Panser la fin de vie – Tugdual Derville

Panser la fin de vie – Tugdual Derville

Panser la fin de vie – Tugdual Derville

 

Dramatique, toute fin de vie appelle la solidarité : par la présence, l’aide et la consolation.

En renonçant à la maîtrise totale, les situations de fin de vie nous demandent d’opter pour l’implication. Elles exigent d’assumer la complexité inhérente à la fin de la vie. Or, la focalisation du débat sur l’euthanasie ou le suicide assisté occulte les multiples questions concrètes qui se posent à l’approche de la mort, chacune à aborder au jour le jour.

L’idée court désormais qu’une bonne mort serait une mort endormie. Pourtant, ceux qui partent ont à transmettre et ceux qui restent à recevoir, même si les moments « sans communication verbale » peuvent aussi se révéler féconds pour ceux qui restent.

Université de la vie 2023, Soirée 1 : Panser la fin de vie avec Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA.

 

Retrouvez toute l’Université de la vie 2023.

 

 

 

 

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Grand témoin – Sophie Druenne

Grand témoin – Sophie Druenne

LES SOINS PALLIATIFS, QU’EST-CE QUE C’EST ?
C’EST TOUT CE QU’IL RESTE À FAIRE, QUAND IL N’Y A PLUS RIEN À FAIRE.

  • Des soins actifs délivrés dans une approche globale de la personne atteinte d’une maladie grave, évolutive ou terminale. L’objectif est de soulager  les douleurs physiques et les autres symptômes, mais aussi de prendre en compte la souffrance psychique, sociale et spirituelle.
  • Une personnalisation des soins sur le rythme du patient.
  • Des soins et un accompagnement interdisciplinaires.
  • Un accompagnement du patient dans les moments difficiles.
  • Un accompagnement des proches du patient.

LES SOINS PALLIATIFS, C’EST ACCOMPAGNER LA VIE JUSQU’AU BOUT.

Les soins palliatifs se font en institution ou à domicile.

 

Au cœur du soignant – Clotilde Oudot

Au cœur du soignant – Clotilde Oudot

Aujourd’hui, le système de santé est en difficulté et les soignants en sont fragilisés.

Beaucoup sont surmenés, surchargés, stressés, fatigués et certains démissionnent.

Prendre le temps de les écouter est important pour mieux connaitre leur métier dans ce qu’il a de noble et beau mais aussi, de difficile et d’éprouvant. À THADEO, les professionnels de la santé viennent déposer ce qui les surcharge.

Ils font l’expérience que la parole libère.

  • Redonner aux métiers du soin sens et valeur semble aujourd’hui une urgence.
  • Remettre l’éthique et la personne humaine au centre du système de santé est nécessaire.
  • Retrouver des conditions de bien-être au travail est une priorité pour que les professionnels de la santé puissent rester Gardien et Artisan de vie !

 

 

Enjeux d’éthique de l’intelligence artificielle: le CNPEN vient de rendre un avis.

Enjeux d’éthique de l’intelligence artificielle: le CNPEN vient de rendre un avis.

Après son Manifeste pour une éthique du numérique publié en 2021, et dans la continuité de son Avis n°3 sur les enjeux éthiques des agents conversationnels (« chatbots ») fin 2021, le Comité national pilote d’éthique du numérique (CNPEN) vient de rendre son Avis n°7 : Systèmes d’intelligence artificielle (IA) générative : enjeux d’éthique.

Quelques dates récentes marquantes concernant l’IA ces 3 dernières années

 

Avril 2021un projet de réglementation de l’intelligence artificielle (IA) de la Commission européenne a été présenté par les commissaires européens à Bruxelles. Ce projet combine un « premier cadre juridique sur l’IA » et un « nouveau plan coordonné avec les États membres ». Dans son communiqué de presse, la Commission européenne annonce vouloir « garantir la sécurité et les droits fondamentaux des citoyens et des entreprises, tout en renforçant l’adoption de l’IA, les investissements et l’innovation dans l’ensemble de l’UE ».

Juin 2023le Parlement européen a adopté sa position de négociation concernant la législation sur l’intelligence artificielle, avant les discussions avec les États membres sur la forme finale de la législation. Un projet de régulation de l’intelligence artificielle prendra forme, dont les règles viseront à promouvoir l’adoption d’une l’IA axée sur le facteur humain, et à protéger la santé, la sécurité, les droits fondamentaux et la démocratie de ses effets néfastes.

Juillet 2023, Avis n°7 du CNPEN: Systèmes d’intelligence artificielle générative.

Mis en place en 2019, le CNPEN, placé sous l’égide du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), a pour rôle de rendre des avis sur les saisines qui lui sont confiées, d’éclairer le débat public sur les enjeux d’éthique du numérique et de rédiger des propositions relatives à la pérennisation de la réflexion nationale sur l’éthique du numérique. Les trois premières saisines demandées par le Premier ministre concernent le véhicule autonome (avis paru en mai 2021), les agents conversationnels (avis paru en novembre 2021) et le diagnostic médical et l’intelligence artificielle (à paraître prochainement).

Le déploiement de ChatGPT illustre l’accélération des capacités des systèmes d’intelligence générative. C’est sur ce thème que le CNPEN vient de rendre son Avis n°7 : Systèmes d’intelligence artificielle générative : enjeux d’éthique dans lequel il pointe :

La question de la vérité

Comme le précise l’avis, « les résultats émis par l’outil peuvent être source d’erreur et mener à la désinformation si l’utilisateur ne fait pas preuve d’esprit critique. Le système d’IA générative n’a aucune logique ni compréhension des mots qu’il emploie. Son mode d’apprentissage par corrélation numérique statistique, sans notion du sens, peut générer des erreurs ou « hallucinations » ce qui pose la question de la vérité. Or, la production d’erreurs et l’illusion de la vérité ne pouvant être attribué à la machine, c’est le concepteur du programme qui doit en assumer la responsabilité et avertir l’utilisateur des risques encourus, afin d’éviter le risque de la désinformation ».

Ainsi, pour éviter des tensions technologiques puis sociétales, le CNPEN invite les concepteurs de modèles de langage à faire preuve d’éthique dès la phase de conception et d’exigence dans la prise en compte des biais.

Distinguer l’homme et la machine

Le Comité prône un maintien des distinctions d’une production humaine des résultats issus de la machine par l’utilisation de code en filigrane. L’introduction des filigranes est une étape réglementaire nécessaire pour des raisons éthiques. Ils doivent répondre à deux critères. D’un côté, ils doivent être suffisamment robustes pour résister aux attaques adversaires visant à les effacer. De l’autre, leur détection par un logiciel de vérification ne doit pas dépendre des paramètres d’un système d’IA particulier qui aurait généré le texte.

 

La question de la langue

La langue utilisée pour l’apprentissage des systèmes d’IA générative n’est pas anodine. Toute langue humaine véhicule nécessairement une histoire et une culture. Le simple fait de manier le langage, qui est le moyen de la pensée consciente et du jugement, mobilise implicitement les représentations culturelles. Or, on note une forte prédominance du corpus de ressources en anglais. Ainsi, selon le CNPEN, lors de la constitution des corpus d’apprentissage des systèmes d’IA générative, les concepteurs doivent respecter la diversité des langues humaines et des cultures qu’elles véhiculent.

La question des apprentissages

Le Comité recommande de conditionner l’utilisation des systèmes d’IA générative à des études préalables de leur effet sur le développement cognitif des jeunes cerveaux. L’Avis rappelle l’enjeu sociétal de préserver l’apprentissage humain qui passe par la compréhension des concepts, la réflexion et la créativité, sans avoir recours aux machines. Le CNPEN considère que le système d’éducation ne peut et ne doit pas exclure l’IA générative, mais doit l’intégrer, en encadrer l’usage. Il s’agit d’apprendre aux enfants et étudiants les concepts sous-jacents pour augmenter leur compréhension du système et faciliter sa prise en main.

La nécessité de marquer des limites par une régulation juridique

L’avis pointe la nécessité de poser les limites via des normes juridiques suffisamment souples pour faire face aux nouvelles évolutions et suffisamment structurantes pour répondre au respect des droits fondamentaux et de l’intégrité des personnes. Pour eux, la responsabilité légale doit être attribuée aux fournisseurs des modèles de fondation et aux déployeurs d’applications. La responsabilité morale s’étend aux concepteurs des modèles de fondation et aux développeurs des systèmes d’IA générative utilisant de tels modèles.

La protection des données

Pour le CNPEN, il semble nécessaire que le Comité européen de protection des données produise des lignes directrices relatives à l’articulation entre le règlement sur l’IA et le RGPD. Quant à la question du traitement des données collectées, le CNPEN préconise l’élaboration de règles juridiques complétées d’un questionnement éthique sur la collecte, le stockage et la réutilisation des traces linguistiques des interactions entre machines et êtres humains.

L’impact écologique

Pour le CNPEN, les systèmes d’IA générative doivent se montrer plus conscients et transparents à propos de leur utilisation énergétique, de leurs émissions et des mesures prises pour atténuer ces dernières. Afin d’envisager un développement vertueux de ces technologies, le CNPEN propose la mise en place d’une métrique de l’impact environnemental des systèmes d’IA générative

La gouvernance

Le Comité préconise la création d’une entité souveraine de recherche et de formation « IA, science et société ».

Report de la PPL bien vieillir : le grand âge abandonné

Report de la PPL bien vieillir : le grand âge abandonné

Report de la PPL bien vieillir : le grand âge abandonné

 

Le nouveau report de la proposition de loi bien vieillir et l’absence de feuille de route sur le grand âge interrogent sur les priorités du gouvernement alors que le secteur manque aujourd’hui cruellement de moyens et de personnel.

 

Mardi 18 juillet, sur les rangs de l’Assemblée nationale, Isabelle Valentin, député de Haute-Loire, s’exclamait : « Mais Monsieur le ministre, quelle place voulez-vous donc donner à nos aînés dans notre société ? »

EHPAD en grande difficulté financière, manque criant de personnel aussi bien dans les établissements que dans les services d’aide à domicile, soignants au bord de l’épuisement…Le tableau ne cesse de se noircir pour le secteur du grand âge. Et pourtant, ce 18 juillet, le gouvernement annonçait un nouveau report, sine die, de la proposition de loi bien vieillir, dont l’examen suspendu en avril dernier devait reprendre cette semaine.

Si l’on jette un regard sur le traitement du grand âge ces dernières années, on peut y voir la triste histoire d’un abandon, de promesses non tenues en renoncements.

Dans le précédent quinquennat, le projet de Grand Âge et Autonomie, annoncé dès le mois de mars 2019 à la suite de la remise du rapport « Grand âge et autonomie », dit rapport Libault, a été une arlésienne jusqu’à la fin du premier quinquennat : maintes fois reporté, il a finalement été abandonné.

Lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a annoncé son souhait de créer 50 000 postes dans les EHPAD en cinq ans. Pourtant le projet de loi de finance de 2023 ne prévoyait la création que de 3 000 postes. Il aurait fallu en créer cinq fois plus pour tenir l’objectif sur cinq ans.

A défaut de projet de loi, les députés du groupe Renaissance ont déposé en décembre 2022 une proposition de loi « pour bâtir la société du bien vieillir en France. » Cette proposition de loi qui vise à lutter contre l’isolement et la maltraitance des personnes âgées et leur garantir un hébergement de qualité, prévoit notamment la création d’une carte professionnelle pour les aides à domicile ou l’instauration d’un droit de visite dans les EHPAD.

Lors de son examen en séance publique en avril, le gouvernement l’avait étoffée en ajoutant la création d’un « guichet unique » de l’autonomie dans les départements pour simplifier les démarches des personnes en perte d’autonomie. Hélas, l’examen de la proposition de loi avait dû être interrompu par manque de temps.

Le texte devait être à nouveau examiné lors de cette session extraordinaire de juillet, mais il était placé à la toute fin de l’ordre du jour…Ce qui en dit long sur l’importance qu’il revêtait pour le gouvernement. A l’approche des vacances parlementaires, son examen est finalement remplacé par celui du projet de loi visant à accélérer la reconstruction des bâtiments dégradés lors des violences urbaines. Aucune date n’est encore fixée pour examiner le texte.

seniors ehpad ​En parallèle de cette proposition de loi, le ministre des Solidarités, Jean-Christophe Combe, avait annoncé début avril une vaste « réforme » du grand âge dont les détails devaient être révélés au début du mois de juin. Mais au gré du temps, l’échéance fut repoussée à fin juin, puis « avant le 14 juillet ». Cette grande réforme s’était entre temps transformée en simple « feuille de route ». Mardi 18 juillet, lors de la séance de questions au Gouvernement à l’Assemblée nationale, le ministre assurait encore qu’il présenterait sa feuille de route…avant de quitter le gouvernement deux jours plus tard.

Quels signaux donnent ces atermoiements et renoncements successifs ? L’une des fédérations de directeurs d’EHPAD, la FNADEDA, se dit « exaspérée » dans un communiqué du 19 juillet. L’AD-PA (Association des Directeurs au service des Personnes Âgées) regrette que l’Etat laisse « au milieu du gué les personnes âgées, professionnels et familles ayant subi de plein fouet les effets des retards français, mis en exergue par la crise COVID. » (communiqué du 18/07).

Pourtant, depuis 2019, les propositions pour alimenter une réforme du grand âge ne manquent pas. Comme le rappelle le rapport final du Conseil National de Refondation (CNR) pour le « Bien Vieillir », les pouvoirs publics ont bénéficié depuis 4 ans des très nombreuses propositions issues du Rapport Libault (2019), du rapport El Khomri (2019), du Rapport Broussy (2021), du Rapport Vachey (2020) auxquelles s’ajoutent les propositions émanant de rapports parlementaires ainsi que celles émanant de la restitution des travaux du CNR.

On peut donc s’interroger sur ce manque de volonté politique face au défi immense d’adapter notre société au vieillissement, alors que le nombre de personnes de plus de 85 ans sera multiplié par trois d’ici 2050 (rapport Libault). En revanche, le calendrier pour un projet de loi sur la fin de vie semble, lui, bien tenu, puisque la ministre Agnès Firmin Le Bodo a confirmé il y a quelques jours sur Public Sénat que le projet de loi annoncé sur la fin de vie serait bien présenté avant le 21 septembre….une déclaration qui laisse songeur sur les priorités du gouvernement.

En quittant le gouvernement,  le 20 juillet, le ministre Jean-Christophe Combe a réitéré ses réserves sur ce projet de loi dans son discours de passation : « Donner à penser que la souffrance et la vulnérabilité pourraient ne plus faire partie de la vie, c’est changer notre rapport à la fragilité. C’est prendre le risque d’envoyer un message implicite, qui pourrait conduire les personnes vulnérables à l’auto-effacement. » A l’occasion de ce discours, il exprimé son regret de ne pas avoir réussi « à convaincre de la nécessité d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort dans l’adaptation de la société au vieillissement ».

 
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Suicide assisté : controverse sur l’avis de l’Académie de médecine

Suicide assisté : controverse sur l’avis de l’Académie de médecine

Suicide assisté : controverse sur l’avis de l’Académie de médecine

 

L’Académie de médecine a publié un avis controversé le 13 juillet 2023 sur la fin de vie concluant à une ouverture sous condition au suicide assisté. Un membre de son comité d’éthique dénonce un passage en force et la non validité d’un tel vote.

La controverse est double sur le fond et sur la forme.

Rupture avec le code de déontologie

Sous le titre « Favoriser une fin de vie digne et apaisée : répondre à la souffrance inhumaine et protéger les personnes les plus vulnérables », le comité d’éthique de l’Académie de médecine a souhaité donner un avis pour contribuer au débat dans le cas où « le législateur retiendrait une aide active à mourir ».

Après avoir rappelé que «le devoir de respect de la vie humaine et de non-abandon des plus fragiles est le pilier essentiel de la vie en société », les auteurs reconnaissent que la loi actuelle suffit pour l’ensemble des personnes dont le pronostic de mort est prévu à court terme. L’avis s’emploie ensuite à déployer des arguments pour exclure l’euthanasie qui transgresse le Serment d’Hippocrate « je ne provoquerai jamais la mort », transcrit dans le code déontologie.

La réflexion porte donc essentiellement sur l’assistance au suicide, et sa potentielle légalisation pour « abréger les souffrances d’une existence sans espoir » dans des cas de pronostic de décès à moyen terme. Ces situations ne sont pas clairement explicitées. Paradoxalement, il est souligné que « les personnes impliquées (gravement malades, handicapes, proches …) sont plus nuancées et aspirent d’abord à un meilleur accompagnement » plus qu’à une « aide active à mourir » exprimée dans les sondages.

Plusieurs risques sont soulevés :

  • Pour les patients, celui de la nature de la demande, appel au secours ou réelle volonté de mourir et  de la persistance de l’inégalité territoriale d’accès aux soins palliatifs
  • Pour la société, de devoir assumer de donner la mort et en particulier de transférer aux soignants un acte que la plupart ne veulent pas pratiquer.
  • Pour les personnes souffrant de handicap : « Franchir le pas de l’assistance au suicide est une rupture et une transgression qui met à mal notre conception ordinaire de la solidarité et du respect de la vie ». Les académiciens insistent sur le caractère violent que peuvent ressentir ces personnes  de ne « plus être autorisées à exister ». Reprenant l’appel du collectif Soulager mais pas tuer, et les propos de la présidente du groupe Poyhandicap, l’avis souligne l’exigence de protéger ces personnes comme celles qui présentent une altération du discernement.

Pour contrer ces risques, les auteurs proposent un encadrement d’une assistance au suicide qui se rapprocherait de celui de l’Oregon où le médecin prescrit le produit sans l’administrer après une évaluation collégiale « suite à la demande de la personne en capacité de discernement et bénéficiant de soins palliatifs ». En seraient exclus les maladies psychiatriques, les états dépressifs, les pertes de discernement, les mineurs.

C’est ce qui constituerait pour eux un moindre mal, « le terme « assistance » signifiant accompagner étroitement et soulager la personne endurant une existence sans espoir, par une démarche respecteuse de ses hésitations à aller ou non au terme de sa demande » .

 

Que des membres éminents de l’Académie de médecine proposent d’abdiquer tout soulagement de certains patients en provoquant la mort et de les exclure de la prévention du suicide est plus que troublant. Et en complète contradiction avec l’appel des professionnels de la psychiatrie, psychanalyse et psychologie publié le 7 juillet dernier qui rappellent que « l’interdit de participer de près ou de loin à la mort garantit la sécurité de la relation et permet d’être inventifs et imaginatifs ».

On peut également regretter que l’Académie de médecine se sente obligée d’imaginer une légalisation d’une « aide active à mourir » par le gouvernement comme une fatalité à laquelle il faudrait se plier. Imagine-t-on la même académie débattre des conditions de la levée de la peine de mort si le gouvernement le décidait ?

Soupçon d’invalidité du vote

Un des membres du comité d’éthique vient cependant bousculer ce qui a été présenté comme un avis majoritaire voté le 27 juin dernier par 60 voix pour, 24 voix contre et 10 abstentions. Le professeur Patrice Queneau dénonce les conditions du débat de cet avis qui n’a pas fait l’objet d’une séance entière et a été présenté en même temps que deux autres rapports et d’autres communications, tout cela avant la suspension des travaux de l’Académie pendant l’été.

Le professeur Queneau explique la confusion qui a eu lieu au moment du vote : il a été proposé que le texte soit modifié. Selon lui, c’est l’accord pour apporter des modifications au texte qui a été voté et non pas l’avis en lui-même.

Ce qui pousserait à reconsidérer la réelle validité de cet avis.

Faire du lien social une grande cause nationale

Faire du lien social une grande cause nationale

Un collectif d’acteurs de la santé mentale et de la prévention du suicide lance, dans une tribune parue dans Le Monde ce 8 juillet 2023, un appel pressent au gouvernement et à la France : « Nous, acteurs de la santé mentale, appelons à faire du lien social une grande cause nationale ».

La santé mentale en France se dégrade, de manière significative. Fin 2022, 17 % des Français montraient les signes d’un état dépressif selon l’agence Santé publique France, et 10 % déclaraient avoir eu des pensées suicidaires au cours de l’année. Ce phénomène inquiétant touche particulièrement les jeunes filles et femmes de 10 à 24 ans, d’après les chiffres de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

En cause : la dégradation du lien social

Si les causes d’une détérioration de la santé mentale sont multiples, le collectif en pointe une majeure : la dégradation du lien social, qui est l’essence même de la prévention en santé mentale. En matière de prévention du suicide, par exemple, il est prouvé que le repérage de proximité par des sentinelles, la prise en compte rapide de la souffrance identifiée par des professionnels de santé et le recours aux liens sociaux pour accompagner les personnes en souffrance permettent de réduire fortement les risques de tentatives de suicide et de réitération.

La santé mentale nécessite de se soutenir, de s’écouter, de s’allier.

 

Parmi les souffrances observées, on déplore que dans notre société hyperconnectée, « il est plus que jamais difficile de trouver sa place, ses repères. Aussi puissantes et prodigieuses puissent-elles être, les nouvelles technologies ne peuvent pas dénouer toutes les difficultés, couvrir tous les besoins humains. Nous sommes convaincus que la santé mentale nécessite de se soutenir, de s’écouter, de s’allier ». La nécessité de relations authentiques et sincères est un réel besoin humain, mis en grande souffrance par le délitement des liens sociaux.

 

 

Réparer le lien social peut réparer la santé mentale

Le collectif composé d’acteurs du terrain, agissant au plus près des réalités que traversent les Français, demande que « l’Etat et les collectivités territoriales prennent la mesure du problème et se mobilisent pour y faire face en agissant sur les déterminants de la santé mentale, dans lesquels le lien social occupe une place centrale ». Ils en appellent donc à faire du lien social une grande cause nationale.

Les moyens proposés sont de valoriser le maillage des actions menées en faveur de la prévention et de la promotion de la santé mentale, en s’appuyant sur l’ancrage territorial des acteurs locaux de la prévention, du soin et de la prise en charge et de l’accompagnement des personnes.

Les objectifs avancés sont de fédérer les acteurs de la santé mentale, de soutenir et valoriser la prévention précoce et la promotion de la santé mentale, d’informer largement sur les troubles de la santé mentale et de rappeler que le lien social est l’affaire de chacun. Sur ce point, le collectif rappelle qu’il est possible de s’engager en tant que bénévole, de devenir sentinelle en prévention du suicide, mais aussi pour chacun l’importance d’être attentif et à l’écoute de son entourage.

 

Pour aller plus loin

Quand les enfants vont mal : un rapport lance une alerte sur l’état de santé mentale des enfants.

Santé mentale : le gouvernement lance un plan de prise en charge.

faire du lien social une grande cause nationale

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La Cour des Comptes appelle à un renforcement des soins palliatifs

La Cour des Comptes appelle à un renforcement des soins palliatifs

La Cour des Comptes appelle à un renforcement des soins palliatifs

 

Dans un rapport épais de 124 pages, la Cour des Comptes publie un état des lieux des soins palliatifs et appelle à leur renforcement.

Intitulé « Les soins palliatifs, une offre de soins à renforcer », ce rapport avait été commandé par la présidente de la Commission sociale de l’Assemblée en juillet 2022. Son constat général est en demi-teinte comme le souligne le titre, et il s’articule autour de trois grands axes :

  • une situation générale en amélioration avec des besoins encore largement non pourvus,
  • une politique publique plus volontaire mais une organisation  administrative trop timide,
  • un accès aux soins palliatifs trop centré sur l’hôpital et encore insuffisant en ville.

La Cour des Comptes formule dix recommandations pour améliorer les outils d’évaluation et de suivi de l’offre et des besoins, pour piloter le développement attendu dans les prochaines années, et améliorer l’accès pour les patients.

Les constats sur l’offre actuelle de soins palliatifs

L’accès aux soins palliatifs est un droit, inscrit dans l’article L1110-9 du code de la santé publique. Il comprend le soin et l’accompagnement : « toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement« . Ce droit relève du droit constitutionnel de sauvegarde de la dignité de la personne humaine, la prise en charge de la souffrance étant « un des aspects les plus importants de cette dignité« .

La définition des soins palliatifs établie dans le code de santé publique se retrouve au début du rapport : « soins actifs et continus pratiqués par une équipe interdisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage« . Les auteurs soulignent également que « le concept de soins palliatifs a ainsi évolué : la notion de phase curative puis palliative d’une maladie s’efface au bénéfice d’une prise en charge coordonnée et adaptée tout au long de la maladie. »

En partant d’une définition canadienne des besoins en soins palliatifs qui s’appuie sur une liste de pathologies, la Cour estime qu’un peu plus de 60% des personnes décédées dans l’année devraient bénéficier de ces soins. Cette estimation est fortement dépendante de la liste des pathologies. Dans une annexe, le rapport utilise trois méthodologies distinctes et obtient des pourcentages entre 62% et 80%.

Selon la Cour, la hausse des besoins à venir viendra essentiellement du vieillissement de la population d’ici à 2050. L’estimation des besoins passerait de 379 000 à 470 000 en 2046.

Pour estimer « l’offre disponible », les auteurs admettent ne pas avoir les informations adéquates. Cependant, ils affirment que l’offre a augmenté sur les dernières années. Ainsi, à l’hôpital, entre 2013 et 2021, on dénombre environ 1500 lits supplémentaires pour atteindre 7529 lits au total. Les disparités régionales demeurent cependant fortes. Il est plus difficile d’évaluer la situation pour les soins en ville et à domicile.

Au total la dépense publique pour les soins palliatifs est évaluée à 1,5 Milliards d’euros en 2021, en hausse de 25% depuis 2017.

Limites de la politique publique sur les dernières années

Depuis 1999, la loi garantit « le droit à l’accès aux soins palliatifs au sein des institutions sanitaires ou médico-sociales comme à domicile. » Des plans se sont succédés depuis, avec deux périodes non couvertes. Le rapport note que « le plan 2008-2012 a donné une nette impulsion aux soins palliatifs en France, avec trois grands axes : la poursuite du développement de l’offre hospitalière et l’essor des dispositifs extrahospitaliers, l’élaboration d’une politique de formation et de recherche et l’accompagnement offert aux proches« .

Malgré l’ambition affichée par le plan 2015-2018, l’impact a été « modeste », le rapport pointant un manque d’outils de pilotage, c’est-à-dire des objectifs chiffrés assortis d’un calendrier. Ce manque a une incidence à la fois sur la mise en œuvre et sur la possibilité d’un suivi et d’une évaluation.

Le rapport pointe directement le flou de certains axes du plan : « La mesure 9 attachée à l’axe 3 « développer les soins palliatifs en Ehpad » renvoie, par exemple pour la présence des infirmières de nuit en Ehpad, à un groupe de travail qui « fera des propositions » ou à des « partenariats, des accords ou des outils d’évaluation », une mesure ressemblant davantage à une déclaration de (bonne) intention qu’à un plan d’action… Le rapport qualifie enfin le plan actuel 2021-2024 : il « comporte les mêmes défauts que le plan précédent, sans objectifs qualitatifs et calendaires ». Cette situation semble assez courante.

Selon un rapport de l’OCDE, sur 23 pays étudiés, 14 n’ont ni programme ni stratégie. Les auteurs suggèrent que le Royaume Uni et l’Autriche pourraient inspirer la France pour sa stratégie.

Par ailleurs, ces plans ont le défaut de ne pas être inscrits dans la stratégie nationale de santé, et ils ne sont pas articulés avec les autres plans ciblant des pathologies (plan cancer, plan maladie neuro-dégénératives…). Entre autres exemple cités : « le 3ème plan d’amélioration de la prise en charge de la douleur comportait des mesures concernant les soins palliatifs dans les Ehpad, sur la formation des personnels soignants et sur la collaboration entre les différents acteurs. Néanmoins ce plan n’a pas été renouvelé depuis 2010« .

Selon les auteurs, il faudrait aussi un pilotage unique au niveau national en lien avec les Agences Régionales de Santé.

Etudiant la question épineuse du financement, le rapport souligne que « la prise en charge palliative, lorsqu’elle a lieu au bon moment, et de façon suffisamment précoce dans le parcours de soins, mobilise des soins moins onéreux que ceux qui sont prodigués sans soins palliatifs. C’est le résultat de l’analyse de plusieurs études, française et anglaise, aux termes desquelles la notion de sobriété thérapeutique, inhérente aux accompagnements en soins palliatifs, permettrait des parcours significativement moins dispendieux« . Ce résultat souligne la compatibilité, par une approche palliative, de qualité de fin de vie et maîtrise du coût des soins.

La diffusion des directives anticipées, et leur numérisation, est un axe poussé par la Cour des Comptes. Selon la Haute Autorité de la Santé (HAS), 70% des Américains auraient rédigé leurs directives anticipées DA, alors que le pourcentage est inconnu en France, mais probablement très faible.

Concernant l’accompagnement de la fin de vie, le rapport note l’existence dans des pays étrangers (Danemark, Autriche) « dans un registre différent de celui du bénévolat d’écoute, du bénévolat de service« . L’association Visitatio -voisins et soins, de même inspiration, est citée par la Cour.

Les auteurs recommandent le développement de cet « accompagnement non médicalisé aux soins palliatifs » qui « relève, pour une large part, de l’empathie et de la capacité à accompagner, par une présence, par des mots choisis, et par de la bienveillance, le patient souvent apeuré par l’arrivée imminente de la mort. Des bénévoles formés et encadrés peuvent être une source d’apaisement et de généralisation de culture palliative, qui se doit d’être bienveillante. Le ministère de la santé pourrait donc lancer sans tarder, dans le cadre du futur plan 2024-2027, un groupe de travail pour la généralisation du bénévolat à l’accompagnement à la fin de vie« .

Elargir l’accès aux soins palliatifs en dehors de l’hôpital

53% des Français meurent à l’hôpital (chiffre 2018), mais 60% souhaitent mourir chez eux (sondage CNSPFV).

L’offre de soins à domicile et en Ehpad est insuffisante. Environ 150 000 personnes décèdent chaque année dans un Ehpad, et « la prise en charge palliative en Ehpad est l’un des enjeux-clefs pour développer l’accès aux soins palliatifs, mais, de l’avis de l’ensemble des ARS interrogées, les principaux obstacles sont, comme pour les soins de ville, outre la démographie médicale déclinante, à laquelle s’ajoute plus spécifiquement le manque d’infirmière disponibles, surtout la nuit, l’insuffisante formation des aides-soignantes et de l’ensemble du personnel non médical intervenant en Ehpad« .

Le rapport appuie donc les initiatives locales de formation et de coordination entre les équipes mobiles et les Ehpad. Il appelle à un « plan de formation d’envergure pour les professionnels non médicaux« .

Dans sa conclusion, le rapport synthétise ses recommandations pour renforcer l’offre de soins palliatifs et rendre le droit à ces soins effectifs. Une note de bas de page précise qu’en « complément de la réflexion qui s’engage sur le suicide assisté, certaines associations font valoir que si l’offre de soins palliatifs pouvait couvrir complètement les besoins, la demande de suicide assisté serait moindre« . De fait, différentes études ont montré la très faible persistance de demandes lorsque les malades sont pris en charge.

Mais au-delà d’une approche économique de type « offre et demande », c’est bien le principe de dignité et de droit aux soins qui doit conduire les pouvoirs publics pour la mise en place du plan 2024-2027. Et cette dignité n’est pas compatible avec un projet de légalisation d’une forme de mort administrée.

 

la cour des comptes appelle à un renforcement des soins palliatifs

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Une opposition multiforme à l’euthanasie et au suicide assisté

Une opposition multiforme à l’euthanasie et au suicide assisté

Une opposition multiforme à l’euthanasie et au suicide assisté

 

Des voix diverses s’élèvent contre une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté :  politiques, professionnels de la santé, et aussi citoyens parmi lesquels des personnes confrontées au handicap. Sans être exhaustives, ces prises de position montrent de profondes fractures face à un projet présenté comme devant être consensuel et un débat loin d’être apaisé.

 

Des politiques de tous bords expriment leurs réserves sur l’euthanasie et le suicide assisté

 

Parmi les personnalités politiques, deux ministres directement concernés se sont récemment exprimés.

Le ministre de la Santé, François Braun, dès le mois d’avril s’était exprimé dans un entretien au Monde pour rappeler que : « accompagner la mort, ce n’est pas donner la mort ». 

Très récemment, le 23 juin 2023 Jean-Christophe Combe, ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées mettait en garde contre toute évolution législative dans un entretien au Figaro  : «Une loi sur l’aide active à mourir risquerait de nous faire basculer dans un autre rapport à la ­vulnérabilité» et « l’auto-effacement » des personnes les plus fragiles.

L’ancien directeur de la Croix Rouge parle d’expérience. Il propose ce que devrait être le modèle français demandé par le président de la République : « Un modèle fait du refus de l’obstination thérapeutique déraisonnable, de soins palliatifs mieux connus et plus précoces, de soutien aux aidants, de liens sociaux pour lutter contre le fléau de la solitude et de regards aimants sur la personne souffrante. »

Ce mercredi 28 juin la commission des affaires sociales du Sénat remettait un rapport jugeant « inappropriée et dangereuse » toute forme de mort programmée. Quant au président du Sénat, Gérard Larcher, interrogé par BFM le 13 avril dernier, il s’était dit « extrêmement réservé » rappelant que  » 2/3 des Français n’ont pas accès aux soins palliatifs en France, c’est cela ma priorité !  »

Début mai, c’est François Bayrou, président du Modem, parti affilié à la majorité présidentielle qui faisait part de ses réserves intimes sur la fin de vie « Ne faisons pas un service public pour donner la mort ».

Enfin de manière inédite, 6 députés de partis différents (PCF, PS, LR, Modem, Renaissance et Horizon) ont signé une tribune transpartisane le 22 juin 2023 dans le Monde rappelant que « la fin de vie est encore la vie » et que « le soignant ne doit jamais disposer du droit de vie et de mort sur celui qui se confie à lui. » Ils soulignent que le patient doit pouvoir « partager ses peines et ses craintes les plus intimes sans que jamais le lieu où l’on soigne ne puisse être celui où l’on donne la mort. »

 

Les professionnels du soin font entendre leur opposition

En avril 2023, le Conseil national de l’ordre des médecins s’est dit « défavorable à la participation d’un médecin au processus qui mènerait à une euthanasie » et à sa participation active au suicide assisté. Dès le mois de février 2023, 13 organisations représentant 800 000 soignants ont publié un avis éthique   sur   les   conséquences d’une potentielle légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté et qui réaffirme que « donner la mort ne peut être considéré comme un soin ». Ces organisations qui représentent divers métiers (infirmiers, gériatres, soins palliatifs, cancérologie, hospitalisation à domicile, EHPAD et secteur médico social…) alertent le législateur sur les menaces que ferait peser une telle évolution sur les personnes vulnérables.

Mobilisation également de l’association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) qui interpelle le gouvernement et la société « Veut-on tuer les personnes âgées pour faire des économies ? ». Cette association rappelle que « bon nombre de citoyens âgés souffrent de syndromes dépressifs notamment liés à la solitude » et refuse qu’il soit « question d’inviter des personnes âgées à mourir parce qu’on ne leur aurait pas donné les moyens de vivre leurs dernières années correctement. ».

 

Les personnes vulnérables et handicapées se retrouvent en première ligne

Philippe Pozzo di Borgo, l’homme qui a inspiré le film Intouchables, «chef de file des anti-euthanasie » titrait Le Parisien dès octobre 2022. Parrain du Collectif Soulager mais pas tuer, celui qui vient de nous quitter début juin signait une tribune dans Ouest France en décembre 2022 invitant à signer son appel « aidons-nous à vivre, pas à mourir », déjà soutenu par des dizaines de milliers de personnes. Son engagement a fait des émules.

Edwige Mouttou, 44 ans et atteinte de la maladie de Parkinson depuis 9 ans, publiait pendant la convention citoyenne une lettre ouverte au philosophe pro-euthanasie André Comte-Sponville : «  Donner la liberté de recourir au suicide assisté c’est autoriser la société à faire pression pour que certains aient l’élégance de demander la mort et ne pas peser ». De son côté, Caroline Brandicourt, atteinte d’une maladie dégénérative et porte-parole du collectif vient de parcourir 1200 km à vélo à travers 12 départements dépourvus de soins palliatifs pour demander leur généralisation partout et pour tous.

Elle témoigne que  « Le plus triste, le plus déprimant, ce n’est ni la dépendance, ni la maladie mais bien la solitude et le sentiment de rejet et d’exclusion. L’idée même de l’euthanasie, ça me coupe les jambes et me décourage. »

Le 28 juin, ce sont 111 personnes concernées par le handicap ou le grand âge qui signaient une tribune en écho au manifeste des 109. Pour la plupart en bonne santé, les signataires du manifeste militaient pour réclamer « un droit de mourir », publié en mars 2023 dans l’Obs.

Les personnes les plus concernées  répondent : « Nous, personnes handicapées, entravées dans notre corps, dépendantes, porteuses d’un handicap moteur ou mental, malades atteints de maladie grave comme des cancers ou la maladie de Charcot, pour certains de nous, âgés ou proches de la mort, anonymes, nous demandons à être considérés, accompagnés et encouragés. »

 

Depuis l’étranger, Theo Boer, professeur d’éthique de la santé et ancien membre d’un comité de contrôle de l’euthanasie des Pays-Bas met en garde la France  contre la volonté de légiférer. Il explique qu’aucun encadrement ne tient. Il constate une augmentation progressive des cas d’euthanasie aux Pays-Bas, une extension progressive des critères (mineurs, handicaps, maladies mentales ..), et une croissance du nombre de suicides.

Il explique que dans son pays les gens demandent l’euthanasie par peur d’être un fardeau. C’est l’une des raisons, sinon la raison essentielle, de demander une mort administrée.

 

Autant d’alertes essentielles qui doivent faire réfléchir nos gouvernants.

Analyse critique de la campagne « santé sexuelle  » 2023 lancée par Santé Publique France.

Analyse critique de la campagne « santé sexuelle  » 2023 lancée par Santé Publique France.

Analyse critique de la campagne « santé sexuelle  » 2023 lancée par Santé Publique France.

 

Sous l’égide de Santé Publique France, établissement sous tutelle du ministère de la santé, une campagne sur la « santé sexuelle » s’est déroulée du 22 mai au 25 juin 2023. Cette campagne se déploie à partir du constat que : « Tout le monde se pose des questions sur la sexualité et tout le monde peut trouver des réponses sur QuestionSexualite.fr« . Le communiqué de presse cite « la prévention… des grossesses non prévues » comme un des « enjeux de santé publique ».

Dans le paragraphe « s’informer et dialoguer pour limiter les situations pouvant dégrader la santé sexuelle » on lit qu’en : « En France, malgré une couverture contraceptive élevée1, une grossesse sur trois est non prévue et 64 % d’entre elles donnent lieu à une interruption volontaire de grossesse (IVG)« .

 

Selon cette assertion, la « couverture contraceptive » a donc pour objectif d’éviter toute « grossesse imprévue », en particulier parce que ces grossesses conduisent majoritairement à un avortement. La logique du raisonnement est qu’une plus grande diffusion et utilisation de la contraception permettrait d’éviter des IVG. Déjà, cette logique était présente dans les débats lors de la loi de dépénalisation de l’avortement en 1975. Cette loi, selon ses promoteurs, visait à ce que l’avortement reste une « exception« , « un ultime recours pour des situations sans issue« .

Or, les chiffres démentent ce raisonnement. L’expression « paradoxe contraceptif » a d’ailleurs été utilisé pour rendre compte de ces faits. Une publication de 2011, « Circonstances des échecs et prescription contraceptive post-IVG, analyse des trajectoires contraceptives autour de l’IVG« , par Caroline Moreau, Julie Desfrères et Nathalie Bajos, expose ce « paradoxe » dans son introduction : « Le législateur pensait que, avec la diffusion des méthodes contraceptives médicales, ces situations de grossesses non prévues devraient décliner notablement et ne plus concerner qu’une frange marginale de la population. Force est de constater que le recours à l’IVG, qui a baissé du lendemain de la légalisation jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, reste stable depuis ». 

Le communiqué de presse de la campagne fait d’ailleurs explicitement référence à cette publication.

 

Par ailleurs, l’affirmation de Santé publique France que 64% de ces grossesses « donnent lieu à une interruption volontaire de grossesse (IVG) » est inexacte. L’étude de 2011 citée plus haut, indique que « L’estimation de la part des IVG survenant alors que la femme utilisait une méthode de contraception en métropole est de 64 % ». Autrement dit : parmi les IVG (et non parmi les grossesses non prévues) 64% des IVG ont eu lieu alors que la femme était sous contraception.

Cette information vient des enquêtes des personnes réalisant des IVG et non d’enquêtes sur les femmes ayant des grossesses « non désirées ». Selon la même source, cette estimation « est légèrement inférieure à celle établie à partir des données de l’enquête COCON (78 %). » Une autre source, un rapport de l’IGAS en 2010, donne une estimation de l’ordre de 72 % de femmes réalisant un IVG alors qu’elles prenaient une contraception dite efficace. Sachant que l’estimation dans le rapport de l’UNFPA est un taux d’avortement des grossesses non intentionnelles de 33% au niveau mondial, des études chiffrées sont nécessaires pour mieux déterminer le niveau en France.

 

Par ailleurs, la campagne met en avant le site « questions sexualité » comme « référence » informative. Sur les « grossesses non prévues », ce site mentionne bien toutes les options possibles :

« Si vous ne l’avez pas planifié, le fait d’apprendre que vous êtes enceinte peut être vécu comme une magnifique surprise… ou comme un drame. Dans tous les cas, cette annonce peut être déstabilisante. Quelles que soient les situations particulières, il y a plusieurs options possibles.:

  • poursuivre la grossesse et accueillir un enfant ;
  • poursuivre la grossesse et confier l’enfant à l’adoption ;
  • Interrompre la grossesse.

Si la décision est évidente pour certains, elle est beaucoup plus complexe pour d’autres. N’hésitez pas à vous faire accompagner dans vos interrogations et démarches en demandant conseil à des proches ou à des professionnels de santé. »

Cependant, seule la décision d’interrompre fait l’objet d’un renvoi vers la page « Tout savoir sur l’IVG ». Les soutiens possibles pour poursuivre la grossesse ne font l’objet d’aucune information. Pourtant, elles existent. La campagne aborde également le sujet de l’efficacité des différentes méthodes de contraceptions, ainsi que la question des IST (Infections sexuellement transmissibles).

Le parti pris d’aborder la sexualité sous un angle très largement individuel et sanitaire, dans la lignée des campagnes précédentes, est une forte limite de ce type de communication. En effet l’horizon d’une relation amoureuse durable pour construire une famille reste une aspiration chez les jeunes. Dans « La fracture » livre enquête sur la génération des 18-30 ans en 2021, Frédéric Dabi, Directeur général de l’Ifop, et Stewart Chau, sociologue, rapportaient le « primat absolu de la famille dans les éléments perçus par les jeunes comme les plus importants pour avoir une vie réussie (62%). »

 

Pour aller plus loin : Sexe « neutre » en France ? La Cour européenne des droits de l’homme dit non

analyse critique de la campagne "santé sexuelle " 2023 lancée par santé publique france.
Des tentatives de « modèles d’embryons » fabriqués artificiellement ?

Des tentatives de « modèles d’embryons » fabriqués artificiellement ?

De quoi parle-t-on ?

 

« Embryons de synthèse », « embryoïdes », « embryon humain synthétique », « simili-embryons », « modèles embryonnaires », « embryon dérivé de cellules souches », « imitations d’embryons humains en laboratoire » « blastoïdes » … c’est sous toutes ces appellations alambiquées que la presse a relayé les annonces de deux équipes de chercheurs. Elles ont été faites lors de la réunion annuelle de la Société internationale pour la recherche sur les cellules souches (ISSCR) qui s’est tenue à Boston, le 14 juin 2023.

Les deux équipes sont celles du professeur Magdalena Zernicka-Goetz de l’université de Cambridge et du California Institute of Technology et celle de Jacob Hanna, de l’Institut Weizmann en Israël.

Il est complexe, en effet, de dénommer avec justesse les résultats des expérimentations dont il est question. Il s’agit de tentatives d’agrégations de cellules souches entre elles. Pour faire simple : ces travaux ont pour objectif de créer artificiellement des modèles biologiques en combinant différents types de cellules souches. Ce sont ces cellules qui ont des propriétés singulières: elles sont dites pluripotentes car elles ont la propriété de pouvoir se différencier indéfiniment pour former la plupart des tissus de l’organisme.

Les cellules souches peuvent être obtenues de plusieurs manières : soit prélevées sur des embryons (ces cellules sont des lignées établies à partir d’embryons humains, issus de Fécondation In Vitro (FIV) et ayant été (aban)donnés à la recherche), soit prélevées dans des tissus particuliers (moelle osseuse, tissus graisseux, sang de cordon ombilical) ou encore générées artificiellement par la technique dite des IPS à partir de types cellulaires déjà différentiées (exemple, cellules de peau).

Dans ce type d’expérimentations, les chercheurs cultivent l’un ou l’autre ou plusieurs types de ces cellules ensemble, dans l’objectif de les voir s’organiser entre elles en structure pouvant avoir des similitudes avec des embryons.

Ces structures n’ont donc pas été obtenues comme le sont naturellement des embryons : à savoir par une fécondation, la fusion d’un spermatozoïde et d’un ovocyte.

Ce ne sont donc pas des « embryons » à proprement parler, utiliser cette terminologie d’embryon n’est pas exact. Un embryon qu’on laisse se développer aboutit à un individu. Ces modèles ne le peuvent pas.

« Synthétique » n’est pas non plus un adjectif tellement approprié, attendu que les cellules utilisées ont été prélevées sur de « vrais » embryons ou sur d’autres sources vivantes.

Qu’ont annoncé les équipes ?

Il est important de noter que leurs travaux n’ont pas encore été soumis à des comités de lecture.

L’équipe de Magdalena Zernicka-Goetz aurait constitué ses modèles avec des cellules souches embryonnaires humaines reprogrammées (des cellules prélevées sur des embryons humains, à un stade précoce de leur développement, soumis à une technique de reprogrammation).

Celle de Jacob Hanna n’aurait pas utilisé de modifications génétiques, seulement des cellules souches embryonnaires. D’après l’équipe, le modèle aurait pu se doter d’une organisation très complexe et commencer à montrer un début de différenciation des tissus.

Pourquoi ces recherches ?

Ce sont essentiellement des modèles de recherche, en vue d’acquérir de nouvelles connaissances. Les perspectives de progrès thérapeutiques et de profits sont également envisagées. Le développement embryonnaire précoce fascine les chercheurs.

« Nous ne connaissons pas l’embryon humain. Il fabrique tous ses organes entre le septième et le vingt-huitième jour de la grossesse. Après cela, il ne s’agit plus que de croissance pendant les huit mois qui suivent. Il y a donc ces trois semaines rapides et critiques au début où tout se joue, mais il y a une boîte noire », a expliqué Jacob Hanna au Time of Israël. Les chercheurs évoquent en effet ce qu’ils appellent entre eux une « boite noire ». Cela correspond à un moment du développement où les embryons sont peu ou pas « disponibles » pour la recherche.

In vitro, la recherche sur l’embryon humain est actuellement possible jusqu’au 14ème jour. Ensuite, les données ne peuvent venir que plus tardivement d’analyses pratiquées sur des grossesses ou sur des embryons issus de fausses couches et donnés pour la recherche.

Les motivations de cette course aux annonces et de ces recherches sont multiples, plus ou moins officielles, réalistes ou aventureuses, et avec une limite évidente : ce ne sont pas des embryons « normaux » et ils sont cultivés dans des milieux qui restent artificiels.

 

Acquérir de nouvelles connaissances sur le développement embryonnaire in vitro

Les chercheurs espèrent que ces modèles pourront fournir des données complémentaires sur les étapes du développement embryonnaire, et ainsi comprendre également d’éventuelles causes de dysfonctionnements. Voire comprendre des événements du début du développement embryonnaire qui interviendraient dans les fausses couches.

Servir de modèles pour tester la toxicité de molécules

Ces structures pourraient être des modèles utiles pour tester la toxicité de molécules, comprendre les malformations favorisées par certains toxiques, médicaments ou polluants.*

Proposer une alternative à la recherche sur l’embryon humain

Ces modèles sont présentés comme pouvant être une alternative au recours à la recherche sur les embryons dits surnuméraires, particulièrement pour les modèles n’utilisant que des cellules adultes reprogrammées.

Cependant, les hypothèses qui seront formulées grâce à ces modèles « devront être validées sur des embryons humains, et ne remplaceront donc pas la recherche sur les embryons issus de dons », estimait déjà en 2021 Teresa Rayon, biologiste au Francis Crick Institute (Londres).

Dépasser les limites du temps de culture de l’embryon in vitro

La limite de temps de culture sur les embryons humains en vigueur dans de nombreux pays est de 14 jours (y compris en France, depuis la loi du 2 août 2021). Cette limite se conforme à un large consensus international car elle marque le moment où l’individualité d’un embryon est assurée, à ce stade, il ne peut plus se diviser en jumeaux. C’est également à ce stade que se forme la ligne primitive, qui commence à distinguer la tête de l’embryon de sa queue et précède de peu l’apparition des premiers signes de formation du système nerveux central.

Concernant les modèles artificiels dont nous parlons, cette règle ne s’applique pas. Et pouvoir aller « plus loin » est l’une des motivations des chercheurs. Un axe de travail déjà familier à l’équipe de Magdalena Zernicka-Goetz, justement, qui est sur ce créneau de recherches depuis plusieurs années, sur les embryons humains. (Voir Embryons in vitro : toujours plus loin ? Mai 2016)

Contourner l’interdiction de créer des embryons spécifiquement pour la recherche

Ces modèles permettent également de contourner l’interdiction de créer des embryons pour la recherche.

Avant la loi de 2021, l’article L2151-2 du code de la santé publique mentionnait que « La conception in vitro d’embryon ou la constitution par clonage d’embryon humain à des fins de recherche est interdite. » Le mot embryon a ensuite été complété avec ces 5 mots : « humain par fusion de gamètes », ouvrant ainsi ouvert la porte législative à la création, pour la recherche, de ces modèles dit « sans fusion de gamètes ».

 

Ces recherches sont-elles totalement inédites ?

Fabriquer artificiellement, en éprouvette, ce type de modèles sans passer par la fécondation, sans ovule ou spermatozoïde, fait l’objet de recherches depuis quelques années déjà, en particulier sur des modèles animaux.

Des expériences avec des cellules humaines ont aussi déjà été menées. En 2018, une équipe de Cambridge publiait ses travaux. En 2021, deux autres laboratoires ont détaillé dans la revue Nature leurs essais de mise au point de ces structures organisées appelées alors “blastoïdes”, pour rappeler le mot “blastocystes”, nom scientifique donné à l’embryon humain âgé de cinq jours environ. Ce que ces structures fabriquées artificiellement entendaient déjà « imiter ».

Deux voies différentes ont déjà été empruntées par deux équipes, une américaine et une australienne. L’équipe pilotée par José Polo, professeur à l’université Monash en Australie, a travaillé avec des fibroblastes, des cellules de peau adultes. Ces cellules ont été reprogrammées, par la technique dite IPS pour ré-acquérir leur capacité originelle de pluripotence. L’autre équipe, dirigée par Jun Wu de l’université du Texas, a également utilisé ce type de cellules pluripotentes induites mais aussi des cellules souches embryonnaires humaines.

Mises en culture dans un milieu favorable, ces cellules se sont multipliées et auto-organisées pour construire des structures cellulaires complexes. Pour l’organisation cellulaire en 3-dimensions, des supports ont été utilisés : des plaques en plastique creusées de “micropuits” qui servent à agréger les cellules par sédimentation, tout en contrôlant leur nombre.

Ces études confirmaient que les cellules « communiquent » entre elles puisqu’elles se sont auto-organisées en structures cellulaires composées de cellules différentes : une couche de cellules externes (figurant le futur placenta, s’il y avait fécondation et développement “normal”) entourant une cavité remplie de liquide qui contient une masse de cellules “embryonnaires”.

Mais ces structures artificielles présentent de notables différences avec leurs modèles naturels. Par exemple, elles contiennent des cellules absentes des véritables blastocystes. En 2018, le chercheur français Nicolas Rivron, responsable d’un laboratoire à l’Académie autrichienne des sciences, était parvenu à créer les premiers modèles de blastocystes de mammifère (souris). Pourtant, ce spécialiste estimait alors qu’il faudrait encore « dix ans pour créer des blastoïdes qui ressemblent fortement aux blastocystes humains ».

Ces structures ne peuvent pas se développer longtemps et il semble très peu plausible qu’au stade actuel des recherches, elles aient la capacité de s’implanter dans l’utérus d’une femme, si l’expérience en venait à cette étape-là. Sur le modèle animal, l’expérience a déjà été menée. Des blastoïdes animaux se sont implantés dans l’utérus de souris, des vaisseaux se sont connectés à ces structures pseudo-embryonnaires. Et le système immunitaire de la souris a interagi avec elles. Mais, dès quatre jours après l’implantation, des anomalies dans ces structures ont été observées.

Sur ces échecs constatés sur les modèles animaux, on ne sait pas s’il y a une cause biologique fondamentale à cette non-viabilité, ou alors s’il s’agit simplement d’un problème technique, a commenté Robin Lovell-Badge, de l’Institut Francis Crick de Londres.

 

Que deviennent ensuite ces modèles ?

Soit leur évolution s’arrête spontanément – rien n’assure que ces structures puissent jamais avoir le potentiel de continuer à mûrir au-delà des premiers stades de développement – soit ils sont volontairement détruits.

Leur implantation dans un utérus féminin reste évidemment à ce jour interdite, en France comme dans les pays où ces recherches sont menées.

Quel est le statut de ces organisations cellulaires ?

Au niveau international, la question reste entière. Aucune norme juridique ne les régit. Devant ces nouveautés que les biotechnologies rendent possibles, c’est le flou. Concernant le statut juridique de « cette nouvelle catégorie d’objets vivants créés par l’être humain, nous sommes dans une zone grise », d’après Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm.

 

Quels enjeux moraux et éthiques ?

Les évolutions vertigineuses qu’offrent les biotechnologies modifient notre rapport au vivant. La « vie » longtemps du domaine du « donné » devient, de plus en plus, par la technique, du domaine de la fabrication, de la construction. L’ingénierie du vivant aboutit au passage d’un ordre naturel à un ordre artificiel.

La question du « statut moral » de ces modèles se pose. C’est-à-dire : quelles sont les obligations morales qui se posent face à ces modèles constitués à partir de cellules humaines ? Des questions qui s’amplifieraient dès lors que les étapes de développement deviendraient techniquement capables d’êtres allongées, voire de conduire à de réelles activités cardiaques ou cérébrales, ce que l’état de la science n’est pas en mesure d’assurer aujourd’hui.

Se posent aussi sur le plan éthique et moral les risques liés à « l’idéologie de la promesse », aux fausses promesses, dès lors que ces expérimentations se présentent comme des sources de multiples progrès thérapeutiques, au risque de nourrir de faux espoirs.

Il y a également la question du consentement et de l’information des donneurs d’embryons ou de cellules utilisés ensuite pour ces expérimentations ou comme souches IPS. La protection des données génétiques, des données de santé des donneurs et des éventuels profits tirés de ces modèles posent également d’importants enjeux.

D’ores et déjà, ces expérimentations posent des graves questions éthiques car elles induisent, impliquent, alimentent l’instrumentalisation de la vie humaine à son commencement (utilisation de cellules souches embryonnaires) et la destruction d’embryons humains.

Pour Robin Lovell-Badge, responsable de la biologie cellulaire et de la génétique du développement au Francis Crick Institute : « si l’intention est que ces modèles ressemblent beaucoup à des embryons normaux, alors, d’une certaine manière, ils devraient être traités de la même manière ».

des tentatives de "modèles d’embryons" fabriqués artificiellement ?
[CP] – Fin de vie : la sagesse du Sénat

[CP] – Fin de vie : la sagesse du Sénat

COMMUNIQUE DE PRESSE – 28 juin 2023

Fin de vie : la sagesse du Sénat

 

Dans son rapport de la mission d’information sur la fin de vie, la commission des affaires sociales du Sénat dit son opposition à l’ouverture d’une « aide active à mourir ». Lors de leur audition le 22 mars dernier, Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA et le docteur Paul Régnier-Vigouroux avaient plaidé pour le maintien de l’interdit de tuer, socle fondateur de la vie en société.

Pour le médecin, lever cet interdit pour des personnes dont le pronostic vital est engagé à moyen terme conduirait à priver ces patients et leurs proches – tous devant bénéficier des soins palliatifs – d’un accompagnement réconfortant et d’une mort paisible.

Quant à Tugdual Derville, il a contesté l’idée que certaines catégories de patients – du fait de leur maladie évolutive – puissent être privées de la prévention du suicide et dénoncé l’indécence d’une promotion des soins palliatifs conçue pour compenser la légalisation du suicide assisté ou de l’euthanasie.

Pour le porte-parole d’Alliance VITA : « La mission d’information du Sénat a jugé avec sagesse, « inappropriée et dangereuse » toute forme de mort programmée. Comme on le constate à l’étranger, faire sauter le premier verrou entrainerait une interminable guérilla législative et judiciaire, fracturant le monde de la santé, les familles et la société tout entière, sans satisfaire personne. La France a-t-elle besoin de ça »

Consciente que le refus de l’euthanasie ne suffit pas, Alliance VITA demande :

  • Une enquête en profondeur sur la réalité du « mal mourir » qu’on continue de mettre en avant sans données précises, sérieuses et fiables ;
  • Une loi Grand âge et autonomie qui prenne en compte l’accélération du vieillissement, s’appuie sur les options intergénérationnelles et lutte contre la « mort sociale » de beaucoup de personnes âgées isolées ;
  • La mise en œuvre concrète du droit de tous, en cas de besoin, à accéder à des soins palliatifs de qualité ;
  • Le renforcement d’une politique de prévention du suicide n’excluant surtout pas nos concitoyens les plus vulnérables, dépendants ou âgés.

 

 

Voir tous les communiqués de presse.

[cp] - fin de vie : la sagesse du sénat

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Succès d’une opération in utero : le fœtus, un patient à part entière

Succès d’une opération in utero : le fœtus, un patient à part entière

Succès d’une opération in utero : le fœtus, un patient à part entière

 

Un petit garçon aujourd’hui âgé de huit mois qui va bien, après une opération – pointue mais réussie – pratiquée quand il était encore dans le ventre de sa mère : telle est la bonne nouvelle partagée cette semaine par l’hôpital Necker à Paris.

Des chirurgiens ont en effet opéré avec succès in utero ce petit bébé âgé de 33 semaines de grossesse et atteint d’une grave malformation cérébrale (malformation anévrismale de la veine de Galien) qui pouvait aboutir à son décès à la naissance ou à des séquelles graves.

Un microcathéter a été positionné dans la veine, à travers la peau et l’utérus de la maman, puis à travers le crâne du fœtus. L’ embolisation in utero a eu lieu en septembre 2022, a rapporté dans son communiqué l’AP-HP, organisme dont dépendent les principaux hôpitaux publics d’Île-de-France. Une telle opération a permis d’intervenir à un stade précoce et avant des complications irréversibles. L’enfant est né à terme et par voie basse le 16 octobre 2022, il a bénéficié d’embolisations complémentaires permettant sa guérison définitive.

Cette intervention anténatale, qui semble comporter un risque limité pour la mère comme pour le fœtus, ouvre de nouvelles perspectives dans la gestion des malformations anévrysmales de la veine de Galien.

foetusCe n’est pas la première fois qu’un fœtus est opéré, des opérations pour des spina bifida notamment ont déjà eu lieu, avec succès, mais cette intervention ciblant le cerveau était particulièrement délicate.

La malformation dont souffrait ce bébé se forme dans la période embryonnaire et peut-être visible à l’échographie du deuxième ou du troisième trimestre.

Jusqu’ici, quand ce type de malformation était détectée lors de la grossesse, les options proposées par les équipes soignantes étaient limitées : « possibilité d’une interruption médicale de grossesse (IMG) ou, à la naissance, selon les cas, une limitation des soins en cas de lésions cérébrales irréversibles ou un traitement de neuroradiologie par embolisation » précise l’AP-HP.

La prise en charge de l’enfant à naître – qui considère le fœtus comme un patient à part entière – constitue un réel progrès médical, technique et humain. Elle donne tout son sens à la surveillance médicale de la grossesse.

 

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Restreindre l’accès à l’avortement augmente-t-il réellement le suicide chez les femmes ?

Restreindre l’accès à l’avortement augmente-t-il réellement le suicide chez les femmes ?

Restreindre l’accès à l’avortement augmente-t-il réellement le taux de suicide chez les femmes ?

 

D’après une étude publiée en décembre 2022 par des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie, “le taux de suicide chez les femmes en âge de procréer augmente significativement lorsque l’accès à l’IVG est restreint ou aboli”. Dans une note d’analyse, Alliance VITA s’est penchée sur cette étude afin de vérifier la réalité de cette allégation.

La question des liens entre la santé mentale et la santé sexuelle et reproductive des femmes a déjà fait l’objet de nombreuses études dont certaines établissent un lien entre pathologies psychiatriques et avortement.

D’emblée les auteurs s’en démarquent et inscrivent au contraire leur recherche dans le prolongement de l’ « étude Turnaway » selon laquelle les femmes exclues de l’avortement parce qu’hors délai, seraient plus stressées et plus anxieuses que les femmes ayant pu avorter. Ils prétendent même aller plus loin en questionnant l’existence d’un lien entre les législations des Etats américains concernant l’avortement ou l’accès à la santé sexuelle et reproductive et les taux de suicide des femmes aux Etats-Unis. 

S’appuyant sur une période de 1974 à 2016, les auteurs ont ainsi analysé les taux de suicide avant et après le vote de réglementations ciblant les cliniques d’avortement, et ont observé “un taux annuel de suicide 5,81 % plus élevé que dans les années précédant l’application de ces réglementations”.

Aux Etats-Unis, le délai autorisé pour l’avortement varie sensiblement d’un Etat à l’autre et les cliniques qui réalisent des IVG doivent respecter trois types de réglementations variables selon les Etats.

Les chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont élaboré un modèle en utilisant des données au niveau des États entre 1974 et 2016 et en couvrant l’ensemble de la population des femmes adultes pendant cette période.

Ils ont créé un indicateur allant de 0 (pas de réglementations) à 3 (incluant les 3 types de réglementations) et dressé une carte des Etats selon le degré de normes. « Nous avons construit trois indices qui mesurent l’accès aux soins reproductifs en examinant l’application de la législation au niveau de l’État« , explique M. Zandbergl, un des auteurs de l’étude. « Chaque fois qu’un État a appliqué une loi relative aux soins génésiques, nous l’avons intégrée à l’indice« .

Ensuite, parmi les femmes en âge de procréer, ils ont analysé les taux de suicide avant et après l’entrée en vigueur des lois, en comparant ces chiffres aux tendances générales en matière de suicide et aux taux observés dans les Etats américains où de telles restrictions n’existent pas.

L’analyse effectuée par Alliance VITA tant sur la méthode utilisée par les chercheurs que sur les données montre les limites fondamentales de cette étude.

  • Le modèle élaboré s’avère ultra-simplisteLes variables sur lesquelles il repose sont contestables puisque le taux de suicide est interprété au regard d’indicateurs très généraux sans lien direct avec le suicide. Les experts de ce sujet s’accordent pourtant sur le fait que les facteurs conduisant au suicide sont nombreux et complexes. 
  • Les résultats du modèle sont peu fiables. En effet, la hausse annuelle de 5.81% du taux de suicide résulte d’un modèle comportant, comme tout modèle, une marge d’erreur d’estimation. Or, cette estimation est en fait comprise entre 1.09% et 10.94% si on veut un résultat sûr à 95% (statistiquement parlant un intervalle de confiance à 95%). Le chiffre cible est donc entaché d’une large incertitude.

Par ailleurs, les chercheurs disent que lorsqu’ils « ont effectué la même analyse pour toutes les femmes âgées de 45 à 64 ans entre 1974 et 2016. Ils n’ont trouvé aucun effet ». Or, contrairement à cette déclaration, l’application du modèle à cette catégorie test n’est pas sans effet ; de même lorsque le modèle est appliqué à la catégorie des femmes en âge de procréer victimes d’accidents de la route.

  • Les données descriptives montrent que ces réglementations restreignant l’avortement n’ont pas de lien avec le taux de suicide ni avec le taux d’avortement. 

Le communiqué accompagnant la publication de l’étude en relativise lui-même les résultats : « Bien que les résultats ne prouvent pas que la restriction de l’accès à l’avortement a entraîné une augmentation des taux de suicide, les chercheurs affirment que l’approche analytique est l’une des méthodes les plus rigoureuses pour permettre l’inférence causale. » 

 

Le suicide et l’avortement sont des sujets graves qui exigent une plus grande rigueur et des études sérieuses. Les taux élevés de suicides aux Etats-Unis comme en France nécessitent de se pencher sur les facteurs à l’origine du passage à l’acte. Plus globalement, la santé mentale fait l’objet d’attention renouvelée. En octobre 2021, l’OMS déplorait le manque de moyens dédié à cette question. Dans ce cadre, il serait important d’étudier l’impact du recours à l’avortement sur la santé mentale des femmes. 

Restreindre l’accès à l’avortement augmente-t-il réellement le suicide chez les femmes ?

Restreindre l’accès à l’avortement augmente-t-il réellement le suicide chez les femmes ?

Résumé : Restreindre l’accès à l’avortement augmente-t-il réellement le suicide chez les femmes ?

 

Une étude [1] publiée par des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie dans le Journal de la société médicale américaine de psychiatrie (JAMA, Décembre 2022) et relayée dans les médias français indique que “le taux de suicide chez les femmes en âge de procréer augmente significativement lorsque l’accès à l’IVG est restreint ou aboli”. D’emblée les auteurs se démarquent des études liant l’avortement à des conséquences négatives sur la santé mentale des femmes (dépression, tentatives de suicide).

En revanche ils inscrivent leur recherche dans le prolongement de l’étude Turnaway selon laquelle les femmes exclues de l’avortement, parce qu’hors délai, seraient plus stressées et plus anxieuses que les femmes ayant pu avorter. Ils prétendent même aller plus loin en questionnant l’existence d’un lien entre les législations des Etats américains concernant l’avortement ou l’accès à la santé sexuelle et reproductive et les taux de suicide des femmes aux Etats-Unis.

En s’appuyant sur une période de 1974 à 2016, les auteurs ont ainsi analysé les taux de suicide avant et après le vote de réglementations ciblant les cliniques d’avortement, et ont observé “un taux annuel de suicide 5,81 % plus élevé que dans les années précédant l’application de ces réglementations”. Publiée en décembre 2022, cette étude [1, 2022] ne prend pas en compte la révocation de l’arrêt Roe vs Wade par la Cour Suprême américaine sur les taux de suicides aux Etats-Unis.”

 

1-Le contexte américain

1-a) Le contexte américain des avortements

Aux Etats-Unis, le délai autorisé pour l’avortement varie sensiblement d’un Etat à l’autre. Selon le CDC (Center for Disease Control) , les avortements sont réalisés pour moitié par voie médicamenteuse avant 10 semaines de grossesse et pour moitié par voie chirurgicale, soit par aspiration en deçà de 13 semaines soit par dilatation et évacuation au-delà de 13 semaines. Enfin, toujours selon le CDC, 93% des avortements sont effectués jusqu’à 13 semaines de grossesse. Plus de 65 000 avortements sont ainsi réalisés au-delà de 13 semaines.

En France, l’IVG est autorisée jusqu’à 14 semaines de grossesse. 76% des avortements sont pratiqués par voie médicamenteuse avant 7 semaines de grossesse. Les réglementations sont régies par l’Etat : les avortements sont réalisés pour 65% en établissement hospitalier, et pour 34% à domicile, en centre de santé ou de planification, ou en cabinet libéral. Aux Etats Unis, les réglementations diffèrent d’un Etat à un autre.

1-b) Quelles sont les structures effectuant les avortements aux Etats-Unis ?

Selon la Kaiser Family Foundation , les avortements sont effectués pour moitié par des cliniques spécialisées dans les avortements (53%) et pour l’autre moitié, par des cliniques généralistes et des hôpitaux (46%), le 1% restant l’étant par des cabinets de médecins. Aux Etats-Unis, ces cliniques sont majoritairement privées et appartiennent, pour beaucoup, à la Fédération Américaine du Planning Familial (Planned Parenthood) qui revendique 374 155 avortements (selon le rapport annuel 2021-22 de la fédération) sur les 930 160 avortements pratiqués en 2020 (selon le Guttmacher Institute).

1-c) Quelles sont les réglementations régissant la pratique de l’avortement aux Etats-Unis ?

L’étude [1, 2022] s’intéresse à l’application des réglementations relatives à la pratique de l’avortement dans les cliniques selon les Etats de 1973 à 2016. Ces réglementations dites TRAP (Targeted Regulation of Abortion Providers) ont été décrites dans un article de N. Austin et S. Harper de l‘Université McGill TRAP [2, 2019]. Selon les Etats, les cliniques doivent respecter 3 types de réglementations :

  1. des règles appliquées habituellement à des centres de chirurgies ambulatoires,
  2. des droits d’accès/d’admission spécifiques à l’hôpital le plus proche
  3. des accords de transfert vers cet hôpital en cas d’urgence.

Les auteurs de l’article [2, 2019] considèrent que ces 3 types de réglementations sont superflues pour réaliser des avortements de manière sécurisée. Selon [2], ces normes appliquées aux cliniques d’avortement peuvent en entraver l’accès, en raison du coût induit et de la difficulté à obtenir les règles de transfert vers les hôpitaux. Cette situation pourrait ainsi réduire les taux d’avortement selon certaines études citées par [2, 2019]. Par comparaison, en France, elles sont obligatoires pour les interruptions chirurgicales de grossesse.

Les auteurs de [1,2022] reprennent ces différentes réglementations pour créer un indicateur allant de 0 (pas de réglementations) à 3 (incluant les 3 types de réglementations). La carte des Etats-Unis (figure 1 ci-dessous) représente ces différents niveaux de réglementations.

image1 etats unis etude etats avortements restrictions

Figure 1 : Indicateurs des niveaux de réglementations des cliniques pratiquant l’avortement [1, 2022]

 

2- Variation du taux de suicide des femmes en âge de procréer avant et après la mise en œuvre de règlementations restreignant l’accès à l’avortement

2-a) Les facteurs explicatifs des suicides aux Etats Unis

Aux Etats Unis, le suicide est un sujet de santé public majeur puisqu’il est à l’origine de 46 000 décès par an (https://www.cdc.gov/suicide/facts/index.html ) soit un taux national de 13,5 pour 100 000 habitants en 2016 (légèrement supérieur au niveau Français 12,3 en 2017) avec des disparités entre les hommes (21/100000 contre 19,3 en France) et les femmes (6/100000 égal au niveau Français).

Selon les experts du Center for Disease Control, les facteurs de risques pouvant déclencher des suicides sont multiples (https://www.cdc.gov/suicide/factors/index.html ): individuels (dépression, souffrance chronique, difficultés financières, utilisation de drogues, abus sexuels…), relationnels (harcèlement, terrain familial, isolement, violences…), communautaires, ethniques ou sociaux.

2-b) Un modèle élaboré à partir de variables contestables

Expliquer les suicides est donc une tâche difficile qui dépend de nombreux facteurs individuels et collectifs. Les auteurs de [1,2022] construisent pourtant un modèle extrêmement simplificateur pour interpréter le taux de suicide par Etat et par année. En effet, ils ne sélectionnent que des indicateurs macro qui ne correspondent pas du tout aux facteurs identifiés par le CDC :

  • (1) le PIB annuel par Etat,
  • (2) le taux de chômage par Etat,
  • (3) le taux d’Africain-Américain dans la population de l’Etat,
  • (4) le pourcentage de sénateurs républicains.

Outre l’incongruité d’inclure les sénateurs républicains comme facteur explicatif du taux de suicide des femmes, le taux d’Africain-Américain n’apparait pas non plus pertinent au vu des différences ethniques sur le taux de suicide (cf [3, 2021]). En effet, les Afro-Américains ne se distinguent pas des Hispaniques ni des Asiatiques puisque tous affichent des taux de suicides plus faibles que la moyenne nationale de manière constante dans le temps. A l’inverse, la population blanche se distingue avec un taux de suicide significativement supérieur à la moyenne nationale.

2-c) Un modèle aux résultats peu fiables (marge d’erreur et groupes test)

Selon les auteurs, le résultat principal de l’article [1, 2022] est le suivant : “ l’application de réglementations ciblant les cliniques d’avortement (Targeted Regulation Abortion Providers) a occasionné une hausse annuelle de 5,81% du taux de suicide des femmes en âge de procréer comparée aux années avant la mise en application de ces réglementations”.

La méthode utilisée des doubles différences (ou en anglais des différences au sein des différences “difference in difference”) est une méthode de comparaison d’échantillons pour évaluer les effets dans le temps d’une législation. Les limites de cette méthode ont été décrites par Esther Duflo, prix Nobel d’économie en 2019, dans un article de 2004 [4].

La hausse annuelle de 5.81% résulte d’un modèle, comportant, comme tout modèle, une marge d’erreur d’estimation. En regardant les résultats plus complets du modèle, l’estimation de la hausse annuelle est en fait comprise entre 1.09% et 10.94% si on veut un résultat sûr à 95% (statistiquement parlant un intervalle de confiance à 95%). Le chiffre cible est donc entaché d’une large incertitude.

Pour renforcer leur argumentation et réaliser une étude de sensibilité, les auteurs de [1] comparent le taux de suicide dans le groupe cible des femmes entre 20 et 34 ans en âge de procréer avec deux autres groupes de contrôles :

  • le taux de suicide parmi les femmes âgées de 45 ans et plus (qui ne sont donc a priori plus en âge de procréer)
  • le taux de mortalité des femmes en âge de procréer, victimes d’accidents de voiture.

Les auteurs appliquent leur modèle à ces deux autres indicateurs. On s’attend à un résultat négatif : les réglementations TRAP ne devraient pas avoir d’effet sur le taux de suicide des femmes qui ne sont plus en âge de procréer ni des femmes victimes d’accident de voitures.

Or, lorsque l’on compare l’impact des réglementations TRAP sur le taux de suicide des femmes en âge de procréer (TRAP law index entre 0,03 et 0,32) avec celui des autres groupes, on note que le poids du TRAP law index n’est pas sans impact sur le taux de suicide des femmes âgées de 45 ans et plus (entre –0,11 à 0,24) ni même sur le taux de mortalité des femmes en âge de procréer, victimes d’accidents de voiture (-0,04 à 0,11).

Cela contredit la déclaration du communiqué accompagnant la publication de l’étude : « [Les chercheurs] ont effectué la même analyse pour toutes les femmes âgées de 45 à 64 ans entre 1974 et 2016. Ils n’ont trouvé aucun effet ».

tableau etude avortement etats unis suicide femmes

Figure 2 : Comparaison de l’impact des réglementations sur les cliniques d’avortement sur les taux de suicide des femmes de 20 à 34 ans, celles de 45 à 64 ans et le taux de mortalité automobile pour les femmes âgées de 20 à 34 ans. [1, 2022]

 

3- Que disent les données descriptives ?

3-a) Y a-t-il un lien entre les réglementations des cliniques d’avortements et le taux de suicide par Etat ?

Le taux de suicide des femmes varie aussi sensiblement d’un Etat à un autre :

image2

Figure 3 : Taux de suicide des femmes par Etat américain en 2016 (pour 100000 femmes)

 

Selon les données comparées dans les cartes et tableaux associés, il n‘y a aucun lien entre le taux de suicide et les réglementations TRAP en 2016. Comme le mentionne le CDC, parmi les Etats n’ayant aucune réglementation TRAP, le taux de suicide (ramené à 100 000 habitants) est plus élevé dans les Etats ruraux (Alaska, »12.7″, Wyoming, »11.2″, Utah, »10.8″, Nevada, »10.6″, Idaho, »10.3″, New Mexico, »9.8”…) que dans les Etats plus peuplés citadins (California : ”5”, New York : ”4”…).

De même, parmi les 8 Etats les plus réglementés TRAP, l’Illinois a un taux de suicide très faible (5) alors que le Missouri atteint 9.

Les auteurs de [1] comparent le taux de suicide chez les femmes en âge de procréer dans les Etats sans réglementations (28 Etats avec un taux de suicide moyen de 5,5/100 000) à celui observé dans les Etats ayant au moins une règlementation (22 Etats sans mention précise du taux associé dans l’article).

Or, si l’on compare la moyenne des taux de suicide des femmes en âge de procréer en 2016, ce taux est plus haut dans les Etats sans réglementations TRAP (7,27/100 000) que dans les Etats avec réglementations (6,7/100 000). On observe la même tendance sur les années 2012-2016 avec un taux de suicide de 6,95/100 000 dans les Etats sans réglementations contre 6,21/100 000 dans les Etats avec règlementations (11,9% d’écart). Ceci tend à montrer que l’explication du taux de suicide est à chercher dans d’autres variables que celles choisies par les auteurs de l’étude.

3-b) Y a-t-il un lien entre les réglementations des cliniques d’avortements et les taux d’avortement ?

Pour finir, l’étude [2] laisse penser que le niveau des règlementations devrait avoir un impact direct sur les taux d’avortement par Etat. Or, aucun lien visible n’apparait lorsqu’on regarde les taux d’avortement par Etat en 2016.

image3

Figure 4 : Taux d’avortement pour 1000 femmes en âge de procréer par Etat américain en 2016

 

On observe des écarts très importants quel que soit le niveau de réglementations. Ainsi, parmi les Etats où les règlementations sont les moins fortes, le Dakota du Sud affiche un taux de 2,8 avortements pour 1000 femmes contre 23 avortements pour 1000 femmes dans l’Etat de New York. De même, parmi les 8 Etats les plus réglementés (niveau 3), l’Illinois a un taux d’avortement de 15,5/1000 contre 4/1000 dans le Missouri.

 

En conclusion

  • Cette étude montre des limites fondamentales : Le modèle élaboré s’avère ultra-simpliste. Les variables sur lesquels il repose sont contestables puisque le taux de suicide est interprété au regard d’indicateurs très généraux sans lien direct avec le suicide. Les experts sur ce sujet s’accordent pourtant sur le fait que les facteurs conduisant au suicide sont nombreux et complexes.
  • Les résultats du modèle sont peu fiables. D’une part la marge d’erreur autour du chiffre cible (hausse annuelle de 5.81% du taux de suicide après la mise en œuvre de réglementations) est très importante. D’autre part l’application du modèle à deux groupes test (taux de suicide parmi les femmes de plus de 45 ans et le taux de mortalité des femmes en âge de procréer victimes d’accidents de voiture) s’avère peu concluante.
  • Les données descriptives montrent que ces réglementations ne sont liées ni au taux de suicide ni au taux d’avortement.

Le suicide et l’avortement sont des sujets graves qui exigent une plus grande rigueur et des études sérieuses. Les taux élevés de suicides aux Etats-Unis comme en France nécessitent de se pencher sur les facteurs à l’origine du passage à l’acte.

Plus globalement, la santé mentale fait l’objet d’attention renouvelée. En octobre 2021, l’OMS déplorait le manque de moyens dédié à cette question. Dans ce cadre, il serait important d’étudier l’impact du recours à l’avortement sur la santé mentale des femmes.

 

 

Références :

[1] Zandberg J, Waller R, Visoki E, Barzilay R. Association Between State-Level Access to Reproductive Care and Suicide Rates Among Women of Reproductive Age in the United States. JAMA Psychiatry. 2023;80(2):127–134. doi:10.1001/jamapsychiatry.2022.4394 20221231-Psychiatry-Association-Between-State-Level-Access-to-Reproductive-Care-and-Suicide-Rates-Among-Women-of-Reproductive-Age-in-the-United-S.pdf

[2] Austin N, Harper S. Constructing a longitudinal database of targeted regulation of abortion providers laws. Health Serv Res. 2019 Oct;54(5):1084-1089. doi: 10.1111/1475-6773.13185. Epub 2019 Jun 17. PMID: 31206632; PMCID: PMC6736922.

[3] Ramchand R, Gordon JA, Pearson JL. Trends in Suicide Rates by Race and Ethnicity in the United States. JAMA Netw Open. 2021;4(5):e2111563. doi:10.1001/jamanetworkopen.2021.11563

[4] Bertrand, M., Duflo, E., & Mullainathan, S. (2004). How Much Should We Trust Differences-in-Differences Estimates? The Quarterly Journal of Economics, 119(1), 249–275. http://www.jstor.org/stable/25098683

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Congrès de la SFAP : les soignants des soins palliatifs disent non à l’euthanasie et au suicide assisté

Congrès de la SFAP : les soignants des soins palliatifs disent non à l’euthanasie et au suicide assisté

Congrès de la SFAP : les soignants des soins palliatifs disent non à l’euthanasie et au suicide assisté

 

Du 14 au 16 juin, la Société Française d’Accompagnement et de Soins palliatifs (SFAP) tenait son congrès annuel à Nantes. Au cours de ce congrès, l’association a présenté les résultats d’une « convention soignante » menée par 1 500 professionnels de santé représentant 25 métiers. Les résultats montrent les grandes réserves et les craintes de ces soignants face à l’annonce d’une évolution de la loi sur la fin de vie.

 

En parallèle de la Convention citoyenne, la SFAP a mené une « convention soignante » pendant un mois. Au cours de 130 réunions en visioconférence, les différents professionnels ont réfléchi sur l’impact qu’aurait une légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté sur leurs pratiques. Les résultats de cette convention ont été présentés le deuxième jour du congrès.

 

Lors de l’assemblée générale, les participants ont pu voter sur leurs émotions face à l’annonce de la préparation d’un projet de loi. Les émotions dominantes exprimées étaient l’inquiétude, la méfiance, la peur et la vigilance.

Longuement applaudie, Claire Fourcade a conclu son discours par ces mots : « Nous demandons au Gouvernement et au Parlement de poursuivre cette voie française de l’accompagnement, en ne faisant pas peser la décision et la réalisation de la mort provoquée sur les équipes soignantes du patient. Nous disons notre espoir d’une société dans laquelle s’impose « la loi du plus faible », celui que nous continuerons d’accompagner quoi qu’il arrive parce que c’est notre métier, notre engagement et notre fierté. »

Audition de Tugdual Derville à l’Assemblée nationale – Synthèse

Audition de Tugdual Derville à l’Assemblée nationale – Synthèse

Audition de Tugdual Derville à l’Assemblée nationale – Synthèse

 

Le 14 juin 2023 à l’invitation du groupe d’étude sur la fin de vie présidé par Olivier Falorni, le porte-parole d’Alliance VITA est intervenu face à Jonathan Denis, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité.

[Synthèse réorganisée des propos liminaires et des réponses aux questions des députés]

 

Intervenant aujourd’hui comme porte-parole d’Alliance VITA, je me suis engagé depuis plus de quarante ans auprès d’enfants polyhandicapés et de personnes âgées en situation d’isolement et de précarité puis dans le conseil aux établissements de santé. Alliance VITA a lancé en 2004 le service d’aide SOS fin de vie qui soutient des personnes traversant des épreuves de fin de vie, leurs proches et leurs soignants.

Ni acharnement thérapeutique, ni euthanasie : soulager mais pas tuer

 

Notre association est engagée contre l’euthanasie dans le collectif inter-associatif Soulager mais pas tuer dont le parrain était Philippe Pozzo di Borgo, à l’origine du film Intouchables, parrain qui vient malheureusement de nous quitter.

Notre posture est claire : « ni acharnement thérapeutique, ni euthanasie, ni suicide assisté, mais accompagnement et soins palliatifs jusqu’au terme naturel de la vie ». Autrement dit : soulager mais pas tuer. C’est une double exigence : s’abstenir de provoquer délibérément la mort ne suffit pas : un effort constant est nécessaire, dans l’élan des progrès déjà accomplis, pour lutter contre la douleur physique et les souffrances morales inhérentes aux graves maladies, au grand âge et à la dépendance, sans oublier l’isolement de nombre de nos concitoyens.

L’interdit de tuer au cœur de la relation soignante

 

Nous revendiquons le caractère central de l’interdit de tuer dans la relation soignante : c’est lui qui sécurise la relation entre le soigné, ses proches et le soignant. Il y a 2500 ans, le serment d’Hippocrate, dans sa version antique, exprimait cette sagesse : « Je ne délivrerai à quiconque un poison même si on m’en fait la demande ». Autrement dit : « Retenez-moi ou je fais un malheur ! », car le médecin, et par extension le soignant, est conscient du risque de sa toute-puissance.

Il connait les onguents, les produits, les substances, aujourd’hui les molécules et leur dosage. C’est parce qu’il a la capacité de tuer, qu’il refuse le « métier » d’empoisonneur et prend soin de s’en distinguer par serment. Cet interdit fondateur de la médecine oblige à la créativité dans la façon de soigner et soulager, sans jamais avoir l’intention de tuer. Comme le rappelait Robert Badinter, auditionné dans le cadre d’un débat sur la fin de vie en 2008 : la loi pénale a une valeur répressive mais aussi expressive. Elle dit les valeurs d’une société. Or, « nul ne peut retirer la vie à autrui ». C’est une exigence en démocratie.

On veut faire sauter ce verrou

 

Ne soyons pas naïfs : nous savons bien que l’objectif des promoteurs de l’euthanasie et du suicide assisté est de faire sauter le verrou, en commençant par les « cas exceptionnels ». L’ADMD procède ainsi en mettant en exergue des situations émouvantes, complexes, ultimes ; mais son agenda va beaucoup plus loin. Partout où la légalisation de l’euthanasie est intervenue, elle a commencé par des situations prétendument exceptionnelles et les ADMD de ces pays ont toujours revendiqué et obtenu l’élargissement des conditions initiales. Votée pour les adultes, l’euthanasie a été étendue aux enfants en Hollande (récemment pour les moins de 12 ans) et en Belgique.

Je note à ce propos que si l’ADMD France ne revendique pas aujourd’hui l’ouverture de l’euthanasie aux mineurs, Jonathan Denis a l’honnêteté de s’y dire favorable à titre personnel. Quant à la loi canadienne

instaurant l’AMM (aide médicale à mourir, sigle de l’euthanasie), elle était initialement prévue pour des maladies à pronostic vital engagé à court terme. Lorsqu’a été envisagée l’AMM pour des personnes en situation de handicap, l’ADMD du Canada a demandé et obtenu que soit enlevée du projet d’extension la mention limitative « maladie neurodégénérative ». Et maintenant on a légalisé au Canada l’euthanasie pour maladie mentale, sans s’entendre sur les critères précis, ce qui retarde l’application de cette extension…

Où s’arrêter ? L’ADMD des Pays-Bas soutient l’idée d’une euthanasie des personnes de plus de 75 ans « fatiguées de vivre ».

C’était la revendication de mon amie Jacqueline Jencquel, qui fut ici vice-présidente de l’ADMD avec laquelle j’étais en profond désaccord – nous nous le sommes dit – car, au fond, elle méprisait la vieillesse et finalement son propre vieillissement. Au risque de véhiculer une injonction implicite de rester fort pour être digne de vivre.

Ecoutons Théo Boer – professeur hollandais, ancien membre de la commission de contrôle de son pays, qui dit avoir « changé d’avis » et recommande à la France de ne pas légiférer. Il a cru qu’en se limitant à des euthanasies exceptionnelles, on pourrait limiter d’autant le suicide : or l’euthanasie s’est multipliée dans son pays, pendant que le suicide croissait… Il dit s’être trompé.

Zéro naïveté : l’encadrement ne tient pas

 

Ce serait donc naïf et finalement malhonnête à nos yeux de penser qu’on peut encadrer. Pensons au critère de « souffrance psychique ». Qui peut se permettre de contredire une personne qui affirmera endurer des « souffrances psychiques insupportables » ? En tant qu’écoutant de personnes en souffrance, je sais qu’il n’y a pas pire souffrance que celle qui n’est pas reconnue. Un tel critère, invérifiable, est la porte ouverte à tous les glissements.

D’ailleurs, en Belgique, a été euthanasiée en toute légalité en 2022 Shanti de Corte, jeune femme de 23 ans fragile psychiquement depuis l’adolescence, en raison du traumatisme lié à sa présence sur un site des attentats de Bruxelles où elle n’avait pas été blessée, et malgré les protestations de victimologues. On ne compte plus dans ce pays les euthanasies de personnes n’ayant pas de maladie mortelle.

La France est attachée à l’égalité. En cas de levée partielle de l’interdit de tuer, ce précieux principe constitutionnel jouerait le rôle d’accélérateur des dérives. Le dernier avis du Comité d’éthique anticipe que le suicide assisté (modalité qu’il préfère préconiser) nécessiterait, au nom de l’égalité, l’euthanasie pour les personnes trop dépendantes pour déclencher le processus létal…

Le titre de mon livre vient d’une conversation avec deux médecins au cours d’un congrès : l’africain nous demandait sur le ton du reproche ce que nous faisions de nos vieux, nous les Occidentaux ; son collègue belge lui a rapporté avec tristesse avoir reçu un patient âgé qui avait des pathologies mais n’était pas en fin de de vie ; ses enfants l’avaient convaincu de demander l’euthanasie.

Une fois seul à seul avec son médecin le vieux monsieur lui a posé cette question : « Docteur, est-ce que j’ai le droit de vivre encore un peu ? » On parle de liberté, mais inexorablement, dès que l’euthanasie est légalisée, cette « liberté » fait irruption dans toutes les têtes. La question « vivre ou mourir ? » s’impose à tous en cas de grave maladie ou de dépendance. Ce qui est présenté comme un droit se mue insidieusement en devoir.

Une prétendue liberté à déconstruire

Jonathan Denis parle d’une loi de liberté. C’est désormais l’argument-clé de l’ADMD après la souffrance (mais ce serait un scandale qu’on euthanasie quelqu’un parce qu’il serait mal soulagé) et la dignité (mais on sent bien, comme l’a reconnu André Comte-Sponville, pourtant favorable à l’euthanasie et membre du comité de soutien de l’ADMD, que nier la dignité d’une personne malade ou âgée a quelque chose d’injuste ou d’absurde).

A nos yeux cette « liberté de choisir sa mort » est biaisée à 4 titres :

1. Quel est le sens d’une liberté qui serait en réalité exercée sous la pression « intérieure » d’une situation toujours difficile motivant la demande d’euthanasie ? Douleur mal régulée, souffrances morales inhérentes aux graves maladies, peur de ce qui risque d’arriver demain, voire détresse irraisonnée, celle qui génère malheureusement les passages à l’acte suicidaire… Nous avons travaillé avec des spécialistes de la prévention du suicide qui nous mettent en garde contre la difficulté de distinguer une demande d’euthanasie d’une pulsion suicidaire.

2. Quel est le sens, par ailleurs, d’une liberté exercée sous pression « extérieure » : peur de déranger, de peser, d’être inutile, imprésentable, de coûter à ses proches ou à la société tout entière, de ne plus y avoir sa place ? La plupart des euthanasies au Canada se font pour de tels mobiles « altruistes » et l’on commence à entendre en France une petite musique qui remet en cause les dépenses faites pour des personnes dont nos sociétés exigeantes, sélectives, hyperactives doutent de l’utilité.

En contrepoint de la réforme controversée des retraites, l’idée d’instaurer simultanément l’euthanasie devrait provoquer le malaise… Le même André Comte-Sponville défend l’argument économique de l’euthanasie car, selon lui, on couterait aussi cher à la sécurité sociale au cours des six derniers mois de sa vie que dans le reste de son existence.

Cette « petite musique » nous parait extrêmement dangereuse, tout en étant absurde. D’abord on sait l’impossibilité de prévoir – heureusement – le moment de la mort à cette échéance ; ensuite nier l’importance des derniers mois de la vie, c’est méconnaitre la valeur surprenante de ce que vivent nos contemporains devenus malades ou dépendants avec leurs proches, lorsqu’ils sont bien entourés…

3. Quels est le sens d’une liberté qui conduit à supprimer un « reste à vivre » où ne pourra plus s’exercer cette liberté ? Maints exemples montrent que ce sont des moments qui peuvent se révéler plus précieux qu’on ne le pensait. Je pense à cette pharmacienne qui avait renoncé à euthanasier sa fille malgré sa promesse. Or sa fille a connu par surprise un temps de « rémission » (selon l’expression de la sagesse populaire) et lui a dit : « Maman, heureusement que tu ne l’as pas fait ! »

J’ai personnellement des expériences gratifiantes avec mon propre père dans sa fin de vie (six mois grabataire, où nous avons échangé comme jamais) et plus récemment avec un ami, tous deux morts en soins palliatifs. J’ai l’impression qu’il y a une grande – voire grave – méconnaissance de ce qu’offrent les soins palliatifs, leur bénéfice pour ceux qui sont en fin de vie, leurs proches, toute la société. Il faut le vivre pour le mesurer.

4. Enfin quel est le sens d’une liberté qui conduit à exiger que des soignants transgressent l’élément fondateur de leur déontologie plus que bimillénaire, tout en s’imposant à tous les proches (famille, amis…) ? Le livre collectif « Euthanasie : l’envers du décor » rapporte les larmes d’un médecin belge retraité qui repense la nuit aux visages de ceux qu’il a euthanasiés… Notre amie Claire Dierckx a subi en Belgique l’euthanasie de son père – qui souffrait de la même maladie qu’elle – comme une profonde injustice. Euthanasie et suicide provoquent des divisions dans les familles et les équipes médicales, des deuils pathologiques…

Quand une mort est provoquée, cela résonne durablement dans la conscience de ceux qui restent, qui se sentent parfois obligés de cautionner le passage à l’acte contre leur conscience intime.

Vouloir prendre la main sur la mort, pour en faire un « projet maîtrisé », est tentant pour la « modernité ». Mais est-ce gagnant pour l’humanité ? La liberté avancée par l’ADMD reflète à nos yeux une forme d’idéologie : celle d’une autonomie absolutisée par l’individualisme : elle nous considère comme des îles, alors que nous sommes tous interdépendants. J’ai aidé une mère à convaincre sa fille de ne pas se suicider en Suisse en lui montrant qu’un tel suicide concernait sa mère.

Comment allait-elle pouvoir se sortir d’une mort ainsi programmée ? Et la jeune femme a renoncé en mesurant l’attachement de sa mère… Pour un homme qui voulait partir se faire suicider en Suisse, nous avons eu la chance de trouver une équipe de soins palliatifs dans sa ville ! Et il n’a plus voulu mourir.

La prévention du suicide ne souffre pas d’exception

Tout suicide nous concerne tous. Question de fraternité humaine. La prévention du suicide ne doit exclure personne, surtout pas les plus souffrants, malades, âgés, dépendants : ce serait une grave discrimination. C’est pourquoi nous récusons l’idée que des catégories de « maladies » devraient être éligibles au suicide ou à l’euthanasie. La maladie de Charcot ou SLA (pour sclérose latérale amyotrophique) est injustement désignée comme telle.

Or, on n’est heureusement pas condamné à la mort administrée lorsqu’on est atteint de cette grave maladie évolutive ! J’ai témoigné au Sénat, aux côtés d’un médecin qui a montré comment il avait pu – après une demande initiale de mort – accompagner jusqu’au bout son patient pendant deux mois, en lien avec son fils, dans de belles relations, jusqu’à une sédation profonde ultime (qui a duré deux heures).

Il est des principes, certaines lois fondamentales qu’une seule exception ruine. Mais ce refus du suicide comporte une exigence : il faut accompagner les personnes, lutter contre la mort sociale (500.000 séniors concernés selon les petits frères des Pauvres) ou l’isolement des personnes âgées (4 millions de nos contemporains n’ont pas plus de trois conversations par an selon la Fondation de France). Cela nous conduit à demander une politique d’inclusion des personnes les plus fragiles, seule façon de ne pas les pousser à l’auto-exclusion.

Ne surtout pas valoriser le suicide

Nous sommes donc inquiets de la teneur de l’annexe 6 de l’avis n°139 du comité consultatif national d’éthique, en ce qu’il discute de sémantique, aboutissant pour nous à un piège. L’annexe estime finalement qu’il faut garder le mot suicide pour « suicide médicalement assisté », en tablant sur le fait que sa pratique, progressivement, donnera au mot suicide un statut de neutralité. Cela nous fait froid dans le dos. S’il ne faut pas cacher les maux (suicide et euthanasie) derrière des expressions édulcorantes (comme « aide active à mourir »), il ne faut surtout pas présenter positivement le suicide.

C’est ce que répètent les spécialistes de sa prévention qui savent que la désespérance qui conduit à ce drame est contagieuse (cf. effet Werther). Nous avons dit à Agnès Firmin-Le Bodo, lorsque nous l’avons rencontrée à sa demande, que le débat actuel est un risque. A cause du débat en cours, nous recevons dans notre service SOS fin de vie des appels de personnes en souffrance psychique qui pensent que la France a déjà créé une sorte de service public d’administration de la mort aux désespérés !

Développer les soins palliatifs sans les dénaturer

La promotion des soins palliatifs par l’ADMD peut sembler louable mais ne nous convainc pas vraiment, bien que nous demandions aussi leur généralisation et leur accessibilité à tous. Certes il est temps que la loi de 1999 instaurant un droit d’accès aux soins palliatifs soit vraiment appliquée. Nous demandons des soins palliatifs dignes de ce nom dans tous les départements. Mais attention justement à ne pas dénaturer leur identité comme cela se fait en Belgique où l’on tend à nommer l’euthanasie « ultime soin palliatif ».

Dans ce pays, contrairement à ce qu’a affirmé Jonathan Denis, il n’y a pas eu d’augmentation du nombre de lits de soins palliatifs depuis 2007 (379 lits) malgré les demandes. Par ailleurs, la confusion s’est établie entre euthanasie et soins, et spécialement entre euthanasie et sédation. Parmi les nombreuses euthanasies clandestines (non déclarées, estimées à 30% du total en Belgique) beaucoup sont réalisées par surdosage délibéré de sédatifs. Quant à la commission de contrôle, la CEDH a dénoncé son inefficacité…

J’entends dire par l’ADMD que des personnes ne voudraient pas des soins palliatifs et qu’il faudrait leur donner accès à l’euthanasie. Cela peut dénoter, chez ces patients, une méconnaissance de ces soins… Est-ce par ailleurs logique de refuser d’être soulagé, accompagné par des soignants compétents, tout en demandant au même système de santé de provoquer sa mort ? L’ADMD a trop souvent fait des soins palliatifs une présentation dévalorisante et dégradée… Euthanasie et soins palliatifs relèvent en réalité de deux cultures incompatibles.

Sédation ? Sans intention de provoquer la mort

 

En France, la Haute autorité de santé (HAS) a au contraire bien explicité en 2018 que la sédation profonde et continue jusqu’au décès prévue par la loi de 2016 ne devait pas avoir comme objectif de provoquer la mort, et ne devait intervenir qu’en cas de pronostic vital engagé à court terme. Si elles suivent ses recommandations, les sédations profondes et continues jusqu’au décès pratiquées en France sont éthiques.

Et s’il y en a si peu – comme l’a révélé le récent rapport d’évaluation de la loi Claeys-Leonetti sous l’égide d’Olivier Falorni, c’est parce qu’on préfère à juste titre les sédations proportionnées et réversibles (par exemple pour soulager et se reposer la nuit et recouvrer une capacité de relations avec ses proches et ses soignants le jour). Elles fonctionnent très bien, comme me l’a encore confirmé hier un oncologue.

Ce critère de l’intention nous a été contesté au CCNE l’an dernier par Alain Claeys – dans le cadre des auditions en vue de l’avis n°139 – ainsi que par un haut magistrat de la Cour de Cassation. Ils le jugeaient inopérant car impossible à vérifier. Mais nous réaffirmons que l’intention est le critère-clé de l’euthanasie avec celui du « résultat » : la mort. En cas de mort d’homme, la justice s’interroge bien pour savoir si c’est un crime (assassinat prémédité ou meurtre délibéré) ou un homicide involontaire. Et le traitement judicaire de ces drames n’est absolument pas le même.

L’ambivalence de la clause de conscience

 

Rappelons que 13 organisations professionnelles ou syndicales représentant 800.000 soignants ont affirmé : « Tuer n’est pas un soin ». Le gouvernement assortit systématiquement l’annonce de son projet de loi de la garantie d’une clause de conscience. Bien sûr, personne ne peut forcer quelqu’un à faire un acte en contradiction flagrante avec sa conscience. Mais la clause de conscience est un leurre. Elle est systématiquement attaquée.

Elle est d’abord contestée au plan institutionnel. Un établissement canadien de soins palliatifs a déjà dû fermer faute de subventions car il ne voulait pas de l’AMM dans ses murs. La clause de conscience génère partout des tensions : problèmes d’organisation, discriminations à l’embauche et dans les promotions, divisions au sein des équipes.

L’euthanasie n’est en rien une priorité pour la France et les Français

Nous constatons que l’euthanasie n’est pas réellement une demande sociale forte. Il suffit de voir ce que les Français estiment prioritaire.

1. De façon générale, la légalisation de l’euthanasie n’arrive pas à 1% lorsqu’on leur demande de choisir deux priorités parmi 24 attendues des pouvoirs publics (sondage avant la réélection de l’actuel président). L’ADMD parle volontiers des Français contraints de « fuir » pour mourir à l’étranger. En réalité, il n’y en a qu’une centaine par an en Suisse et en Belgique…

 

2. En matière de santé, les pouvoirs publics sont attendus sur bien d’autres vraies priorités : crises de l’hôpital, des déserts médicaux, des professions médicales, des urgences, des EHPAD. Ces crises rendent encore plus risquée la levée de l’interdit de tuer pour les soignants. Il y aurait quelque chose d’indécent à légaliser l’euthanasie alors qu’on a renoncé à la loi Grand âge et autonomie.

 

3. Et si l’on s’en tient à la seule fin de vie, le consensus n’est pas sur l’euthanasie mais sur l’accès universel aux soins palliatifs. Appliquer concrètement la loi de 1999 alors que 21 départements n’ont toujours pas de service hospitalier de soins palliatifs (même s’ils ont des lits « dédiés » et des équipes mobiles valeureuses), cela demande une ambition politique et des moyens à hauteur de ces ambitions !

 

Le risque d’une interminable guérilla juridico-politique.

 

Lever (même partiellement) l’interdit de tuer entre soignants et soignés – ne nous y trompons pas – c’est faire entrer la France dans des dizaines d’années de guérilla législative et juridique. Au nom du principe d’égalité, les promoteurs de l’euthanasie seront toujours insatisfaits. Mois après mois, il y aurait de multiples pressions, protestations, controverses, actions judiciaires, propositions de loi etc. autour de l’euthanasie des enfants, des personnes désorientées ou démentes, des personnes malades mentales, en situation de handicap ou très âgées, sans compter les cas controversés et les familles divisées. Et l’on entrerait dans des polémiques sans fin.

Pour une culture de la vulnérabilité

La voie française votée consensuellement en 2005 renvoie dos-à-dos euthanasie et acharnement thérapeutique pour promouvoir les soins palliatifs. Il n’y a pas de raison d’inventer un nouveau « modèle » qu’aucun événement nouveau ne justifie. Et encore moins tant que la culture palliative n’est pas généralisée.

Face à notre statut de mortel, refuser de prendre la main sur la mort, c’est consentir à son caractère imprévisible, c’est refuser de s’en faire complice mais c’est aussi s’engager à humaniser la vie jusqu’au bout. Nous avons conscience – et nous nous y engageons à Alliance VITA – que la culture que nous préconisons est exigeante. Elle considère la société comme une « chaine de solidarité » dont le maillon faible détermine la solidité.

Peut-être avons-nous à inventer un mode de vie où les générations ne sont plus séparées en silos. J’avoue avoir eu cette expérience pendant les confinements en emmenant une personne âgée désorientée de ma famille : j’ai été émerveillé du bénéfice de ce moment « contraint » où trois générations ont vécu ensemble pendant plusieurs mois.

La société solidaire dont nous avons besoin pour résister aux pulsions suicidaires a certes besoin de l’aide de l’Etat. Elle nous appelle aussi et surtout à reconnaitre – et c’est parfois difficile – la valeur de toute vie, les plus vulnérables ayant le plus besoin de se sentir membre à part entière de la société.

Maltraitance des personnes âgées : journée mondiale de sensibilisation

Maltraitance des personnes âgées : journée mondiale de sensibilisation

Maltraitance des personnes âgées : journée mondiale de sensibilisation

 

Un groupe d’experts présentera ce 15 juin les lacunes et les défis du Plan d’action international de Madrid sur le vieillissement. Cette mobilisation mondiale s’inscrit dans le cadre de la décennie des Nations Unies pour le vieillissement en bonne santé sur les années 2021-2030.

La commission nationale de lutte contre la maltraitance,  créée en 2018, a présenté en 2021 une définition de la maltraitance commune à l’enfance, au grand âge et au handicap.

« Il y a maltraitance d’une personne en situation de vulnérabilité lorsqu’un geste, une parole, une action ou un défaut d’action, compromet ou porte atteinte à son développement, à ses droits , à ses besoins fondamentaux, et/ou à sa santé et que cette atteinte intervient dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d’accompagnement . Les situations de maltraitance peuvent être ponctuelles ou durables, intentionnelles ou non ; leur origine peut être individuelle, collective ou institutionnelle. Les violences et les négligences peuvent revêtir des formes multiples et associées au sein de ces situations. »

personne âgée Parmi les mesures figure l’action de la Fédération 3977, le numéro national de signalement des situations de maltraitance des personnes âgées, et aussi des personnes en situation de handicap. « Le dispositif s’adresse aussi aux victimes, témoins, professionnels de santé ainsi qu’aux proches aidants qui rencontrent des difficultés au quotidien ».

Son dernier rapport d’activité indique des chiffres clés de son activité :

73% des victimes ont plus de 60 ans. 73% vivent à domicile et 27% en établissement. Les mis en causes sont en premier lieu constitués par l’entourage familiale (48%), puis des professionnels (34%) et pour le reste des voisins ou amis.

Les types de maltraitances peuvent d’être de divers ordres :  psychologiques (32%), physiques (18%), non respect des droits (10%), liés aux soins (7 %). Pour 15% des maltraitances signalées elles sont involontaires.

Dans un communiqué la Fédération souligne la nécessité de mettre en place un plan de lutte effectif contre ces pratiques alors que des Etats généraux des maltraitances ont été lancés en mars 2023 par le ministère de l’autonomie et des personnes en situation d’handicap.

PMA : réserve du Conseil constitutionnel sur les informations du tiers donneur

PMA : réserve du Conseil constitutionnel sur les informations du tiers donneur

PMA : réserve du Conseil constitutionnel sur les informations du tiers donneur

 

Le Conseil Constitutionnel vient de valider les dispositions en vigueur issues de la loi bioéthique de 2021, avec une réserve pour les donneurs anonymes ayant donné leurs gamètes avant l’adoption de la loi .

 

Pour les personnes nées à la suite d’une AMP (Assistance Médicalisée à la Procréation, communément dénommée PMA), avec recours à des gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes) d’un donneur anonyme, la question de l’accès aux informations sur leur(s) géniteur(s) est très sensible.

Les grands principes du don de gamètes fixés lors des premières lois de bioéthique de 1994 étaient : la gratuité, le consentement libre et l’anonymat. Mais la dernière révision de la loi bioéthique de 2021 est venue changer le système en profondeur.

 

Pourquoi la levée de l’anonymat ?

Depuis longtemps déjà, l’anonymat était fortement remis en cause, et d’abord par des personnes nées de don elles-mêmes. À l’époque, on avait pensé à la place de ces enfants — désormais adultes — que naître d’un don anonyme resterait sans effet ou même qu’il serait mieux pour eux que le secret soit bien gardé. Depuis, nombreux sont ceux qui sont revenus en boomerang prouver que c’est faux. Si bien que plus personne aujourd’hui ne conteste leur besoin de savoir qui est ce parent biologique, quel est son visage, son histoire, son âge et la raison de son don… mais aussi, de découvrir s’ils ont des demi-frères et sœurs.

Connaitre leurs origines n’est pas anodin, mais un réel besoin qu’ils ont exprimé. Même si la filiation ne peut se résumer à la biologie (pensons aux adoptions), le lien biologique ne peut être balayé comme ne comptant pour rien, ou n’étant qu’une simple idée. Plusieurs associations représentant les personnes nées de dons anonymes réclamaient donc cette levée de l’anonymat.

Par ailleurs, la technique des tests d’ADN et leur accès facile ont permis à de nombreux adultes de retrouver le donneur à l’origine de leur conception. Comme Arthur Kermalvezen-Fournis, des témoignages ont démontré la facilité – imprévue à l’époque – avec laquelle la technologie permet aujourd’hui de retrouver un parent biologique, ce qui rend désuet ce maintien de l’anonymat. L’importance de l’historique médical de ses ascendants biologiques pour le suivi de sa propre santé, justifie également le droit à connaitre ses origines.

En parallèle, lors des états généraux de la bioéthique en 2018, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) avait publié un avis dans lequel il se positionnait pour la levée de l’anonymat au nom d’un droit d’accès à la quête des origines et du fait de l’évolution de la technologie, à la fois sur le plan du génome et des accès aux données (« Big data »).

 

Que prévoit la loi actuellement ?

 

La dernière loi de bioéthique votée en 2021 a donc acté de nouvelles dispositions pour accéder à l’identité du tiers donneur. Ces dispositions sont inscrites au code de la Santé publique. L’article L 2143-2 stipule que :

  1. Toute personne conçue par assistance médicale à la procréation avec tiers donneur peut, si elle le souhaite, accéder à sa majorité à l’identité et aux données non identifiantes* du tiers donneur.
  2. Les personnes qui souhaitent procéder à un don de gamètes ou proposer leur embryon à l’accueil consentent expressément et au préalable à la communication de ces données et de leur identité, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent article. En cas de refus, ces personnes ne peuvent procéder à ce don ou proposer cet accueil.
  3. Le décès du tiers donneur est sans incidence sur la communication de ces données et de son identité.
  4. Ces données peuvent être actualisées par le donneur.

 

Ces nouvelles dispositions ont donc établi deux régimes successifs avec un anonymat strict jusqu’à la loi de 2021 et l’accord préalable de levée de l’anonymat pour tout nouveau don depuis 2022, afin que les enfants, devenus majeurs, puissent accéder à l’identité du donneur.

Le décret d’application paru en août 2022 a prévu des dispositions pour les deux cas. Pour les enfants conçus grâce à un don postérieur au 1er septembre 2022, le donneur a expressément accepté la levée de l’anonymat. L’enfant devenu majeur (soit 18 ans plus tard…)  aura donc accès à sa demande. Une commission d’accès des personnes nées d’une assistance médicale à la procréation aux données de tiers donneur (CAPPAD) est en charge de gérer les demandes.

Pour les personnes issues de dons antérieurs, elles peuvent aussi s’adresser à cette Commission pour demander l’accès, la CAPPAD se chargeant alors d’adresser la demande au donneur. Cela est déjà arrivé, une personne a retrouvé son père biologique, par ce biais, alors même que son géniteur avait procédé à un don de sperme à une époque où l’anonymat lui avait été garanti, et où nous étions loin d’imaginer que les progrès de la science et des connaissances génétiques permettrait de le rendre caduque. Mais le donneur est aussi en droit de refuser que ses informations soient divulguées.

La loi fixe actuellement à un maximum de 10 le nombre d’enfants issus d’un même donneur. Les nouvelles dispositions peuvent ainsi donner lieu à des contacts répétés de la CAPPAD auprès d’une personne ayant procédé à un don de gamète avant septembre 2022.

 

La décision du Conseil Constitutionnel

C’est dans ces cas de demandes de levées de l’anonymat antérieures à 2022 qu’intervient la décision du Conseil Constitutionnel. Celui-ci avait été saisi d’une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) par le Conseil d’Etat.

Le requérant reprochait aux nouvelles dispositions de « prévoir qu’un tiers donneur, ayant effectué un don de gamètes ou d’embryons à une époque où la loi garantissait son anonymat, peut être contacté par la commission d’accès aux données non identifiantes et à l’identité du tiers donneur afin de recueillir son consentement à la communication de ces données, sans lui permettre de refuser préventivement d’être contacté ni garantir qu’il ne soit pas exposé à des demandes répétées. Il en résultait selon lui une méconnaissance du droit au respect de la vie privée. »

Dans sa décision, le Conseil constitutionnel a écarté le « grief tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée » et déclaré conforme à la Constitution les dispositions contestées. Mais il a apporté une réserve, suggérée pendant les auditions par le représentant du gouvernement. Selon la décision, les dispositions validées « ne sauraient avoir pour effet, en cas de refus, de soumettre le tiers donneur à des demandes répétées émanant d’une même personne« . En pratique, il faudra éviter une multiplicité de contacts après un premier refus du donneur.

 

Un don de gamète n’est aucunement comparable à un don d’organe ou de sang. Le gamète est à l’origine d’une nouvelle vie et fait du donneur ou de la donneuse le parent biologique de l’enfant ainsi né. Même en l’absence de lien de filiation juridique, des liens biologiques, génétiques, épigénétiques laissent une empreinte qui peut être ressentie comme importante par la personne née de don. Il n’est pas certain que les nouvelles dispositions d’accès aux origines suffisent pour clore les questions soulevées par la procréation médicalement assistée.

Car au fond, ces nouvelles dispositions visent à pallier des difficultés désormais bien identifiées pour les enfants nés par un don de gamètes, sans pour autant remettre en question l’origine de ces difficultés : l’AMP avec donneur, autorisée et même élargie par la loi bioéthique de 2021.

Rappelons enfin que notre pays a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant. Ce texte à valeur juridique internationale est contraignant, c’est-à-dire supérieur à notre droit français. Il s’impose aux États, parlements, gouvernements et présidents…

Or ce texte pose le droit pour tout enfant, dès sa naissance, à un nom, une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux. Notre loi – qui organise par avance et de manière délibérée la conception d’un enfant d’une manière qui fait disparaître le père ou la mère ou permet seulement à l’enfant de connaitre « l’identité » de son géniteur à sa majorité — n’est assurément pas respectueuse de ce droit.

 
 

Le 2 juin 2023, le comité des droits de l’enfant de l’ONU a enjoint la France de permettre aux enfants nés par AMP avec donneur d’avoir accès à leurs origines quand ils en font la demande y compris avant 18 ans.

pma : réserve du conseil constitutionnel sur les informations du tiers donneur
Au cœur de la maladie de Charcot. « Invincible été », avec Olivier Goy

Au cœur de la maladie de Charcot. « Invincible été », avec Olivier Goy

Au cœur de la maladie de Charcot. « Invincible été », avec Olivier Goy

 

Le film « Invincible été » de la réalisatrice Stéphanie Pillonca sorti le 31 mai 2023 en salle remporte un franc succès.

Ce film n’est pas une histoire, mais des images bien réelles de la vie d’Olivier Goy, 49 ans, atteint depuis 3 ans de la maladie de Charcot, l’autre nom de la sclérose latérale amyotrophique (SLA). Cette maladie neurodégénérative reste incurable à ce jour. Elle entraîne une paralysie progressive des muscles, affectant petit à petit la respiration, la parole et la déglutition. Dans ce film, nous suivons Olivier et sa famille, dans son quotidien, son travail, ses relations professionnelles et amicales. Les symptômes sont visibles : difficultés d’élocution, pour marcher, se déplacer. Mais son sourire ne le quitte pas.

Le choc de l’annonce, et une main tendue

Il ne le cache pas, l’annonce de cette maladie a été un énorme choc. « J’étais perdu. Incapable de voir du positif dans toutes les informations que je recevais. 3 à 5 ans à vivre. Pas de traitement. Prisonnier de mon corps qui se dégrade. Bref, je déprimais. Heureusement, une psychologue fantastique à l’hôpital me guide et me tend la main. Au bout de 3 mois, grâce à elle, je comprends que si je déprime, je vais me punir deux fois. Il faut que je vive intensément, malgré l’annonce de ma mort prochaine. Après tout, nous allons tous mourir ».

Son message : choisir la vie

Le message qu’il souhaite transmettre à ses proches et au monde est celui-ci : « du cinéma au cimetière, il n’y a qu’un pas, mais je n’ai pas peur. Le chemin parcouru a révélé à mes proches que la vie est belle, vraiment belle. C’est ce message qui les fera grandir avec la sérénité de ceux qui savent. Pour apprendre à vivre, il faut apprendre à mourir. »

Au cœur de l’épreuve et de l’apprentissage de la perte de ses capacités et de son autonomie, il garde un regard positif : « La grande chance qu’offre cette maladie, c’est qu’elle vous laisse votre cerveau complètement intègre. Réfléchir, agir, aimer… Vous le faites avec votre cerveau. » confiait-il au Figaro en février dernier.

Aussi paradoxal que cela puisse sembler, il estime que la maladie l’a comme bonifié. « Je suis devenu plus fort. J’aime beaucoup mieux la personne que je suis par rapport à celle que j’étais. Je n’ai plus le poids des petits tourments du quotidien, je ne m’énerve quasiment plus pour des futilités. On m’a dit que j’allais mourir, j’ai décidé de vivre. »

Comment tout a commencé ?

Une fois le choc de la maladie passé, il a souhaité annoncer publiquement sa maladie. Il a témoigné de son épreuve dans le podcast « Génération Do it Yourself », de Matthieu Stefani en mars 2021. Le retentissement de sa parole a été aussi immense qu’inattendu. Des milliers de messages lui sont parvenus.

Son combat aujourd’hui ?

Par ce film, sur les plateaux de télé ou de radio, Olivier Goy se sent « en mission », pour libérer la parole sur les tabous du handicap, de la dépendance et de la mort. Son combat, il le mène pour les autres. Il sait que ses jours sont comptés et que les progrès espérés ne lui bénéficieront pas directement.

Il a confié à La Croix : « Mon but est d’éveiller les consciences et de changer le regard que l’on porte sur soi et sur les autres, que l’on soit malade ou pas. Mon message est simple : la vie est belle, vraiment belle, pour peu qu’on apprenne à en profiter, sans regretter hier et sans avoir peur de demain. »

Tous les profits du film seront reversés à l’Institut du Cerveau, dont il est devenu l’ambassadeur. Au cœur de ses laboratoires, l’institut a inauguré le 30 mars 2023 l’espace « Invincible été », en remerciement de son soutien et de sa mobilisation exceptionnelle.

Il a rencontré le président Emmanuel Macron le 28 février 2023 et obtenu l’engagement à rembourser à 100 % les fauteuils roulants.

Son exemple porte du fruit, comme le témoigne Ludovic Besombes, 48 ans, atteint de la même maladie. Sa rencontre avec Olivier l’a réveillée : « Olivier Goy est devenu une source d’inspiration pour le malade Charcot que je suis. Il m’a appris à oser aimer la vie même si elle nous condamne et à ne jamais renoncer à être heureux malgré la maladie et le handicap. Celui qui est devenu mon ami après une invincible rencontre organisée par mon épouse est un alchimiste qui, à défaut de changer le plomb en or, transforme les grimaces en sourires ».

Etude : quel accompagnement pour la maladie de Charcot (SLA) ?

au cœur de la maladie de charcot. "invincible été", avec olivier goy

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Atlas de la démographie médicale : situation en 2023

Atlas de la démographie médicale : situation en 2023

Atlas de la démographie médicale : situation en 2023

 

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins vient de publier son atlas de la démographie médicale. Il s’agit d’une photographie de la situation au début de l’année 2023; avec quelques coups de projecteurs : sur les médecins retraités actifs, les remplaçants et les premiers recours. Le rapport comporte 137 pages de chiffres et d’analyses.

Dans son éditorial, le rapport attire l’attention sur ce qui semble paradoxal : la France n’a jamais compté autant de médecins en activité et le système de santé de notre pays traverse une crise profonde. Deux facteurs pèsent pour expliquer ce hiatus : d’une part l’augmentation générale de la population, et plus encore le vieillissement de cette population.

 

Plus de médecins mais une répartition géographique inégale

Dans les grandes lignes, les chiffres publiés indiquent que 322 973 médecins sont inscrits au tableau de l’Ordre, dont 234 028 sont en activité totale selon les termes du rapport. C’est plus qu’en 2010 : +8.5%. La répartition géographique laisse apparaitre des disparités. Beaucoup de régions ont une proportion identique entre population globale et population de médecins, mais certaines régions affichent un « surplus » : l’Ile de France, la Provence Alpes Côte d’Azur. Inversement, les Hauts de France, le Grand Est, le Centre Val de Loire et la Normandie souffrent d’un déficit.

 

Une démographie médicale en nette évolution

Entre 2010 et 2023, le rapport note la baisse des médecins généralistes : ils représentaient 48% des médecins en activité en 2010, contre 43.3% en 2023. Par ailleurs, le poids des « actifs réguliers » tend à baisser. Ils étaient 93% des médecins en 2010, et 84% cette année. Le poids des médecins retraités actifs a beaucoup monté : +260% sur la période. Le taux de féminisation est passé de 40 à presque 49% en 13 ans.

Par ailleurs, cette tendance va se poursuivre car le taux de féminisation est corrélé négativement avec l’âge moyen des médecins.  Sans surprise, les chiffres retrouvent la « diagonale du vide » : du nord-est au massif central et à l’intérieur du sud-ouest de la France, l’âge moyen des médecins est plus élevé. Le rapport donne quelques exemples parlants :

« certains départements ont quasiment un médecin sénior sur deux: le sort des départements du Lot (51%), la Lozère (48.3%) et l’Yonne (47.9%) de médecins séniors, interroge fortement sur leur avenir à court terme à répondre à l’accès aux soins en l’absence d’un vigoureux rebond de la démographie médicale. Le Lot et la Lozère ont ainsi 3 médecins séniors pour 1 jeune médecin, l’Yonne un ratio de près de 4 pour 1, une véritable bombe de la démographie médicale à brève échéance« .

Autre fait notable : l’exercice salarié est devenu majoritaire. Les médecins salariés représentent 45.5% des médecins actifs, ceux exerçant en libéral 43.6%, et ceux en situation « mixte » 10.5%. Seuls les médecins généralistes restent majoritairement en mode libéral (56.9% de « libéraux exclusifs »).

L’examen de la densité de l’offre de soins produit le même constat : la région parisienne, le littoral français et les Alpes attirent les médecins et les territoires du Nord Est au Centre se vident. Le rapport qualifie ces disparités de « fractures installées ».

Le nombre de médecins étrangers a également fortement augmenté : +90% depuis 2010. Ils sont maintenant un peu plus de 29 000 à exercer en France. 56% sont diplômés hors de l’Union Européenne, et 44% au sein de l’UE.

Dans l’offre de soins, le rapport note également l’importance croissante des retraités actifs : « alors que les médecins en cumul emploi/retraite représentaient 2,6% des médecins en activité en 2010, ils en représentent désormais 8,6%, soit une augmentation de 6 points en 13 ans« .

 

Le système de santé a devant lui de nombreux défis à affronter: le vieillissement général de la population, l’irruption de la télé-médecine, les évolutions de la démographie médicale, et même l’impact des changements environnementaux. Récemment la DREES publiait deux études aux titres éloquents :

Les deux tiers des généralistes déclarent être amené à refuser de nouveaux patients comme médecins traitants.

A l’hôpital, une prévalence accrue de la dépression et de l’anxiété due notamment aux conditions de travail.

Le CNOM vient de publier un communiqué de presse s’élevant contre l’initiative d’un groupe de santé privé proposant un service de téléconsultations contre abonnement mensuel. Selon le Conseil « Ce type d’abonnement fait de la médecine un commerce et déconsidère la profession ».

Une politique ambitieuse de la Santé parait toujours aussi urgente.

 

Voir tous nos articles sur la « Santé ».

atlas de la démographie médicale : situation en 2023

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Extension controversée de la loi d’euthanasie au Québec

Extension controversée de la loi d’euthanasie au Québec

Extension controversée de la loi d’euthanasie au Québec

 

La loi concernant les soins de fin de vie a été définitivement adoptée le 7 juin 2023, deux jours avant la fin de la session parlementaire du Québec.

Une des mesures votées est particulièrement coercitive. Les maisons de soins palliatifs sont en effet forcées dans les 6 prochains mois de mettre en place la pratique de l’euthanasie, ce qui est contraire au principe même de soins palliatifs.

Le plaidoyer du docteur Leonie Herx professeure associée en médecine palliative de l’Université Queen’s n’a pas été pris en compte par les députés. De manière factuelle, elle avait souligné que la pratique de l’euthanasie ou AMM « a eu d’importantes répercussions délétères sur la pratique des soins palliatifs, notamment la diminution des ressources en soins palliatifs et l’augmentation de la détresse morale et de l’épuisement professionnel des cliniciens en soins palliatifs ».

Lire le mémoire transmis au Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir 24 avril 2022.

Le 30 mai 2023, la commission des relations avec les citoyens du Québec a achevé l’étude détaillée du projet de loi 11 concernant les soins de fin de vie.

Ce projet de loi déposé le 16 février dernier est l’objet de fortes controverses car il entend étendre le recours à l’euthanasie, désignée sous le terme « aide médicale à mourir » (AMM), à des personnes handicapées dont le pronostic vital n’est pas engagé. En réalité, il s’agit d’une transposition de la loi fédérale : le fait que cette province y soit tenue fait débat.

 

Le projet de loi prévoit également d’autoriser une demande anticipée à mourir « aux personnes atteintes d’une maladie grave et incurable menant à l’inaptitude » pour que l’euthanasie soit exécutée quand la personne n’est plus apte à consentir. Cela concerne potentiellement les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, posant des questions éthiques majeures sur l’accompagnement des personnes concernées.

D’autre part, outre les médecins, les infirmières praticiennes spécialisées pourraient administrer les sédations dites « palliative continue », c’est-à-dire maintenue jusqu’au décès ainsi que l’euthanasie ou le suicide assisté. Elle supprime la clause de conscience institutionnelle conduisant à imposer la proposition d’AMM aux maisons de soins palliatifs, en l’assimilant à un « soin ».

Plusieurs controverses ont émergé sur la banalisation progressive de l’euthanasie, l’assimilation abusive de l’AMM aux soins palliatifs et la stigmatisation des personnes handicapées.

 

Alors que le Québec connait le plus fort taux d’euthanasie au monde avec 7% des décès par euthanasie prévu en 2022, certains parlementaires ont exprimé leur inquiétude face à « ce changement de paradigme » risquant de produire un pouvoir d’attraction et une banalisation toujours plus étendue de l’AMM.

A ce titre, un sondage de l’Institut Research co. publié en mai 2023 sur la loi fédérale canadienne qui inclut la plupart des mesures discutées aujourd’hui au Québec révèle une évolution alarmante des mentalités. 73% des sondés disent approuver la loi actuelle et 20% approuvent l’euthanasie sans condition ; quand on mentionne des situations spécifiques relatives à la situation économique, 28% se disent favorables à étendre les critères à des personnes en raison de leur statut de sans-abri et 27% en raison de leur pauvreté.

 

Lors des débats, l’Alliance des maisons de soins palliatifs a plaidé pour ne pas forcer les quelques maisons qui ne pratiquent pas l’AMM à le faire. Cette alliance qui regroupe 36 maisons sur les 37 que compte le Québec a commandité un sondage auprès d’Ipsos pour mieux connaître la perception des Québécois sur les soins palliatifs. Publiés début mai 2023, lors de la semaine nationale des soins palliatifs, les résultats montrent une méconnaissance de ces soins et une persistance d’idées fausses.

74% des sondés associent les soins palliatifs uniquement au soulagement de la douleur, 49% pensent à tort que l’AMM fait partie des soins palliatifs, 30% estiment que les soins palliatifs vont accélérer la mort, et 28% estiment qu’il est normal de ressentir de la douleur en fin de vie. Cette méconnaissance est particulièrement inquiétante et interroge sur le manque d’information.

 

Ce projet de loi est aussi particulièrement critiqué par les associations de personnes handicapées comme le souligne le réseau citoyen Vivre dans la dignité dans son mémoire de contribution au débat sur le projet de loi.  Ce réseau a formulé 4 recommandations :

  • Plutôt que de franchir la frontière de l’inaptitude pour accéder à l’aide médicale à mourir, mieux vaudrait investir massivement dans les soins gériatriques et dans l’accompagnement des personnes vivant avec un trouble neurocognitif. Grâce à la mise en œuvre des meilleures pratiques pour traiter les symptômes des maladies et accompagner les pertes de capacité, elles ne doivent plus craindre de perdre leur dignité.
  • Plutôt que de franchir la frontière du handicap pour accéder à l’aide médicale à mourir, mieux vaudrait investir massivement dans tout ce qui encourage l’aide à vivre.
  • Plutôt que de franchir la frontière des contraintes institutionnelles imposées aux maisons de soins palliatifs, respecter le choix des quelques milieux de vie qui préfèrent ne pas offrir l’aide médicale à mourir.
  • Plutôt que d’envisager franchir éventuellement la frontière du trouble mental pour accéder à l’aide médicale à mourir, mieux vaudrait lancer un message clair au gouvernement fédéral : le Québec ne veut pas de cet accès.

Cette dernière recommandation fait référence au report de l’application d’un article de la loi fédérale sur la fin de vie votée en 2021 qui prévoit l’accès à l’euthanasie pour les personnes atteintes de trouble mental. Le Québec a exclu ce critère pour le moment.

Enfin un amendement de dernière minute qui vise à élargir les lieux où sont pratiquées les euthanasies a jeté un sérieux trouble. Cette modification avait originellement pour but d’interdire la promotion commerciale de l’offre d’AMM par un salon funéraire après la découverte que certains complexes avaient loué leur salle d’exposition pour pratiquer des euthanasies. Radio Canada précise que « Le gouvernement du Québec prévient toutefois que le lieu choisi devra être autorisé par le médecin ou par l’infirmière praticienne spécialisée (IPS) dans le dossier. ».

Le réseau citoyen Vivre dans la dignité alerte les députés sur la gravité d’un tel élargissement soumis au pouvoir arbitraire d’un médecin ou d’une infirmière qui conduirait à une atteinte à la liberté de conscience des détenteurs de lieux éventuels. « Comme il n’y a pas de droit au refus inclus dans la loi, les propriétaires d’auberges, de campings, de chalets, les administrations gérant des parcs publics et tant d’autres gestionnaires » pourraient être concernés indistinctement.

Le projet de loi devrait être débattu et soumis au vote à l’Assemblée nationale du Québec d’ici le 9 juin, qui marque la fin de la session parlementaire.

La pente glissante observée au Canada et au Québec a été l’objet d’alerte de l’ONU. Comme le rappelaient récemment trois experts des Nations Unies, un tel élargissement de l’euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et/ou handicapées se sentent mises sous pression pour mettre fin à leur vie prématurément.

Développement des soins palliatifs : mise en place d’une instance chargée d’élaborer le plan 2024-2034

Développement des soins palliatifs : mise en place d’une instance chargée d’élaborer le plan 2024-2034

Le développement des soins palliatifs reste une urgence pour notre pays. Lors de son annonce d’un projet de loi fin de vie le 3 avril dernier, Emmanuel Macron avait également promis un plan décennal pour la prise en charge de la douleur et l’accompagnement de la fin de vie, déclarant « nous avons en la matière une obligation d’assurer l’universalité de l’accès aux soins palliatifs, de diffuser et d’enrichir notre culture palliative et de rénover la politique de l’accompagnement du deuil. »

 

Installation d’une nouvelle instance chargée d’élaborer un plan décennal pour les soins palliatifs

Samedi 1er juin, la ministre Agnès Firmin-Le Bodo a installé une « instance de réflexion » stratégique chargée de l’élaboration de ce plan. La présidence de ce groupe est confiée au professeur Franck Chauvin, ancien président du Haut Conseil pour la santé publique.

En tant que président du Haut Conseil en santé publique, Franck Chauvin avait remis un rapport sur « dessiner la santé publique de demain » en mars 2022. Ce rapport affichait 3 priorités : augmenter l’espérance de vie en bonne santé, réduire les inégalités de santé, et adapter le système de santé aux deux priorités précédentes.

Deux étapes pour la préparation du nouveau plan

Concernant le plan contre la douleur, la ministre, dans sa lettre de mission, cite de nombreux axes de travail pour cette instance : prise en charge hospitalière et à domicile, prise en charge de la douleur chronique, rôle des aidants…

Deux étapes sont prévues

  • Les recommandations sur les principes et enjeux de ce plan ainsi que sur la méthodologie sont attendues d’ici le 13 juillet.
  • Le rapport final doit être rendu à la fin de l’année. Il doit s’appuyer entre autres sur les conclusions du rapport de la Cour des Comptes sur les soins palliatifs, et comporter « les objectifs et les mesures prioritaires à mener en trajectoires quinquennale et décennale« .

Régis Aubry, membre du CCNE et co-rapporteur du groupe de travail ayant abouti à l’avis 139 qui ouvre à une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, est une des personnes qualifiées citée dans le communiqué de presse de la Ministre.

 

Comme le soulignent régulièrement les acteurs des soins palliatifs, la France ne manque pas de lois sur la fin de vie, mais de moyens. Ce constat rejoint celui de l’enquête de terrain récemment publiée par Alliance VITA. Dans un contexte de ressources budgétaires contraintes, les moyens du prochain plan doivent refléter l’obligation d’un accès aux soins palliatifs pour tous.

développement des soins palliatifs : mise en place d'une instance chargée d'élaborer le plan 2024-2034

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Un manque crucial de moyens face au défi du grand âge selon une enquête VITA

Un manque crucial de moyens face au défi du grand âge selon une enquête VITA

Un manque crucial de moyens face au défi du grand âge selon une enquête VITA

 

Au moyen d’entretiens conduits par ses volontaires auprès de 125 professionnels et bénévoles dans une quarantaine de départements, Alliance VITA a mené une enquête de terrain auprès des acteurs du grand âge. Si des progrès ont été accomplis dans la formation, la sensibilisation, l’information et la coordination ces dernières années, une grande partie de ces acteurs observent un manque de plus en plus criant de personnel dans le secteur.

Dans la même lignée que l’enquête menée auprès d’acteurs en soins palliatifs, les volontaires d’Alliance VITA ont conduit des entretiens individuels auprès d’acteurs variés du grand âge entre novembre 2022 et février 2023, afin de recueillir leurs perceptions sur l’état actuel de l’accompagnement des personnes âgées en perte d’autonomie dans leurs départements.

Au total, 125 acteurs du grand âge ont été interrogés, exerçant dans différentes structures et différentes professions : médecins généralistes, gériatres, professionnels de l’aide à domicile, personnels d’EHPAD, membres d’associations…Seuls 13 % estiment que les personnes âgées en perte d’autonomie peuvent être accompagnées de façon satisfaisante dans leur ville ou leur département. Ils sont 45 % à penser le contraire et 35 % d’entre eux sont partagés.

Ces professionnels et bénévoles ont été interrogés sur ce qui a progressé et sur ce qui s’est dégradé selon eux dans l’accompagnement et la prise en charge des personnes âgées depuis cinq ans.

Des progrès dans l’information et la formation

71 % des personnes rencontrées voient des progrès dans la prise en charge des personnes âgées en perte d’autonomie.

Que ce soit en EHPAD, en milieu hospitalier ou dans l’aide à domicile, plusieurs personnes notent des progrès dans la formation du personnel soignant, qui permet selon elles un meilleur accompagnement de la fin de vie. Plusieurs constatent aussi une meilleure sensibilisation, une prise de conscience.

loi grand âge et autonomie

loi Grand âge et autonomie

Des structures ont été créées pour informer les familles et mettre en relation les différents acteurs. Les Centres locaux d’Information et de Coordination gérontologique (CLIC) fournissent aux personnes âgées et à leurs familles conseils et orientation. Créés en 2019, les dispositifs d’appui à la coordination des parcours complexes (DAC) intègrent plusieurs dispositifs de coordination. La coopération entre les différents acteurs locaux a progressé.

Un maintien plus long des personnes dépendantes à domicile

Plusieurs sondés saluent également la possibilité de maintenir plus longtemps les personnes âgées à domicile, grâce notamment aux progrès de l’hospitalisation à domicile et les dispositifs de soutien déployés pour permettre aux personnes de rester chez elles (revalorisation de l’APA, augmentation de la rémunération des aides à domicile). Des solutions de répit ont également été fournies aux aidants.

Un manque criant de personnel

Malgré les progrès constatés, 87 % des professionnels et bénévoles interrogés ont vu des choses régresser depuis cinq ans. Le constat le plus partagé est la pénurie de plus en plus criante de personnel. Cette pénurie est observée aussi bien dans le secteur de l’aide à domicile que dans les EHPAD. Le manque de médecins est également déploré.

Liée au vieillissement de population, cette pénurie est aussi due au manque d’attractivité des métiers du grand âge, souvent mal rémunérés et avec des horaires qui peuvent être contraignants (travail le soir et le week-end…). Certains regrettent aussi un manque de reconnaissance de ces métiers. Plusieurs professionnels signalent un fort taux d’absentéisme, des arrêts maladie fréquents, une difficulté à recruter et à pérenniser des personnes dans ces métiers…Cela peut conduire parfois à recruter du personnel non qualifié.

Le manque de personnel a provoqué une dégradation des conditions de travail pour tous les soignants du secteur, qui voient leur propre charge de travail augmenter. Quand on les interroge sur leur quotidien, plusieurs regrettent de ne pas pouvoir passer plus de temps avec les patients et les familles. Ils déplorent également la part importante du temps prise par des procédures administratives.

Les effets néfastes de la pandémie de COVID

La COVID est régulièrement citée comme ayant eu des conséquences néfastes pour la prise en charge des personnes âgées. En particulier, de nouvelles procédures au sein des EHPAD et la limitation des visites renforcent l’isolement des personnes âgées. Malgré la fin de la pandémie, les limitations se poursuivent. La pandémie a également contribué à décourager les personnels soignants et à aggraver encore la pénurie. Certains observent chez les soignants une perte de sens de leur travail.

En conclusion, l’enquête menée par Alliance VITA auprès d’acteurs du terrain du grand âge dans différents départements souligne l’urgence de mettre en place des moyens conséquents pour prendre soin de nos aînés, alors que le secteur manque cruellement de personnel et que les conditions de travail se dégradent.

Le Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Jean-Christophe Combe, a promis une réforme du Grand Âge dont le détail des mesures doit être présenté en juin 2023. Encore faut-il que cette réforme soit à la hauteur des enjeux immenses de ce secteur.

défi du grand âge manque de moyens

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