GPA en débat au Conseil de l’Europe

L’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE, représentant 47 Etats membres et regroupant 820 millions d’habitants) vient de décider d’inscrire à son ordre du jour une proposition de résolution portant sur les «Droits de l’homme et les questions éthiques liées à la gestation pour autrui » (GPA).

La proposition (Doc. 13562) a été déposée le 1er juillet 2014 par 23 parlementaires de 11 pays différents. Elle constate que la pratique de la gestation pour autrui « pose des problèmes complexes pour les droits fondamentaux des femmes et des enfants concernés », dans la mesure où elle « porte atteinte à la dignité humaine de la femme enceinte » ainsi qu’aux « droits et à la dignité humaine de l’enfant », qui devient une « marchandise destinée à être achetée et vendue ». La proposition de résolution recommande à l’Assemblée parlementaire de « réfléchir à des outils pour traiter ce problème ». Si elle est adoptée, la résolution constituera une contribution importante au débat actuel sur le développement rapide du marché mondial de la GPA.

Cette décision intervient en pleine polémique sur la GPA en France. Le premier ministre Manuel Valls, dans le journal La Croix du 2 octobre, a affirmé que « la GPA est et restera interdite en France », car c’est « une pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de marchandisation du corps des femmes ».  Il a pris l’engagement que la France allait « promouvoir une initiative internationale » visant à limiter la pratique de la GPA, sans aller jusqu’à rechercher une interdiction totale.

Toutefois, de nombreuses voix  en France, dont Alliance VITA, La Manif Pour Tous, mais aussi de nombreuses personnalités et députés de gauche,  s’élèvent contre la décision de l’Etat français de ne pas avoir fait appel de la décision de la Cour Européenne des droits de l’homme sur la GPA. Dans deux arrêts rendus publics le 26 juin dernier, ce tribunal qui dépend du Conseil de l’Europe, avait condamné la France pour avoir refusé de transcrire sur l’état-civil français  la filiation d’enfants nés de mères porteuses à l’étranger.

GPA – débat de Tugdual Derville sur LCP : le gouvernement pris à son propre piège

Tugdual Derville était l’invité de LCP dans l’émission « Ca vous regarde » le 6 octobre 2014, suite à la Manif pour tous du dimanche 5 octobre.

Etaient présents dans ce débat dont le thème était « GPA : le gouvernement pris à son propre piège » :

Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA,

Pascale Boistard, secrétaire générale chargée du droit des femmes,

Irène Théry, directrice d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Thierry Solère, député UMP des Hauts de Seine.

 

 

Quelques extraits des principaux arguments de Tugdual Derville au cours du débat :

  • Eclater délibérément la maternité, c’est une maltraitance. Désigner ces dérives pour ce qu’elles sont, des maltraitances originelles, c’est faire progresser l’humanité.

 

 

  • La GPA est une transgression éthique très grave. C’est un grave relativisme bioéthique.

 

 

  • On attend des actes pas des paroles. Des sociétés font la promotion de la GPAen France, rien n’est fait pour arrêter. Si on n’arrête pas, par la loi, les désirs des uns et des autres, il n’y a plus de limite !

 

 

  • Les sciences humaines nous rappellent que l’expérience que nous vivons dans le ventre de notre mère est fondamentale. 

 

 

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Si le débat fut animé, dans les coulisses, les esprits se détendent :

L'homme, priorité politique

Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et l’un des porte-parole de La Manif pour tous, analyse la réussite des grandes marches parisiennes et bordelaises du dimanche 5 octobre 2014.
Quelles conclusions tirez-vous du succès indéniable des manifestations du 5 octobre ?
Tugdual Derville : La question de fond que nous posions depuis octobre 2012 est désormais placée au centre du débat politique, et pour longtemps. C’est un immense résultat. Nous avons mis la France devant le choix anthropologique qui constitue l’enjeu de société majeur de notre temps : au-delà de la loi Taubira et de ses conséquences que nous contestons toujours, il s’agit de savoir si la procréation humaine doit obéir aux lois d’un marché ultralibéral mondialisé, ou si l’intérêt de l’enfant nécessite la préservation de la famille, écosystème de base de toute société, et de l’enfant contre toute marchandisation.
Grâce à la ténacité paisible de nos manifestants, ce débat est enfin reconnu comme sérieux au sein de chaque grande famille politique. Ces derniers temps, plusieurs prises de position et appels au gouvernement émanant de la gauche, de mouvements féministes et même d’écologistes comme José Bové, ont finalement légitimé notre dénonciation de la marchandisation du corps.
Et le Premier ministre a lui-même validé notre démarche lorsqu’il a cru nous démobiliser en effectuant sa volte-face anti-GPA dans La Croix du vendredi 3 octobre.
 
Comment analysez-vous le fait qu’une micro contre-manifestation ait réussi à s’inviter dans les médias jusqu’à vous conduire à débattre en direct avec son initiateur ?
Ceux qui veulent nous marginaliser ont beau jeu de s’engouffrer dans la moindre contre-initiative, aussi microscopique soit-elle. Nous avons ainsi subi une prétendue « pétition » bidonnée sur Internet (car on peut la signer des dizaines de fois avec un automate informatique, sans même laisser son nom), sans oublier un opportun sondage aux questions biaisées, pour laisser entendre que les Français nous seraient majoritairement hostiles. Tout cela, c’est le bouillonnement superficiel de l’actualité, qui peut agacer. Mais le courant de fond est bien là. Les éditorialistes politiques le reconnaissent aujourd’hui.
Aucun parti, aucun syndicat, aucun autre mouvement n’a jamais réussi à organiser sur trois années civiles six immenses défilés pacifiques, chacun d’ampleur historique. L’immense mouvement social déjà foisonnant, né de la résistance à la loi Taubira, est désormais installé dans le paysage politique français. C’est à mes yeux le point de départ de l’alternative culturelle que nous préparons, avec des échéances à court, moyen et long terme… sur lesquelles nous devons peser.
 
Vous assumez donc une posture politique ?
Oui. Et qui fait réellement preuve de sens politique, au sens noble du terme. Sans doute notre constance, notre cohérence et notre altruisme tranchent-ils avec la versatilité égotique qui marque les joutes partisanes. Au fil des années, la parole de nombre des chefs de partis s’est décrédibilisée. Ces paroles ne résonnent qu’à court terme parce qu’elles ne sont pas fondées sur des convictions.
Le revirement opéré à l’avant-veille de notre mobilisation par Manuel Valls, décriant soudain la GPA avec nos propres mots, m’a presque fait mal pour ceux auxquels il avait dit pratiquement le contraire, en 2011, en promettant une « GPA à la française ». C’était dans le magazine Têtu. Comme si les fondamentaux anthropologiques pouvaient tour à tour s’effacer et réapparaître. Comme si, à l’heure des réseaux sociaux, on pouvait encore se permettre de tenir des doubles langages, pour s’adapter à chaque niche électorale. Tout cela sans articuler la parole et les actes. La confiance — les économistes l’ont maintes fois répété — naît de la stabilité des règles et de leur cohérence.
En adoptant comme principe politique l’inconstance et l’ambiguïté, pour ratisser large, les leaders se servent à très court terme, mais désenchantent la société, faute de vision.
 
Pensez-vous que votre mouvement social offre réellement cette vision dont la France a besoin ?
Je crois même qu’avec ce qui se passe en France naît un nouvel espoir dans le monde. Les mouvements de nombreux pays, constatant le réveil de ce que je nomme « l’âme de la France », nous le disent. Les tribus gauloises — et j’embrasse par cette expression l’accumulation des identités particulières qui forgent notre nation aujourd’hui — apparaissaient comme désordonnées, au regard du centralisme démocratique qui ne veut voir qu’une tête. En réalité, ce foisonnement est le signe d’une créativité, d’une générosité, d’un courage et d’un esprit de rébellion propres à notre nation.
Quand le pouvoir bascule dans la toute-puissance, quand il s’arroge le droit de transgresser des lois fondamentales, un vent de révolte se lève toujours dans notre pays. La contestation fait partie de nos gènes.
On taxe parfois les Français d’arrogance… C’est le revers d’une médaille qui a une face autrement plus féconde : nous ne sommes pas prêts à laisser l’Histoire se faire sans nous. Nous ne nous couchons pas devant ce que d’autres croient inexorable, par exemple le marché mondialisé de la procréation. Les valeurs qui nous tiennent à cœur, nous osons concevoir qu’elles ont une portée universelle. C’est un atout contre le relativisme bioéthique.
 
Pourtant, c’est bien une tout autre culture – bel et bien française – que la loi Taubira a consacrée ?
Notre mouvement social naît sur des ruines culturelles, celles issues de la déconstruction systématique de la famille. Mais l’idéologie individualo-collectiviste sombre par elle-même dans sa vacuité et ses contradictions. On le voit bien quand une Cour européenne, qui se dit des droits de l’homme, est incapable de prendre position contre la gestation par autrui, qui n’est rien d’autre qu’un nouvel esclavage assorti d’une maltraitance originelle infligée à l’enfant.
Quand nous disons qu’une nouvelle culture est à construire, nous assumons simplement que c’est un travail approfondi, multiforme, touchant à tous les domaines d’activité, impactant à terme le politique. D’où l’ambition de l’écologie humaine à changer la société, de bas en haut.
Nous nous inscrivons donc dans le long terme, même si l’instabilité du temps présent nous oblige à une vigilance de tous les instants.

Alliance VITA présente à La Manif pour Tous du 5 octobre

Alliance VITA présente à La Manif pour Tous du 5 octobre

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De gauche à droite : François-Xavier Pérès, Président d’Alliance VITA – Caroline Roux, secrétaire générale d’Alliance VITA – Tugdual Derville, Délégué général d’Alliance VITA et porte-parole de La Manif Pour Tous

500 000 personnes étaient à Paris aujourd’hui 5 octobre pour défendre la famille et l’enfant.

Alliance VITA était heureuse de compter notamment parmi eux son délégué général, Tugdual Derville, porte-parole de La Manif Pour Tous, présent en tête de cortège de la Porte Dauphine à la Place du 18 juin 1940 (Montparnasse).

Extrait du discours de Tugdual Derville à l’occasion de cette 6ème mobilisation :

 » (…) Je voudrais surtout insister aujourd’hui sur la promesse magnifique que fait naître notre mouvement pour la France, pour l’Europe et le reste du monde : celle d’une autre culture, une culture altruiste, tournant le dos à l’individualisme dans lequel s’est engouffré la loi Taubira et ses conséquences. Cette nouvelle culture doit être fondée sur des repères anthropologiques qui ne trompent pas :

–  L’altérité sexuelle, à la source de tout engendrement.

–  La famille, écosystème de base à protéger en priorité, première source de solidarité, premier amortisseur de crise. Quand comprendront-ils qu’en période de chômage ou de crise du logement, c’est la famille qui est la valeur refuge ?

–  Et – j’ose le dire – la maternité comme précieux élément du patrimoine de l’humanité, qu’on ne doit ni occulter, ni escamoter, ni éclater, comme c’est le cas dans la GPA. Oui, chers amis, c’est désormais le mot clé : maternité. Chacun d’entre nous, comme tout être humain, et quels que soient nos souffrances, nos errances et nos deuils, qu’il soit homme ou femme, a longuement séjourné dans le corps d’une autre. Cette expérience originelle fait partie intégrante de notre histoire intime et a un immense impact sur notre existence d’aujourd’hui. Valoriser et préserver la maternité : voilà le vrai progrès ! Dévaloriser la maternité, prétendre qu’elle peut être vécue comme un service marchand et s’achever par une séparation contractuelle, l’imaginer dans une machine comme certains scientistes persistent à la prévoir, qui prédisent l’utérus artificiel, c’est faire preuve d’un dangereux négationnisme anthropologique.

Voilà pourquoi ce que nous demandons au gouvernement est urgent et prioritaire : nous demandons que la France, dans la belle tradition qui est la sienne de non marchandisation du corps et de protection des droits universels de la personne, s’engage – comme elle a su le faire contre le clonage – pour l’abolition de la GPA et du détournement de la PMA. Désigner ces dérives pour ce qu’elles sont, des maltraitances originelles, c’est faire progresser l’humanité. »

> Lire l’intégralité du discours sur le Blog de Tugdual Derville

 

A LIRE AUSSI :

L’homme, priorité politique : Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et l’un des porte-parole de La Manif pour tous, analyse la réussite des grandes marches parisiennes et bordelaises du dimanche 5 octobre 2014.

Alliance VITA était aussi représentée à Bordeaux.

Compte-rendu à venir.

Suède, naissance après greffe d’utérus

Pour la première fois, un enfant est né en septembre 2014 en Suède après une greffe d’utérus. La mère, une suédoise de 36 ans atteinte du syndrome MRKH, était née sans utérus mais avec des ovaires fonctionnels.

Plusieurs embryons ont été obtenus par fécondation in vitro avant la greffe, conduisant à congeler 11 embryons. Pesant 1,775 kg, le petit garçon est né après 31 semaines de grossesse  par césarienne, la jeune femme souffrant d’hypertension.

Plusieurs essais avaient été déjà réalisés pour des femmes atteintes de ce syndrome avec des utérus de donneuses vivantes ou décédées, mais n’avaient pas abouti. Dans le cas présent, l’utérus provient d’une femme vivante de 61 ans, ménopausée.

Ce résultat de l’équipe du professeur Mats Brännström, spécialiste de gynécologie obstétrique à l’université de Gothenburg, intervient après 10 ans de recherche. Il est présenté comme une avancée majeure de la lutte contre la stérilité et contre la tentation d’avoir recours à des mères porteuses. Cependant, des questions éthiques demeurent concernant l’avenir des autres embryons congelés.

Cette annonce intervient en pleine polémique en France sur la GPA, à la suite de la récente décision de la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme) qui enjoint la France d’inscrire à l’état civil les enfants nés par GPA à l’étranger, alors que cette pratique interdite par notre loi de bioéthique . La femme du couple à l’origine de la plainte auprès de la CEDH, qui avait eu recours à une mère porteuse aux Etats-Unis et à une autre femme donneuse d’ovules pour donner naissance à des jumelles, était elle-même atteinte du même syndrome MRKH.

Adoption par des homosexuelles : des enfants comme les autres ?

Article paru dans le Républicain Lorrain du 27 septembre 2014

Deux femmes courageuses…

Frédérique Maire et Aline Sinnig n’ont pas la même définition du mot « famille ». C’est le moins que l’on puisse dire. Leurs points de vue ont souvent été expliqués. Plus rarement confrontés. Bien sûr, leur rencontre dans nos locaux ne les a pas mises d’accord. Mais les voir s’écouter avec respect, s’interrompre sans agressivité, poursuivre pendant trois quarts d’heure le débat après sa fin et repartir par le même ascenseur, avait quelque chose de rassurant sur l’être humain. D’une part, sur ses capacités à échanger de manière constructive. D’autre part, sur le courage dont il est capable de faire preuve en acceptant sans hésiter de témoigner à visage découvert sur des questions révélant forcément une part d’intimité. Dans une société qui adore ranger les gens dans des cases, on imagine que cela n’a été facile pour aucune de ces deux militantes mosellanes. Rien que pour cela, bravo et merci mesdames!

Ph. M.

 

La plus haute juridiction a tranché. Mercredi, la Cour de cassation a rendu un avis favorable à l’adoption après PMA (Procréation médicalement assistée) pour les couples lesbiens mariés. La mesure vient légitimer une situation existante. Mais interpelle d’un point de vue éthique. Pour en débattre, nous avons réuni Frédérique Maire, responsable lorraine de l’association Les Enfants d’arc-en-ciel, qui défend les familles homoparentales et Aline Sinnig, déléguée mosellane d’Alliance Vita, association au service des plus fragiles suite aux lois bioéthiques. L’échange a été courtois mais ferme.

La Cour de cassation a rendu un jugement favorable à l’adoption, par l’épouse de la maman, d’un enfant né à l’étranger suite à une PMA (Procréation médicalement assistée avec donneur anonyme). Comment accueillez-vous cette décision ?

Frédérique MAIRE, responsable lorraine de l’association Les Enfants d’arc-en-ciel :

« Nous voilà enfin reconnues comme des familles ! L’accès au mariage nous a offert cette possibilité d’adoption. Mais les juges des tribunaux de grande instance ont refusé beaucoup de dossiers, estimant qu’avoir eu recours à la PMA à l’étranger était une fraude à la loi. L’attente était donc énorme. On va enfin pouvoir se protéger les uns les autres. Pour l’instant, la femme avec qui je vis depuis onze ans, avec qui j’ai concrétisé il y a trois ans le projet d’avoir un enfant et que j’ai épousée en mai dernier, n’a aucune responsabilité légale sur cet enfant. Si je viens à disparaître, il n’est rien, juridiquement, pour elle. L’adoption lui offre un cadre légal. Nous serons enfin traitées d’égale à égale par les institutions. »

Aline SINNIG, déléguée départementale d’Alliance Vita : « Pour moi, cette décision de justice inscrit un mensonge dans le droit français. La PMA est interdite dans notre pays dès qu’il ne s’agit pas de cas thérapeutiques. Aller à l’étranger fabriquer un enfant en le grevant d’office de la lignée paternelle n’est pas bon. Je ne nie pas le fait que deux femmes ou deux hommes soient parfaitement capables d’aimer et d’élever un enfant. Mais cela ne se résume pas à ça. Être issu de sa maman et de son papa biologiques est porteur de plein de choses. Cela donne des racines. Là, une moitié de la filiation est totalement zappée. L’enfant n’en aura jamais la connaissance et sera toujours lésé de ce point de vue. À un moment, cela lui manquera. Que lui expliquerez-vous quand il vous demandera d’où il vient et qui est son père ? »

Frédérique MAIRE : « On lui dira la vérité. Le problème de la lignée est similaire à ce que vit un couple hétérosexuel infertile ou un enfant adopté dans un orphelinat. Pas plus difficile. Après, mon épouse et moi lui donnons des racines. Vu le cheminement psychologique et médical qu’il nous faut pour l’avoir, il est tout sauf le fruit du hasard. »

Aline SINNIG : « Que deux femmes s’arrogent par désir le  droit de fabriquer un enfant me dérange. En avoir un est très gratifiant, mais ce n’est pas un dû. La vie est un don. Ce n’est pas parce que la science sait faire, qu’il faut faire. Ceux qui n’ont pas eu de père ou de mère par accident de la vie sont en manque de quelque chose. On ne peut pas créer ces situations pour le besoin d’adultes. Pour se structurer, l’enfant doit s’appuyer sur l’image d’un homme. Ces enfants n’auront pas cette moitié-là. Ils sont lésés d’avance. »

Frédérique MAIRE : « Pourquoi ? Vous vous basez sur des préceptes anciens. Mon fils se construira comme un homme car on le traite en tant qu’homme et qu’il en côtoie au quotidien. Ma femme et moi lui apportons peut-être aussi des choses que d’autres ne sont pas en mesure de lui donner. Mon enfant n’a que trois ans mais j’ai le sentiment qu’il est équilibré et a bien compris qu’il avait deux mamans.

Aline SINNIG (Elle coupe) : « Deux mamans, cette appellation me gêne. Ce n’est pas la vérité. On n’a qu’une maman. Sa mère vit avec une autre dame, c’est tout. C’est ça qu’il ne faut pas inscrire en faux dans l’état civil. L’anthropologie nous impose de respecter certaines lois, sinon la société va se déliter. Il y a des projets auxquels on peut renoncer, notamment si cela doit porter préjudice à l’enfant. »

Frédérique MAIRE : « Ça, on ne peut pas le savoir ni faire de généralités à partir de cas particuliers. Je pense plutôt que la société s’adapte à la vraie vie, à la réalité. Elle en est obligée. C’est ce qu’elle fait depuis toujours, sinon, on n’aurait toujours pas le droit de vote. On demande juste à être reconnues. N’ayez pas peur pour la civilisation, elle continuera d’exister. »

Comment voyez-vous toutes les deux l’avenir sur cette question ?

Aline SINNIG : « Nous manifestons à Paris le 5 octobre pour appeler à la conscience des juges. Car nous ne voulons pas la dés- tructuration de la famille et que cette adoption devienne la norme. »

Frédérique MAIRE : « A titre personnel, mon épouse a lancé sa demande d’adoption. On aura alors atteint notre objectif de famille mais on continue le combat pour les autres. »

Propos recueillis par Philippe MARQUE.

 

Sondage : les Français et la vieillesse

Le 1er octobre 2014, un sondage sur « le rapport des Français à la vieillesse » apporte une lumière encourageante sur les liens entre nos anciens et les plus jeunes.

Selon ce sondage réalisé par BVA pour l’association des Petits frères des pauvres, 68% des personnes interrogées sont en contact régulier avec une personne âgée de leur entourage. Dans 70% des cas, le lien de parenté avec cette personne est très étroit : il s’agit de parents ou de grands-parents, de frères ou de sœurs.

Si l’on ajoute les oncles et tantes, près de 90% des moins de 50 ans ont ainsi des contacts réguliers avec des membres âgés de leur famille. A la question « Seriez-vous prêt à consacrer du temps à une personne âgée ? », 43% répondent oui pour une personne de leur famille, 22% oui dans le cadre d’une activité bénévole et 18% dans un cadre privé hors famille (ami, voisin…).

Dans l’hypothèse précise d’une activité bénévole, 48% répondent qu’ils seraient prêts à y consacrer au moins une heure par semaine. Dans tous les cas envisagés, les résultats les plus positifs se retrouvent parmi les plus jeunes, ce qui représente un signe encourageant pour le maintien des relations entre générations dans notre pays. Les Français âgés de 75 ans et plus étaient 5,7 millions en 2012, ce nombre devrait plus que doubler d’ici 2060.

Journée internationale des personnes âgées : VITA lance un appel

Un tiers des français qui se suicident ont plus de 65 ans, certains voudraient nous faire croire que l’euthanasie ou le suicide assisté apporteraient une solution à ces détresses.

Il nous faut combattre fermement cette logique mortifère, qui donne de mauvaises réponses à des questions pourtant légitimes et urgentes. Puisque c’est aujourd’hui la Journée Internationale des Personnes Agées, rappelons avec force que nos aînés ont toute leur place dans notre société, qu’ils méritent notre attention et sont sources d’une grande fécondité pour leur entourage.

Notre mobilisation doit être collective, pour que les pouvoirs publics, les acteurs de la santé, les associations, les familles trouvent les moyens d’une vraie solidarité intergénérationnelle. Mais c’est surtout chacun d’entre nous qui doit se sentir investi d’un devoir auprès de ses proches, de ses voisins, de sa famille. La lutte contre l’ « euthanasie sociale » des personnes âgées passe par des gestes concrets, simples et généreux.

Dans la continuité de son engagement en faveur des personnes âgées, Alliance VITA entend mobiliser largement pour interpeller sur cette menace qui pèse aujourd’hui sur les personnes âgées, dépendantes et fragiles. Elle souhaite également alerter les politiques afin qu’ils prennent leurs responsabilités sur ces questions et travaillent à bâtir une société solidaire des plus fragiles.

Protéger l’enfant de toute maltraitance

À la veille des manifestations nationales du 5 octobre 2014, Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA et porte-parole de La Manif pour tous, fait le point sur les raisons de cette nouvelle mobilisation.

Pensez-vous qu’il soit encore utile de se mobiliser alors que les précédentes manifestations, pourtant immenses, n’ont pas dissuadé le gouvernement ?

Tugdual Derville : Plus que jamais. Les masques sont tombés : deux décisions de justice viennent de donner raison à toutes nos mises en garde. Ce gouvernement est en train de livrer la famille aux promoteurs de sa déconstruction. Il désire ardemment que notre mouvement social s’éteigne. Ce n’est pas le moment d’abandonner.

Beaucoup de Français viennent de prendre conscience que la véritable logique de la loi Taubira nourrit le marché mondial de la procréation, un marché où l’enfant est traité comme une marchandise, un objet qu’on peut acquérir quels qu’en soient les moyens. J’invite donc chacun de ceux qui sont attachés aux droits des enfants à nous rejoindre le 5 octobre à Paris ou Bordeaux. Ces Manifs pour tous sont plus que légitimes, elles sont indispensables.

 

Pourtant le gouvernement confirme son refus de la PMA homosexuelle et de la GPA…

Il l’avait laissé croire le 3 février 2014 au lendemain de nos dernières grandes manifestations en renonçant à son projet de loi famille, mais la donne a changé depuis quelques semaines. Être paisible et non-violent — comme je continue de le revendiquer — ne signifie aucunement qu’on doive faire preuve de naïveté.

Le grand retour des dérives que nous dénoncions est attesté par deux faits indéniables la même semaine. Le 22 septembre, La Cour de cassation a validé l’adoption de centaines d’enfants par les compagnes des femmes qui se sont permis de transgresser à l’étranger nos lois bioéthiques, en y achetant du sperme pour une insémination artificielle avec donneur anonyme. Cette pratique ampute l’enfant de la moitié de son patrimoine généalogique ; elle lui vole son père et lui interdit toute perspective de bénéficier d’une paternité ; elle l’arrache également à une partie de sa culture d’origine… comme s’il était légitime de concevoir un être humain « hors-sol » ; enfin, elle le force à cautionner un système familial artificiel où l’amour reçu de deux femmes sert d’alibi à une grave maltraitance originelle : priver délibérément un enfant de père. Voilà pour la PMA.

Quant à la GPA, en laissant passer la date butoir du 26 septembre, le gouvernement a renoncé à faire appel de la décision de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) qui l’enjoint de donner un état civil aux enfants conçus par GPA à l’étranger puis « importés » en France. Il cautionne donc cette pratique de façon hypocrite – quoi qu’en dise Mme Rossignol. Comme de nombreuses voix de gauche, y compris des députés de la majorité, nous avions demandé que la France résiste. Car ces pratiques de GPA sont simplement indignes. Elles s’apparentent à des trafics d’enfants et à la traite des femmes, réduites en productrices de bébés à vendre.

 

Madame Rossignol a annoncé des mesures contre la GPA…

Il suffit de lire la circulaire Taubira… Tant qu’on ne pénalise pas le détournement de la PMA et toute pratique de GPA comme des « maltraitances originelles » infligées aux enfants, où que ce soit, les paroles ministérielles ne seront pas dissuasives. Ne nous laissons pas enfumer : dès l’annonce de l’arrêt de la Cour de cassation, les militants de la prétendue « homoparentalité », comme l’avocate Caroline Mécary, ont pavoisé ; Erwann Binet, rapporteur de la loi Taubira à l’Assemblée nationale, a expliqué en substance que l’adoption « homoparentale » en France d’enfants conçus par PMA à l’étranger était bien conforme à l’intention des auteurs de la loi Taubira. Le Syndicat de la magistrature a quant à lui produit un tweet presque surréaliste : « PMA, la balle est maintenant dans le camp du législateur : repenser la filiation et la famille en ouvrant la PMA à toutes les femmes. »

Le mot « repenser » appartient au vocabulaire des déconstructeurs — ou démolisseurs — de la famille. Ils n’ont de cesse de contester l’altérité sexuelle à la source de tout engendrement. Tout est fait pour dénigrer l’écosytème de base père/mère/enfant. L’ancien porte-parole de l’APGL et de la LGBT au moment de la loi Taubira, Mathieu Nocent, s’est encore réjoui le 15 septembre sur twitter en utilisant le mot clé « pluriparentalité » d’une première ainsi décrite : « Au Brésil, un enfant a officiellement un père et deux mères. » à la lecture de l’article on découvre que la grossesse avait été « planifiée par les trois parents » et que l’enfant a, pour le moment, « six grands-parents ». Ce sont ces dérives qu’il nous faut stopper, en France, pays jusqu’ici protecteur de l’être humain contre toute marchandisation.

Alliance VITA s’était engagée pour la prohibition mondiale du clonage quand cette technique de procréation était en débat, et ce type de clonage est désormais banni ; nous demandons aujourd’hui que la GPA fasse l’objet d’une interdiction mondiale. C’est à la France de porter ses valeurs éthiques contre les dérives ultra-libérales qui font du bébé un objet de transaction.

 

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’il est temps que les choses s’apaisent ou aux manifestants qui pourraient être lassés de descendre dans la rue « pour rien » ?

Relisons comment les abus de pouvoir ont été combattus au travers des âges… L’Histoire nous a monté que la lutte contre l’injustice nécessite persévérance et courage. C’est toujours à partir de communautés de pensée « conscientisées » que sont nés les grands mouvements de foule qui ont su résister à la toute-puissance.

Nous devons tout simplement changer le cours de l’Histoire, et nous allons réussir, le moment venu, car nous sommes du côté des faibles. Si la ténacité est dans les gènes de notre mouvement, c’est parce qu’il n’a rien de catégoriel. Il est enraciné dans l’altruisme, fondé sur une conception de la société qui demande à la loi de protéger le plus faible du plus fort, et non l’inverse. Les leaders politiques qui ne croient qu’à la lutte des classes ou aux conflits d’intérêts n’ont toujours pas compris la puissance de ce qui s’est levé.

 

Est-ce le cas de Nicolas Sarkozy dans ses réponses à propos de l’avenir de la loi Taubira ?

Pour lui donner sa chance, je dirai que Nicolas Sarkozy a voulu être gentil en attestant que notre mouvement « de braves gens » avait été piétiné par le pouvoir actuel… Il a dit « humilié ». Mais justement, je ne suis pas très à l’aise avec sa façon de présenter ce débat comme un affrontement entre des personnes (« les familles et les homosexuels », pour reprendre une autre de ses expressions) sans dire un seul mot de l’enfant. Rien sur le fond donc, et rien surtout sur ses intentions. Certains diront que c’est habile. Je retiens le flou.

Pire, en affirmant d’emblée que ce sujet n’est pas prioritaire pour les Français et que, s’il redevenait président, il éviterait, lui-même, de provoquer un affrontement sociétal en sens inverse, l’ancien président semble s’inscrire dans une coutume de son camp dès qu’il revient au pouvoir : ne rien toucher. La gauche libertaire n’a pas ce genre de scrupule. Or, à quoi bon combattre les lois transgressives, si l’on est incapable de les effacer ?

Dans les jours suivant ce premier entretien, des ténors appuyant le retour de l’ancien président ont soutenu publiquement deux options contradictoires sur la loi Taubira : notamment Laurent Wauquiez, pour son abrogation, et Nathalie Kosciusko-Morizet et Christian Estrosi, pour son maintien.

Entend-on nous ramasser en tas en ratissant large ? Cela nous dégoûterait plutôt d’une politique coupée des convictions. Nous disons pour notre part à tous ceux qui estiment que la transmission des repères anthropologiques aux générations futures est une urgence et une priorité : descendons nombreux dans la rue dimanche 5 octobre !

Nous montrerons aux politiques de tous bords, et d’abord au futur gouvernant, que nous voulons des paroles claires et des actes en conformité avec ces paroles. Et je précise aussi que manifester de nombreuses fois contre une première grave injustice et contre d’autres injustices qui en découlent, tant que ces injustices perdurent, ce n’est pas faire preuve de « radicalisation », encore moins d’obsession, mais simplement de constance dans les engagements.

Il en faut pour promouvoir une société humaine digne de ce nom, qui protège la famille contre toute idéologie et l’enfant contre toute maltraitance.

 

Propos recueillis par Frédéric AIMARD

GPA – L’Etat français complice de trafic d’enfants

L’avis de la cour de cassation rendu le 23 septembre sur l’adoption d’enfants nés de PMA à l’étranger, et le refus  du chef de l’état de faire appel de l’arrêt de la CEDH concernant l’inscription à l’état civil d’enfants nés de GPA, font clairement entrer la France dans une logique de marché procréatif.

En effet, la justice accepte le contournement de la loi Française en autorisant l’adoption d’enfant conçus à l’étranger dans des conditions exclues par la loi  car contraires à l’intérêt de l’enfant. En s’inclinant devant le fait accompli, l’Etat français légitime un système de production et de marché où l’enfant subit le jeu de l’offre et de la demande.

Il ne s’agit pas de nier le désir d’enfant, ni la réelle souffrance de voir ce désir insatisfait. Mais cela ne doit pas faire oublier que l’adoption a pour rôle d’offrir une famille à un enfant, et non d’offrir un enfant à un couple. L’insatisfaction des adultes, quelle qu’en soit la cause et aussi pénible qu’elle soit, ne justifie pas de sacrifier l’intérêt premier de l’enfant.
Or c’est ce qui se passe lorsqu’une PMA est réalisée non plus pour compenser une infertilité médicale, mais pour satisfaire la revendication d’un droit à l’enfant par un couple qui n’offre pas des conditions d’accueil reconnues par la loi comme conformes à l’intérêt de l’enfant.
La suite inéluctable est la GPA qui s’inscrit strictement dans la même logique, si ce n’est qu’elle met en pleine lumière le marchandage dont l’enfant est devenu l’objet, et dont le parent  biologique se trouve délibérément exclu.

C’est pourquoi il est urgent de dénoncer fermement ces pratiques et proclamer solennellement que l’humain n’est pas un objet de tractations. C’est une urgence morale face à la multiplication des transgressions éthiques et à leur impunité délibérée. C’est aussi une urgence politique tant le gouvernement  pourrait être tenté de se servir des revendications sociétales pour redorer son blason passablement terni aux yeux  de sa propre majorité, mais redoute pour la même raison que ne se rouvre un front de contestation sur les sujets sociétaux.

C’est pour toutes ces raisons que nous devons être nombreux à manifester le 5 octobre pour exprimer notre désapprobation tout autant que notre détermination.
Notre devoir, aujourd’hui et face aux générations futures, est de nous lever pour mettre un coup d’arrêt au trafic d’enfants et à la marchandisation de l’être humain.

[CP] GPA : Renoncement de la France à résister au marché de la procréation

En décidant de ne pas faire appel de la décision de la CEDH, qui enjoint la France d’inscrire à l’état civil des enfants « importés » par des adultes après avoir été conçus par la pratique de la GPA interdite par nos lois de bioéthique, le gouvernement dans la ligne de la circulaire Taubira envoie un signal incitatif à toutes les personnes qui se permettent de contourner nos lois à l’étranger.

Pour Tugdual Derville, Délégué général d’Alliance VITA et porte-parole de la Manif pour tous :

« Cet abandon de la ligne française conforme à notre tradition de non marchandisation du corps est d’autant plus choquante que de très nombreuses voix, à gauche comme à droite, ont mis en garde le gouvernement contre le glissement éthique qui est en train de s’opérer.

Derrière la GPA et sa technique du fait accompli, c’est la famille en tant qu’écosystème de base de tout être humain qui se trouve bouleversée. Rappelons que la GPA organise l’éclatement de la maternité en 2 voire 3 femmes : génitrice, gestatrice et éducatrice.

  • Nous demandons que la GPA soit reconnue comme une maltraitance originelle faite à l’enfant de façon universelle. 
  • Nous demandons également la pénalisation de toute pratique de GPA par des citoyens français à l’étranger. 

En son temps, la France avait su peser contre une prohibition mondiale du clonage avec succès. Aujourd’hui la France abandonne sa spécificité éthique en cautionnant un marché ultralibéral de la procréation, utilisant les femmes comme des machines et les enfants comme des objets de contrat.

En renonçant à résister à la GPA, comme à l’instrumentalisation de la PMA, le gouvernement laisse se développer un marché mondialisé de la procréation sans limite.

C’est pourquoi nous invitons toutes les personnes qui découvrent aujourd’hui les réelles conséquences de la loi Taubira que le gouvernement a souhaité dissimuler, à nous rejoindre en nombre le 5 octobre prochain à Bordeaux et Paris. L’enjeu anthropologique est monumental au-delà même de la PMA et la GPA : c’est le statut des bébés de demain qui est en question : objet ou personne ? »

IVG : loi retirée en Espagne

Le gouvernement espagnol retire son projet de loi visant à limiter l’accès à l’avortement, notamment en cas de diagnostic de handicap du fœtus.

Le gouvernement avait présenté un projet de loi le 20 décembre 2013, visant à revenir aux principes en vigueur entre 1985 et 2010, avec des conditions plus strictes : l’IVG serait possible, soit « en raison du grave danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme », soit si la grossesse est une « conséquence d’un délit contre la liberté ou l’intégrité sexuelle de la femme ». Un des objectifs affichés, en supprimant les avortements pour cause de handicap du fœtus,  était de respecter la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées du 13 décembre 2006, qui interdit les pratiques eugéniques.

L’avortement a été légalisé en Espagne depuis 1985. La législation actuelle, votée en 2010 sous le gouvernement socialiste de Zapatero, autorise l’IVG jusqu’à la 14e semaine de grossesse (contre 12 semaines en France), et jusqu’à 22 semaines en cas de malformation du fœtus ou de grave danger physique ou psychique pour la mère. Elle a supprimé l’autorisation parentale pour les mineures.

Dès avant cette loi de 2010, les pouvoirs publics laissaient une large marge d’interprétation concernant la notion de danger psychique ou encore de danger pour la vie de la mère. En 2006, un reportage diffusé sur la chaîne de télévision danoise DR1 montrait des avortements effectués jusqu’à 32 semaines de grossesse dans une clinique de Barcelone ; il avait provoqué des réactions de responsables politiques danois de tous bords et alerté l’opinion internationale. Plusieurs cliniques privées ont été fermées en 2007 à Madrid et Barcelone pour avoir pratiqué des avortements au-delà de la limite légale .

L’Espagne demeure néanmoins une destination pour les avortements hors délai en France, en témoignent les publicités sur les réseaux sociaux. Au mois de mars 2014, la police aux frontières de Perpignan a interpellé trois personnes soupçonnées de vouloir faire avorter contre son gré en Espagne une femme enceinte de plus de 5 mois.

 

Le 23 septembre, le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a confirmé le retrait du projet de loi sur l’avortement, tout en affirmant : « Nous allons continuer à étudier des formules permettant de parvenir à un meilleur accord sur la réforme. ». Le projet a soulevé des oppositions de la part de la gauche et d’une partie du parti populaire actuellement majoritaire. Le ministre de la justice, Alberto Ruiz-Gallardón, à l’origine du projet de loi, a présenté sa démission. Cette annonce intervient alors que des manifestations étaient organisées le dimanche 21 septembre dans plusieurs villes espagnoles pour soutenir le projet de loi.

L’Espagne connait un taux d’avortement d’environ 12 pour mille (120 000 avortements par an), pour 450 000 naissances et un indice de fécondité de 1,3 (source Ined).

Leonetti – Claeys : Alliance VITA auditionnée par la mission fin de vie

Alliance VITA est auditionnée ce mercredi 24 septembre par les députés Jean Leonetti et Alain Claeys, en charge d’une mission sur la loi fin de vie.

Le 20 juin dernier, le Gouvernement a confié à deux parlementaires, Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS), une mission sur la fin de vie en France, dans le but de trouver des pistes consensuelles sur une éventuelle évolution de la loi fin de vie de 2005.
Selon le Gouvernement, cette réflexion doit proposer des aménagements en vue d’un texte de loi relatif à l’accompagnement des personnes en fin de vie qui réponde à un triple objectif :
–          « assurer le développement de la médecine palliative,
–          mieux organiser le recueil et la prise en compte des directives anticipées,
–          définir les conditions et les circonstances précises dans lesquelles l’apaisement des souffrances peut conduire à abréger la vie dans le respect de l’autonomie de la personne ».
(Source Communiqué de presse du Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et des droits des femmes)
Dans le prolongement de son audition dans le cadre de la mission Sicard à l’automne 2012, Alliance VITA interviendra  auprès des deux parlementaires.  Régulièrement consultée sur les questions liées à la fin de vie et la grande dépendance,  Alliance VITA a développé une expertise particulière avec son service d’accompagnement et d’écoute SOS Fin de vie et son réseau d’experts médicaux.

L’UNICEF alerte sur la tentation du suicide chez les adolescents

L’UNICEF alerte sur la tentation du suicide chez les adolescents

L’Unicef publie ce mardi 23 septembre une étude nationale sur la souffrance psychologique des enfants et adolescents français entre 6 et 18 ans.

S’appuyant sur des critères sociodémographiques, comme le type de famille, le niveau de vie et la sécurité du quartier, l’étude révèle que plus d’un jeune sur trois est en état de « souffrance psychologique », soit 36,6%.

Les difficultés à se conformer à des standards de consommation, la difficulté à être protégé et reconnu dans les relations familiales, et l’épreuve de la discrimination et du harcèlement, tendent à dessiner une convergence dans les effets, faisant ressortir que :

– Les filles sont globalement plus touchées que les garçons par la souffrance psychologique : 42,2% contre 28,8%.

– Les 15-18 ans sont plus fragiles face à ces difficultés.

– Les enfants et adolescents vivant en famille monoparentale (42,1%) ou en famille recomposée (40%) souffrent plus que ceux qui vivent avec leurs deux parents.

Si la souffrance psychologique s’explique par un effet cumulatif des difficultés, les tensions familiales semblent avoir un effet explicatif significatif.

Ce constat est assez frappant sur le sujet de la tentation du suicide. 31,5% des jeunes consultés affirment avoir déjà pensé au suicide et 11% qui avoir déjà tenté de se suicider.

Parmi les facteurs de passage à l’acte dans une tentative de suicide, l’UNICEF relève que si le fait d’être en tension avec son père renforce 1,7 fois plus le risque d’idées suicidaires, c’est le sentiment de ne pas pouvoir compter sur sa mère (sentiment de protection) et pour sa mère (sentiment de reconnaissance) qui tend à augmenter de 1,91 fois plus le passage à l’acte, avec le harcèlement sur les réseaux sociaux (3,17 fois plus) et l’insécurité à l’école 1,86 fois plus). Là encore, les filles sont plus nombreuses que les garçons à déclarer penser au suicide (34,1% contre 19,5%) et avoir fait une tentative de suicide (12,7% contre 8%).

Ces données mettent en exergue l’impact du contexte social et familial dans les moments clés du développement de l’enfant et de l’adolescent. Elles soulignent également les inégalités existantes entre les enfants, avec des fragilités et des souffrances psychologiques qui peuvent être accentuées par un contexte de tension familiale.

Enfin cette étude permet de tirer une sonnette d’alarme : il est urgent pour la France de travailler à favoriser un équilibre social et familial qui soutienne et accompagne le bon développement de l’enfant et des adolescents, dans un contexte économique difficile (chômage, faibles revenus, …) où les parents sont eux aussi éprouvés et parfois en perte de repères.

[CP] PMA adoption : VITA dénonce l’injustice faite aux enfants

Tugdual Derville, Délégué général d’Alliance VITA, réagit à l’arrêt de la Cour de cassation qui légitime l’adoption plénière d’enfants par l’épouse d’une femme l’ayant obtenu à l’étranger par procréation artificielle avec donneur anonyme (PMA).

« Cette décision est dans la logique de ce que nous avions expliqué à propos de la loi Taubira : les premiers enfants adoptés en vertu de cette loi ont été conçus artificiellement à l’étranger et ainsi délibérément privés de père.

Le gouvernement français a renoncé à protéger les enfants de ce mode de procréation qui les ampute de la moitié de leur patrimoine généalogique, qui les déracine d’une partie de leur culture d’origine et qui les force à entrer dans un dispositif familial privé de l’altérité homme-femme à la source de tout engendrement.

Une démocratie qui s’avoue incapable de protéger ses membres les plus faibles, les enfants, de ceux qui transgressent ouvertement ses propres lois perd à la fois sa crédibilité et son âme. Comment la Cour de cassation ose-t-elle invoquer l’intérêt supérieur de l’enfant pour justifier l’adoption, alors que cet intérêt a été piétiné ouvertement par la PMA hors frontières ?

Derrière cette décision se profilent des conséquences en cascade très douloureuses pour de nombreux enfants :

  • Désormais, être un enfant adopté sera synonyme, en des proportions croissantes, d’une privation de père ; c’est une grave discrimination.
  • La décision de la Cour de cassation incitera d’autres femmes françaises à déjouer les principes éthiques de non marchandisation du corps et d’altérité sexuelle qui encadrent la PMA en France.
  • Inévitablement, cet arrêt va conduire à de nouvelles revendications vers la GPA pour deux hommes, au nom de la non-discrimination entre les hommes et les femmes.
  • Plus largement, c’est une dérégulation du marché de la production artificielle d’enfants qui se profile, selon des exigences d’adultes impossibles à canaliser.

En pliant devant le marché émergeant de la procréation, la France renonce à ses valeurs éthiques et se trompe sur ce que signifie véritablement l’intérêt de l’enfant. C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui désirent protéger les enfants contre ces injustices à se mobiliser le 5 octobre prochain à Paris et Bordeaux.

Il faut enfin souligner qu’il ne s’agit pas d’un débat où devraient s’affronter les personnes concernées par l’homosexualité et celles qui ne le sont pas : il s’agit de protéger ensemble l’intérêt de l’enfant comme osent le faire les personnes homosexuelles qui contestent publiquement la pratique de la PMA ou de la GPA par deux personnes de même sexe. »

Mortelle « Vox Populi »

Tugdual Derville commente la médiatisation de la fin de vie du petit Titouan au CHU de Poitiers.
Propos recueillis par Frédéric Aimard.
Comment expliquez-vous que les parents de Titouan se soient mis à accuser l’équipe médicale qui prenait soin de leur enfant ?
C’est tristement classique. Des parents voient naître le 31 août, près de quatre mois avant le terme, un bébé de 900 grammes. Les voilà plongés dans un drame. On réanime le grand prématuré, comme c’est la règle en France, parce que cela permet de sauver de nombreuses vies (à ce terme 40 % de ces bébés survivront sans séquelles, et d’autres avec un handicap plus ou moins lourd). Les médecins ont beau expliquer ce qu’ils font, dire l’incertitude du pronostic, ces parents qui souffrent sont en état de choc, de sidération.
Doivent-ils croire ce qu’on leur dit ? L’équipe médicale a l’expérience et la technique. Elle s’attache à ajuster ses procédures mais ne peut exprimer que des éventualités, tant en matière de survie que du risque de séquelles. La plasticité du cerveau humain interdit les prédictions : chaque prématuré évolue d’une façon qui lui est propre. Les mots hémorragie cérébrale, risque d’hémiplégie, etc., tournent donc dans la tête des parents. Le temps qui s’écoule leur paraît insupportable.
La colère est un exutoire naturel dans l’épreuve. Les médecins, devenus boucs-émissaires, sont accusés d’acharnement… Tout soignant sait bien que l’angoisse des proches peut basculer en défiance puis en accusations souvent maladroites et injustes. La colère est une phase du travail de deuil que les personnes engagées dans les relations d’aide ont appris à endurer. Mais ces conflits sont le plus souvent transitoires et ne sont pas tous médiatisées, heureusement.
 
Vous avez vous-même été interviewé en direct sur Europe1 …
Nous sommes en présence d’un cas typique d’emballement médiatique lié à l’émotion. Les parents souffrants ont-ils trouvé une oreille attentive chez un « conseiller » qui les a décidés à médiatiser leur colère ? Certains médias raffolent de l’émotion, des larmes, des tensions. Et s’en font les portevoix. Nous avons donc subi un épisode de télé-réalité particulièrement malsain. Car les « acteurs » de ce drame étaient dans l’impossibilité, pour les uns — les parents accusateurs — de s’exprimer de façon rationnelle, et pour les autres — les soignants accusés — de se défendre. Et le peuple a ardemment désiré la mort d’un être fragile.
 
Vous défendez donc les médecins ?
Je n’accuse pas les malheureux parents qui semblaient si dépassés ! Le lien parents enfant est douloureux quand un bébé est en couveuse… Mais je crois en effet que l’équipe médicale du CHU de Poitiers, et son chef de service, le professeur Pierre, ont agi avec professionnalisme, mesure et dignité.
Ce service est réputé pour son travail d’équipe dans l’accueil des grands prématurés. Il a fait appel — comme souvent — à une expertise extérieure. Tout l’enjeu est de concilier l’interdit du meurtre — grâce auquel on donne aux grands prématurés une chance de vivre — et le refus de l’acharnement thérapeutique, tout en dialoguant avec la famille.
Le professeur Pierre a pris soin de préciser que ce n’était ni la demande des parents ni sa médiatisation qui avait provoqué la fin de vie du petit bébé, le 19 septembre. La respiration autonome n’était plus envisageable et la réanimation était donc devenue inutile ou disproportionnée. Il reste que le déséquilibre entre l’écho donné à la colère irrationnelle des parents et le silence sur le travail discret des soignants interroge.
 
C’est la dictature de l’émotion !
En effet. Est-ce la vox populi qui doit décider du sort d’un être humain ? Comme la justice, la médecine a besoin de sérénité pour ne pas tomber dans l’arbitraire. Assimiler le handicap à une vie « foutue », comme je l’ai entendu d’un auditeur d’Europe1, c’est d’une grande violence pour les personnes handicapées. Prétendre qu’il appartient aux parents de décider de la vie ou de la mort de leur enfant selon son état de santé, c’est aussi faire peser sur eux une responsabilité inhumaine. On finit par envoyer le message à tout parent frappé par l’épreuve du handicap de naissance : « C’est de votre faute, vous l’avez voulu, à vous d’assumer ! » Les rendre responsables, c’est une régression obscurantiste
C’est ainsi que monte la pression pour l’euthanasie néonatale. On y bascule dès que ce n’est plus le critère des soins proportionnés ou pas, mais celui de la perspective d’un handicap qui détermine le sort d’un nouveau-né. Des voix s’élèvent d’ailleurs pour « compléter » ainsi l’IMG par l’euthanasie néonatale.
Pourquoi pas un mouvement inverse ? En France, il ne naît presque plus de bébés atteints de spina bifida, tellement le tri anténatal est « efficace ». Aux États-Unis, on a commencé à opérer avec succès les fœtus dépistés in utero. Le véritable progrès médical et scientifique est là.
 
Pour aller plus loin :

Adopter par PMA à l’étranger : fraude ?

La Cour de cassation, saisie par les tribunaux de grande instance (TGI) de Poitiers et d’Avignon, se réunit ce 22 septembre 2014 pour décider si l’adoption, par la conjointe d’une femme ayant eu un enfant par PMA à l’étranger, constitue une fraude à la loi sur l’adoption.

La pratique de la PMA avec donneur n’est autorisée en France que pour des couples composés d’un homme et d’une femme confrontés à une infertilité médicale. Le TGI de Versailles a été le premier à refuser, en avril dernier, une adoption au motif de «  fraude à la loi ».

En juillet 2014, une enquête conduite par le ministère de la justice a analysé les jugements d’adoption d’enfants nés par PMA avec donneur à l’étranger, par des conjointes mariées à la mère, depuis la promulgation de la loi Taubira. Sur les 295 décisions répertoriées, 281 ont validé l’adoption, 9 ont abouti à un refus,  3 ont fait l’objet d’ordre d’enquête de police ou sociale, et 2 demandes ont fait l’objet de cette saisine de la Cour de cassation pour avis.  Cet avis sera examiné en huis clos ce lundi 22 septembre et devrait être connu le lendemain.

Contourner la loi, en concevant à l’étranger des enfants qui seront délibérément privés de père pour les faire adopter, est une grave atteinte aux droits de l’enfant. Alliance VITA avait déjà mis en garde contre ce type de dérive au moment des débats sur le mariage et l’adoption pour les personnes de même sexe. La démarche d’adoption n’est pas faite pour donner un enfant à un couple, mais donner une famille à un enfant qui a déjà subi un traumatisme important en étant privé de son père et/ou de sa mère.

Titouan : Une ligne de crête délicate entre l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique

Titouan : Une ligne de crête délicate entre l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique

Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA, invité de Wendy Bouchard sur Europe 1 midi, vendredi 19 septembre, réagit sur le traitement de la situation de Titouan, grand prématuré de Poitiers et pose la question de l’accueil du handicap.

Extraits des propos de Tugdual Derville :

« Comme chacun de nous, je suis rempli d’émotion devant la détresse de ces parents face à cet enfant né trop tôt et victime de graves séquelles, d’une hémorragie cérébrale. J’ai entendu ce matin qu’il était décédé, avec un état qui s’est dégradé, selon les médecins. Je voudrais rendre hommage à l’amour de ses parents, à ce petit bout ’chou qui est un petit frère humain qui est passé quelques semaines parmi nous, et aussi aux soignants qui font un travail très difficile en néonatologie.

Nous sommes devant une ligne de crête très difficile : on n’a pas le droit de tuer, mais on ne doit pas s’acharner non plus, ce n’est pas « la vie à tout prix ».

Il est très difficile de savoir à partir de quand s’arrêter (…). Mais ce qui me préoccupe, c’est si on commence à dire d’une personne par exemple hémiplégique ou lourdement handicapée, « il vaut mieux qu’elle ne vive pas ». Le handicap est une catastrophe, mais les personnes handicapées méritent notre accueil dans tous les cas.

On comprend les parents, ils ont été dans la sidération, dans la souffrance, dans la colère devant ce drame. Ils disent ne pas avoir été entendus, mais je ne suis pas dans le dossier médical. Sur un cas aussi douloureux, on ne peut pas avoir de position personnelle, sans savoir ce qui s’est réellement passé.

Nous méconnaissons la qualité de la prise en charge par les équipes soignantes des tout-petits handicapés ou porteurs d’anomalies, ou très prématurés. Les parents n’ont pas droit de vie et mort sur leur enfant, c’est trop lourd. Par ailleurs, ils n’ont pas l’expertise nécessaire pour évaluer les séquelles possibles. Il faut un dialogue avec l’équipe médicale et un soutien de toute la société.

Personne ne souhaite un enfant handicapé, mais attention à ne pas créer une désespérance par rapport aux personnes handicapées, elles ont leur place parmi nous.

Comme fondateur de l’association « A bras ouverts », j’ai beaucoup appris et reçu de jeunes handicapés… Autour des personnes handicapées, la solidarité de la société est nécessaire, c’est un enjeu de civilisation majeur.

Un détenu belge va être euthanasié

Un homme de 50 ans, détenu en prison depuis près de 30 ans, a demandé et obtenu d’être euthanasié prochainement dans un hôpital belge, faute d’accéder à des soins psychiatriques.

Frank Van Den Bleeken est détenu pour le viol et le meurtre d’une jeune fille. Depuis trois ans, il demandait soit d’être transféré  vers un établissement néerlandais spécialisé pour détenus psychiatriques, soit d’être euthanasié en invoquant des « souffrances psychiques insupportables », un critère reconnu par la loi belge. La cour d’appel de Bruxelles a jugé que la ministre de la Justice n’était pas compétente pour décider d’un éventuel transfert aux Pays-Bas et a refusé cette option. Le détenu a alors attaqué en justice la ministre pour obtenir d’être euthanasié. Le 15 septembre, un accord a été trouvé entre le ministère de la Justice et l’avocat du détenu, pour que ce dernier soit transféré dans un hôpital pendant 48h afin d’y être euthanasié.

Les réactions d’indignation et de gêne se sont multipliées après cette annonce, dans les milieux judiciaires et politiques comme dans la société civile. Pour Carine Brochier, directrice de l’Institut Européen de Bioéthique (IEB), « l’euthanasie pour des cas psychiques est de plus en plus acceptée en Belgique. La dépression, le manque de sens à la vie, la solitude poussent des gens à demander à mourir(…). C’est avant tout un immense échec de la psychiatrie belge. C’est une peine de mort inversée ».

Un premier cas d’euthanasie en prison a eu lieu en 2012, concernant un homme condamné à une lourde peine et très malade. Dans le prolongement de cette affaire, une quinzaine de détenus auraient déjà fait une demande similaire. L’euthanasie dans le but de mettre fin à une détention en prison représente ainsi une nouvelle extension du champ d’application de la législation belge, après le vote d’une loi début 2014 autorisant l’euthanasie des mineurs sans limite d’âge.

Le dernier rapport de la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie en Belgique, publié à la fin du mois d’août dernier, fait état d’une augmentation continue du nombre  d’euthanasies réalisées dans ce pays. 1807 déclarations ont été comptabilisées en Belgique en 2013, en hausse de 26% par rapport à l’année précédente. Ce nombre officiel augmente fortement chaque année depuis le vote de la loi en 2002 (500 en 2007, 953 en 2010), et il ne tient pas compte des euthanasies clandestines qui restent nombreuses (estimées à 42% en Wallonie et 27% en Flandre, d’après une étude universitaire).

Un livre au titre provocateur, écrit par un médecin belge, est par ailleurs sorti la semaine dernière : Médecin catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie. Sa médiatisation importante montre à quel point les notions d’ « autonomie individuelle » et de « compassion » semblent dominer désormais en Belgique, aboutissant à des dérives de plus en plus fortes au détriment de personnes fragiles.

Pour une analyse plus complète de la situation, lire notre Décodeur « L’euthanasie en Belgique ».

A corps perdu

Nos contemporains revendiquent souvent la « liberté de disposer de son corps », ou encore affirment « mon corps m’appartient ». C’est presque devenu un leitmotiv dès qu’il s’agit de défendre une liberté individuelle face à des enjeux éthiques ou moraux, comme un ultime argument pour préserver le droit absolu et inaliénable à faire ce que l’on veut de son corps.

Mais ce qui se cache derrière ces expressions est la perception du corps comme d’un objet dont on disposerait à sa guise. Notre corps serait le véhicule de notre vie. Comme si nous avions reçu une voiture en héritage, et que nous la souhaitions confortable, puissante, performante. Alors on se prend à rêver de changer le moteur, de placer le volant de l’autre côté, ou de lui donner une carrosserie plus aérodynamique. Et puis si elle se met à mal fonctionner, qu’elle ne répond plus comme avant, on la met à la casse. D’ailleurs, dans certains pays le marché de l’occasion est florissant et les trafics d’organe se développent au profit du plus offrant. Qui sait si la recherche médicale n’offrira pas un jour de changer de corps, comme on abandonne sa vieille voiture pour une plus récente ? Notre corps, auquel notre culture voue un véritable culte de la performance, se trouve finalement bien déprécié sur le marché des valeurs. Et il s’agit bien de marché et de consommation. Notre culture nous présente des modèles de corps parfaits, beaux, énergiques, et nous enjoint de nous y conformer, fondant en grande partie l’impact publicitaire sur l’envie de leur ressembler. Or l’incitation à la consommation repose sur le sentiment d’insatisfaction, et à ce petit jeu, nous avons inculqué à nos contemporains l’insatisfaction permanente de leur corps, et légitimé le souhait d’en changer.

Pourtant, notre corps n’est ni un objet de consommation, ni un véhicule de notre vie. Notre corps fait partie de nous-mêmes, il est le lieu même de notre identité : mon corps, c’est moi, il n’est pas distinct de moi-même. Apprendre à le connaître est la condition même de mon bonheur selon le précepte socratique : « connais-toi toi-même ». Nous devons donc prendre conscience de cette urgence contemporaine : nous réconcilier avec notre corps. Car les occasions de révolte et de rejet du corps ne manquent pas autour de nous.

Le premier exemple qui vient à l’esprit est mis en lumière par les études de genre, qui s’intéressent à la distinction entre le corps sexué, la conscience de la sexualité, et le comportement social. La théorie du genre pousse la logique jusqu’à légitimer et promouvoir un divorce sans appel entre une identité sexuelle induite par les conditionnements sociaux et le libre arbitre, et une sexualité biologique qui se trouve soit ignorée, soit reniée, soit encore trafiquée par la chirurgie.

Mais d’autres situations nous placent face à la révolte contre son propre corps. Que l’on songe à la personne confrontée à un grave handicap suite à un accident. Elle devra se réapproprier son corps, mais aussi réinvestir de nouveaux projets de vie. Ce parcours entre deuil de ce que l’on était, et résilience pour renaître à ce que l’on est devenu, impose de se réapproprier son identité, à travers la redécouverte de son corps. Comment un tel cheminement est-il encore possible dans une culture qui ne consacre que le corps performant, sans défaut ni faiblesse ?

Et que dire du corps affaibli, qui redevient dépendant, de l’intelligence qui s’estompe ? Comment accepter d’habiter encore ce corps qui trahit nos espoirs, qui nous rappelle le terme de notre vie ? Comment admettre cette cohabitation, et envisager une vie qui ne ressemble pas à notre idéal de pleine possession de nos moyens ? Nous ne pourrons aimer notre corps faiblissant, et la vie qu’il nous offre, que si d’autres montrent qu’ils nous aiment avec ce même corps, et ont le désir de nous le rendre aimable.

C’est pourtant une évidence, nous devons apprendre à connaître et respecter notre corps : mon corps, c’est moi ! Je n’en fais pas n’importe quoi !

C’est la condition indispensable pour apprendre à connaître et respecter l’autre tel qu’il est : ton corps, c’est toi ! Je prends soin de toi !

Suicide : urgence à la prévention

Suicide : urgence à la prévention

Nos actions

Des actions d’envergure pour Alerter & Sensibiliser

Alliance VITA alerte les décideurs et le grand public par des campagnes nationales et internationales d’information.

Objectif : sensibiliser à la protection de la vie, au respect de la dignité humaine et à la protection des enfants.

Alliance VITA est régulièrement auditionnée par les autorités publiques et au Parlement sur les questions bioéthiques et de fin de vie.

Modes d’action 

Alliance VITA agit via des publications, articles, tribunes, conférences et débats. Des rencontres et débats sur les questions inédites posées à la société par l’évolution de la science, des techniques et des modes de vie, sont organisés.

Alliance VITA collabore avec des experts scientifiques, médicaux, juridiques et des institutions sociales.

Nos actions  

 

2022 :

Campagne « Changeons nos regards pour changer sa vie »

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Élections 2022 : les 20 urgences d’Alliance VITA

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2021 :

Campagne : La société
progressera

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Campagne :
Toujours ensemble

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Mobilisation contre l’allongement des délais d’avortement

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2020 :

Université de la vie 2020

 

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2019 :

2018 :

2017 :

2016 :

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Télépathie assistée

La publication d’une expérience de « télépathie » à (grande) distance, entre l’Inde et la France, fait grand bruit. Première prometteuse ou arnaque publicitaire ?
Des chercheurs affirment avoir réussi la première transmission de cerveau à cerveau. Leur article a été publié en août par la revue scientifique Plos One. Cette fois les cobayes ne sont plus des rats comme dans une expérience réussie par des neurobiologistes américains en 2013, mais deux hommes. (suite…)

[CP] Lycée Gerson : Alliance VITA demande que toute la lumière soit faite

Alliance VITA prend acte de la conclusion du ministère de l’Éducation nationale qui reconnaît ne pas avoir « constaté d’atteinte à la liberté de conscience des élèves », et demande que toute la lumière soit faite sur cette campagne de dénigrement.

Pour Tugdual Derville, Délégué général d’Alliance VITA : « La polémique lancée dans les médias en avril 2014 était donc artificielle ; le reconnaître cinq mois plus tard ne suffit pas à réparer le préjudice porté à notre association. C’est pourquoi, dans la logique de la plainte que nous avons déposée dès le lancement de ces accusations mensongères, nous demandons que la vérité soit faite sur cette campagne de dénigrement : qui l’a lancée ? avec quels moyens ? dans quel but ?

Nous espérons de ceux qui se sont faits les relais de propos mensongers portant atteinte à notre identité et à notre image, qu’ils enquêtent honnêtement sur l’organisation de cette manipulation. Rappelons que notre association inscrit son action auprès des jeunes notamment dans la prévention de l’IVG, dont les pouvoirs publics reconnaissent qu’elle est un enjeu de santé publique important. L’expérience d’écoute et d’accompagnement d’Alliance VITA permet à tous ses intervenants de prendre la parole avec respect et délicatesse sur des sujets particulièrement intimes ».

Alliance VITA rappelle que la plainte qu’elle a déposée est en cours d’instruction auprès du tribunal de grande instance de Paris.

POUR RAPPEL : Mission d’Alliance VITA

Alliance VITA est une association fondée en France fin 1993 au moment des premières lois bioéthiques. Elle agit selon deux axes : l’aide aux personnes confrontées aux épreuves de la vie et la sensibilisation du public et des décideurs à la protection de la vie humaine. Alliance VITA est régulièrement auditionnée par les autorités officielles et au Parlement sur les questions bioéthiques et de fin de vie. Sur la base de l’expérience acquise par ses services d’écoute, l’association effectue un travail d’étude et d’échanges sur les questions posées à la société par l’évolution de la science, des techniques et des modes de vie. Son mode d’action et de réflexion se décline en diverses publications, articles, tribunes, conférences et débats, rencontres, témoignages, collaboration avec des experts scientifiques, médicaux, juridiques et des institutions sociales.

Master Class bioéthique les 20 et 21 septembre à Paris

Master Class bioéthique les 20 et 21 septembre à Paris

masterclass bioethique vita
Pour la deuxième année consécutive, Alliance VITA organise une Master Class bioéthique à Paris, le weekend du 20 et 21 septembre, à l’attention des étudiants et jeunes professionnels (18 – 30 ans).
Il s’agit d’un temps fort de formation sur 2 jours associant conférences, témoignages et ateliers pratiques pour bien attaquer la rentrée ! Le thème retenu pour cette second édition est :

CULTURE DE TOUTE PUISSANCE – CULTURE DE VULNÉRABILITÉ

Du dépistage prénatal à l’avortement,

De l’idéologie du Genre à la marchandisation de la maternité,

De l’euthanasie sociale à la piqûre létale.

Comprendre les enjeux bioéthiques d’aujourd’hui pour agir et bâtir ensemble une société qui prenne en compte tout l’homme et soit solidaire des plus fragiles.

 

>> Inscriptions et renseignements pratiques sur le site dédié <<

Master Class bioéthique