurs. Nous disons non. Sans compromis ».

Redonner espoir

Florian témoigne pour aider ceux qui traversent la maladie bipolaire et qui, peut-être, n’ont pas le soutien suffisant :

« Je suis un survivant. Et je témoigne. Le soleil s’est levé un jour sur ma nuit. Ma vie, traversée par les extrêmes, est devenue limpide. Je veux que d’autres puissent, eux aussi, retrouver l’espérance ».

Pour aller plus loin

Décryptage PPL « aide à mourir » : entre aggravation et atténuations cosmétiques – 28 mai 2025
Euthanasie et suicide assisté : inquiétudes en psychiatrie – 6 mai 2025
L’effet Werther ou la contagion suicidaire – 23 septembre 2022
Bipolarité France

vivre avec la bipolarité – florian dosne, grand témoin de l’université de la vie

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L’offensive du suicide assisté et de l’euthanasie en Grande-Bretagne et en France

L’offensive du suicide assisté et de l’euthanasie en Grande-Bretagne et en France

L’offensive du suicide assisté et de l’euthanasie en Grande-Bretagne et en France

Des propositions de loi visant à légiférer sur l’administration de la mort provoquée par suicide assisté ou euthanasie sont en cours en Grande-Bretagne et en France. Des oppositions s’élèvent dans les deux pays face aux risques pour les personnes les plus fragiles.

En Grande-Bretagne, une nouvelle étape se jouera dans les prochains jours avec un nouvel examen d’amendements à la Chambre des communes le 13 juin prochain et un vote le 20 juin prochain. Si la proposition de loi « Terminally Ill Adults (End of life) Bill » était adoptée, elle serait ensuite transmise à la Chambre des Lords.

Cette loi serait applicable en Angleterre. Pour le Pays de Galles, elle nécessiterait un vote du Senedd, l’Assemblée galloise qui s’est déjà prononcée contre. L’Ecosse examine également une proposition de loi similaire, qui pour aboutir, aurait besoin de l’aval de Westminster.

Quelles différences entre les propositions des deux pays ?

Angleterre / Pays de Galles France
« Assisted death » – mort assistée « Aide à mourir »
Suicide assisté : le patient s’administre lui-même le produit létal.

Suicide assisté en première intention : le patient s’administre lui-même le produit létal.

Euthanasie : un médecin ou un infirmier administre le produit si le patient est en incapacité physique de le faire.

Être majeur, vivre en Angleterre ou dans le Pays de Galles et être inscrit auprès d’un médecin généraliste dans les 12 derniers mois. Être majeur y compris sous protection juridique, être de nationalité française ou résider de façon stable et régulière en France.
Être atteint d’une maladie incurable et avoir un pronostic vital engagé à 6 mois.

Être atteint « d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée » ou « terminale ».

Présenter « une souffrance physique ou psychologique constante » qui est « soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne » lorsqu’elle a « choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter » un traitement.

Avoir la capacité mentale de faire le choix et être réputé avoir exprimé un souhait clair, établi et éclairé, libre de toute coercition ou pression. Être « apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée ».
Faire deux déclarations écrites distinctes, signées et attestées, concernant le souhait de mourir. Le patient fait une demande écrite ou par tout autre moyen s’il n’est pas en capacité d’écrire.
Observer un délai de 14 jours entre l’approbation de la demande et l’exécution du suicide assisté. Observer un délai de 48 heures entre l’approbation de la demande et l’exécution du suicide assisté ou de l’euthanasie.
Peine de 14 ans de prison pour toute personne qui contraindrait quelqu’un à déclarer qu’il veut mettre fin à ses jours.

Pas de sanction pour incitation.

Peine de 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende pour toute personne qui tenterait d’empêcher un suicide assisté ou une euthanasie.

Clause de conscience

Pour tous les professionnels de santé y compris les pharmaciens. Un médecin n’est pas obligé de participer ni de référer à un autre médecin mais doit s’assurer que la personne peut obtenir les informations au premier entretien.

Clause de conscience

Pour les professionnels (médecin ou infirmier) qui participent activement à l’acte. Le médecin est cependant tenu de ne pas tenter de dissuader, et de réorienter vers un autre médecin le cas échéant. Par ailleurs, les pharmaciens et les institutions sont privés de clause de conscience.

Les modifications en cours de la proposition de loi britannique

Selon les propositions initiales, un juge de la Haute Cour aurait dû approuver chaque demande de suicide assisté. Cependant, un amendement de la rapporteure Leadbeater a été adopté pour que ce soit un panel de trois personnes composé d’un juriste, d’un psychiatre et d’un travailleur social, qui approuve la demande. Cet amendement a conduit des députés indécis à changer de position en raison du manque de garde-fous.

D’autres changement ont également été adoptés à ce stade. Ils concernent la mise en application de la loi qui passe de deux ans à quatre ans après le vote de la loi pour finaliser la formation et la mise en place du système, l’application d’une clause de conscience aux professionnels de santé ainsi que la proposition d’accès aux soins palliatifs lors d’une consultation de suicide assisté.

Des objections grandissantes

La proposition de loi anglaise (Terminally Ill Adults Bill), si elle est plus restrictive que la proposition de loi française votée par l’Assemblée en première lecture, demeure très controversée alors que le système de santé  – comme en France  – se dégrade et qu’un patient sur quatre n’a pas accès à des soins palliatifs.

Les objections montent dans les deux pays sur le manque de garde-fous et sur la mise en danger des personnes fragiles. Plusieurs députés britanniques s’alarment et pourraient modifier leur vote. En France, à l’instar d’autres personnalités, la récente prise de position de Jacques Attali en est également un exemple. Bien qu’il soit de ceux qui auraient voulu pouvoir prendre parti en faveur du texte, il se dit opposé à la proposition de loi malgré ses convictions utra-libérales sur ce sujet : « Rien ne garantit […] qu’on ne connaîtra pas en France la même évolution que celle qui semble se dessiner dans d’autres pays où une telle loi existe, en particulier au Canada et aux Pays-Bas, où cette faculté semble être utilisée en ce moment surtout par les gens les plus pauvres et les plus fragiles. »  

grande-bretagne et france face à l’offensive du suicide assisté et de l’euthanasie

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Qui pourrait demander le suicide assisté si la loi était définitivement votée ?

Qui pourrait demander le suicide assisté si la loi était définitivement votée ?

Qui pourrait demander le suicide assisté si la loi était définitivement votée ?

Loi d’exception ou création d’un guichet largement ouvert ? La question se pose de savoir qui pourrait demander le suicide assisté si la loi est définitivement votée.

L’article 4 de la proposition de loi adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale pose un ensemble de cinq critères. Les partisans du suicide assisté les décrivent régulièrement dans les médias comme 5 critères stricts.

Les deux premiers critères n’ont évidemment pas de caractère restrictif :

Être âgé d’au moins 18 ans et Français ou résidant en France de manière stable, cela représente environ 54.5 millions de personnes (calcul d’après les sources INSEE).

Pour estimer le nombre de personnes pouvant accéder au suicide assisté – et à l’euthanasie « lorsqu’elle n’est pas physiquement en mesure d’y procéder » – ce sont les trois derniers critères qu’il faut évaluer. Ils sont rédigés comme suit :

  1. Être atteint d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée, caractérisée par l’entrée dans un processus irréversible marqué par l’aggravation de l’état de santé de la personne malade qui affecte sa qualité de vie, ou en phase terminale ;
  2. Présenter une souffrance physique ou psychologique constante liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne lorsque celle‑ci a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter de recevoir un traitement. Une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l’aide à mourir ;
  3. Être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée.

Des critères sans approche scientifique et objective

La rédaction de ces critères fait appel à de nombreuses notions : « affection grave et incurable », « pronostic vital », « phase avancée », « souffrance physique ou psychologique constante »… Ces notions ne sont cependant pas clairement définies.

Ainsi, le stade de la « phase avancée » n’est pas une notion médicalement précise. La Haute Autorité de santé (HAS) a récemment publié un rapport sur les notions de « pronostic vital engagé à moyen terme » et de « phase avancée » et sa conclusion est sans appel :

« Il résulte de ce qui précède que les deux notions mentionnées dans la saisine n’apparaissent pas susceptibles de fonder une approche sur un pronostic temporel individuel. Le collège relève, de manière plus générale, que les travaux de la HAS n’ont pas permis d’identifier de critère alternatif susceptible de guider une telle approche dans des conditions plus satisfaisantes ». Comme le rappelle le néphrologue Bruno Dallaporta dans un article du Figaro : « La phase avancée de la maladie, on ne voit pas exactement à quoi elle correspond ».

Concernant le critère des souffrances, il existe bien des échelles d’évaluation de la douleur. La question est régulièrement posée à des patients : « sur une échelle de 1 à 10, comment vous évaluez votre douleur ? ». La base est donc déclarative. L’expérience des soignants montre d’ailleurs que pour des diagnostics identiques, des personnes peuvent ressentir la douleur de façon plus ou moins forte en fonction de leur histoire, de la situation, de leur prise en charge globale… D’ailleurs dans la rédaction du critère, le jugement du patient est central : « insupportable selon la personne« . Il est certain que la parole du patient sur sa douleur doit être plus qu’écoutée : entendue des soignants, de sa famille et son entourage. Et tout doit être mis en œuvre pour le soulager, sans lui proposer sa mort comme la seule issue souhaitable.

Autre élément subjectif : la notion « d’affecter la qualité de vie ». Expression théoriquement claire, la qualité de vie est une notion floue. En bonne santé, de nombreuses personnes affirmeront qu’une perte de mobilité affecterait gravement leur qualité de vie. Pourtant de nombreuses personnes qui ont affronté des accidents graves ont témoigné de leur capacité à retrouver du sens à leur vie. Voici un exemple frappant : dans une étude auprès de dizaines de patients atteints du locked-in syndrome, 72% se déclaraient heureux.

Affection grave, phase avancée : qui peut être concerné ?

Compte tenu de l’absence de rigueur médicale dans la définition des critères, une estimation peut s’appuyer sur les patients classés par l’administration en Affection de longue durée (ALD). Selon le site de l’Assurance maladie, « L’Affection longue durée (ALD) concerne une maladie dont la gravité et/ou le caractère chronique nécessite un traitement prolongé« . La définition des ALD contient donc des notions de gravité et de durée qui se rapprochent des notions d’affection grave et de phase avancée, avec un impact sur la qualité de vie en raison du « traitement prolongé ».

D’après un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) publié à l’automne 2024, et s’appuyant sur les chiffres de l’Assurance maladie, il y avait 13.7 millions de personnes reconnues en ALD en 2021. Parmi les catégories d’ALD, on note des catégories qualifiées de chroniques et graves. Par exemple 501 000 patients affectés par un AVC (accident vasculaire cérébral) invalidant, 1 436 000 patients affectés par une insuffisance cardiaque grave, 340 000 personnes souffrant d’insuffisance respiratoire chronique grave, 150 000 personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Parmi les malades souffrant de maladie rénale grave environ 258 000 patients sont classés en ALD. Comme l’a souligné le député (LR) Philippe Juvin à plusieurs reprises pendant les débats parlementaires : « l’insuffisance rénale chronique qui est dialysée, c’est une maladie rénale terminale. C’est la définition. Donc, on rentre dans les critères. Et pourtant, on a 20 ans à vivre« .

L’absence de critère strict et bien défini ouvre donc la porte à une définition très large des personnes susceptibles de recourir au suicide assisté si la proposition de loi était adoptée définitivement. L’ensemble des personnes en ALD n’entrerait pas – heureusement – dans les critères de ce texte. Mais on peut raisonnablement estimer qu’entre 5 et 10% des catégories libellées « graves » seraient éligibles, leur qualité de vie étant dégradée et l’incurabilité avérée. Soit au minimum plusieurs centaines de milliers de personnes concernées directement. La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) a publié une estimation très plausible autour de 1 million de patients.

L’intention affichée au départ, par le CCNE, la Convention citoyenne, Emmanuel Macron… était de répondre à des situations exceptionnelles en fin de vie « à moyen terme ». La Ministre Catherine Vautrin l’a répété quand le débat a débuté au Parlement. Il s’agit de « situations précises ». Confrontées à la réalité des chiffres, les intentions et les déclarations ne tiennent pas. Le texte ne concerne pas la fin de vie. Il englobe en réalité les cas – très nombreux – de maladies graves et invalidantes. Dans le contexte d’un système de santé en crise, et alors que les prévisions pessimistes sur son financement s’accumulent, l’irresponsabilité de cette démarche législative est patente.

qui pourrait demander le suicide assisté si la loi était définitivement votée

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Délit d’entremise en vue de la GPA en France : des recours pour mettre fin à l’impunité !

Délit d’entremise en vue de la GPA en France : des recours pour mettre fin à l’impunité !

Délit d’entremise en vue de la GPA en France : des recours pour mettre fin à l’impunité !

Alors même que la gestation pour autrui (GPA) est interdite, des Français y ont recours à l’étranger. Des agences étrangères et leurs entremetteurs français agissent illégalement sur notre sol, commettant des « délits d’entremise en vue de la GPA », en toute impunité. Plusieurs recours ont été déposés pour que cette complaisance cesse.

GPA : un marché mondial de la procréation

Recruter des mères porteuses, acheter des ovocytes, sélectionner les embryons..  des entreprises se sont spécialisées dans ce véritable marché mondial de la procréation. Provoquer une prise de conscience et rendre enfin effective l’interdiction de la GPA: c’est l’ambition à l’international portée par la Déclaration de Casablanca qui vient d’annoncer avoir déposé de nouvelles plaintes en France. « Nous refusons que la France devienne un terrain de chasse pour les lobbies de la GPA » peut-on lire dans son Communiqué de presse. La Déclaration de Casablanca rassemble des experts et des personnalités engagées dans la protection des femmes et des enfants contre le marché global de la GPA. Elle œuvre sur de nombreux au niveau mondial

Qu’est que le délit d’entremise en vue de la GPA ?

La GPA est une pratique interdite en France et dans de nombreux pays. Cette interdiction en droit français signifie, notamment, que le corps humain est « indisponible ». Il ne peut être mis à disposition, vendu, donné ou faire l’objet d’une convention, quelle que soit sa nature, gratuite ou onéreuse. Elle signifie aussi qu’un enfant n’est pas un objet de transaction. En droit français, il existe donc un « délit d’entremise en vue de la GPA » qui punit de 15 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement toute personne reconnue coupable dans « le fait de s’entremettre entre une personne ou un couple désireux d’accueillir un enfant et une femme acceptant de porter en elle cet enfant en vue de le leur remettre » (article 227-12 du Code pénal).

Des plaintes déposées en France

Or, ce type d’infractions se déroule sur notre sol, depuis des années et la première plainte en France pour ces mêmes faits contre une société californienne (Extraordinary Conception) remonte à 2014. Pourtant, depuis, ces démarchages continuent, sans crainte apparente des conséquences judiciaires. La loi française est piétinée, en toute impunité.

Ainsi Romain Taillandier, représentant officiel en France d’une société américaine Fertility Center of Las Vegas (FCLV) propose, entre autres, la GPA à des personnes qui résident en France. Il a annoncé publiquement sur ses réseaux sociaux organiser une tournée dans l’hexagone en 2025, aux côtés du fondateur de la clinique de procréation américaine. Ce démarchage est évidemment illégal. C’est dans ce contexte que le groupe de la Déclaration de Casablanca a annoncé avoir déposé deux séries de plaintes pénales contre lui auprès des procureurs de de la République de Paris, Lyon et Bordeaux en avril 2025 puis a annoncé 9 nouvelles plaintes pénales le 27 mai 2025 à Angoulême, Toulouse, Montpellier, Marseille, Nice, Lyon, Clermont-Ferrand, Paris et Lille. Suite aux premières plaintes, pourtant largement documentées et se rapportant à des faits publics, rien n’a bougé. « Les autorités administratives, les autorités de police, les maires, tous investis de la responsabilité de faire respecter l’ordre public, demeurent indifférents et les procureurs eux-mêmes restent passifs devant la commission de ces infractions » déplorent les auteurs de ces plaintes.

Le lendemain, 28 mai 2025, c’est à l’encontre de Maxime Lebouteiller, représentant d’une agence américaine de GPA qu’une plainte a été déposée. Ce dernier a en effet annoncé publiquement venir proposer en France ses services d’intermédiaire en vue de la GPA, du 18 au 25 juin prochain. L’association a donc également saisi le Préfet de police de Paris afin de lui demander d’intervenir.

À travers ces actions en justice, les juristes et porte-parole de l’association réaffirment la nécessité de faire respecter la loi et d’empêcher l’implantation de pratiques contraires à la loi et aux principes fondamentaux du droit français.

A noter que Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes et les filles, consacrera son rapport 2025 à la Gestation Pour Autrui.

Pour aller plus loin :
Dossier GPA – Alliance VITA
Une mobilisation majeure pour l’abrogation universelle de la GPA – 8 avril 2024

 

délit d’entremise en vue de la gpa en france des recours pour mettre fin à l’impunité !

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Décryptage PPL « aide à mourir » : entre aggravation et atténuations cosmétiques

Décryptage PPL « aide à mourir » : entre aggravation et atténuations cosmétiques

Décryptage PPL « aide à mourir » : entre aggravation et atténuations cosmétiques

Alors que la proposition de loi sur les soins palliatifs a été adoptée à l’unanimité, la loi qui entend légaliser l’euthanasie et le suicide assisté derrière l’expression trompeuse de « aide à mourir » a été votée par une assemblée divisée : 199 voix contre, 305 pour et 57 absentions.

L’examen en séance publique du 17 au 24 mai 2025 a abouti à un texte loin de l’équilibre impossible dont se revendiquent le rapporteur Olivier Falorni et la ministre de la Santé Catherine Vautrin.  Comment parler d’équilibre quand la loi vise à lever l’interdit de tuer ?

Comme l’a souligné Alliance VITA dans un communiqué d’alerte à l’issue du vote: « L’adoption à l’unanimité de la proposition de loi relative aux soins palliatifs, si essentielle qu’elle soit, ne saurait compenser les effets délétères de la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie : d’abord parce que la stratégie décennale des soins palliatifs devra s’étaler sur dix ans tandis que la prétendue « aide à mourir », si elle entrait en vigueur, serait immédiatement disponible. Ensuite parce que la culture palliative d’accompagnement et de soulagement est aux antipodes des pratiques euthanasiques, qui sont toujours brutales et parfois expéditives. »

Une étape législative mais pas un aboutissement

Si ce vote marque une étape malheureuse, ce n’est pas l’aboutissement du processus législatif. Les discussions doivent se poursuivre au Sénat à l’automne qui peut rejeter au modifier le texte avant une 2eme lecture à l’Assemblée en 2026. Ce texte controversé, qui lève l’interdit de tuer pour une catégorie de patients vulnérables, pourrait connaître un blocage en commission mixte paritaire et être l’objet d’une nouvelle lecture si sénateurs et députés ne s’entendaient pas sur un texte commun. Alors que l’accès aux soins – notamment palliatifs et anti-douleur – est difficile, retardé voire impossible dans beaucoup de régions, le risque est immense – si ce processus législatif allait à son terme – que des patients soient suicidés ou euthanasiés faute de soins appropriés.

Principales mesures

Un « droit » à l’« aide à mourir » et non pas un ultime recours

Présentée par ses auteurs et le gouvernement comme un ultime recours, la mort provoquée a glissé vers la notion de « droit » présenté comme une option du mourir si les critères sont réunis, auquel il ne serait pas possible d’opposer des alternatives.

Le suicide assisté en première intention

En commission des affaires sociales, les députés avaient voté pour une égalité de choix entre la pratique du suicide assisté et de l’euthanasie selon la volonté du demandeur. Un amendement du gouvernement a été adopté pour rétablir la pratique du suicide assisté en première intention et l’euthanasie comme une exception, si le demandeur n’est pas en état de s’administrer lui-même le produit mortel. Reste que ces deux pratiques conduisent à lever l’interdit de tuer et constituent une menace pour les plus fragiles.

Des critères flous et invérifiables

Cinq critères devraient être cumulés pour être éligible.

1/ Être majeur y compris sous protection juridique

2/  Être de nationalité française ou résider de façon stable et régulière en France.

3/ Être atteint « d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée » ou « terminale ».

La notion de phase avancée déjà utilisée dans des lois antérieures dont la loi Claeys Leonetti de 2016  a été considérée comme trop difficilement objectivable par la Haute Autorité de Santé quand il s’agit  de provoquer la mort d’un patient ce qui n’est pas le cas des lois précédentes.

Le gouvernement a fait adopter un amendement censé éclairer le médecin qui sera en charge de vérifier ce critère en précisant que la phase avancée se caractériserait par « l’entrée dans un processus irréversible marqué par l’aggravation de l’état de santé de la personne malade qui affecte sa qualité de vie« . Autant de notions qui demeurent floues et dont l’évaluation est à la libre détermination du pouvoir médical. Cette disposition est à la fois injuste, inégalitaire et liberticide alors que les soins palliatifs ne sont pas accessibles partout et pour tous.

La situation de fin de vie est écartée ce qui conduit potentiellement à faire entrer dans le champ éligible des centaines de milliers de personnes.

4/ Présenter « une souffrance physique ou psychologique constante » qui est « soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne » lorsqu’elle a « choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter » un traitement.

Un amendement est venu un peu clarifier la notion de « souffrance psychologique » qui seule « ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l’aide à mourir« . Cette précision pourrait en principe éliminer les maladies psychiques ou psychiatriques. Cependant l’absence d’obligation du médecin qui reçoit la demande d’un patient de référer le patient vers un psychologue ou un psychiatre en cas de souffrance psychologique risque d’empêcher de repérer les états de dépression ou encore les pressions multiples que pourraient subir les patients.

Selon des études, la peur d’être un fardeau pour son entourage est une raison majeure pour demander l’euthanasie ou le suicide assisté dans des pays étrangers comme en France.

Ces dispositions viennent à rebours de la politique nationale de prévention du suicide.

L’appel de 600 psys contre l’euthanasie souligne ce paradoxe : « Comment convaincre une personne désespérée de s’accrocher à la vie si la société elle-même admet que, dans certains cas, la mort est une issue légitime ?

Pour les spécialistes de la santé mentale, cause nationale 2025, cette loi constitue à la fois un contre signal pour les politiques de prévention de suicide et une menace pour tous ceux qui œuvrent au quotidien auprès des personnes fragilisées par la maladie psychiatrique et la désespérance.

5/ Être « apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée ». Il a été ajouté au texte que « Une personne dont le discernement est « gravement altéré » ne peut être éligible ».  Comment juger de la grave altération, notion qui n’est définie ni juridiquement, ni médicalement ce qui laisse une fois encore une marge d’appréciation inédite au médecin. D’autre part, les personnes sous protection juridique seraient éligibles avec une information adaptée à leurs « facultés de discernement » alors qu’elles sont considérées comme entravées dans leurs capacités décisionnelles. Des députés ont alerté sur les risques d’abus de faiblesse. En vain…

Dans un contexte de difficulté d’accès aux soins, quand la moitié des personnes qui auraient besoin de soins palliatifs n’y ont pas accès, que les listes d’attente des consultations contre la douleur sont de plusieurs mois, comment évaluer une volonté libre et éclairée ?

A noter que la demande d’euthanasie et de suicide assisté ne peut pas se faire par directives anticipées ce que le gouvernement et le rapporteur présentent comme un garde-fou censé garantir  « l’équilibre du texte. »

Une procédure sous contrôle d’un seul médecin

  • La décision finale reviendrait à un seul médecin

Le médecin qui reçoit la demande de mort ne pourrait le faire qu’en présentiel et non par téléconsultation. Il sera chargé de vérifier les critères en mettant en œuvre une procédure collégiale de préférence en présence physique, rassemblant au minimum un médecin spécialiste de la pathologie dont souffre le patient et un soignant qui intervient directement auprès du patient. D’autres professionnels peuvent être conviés à la libre décision du médecin, et l’avis de la personne de confiance sollicité. C’est le médecin seul qui prendra finalement la décision de juger que les critères sont réunis. Quant aux proches du patient, ils ne seraient ni consultés, ni prévenus.

  • Un délai de décision particulièrement expéditif

Le médecin doit rendre sa décision dans un délais maximum de 15 jours et le patient aura deux jours de réflexion. En Belgique le délai est d’un mois si la personne n’est pas en fin de vie et au Canada de 90 jours.

La demande doit être renouvelée et les critères réévalués si la mort n’a pas été administrée au bout de trois mois pour que le patient reconfirme sa demande. 

  • Médecin ou infirmier pour administrer la mort sur ordonnance 

Un médecin ou un infirmier devrait être présent auprès du demandeur en cas d’auto-administration ou d’administration s’il ne peut le faire physiquement. Le médecin peut être différent de celui qui a prescrit le produit mortel sur ordonnance. Le lieu et la date de la mort provoquée est au choix du patient, tandis que la Haute Autorité de Santé sera chargée de définir « les substances létales susceptibles d’être utilisées« .

  • Exit la mort naturelle

La mention orwellienne « réputé mort de mort naturelle » a été écartée mais la connotation positive de la formule « aide à mourir » ne modifie pas la gravité du texte de loi qui aboutit à tuer sans le dire des patients pas forcément en #findevie.

Cette mention visait le code des assurances qui en cas de décès dispose que « L’assurance en cas de décès est de nul effet si l’assuré se donne volontairement la mort au cours de la première année du contrat. » L’article 19 de la loi vient modifier cette disposition en affirmant que cette disposition ne s’applique pas s’il s’agit de suicide assisté ou d’euthanasie et que l’assurance s’applique comme dans les cas de mort naturelle.

Une clause de conscience restreinte

La clause de conscience prévue pour les professionnels de santé est limitée aux seuls professionnels qui participent activement et ces derniers devront informer leurs patients sur l’« aide à mourir » par suicide assisté ou euthanasie, ne pas tenter de les en dissuader, et les réorienter vers un autre médecin le cas échéant. Par ailleurs, les pharmaciens et les institutions comme les centres de soins palliatifs ou les EHPAD en seront privés.  Des députés ont plaidé pour une clause de conscience des pharmaciens comme le demandent le demande Syndicat national des pharmaciens des établissements publics de santé (Synprefh) et un Collectif de pharmaciens et comme c’est le cas dans les pays étrangers qui ont légalisé ces pratiques. Cette demande a été rejetée.

La loi la plus répressive au monde par délit d’entrave

Lors de l’examen en séance, les députés ont allongé les peines à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour toute personne qui tenterait de dissuader une personne d’en finir notamment en « exerçant des pressions morales ou psychologiques ». En miroir, toutes les demandes de pénaliser la mort provoquée par incitation et publicité ont été refusées. Deux poids, deux mesures qui mettent en danger les personnes les plus vulnérables. Injustice flagrante, seules les associations dont l’objet comporte «  la défense des droits des personnes à accéder à l’aide à mourir » pourront se porter partie civile en cas d’allégation de délit d’entrave.

Le rapporteur Olivier Falorni s’est défendu d’une collusion avec la prévention du suicide. Il se réfère à un dossier publié par l’Observatoire national du suicide qui avançait qu’il n’y aurait pas d’interaction entre « suicide et assistance à mourir ». Or les auteurs soulignent « qu’il existe quantitativement peu de recherches et de données sur les liens entre suicide et Aide à mourir ».

Un contrôle a posteriori

Malgré les tentatives de certains députés de proposer un contrôle plus strict a priori tant la conséquence fatale est irréversible, les critères seront vérifiés une fois la personne décédée.

L’opposition argumentée à ce texte monte et se diversifie. Dans les mois à venir le processus législatif va se poursuivre mais l’histoire est loin d’être écrite : l’heure est à la multiplication des actions contre toute forme de suicide assisté ou d’euthanasie et pour la généralisation de l’accès aux soins palliatifs et à la lutte contre la douleur partout en France. La prochaine étape est d’encourager les sénateurs à se prononcer pour les soins palliatifs, pour la prévention du suicide et contre l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie.

 

décryptage ppl « aide à mourir »  entre aggravation et atténuations cosmétiques

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Prétendue « Aide à mourir » : Les oppositions se multiplient

Prétendue « Aide à mourir » : Les oppositions se multiplient

Prétendue « Aide à mourir » : Les oppositions se multiplient

La loi instaurant une prétendue « aide à mourir » votée en première lecture à l’Assemblée nationale le mardi 27 mai a suscité des oppositions multiples, de sensibilités variées. Elles méritent d’être connues et diffusées, car elles sont significatives de l’importance et de la gravité du bouleversement induit par ce texte, s’il allait au bout de la procédure parlementaire.

Depuis des dizaines d’années, on débat régulièrement en France de la fin de vie et de la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie. Ce débat a connu des épisodes intenses au moment de la médiatisation de cas emblématiques, parfois conflictuels, de missions d’information publiques, de la saisine ou de l’auto-saisine d’instances, du vote de plusieurs lois touchant à la médecine et à la fin de vie, d’évènements rapportés de l’étranger et bien sûr de propositions de loi (initiative parlementaire) ou de projets de loi (initiative gouvernementale).

La séquence en cours inaugurée par le second quinquennat Macron et marquée par l’avis 139 du Comité consultatif national d’éthique (13 septembre 2022),  la convention citoyenne, et le projet de loi annulé par la dissolution (printemps 2024) vient de connaitre un premier dénouement non décisif, avec le vote, en première lecture à l’Assemblée nationale d’une loi légalisant en France le suicide assisté et l’euthanasie.

A l’image d’Alliance VITA, des associations engagées pour le respect de la vie des plus vulnérables se sont naturellement mobilisées les premières, dans la fidélité à leurs engagements constants, en multipliant les argumentaires, auditions, colloques, publications, productions audio-visuelles. Parmi-elles, on peut citer la Fondation Jérôme Lejeune, les Associations familiales catholiques ou le Comité protestant pour la dignité humaine (liste non exhaustive).

Un collectif « jusqu’au bout solidaires » qui rassemble des « citoyens et soignants de gauche contre l’euthanasie » (JABS) a fait paraitre le 11 mai dans l’Humanité une tribune « La gauche doit s’opposer à une loi validiste et antisociale » qui enjoint les députés de gauche à s’y opposer.

Alors que les partisans de l’euthanasie tentent de la présenter comme un progrès social, des personnalités de gauche le contestent : « Non, l’euthanasie n’est pas une avancée sociale ! » répliquent des organisations et des personnalités qui pointent les « dérives validistes et âgistes » du texte, dans un système de santé plus que dégradé [1].

Une pétition « officielle » utilisant le droit de pétition a été lancée sur le site de l’assemblée nationale (lien pour y accéder ici).

Un fort courant protestataire est monté chez les soignants, en particulier à partir de la Société Française d’accompagnement et de soins palliatifs. Treize organisations scientifiques ou syndicales, de soignants se sont agrégées pour déclarer ensemble que « Donner la mort n’est pas un soin » [2]. Dans le prolongement d’autres appels ou manifestes ont émergé des textes rassemblant des professionnels de la santé mentale : plus de « 600 psys contre l’euthanasie » ont publié un appel : « Comment peut-on prétendre prévenir le suicide tout en légitimant la mort provoquée ? » Plus de quatre cents pharmaciens (profession de santé privée de toute clause de conscience) ont aussi protesté.

Des personnes porteuses de handicaps ont partagé leur crainte que la loi conduise à une profonde discrimination à leur égard. Depuis 2022, le collectif Soulager mais pas tuer a porté plusieurs actions : l’appel de Philippe Pozzo di Borgo, parrain du Collectif, « Aidons-nous à vivre, pas à mourir » lancé en décembre 2022 a recueilli plus de 34000 signatures. Le collectif a organisé une première mobilisation à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la douleur « Toujours en vie »puis une seconde mobilisation « Je vis donc je suis » en avril 2023. Le tour de France de Caroline Brandicourt en 2023 dans les départements sans Unité de Soins Palliatifs a aussi mis en lumière les carences du dispositif de prise en charge. Les signatures pour l’appel de Philippe Pozzo ont été déposées en avril 2024 à l’Elysée, pour protester contre le projet de loi gouvernemental de l’époque. Plus récemment, autour de Magali et Cyrille Jeanteur, quelques centaines de personnes se sont retrouvées à Paris devant les Invalides. Sous le nom « les Éligibles », ce  rassemblement entend dénoncer la stigmatisation que le texte de loi porte en ouvrant la possibilité du suicide assisté à de nombreuses personnes souffrant de maladies graves ou de handicaps. Des associations de personnes handicapées avaient déjà publié des alertes auparavant. Ainsi, le collectif « Un gros risque en plus » a recueilli des centaines de signatures dans une tribune publiée dans le Figaro.

Des personnalités ont exprimé leur opposition, analyses et alertes à l’image de Philippe Pozzo di Borgo (qui a inspiré l’histoire du film « Intouchables »), du romancier Michel Houellebecq, de l’homme d’affaires Alain Minc. Athée, ce dernier a insisté dans une interview sur l’aspect permissif de cette loi : « Je crois qu’on ouvrirait la boîte de Pandore. Et, comme toujours, il y aura un élargissement progressif des positions, de plus en plus de permissivité. Cela deviendra un permis de tuer octroyé aux médecins. Le débat au Parlement démontre que les barrières sont tombées presque une à une » . Des membres du CCNE avaient d’ailleurs co-signé une note contredisant l’avis 139 du comité, qui n’avait rien d’unanime.

Le collectif Démocratie, Ethique et Solidarité (DES), porté par Emmanuel Hirsch et Laurent Frémont, a régulièrement publié des tribunes. Dans un récent communiqué de presse, DES rappelle que le texte de loi « a également pour effet de remettre en cause les valeurs et le sens du soin, de la relation à l’autre, de nos solidarités humaines et sociales ». 575 juristes, dans une tribune ont souligné que « la loi sur l’aide à mourir fera de la mort une thérapie comme les autres ».

De l’étranger le professeur hollandais Théo Boer est venu témoigner en France de son revirement. Ancien membre de la commission de contrôle de la loi des Pays-Bas qu’il soutenait, il s’y oppose désormais et met en garde contre l’impossible canalisation de la levée législative de l’interdit de tuer. Il en avait témoigné lors d’une mobilisation d’Alliance VITA en mai 2024, soulignant le « populisme éthique » sous-jacent à ce projet. Populisme, car sous l’apparence de répondre à une demande « populaire », le projet de loi instaure une catégorie de citoyens dont la mort parait préférable à la vie.

Du côté des cultes, l’opposition est unanime. Un appel commun a été lancé le 15 mai. Les principaux responsables de cultes en France dénoncent « les dangers d’une rupture anthropologique » [3]. Les responsables de l’Eglise catholique ont par ailleurs pris la parole de façon constante et unanime. Le président de la conférence des évêques de France avait, par ailleurs, contesté l’argument du « moindre mal » avancé par le président de la République au début du mois de mai.

Les points de vue se multiplient. Ils convergent vers une certitude : la résistance à ce texte néfaste doit se poursuivre au nom de la solidarité avec les plus fragiles.

[1] Mathieu Bellahsen, psychiatre, André Bitton, président du CRPA et ancien président du Groupe information asile – Collectif Lutte et Handicap pour l’Egalité et l’Emancipation, Isabelle Hartvig, résidente d’Ehpad et militante ; Geneviève Hénault, psychiatre, Odile Maurin, pour le collectif Handi Social, Sara Piazza, psychologue, pour le collectif JABS, Laetitia Rebord, Les Dévalideuses, Elisa Rojas, avocate et militante.
[2] SFAP : Société française d’accompagnement et de soins palliatifs ; MCOOR : Association nationale des médecins coordonnateurs en Ehpad et du médico-social ; CNPI : Collège national professionnel infirmier ; AFSOS : Association francophone pour les soins oncologiques de support ; FNEHAD : Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile ; UNICANCER : Fédération des centres de lutte contre le cancer ; SPP : Société française de soins palliatifs pédiatriques ; ANFIIDE : Association Nationale Française des Infirmières et Infirmiers diplômés et Étudiants ; ARSLA : Association pour la recherche sur la SLA.
[3] La Conférence des Responsables des cultes en France – catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman et bouddhiste

 

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[CP] – PPL « Aide à mourir » : entrave à la solidarité vis-à-vis des plus fragiles

[CP] – PPL « Aide à mourir » : entrave à la solidarité vis-à-vis des plus fragiles

PPL « Aide à mourir » : entrave à la solidarité vis-à-vis des plus fragiles

En votant un droit au suicide assisté et à l’euthanasie, habilement dissimulés derrière l’expression « aide à mourir », les députés viennent de rompre avec trois fondements essentiels de la vie en société : la solidarité vis-à-vis des plus fragiles, la prévention universelle de tout suicide et la confiance entre les soignants, les soignés, et leurs proches.

En levant l’interdit de tuer dans un contexte sanitaire marqué par les difficultés croissantes rencontrées par les Français pour accéder aux soins, les élus ont pris un risque redoutable : que des personnes malades se tournent vers la mort administrée faute d’accès rapide aux soins appropriés.

L’adoption à l’unanimité de la proposition de loi relative aux soins palliatifs, si essentielle qu’elle soit, ne saurait compenser les effets délétères de la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie : d’abord parce que la stratégie décennale des soins palliatifs devra s’étaler sur dix ans tandis que la prétendue « aide à mourir », si elle entrait en vigueur, serait immédiatement disponible. Ensuite parce que la culture palliative d’accompagnement et de soulagement est aux antipodes des pratiques euthanasiques, qui sont toujours brutales et parfois expéditives.

Dès le début des débats, et en s’appuyant sur les exemples étrangers, Alliance VITA a mis en garde contre le caractère illusoire d’un cadre qu’on prétend strict : il est voué à dériver dès lors que l’interdit de tuer est levé. Le texte voté aujourd’hui donne raison à cet avertissement tant les critères ont déjà été élargis, à commencer par celui d’une situation de fin de vie, tout simplement évacué. Les critères actuels font potentiellement entrer dans le champ éligible des centaines de milliers de personnes.

Quand la mort administrée est présentée comme une solution face à la souffrance, la désespérance devant la vulnérabilité tend à contaminer les esprits. Et les premières victimes de cette désespérance, ce sont les personnes les plus fragiles, menacées par le suicide – sous toutes ses formes – et l’euthanasie.

Faire du suicide une option souhaitable et légiférer pour que l’Etat l’organise, contribue à banaliser le passage à l’acte : l’incitation au suicide prend la place de la prévention ! En consacrant un « droit » d’accès au suicide assisté et à l’euthanasie, les élus ratifient par ailleurs une vision ultra libérale de la société, celle du chacun pour soi où prime l’autonomie sur l’interdépendance et où les plus faibles se voient implicitement poussés vers la sortie par les plus forts.

Dans un contexte politique instable et alors que le système de santé ne cesse de se dégrader, la volonté des députés de créer un guichet d’accès au suicide assisté et à l’euthanasie apparaît tout aussi injuste qu’irresponsable. Il y a urgence à faire entendre la voix de ceux qui sont fragilisés par ces lois stigmatisantes. Dans les mois à venir le processus législatif va se poursuivre mais l’histoire est loin d’être écrite : l’heure est à la multiplication des actions contre toute forme de suicide assisté ou d’euthanasie et pour la généralisation de l’accès aux soins palliatifs et à la lutte contre la douleur partout en France.

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[CP] – PPL « aide à mourir » : non-assistance à patients en danger

[CP] – PPL « aide à mourir » : non-assistance à patients en danger

PPL « aide à mourir » : non-assistance à patients en danger

Les députés ont adopté l’ensemble des articles légalisant le suicide assisté et à l’euthanasie sous la formule trompeuse d’ « aide à mourir ». Certes, la mention orwellienne « réputé mort de mort naturelle » a été écartée mais la connotation positive de la formule « aide à mourir » a un caractère incitatif, militant et dissimulateur.

Pourtant – chaque sondage le confirme – la véritable attente des Français porte sur un accès équitable aux soins. Pour Alliance VITA, les mesures adoptées mettent en danger les personnes fragilisées par la maladie dont le besoin véritable est d’être correctement soulagées et accompagnées en ayant accès à des soins appropriés.

Aussi flous qu’invérifiables, d’autant que le contrôle se fera après la mort de la personne, les critères d’accès à cette prétendue « aide à mourir » ouvrent grand la porte à l’euthanasie et au suicide assisté pour des dizaines de milliers de patients qui ne sont pas en fin de vie. La procédure qu’on prétend « collégiale » donne en réalité tout pouvoir de décision à un seul médecin et s’avère expéditive : un patient pourrait être euthanasié en peu de temps. Quant à la clause de conscience prévue pour les professionnels de santé, elle est limitée puisque ces derniers devraient informer leurs patients sur la prétendue « aide à mourir », ne pas tenter de les en dissuader, et les réorienter vers un autre médecin le cas échéant. Par ailleurs, les pharmaciens et les établissements de santé en seraient privés.  

Le texte instaure enfin un délit d’entrave ce qui ferait de la France, le seul pays à punir de deux ans de prison ceux qui s’opposeraient à une euthanasie ou à un suicide assisté soit en tentant de dissuader ou en dissuadant une personne. Seraient ainsi visés pêle-mêle soignants, proches et associations. En réalité, c’est la politique de prévention du suicide qui serait gravement pénalisée.

L’injustice est flagrante : en refusant de réprimer l’incitation au suicide assisté et à l’euthanasie, les députés font le choix du deux poids deux mesures. Pour les spécialistes de la santé mentale, cause nationale 2025, cette loi constitue à la fois un contre signal pour les politiques de prévention de suicide et une menace pour tous ceux qui œuvrent au quotidien auprès des personnes fragilisées par la maladie psychiatrique et la désespérance.

Dans un contexte de dégradation du système de santé, le risque est de pousser les plus fragiles vers la mort administrée par défaut de soins appropriés.

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Décryptage : modifications de la PPL soins palliatifs amendée en séance publique

Décryptage : modifications de la PPL soins palliatifs amendée en séance publique

Ce décryptage vise à souligner les évolutions majeures apportées en commission des affaires sociales et en séance publique par rapport au  texte initial.

L’examen de la proposition de loi relative à l’accompagnement et aux soins palliatifs s’est déroulé en commission des affaires sociales du 9 au 11 avril 2025 puis du 12 au 16 mai 2027 en séance publique. Le texte issu de la commission a été publié le 16 avril. Les modifications apportées conduisent globalement à une clarification des termes et à assurer l’effectivité de la mise en place du plan décennal annoncé par le gouvernement en avril 2024.

Ne pas amalgamer soins palliatifs et « aide à mourir »

Une formation à l’« aide à mourir » ?

L’article 8 de la proposition de loi intègre une formation à l’accompagnement de la fin de vie et à l’approche palliative au cours des études de médecine, ainsi que dans la formation des professionnels de santé et du secteur médico-social. Or par un amendement soutenu par Agnès Firmin Le Bodo, député Horizons, ex rapporteure du projet de loi fin de vie en 2024, et par le co-rapporteur de la présente loi François Gergnigon, une formation à « l’aide à mourir » a été ajoutée alors que le terme n’a pas été défini et concerne la proposition de loi Falorni dite relative à la fin de vie. Face à l’opposition de plusieurs députés, le député LFI René Pilato a répondu qu’il ne s’agissait pas d’aide « active » à mourir. Pour Agnès Firmin Le Bodo, la sédation profonde et continue jusqu’au décès entre dans la catégorie de « l’aide à mourir ». Ce faisant, ces députés entretiennent délibérément la confusion entre les deux textes pourtant séparés et tentent de créer un continuum entre soins palliatifs et « aide à mourir » alors que cette dernière notion recouvre en réalité l’euthanasie et le suicide assisté.

Rejet de l’article 8 et demande d’un second vote

Au cours de l’examen en séance, les députés ont rejeté l’ensemble de l’article 8 qui pourrait être à nouveau soumis au vote le 27 mai, avant le vote solennel.

Rejet des séances d’information dès le primaire

En commission, la députée Agnès Firmin le Bodo avait fait voter l’ajout d’une séance d’information dans les programmes du primaire et du secondaire sur le cycle de la vie et de la mort, incluant « le témoignage de bénévoles d’accompagnement issus « des associations d’accompagnement reconnues laïques, apolitiques et aconfessionnelles. » Des députés ont appelé à la vigilance sur ce type de sujet qui relève avant tout des familles, d’autant que le périmètre n’est pas clairement défini, ni le type d’associations « reconnues ». Cet article a été supprimé lors de l’examen en séance.

Ajustement des termes « accompagnement » et « soins palliatifs »

La rapporteure, Annie Vidal, a proposé de remplacer l’appellation « soins palliatifs et d’accompagnement », par celle de loi « d’accompagnement et de soins palliatifs ». Dans l’exposé des motifs de son amendement, elle explique que la dénomination « soins palliatifs et d’accompagnement » s’écarte des standards internationaux, qui ne reconnaissent pas le terme « médecine d’accompagnement », contrairement aux soins palliatifs et à la « médecine palliative » qui ont fait la preuve de leur efficacité et dont la définition reste très consensuelle. C’est pourquoi l’amendement voté renforce la distinction entre la notion de soins palliatifs et celle d’accompagnement, sans toutefois renoncer à cette dernière. L’accompagnement, qui désigne une démarche et non la nature d’un soin, est partie intégrante des soins palliatifs. L’appellation de la société savante dédiée en France (« Société française d’accompagnement et de soins palliatifs ») inclut la notion d’accompagnement. De même la stratégie décennale inclut la notion d’accompagnement afin de renforcer le caractère global de la prise en charge.

La création de « maisons d’accompagnement et de soins palliatifs »

Les députés ont souhaité définir plus précisément ces maisons, structures intermédiaires entre le domicile et l’hôpital. Leur définition a été ajustée entre l’examen en commission et en séance. Elles sont définies comme des maisons qui « offrent un accueil, y compris temporaire, et qui procurent des soins et un accompagnement médico-social spécialisés, en associant les proches, à des personnes en fin de vie dont l’état médical est stabilisé et qui ne peuvent ou ne souhaitent pas rester à domicile pour des raisons médicales ou sociales. Elles relèvent d’établissements de droit public ou de droit privé à but non lucratif. Elles sont préparées à recevoir des personnes en situation de handicap. » Il s’agit d’une proposition du rapport du Professeur Chauvin remis au gouvernement en 2022 et qui a servi de base à l’élaboration de la stratégie décennale 2024-2034. 

L’instauration d’un droit opposable aux soins palliatifs

Par l’article 4, le droit de bénéficier d’un accompagnement et de soins palliatifs au sens de l’article 1110-10 du code de la santé publique [1] est garanti à toute personne dont l’état de santé le requiert. Le patient ou si son état ne le permet pas, sa personne de confiance et à défaut un proche, pourront déposer un recours en référé devant la justice administrative ou judiciaire si elles n’ont pas pu bénéficier de ces soins afin que soit ordonnée une prise en charge adaptée.

Arrêts des soins et évaluation de l’obstination déraisonnable

L’expérience des litiges sur les arrêts de soins conduit à clarifier le fonctionnement de la procédure collégiale à laquelle « La personne de confiance et les membres de la famille peuvent participer » (…) sauf refus explicite et préalable du malade ».

D’autre part un amendement avait été adopté en commission pour faire préciser par décret les conditions d’arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielle d’un patient qui se trouve hors d’état d’exprimer « pour éviter abus et souffrance ». Les auteurs ont précisé que « Pour nombre de personnes en situation de handicap complexe, l’alimentation ou l’hydratation artificielle est courante et constitue un acte de la vie quotidienne, un soin qui améliore leur qualité́ de vie ». Or depuis la loi du 2 février 2016, le code de la santé publique énonce que « la nutrition et l’hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés » sous certaines conditions qui n’étaient pas explicitement précisées.

Cet article a été supprimé en séance, le gouvernement plaidant que les  «  conditions d’arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielles relèvent, comme le prévoit la loi, d’une décision du médecin à l’issue de la procédure collégiale. Il n’apparait donc pas opportun de renvoyer leur détermination à un décret, fût-il en Conseil d’Etat, qui ne pourrait pas par nature prévoir l’ensemble des circonstances particulières à chaque patient. » 

L’urgence d’une loi de programmation

Plusieurs éléments sont intégrés dans la proposition de loi pour assurer l’effectivité de la stratégie décennale, dont les montants qui devront être investis et incrémentés chaque année jusqu’en 2034. Une loi de programmation pluriannuelle de l’accompagnement et des soins palliatifs devra déterminer avant le 31 décembre 2025, tous les cinq ans, la trajectoire de développement de l’offre d’accompagnement et de soins palliatifs.

C’est ce qu’Alliance VITA appelle de ses vœux. Comme l’association l’a rappelé lors de son audition devant la commission des affaires sociales le 1er avril dernier, cette loi de programmation et son application devrait être un préalable à toute modification de la loi fin de vie.

Le vote solennel de la proposition de loi aura lieu le mardi 27 mai 2025.

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PPL « aide à mourir » : que penser des amendements du gouvernement ?

PPL « aide à mourir » : que penser des amendements du gouvernement ?

PPL « aide à mourir » : que penser des amendements du gouvernement ?

Que penser des amendements proposés par le gouvernement sur la proposition de loi Falorni « d’aide à mourir » : rendent-ils le texte moins grave ou ces « améliorations » sont-elles des illusions ?

Le texte issu de la Commission des Affaires sociales et en discussion en séance publique à l’Assemblée nationale contient de nombreuses dispositions graves.

En premier lieu, la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie dissimulée derrière l’expression « aide à mourir  aboutit à de graves discriminations en laissant entendre que certaines vies valent la peine de disparaître plutôt que d’être accompagnées et soulagées. Lever l’interdit de tuer est une régression médicale et sociale majeure qui va déstabiliser la relation de confiance entre soignants et soignés et ruiner l’universalité de la prévention du suicide.

Comme Alliance VITA l’a rappelé,  la demande unanime des Français porte sur l’accès aux soins, alors que notre pays est plongé dans une grave crise du système de santé.

Enfin, les critères retenus, qualifiés régulièrement de « stricts » sont dans les faits sujets à de nombreuses interprétations. Par exemple, que veut dire « phase avancée » pour une maladie ? La Haute Autorité de Santé a souligné l’impossibilité dans la pratique d’arriver à un consensus médical sur l’évaluation temporelle de la survenue de la mort . De plus, l’évaluation personnelle du patient de sa souffrance est inscrite au cœur des critères y compris en cas de refus de traitement. Le patient doit : « Présenter une souffrance physique ou psychologique liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne lorsque celle‑ci a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter de recevoir un traitement« .

Le gouvernement a donc déposé plusieurs amendements visant un « meilleur équilibre ».

Cette expression de « l’équilibre du texte » est une rhétorique utilisée régulièrement dans les débats bioéthiques. Ainsi, en 2021 au moment des débats sur la loi bioéthique, dite de « la PMA pour toutes », le premier Ministre de l’époque avait appelé à « maintenir les équilibres » du projet de loi face à des demandes comme le diagnostic préimplantatoires DPI-A. ; la posture consistant à mettre en avant les « avancées » tout en ménageant les oppositions. Cette expression, au fond, renvoie au rapport de forces entre partisans et opposants. La démarche est la même aujourd’hui : le gouvernement ne recherche pas un équilibre éthique, mais un équilibre politique. Les amendements examinés ici portent sur le fond du texte, en laissant de côté certains amendements de forme ou de procédure législative.

Le premier amendement porte sur le choix de la « méthode » : euthanasie ou suicide assisté à l’article 2.

Le gouvernement a demandé à rétablir la priorité du suicide assisté. L’euthanasie ne sera possible que lorsque la personne « n’est pas en mesure physiquement d’y procéder« . Le rapporteur Olivier Falorni soutient le « libre choix » de la méthode. Inversement, la député Agnès Firmin Le Bodo, qui portait comme ministre le projet de loi en 2024, a estimé que le choix de la méthode était « un point de rupture de l’équilibre du texte« , et elle a rappelé l’opposition de nombreux soignants à la participation à cet acte. La Ministre Catherine Vautrin, en présentant l’amendement, a souligné que « la position du gouvernement, c’est de dire : le principe, c’est l’auto-administration, l’exception c’est l’accompagnement« .
Cet amendement a été voté par les députés.

Le deuxième amendement porte sur l’article 6, qui définit la procédure que doit suivre le médecin qui traite de la demande « d’aide à mourir » d’un patient.

L’amendement ajoute que le médecin « lorsqu’il a un doute sérieux sur le discernement de la personne« , demande son avis à « un médecin psychiatre ou neurologue (…) qui n’intervient pas habituellement auprès de la personne. Ce médecin a accès à son dossier médical et l’examine avant de rendre son avis« . Le gouvernement entend ainsi « apporter des garanties supplémentaires au dispositif en s’assurant qu’en cas de doute sérieux sur le discernement de la personne, le médecin consulte, dans le cadre de la procédure collégiale, un psychiatre ou un neurologue« . L’intention est louable. Le dispositif reste néanmoins non obligatoire, et dépend du bon vouloir du médecin qui traite la demande. Comment sera déterminé le doute sérieux sur le discernement ? Aucun critère, aucune contrainte n’est posée, et la vérification risque d’être difficile. Enfin, l’amendement n’impose pas au médecin de suivre l’avis du spécialiste en cas d’avis opposé.

Le troisième amendement porte aussi sur une disposition de l’article 6 : le délai opératoire entre la décision du médecin et l’exécution du geste létal.

Le texte en discussion prévoit un délai de deux jours, « toutefois, ce délai peut être abrégé à la demande de la personne si le médecin estime que cela est de nature à préserver la dignité de cette dernière telle qu’elle la conçoit« . L’amendement demande la suppression simple de cette disposition car « la décision est suffisamment grave pour qu’un délai de réflexion incompressible soit mis en œuvre« . Sur le fond, deux jours restent un délai qui frôle l’absurde. La loi établit un délai minimum incompressible de quinze jours suite à un devis pour une chirurgie esthétique.

Le quatrième amendement porte sur l’article 7.

A l’article 7, la Commission des lois prévoit que si le patient retient une date postérieure de 1 an à la décision pour procéder à l’administration de la potion létale, le médecin « évalue à nouveau, à l’approche de cette date, le caractère libre et éclairé de la manifestation de la volonté de la personne« . Le gouvernement veut abaisser la barre à 3 mois : « Ce délai de trois mois apparaît adapté à la situation des personnes concernées, en phase avancée ou terminale d’une maladie grave, dont l’état peut évoluer rapidement. Il permet d’assurer, à un moment proche de l’acte, que la condition centrale du dispositif – la volonté libre, éclairée et persistante du patient – est bien toujours remplie« . Le témoignage des soignants proches des patients en fin de vie est consensuel : les demandes de mourir sont fluctuantes, parfois au quotidien, et dépendent crucialement de la qualité de prise en charge des patients. Ce retour du terrain est occulté dans tous les cas par le texte en débat et cet amendement.

Dans une forme d’approbation tacite, le gouvernement n’a pas déposé d’amendements sur d’autres dispositions graves du texte :

  1. Les proches et la famille restent écartés de la décision
  2. Seuls les médecins et les infirmiers ont droit à une clause de conscience
  3. Le contrôle se fait uniquement a posteriori
  4. Le « délit d’entrave » (article 17) est défini de façon très large comme des « pressions morales ou psychologiques » envers les patients demandeurs. Comme le souligne « l’appel des psys » ce délit « pourrait criminaliser les professionnels (médecins, psychologues, accompagnants) et les proches qui cherchent à proposer des alternatives ou à dissuader un patient de recourir à l’euthanasie, y compris dans un objectif de prévention du suicide.« 

Une porte est ouverte ou fermée. Entrebâillée ou entrouverte, les risques face à l’intrusion sont sensiblement les mêmes. Les amendements du gouvernement visent un équilibre impossible à tenir dès lors qu’est levé l’interdit de tuer. En réalité la logique demeure : accepter le suicide assisté et l’euthanasie pour des catégories de patients. Au risque – avéré dans les pays étrangers – de discrimination dans les soins.

ppl « aide à mourir » : que penser des amendements du gouvernement ?

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[CP] – Euthanasie – De l’ultime recours au recours faute de soins

[CP] – Euthanasie – De l’ultime recours au recours faute de soins

Euthanasie – De l’ultime recours au recours faute de soins

En plein examen de la proposition de loi fin de vie, les députés ont d’ores et déjà adopté le principe d’un large « droit » à l’ « aide à mourir » y compris pour des personnes qui ne sont pas en fin de vie. En abolissant l’interdit de tuer, le texte qui sera soumis au vote le 27 mai mine gravement la protection due aux plus fragiles et l’universalité de la prévention du suicide. C’est d’autant plus grave que les mots suicide assisté et euthanasie sont soigneusement écartés. 

Les conditions d’accès à cette prétendue « aide à mourir », montrent que le but initial affiché par les promoteurs d’une loi « d’équilibre » est déjà abandonné. A les entendre – et à en croire la ministre Catherine Vautrin – il ne s’agissait que de permettre cette mort administrée à un petit nombre de patients. En l’état actuel des votes, le critère de fin de vie est balayé, et l’horizon temporel du pronostic vital avec lui. La notion de pronostic vital engagé en phase avancée est si floue que des dizaines de milliers de personnes seraient vite éligibles à la prétendue « aide à mourir ».

Le porte-parole d’Alliance VITA, Tugdual Derville l’explicite : « Le gouvernement a bien tenté de clarifier la « phase avancée », que la HAS a reconnue inopérante la semaine dernière. Mais le critère qui le remplace (« l’entrée dans un processus irréversible marqué par l’aggravation de l’état de santé de la personne malade qui affecte sa qualité de vie. ») est encore plus dangereux. Quoi de plus subjectif que cette notion de « qualité de vie » ? Et quoi de plus dépendant de la qualité des soins et de l’accompagnement qui lui sont offerts. Notre alerte est confirmée. Comme au Canada, des patients risquent d’être poussés à demander le suicide assisté faute d’accès aux soins appropriés. »

Alliance VITA rappelle l’indécence qu’il y aurait à proposer une mort administrée quand la moitié de ceux qui ont besoin de soins palliatifs n’y ont toujours pas accès. Renoncer à l’accès aux soins pour tous, au profit d’une prétendue « aide à mourir », c’est un marché de dupes. Un droit au suicide assisté et à l’euthanasie fondé sur des critères larges et sans fondement scientifique sérieux, fait de la mort une réponse à des souffrances négligées.

Une société fondée sur la fraternité ne devrait pas imposer un choix truqué entre souffrir et mourir, mais se donner les moyens de soigner, soulager et accompagner les plus fragiles de ses membres sans porter atteinte à leur vie. Ce sont ces alertes qu’Alliance VITA continuera de faire valoir à tous les stades du processus législatif : oui à la loi sur la soins palliatifs, non au piège de la prétendue « aide à mourir » !

euthanasie - de l’ultime recours au recours faute de soins

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Les 10 Pièges de la loi fin de vie

Les 10 Pièges de la loi fin de vie

Les 10 pièges de la loi fin de vie

Alliance VITA a décrypté les 10 pièges inclus dans la loi qui entend légaliser, derrière le masque dissimulateur d’une prétendue « aide à mourir » l’euthanasie et le suicide assisté. 

1 – Le piège des mots « aide à mourir » 

Le texte de loi s’abstient délibérément d’utiliser les mots euthanasie et suicide assisté. Son auteur explique qu’ils sont trop mal connotés, et des promoteurs du texte vont jusqu’à prétendre qu’il ne s’agit ni d’euthanasie, ni de suicide. C’est pourtant la réalité. Il faut appeler un chat un chat. C’est une question de vérité, de clarté et même de démocratie. L’expression « aide à mourir » pourrait tout aussi bien désigner les soins palliatifs, qui, en effet, aident à mourir, mais sans tuer. Les mots qu’on nous impose ne visent pas seulement à dissimuler la réalité, ils la déguisent en acte altruiste pour l’enjoliver.

2 – Le piège d’une prétendue liberté

Le texte de loi prétend ouvrir un droit, sans l’imposer à personne. Mais quel est le sens d’une liberté de demander la mort quand on est isolé, démuni, mal soigné ou sans accès aux soins ? Dès le diagnostic d’une maladie à pronostic vital engagé, les patients qui n’ont rien demandé se retrouvent éligibles à la mort administrée. Une question s’impose : « Ai-je encore ma place dans la société ? » Des personnes âgées, handicapées, souffrant d’affections chroniques sont fragilisées. Leurs proches et leurs soignants aussi. L’incitation à l’auto-exclusion, glisse insidieusement du droit à un devoir moral de mourir « librement ».

3 – Le piège du « pronostic vital engagé »

Le texte de loi ne prévoit pas que le patient doive être en fin de vie : il faut qu’il ait une maladie « à un stade avancé » avec un « pronostic vital engagé ». Or, l’interprétation de ces formules est très subjective. Interrogée sur le sens de l’expression pronostic vital engagé, la Haute Autorité de santé le reconnaît : le moment de la mort et l’issue de la maladie gardent leur part d’incertitude. A cause d’une prédiction non fiable, des patients dont la maladie ne conduit pas forcément à la mort risquent de se voir privés, par peur ou désespérance, d’un temps de vie dont on ne peut pas prédire la nature avec certitude.  

4 – Le piège des « souffrances insupportables »

Le texte de loi affirme que le patient doit « présenter une souffrance psychique ou psychologique liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne lorsqu’elle a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter de recevoir un traitement ». Derrière ces mots, il faut comprendre qu’il suffit qu’un patient refusant tout traitement ou accompagnement dise « ma souffrance psychologique est insupportable » pour qu’il obtienne la mort, même s’il n’éprouve aucune douleur physique. Ce critère, aussi incontestable qu’invérifiable, ouvre grand la porte à l’euthanasie et au suicide assisté.

5 – Le piège d’une fausse collégialité

Le texte de loi exige du praticien sollicité pour valider l’euthanasie ou le suicide assisté qu’il consulte un confrère – qui n’aurait même pas besoin de rencontrer ce patient ! – et un autre soignant, auxiliaire médical ou aide-soignant, qui le connaît. Mais le premier médecin ne serait en rien obligé de tenir compte de ces deux avis. Il déciderait tout seul. Vous parlez d’une collégialité ! Quant aux proches du patient : ni consultés, ni prévenus ! Au nom de l’autonomie, on fait comme s’ils n’étaient pas concernés. N’est-il pas contradictoire d’exalter un « droit du patient » qui donne le pouvoir de trancher à un seul médecin ? 

6 – Le piège d’une procédure expéditive

Le texte de loi prévoit que le médecin sollicité pour autoriser l’euthanasie ou le suicide réponde dans les quinze jours, puis que le patient ait un délai de réflexion de deux jours. Un patient pourrait donc être euthanasié en peu de temps. Il est prévu que les médecins pratiquant l’euthanasie se déclarent à la commission de contrôle. Une telle liste fait craindre des filières et des pratiques expéditives, d’autant que les proches n’ont aucun droit de recours. Certains découvriraient la mort de leur proche après coup. 

7 – Le piège d’une clause de conscience limitée

Le texte de loi instaure une clause de conscience pour les soignants, mais tous seraient forcés, sous peine de lourdes sanctions, d’informer leurs patients sur la prétendue « aide à mourir », de ne pas tenter de les en dissuader, et de les orienter vers un médecin pratiquant l’euthanasie. La conscience des pharmaciens est carrément piétinée : au cœur du dispositif de diffusion des produits létaux, ils n’ont aucune possibilité légale de refuser de les diffuser. Les établissements de santé ou médico-sociaux sont forcés d’ouvrir leurs portes à l’euthanasie sans pouvoir en protéger leurs résidents. Quelle brutalité pour tous !

8 – Le piège de la censure des opposants

Le texte de loi punit d’un an de prison ceux qui s’opposeraient à une euthanasie ou à un suicide assisté (deux mots soigneusement évités), même à distance via Internet. Associations, proches et soignants semblent visés pêle-mêle. En cas de recours, seules les associations dédiées au « droit des personnes à accéder à l’aide à mourir » pourraient se porter partie civile ! Mais c’est deux poids deux mesures : l’incitation au suicide assisté ou à l’euthanasie ne serait aucunement réprimée. Information verrouillée par les pro « aide à mourir », contestation punie, opposition muselée… Et pourquoi pas un ministère de la Vérité ?

9 – Le piège d’un contrôle illusoire 

Le texte de loi prévoit un système de contrôle a posteriori, après la mort de la personne, quand il est trop tard, et qu’on ne peut plus faire de vérification médicale. Qui contestera la parole de celui qui aura validé cette mort ? L’exemple des pays étrangers est éloquent : le professeur Theo Boer, ancien membre de la commission de contrôle des Pays-Bas, a changé d’avis sur la loi d’euthanasie de son pays ; Il a tenu à prévenir les Français : une fois légalisés, euthanasie et suicide assistés sont incontrôlables.

10 – Le piège de la facilité 

Le texte de loi pour l’euthanasie est débattu en même temps qu’un autre texte qui vise à renforcer l’accès aux soins palliatifs. Mais ce nécessaire soutien aux soins palliatifs ne doit pas servir d’alibi à l’abandon de l’interdit de tuer. Soins palliatifs et euthanasie sont incompatibles. Alors que faire mourir est expéditif et peu coûteux, les soins palliatifs respectent l’imprévisibilité de la mort et exigent du temps, de la présence. La moitié des patients en ayant besoin n’y ont toujours pas accès. Gare à la facilité ! Le risque est de pousser les plus fragiles vers la mort administrée par défaut de soins appropriés.

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Portugal : le Tribunal constitutionnel retoque en partie la loi euthanasie

Portugal : le Tribunal constitutionnel retoque en partie la loi euthanasie

Portugal : le Tribunal constitutionnel retoque en partie la loi euthanasie

Par un avis rendu le 22 avril 2025, le Tribunal constitutionnel du Portugal a de nouveau jugé que certaines mesures de la loi sur « la mort médicalement assistée » sont inconstitutionnelles.

Adoptée le 12 mai 2023, la loi a connu plusieurs rebondissements après que le texte initial s’est heurté à deux reprises aux remises en cause du Tribunal constitutionnel et à deux vétos du président de la République. Le Tribunal constitutionnel a été saisi en 2023 par un groupe de députés du PSD (Parti Social Démocrate) et par le Médiateur qui remettaient en cause la constitutionnalité de certaines dispositions de la loi.

La « mort assistée » jugée constitutionnelle » malgré la tension entre des valeurs constitutionnelles contradictoires

La majorité des mesures remises en cause ont été déclarées constitutionnelles y compris le fait d’autoriser la « mort assistée ». Les juges expliquent que « la Constitution n’impose ni n’interdit catégoriquement la légalisation de la mort assistée, en confiant au législateur une marge d’appréciation pour mettre en balance les valeurs de la liberté individuelle et de la vie humaine, notamment dans des situations cliniques marquées par la gravité, l’irréversibilité et la souffrance. » Ils considèrent par principe qu’il s’agit d’un problème politique et qu’il appartient au législateur, « d’arbitrer la tension permanente entre des valeurs constitutionnelles contradictoires dans ce domaine de la vie caractérisé par un désaccord persistant et raisonnable entre les citoyens ».

En revanche, la version remaniée de la loi prévoyait que le suicide assisté soit pratiqué sous certaines conditions en première intention et que le recours à l’euthanasie ne soit autorisé qu’en raison d’une incapacité physique du patient à se suicider. C’est un des points rappelés par le Tribunal constitutionnel qui dénonce l’incohérence de certains articles avec cette condition.

Trois mesures emblématiques retoquées

  1. Plusieurs articles de la loi laissent entendre que le patient a le droit de choisir entre les deux méthodes de mort assistée : le suicide assisté et l’euthanasie. Ces articles contreviennent à la loi elle-même qui dispose que l’euthanasie ne peut être pratiquée que si le patient est physiquement incapable de s’administrer lui-même les médicaments létaux. Pour le Tribunal, ces « lacunes » du législateur « peuvent créer des difficultés inutiles pour l’interprète » et engendrer « un risque évitable de mauvaise application de la loi, portant atteinte au principe constitutionnel de sécurité juridique ».
  2. Concernant le droit à la clause de conscience des soignants, le Tribunal a estimé que la règle qui impose au professionnel de la santé qui refuse d’accomplir ou d’assister l’acte de mort de préciser la nature des raisons qui le motivent, était une atteinte inutile et disproportionnée à la liberté de conscience. En effet cette mesure porte atteinte à la liberté de ne pas exprimer ses convictions personnelles à des tiers.
  3. Les juges ont également conclu que le mode d’intervention du médecin spécialisé dans la pathologie dont souffre le patient conduisait à un déficit de protection de la vie humaine. En n’exigeant pas l’examen clinique du patient, cela met en cause l’objectivité et la fiabilité du jugement. Les juges affirment également que le fait que cette dernière règle soit contraire à la Constitution « porte atteinte à la décision même de légaliser la mort médicalement assistée sous certaines conditions ».

Selon des observateurs, la loi devrait au moins être à nouveau remaniée ce qui nécessiterait une nouvelle adoption dans un contexte incertain de prochaine législature, l’Assemblée de la République étant dissoute.

La priorité devrait être de développer les soins palliatifs comme le réclament plusieurs groupes de défense des personnes vulnérables dans un pays qui souffre d’un énorme déficit de ces soins.

portugal : le tribunal constitutionnel retoque en partie la loi euthanasie

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[CP] – On veut des soins, pas l’euthanasie !

[CP] – On veut des soins, pas l’euthanasie !

COMMUNIQUE DE PRESSE – 12 mai 2025

On veut des soins, pas l’euthanasie !

Au moment où les députés commençaient l’examen des propositions de loi relatives à la fin de vie en séance publique, Alliance VITA organisait une cinquantaine de rassemblements dans toute la France pour alerter contre le manque d’accès aux soins et contre la légalisation de l’euthanasie.

En plein air, 46 hôpitaux de fortune incarnés par des militants en blouse de patients se sont déployés, le même jour, dans tout l’hexagone et à Fort-de-France pour mettre en garde les députés. Les milliers de témoignages recueillis par Alliance VITA dans le cadre de sa campagne « J’attends des soins, pas l’euthanasie », confirment les difficultés croissantes d’accès aux soins des Français et leur attente consensuelle : que le système de santé soit réformé de toute urgence pour que, partout, des soignants et des institutions de santé répondent aux besoins de la population.

Dans ce contexte, l’obstination à remettre en cause l’interdit de tuer se révèle particulièrement irresponsable : l’euthanasie ou le suicide assisté ne sauraient constituer la réponse aux lacunes des politiques de santé publique. Or, c’est ce danger qui nous guette.

Comme l’a rappelé le porte-parole d’Alliance VITA, Tugdual Derville à Paris, à côté de l’Assemblé nationale : « La situation est d’autant plus grave que les mots euthanasie et suicide assisté sont soigneusement dissimulés. »

L’association a précisément dénoncé, lors de son audition par les députés de la Commission des affaires sociales, le caractère illusoire de critères qui prétendraient limiter l’accès à l’euthanasie. A la fois larges et invérifiables, ils ne sont que des leurres pour rassurer à bon compte, les expériences à l’étranger montrant qu’aucune promesses d’encadrement ne tient dans la durée.

En s’étendant au sol, les manifestants ont voulu porter la voix de tous ceux qui, fragilisés par la maladie, le handicap ou le grand âge, se sentiraient poussés vers la sortie : quand une loi laisse entendre qu’il y a des vies indignes d’être vécues et des patients indignes d’être soignés, s’impose alors une société de l’exclusion par survalorisation de l’utilité et de la performance. Les manifestants ont donc appelé les députés à prendre conscience du danger de ce texte pour la cohésion sociale et l’inclusion des plus vulnérables. Ils tenaient des pancartes, « On veut des soins, pas l’euthanasie ! »

Tugdual Derville les a explicitées : « Oui à une loi développant les soins palliatifs. Non à une loi légalisant euthanasie et suicide assisté déguisés derrière le masque trompeur de l’aide à mourir. » « Soigner, c’est aider à vivre, jusqu’au terme de la vie, c’est soulager et apaiser, sans acharnement thérapeutique ni euthanasie », a conclu le porte-parole de l’association.

on veut des soins, pas l’euthanasie !

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Au Royaume Uni, la Cour suprême clarifie le mot « femme »

Au Royaume Uni, la Cour suprême clarifie le mot « femme »

Au Royaume Uni, la Cour suprême clarifie le mot « femme »

Saisie par une association féministe écossaise, la Cour Suprême du Royaume Uni a clarifié le terme de « femme » en le référant au « sexe biologique ».

Cet arrêt doit se comprendre dans son contexte juridique. La Cour a statué sur l’interprétation du mot « femme » dans l’Acte d’Egalité, voté en 2010. Cette loi protège juridiquement les personnes contre la discrimination sur le lieu de travail et dans la société plus largement. Elle reprend différentes lois votées pour protéger les femmes contre la discrimination au travail (1975), la question de la discrimination qui se fonderait sur des critères raciaux (1976) ou sur des formes de handicap (1995).

Quel était l’enjeu de la décision de la Cour suprême ?

Dans le contexte de cet Acte d’Egalité, la question posée était de savoir si le mot « femme » et le mot « sexe » se réfèrent à une réalité biologique ou si des personnes dites « femmes trans » étaient également incluses dans cette définition. Au Royaume Uni, depuis 2004, un Acte de Reconnaissance du Genre (Gender Recognition Act) établit qu’une personne peut demander un Certificat de Reconnaissance de Genre (Gender Recognition Certificate, GRC) pour acter de son changement de genre.

Ils doivent fournir des preuves qu’ils ont ou ont eu une dysphorie de genre, qu’ils ont vécu selon leur genre acquis pendant deux ans et qu’ils ont l’intention de continuer à le faire jusqu’à leur mort.

Les mots sont simples, mais la question posée est une question d’interprétation de ces mots. Le législateur écossais, qui dispose d’une certaine autonomie législative, a voté en 2018 une loi imposant des quotas de représentation de femmes dans des Conseils d’administration d’entités publiques. L’objectif était d’obtenir une répartition 50/50 entre femmes et hommes.

Pour l’application de cette loi, les autorités écossaises ont rédigé des directives précisant que les personnes porteuses d’un certificat de genre féminin rentraient dans la définition du mot « femme ».

Qui étaient les parties prenantes de cet appel ?

Une association féministe « For Women Scotland » (L’Ecosse pour les femmes) a fait appel de cette décision de l’administration écossaise. Déboutée par les juridictions écossaises en première instance et en appel, cette association a plaidé sa cause devant la Cour Suprême du Royaume Uni, face au gouvernement régional écossais (The Scottish Ministers). Pour cette association féministe, selon leur site, « il n’y a que deux sexes, le sexe d’une personne n’est pas un choix, ni ne peut être changé. Les femmes ont droit à la vie privée, à la dignité, à la sécurité et à l’équité. Nos droits légaux doivent être protégés et renforcés. Nous menons une campagne positive en faveur des femmes et nous demandons des discussions et des lois fondées sur des données probantes » (« evidence based discussions » en anglais).

Fondée en 2020, l’association s’est opposée au projet du gouvernement régionale écossais d’établir des certificats de reconnaissance du genre sur la seule base d’une auto-déclaration.

Cette question est sensible en Ecosse en particulier suite à des décisions administratives concernant les lieux d’emprisonnement de personnes accusées de viol. Un des cas les plus médiatiques est celui de Bryson. Accusé de deux viols en 2016 et 2019, il a démarré une « transition de genre » en 2020 et s’est trouvé incarcéré dans une prison de femmes écossaises, tout en étant isolé des prisonnières. En effet, l’administration des prisons écossaises suit depuis 2014 la politique d’incarcérer les personnes en fonction du genre qu’elles revendiquent.

Que dit la Cour Suprême dans son arrêt ?

La Cour a voté à l’unanimité que dans l’Acte d’Egalité, les mots « femme » et « sexe » se réfèrent à la réalité biologique. La Cour prend soin de noter que son jugement ne porte que sur l’interprétation des mots dans l’Acte d’Egalité de 2010. A la fin de son jugement de 88 pages, la Cour précise que sa décision n’apporte pas de discrimination à l’égard des personnes dites « transgenres » car elles bénéficient déjà d’une protection par la loi contre la discrimination ou le harcèlement.

A l’inverse, la Cour note plusieurs raisons de donner au mot « femme » une définition liée à la biologie. Parmi les raisons citées :

  1. La liberté d’association pour les femmes et les hommes qui veulent fonder des associations n’incluant qu’un seul sexe est protégée.
  2. En cas de maternité, une femme qui se déclare homme continue d’être protégée de la discrimination si on se fonde sur son sexe biologique.
  3. La possibilité pour l’employeur de n’embaucher que des personnes d’un sexe pour des postes particuliers est également protégée. Par exemple, des femmes gardiennes dans des services d’hôpitaux réservés à des femmes.
  4. De la clarification est apportée pour les association sportives.

Au total, la Cour Suprême a fondé sa décision unanime sur le besoin de clarté dans la définition des mots femme, homme, sexe en gardant une cohérence de compréhension de ces réalités de base au sein de la société. Elle a aussi pris en considération le besoin de conserver une protection adéquate pour les femmes.

L’autodétermination a des limites, et ce jugement l’a rappelé.

au royaume uni, la cour suprême clarifie le mot femme.

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Euthanasie et suicide assisté : inquiétudes en psychiatrie

Euthanasie et suicide assisté : inquiétudes en psychiatrie

Euthanasie et suicide assisté : inquiétudes en psychiatrie

Des professionnels de la psychiatrie sont de plus en plus nombreux à redouter la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté envisagée par la loi Falorni, en débat à l’Assemblée nationale.

L’universalité de la prévention du suicide menacée

La proposition de loi Falorni, actuellement en discussion ouvrirait un droit à l’euthanasie ou au suicide assisté motivé par une « souffrance psychologique jugée insupportable selon la personne », lorsqu’elle est atteinte d’une affection qui engage son pronostic vital, y compris quand elle refuse tout traitement. Cela reviendrait à lever l’universalité de la prévention du suicide. Cette rupture dans la solidarité percute indubitablement le travail de la psychiatrie, au moment où cette discipline traverse, plus encore que le reste du système de santé, de lourdes difficultés organisationnelles et budgétaires. La santé mentale est d’ailleurs la grande cause nationale 2025. Dans une étude publiée en début d’année, la DREES (Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques) constate « depuis 2020, une dégradation marquée et durable de la santé mentale des jeunes [avec] en France (…) une hausse notable des symptômes dépressifs et anxieux chez les jeunes adultes en 2020 ».

Pour nombre de soignants en santé mentale, la rupture envisagée est d’autant plus choquante que le texte de loi entend se passer du recours à la psychiatrie pour évaluer ce motif de « souffrance psychologique insupportable » qu’il invoque.

Les mises en garde des spécialistes de la santé mentale se multiplient

Des psychiatres, psychologues et psychanalystes ont donc multiplié les mises en garde depuis que ce sujet est au-devant de la scène, arguments spécifiques à l’appui.

Dans une tribune du Figaro (17 avril 2025), le psychanalyste Roland Chvetzoff souligne l’ambivalence d’une demande de mort inévitablement motivée par le sentiment de n’être plus « désiré ». La volonté de « ne pas peser » ou de « ne pas déranger » n’appelle-t-elle pas la solidarité plutôt que l’exclusion ? Roland Chvetzoff alerte sur la profonde transformation du sens du soin qui est en jeu, « car soigner, c’est soutenir un désir [de vivre] même fragilisé ». Il s’interroge : « Dans une société qui valorise l’autonomie, la performance, l’indépendance, que deviennent la vulnérabilité, la faiblesse, la dépendance ? Si le droit de mourir devient une option «normale», celui qui souffre pourrait se sentir obligé d’en faire usage. » On glisse donc du droit au devoir.

Dans une vidéo sur Instagram, une de ses collègues, également psychanalyste, prénommé Caroline, met en garde, au nom du collectif JABS (Jusqu’au bout solidaires), contre la caution portée par la proposition de loi au « vœu de mort, qui est consubstantiel à l’humain ». Selon elle, la tentation de l’euthanasie relève d’un « rêve de toute puissance » qui survalorise l’auto-détermination. Elle est le fruit d’une société pressée dans laquelle il est facile de se sentir inutile et sans valeur.

Lors de débats en 2014, le professeur de psychiatrie Jean-Louis Terra, spécialiste de la prévention du suicide, avait déjà expliqué qu’il était difficile voire impossible de distinguer la crise suicidaire d’une demande d’euthanasie supposée dénuée de toute affection psychique. Plus récemment, l’Observatoire national du suicide a produit un texte ambigu tentant de distinguer suicide et suicide assisté, tout en rendant hommage à l’un de ses membres éminents, le Professeurs Michel Debout, psychiatre mort en décembre 2024 qui déclarait en septembre 2023 : « Avec une loi qui autorise le suicide assisté, on prend le risque que certaines personnes en souffrance l’envisagent comme une issue. »

« En psychiatrie, on n’a jamais tout essayé »

Geneviève Henault va plus loin dans une tribune. La psychiatre témoigne de sa résistances à de multiples demandes d’euthanasie d’une jeune femme désespérée par sa maladie mentale : c’était en 2013. La praticienne a refusé à sa patiente « jusqu’à 50 fois » de lui fournir les produits létaux ou de l’emmener en Belgique. Aujourd’hui, cette jeune femme, toujours atteinte de schizophrénie, dit qu’elle va bien. Au vu de l’évolution des lois dans les quelques pays qui ont légiféré, Geneviève Henault ne se laisse pas rassurer par l’exclusion du mobile psychiatrique du texte actuel. Aucune digue ne tient. Elle souligne une maxime qui lui tient à cœur : « En psychiatrie, on n’a jamais tout essayé ». Autrement dit, rien n’est jamais définitivement perdu, ce qui vient à rebours de la philosophie utilitariste et fataliste qui préside au texte de loi en débat. La résistance du médecin la mettrait-elle sous le coup de la loi et de son sévère délit d’entrave ? Geneviève Henault pointe la difficulté induite par la légalisation du suicide assisté pour la psychiatrie : « La mort par suicide, en psychiatrie, est un drame absolu et vécu par les professionnels comme un échec douloureux. Comment, si à l’avenir existait la possibilité de recours à « l’aide à mourir » pour souffrance psychique, articuler et soutenir la tension entre la prévention du suicide qui nous anime au quotidien, et l’injonction à accompagner nos patients vers cette mort médicalement assistée ? »

Lors du précédent débat, en 2024, à l’initiative de la psychiatre Faroudja Hocini, associée au néphrologue Bruno Dallaporta, une centaine de professionnels de psychiatrie, psychanalyse et psychologie avaient mis en garde contre l’euthanasie et le suicide assisté des patients en général et des malades psychiques en particulier : « Les propos décomplexés faisant l’éloge de « l’aide à mourir » (ou suicide assisté) sont dangereux et erronés. Ils passent à côté de l’essentiel : une demande de mort est une demande de soins et une demande de vie. Il s’agit de la demande d’une autre vie, une vie où on est soigné, considéré et estimé, une vie où on n’est pas abandonné. » Ces auteurs évoquaient le cas de « Geneviève Lhermitte, d’abord emprisonnée puis suivie en psychiatrie après avoir tué ses enfants dans une crise psychotique, [qui] a été euthanasiée en Belgique en février 2023. » Aux Pays-Bas, c’est l’euthanasie d’une jeune femme qui a provoqué, en octobre 2024 une protestation collective : 14 psychiatres demandaient l’ouverture d’une « enquête criminelle » concernant ceux qui ont cautionné ou encouragé ce suicide : « Peut-on supposer que la souffrance mentale ne peut pas être guérie ? »

En avril 2024, des psychiatres avaient protesté de leur exclusion du débat dans une tribune titrée « Les psychiatres n’ont-ils donc rien à dire du suicide, au motif qu’il sera assisté ? » : « Étonnamment, la psychiatrie n’a pas été conviée, comme si elle était hors sujet, alors que le projet insiste sur la notion de souffrance psychologique et exclut les personnes souffrant de troubles psychiatriques réputées privées de leur discernement. »

Attention à l’effet Werther

Tous ces professionnels de la santé mentale ont conscience du risque induit par la valorisation du suicide sur la population, notamment des plus souffrants, fragiles, isolés. Un effet de contagion, nommé effet Werther, a été décrit. Quelle serait son ampleur si, au lieu de réaffirmer à chacune des personnes souffrantes qu’elle a sa place dans la société et le droit d’être soulagée, on cautionnait certains passages à l’acte comme inéluctables et bienfaisants ? L’inquiétude des professionnels est corroborée par une déclaration du président de la MGEN qui osait affirmer en avril 2024 : « Le taux de suicide des personnes âgées en France montre que la demande est déjà là » !

 

euthanasie et suicide assisté : inquiétudes en psychiatrie

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