Décodeur #2 : La commission spéciale élargit déjà le cadre de l’euthanasie et du suicide assisté

Décodeur #2 : La commission spéciale élargit déjà le cadre de l’euthanasie et du suicide assisté

Décodeur #2 : La commission spéciale élargit déjà le cadre de l’euthanasie et du suicide assisté

L’EVENEMENT

Du lundi 13 au vendredi 17 mai 2024, les députés membres de la commission spéciale ont examiné le projet de loi sur l’accompagnement des malades et la fin de vie. Ils ont modifié le premier volet de ce projet de loi qui concerne les « soins d’accompagnement » et les droits des malades pour tenter de garantir le développement des soins palliatifs, sans assurance cependant d’obtenir leur accessibilité à tous ceux qui en auront besoin. L’accès à « l’aide à mourir », l’euthanasie ou le suicide assisté, qui fait l’objet du second volet du projet de loi, a été considérablement élargi, notamment en supprimant la condition d’un pronostic vital engagé « à court ou à moyen terme ».

LE CHIFFRE

2012 amendements au total ont été déposés sur ce projet de loi, par des députés de tous bords.

RÉSUMÉ DES DÉBATS

  • GARANTIR UN ACCES EQUITABLE AUX SOINS PALLIATIFS

Par plusieurs amendements, les députés ont commencé par réintroduire les soins palliatifs dans le texte du projet de loi. La notion de « soins d’accompagnement », qui ne renvoie à aucune définition scientifique, a été largement contestée, considérée comme floue. Plusieurs députés ont fait valoir que les soins palliatifs constituaient déjà, par définition, une approche globale et pluridisciplinaire de la personne. Ainsi le terme « soins palliatifs » a été ajouté dans titre du premier volet du texte qui s’intitule désormais « Renforcer les soins d’accompagnement, les soins palliatifs et les droits des malades ».

Plusieurs amendements ont été adoptés contre l’avis du gouvernement pour garantir l’accès aux soins palliatifs, alors que seuls 50 % des Français qui en ont besoin n’y ont pas encore accès. L’adoption d’un amendement de Jérôme Guedj (PS) doit désormais garantir que les soins palliatifs et d’accompagnement soient équitablement répartis sur le territoire. Un autre amendement de Thibault Bazin (LR) crée un « droit opposable » à bénéficier de soins palliatifs.

Afin que des moyens soient alloués aux objectifs fixés, un amendement du député Renaissance Gilles Le Gendre inscrit dans la loi les crédits de paiements supplémentaire prévus par la stratégie décennale des soins d’accompagnement. D’autres amendements mettent en place des indicateurs et la remise d’un rapport annuel sur les soins d’accompagnement.

  • SYSTEMATISER LE RECOURS AUX DIRECTIVES ANTICIPEES

Plusieurs amendements ont été adoptés pour mieux faire connaître le dispositif des directives anticipées et de la personne de confiance. Ainsi, lors de l’élaboration ou la révision du « plan personnalisé d’accompagnement » prévu à l’article 3, il devra être proposé au patient de rédiger ou réviser des directives anticipées et de désigner une personne de confiance. Les directives anticipées seront systématiquement conservées dans le dossier médical partagé. Elles devront être abordées au cours des rendez-vous de prévention aux âges clés de la vie mis en place en 2022.

  • LE CADRE DE L’« AIDE A MOURIR » DEJA ELARGI

Mercredi 15 mai dans la soirée, les membres de la commission spéciale ont entamé l’examen du second volet du projet de loi instituant une « aide à mourir », à savoir le suicide assisté – ou l’euthanasie, dans les cas où le patient n’est pas en mesure de s’administrer lui-même la substance létale.

Plusieurs députés de tous bords ont tenté de clarifier les termes du projet de loi en introduisant les termes « suicide assisté » et « euthanasie », totalement absents du texte, mais leurs amendements ont été rejetés. Plusieurs amendements, également rejetés, visaient à empêcher qu’un médecin, un infirmier ou une personne volontaire puisse administrer la substance létale. Finalement, un amendement de la rapporteure a été adopté pour préciser que la tierce personne désignée pour administrer la substance létale doit être majeure et qu’elle « ne peut percevoir aucune rémunération ou gratification à quelque titre que ce soit en contrepartie de sa désignation. »

Reprenant une revendication de l’ADMD, la députée Danielle Simonnet (LFI) a proposé que la demande d’« aide à mourir » puisse être exprimée dans les directives anticipées, lorsque la personne n’est plus en capacité de s’exprimer. La ministre Catherine Vautrin a alors rappelé qu’une des lignes directrices du projet de loi était que « le patient doit être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée non seulement au moment de la demande d’aide à mourir mais doit être en capacité de réitérer, donc de confirmer tout au long de la procédure jusqu’au moment de l’administration de la substance létale. Il doit toujours être en mesure de renoncer. »

L’amendement a été rejeté. Néanmoins, un amendement avait été adopté la veille à l’article 4, contre l’avis de la ministre et du rapporteur, ajoutant dans la loi que, « dans le cadre des directives anticipées, la personne peut indiquer son choix individuel du type d’accompagnement pour une aide à mourir lorsque la situation ne permet pas une expression réitérée en pleine conscience. »

Puis les députés ont longuement débattu des conditions d’accès à l’« aide à mourir », contenues dans l’article 6. Un amendement de la députée écologiste Julie Laernoes proposait d’ouvrir l’« aide à mourir » aux mineurs, quel que soit leur âge. La ministre a émis un avis défavorable, expliquant que « le discernement d’un enfant progresse avec son âge, et la faculté d’expression d’une liberté libre et éclairée suppose une maturité et un discernement plein et entier. » La rapporteure Laurence Cristol a aussi plaidé d’espoirs de guérison plus probables quand on est jeune. Cet amendement a été rejeté.

En revanche, la condition d’un « pronostic vital engagé à court ou moyen terme » a été supprimée par l’adoption de l’amendement du député socialiste Stéphane Delautrette, qui remplace la condition d’une « affection grave et incurable engageant son pronostic à court ou à moyen terme », par une « affection grave et incurable en phase avancée ou terminale. » Cet amendement a été adopté contre l’avis du gouvernement et de la présidente de la commission spéciale.

Maintes fois dénoncé, le critère de moyen terme était jugé trop flou, impossible à définir. Sollicitée sur le sujet, la Haute Autorité de Santé ne pourrait transmettre ses recommandations qu’en 2025. Néanmoins, cela signifie que la notion même de pronostic vital engagé est supprimée, ouvrant encore plus largement l’accès au suicide assisté et à l’euthanasie.

Par un amendement d’Agnès Firmin Le Bodo, la souffrance psychologique doit désormais être subordonnée à la souffrance physique. La ministre a précisé qu’« une souffrance psychologique préexistante au diagnostic de la maladie, ne serait pas suffisante pour avoir accès à l’aide à mourir. »

A l’article 8 qui détaille la procédure de mise en œuvre de « l’aide à mourir », les députés ont adopté un amendement contre l’avis de la rapporteure pour introduire la possibilité de réduire le délai de réflexion de deux jours donné au patient pour confirmer sa demande d’aide à mourir, « si le médecin estime que cela est de nature à préserver la dignité de ce dernier telle que celui-ci la conçoit. »

A l’article 9, le patient dispose désormais d’un an à partir de l’autorisation donnée par le médecin pour fixer la date de l’administration de la substance létale, plutôt que trois mois prévus initialement.

A l’article 11, les députés ont adopté un amendement déposé par des députés Renaissance pour que la personne puisse choisir l’euthanasie plutôt que le suicide assisté, indépendamment de sa condition physique. Néanmoins, cet amendement entre en contradiction avec l’article 5 du projet de loi qui maintient l’administration par un tiers de la substance létale lorsque la personne « n’est pas en mesure physiquement d’y procéder ».

Enfin, les députés ont ajouté dans le projet de loi un délit d’entrave à « l’aide à mourir » : « Est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur l’aide à mourir par tout moyen ». En revanche, des amendements pour pénaliser l’incitation ou la provocation à « l’aide à mourir » ont été rejetés.

 

NOTRE ANALYSE

Par divers amendements, des députés de droite comme de gauche ont voulu renforcer et garantir l’accès aux soins palliatifs sur tout le territoire. Face à la notion floue de « soins d’accompagnement » il était nécessaire de réintroduire la notion de soins palliatifs, dont l’approche est universellement connue et partagée. Il paraît également pertinent d’inscrire dans la loi les moyens prévus par la stratégie décennale des soins d’accompagnement et d’engager ainsi les pouvoirs publics.

Néanmoins, il faut rappeler que la loi prévoit un droit aux soins palliatifs de « toute personne malade dont l’état le requiert » depuis 1999. Ce projet de loi devra donc aussi s’accompagner d’une volonté réelle et de moyens conséquents pour garantir un accès à tous les Français aux soins palliatifs. Avec un budget supplémentaire de 1,1 Md €uros dans dix ans, les moyens prévus par la stratégie décennale ne seront pas suffisants.

Dans ces conditions, plusieurs députés (à droite et à gauche) ont signalé le danger que le suicide assisté soit une option par défaut de soins, comme on le constate dans certains pays, le Canada notamment.

Les débats sur l’autorisation d’une « aide à mourir » ont révélé la difficulté à encadrer l’euthanasie ou le suicide assisté. Si l’ouverture aux mineurs a été écartée, plusieurs députés l’ont envisagée comme une prochaine étape. La levée du pronostic vital engagé élargit considérablement le champ d’application de la loi, faisant craindre la possibilité d’un recours pour des personnes handicapées. La notion de « phase avancée » est particulièrement floue.

La présidente de la commission spéciale voit dans ce changement la rupture de « l’équilibre de la loi ». Néanmoins, la notion de moyen terme était en elle-même porteuse de dérives puisqu’impossible à établir avec certitude, comme l’avaient exprimé de nombreux professionnels lors des auditions. Tugdual Derville, porte-parole, avait également dénoncé le caractère flou et subjectif de ce critère lors de l’audition d’Alliance VITA.

Avec la suppression du pronostic vital et la suppression du délai de réflexion, deux garde-fous importants sont tombés. Il est particulièrement préoccupant que des conditions d’accès soient réécrites dès l’examen en commission spéciale. On le voit, à partir du moment où le suicide assisté ou l’euthanasie sont autorisés, les digues peuvent rapidement se fissurer. La ministre comme les rapporteurs ont bien spécifié que le suicide assisté et l’euthanasie devraient être accessibles en tous lieux où se trouvent le demandeur, y compris dans les maisons d’accompagnement et de soins palliatifs.

Par ailleurs, le texte voté en commission comporte plusieurs contradictions :

  • Il est possible d’indiquer son souhait d’aide à mourir dans les directives anticipées, mais, au moment de la demande, la personne doit « être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée. ». Le jour de l’administration de la substance létale, le médecin doit vérifier que « la personne confirme qu’elle veut procéder à l’administration. »
  • Il y a une incohérence entre l’article 5 qui précise que l’administration de la substance létale est faite par un tiers lorsque la personne « n’est pas en mesure physiquement d’y procéder » et l’article 11 qui donne le libre choix au patient entre suicide assisté et euthanasie.

Le texte ainsi voté en commission, qui résulte de différents rapports de force au fil de l’examen des nombreux amendements, manque ainsi de cohérence et paraît largement inabouti. Ces incohérences feront probablement l’objet de nouveaux amendements en séance, mais la direction dans lequel le texte va évoluer est loin d’être évidente.

Enfin, l’introduction d’un délai d’entrave à l’aide à mourir est très inquiétante, dans la mesure où elle pourrait remettre en cause tout le travail de prévention du suicide et risque fortement d’insécuriser tout le personnel soignant. Avec le rejet des amendements proposant de pénaliser l’incitation à « l’aide à mourir », ce projet de loi franchit toutes les lignes rouges et crée une rupture anthropologique majeure.

NOTRE COUP DE COEUR 

Contre l’avis du rapporteur, un amendement de Thibault Bazin a été adopté avec le soutien de voix de gauche pour créer un « droit opposable » à bénéficier de soins palliatifs et rendre les agences régionales de santé responsables de garantir l’effectivité de ce droit.

NOTRE COUP DE GUEULE

Par son amendement, Julie Laernoes a proposé d’ouvrir le recours à « l’aide à mourir » aux mineurs, quel que soit leur âge. Ainsi, de jeunes enfants auraient pu accéder au suicide assisté ou à l’euthanasie, avec l’autorisation de leurs parents.

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[CP] – PJL fin de vie :  Le gouvernement a perdu le contrôle de son propre incendie

[CP] – PJL fin de vie : Le gouvernement a perdu le contrôle de son propre incendie

COMMUNIQUE DE PRESSE – 17 mai 2024

Projet de loi fin de vie : Le gouvernement a perdu le contrôle de son propre incendie

Lors de son audition, le porte-parole d’Alliance VITA avait pointé le flou des conditions d’accès à la mort administrée, les rendant indéfinissables et invérifiables. Certaines ont déjà volé en éclat puisque le pronostic vital a été supprimé et remplacé par la notion d’affection « en phase avancée ou terminale ». Il ne serait donc plus nécessaire d’être en fin de vie ! Face aux promesses du gouvernement de garantir des critères et des procédures stricts, on constate surtout son impuissance à préserver un cadre. En ouvrant un processus législatif, on a ouvert la boîte de Pandore.

Contre ce projet de levée de l’interdit de tuer qui constitue une grave atteinte à la fraternité, Alliance VITA appelle à un rassemblement le 27 mai à Paris et dans plusieurs villes de province.

 

Retrouvez tous nos articles sur le projet de loi sur la fin de vie.

 

 Contact presse

Claire-Anne Brulé

+ 33(0)6 67 77 14 80 – contactpresse@alliancevita.org

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Fin de vie : un communiqué commun pour défendre les personnes vulnérables

Fin de vie : un communiqué commun pour défendre les personnes vulnérables

Fin de vie : un communiqué commun pour défendre les personnes vulnérables

 

Au début des débats en Commission du projet de loi Fin de vie, un communiqué commun a rappelé le sujet essentiel de l’accueil des personnes vulnérables dans la société. A l’initiative de la Fondation OCH (office Chrétien des personnes Handicapées), des personnalités et des mouvements engagés dans la défense des personnes vulnérables ont publié lundi 13 mai un communiqué de presse. Ils interpellent les décideurs politiques sur une question centrale :

« Fin de vie, et les plus fragiles dans tout ça? ». Alliance VITA, solidaire des plus fragiles, est signataire du texte. En voici le contenu :

Le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie vient d’être adopté par le conseil des ministres et il sera discuté prochainement par l’Assemblée nationale. Représentant d’associations, fondations, mouvements ou structures qui prennent soin des personnes et des familles vulnérables, nous considérons que la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté créerait une nouvelle et grave discrimination à leur encontre.

 

Aujourd’hui ou demain, ces personnes ne seront plus assurées de bénéficier d’une protection inconditionnelle de la collectivité. Une telle mesure favorisera chez elles, en instillant l’idée que la fragilité et la dépendance sont des marqueurs d’indignité, la perception croissante d’être une charge pour la société, voire un sentiment de culpabilité. Et un nouveau motif d’angoisse.

 

La plupart de nos compatriotes fragilisés par la maladie, le handicap, l’âge ou toute autre circonstance de la vie seront toujours en peine d’exprimer leur volonté sans un accompagnement aussi indispensable que délicat à exercer. Notre responsabilité à leur égard est de tout mettre en œuvre pour soulager leurs souffrances ou répondre à la tentation de désespérance ou de perte de sens qui peut les gagner. La réponse à la fragilité ne peut pas consister à faire disparaître les personnes qu’elle atteint ou à leur laisser penser qu’il n’y a d’autre perspective raisonnable que la mort.

 

Un traitement digne et responsable des hommes et des femmes vulnérables exige au contraire un engagement solidaire des pouvoirs publics et une vraie écoute et sollicitude de tous, incompatibles avec une stigmatisation qui les fragilisera encore davantage et, in fine, affaiblira la société tout entière.

 

Retrouvez tous nos articles sur le projet de loi fin de vie en France.

Québec : une campagne pour éviter « l’aide médicale à mourir »

Québec : une campagne pour éviter « l’aide médicale à mourir »

Québec : une campagne pour éviter « l’aide médicale à mourir »

 

Une campagne inédite a été lancée le lundi 13 mai 2024 pour encourager un proche à ne pas choisir l’aide médicale à mourir, expression utilisée au Canada pour désigner l’euthanasie.

 

Elaborée par le réseau citoyen Vivre dans la dignité, elle marque les 10 ans de l’adoption de la loi sur les soins de fin de vie au Québec légalisant l’euthanasie dénommée par l’euphémisme « aide médicale à mourir ». La loi québécoise précédait de deux ans son extension à tout le Canada. Ce Réseau, créé en 2010, a pour mission de promouvoir la protection de la vie, la dignité inhérente et l’accompagnement des personnes rendues vulnérables par la maladie, la vieillesse ou le handicap.

 

Cette campagne vise à libérer la parole sur les enjeux de fin de vie et à répondre à la banalisation du recours à l’euthanasie.  D’une centaine de cas prédits au Québec en 2015, on dépasse 1000 euthanasies annuelles sept ans plus tard et plus de 13 000 sur l’ensemble du Canada. Le Québec est devenu le champion du monde de l’euthanasie avec 6,6% des décès en 2022 devant les Pays-Bas (5,5%).

« Avec amour et respect … encourager un proche à ne pas choisir l’aide à mourir, c’est possible. »

Ce message se décline en spots diffusés par une douzaine de stations de radio partout au Québec et en un site Internet aideavivre.org où on peut trouver des suggestions concrètes pour encourager un proche à privilégier l’aide à vivre plutôt que de choisir l’aide médicale à mourir.

Ce site souhaite contribuer libérer la parole, et à mettre en lumière les contraintes sociales qui peuvent inciter à demander à mourir. Comme il est indiqué sur le site aideavivre.org  la peur de devenir un fardeau « a été citée par 46% des personnes ayant reçu l’AMM au Québec en 2022-2023 (..).seulement 4 personnes sur les 5037 ayant reçu l’AMM ont cité uniquement des souffrances physiques. Puisque le facteur des souffrances psychiques est déterminant, la famille et les amis ont un rôle crucial à jouer pour y répondre efficacement, au meilleur de leurs capacités ».

 

Alors que la France commence l’examen d’un projet de loi qui vise à légaliser le suicide assisté et l’euthanasie sous l’expression « aide à mourir », cette campagne constitue une véritable alerte sur les conséquences de cette légalisation. C’est le message qui a été porté en France lors de la Rencontre internationale sur la fin de vie organisée avec Alliance VITA le 28 février 2024 à Paris et dont Vivre dans la Dignité était l’un des partenaires. L’expérience des pays étrangers doit être prise en compte pour légiférer en connaissance de cause.

 

Pour aller plus loin : retrouvez les interventions de la Rencontre internationale sur la fin de vie.

Loi fin de vie : les pharmaciens privés de clause de conscience

Loi fin de vie : les pharmaciens privés de clause de conscience

Loi fin de vie : la clause de conscience des pharmaciens confisquée

 

Le projet de loi fin de vie, actuellement examiné par les 71 membres de la commission spéciale, envisage l’ouverture de l’accès à l’euthanasie et au suicide assisté. Or, ce texte a prévu d’exclure explicitement les pharmaciens de leur droit à l’objection de conscience, alors même qu’il prévoit que ces professionnels de santé soient tenus de réaliser la préparation magistrale létale et de la délivrer, en officine comme en milieu hospitalier.

 

Pour comprendre la responsabilité morale incombant aux pharmaciens, il faut regarder le régime juridique applicable au crime d’empoisonnement. A l’heure actuelle, comme l’explique le juriste Nicolas Bauer, initiateur de la tribune, « un pharmacien qui préparerait ou délivrerait une substance létale en vue de son ingestion par une personne serait poursuivi pour complicité d’empoisonnement. Il encourrait trente ans de réclusion criminelle. Le fait que la personne soit consentante ou non à son empoisonnement ne change pas la lourdeur de la peine ». Le Code pénal condamne d’ailleurs tout autant celui qui fournit la substance que celui qui l’administre.

Paradoxalement, le Conseil d’Etat reconnait que le projet de loi introduit une rupture par rapport à la législation en vigueur en autorisant, pour la première fois, un acte ayant pour intention de donner la mort. Il reconnait aussi que les missions confiées par le projet de loi aux autres professionnels de santé, chargés d’étudier la demande de mourir des personnes ou de les accompagner dans l’administration de la substance létale « peuvent heurter leurs convictions personnelles dans des conditions de nature à porter atteinte à leur liberté de conscience ».

Il entre aussi en contradiction avec le Serment de Galien (équivalent du serment d’Hippocrate) – prononcé par tous les pharmaciens lors de la soutenance de leur thèse – dont la version moderne mentionne qu’« En aucun cas, je ne consentirai à utiliser mes connaissances et mon état pour corrompre les mœurs et favoriser des actes criminels ». La version d’origine du Serment des apothicaires contenait la promesse « de ne donner jamais à boire aucune sorte de poison à personne et ne conseiller jamais à aucun d’en donner, non pas même à ses plus grands ennemis ».

Malgré tout ça, il est notable de relever que trois députés socialistes Messieurs Delautrette, Guedj et Madame Pires Beaune ont proposé un amendement pour que les sanctions contre les pharmaciens objecteurs ne soient pas seulement disciplinaires, mais aussi pénales, prévoyant 15 000 euros d’amende et un an d’emprisonnement…

Cette année-là, le Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens (CNOP) avait engagé une consultation auprès de ses adhérents sur la refonte du Code de Déontologie des pharmaciens. Or, 85% des 3395 pharmaciens répondants s’étaient prononcés en faveur de l’instauration d’une clause de conscience selon laquelle « le pharmacien peut refuser d’effectuer un acte pharmaceutique susceptible d’attenter à la vie humaine ». Sous la pression politique et médiatique, cette demande n’avait pas été retenue par le CNOP.

En Belgique, la loi dispose qu’« aucune autre personne n’est tenue de participer à une euthanasie » (article 14 de la loi relative à l’euthanasie). Même chose en Espagne et aux Pays-Bas, au Luxembourg pour le suicide assisté et au Canada pour l’« aide médicale à mourir». Quant aux Etats-Unis, où perdure la peine capitale, seuls des pharmaciens volontaires préparent les substances létales.

Plusieurs députés de différents bords politiques (Les Républicains, le RN, la Nupes, non inscrits) ont déposé des amendements au projet de loi pour introduire une clause de conscience pour les pharmaciens. Espérons qu’ils soient retenus. La liberté de conscience sur un sujet aussi grave que participer à un acte qui donne la mort est un droit fondamental.

 

Retrouvez tous nos articles sur la liberté de conscience.

Décodeur #2 : La commission spéciale élargit déjà le cadre de l’euthanasie et du suicide assisté

Décodeur #1 : Des auditions sur la fin de vie au pas de charge !

Décodeur #1 : Des auditions sur la fin de vie au pas de charge !

L’EVENEMENT

Du 22 au 30 avril 2024, les 71 membres de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi sur la fin de vie ont auditionné les représentants des professionnels de la santé (médecins, pharmaciens, infirmiers, aides-soignants), des acteurs du monde du grand âge (EHPAD, aide à domicile), des philosophes, des représentants des cultes et des associations de citoyens. Au total, 79 personnes sont intervenues en plus de 35 heures.

LE CHIFFRE

6 jours seulement étaient impartis pour ces auditions sur la fin de vie alors que ce projet de loi introduit une rupture anthropologique majeure, la levée de l’interdit de tuer.

LE RESUME DES AUDITIONS

C’est la ministre de la Santé Catherine Vautrin qui a ouvert cette série d’auditions le lundi 22 avril à 18h. Défendant son projet de loi, la ministre a voulu rassurer : « Ce n’est pas un copié-collé de législation étrangère, ni un droit nouveau ou une liberté nouvelle, mais un chemin possible pour répondre à des situations de souffrance auxquelles la loi actuelle ne répond pas. » Elle a rappelé les « conditions strictes » d’accès à l’aide à mourir. Selon elle « personne n’imposera à qui que ce soit l’aide à mourir. »

Dès le lendemain, étaient entendus les conseils nationaux des ordres des médecins, des pharmaciens et des infirmiers. Sans exprimer d’opposition au projet de loi, ils ont exprimé leurs questionnements sur les modalités. En particulier, le docteur François Arnault, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, a demandé qu’une réflexion profonde soit menée sur la « collégialité qui entoure le médecin et le patient. ». Selon lui, le médecin « doit pouvoir avoir recours dans sa décision au soutien d’un autre professionnel de santé. »

Les fédérations hospitalières, auditionnées dans la foulée, ont mis en avant les « inquiétudes de la communauté médicale », selon les mots de Béatrice Noëllec, représentante de la fédération de l’hospitalisation privée (FHP). En particulier, Bertrand Guidet, président du comité éthique de la Fédération hospitalière de France, a posé la question de l’implication des soignants dont un certain nombre refuse d’être associé directement. Olivier Guérin, conseiller médical de la Fehap (établissements d’aide à la personne privés solidaires), a proposé l’idée d’une « clause de conscience collective », à l’échelle d’une équipe de soins.

Pour les soignants, la liberté de conscience doit donc être garantie et des garde-fous sont nécessaires. Dès cette première journée a été remise en cause le critère du « pronostic vital engagé à moyen terme » considérée comme une notion floue. Selon François Arnault, « ce n’est pas raisonnable » pour le médecin de se prononcer sur la durée restant à vivre, « parce que franchement on ne la connaît pas. »

La table ronde réunissant des acteurs du domicile a donné la parole à divers professionnels représentant à la fois les maisons de vie, une équipe mobile de soins palliatifs, et des directeurs d’EPHAD ou de services à domicile. Sans exprimer d’opposition au projet de loi, Pascal Champvert, président de l’association des directeurs au service des personnes âgées a mis en garde contre l’âgisme : « Nous sommes dans une société profondément agiste qui considère que la vie d’un jeune vaut plus que la vie d’un vieux ». La question de l’accès aux soins palliatifs des personnes âgées a été soulevée.

Des oppositions plus fortes se sont exprimées le jour suivant, le mercredi 24 avril, où ont été auditionnés tour à tour des représentants des soins palliatifs et des cultes. Ainsi, la docteur Claire Fourcade, présidente de la Société française d’accompagnement et des soins palliatifs (SFAP) a demandé de « soutenir massivement les soins palliatifs et de « ne pas légaliser l’euthanasie, même exceptionnelle. » Dans la foulée de cette audition, les représentants des cultes ont exprimé unanimement leur opposition à ce projet de loi qui « rompt une digue essentielle, un principe structurant : celui de l’interdit de tuer », comme l’a expliqué le vice-président de la Conférence des évêques de France Vincent Jordy.

A la fin de cette journée, après une audition plus philosophique et sociologique, une dernière table ronde réunissait à nouveau divers représentants des professionnels de santé. A nouveau des inquiétudes ont été exprimées, en particulier à l’égard des personnes âgées et vulnérables. Sophie Moulias, représentante de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG) a mis en garde contre l’âgisme. Selon elle, « les patients que nous accompagnons sont très inquiets de venir à l’hôpital pour qu’on les tue parce qu’on ne peut pas les soigner. » Le professeur Pierre-Antoine Perrigault, représentant la Société Française d’Anesthésie et de Réanimation (SFAR), a alerté sur « le danger des pressions normatives et de l’abandon des vulnérables ».

Le jeudi 25 avril, la table ronde des associations a donné la parole aux associations opposées au projet de loi (Alliance VITA, la Fondation Jérôme Lejeune) et aux associations partisanes de l’euthanasie et du suicide assisté, pour lesquelles le texte proposé est encore trop restrictif (ADMD et Le Choix). La table ronde suivante, sur l’accompagnement des personne en fin de vie, réunissait des associations de bénévoles. Le président de l’association “Jusqu’à la mort accompagner la vie”, Olivier de Margerie, a pointé les risques importants de dérives, en particulier pour « des personnes chancelantes », qui risquent de « tomber » avec le projet de loi. “Faut-il opérer une bascule sociétale majeure pour solutionner le cas d’un assez faible nombre de personnes ?”.

 

Ont également été auditionnés des représentants des obédiences maçonniques, et, le vendredi 26 avril, des représentants du conseil économique, social et environnemental (Cese) et de la convention citoyenne sur la fin de vie.

La dernière table ronde, le mardi 30 avril, a réuni des personnalités engagées sur la fin de vie, partisanes ou opposées au projet de loi. Ainsi Marie de Hennezel, auteur de La mort intime (1995), le docteur Jean-Marie Gomas, fondateur du mouvement des soins palliatifs en France, ou Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique ont exprimé leur vive opposition à ce projet de loi. « Il ne faudrait pas que le pays des droits de l’homme devienne le pays de la mort donnée à l’homme », a alerté le docteur Jean-Marie Gomas. A l’opposé, Marine Carrère d’Encausse, médecin et journaliste, et Martine Lombard, professeur de droit public, ont jugé que le projet de loi était trop restrictif.

NOTRE ANALYSE

Si des inquiétudes ont été exprimées de la part des soignants sur les modalités de mise en œuvre du projet de loi, concernant notamment la responsabilité des médecins et leur clause de conscience, peu d’entre eux ont réellement remis en cause la légalisation d’une « aide à mourir », à savoir la possibilité de l’euthanasie ou du suicide assisté. Les principales oppositions ont émané des acteurs des soins palliatifs, des représentants des cultes unanimes et de certaines associations.

Néanmoins, un critère a été âprement discuté et remis en cause tout au long de ces auditions de la commission spéciale, à savoir le « pronostic vital engagé à moyen terme. » Impossible à évaluer pour les médecins, il est considéré comme une condition trop restrictive pour certains intervenants, qui souhaiteraient faire sauter la notion de « pronostic vital engagé. »

Si cette série d’auditions a permis d’entendre près de 80 intervenants, on ne peut néanmoins que déplorer le temps très contraint (6 jours) sur un sujet aussi important, laissant très peu de temps individuellement à chaque intervenant pour développer son analyse du projet de loi.

Enfin, manquaient à ces auditions les premiers concernés par ce projet de loi, à savoir des personnes malades. Aucun représentant du monde du handicap n’était présent, alors que certaines personnes en situation de handicap ont publiquement exprimé leur inquiétude. Absents également, des représentants de la psychiatrie auraient pu apporter des éclairages importants sur l’appréciation des « souffrances psychologiques insupportables », qui sont un critère d’accès à « l’aide à mourir. »

NOTRE COUP DE COEUR 

De manière émouvante, Marie de Hennezel, auteur de l’ouvrage La mort intime (1995), a témoigné de son expérience dans les soins palliatifs devant les membres de la Commission spéciale :

« Avec l’équipe dont j’étais la psychologue, nous avons affronté tout ce que notre société jeuniste, qui est obsédée par les valeurs de l’effectivité, de la performance, de la rentabilité rejette : la mort d’autrui, la dégradation physique, la vulnérabilité extrême, le sentiment d’échec et d’impuissance. A l’intérieur de cet univers sombre, glauque, dégoûtant pour certains, nous avons découvert une humanité à laquelle nous ne nous attentions pas, des moments d’humanité, de tendresse, de tact, de douceur insoupçonnés et dont le monde extérieur n’avait pas idée. […]

Je n’ai cessé à travers mes deux rapports ministériels, mes écrits, de militer en faveur d’un développement de vrais soins d’accompagnement qui impliquent une formation sérieuse et des moyens financiers. Vous comprendrez la tristesse qui est la mienne quand je réalise que le soin d’accompagnement va englober l’assistance au suicide et l’euthanasie, des mots que l’on n’ose même plus nommer. »

NOTRE COUP DE GUEULE

Ancienne présidente du CNSPFV, Véronique Fournier a estimé que « les personnes en très grande vieillesse qui ont des multipathologies liées à l’âge » devraient avoir accès à « l’aide à mourir ».

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Stratégie décennale des soins palliatifs : publication d’un rapport du gouvernement.

Stratégie décennale des soins palliatifs : publication d’un rapport du gouvernement.

Stratégie décennale des soins palliatifs : publication d’un rapport du gouvernement

 

Le gouvernement a publié récemment sa stratégie décennale pour renforcer les soins palliatifs. Ce rapport était attendu depuis de nombreuses semaines. Lancée en juin 2023, une Commission présidée par le Professeur Franck Chauvin, ancien président du Haut Conseil pour la santé publique, avait remis un rapport en décembre. Il préconisait d’utiliser une nouvelle terminologie : « les soins d’accompagnement » qui se définissent comme « l’ensemble des soins participant à la prise en charge globale de la personne malade et de son entourage, réalisés par une équipe pluridisciplinaire, afin de préserver sa qualité de vie et son bien-être« . Cette notion se veut plus large que les soins palliatifs.

Cependant, l’OMS (Organisation mondiale de la santé), suivie par les sociétés et associations de soins palliatifs en France, a déjà une approche et une philosophie globales de la personne. Elle a défini les soins palliatifs comme « une approche pour améliorer la qualité de vie des patients (adultes et enfants) et de leur famille, confrontés aux problèmes liés à des maladies potentiellement mortelles. Ils préviennent et soulagent les souffrances grâce à la reconnaissance précoce, l’évaluation correcte et le traitement de la douleur et des autres problèmes, qu’ils soient d’ordre physique, psychosocial ou spirituel« .

De plus « les soins palliatifs sont explicitement reconnus au titre du droit de l’homme à la santé. Ils doivent être dispensés dans le cadre de services de santé intégrés et centrés sur la personne, accordant une attention spéciale aux besoins et préférences spécifiques des individus« .

Le rapport entend faire de cette nouvelle terminologie « soins d’accompagnement » la marque de fabrique de « la singularité du modèle français » au moment où il avance son projet de loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté.

 

Quelques chiffres

S’appuyant sur le rapport de la Cour des Comptes de juin 2023, le rapport reconnait que 190000 personnes sont actuellement prises en charge, couvrant à peine 50% des besoins. Les projections démographiques du vieillissement font anticiper des besoins accrus. En 2035, c’est 440000 personnes qui en auraient besoin. Sur le sujet sensible des soins palliatifs pédiatriques, le rapport estime que 2500 enfants sont pris en charge, soit un tiers seulement des besoins.

Les « chiffres clés » sur la filière des soins palliatifs sont également présentés :

  • 10,000 soignants (médecins, infirmiers, et aides-soignants)
  • 166 Unités de Soins Palliatifs (USP) dont 20 départements sont dépourvus
  • 412 équipes mobiles en soins palliatifs

La filière hospitalière (avec les unités spécialisées mais aussi des lits affectés aux soins palliatifs) et la filière à domicile (soit HAD hospitalisation à domicile, soit soins de ville) se répartissent la prise en charge des patients.

 

Les objectifs

Après le rappel de la situation et quelques définitions, le rapport se présente comme un catalogue de 30 mesures regroupées en 4 objectifs.

Premier objectif : « un accès plus juste aux soins d’accompagnement ». 950millions, soit l’essentiel de l’enveloppe promise de 1.1 milliard, y est consacré. Il est prévu, sur « appel à manifestation d’intérêt » de créer d’ici fin 2025 8 « maisons d’accompagnement »‘, structures d’accueil hybride offrant « un cadre adapté et une prise en charge spécialisée à des personnes dont le traitement est stabilisé, et qui ne peuvent plus ou ne souhaitent pas rester à leur domicile, notamment quand ils n’ont pas d’aidant ».

24 USP, et 460 lits hospitaliers en soins palliatifs viendront compléter les soins existants d’ici 2034, ainsi qu’une unité de soins palliatifs pédiatriques par région (18 au total). Répondant à une incitation de la Cour des Comptes, les Directives anticipées (DA) feront l’objet de campagne de publicité « notamment ciblées sur les 18-35 ans, les plus de 55 ans et les professionnels de santé« .

Les autres objectifs s’intitulent « mobiliser les territoires et la société » (104 millions), « développer la recherche et la formation » (33 millions), et « piloter tous les acteurs » (4 millions).

 

Les moyens

Alliance VITA, dans son communiqué de presse du 6 avril 2024, a déjà souligné un point majeur de ces annonces :  les moyens consacrés sont probablement insuffisants pour couvrir les besoins. Un calcul de bon sens le fait pressentir : si à peine la moitié des besoins sont couverts aujourd’hui, il faudrait a priori doubler les moyens existants pour répondre à ces besoins, et cela de façon rapide. Or l’objectif final n’est qu’une augmentation de 2 tiers sur 10 ans. Avec la hausse des besoins (signalés plus haut) et l’érosion liée à l’inflation, il est probable que le compte n’y soit pas.

Questionné par France culture sur l’équation difficile entre la pénurie budgétaire et la nécessité d’avoir des effectifs suffisants dans les services de soins palliatifs, le ministère de la Santé a d’ailleurs répondu que : « ce plan, présenté en Conseil des ministres, n’engagera pas les pouvoirs publics ».

Les moyens alloués sont donc une projection proposée et pas un engagement. Le tableau budgétaire synthétique, publié en annexe, montre d’ailleurs un étalement des moyens : 89 millions en 2024, 106 en 2025, 97 en 2026…

L’effet de ciseau entre des besoins croissants et des moyens insuffisants pourrait ainsi conduire à une dégradation supplémentaire des services dont les personnes en fin de vie auront besoin.

Force est de constater que ce rapport ne répond pas à l’exigence éthique de proposer en France des soins palliatifs à la hauteur des besoins au moment où se discute la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

Audition d’Alliance VITA par la Commission spéciale du projet de loi fin de vie

Audition d’Alliance VITA par la Commission spéciale du projet de loi fin de vie

Audition d’Alliance VITA par la Commission spéciale du projet de loi fin de vie

 

La prétendue « aide à mourir » est une fraternité à l’envers

Le 25 avril 2024, Tugdual Derville et le docteur Olivier Trédan, respectivement porte-parole et conseiller médical d’Alliance VITA, ont été auditionnés à l’Assemblée nationale par la Commission spéciale chargée de la loi fin de vie. Sous la présidence d’Agnès Firmin Le Bodo, Olivier Falorni étant rapporteur général, quatre associations étaient auditionnées simultanément : deux favorables à l’euthanasie et au suicide assisté (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité et Le Choix) et deux opposées (Fondation Jérôme Lejeune et Alliance VITA).

Le texte qui suit n’est pas le relevé de l’ensemble des propos des représentants d’Alliance VITA répondant aux questions des parlementaires, mais celui des contributions préparées pour cette table-ronde.

 

Contribution de Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA :

 

I. Un projet de loi trompeur

Nous devons pour commencer éclairer ce qui se cache derrière un projet de loi et un débat qui nous semblent trompeurs à quatre titres.

D’abord, l’expression « aide à mourir » relève la dissimulation. Ce projet, c’est du suicide assisté articulé à de l’euthanasie, ni plus ni moins. Cette euphémisation criante n’est pas digne de la démocratie : comment vouloir légaliser des réalités aussi « sensibles » sans utiliser les mots correspondants, pire, en choisissant une expression positivement connotée, qui relève vite du chantage affectif. Peut-on être satisfait qu’on joue ainsi sur les mots alors qu’il s’agit de vie et de mort ?

Ensuite, deux des critères essentiels rendant éligible à cette prétendue « aide à mourir » sont à la fois larges et flous, en réalité indéfinissables et invérifiables. Le « pronostic vital engagé à moyen terme » et les « souffrances psychologiques insupportables ». Le docteur Trédan reviendra sur ce « moyen terme » qui oblige le médecin à la subjectivité. Quant aux « souffrances psychologiques insupportables » personne ne peut se permettre de les évaluer. Notre expérience d’écoute par notre service SOS fin de vie le confirme. Quand quelqu’un dit qu’il éprouve une souffrance psychique insupportable » ce serait un manque de respect que de prétendre le contester… On ouvre alors une boîte de Pandore.

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Tromperie également, malgré les effets d’annonce à propos des soins palliatifs dont ce projet de loi se permet de rabougrir singulièrement la définition en les réduisant à la lutte contre la douleur. Le développement satisfaisant qui ne cesse d’être promis n’aboutirait que bien après la mise en œuvre de cette loi. Cette promesse (celle qui était exigée par le CCNE) aura servi d’alibi et d’excipient à la prétendue « aide à mourir ». En réalité cette loi affaiblit, concurrence et dénature les soins palliatifs.

Enfin, on nous dit que cette loi pose des critères et des procédures stricts, garantis. Il n’en est rien. En faisant sauter le verrou, on impose à notre société un débat sans fin… Vous le mesurez certainement en entendant Monsieur Delfraissy (président du CCNE) parler de « loi d’étape » pour justifier que les mineurs soient – pour le moment – exclus de ce texte. Nous voulons quant à nous protéger l’interdit de tuer entre soignants et soignés.

Nous avons réuni, lors d’une rencontre internationale qui s’est tenue à Paris à la Maison de la Chimie le 28 février, des experts, soignants et témoins de 5 pays ayant légalisé suicide assisté ou euthanasie. Leur message est unanime : « N’ouvrez pas cette boite de pandore ! Il n’y a aucune raison que la France enraye l’effet domino que nous avons subi. »

II. La mise à mal de la prévention du suicide

 

Cette loi ruine la prévention du suicide. Nous sommes choqués qu’on désigne déjà des catégories de personnes comme éligibles au suicide ou à l’euthanasie (pour commencer les personnes atteintes de la maladie de Charcot, nous l’avons entendu chez plusieurs leaders politiques). C’est pour ces patients une discrimination injuste et violente, et également pour leurs proches et leurs soignants qui se battent à leurs côtés face au drame de cette maladie. Or, ce sont les plus fragiles et leurs proches qui ont le plus besoin d’être protégés de la désespérance.

Nous constatons déjà, à cause de ce débat, un effet Werther (contagion du suicide), un effet global ou institutionnel : notre service d’écoute et d’aide SOS fin de vie, reçoit des demandes de suicide de la part de personnes ayant uniquement des maladies psychiques. Elles croient qu’il est possible d’être suicidé !

Même crainte pour les personnes âgées. Lors de notre audition au cabinet de Mme Vautrin, sa conseillère a protesté que l’âge ne constituait aucunement un critère d’éligibilité. Mais M. Savignac, président de la MGEN et qui soutient l’ADMD, vient de déclarer : « Le taux de suicide des personnes âgées en France montre que la demande est déjà là ». Une telle déclaration émanant d’une personnalité mutualiste qui a de telles responsabilités dans le champ du financement de la santé a de quoi inquiéter. En réalité, c’est largement l’offre de suicide assisté (ou d’euthanasie) qui crée la demande…

 

III. Ce projet de loi est opposé à la liberté comme à la fraternité

 

A nos yeux, ce projet de loi est opposé à la liberté comme à la fraternité.

  • Le concept de l’aide à mourir (que nous considérons comme dissimulateur et piégé) est liberticide pour trois raisons.

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Nous entendons souvent qu’une telle loi n’enlèverait rien à personne et ne concernerait que ceux qui souhaiteraient suicide assisté ou euthanasie. En réalité, le concept « attractif » d’aide à mourir viendrait faire intrusion dans la vie de tous les patients et de leurs proches dans leurs moments de plus grande fragilité : « Suis-je de trop ? » devient la question. Tous, patients, proches et soignants seraient impactés.

Ensuite, quel est le sens d’une liberté exercée sous les inévitables pressions ? Nous les connaissons tous ; elles sont de deux ordres : pressions internes : une douleur mal apaisée, une souffrance psychologique mal accompagnée, de multiples peurs de ce qui pourrait advenir… Pressions externes : le regard des autres, le sentiment d’inutilité, la peur d’être un poids, de coûter… L’argument économique en période de crise budgétaire (y compris dans le domaine de la santé) est incontestable.

On joue avec le feu, car l’interdit de tuer protège les soignants de leur propre toute puissance, depuis le serment d’Hippocrate : « Je ne donnerai à quiconque du poison, même si on m’en fait la demande ».

Notons le grand paradoxe de l’autonomie avec cette loi qui s’en réclame : elle demande à un médecin de décider si, oui ou non, il va prescrire de quoi donner la mort à son patient. Le grand risque, quand on voit l’état de notre système de santé, c’est la décision suicidaire, prise à contrecœur, par défaut de prise en charge adaptée, comme on le voit Canada : des personnes en situation de handicap y optent pour l’ « aide médicale à mourir » (l’euthanasie), non parce qu’elles veulent mourir mais parce qu’elles n’ont pas de prise en charge adaptée.

Il faut enfin réaliser qu‘administrer la mort prive de moments imprévisibles, qui s’avèrent bien souvent plus essentiels qu’on ne le croit : nous en avons maints exemples. Cette mort sur ordonnance s’impose à toute une configuration familiale, et aux équipes médicales… Le deuil après suicide, quelle qu’en soit la modalité, est très lourd : au lieu de « consentir à l’imprévisible » on a fixé l’échéance, sans jamais savoir ce qu’on a, en réalité « volé » à la personne et à ses proches de sa vie…

  • Ce projet contredit enfin cette fraternité dont il se réclame.

Il y a au mieux une immense naïveté à penser que la fraternité conduit à la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie. Pensez au regard que tant de bien portants portent déjà sur les personnes en situation de handicap ou sur les personnes âgées dépendantes (qui souffrent de ce regard) : « plutôt mourir que d’être comme elles ! » Philippe Pozzo Di Borgo avait remercié ses soignants qu’ils ne l’ont pas au mot de sa désespérance quand, devenu tétraplégique, il voulait se suicider.

Nous ne sommes pas des îles d’auto-détermination : la culture nous influence. Or, une pensée dominante de dévalorisation et de mépris des faibles et de la fragilité contamine ce débat. En valorisant le fort contre le faible, elle pousse le faible à l’auto-exclusion, au nom d’une autonomie mal-comprise. Cette culture a quelque chose de fratricide.

L’expression « secourisme à l’envers » est apparue dans une version du texte de loi pour décrire l’action des soignants venant achever un patient qui aurait « raté » son suicide assisté. Elle était bien trouvée : nous estimons que cette loi instaurerait une fraternité à l’envers. Plutôt que pousser à mourir (qui serait à nos yeux une expression plus fidèle à ce que ce projet contient), nous estimons que le devoir de fraternité nous incite à aider à vivre, sans acharnement thérapeutique, ni euthanasie, ni incitation au suicide.

Contribution du docteur, Olivier Trédan, cancérologue, conseiller médical d’Alliance VITA.

En tant que cancérologue, mon métier consiste à mettre en œuvre, quotidiennement, un accompagnement des patients et des patientes dans trois périodes successives de la maladie : au moment du diagnostic du cancer, lors de la longue phase d’évolution du cancer et, lorsque cela s’avère nécessaire, dans la période de la fin de vie du patient. Je voudrais souligner deux points positifs dans l’évolution récente de la médecine en générale et de la cancérologie en particulier :

  • Premièrement : l’accompagnement des patients atteints d’une maladie jugée incurable doit intégrer le plus précocement possible des soins de support. Il est bien établi maintenant que la précocité de la mise en œuvre de cet accompagnement améliore la qualité de vie et la survie des patients ;
  • Deuxièmement : de nouvelles stratégies diagnostiques et thérapeutiques apparaissent régulièrement, améliorant l’espérance de vie des patients avec une rapidité jamais observée.

 

I. Une régression importante

 

Dans ce contexte, nous sommes nombreux à penser que le projet de loi actuel induirait une régression importante, en particulier dans l’alliance thérapeutique qui s’instaure de plus en plus entre les équipes soignantes et les malades.

Le développement de la médecine intégrative et multidisciplinaire pour une prise en charge globale des patients serait limité, voire contrecarré à tout moment par une possibilité d’ « aide à mourir » dans le parcours du patient. En effet, le pacte de confiance entre les soignants et le malade ne doit pas être abimé par une réponse immédiate et irréversible à une demande d’en finir. De mon point de vue, la dynamique vertueuse de l’amélioration de la confiance mutuelle, qui est toujours bénéfique pour les patients et leurs proches, s’arrêtera avec les demandes croissantes d’aide à mourir.

C’est le corps social tout entier qui en pâtirait.

II. Ce projet de loi induit de graves confusions

Aucun des médecins de mon entourage ne pourra être précis dans l’appréciation d’un « risque de décès à moyen terme ». En prenant en compte l’évolution ultra-rapide des innovations thérapeutiques et les fluctuations habituelles de l’état de santé des patients, comment pourrait-on prédire une date de décès dans une période de quelques semaines ou quelques mois ?  Combien de fois avons-nous été surpris de constater une survie prolongée chez un patient considéré comme au-delà de tout recours thérapeutique ?

De plus, ajouter le terme de souffrances « insupportables » en plus du terme « réfractaire » ajoute l’ambiguïté à l’ambiguïté. Quels critères médicaux objectifs poseront le diagnostic de douleur impossible à supporter ? Ce que je constate dans ma pratique, c’est que les souffrances les plus importantes des patients sont souvent liées à des situations de grandes fragilités sociales ou familiales.

Les réponses que les soignants peuvent apporter à cette souffrance sont pour l’instant insuffisante à cause des limites de notre système de santé, particulièrement en termes d’aide aux personnes. Il faudrait plus de moyens et d’engagement pour lutter contre l’isolement et l’abandon des personnes en fin de vie et les risques de suicide associés.

Enfin, il n’est pas réaliste de considérer qu’un patient fragilisé par une maladie incurable pourrait être « apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairé ». Quelle est la capacité de jugement d’un patient soumis depuis de longs mois à des traitements lourds ? Je vous rappelle que la plupart des affections graves altèrent, par elles-mêmes, les capacités cognitives, elles induisent des syndromes anxio-dépressifs réactionnaires et, le plus souvent, les traitements administrés ont des répercussions métaboliques et neuropsychiques.

J’observe par ailleurs un décalage entre la volonté affichée par le législateur de mettre au cœur des décisions médicales des procédures collégiales et ce projet qui ne propose qu’un seul soignant extérieur pour confirmer une demande de mort dans un contexte de souffrance morale importante.

Pour conclure, je suis persuadé que l’évolution que cette loi veut induire dans nos pratiques casserait la dynamique enclenchée il y a quelques années qui vise à améliorer la confiance entre soignants et malades. Elle pourrait induire un engrenage délétère avec des soignants qui douteront à nouveau et plus en plus de leur capacité à donner des soins proportionnés et adaptés à chaque patient. Nous voulions lutter contre la toute-puissance des médecins qui décidaient auparavant de la vie et de la mort des patients.

Un risque nouveau advient pour les patients : lorsque dans des périodes de détresse, ils demanderont à mourir, un processus expéditif pourrait s’enclencher pour aboutir en quelques jours à une mort provoquée, avec une possibilité d’abus de confiance et d’autorité.

 

Retrouvez tous nos articles sur le projet de loi sur la fin de vie.

Le Parlement européen confirme la GPA comme une pratique relevant de la traite humaine

Le Parlement européen confirme la GPA comme une pratique relevant de la traite humaine

Le parlement européen confirme la GPA comme une pratique relevant de la traite des êtres humains

Le 23 avril 2024, le parlement européen a adopté définitivement à une forte majorité l’évolution de la directive sur la traite des êtres humains établie en 2011 : 563 votes pour, contre 7 et 17 abstentions.

 

montageLe 6 octobre 2023, les députés européens avaient ajouté la gestation pour autrui (GPA) aux crimes de traite des êtres humains.

En plus de ce projet de position adopté par des députés de droite comme de gauche a été également approuvé le mandat de négociation avec le Conseil de l’Union européenne. La prochaine étape interviendra donc dans les prochaines semaines par la transcription de ces nouvelles mesures dans la directive révisée par le Conseil.

 

 
[CP] – Loi fin de vie : vers une « fraternité à l’envers »

[CP] – Loi fin de vie : vers une « fraternité à l’envers »

COMMUNIQUE DE PRESSE – 25 avril 2024

Loi fin de vie : vers une « fraternité à l’envers »

Tugdual Derville a d’abord tenu à lever l’ambiguïté autour de l’expression « aide à mourir ». Cette euphémisation est un piège qui dissimule le suicide assisté et l’euthanasie. Ce n’est pas digne d’une démocratie de légaliser des réalités aussi sensibles sans utiliser les mots correspondants. Il a aussi dénoncé le caractère flou et subjectif de deux critères d’éligibilité majeurs : le pronostic vital engagé à moyen terme et la souffrance psychologique insupportable, l’un et l’autre invérifiables et « augurant une boite de Pandore ».

S’agissant de ces critères, le Dr Olivier Trédan a souligné l’ambivalence des patients confrontés à de lourds traitements « dont l’expression de la volonté peut évoluer au cours d’une même journée ou d’un jour à l’autre ». Cela nécessite d’accompagner chaque patient dans ses besoins, sans jamais céder à la fatalité ou à la désespérance.

Pour Alliance VITA, le projet de loi prétend poser un cadre strict mais en faisant sauter le verrou, on impose à la société un débat sans fin que le président du Comité consultatif national d’éthique, Jean-François Delfraissy esquisse déjà lorsqu’il parle de de « loi d’étape » pour justifier que les mineurs soient exclus de ce texte. En outre les exemples étrangers montrent que partout où l’interdit de tuer a été levé, le cadre initialement fixé à titre exceptionnel a dérivé.

Ce projet de loi constitue une grande menace pour la prévention du suicide. Légaliser le suicide assisté revient à désigner des personnes comme éligibles au suicide et à saper la politique de prévention du suicide. Le grand risque, quand on voit l’état de notre système de santé, c’est la décision suicidaire, prise à contrecœur, par défaut de prise en charge adaptée.

Enfin la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie consacrerait l’abandon des plus fragiles et le renoncement à la solidarité. Tugdual Derville a ainsi souligné que : « nous ne sommes pas des îles d’auto-détermination. La culture nous influence et cette dévalorisation sous-jacente, ce mépris des faibles que nous portons parfois sur ceux qui sont devenus fragiles, risque de les pousser à l’auto-exclusion. La fraternité dont se réclament les promoteurs de cette loi est une fraternité à l’envers. »

 

Retrouvez tous nos articles sur le projet de loi sur la fin de vie.

 

 Contact presse

Claire-Anne Brulé

+ 33(0)6 67 77 14 80 – contactpresse@alliancevita.org

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[CP] – Loi fin de vie : N’excluons personne du soin !

[CP] – Loi fin de vie : N’excluons personne du soin !

COMMUNIQUE DE PRESSE – 23 avril 2024

Loi fin de vie

N’excluons personne du soin !

Le projet de loi fin de vie présenté en Conseil des ministres le 10 avril prévoit de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie derrière l’expression « aide à mourir ». Fermement opposée à ce projet inscrit dans une vision ultralibérale de la société, Alliance VITA lance une campagne de sensibilisation pour que personne ne soit exclu du soin.

A Paris, l’action d’information et de tractage se tiendra :

  • Le 29 avril à Montparnasse
  • Le 25 mai à Beaugrenelle

Légaliser le suicide assisté et l’euthanasie, alors que les priorités sanitaires sont tout autres, c’est prendre un double risque :

  • Que cette prétendue « aide à mourir » finisse par s’imposer comme un choix inévitable en cas de grave maladie faute de soins ou de soutien adapté.
  • Que des patients vulnérables qui se sentiraient « inutiles » et « coûteux » soient poussés à « choisir » ce type de suicide.

C’est pourquoi, les équipes d’Alliance VITA seront sur le terrain dès la fin du mois par des actions d’information et de tractage pour :

  • dénoncer l’absurdité de ce projet par rapport aux urgences sociales et sanitaires,
  • montrer son caractère ultralibéral en rupture avec la fraternité affichée,
  • démasquer ses conséquences délétères sur la prévention du suicide.

 

 Contact presse

Claire-Anne Brulé

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33 000 signatures remises à l’Elysée par le collectif Soulager mais pas tuer

33 000 signatures remises à l’Elysée par le collectif Soulager mais pas tuer

33000 signatures remises à l’Elysée par le collectif Soulager mais pas tuer

 

Après la présentation en Conseil des Ministres du projet de loi « relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie », Soulager mais pas tuer a organisé une conférence de presse autour de « bien et de mal portants » qui ont dénoncé le déni de fraternité que constitue cette prétendue “aide à mourir”. Ils ont aussi lancé un appel aux parlementaires : d’un droit à l’euthanasie, on dérape vite à un devoir. Le handicap, la dépendance ou la maladie appellent la solidarité et non le rejet.

 

Temps forts de la conférence de presse de Soulager mais pas tuer

Gérard Colin est handicapé de naissance à la suite d’une erreur professionnelle. On lui donnait 8 ans à vivre, il a aujourd’hui 69 ans ! Il vit dans un foyer et est engagé pour la défense des personnes en situation de handicap et pour améliorer l’accessibilité.

« Je suis en situation de handicap et j’aime la vie. Jamais je n’aurais voulu manquer l’expérience de la vie. Ma crainte c’est qu’il y ait des dérives comme au Canada où des personnes en situation de handicap ont demandé l’euthanasie parce qu’ils n’avaient plus les moyens de payer leur logement« .

 

Isabelle Mordant est polytechnicienne, mariée et mère de deux enfants. Elle accompagne son fils Thomas. Âgé de 25 ans, celui-ci est atteint d’une grave maladie génétique qui lui interdit tout mouvement. Isabelle est auteur de « Mystère de la fragilité » où elle raconte le parcours semé d’embuches que Thomas a dû affronter avec ses parents pour surmonter les obstacles liés à sa maladie et à une société où la fragilité est associée à l’échec et suscite le rejet.

« En tant que mère de Thomas, jeune mathématicien brillant et déjà, à 25 ans, enseignant-chercheur à l’Université Paris-Saclay, je veux témoigner que j’ai découvert, au fil des années, à quel point, malgré les difficultés indéniables de la maladie, Thomas mène une vie riche, épanouissante, heureuse, une vie qui lui confère une place pleine et entière dans notre société, ne serait-ce qu’à titre professionnel.

En tant qu’aidante, je souhaite dire, aussi, que pour mener cette belle vie, Thomas a besoin d’aide. Les aides existent mais elles sont encore très insuffisantes. Une « aide à mourir » serait, il faut bien le dire, plus simple à mettre en œuvre que toutes ces « aides à vivre », moins coûteuse, et d’une efficacité redoutable. J’en appelle donc solennellement à nos dirigeants : avant d’envisager la possibilité d’une aide à mourir, vous devez, d’abord et de manière exclusive, considérer la question de développer les aides à vivre dont tous les plus vulnérables d’entre nous ont terriblement besoin« .

 

Carolina Leitao de Moraes a 37 ans et habite Toulouse. Elle est dépendante du fait d’un handicap, moteur, visuel et auditif… Carolina s’insurge contre l’idée que le suicide puisse être présenté comme une voie possible.

« Tant de gens, même jeunes, mettent fin à leur vie parce qu’ils se sentent seuls, isolés, alors même qu’ils ne sont pas touchés physiquement par la maladie ou le handicap. Alors dire que la maladie légitimerait un suicide, d’autant plus un suicide par la main d’un tiers qui engage la conscience et la responsabilité d’autrui… est pour moi une absurdité ! En permettant le suicide assisté, quelles considérations pouvons-nous attendre et espérer des soignants si, d’une façon simple rapide, ils peuvent résoudre le problème par une injection… ?« 

 

Claire Boucher a 62 ans. Après avoir travaillé 32 ans, elle est à la retraite depuis 8 ans. Elle aime la vie malgré un handicap physique de plus en plus lourd et parfois douloureux. Claire est sensible à la fraternité qui appelle à n’exclure personne. Elle interpelle aussi les « bien portants » qui peuvent ressentir légitimement de la peur à la pensée de la vulnérabilité. Mais la peur ne doit pas dicter une politique.

« Ecoutez les sans voix, ceux qu’on n’a jamais vus sur un plateau de TV, ni entendus sur aucune antenne de radio. On nous dit que les Français ont été écoutés mais lesquels ? Celui qui se projette, celui qui ne veut pas mourir de façon indigne. Mais qu’est-ce qu’être indigne de vivre ? Tous égaux, nous sommes tous dignes de vivre quel que ce soit notre handicap ou notre maladie. Ecoutez-nous, entendez-nous« .

 

Caroline Brandicourt, Porte-Parole du collectif a terminé la conférence de presse en témoignant de son action en faveur des soins palliatifs.

 « Anticiper sa mort n’est qu’un semblant de liberté. Parce qu’on ne sait jamais ce dont on se prive… Il sera difficile à bien des personnes malades de ne pas demander la prétendue aide à mourir qu’on leur aura présentée comme une ultime liberté. Le risque est grand que par défaut de soins palliatifs accessibles, ils y soient poussés…»

 
Depuis sa création en 2014, le Collectif reste mobilisé pour la généralisation d’une véritable culture palliative et contre l’euthanasie et le suicide assisté, dans la fidélité à ses convictions que son logo résume : la main, signe de protection et de soin ; le cœur, signe de vie et de solidarité.
 
 
 
 
33000 signatures remises à l'elysée par soulager mais pas tuer

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Un texte du Vatican sur la dignité humaine

Un texte du Vatican sur la dignité humaine

« Dignité infinie » : Un texte du Vatican sur la dignité humaine

 

Mardi 9 avril 2024, un « ministère du Vatican [1] a rendu publique une déclaration sur la dignité humaine, intitulée Dignitas infinita (en latin, dignité infinie). Conformément aux demandes du pape François qui a contribué à l’aboutissement de ce texte, il présente un panorama étendu des atteintes à la dignité humaine, avec des références à ses prédécesseurs et de multiples citations du pape actuel.

 

Dans un contexte où ce mot est l’objet de définitions contradictoires et de controverses, le texte réaffirme la primauté de la « dignité ontologique » de l’être humain : c’est l’attribut spécifique de tout être humain sans aucune exception, attribut que rien, ni personne, ni lui-même ne pourraient lui enlever. Le texte distingue cette dignité ontologique de trois autres formes de dignité.

  • D’abord la « dignité morale » qui peut être perdue quand un mal épouvantable est infligé à autrui, par un comportement « indigne », mais cela n’enlève pas la dignité ontologique.
  • Ensuite « la dignité sociale » qui « se réfère aux conditions dans lesquelles la personne vit » (par exemple dans des modalités matérielles ou sanitaires indignes d’un être humain).
  • Enfin une «dignité existentielle », plus subjective, exprime la perception qu’a la personne de sa propre vie. En raison de difficultés ou drames, elle peut « vivre sa condition de vie comme « indigne », sans que sa dignité ontologique soit en rien effacée ».

Cette dignité ontologique inaliénable – et même « infinie » – est présentée comme la clé de voute de l’anthropologie chrétienne autant que comme « fondement des droits et des devoirs de l’homme ». C’est aussi « une référence objective pour l’exercice de la liberté humaine ». En raison du « caractère relationnel de la personne » le texte met en effet en garde contre « une liberté autoréférentielle et individualiste » dont le déploiement porte tôt ou tard atteinte à la dignité. C’est d’ailleurs notre commune dignité qui nous appelle au service d’autrui.

Le texte prend soin d’insister sur le caractère spécifiquement humain de la dignité. Si « chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres », « seul un “anthropocentrisme situé” est possible. » Car c’est notre dignité d’être humain qui nous incite à «prendre soin de l’environnement, en tenant compte en particulier de cette écologie humaine qui préserve son existence même.» Citant ici l’enseignement du pape François, le texte pointe l’importance d’une fraternité et d’un « ordre social » seuls capables de compenser le risque d’une « liberté » à sens unique, celle des forts et des riches s’exerçant au détriment des faibles et des pauvres, au mépris de leur dignité.

 

« Quelques violations graves de la dignité humaine »

Une fois posés ces enjeux généraux, suit, dans une plus longue dernière partie un panorama de « quelques violations graves de la dignité humaine ». Le texte ne prétend pas à l’exhaustivité, mais a le mérite d’inviter le lecteur à la cohérence.

  • Il commence par « le drame de la pauvreté », en fustigeant les écarts croissants entre riches et pauvres, « iniquité flagrante » dont « nous sommes tous responsables, à des degrés divers. »
  • Puis vient « la guerre », avec son cortège de drames et de deuils qui frappent les populations civiles. Le texte assume une prise de distance notable vis-à-vis du concept de « guerre juste » : « pour construire la paix, nous devons sortir de la logique de la légitimité de la guerre ».
  • Vient alors « le travail des migrants », dans un paragraphe qui se conclut par une citation du pape François : « les accueillir est une manière importante et significative de défendre la dignité inaliénable de chaque personne humaine indépendamment de son origine, de sa couleur ou de sa religion ».
  • On aborde alors « la traite des personnes » considérée comme « ignoble » sous toutes ses formes : commerce d’organes et de tissus humains, exploitation sexuelle d’enfants, travail d’esclave – y compris la prostitution –, trafic de drogues et d’armes, terrorisme et crime international organisé.

Un bref paragraphe insiste sur les « abus sexuels » que l’Eglise doit combattre « en commençant par elle-même ».

  • Plus inédit, suit un développement charpenté titré « Les violences contre les femmes ». Ce « scandale mondial » est présenté de façon détaillée, intégrant la nécessité d’une « égalité effective » incluant « la parité des salaires pour un travail égal, la protection des mères qui travaillent, un juste avancement dans la carrière, l’égalité des époux dans le droit de la famille, la reconnaissance de tout ce qui est lié aux droits et aux devoirs du citoyen dans un régime démocratique » (la citation est du pape Jean-Paul II !).
  • S’y ajoute la condamnation des violences sexuelles, auxquelles deux réalités sont rattachées : « la contrainte à l’avortement, qui touche aussi bien la mère que l’enfant, si souvent pour satisfaire l’égoïsme des hommes » et « la polygamie » qui est « contraire à l’égale dignité de la femme et de l’homme et est également contraire « à l’amour conjugal qui est unique et exclusif » ».
  • Vient enfin un paragraphe entier sur « le phénomène du féminicide » qui « ne sera jamais assez condamné », qualifié plus loin de « fléau » avec « de nombreuses situations de violence qui sont étouffées derrière tant de murs. » Une culture du respect de toutes doit se développer, avec « des attitudes de reconnaissance et de gratitude envers la femme, envers nos mères et nos grands-mères qui sont un rempart dans la vie de nos cités. »
  • Il n’est pas anodin que vienne juste après le sujet des violences faites aux femmes le paragraphe titré « l’avortement » puis celui qui traite de « la gestation pour autrui ». Le texte est ferme contre ces deux atteintes à la dignité.

L’avortement est proscrit au nom de la dignité de l’enfant humain à naitre, « en toute phase de son développement », dès la conception. Le texte dénonce les ambiguïtés de vocabulaire, en appelant, à propos d’avortement, à « appeler les choses par leur nom », et l’inversion des valeurs : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal !» Il précise que la « défense de la vie à naître » ne peut être distinguée de celle de l’ensemble des droits humains, qu’il faut protéger des « puissants du moment », et ajoute : « La seule raison est suffisante pour reconnaître la valeur inviolable de toute vie humaine ».

Ce n’est donc pas une question de religion, mais de justice universelle, même si la foi peut contribuer à l’engagement, comme celui de mère Teresa de Calcutta, qui est donné en exemple pour sa « défense de toute vie conçue ».

Même contestation de la GPA qui « traite l’enfant en simple objet » et « lèse gravement la dignité de la femme et de l’enfant. » C’est « en vertu de sa dignité inaliénable » que l’enfant a en effet le droit « d’avoir une origine pleinement humaine et non artificielle et de recevoir le don d’une vie qui manifeste en même temps la dignité de celui qui la donne et de celui qui la reçoit. »

Quant à la femme, elle ne saurait être « un moyen asservi au profit ou au désir arbitraire d’autrui ». C’est contraire à sa dignité, qu’elle soit contrainte à la GPA où qu’elle « décide librement de s’y soumettre ».

  • Les paragraphes qui suivent évoquent « L’euthanasie et le suicide assisté » qui ont « la particularité d’utiliser une conception erronée de la dignité humaine pour la retourner contre la vie elle-même. » Or, « il faut réaffirmer avec force que la souffrance ne fait pas perdre à la personne malade la dignité qui lui est propre de manière intrinsèque et inaliénable ». Il faut donc prendre soin, « en évitant tout acharnement thérapeutique ou toute intervention disproportionnée » mais en répondant aux besoins de la personne : « besoins d’assistance, soulagement de la douleur, besoins émotionnels, affectifs et spirituels ». La texte rappelle qu’« il n’y a pas de conditions sans lesquelles la vie humaine cesse d’être digne et peut donc être supprimée ».

 

Dans cette logique, « aider la personne suicidaire à mettre fin à ses jours est donc une atteinte objective à la dignité de la personne qui le demande, même s’il s’agit de réaliser son souhait. » Au contraire chacun a « le droit aux soins et aux traitements » en s’attachant à ce que « les plus faibles, notamment les personnes âgées et les malades, ne soient jamais écartés ». En effet, poursuit le texte qui cite ici encore le pape François : « la vie est un droit, non la mort, celle-ci doit être accueillie, non administrée. Et ce principe éthique concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens ou les croyants ».

Suit un titre original, « La mise au rebut des personnes handicapées » menacées par « une culture du déchet » alors que « la façon dont sont traités les plus défavorisés » est un critère clé pour mesurer le respect de la dignité humaine par une société. Il faut être capable de « prendre en charge la personne présente dans sa situation la plus marginale et angoissante et être capable de l’oindre de dignité » Bref, « tout doit être fait pour sauvegarder le statut et la dignité de la personne humaine ».

 

Théorie du genre et Changement de sexe

Viennent deux séries de paragraphes articulés titrés « Théorie du genre » puis « Changement de sexe ». Commençant par « réaffirmer que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect », le texte dénonce « toute marque de discrimination injuste », « toute forme d’agression et de violence », et notamment « le fait que, dans certains endroits, de nombreuses personnes soient emprisonnées, torturées et même privées du bien de la vie uniquement en raison de leur orientation sexuelle », ce qui est « contraire à la dignité humaine ».

En revanche, est assimilé « à la tentation séculaire de l’être humain » de se faire Dieu le fait de « vouloir disposer de soi, comme le prescrit la théorie du genre, sans tenir compte de cette vérité fondamentale de la vie humaine comme don ».

Par ailleurs, cette théorie « cherche à nier la plus grande différence possible entre les êtres vivants : la différence sexuelle », qui est « fondatrice », « la plus grande » mais aussi « la plus belle et la plus puissante » que l’on « puisse imaginer ». En réalité, « le sexe biologique (sex) et le rôle socioculturel du sexe (gender), peuvent être distingués, mais non séparés », d’où le rejet de « toutes les tentatives visant à masquer la référence à la différence sexuelle inéliminable entre l’homme et la femme. »

Pour aborder le changement de sexe, le texte commence par affirmer que « La dignité du corps ne peut être considérée comme inférieure à celle de la personne en tant que telle. » Or, « le corps humain participe à la dignité de la personne, dans la mesure où il est doté de significations personnelles, en particulier dans sa condition sexuée. » Par conséquent « Toute intervention de changement de sexe risque, en règle générale, de menacer la dignité unique qu’une personne a reçue dès le moment de la conception. »

Pour autant, le texte « n’exclut pas la possibilité qu’une personne présentant des anomalies génitales qui sont déjà évidentes à la naissance ou qui se développent plus tard, choisisse de recevoir une assistance médicale afin de résoudre ces anomalies. » Une telle intervention ne saurait être assimilée à un changement de sexe.

 

Violence numérique

Enfin, les deux derniers paragraphes intitulés : « Violence numérique » mettent sévèrement en garde contre les conséquences des « progrès des technologies numériques ». Certes, ils peuvent permettre de « promouvoir la dignité humaine » mais tendent aussi « de plus en plus à créer un monde dans lequel se développent l’exploitation, l’exclusion et la violence, qui peuvent aller jusqu’à porter atteinte à la dignité de la personne humaine. » Et d’évoquer la prolifération des « fausses nouvelles et des calomnies. »

Par ailleurs, comme l’écrit le pape François : « le monde numérique est aussi un espace de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence, jusqu’au cas extrême du dark web. » Et le texte de souligner le « risque de dépendance, d’isolement et de perte progressive de contact avec la réalité concrète » mais aussi « le cyber bizutage », la pornographie, et des « jeux de hasard » aboutissant à l’exploitation de la personne sans pudeur.

Résultat : « Le respect de l’autre a volé en éclats ». Ressort de cette dénonciation de la « face sombre du progrès numérique » un appel à ce qu’internet offre « plus de possibilités de rencontre et de solidarité entre tous » et à la « construction du bien commun ».

En conclusion, l’Eglise demande en effet que « le respect de la dignité de la personne humaine, en toutes circonstances, soit placé au centre de l’engagement pour le bien commun et de tout système juridique. »

 

La lecture de ce texte encouragera ses lecteurs dans leur engagement spontané à défendre la dignité humaine contre de multiples injustices : ils y trouveront l’argument-clé de la dignité ontologique de toute personne humaine. Certains découvriront à cette occasion que ce même argument vaut pour d’autres injustices, qu’ils ignorent ou négligent. Le grand mérite d’un tel panorama est bien cet appel à la cohérence. Le « tout est lié » cher au pape François sous-tend la publication de Dignitas infinita. Universelle autant qu’infinie, la dignité n’est-elle pas le trésor qui nous relie tous et nous invite à faire preuve d’humanité ?

 

[1] Le « Dicastère pour la doctrine de la foi »

 

Retrouvez nos articles sur l’écologie humaine | La prostitution | L’avortement | La recherche sur l’embryon humain.

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[CP] – Projet de loi fin de vie : 5 sujets d’inquiétude pour une mobilisation résolue

[CP] – Projet de loi fin de vie : 5 sujets d’inquiétude pour une mobilisation résolue

COMMUNIQUE DE PRESSE – 10 avril 2024

Projet de loi fin de vie

5 sujets d’inquiétude pour une mobilisation résolue

Présenté en Conseil des ministres, le projet de loi fin de vie acte le suicide assisté et l’euthanasie maladroitement dissimulés derrière une « aide à mourir ». C’est d’autant plus choquant et inquiétant qu’avec le plan décennal de soins palliatifs présenté par la ministre du travail, de la santé et des solidarités, on est loin de répondre aux besoins des Français.

Quant aux critères d’éligibilité, maladie grave et incurable, volonté libre et éclairée, pronostic vital engagé à moyen terme, souffrances physiques ou psychologiques réfractaires ou insupportables, on entend déjà qu’ils seraient difficiles à appliquer. La seule notion de pronostic vital engagé à moyen terme ouvre la porte à toutes les dérives dans la mesure où les études montrent partout dans le monde qu’il est impossible de prédire avec fiabilité la mort à moyen terme. Une fois l’interdit de tuer levé par une loi qui entend répondre à des demandes prétendument exceptionnelles, nul doute que le cadre initialement fixé finirait par sauter.

  • Nous sommes inquiets face au choix du gouvernement d’accélérer sur la mise en place d’une mort administrée : si la loi était adoptée, le risque serait grand de voir l’euthanasie et le suicide assisté s’imposer aux patients par défaut d’accès aux soins nécessaires.
  • Nous sommes inquiets pour la prévention du suicide dont la légalisation d’un « suicide assisté » ruinerait l’universalité.
  • Nous sommes inquiets pour les soignants entrainés dans ces protocoles effarants, alors qu’une majorité a rappelé que « donner la mort n’est pas un soin ».
  • Et nous sommes surtout inquiets pour les personnes vulnérables qui ont particulièrement besoin d’être protégées, accompagnées et soulagées, plutôt que poussées implicitement vers la sortie.

Telles sont les 5 raisons de notre opposition résolue.

Dès le début de l’examen du texte, nous nous mobiliserons devant l’Assemblée nationale. Avec des soignants et des personnes fragilisées par la maladie nous dirons notre refus de l’euthanasie et du suicide assisté et nous défendrons une société fondée sur l’interdépendance, la solidarité et une fraternité qui aide à vivre, sans jamais pousser à mourir.

 Contact presse

Claire-Anne Brulé

+ 33(0)6 67 77 14 80 – contactpresse@alliancevita.org

projet de loi fin de vie : 5 sujets d’inquiétude pour une mobilisation résolue

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Une mobilisation majeure pour l’abrogation universelle de la GPA

Une mobilisation majeure pour l’abrogation universelle de la GPA

Une mobilisation majeure pour l’abrogation universelle de la GPA

 

Cette conférence est une étape majeure un an après le lancement de la déclaration de Casablanca, une  proposition de Convention internationale pour l’abolition universelle de la gestation par autrui (GPA) soutenue par des experts de 75 pays.

 

Le choix de l’Italie pour cette première conférence a un sens particulier. Une proposition de loi est en cours d’examen au parlement italien qui vise à rendre l’interdiction de la GPA encore plus stricte en pénalisant les commanditaires. Des députées de la plupart des partis italiens de droite comme de gauche sont intervenues en présence de la ministre italienne de la famille, de la natalité et de l’égalité des chances, Eugenia Roccella.

Tout au long des deux jours sont intervenues des expert venus d’Europe, d’Amérique latine, des Etats-Unis et d’Afrique. Olivia Maurel, porte-parole de la Déclaration de Casablanca, elle-même née de GPA a donné son témoignage et encouragé à stopper cette pratique qui conduit à marchandiser les enfants et contrevient gravement au droit des femmes.

Sont également intervenues Reem ALSALEM, rapporteure spéciale à l’ONU sur la violence contre les femmes et les filles et Velina Torodova, membre du Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU. Ces deux représentantes onusiennes sont venues en tant qu’observatrices, rappelant qu’aucune position officielle n’avait été prise sur cette question. Cependant une avancée notable a eu lieu en 2024 avec le vote des députés européens qui confirme que la GPA est une pratique relevant de la traite des êtres humains.

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[CP] Stratégie décennale de soins palliatifs : déception et inquiétude

[CP] Stratégie décennale de soins palliatifs : déception et inquiétude

Communiqué de presse

Stratégie décennale de soins palliatifs : déception et inquiétude

 

1,1 milliard d’euros sur 10 ans pour les soins palliatifs, tel est le montant annoncé par la ministre du travail, de la santé et des solidarités dans un entretien au Monde.

Catherine Vautrin indique que « Les crédits de la Sécurité sociale engagés aujourd’hui pour les soins palliatifs sont de 1,6 milliard d’euros par an. » Une progression qui représente une croissance annuelle de 6%. En tenant compte de l’inflation qui vient diminuer l’impact positif de cette hausse, il est difficile de voir comment les besoins réels des Français seront couverts d’ici 2034. Selon les propos de la ministre elle-même, 50% des Français n’ont toujours pas accès à ces soins.

Comment peut-on prétendre que 235 lits supplémentaires en 2025 vont faire une différence alors que des centaines de milliers de français qui en ont besoin n’ont pas accès aux soins palliatifs ? En revanche si la loi fin de vie est votée, ils auront accès dès 2025 à l’ « aide à mourir ». Le risque est grand de voir l’euthanasie et le suicide assisté s’imposer aux patients par défaut d’accès aux soins nécessaires. Cette réalité est difficile à concilier avec l’objectif présenté par le gouvernement que la première chose qu’on va proposer à une personne, « ce sont des soins palliatifs ».

Quant aux soins d’accompagnement censés embrasser une dimension élargie des soins palliatifs, ils correspondent en réalité à la définition que livre l’OMS des … soins palliatifs. Il y a lieu de s’interroger sur cette volonté permanente de changer les mots.

Il y aussi lieu de s’inquiéter sur la vocation finale de ces maisons d’accompagnement dont la ministre elle-même précise que si leur but premier n’est pas d’y pratiquer l’ « aide à mourir », « nous verrons en fonction de l’expérimentation ».

Face aux besoins des Français, le gouvernement renonce à faire des choix ambitieux qui permettraient d’assurer à tous un accès égal aux soins palliatifs. Il fait au contraire le choix d’accélérer sur la mise en place d’une mort administrée. Dans un système de santé en crise et un contexte économique et budgétaire tendu, ce choix risque d’être lourd de conséquences pour les plus fragiles de notre société.

Alliance VITA appelle à renoncer à ce projet qui mine la solidarité nationale et à tout mettre en œuvre pour que le système de santé français accueille tous les patients qui en ont besoin.

Voir tous nos communiqués de presse.

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Les progestatifs, un nouveau scandale de santé publique ?

Les progestatifs, un nouveau scandale de santé publique ?

Les progestatifs, un nouveau scandale de santé publique ?

 

Le tribunal administratif de Montreuil a enregistré fin mars 2024 deux requêtes qui visent à engager la responsabilité de l’Etat, au travers de l’Agence nationale du médicament (ANSM), pour le retard pris dans l’information auprès des prescripteurs comme des patients des risques de méningiome en cas de prise de progestatifs.

Aujourd’hui, des femmes demandent réparation pour les préjudices subis. D’autres requêtes suivront. L’avocat chargé de les défendre annonce détenir 450 dossiers de femmes ayant consommé de l’Androcur ou d’autres progestatifs, Lutéran et Lutényl. Il y aurait 50 expertises judiciaires individuelles ordonnées, dont les 20 déjà terminées ont toutes retenu le lien de cause à effet entre la prise de ces médicaments et l’apparition de ces méningiomes. Une association de victimes de méningiomes a vu le jour en 2020 : AMAVEA.

Entre 2019 et 2020, des études épidémiologiques successives ont démontré que ce risque augmente avec la dose reçue, pour trois progestatifs (Androcur, Lutenyl, Lutéran et génériques). Dans un communiqué de janvier 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) indiquait que dans le cadre d’une surveillance renforcée à la suite de ces études, des cas de méningiome survenus lors de traitements par d’autres progestatifs ont été aussi constatés. Un effet « classe » des progestatifs sur le risque de méningiomes ne pouvait donc être exclu.

Qu’est ce qu’un méningiome ?

Le méningiome désigne une tumeur des méninges, membranes qui entourent le cerveau et la moelle épinière. Il touche donc le cerveau mais peut aussi se situer dans la colonne vertébrale. Les signes évocateurs d’un méningiome peuvent être très différents selon sa taille et sa localisation. Les symptômes les plus fréquents sont les suivants (liste non exhaustive) : maux de tête fréquents, troubles de l’audition, vertiges, troubles de la mémoire, troubles du langage, faiblesse, paralysie, troubles de la vision, perte d’odorat, convulsions, nausées… Elles sont complexes à soigner, demandent parfois des opérations chirurgicales délicates et de longues convalescences.

Cette maladie peut bouleverser la vie des personnes touchées. Le méningiome peut être découvert lors d’un scanner ou d’une IRM réalisé devant des symptômes variés, comme des maux de tête, ou parce qu’il entraîne déjà un dysfonctionnement du cerveau (crise d’épilepsie, déficit neurologique, troubles de la conscience…). Le traitement est chirurgical, associé parfois à de la radiothérapie. Les récidives ne sont pas rares.

A quoi servent ces traitements ? 

Les progestatifs sont des médicaments prescrits parfois en dehors de leur autorisation de mise sur le marché (AMM) dans diverses pathologies gynécologiques (endométriose, fibromes, règles particulièrement longues et/ou abondantes, troubles du cycle), dans le traitement hormonal substitutif (y compris ménopause) ; mais aussi en obstétrique (stérilité par insuffisance lutéale, avortements à répétition) ou encore dans les processus de « transition de genre ».

Sous certaines indications, des personnes ont été amenées à ce traitement pendant des années, voire des décennies. Or, le sur-risque de méningiome, connu depuis les années 2010, s’intensifie à mesure que la dose et la durée du traitement par acétate de cyprotérone augmentent.

Androcur (acétate de cyprotérone)

Ce médicament contient un dérivé de la progestérone. Il a une action antihormonale (anti-androgénique) : il s’oppose à l’action des hormones androgènes (essentiellement la testostérone) et inhibe donc les effets des hormones sexuelles mâles. C’est pour cela qu’il est utilisé hors AMM dans les processus de de « transition de genre » par les hommes qui désirent réduire leurs caractères sexuels physiques masculines (pilosité, masse musculaire… ) et faire évoluer des caractères sexuels secondaires féminins (taille de seins).

Chez l’homme, son action permet de ralentir la croissance des cellules de la prostate. Il est donc indiqué dans le cas du cancer de la prostate.

Chez la femme, les hormones androgènes sont présentes en petite quantité et sont impliquées dans les troubles de la pilosité et des excès de sébum. Ce traitement est utilisé dans les cas sévères d’acné et d’hirsutisme (pilosité excessive)

Lutényl et génériques (acétate de nomégestrol) et Lutéran et génériques (acétate de chlormadinone)

Ce sont des dérivés de la progestérone. Ils sont utilisés dans certaines maladies gynécologiques invalidantes comme l’endométriose, les règles très abondantes, irrégulières et prolongées, qu’elles soient ou non en lien avec un fibrome. Ces médicaments sont quelquefois prescrits hors AMM comme contraceptif.

Des risques connus de longue date

L’identification du risque de favoriser l’apparition de méningiome n’est pas récente. La première alerte de pharmacovigilance remonte à 2004. Dès 2007, une étude sur Androcur le mettait déjà en lumière. Il a été clairement établi et rendu public par l’ANSM en 2018 dans une étude menée sur 4000 000 femmes. Cette même année des témoignages bouleversants de femmes émergeaient.

En 2019, le risque accru de développer des tumeurs intracrâniennes pendant la grossesse chez les femmes ayant été auparavant traitées par Androcur, bien après l’arrêt du traitement, était aussi révélé. En effet, dans le cas où une femme ayant été sous traitement aurait développé un méningiome non connu ou non détecté, la période de grossesse devient singulièrement à risque puisque naturellement le corps se met à produire une quantité très importante de progestérone, ce qui déclenche l’augmentation brutale de la taille du méningiome.

Dans une étude portant sur 287 femmes, 56% avaient été sous Androcur pour des cas d’acné ou de contraception, sur une durée moyenne d’exposition de 15 ans… On y découvre aussi que les premiers diagnostics de méningiome remontent à 1995.

Les recommandations accompagnant les prescriptions ont évolué depuis 2018. D’abord, les professionnels ne devaient pas prescrire ou arrêter le traitement en cas de survenue de méningiome. Puis, en 2020, le dépistage par IRM est instauré en début et en cours de traitement.

Pour la présidente de l’association AMAVEA, Emmanuelle Huet-Mignaton, « dix ans ont été perdus », avant que les prescripteurs ne soient correctement informés des risques. Or, « ce retard dans la délivrance d’une information précise et circonstanciée constitue une faute de l’Autorité de santé », précise Maître Joseph-Oudin, l’avocat des femmes ayant déposé ces requêtes. « Cette affaire des progestatifs constitue un scandale de santé publique majeur. Pendant des années, des milliers de femmes ont été exposées à des doses très importantes d’un produit pourtant suspecté de créer des tumeurs cérébrales très graves ».

 

Retrouvez tous nos articles sur la santé.

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Loi fin de vie : peut-on ignorer les pressions économiques ?

Loi fin de vie : peut-on ignorer les pressions économiques ?

Loi fin de vie : peut-on ignorer les pressions économiques ?

 

Le débat sur le projet de loi « fin de vie » comporte des aspects économiques qui méritent d’être explicités pour en éclairer toutes les facettes.

 

Le soutien aux soins palliatifs

Un des engagements forts d’Emmanuel Macron dans son discours annonçant un projet de loi portait sur les soins palliatifs : « Je crois qu’une solution unanimement préconisée doit être maintenant rigoureusement mise en œuvre. Il nous faut mieux faire appliquer la loi Claeys-Leonetti, comme le souligne aussi très bien la mission d’évaluation de l’Assemblée nationale. Nous avons en la matière une obligation d’assurer l’universalité de l’accès aux soins palliatifs, de diffuser et d’enrichir notre culture palliative et de rénover la politique de l’accompagnement du deuil« . Le plan décennal qui était prévu pour décembre 2023 n’est pas encore publié. Il est donc difficile de se prononcer, mais quelques éléments sont déjà disponibles.

La filière des soins palliatifs représente, dans les dépenses publiques, un montant avoisinant 1.5 milliard d’euros. Cette estimation se retrouve dans le rapport de la Cour des Comptes publiés l’an dernier. Par comparaison, le budget annuel de la Sécurité Sociale a été fixé dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2024 à 640 milliards d’euros. Les soins palliatifs représenteraient ainsi 0.25% du budget global.

Dans une analyse précédente, nous avons proposé une évaluation des allocations du dernier plan : elles suffisaient à peine à couvrir l’inflation courante. Concernant 2024, la Ministre de l’époque avait évoqué en séance à l’Assemblée Nationale une enveloppe de  » 20 millions d’euros supplémentaires pour entamer la création d’une filière de prise en charge palliative, conformément à l’instruction donnée aux ARS. C’est l’une des premières briques du développement des soins palliatifs« . L’insuffisance des montants actuels est bien connue du monde des soignants et des décideurs politiques : au moins la moitié des personnes ayant besoin de soins palliatifs n’y auraient pas accès.

Concernant le futur plan décennal, sa publication est repoussée depuis décembre. Récemment, le chiffre d’un milliard supplémentaire à horizon 2034 a circulé, sans détail sur le rythme et les montants alloués. Une progression linéaire entre 1.5 à 2.5 milliards d’euros sur 10 ans représente une croissance annuelle de 5.2%. En tenant compte de l’inflation qui vient diminuer l’impact positif de cette hausse, il est difficile de voir comment les besoins réels des Français seront couverts d’ici 2034.

Et comme le souligne la société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), ces besoins seront probablement en hausse avec le vieillissement de la population.

Pourtant, le Comité Consultatif National d’Ethique CCNE lui-même, dans son avis 139 donnant un feu vert à une forme de mort administrée, insistait sur le développement des soins palliatifs selon deux axes :

  1. Imposer les soins palliatifs parmi les priorités des politiques de santé publique.
  2. Assurer le développement effectif d’une discipline universitaire (idéalement interdisciplinaire) consacrée aux soins palliatifs avec nomination d’un universitaire dans chaque faculté de santé.

Interrogée directement sur ce point par le magazine La Vie le 3 avril, la ministre Catherine Vautrin parle d’un « engagement fort » mais ne donne aucun chiffre ni aucun engagement dans un contexte budgétaire très défavorable cette année. Pour 2023, le déficit budgétaire, prévu à 4.9% par le gouvernement, a atteint 5.5%  selon le chiffre officiel de l’INSEE, soit 154 milliards d’euros.

. Pour 2023, le déficit budgétaire, prévu à 4.9% par le gouvernement, a atteint 5.5%  selon le chiffre officiel de l’INSEE, soit 154 milliards d’euros.

Le risque est important de voir un dispositif de mort administrée se mettre en place alors même que les carences dans l’accès aux soins augmentent.

 

Les impacts budgétaires d’une mort administrée

Sans être au cœur des débats, la question des économies budgétaires a déjà été évoquée. Un des soutiens de l’ADMD, le philosophe André Comte Sponville, l’avait abordée dans son argumentaire en faveur de l’euthanasie. Alliance VITA a aussi relevé et questionné le soutien constant que des mutuelles apportent au projet d’euthanasie.

Le risque est non négligeable d’un véritable conflit d’intérêt entre une entreprise qui doit équilibrer ses comptes et les besoins d’un patient à être soigné et pris en charge jusqu’à la fin de sa vie.

Au Canada, l’officiel Bureau du Directeur parlementaire du Budget a publié un rapport sur le dispositif d’euthanasie (dénommée Aide Médicale à Mourir). Sa conclusion chiffrait des économies budgétaires.

Au-delà des erreurs inévitables sur ce type de calcul (une analyse poussée est proposée par Alliance VITA ici), c’est la démarche elle-même qui pose une question. Quelle culture sociale est promue lorsqu’on calcule un bénéfice pour un pays grâce à la mort anticipée des malades ou des personnes en fin de vie ?

Les partisans de l’euthanasie présentent souvent leur revendication comme un pas en avant pour l’autonomie de chaque individu. Les difficultés budgétaires actuelles devraient au contraire alerter sur les pressions réelles que subiront le système de santé et ses usagers, les patients, si le suicide assisté et l’euthanasie sont légalisés.

 

loi fin de vie

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Avortement : nouvelle offensive au parlement européen

Avortement : nouvelle offensive au parlement européen

Le parlement européen a adopté le 11 avril 2024 une résolution visant à inscrire l’avortement dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

 

Présentée par les groupes de gauche rassemblant les Socialistes et démocrates (S&D), Renew Europe (centristes et libéraux), les Verts et The Left (gauche radicale), la résolution  a été adoptée à 336 voix pour, 163 contre et 39 abstentions. Deux autre résolutions alternatives étaient présentées, l’une  par le groupe PPE, et l’autre par le groupe conservateur ECR. Ces deux dernières n’ont pas été soumises au vote dans la mesure où la première, présentée en première position, a été adoptée à la majorité simple.

 

Un vote en décalage avec la réalité européenne comme cela était souligné par les auteurs des résolutions alternatives qui appelaient à une politique de prévention de l’avortement et de soutien économique et social aux femmes enceintes.

Après l’inscription de l’avortement dans la constitution française, le débat avait été à nouveau porté au parlement européen le 14 mars dernier.

Ce vote n’est cependant pas contraignant.

Une résolution similaire avait déjà été votée le 7 juillet 2022 sous la présidence de la France juste après la décision de la cour suprême des Etats-Unis d’abroger l’arrête Roe vs Wade le 24 juin 2022. Avec cette résolution, les députés demandaient également au Conseil européen de discuter d’une Convention permettant de réviser les traités, pour y ajouter à l’article 7 de la Charte que ‘‘toute personne a droit à un avortement sûr et légal’’.

 

L’incompétence de l’Union européenne en matière d’avortement

Lors des débats du 14 mars plusieurs groupes ont rappelé que l’avortement n’est pas de compétence européenne.

L’absence de compétence de l’Union européenne (UE) à l’égard de l’avortement a été confirmée à plusieurs reprises par les institutions européennes (Parlement européen, Commission européenne et Conseil européen). Le 30 avril 2012, le Commissaire européen chargé de la Santé, John Dalli, répondait à une question posée par des députés (E-002933/2012) : « Compte tenu de la dimension éthique, sociale et culturelle de l’avortement, il appartient aux États membres d’élaborer et de faire appliquer leurs politiques et leur législation en la matière. La Commission n’entend pas compléter les politiques nationales de santé publique dans ce domaine».

La santé publique relève de la compétence interne des Etats membres.

Selon l’article 168 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, l’UE possède seulement une compétence d’appui en la matière, lui permettant de soutenir les choix des Etats membres concernant :

  • l’amélioration de la santé publique ;
  • l’information et l’éducation en matière de santé ;
  • la prévention des maladies et des causes de danger pour la santé physique et mentale ;
  • la lutte contre les grands fléaux, en favorisant la recherche sur leurs causes, leur transmission et leur prévention ;
  • la surveillance, l’alerte et la lutte contre les menaces transfrontières graves sur la santé ;
  • la réduction des effets nocifs de la drogue sur la santé.

Le fait que l’avortement soit pratiqué par des professionnels de la santé (médecins ou sages-femmes) n’en fait pas pour autant un soin de santé.

La Directive 2011/24, relative à l’application des droits des patients en matière de soins de santé transfrontaliers, prévoit d’ailleurs que par « soins de santé », il convient d’entendre « des services de santé » visant à « évaluer, maintenir ou rétablir l’état de santé » d’un patient (article 3 a). La Directive précise au demeurant que la définition des soins de santé ressort de la compétence exclusive des États membres, de telle sorte qu’« aucune de ses dispositions ne devrait être interprétée d’une manière telle qu’elle porte atteinte aux choix éthiques fondamentaux opérés par les États membres » (considérant 7).

 

Une modification improbable de la charte des droits fondamentaux

Depuis son élaboration en décembre 2000, cette charte n’a jamais été modifiée. Depuis décembre 2009 et l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, la Charte des droits fondamentaux de l’Union a la même force juridique obligatoire que les traités. Une modification nécessiterait un accord unanime des 27 pays et demanderait un débat de fonds.

Pour Alliance VITA, la constitutionnalisation de l’IVG en France est non seulement déconnectée des urgences sociales mais elle banalise encore davantage un acte qui met la vie humaine en jeu.

Comme en France, les priorités européennes sont tout autres. Partout en Europe on observe une baisse de la natalité et un recul de l’âge de la maternité. Prévenir l’avortement et travailler à soutenir les femmes et les couples dans l’accès à la parentalité, serait un projet d’avenir d’autant plus nécessaire.

 

Voir tous nos articles sur l’IVG.

Education à la sexualité à l’école : un programme qui suscite des inquiétudes

Education à la sexualité à l’école : un programme qui suscite des inquiétudes

Education à la sexualité à l’école : un programme qui suscite des inquiétudes

 

Le sujet de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle à l’école est un sujet brûlant.

Alors même que le rôle de l’école est d’instruire, est-ce aux établissements scolaires de prendre en charge une telle éducation qui relève de l’intime ? Et cela, dès la maternelle ? A quel âge faut-il parler de quel sujet, et qui doit le faire afin de respecter en chaque élève sa liberté de conscience ? Comment répondre à tous les enjeux posés par la sexualité : prévention des violences, apprentissage du respect et des limites, image de soi et des autres, santé et responsabilité ?

En juin 2023, le ministre de l’éducation Pap Ndiaye a commandé au Conseil supérieur de l’éducation (CSP) un projet pour un vrai programme d’éducation à la sexualité traversant tous les niveaux. Le CSP a rendu sa copie en mars dernier. Il fait l’objet de consultations et le texte définitif, attendu pour le mois de mai, devrait entrer en application en septembre 2024.

 

I. Pourquoi ce programme scolaire d’éducation à la sexualité ?

  • L’éducation à la sexualité à l’école, prévue dans la loi depuis 2001

Cette éducation à la sexualité est en réalité prévue par la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, qui statue que le code de l’éducation est complété par une section ainsi formulée : « Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. Elles peuvent associer les personnels contribuant à la mission de santé scolaire et des personnels des établissements […] ainsi que d’autres intervenants extérieurs. »

Dans les faits, ces trois séances annuelles sont loin d’être réalisées.  Certains pointent une lacune, quand d’autres estiment que ce n’est pas à l’école d’assurer un rôle d’éducation à la sexualité.

 

Avec ce document publié le 5 mars 2024, le Conseil supérieur des programmes s’emploie à couvrir l’intégralité de la scolarité, de la petite section à la Terminale : 65 pages de préconisations et de tableaux synthétiques proposent, en face des objectifs et des compétences à acquérir, des exemples d’activités à mettre en place, et le cas échéant, de « co-animation » (séances en interdisciplinarité). Au collège et lycée, sont ainsi mobilisées l’ensemble des matières enseignées aux élèves, de la SVT au français.

Un niveau de détail et un nombre de compétences et notions censés permettre une application simplifiée pour les professeurs, mais qui interroge tout de même sur la formation dont bénéficieront les personnels scolaires pour animer ces séances.

Par ailleurs, dans les pages d’orientation générales pour les différents cycles (voir pp. 18, 33 et 49 du programme), on trouve la mention suivante : « L’association éventuelle avec des intervenants ou des partenaires extérieurs agréés est conçue sous l’autorité des équipes pédagogiques responsables, pour permettre une insertion cohérente au sein de la programmation retenue. » Les critères que doivent respecter les structures extérieures pour obtenir l’agrément ne sont pas renseignés. Les parents sont ainsi laissés dans l’ignorance face aux associations qui interviennent auprès de leurs enfants.

 

II. Des points intéressants

  • Les dimensions affective et relationnelle intégrées à l’éducation à la sexualité

Alliance VITA, dans une contribution écrite adressée au CSP en novembre 2023 sur le sujet faisait plusieurs propositions. L’une des recommandations principales de cette note était de « renforcer la dimension affective et relationnelle dans l’éducation sexuelle » des jeunes. Force est de constater que le programme essaie de tenir ensemble trois axes tout au long de la scolarité. Il s’agit d’apprendre à « se connaître, vivre et grandir avec son corps », mais aussi à « rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir » et enfin à « trouver sa place dans la société, y être libre et responsable ». La sexualité serait ainsi globalement intégrée dans un développement complet de la personne humaine, en lien notamment avec le développement affectif.

  • Prévention des violences sexuelles et repérage d’enfants en danger

Un des points positifs de ce programme est l’attention portée à la prévention des violences de nature sexuelle envers les enfants, avec une éducation progressive aux notions d’intimité, de respect de son corps et de celui des autres, de « bon » ou « mauvais » secret, d’adultes de confiance.

  • La pornographie évoquée, mais une prévention à renforcer

pornographie enfence danger rapport Malheureusement, comme le montre une étude de l’Arcom datant de mai 2023, les adolescents sont exposés de plus en plus jeunes à la pornographie. Ainsi, 51% des garçons de 12 ans et 65% des garçons de 16 ans se rendent sur un site pornographique chaque mois (contre 55% des hommes majeurs). Le programme évoque ce sujet, en prévoyant pour les classes de quatrième une sensibilisation au fait que la pornographie ne représente pas la réalité avec la notion ainsi rédigée : « Mettre en évidence que la pornographie représente, de manière faussement réaliste et stéréotypée, des actes sexuels fragmentés, violents et dépourvus de toute dimension affective ou sentimentale. ».

En terminale, l’angle est celui de la différence entre érotisme et images explicites avec l’item suivant : « Comprendre les fondements et les mécanismes de la fabrique culturelle de l’excitation et de ses modèles (pornographie et violence) dans une société d’images et de réseaux qui ne laisse que peu de place à l’imaginaire […] »

Cet enjeu d’importance aurait néanmoins mérité un traitement plus ambitieux : par exemple la question de l’addiction à ce type d’images et les répercussions sur la personne et sa sexualité ne sont même pas évoquées. Rien n’est dit de l’influence de la pornographie sur la société toute entière, qu’elle imprègne de violence et de stéréotypes comportementaux qui dégradent l’ensemble de notre culture et des relations humaines, surtout chez les jeunes.

 

III. Des points qui interrogent

  • Peu de nuances sur la contraception et l’IVG

pilule contraceptive Nulle part dans l’éducation à la sexualité n’est abordée la question cruciale de la différence entre les filles et les garçons sur le plan de la relation affective et de la relation sexuelle.

Si l’information sur la contraception fait largement partie intégrante du programme, elle reste présentée comme la « solution miracle » sans la moindre nuance. On n’y trouve aucune mention des risques pour la santé de certaines contraceptions hormonales, de l’efficacité des méthodes contraceptives qui n’est jamais garantie à 100% (décalage entre efficacité théorique et pratique, indice de Pearl), de la fertilité particulièrement importante des jeunes filles. Rappelons que 72% des femmes qui ont vécu une IVG étaient sous contraception quand elles ont découvert leur grossesse. (Source : IGAS 2010).

Pour une meilleure prévention de l’avortement, il serait intéressant d’apporter aux jeunes une informations plus complète sur les causes et les conséquences de cet acte, le rôle du garçon, les alternatives…

  •  « Distinguer sexualité et reproduction » : un artifice trompeur

A plusieurs reprises dans le projet de programme, le fait de « distinguer sexualité et reproduction » est présenté comme une compétence à acquérir. Les grossesses « non prévues » ou « non désirées » sont toujours présentées comme un « risque », au même titre que les IST notamment. Cela participe d’une culture qui vise à banaliser l’avortement plutôt qu’à l’éviter. Rappeler que la sexualité et la procréation, terme plus approprié que reproduction, sont liées permettrait d’éviter bien des malentendus.

  • Un discours « orienté » sur le genre

changement de sexe S’il est évidemment positif que les jeunes élèves soient laissés libres de choisir leurs jeux selon leurs préférences et leurs goûts (petite section : « Diversifier les activités proposées pour permettre à chacun de s’épanouir : favoriser une utilisation mixte et ouverte à tous de tous les coins jeux (coin cuisine, garage, bricolage, déguisement) et cela selon les goûts de chacun ; ouvrir à tous les élèves les activités proposées en classe : projets artistiques, constructions en volume et activités physiques. »), il est en revanche problématique de vouloir à toute force leur faire intégrer des notions de « stéréotypes » ou de rôles « assignés »…

Ce qui est prévu notamment en moyenne section : « Décrire et échanger à partir de la lecture d’albums ou d’imagiers en explicitant les assignations de rôle et les stéréotypes perceptibles. » et en grande section : « expliciter, à partir d’albums stéréotypés, les rôles des personnages ; réfléchir sur leur possible inversion, en lien avec les modèles exprimés par les enfants. » Il n’est certainement pas neutre de parler d’« assignations de rôles » et l’on peut se demander quel bien cela fait à des petits enfants en pleine construction.

En conclusion, le CSP donne l’impression de jouer les équilibristes. Des lacunes notables invitent à rester en alerte sur ce qui sera effectivement proposé dans les établissements.

Retrouvez tous nos articles sur la sexualité.

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Loi de bioéthique 2021 : Recherche sur l’embryon humain et les cellules souches

Loi de bioéthique 2021 : Recherche sur l’embryon humain et les cellules souches

La question de la recherche sur l’embryon humain a commencé à émerger principalement pour des raisons liées à l’existence d’un stock d’embryons dit « surnuméraires ». Ces embryons surnuméraires ont été conçus dans le cadre de protocoles d’assistance médicale à la procréation (PMA), et (aban)donnés par les couples dont ils sont issus.

Nous parlons ici d’une recherche bien particulière, puisqu’elle implique un être humain au commencement de sa vie. Considérer l’embryon humain comme un matériau de recherche comme un autre pose ainsi de graves questions éthiques.

I. Chronologie des lois encadrant la recherche sur l’embryon

 

Le droit encadrant cette recherche n’a cessé d’évoluer à chaque révision de la loi bioéthique.

  • 1994 : Interdiction totale de la recherche sur l’embryon
  • 2004 : Interdiction avec dérogations pour 5 ans et sous conditions
  • 2011 : Interdiction avec dérogations sans limite de temps et sous conditions
  • 2013 : Suppression du principe d’interdiction
  • 2021 : Assouplissement de nombreux critères

Les premières lois de bioéthique de 1994 avaient logiquement introduit l’interdiction de toute recherche sur l’embryon humain. Cette règle avait été affirmée pour tirer toutes les conséquences de l’article 16 du Code civil qui dispose que « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ».

Au fond, cette interdiction consacrait la reconnaissance de l’embryon comme appartenant à l’humanité, ce qui commande déjà de ne pas le considérer comme un matériau d’expérimentation mais également de lui reconnaitre une destinée humaine. Et donc, d’être appelé à vivre et à mourir comme le sont tous les êtres humains. C’est ce qui a conduit le législateur à prévoir que les embryons ne puissent être conçus in vitro que dans l’optique d’être implantés dans l’utérus maternel (dans le cadre de parcours de PMA).

Le devenir de l’embryon issu d’un couple qui ne souhaitait plus l’accueillir se résumait donc à deux options : vivre (être donné à un autre couple) et à défaut d’accueil, à mourir (sa conservation était arrêtée).

C’est aussi la raison pour laquelle il est interdit de créer des embryons pour la recherche.

L’humanité de l’embryon a été réaffirmée par le législateur dans les lois bioéthiques de 2004 et 2011 même si l’interdiction de la recherche souffrait déjà d’exceptions à titre dérogatoire et temporaire. Depuis 2013, ce principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon a été supprimé. Enfin, en 2021, la loi bioéthique a considérablement réduit la protection due à l’embryon humain en facilitant sa mise à disposition et son instrumentalisation.

Actuellement en France, environ 80 équipes de chercheurs sont autorisées à mener ces recherches. Une vingtaine de recherches déclarées sont menées sur les cellules souches embryonnaires humaines (CSEh), et 8 recherches ont été autorisées sur l’embryon humain. (Parmi ces 8, seules 2 seraient postérieures à la loi de 2021.)

II. Définitions et différents types de recherches

 

recherche sur l embryon humain pma

On peut donc aujourd’hui distinguer dans ce cadre juridique plusieurs types de recherches :

  • La recherche sur l’embryon humain lui-même
  • La recherche sur les cellules souches embryonnaires, issues de l’embryon
  • Et la recherche sur les cellules souches « induites » dites IPS.

Précisons ces différentes catégories :

  • L’embryon humain est toujours issu d’un cycle de PMA. Les embryons peuvent être mis à disposition de la recherche dans 2 cas : soit parce qu’ils ne font plus l’objet d’un « projet parental », selon la formule consacrée, soit parce qu’à l’issue d’un tri embryonnaire (après un diagnostic préimplantatoire), il a été décidé de ne pas les implanter.
  • Les cellules souches embryonnaires humaines (CSEh). Ce sont des cellules directement issues de l’embryon et prélevées à un stade très précoce de son développement. Ces cellules suscitent l’intérêt des chercheurs et des industriels car elles sont dotées de la capacité de se multiplier à l’infini et également de se spécialiser en la plupart des types de cellules de l’organisme (c’est ce qu’on appelle la pluripotence).

Lorsqu’un embryon humain est l’objet de recherche ou de prélèvement de cellules dans le cadre de la recherche, il est obligatoirement détruit.

  • Les cellules IPS : Cellules souches pluripotentes induites. Ce sont des cellules souches induites artificiellement à partir de cellules adultes différenciées, dans lesquelles sont introduites quatre gènes de pluripotence. Cette manipulation – on parle de « reprogrammation » – leur redonne l’habilité à se différencier en n’importe quel type de cellules et à se multiplier indéfiniment. Toutes les cellules adultes qui prolifèrent peuvent être utilisées pour générer des cellules iPS. Sont particulièrement utilisées les cellules du sang, de peau.

III. Cadre spécifique de la recherche sur l’embryon humain

 

A. La recherche est soumise à une autorisation de l’Agence de la biomédecine.
B. Conditions dites « scientifiques » :
  • Loi 2021 : « la pertinence scientifique doit être établie ». Ce critère est peu précis, et régulièrement assoupli. Sans être scientifiquement nécessaires, les recherches ne doivent pas être fantaisistes.
  • Loi 2021 : exigence d’une « Finalité médicale ou vise à l’amélioration de la connaissance de la biologique humaine ».

Ce critère n’a eu de cesse d’être assoupli au fil des ans.

modèle d'embryon En 2004, la recherche devait permettre des « progrès thérapeutiques majeurs ». (Ne pouvant être atteints par des méthodes alternatives) ; en 2011, la loi demandait seulement à la recherche de permettre des « progrès médicaux majeurs » (assouplissement pour faciliter la recherche fondamentale).

En 2013, la recherche sur l’embryon devait avoir une simple « finalité médicale ». Désormais, cela peut être simplement le fait de viser l’amélioration de la connaissance de la biologie humaine, ce qui est extrêmement vaste et ne permet pas de garantir le respect de critères éthiques.

 

  • 2021 : la loi demande simplement qu’« en l’état des connaissances scientifiques, la recherche ne peut être menée sans recourir à des embryons ».

Lorsque le régime dérogatoire a ouvert la recherche sur l’embryon, elle était conditionnée à la démonstration de l’absence de méthode alternative d’efficacité comparable. Ce critère a été depuis assoupli. Déjà en 2013, la loi avait supprimé la fin de la faveur pour les méthodes alternatives.

C. Dispositions particulières :
  • Il est mis fin à leur développement in vitro au plus tard le quatorzième jour de développement.
  • La conception d’embryons n’est possible que dans le cadre d’une AMP (assistance médicale à la procréation ou PMA). Il n’est pas autorisé de concevoir des embryons dans l’unique objectif de les donner à la recherche.
  • Les embryons sur lesquels une recherche a été conduite ne peuvent être transférés à des fins de gestation. Ils sont détruits.
  • Gratuité : les embryons sont cédés sans contrepartie financière. L’obtention d’embryons à titre onéreux est interdite.
  • Consentement (du couple, membre survivant ou femme).

Il doit être réitéré dans les 3 mois et est révocable tant qu’aucune recherche n’a eu lieu. Depuis la loi 2021 : l’information sur les autres possibilités ouvertes par la loi ne sont plus obligatoires (don à un couple, arrêt de la conservation…)

  • Anonymat : aucune information susceptible de permettre l’identification du couple à l’origine des embryons ne peut être communiquée au responsable de la recherche.
  • L’article précisant que « La création d’embryons transgéniques ou chimériques est interdite » a été supprimé par la loi de 2021.

Pour les embryons transgéniques (génétiquement modifiés), cet article a été remplacé par : « La conception in vitro d’embryon humain par fusion de gamètes ou la constitution par clonage d’embryon humain à des fins de recherche est interdite ». (L.2151-2 et Art.18 convention d’Oviedo). La rédaction a donc changé. Les mots « par fusion de gamètes » (ce qui correspond tout simplement au phénomène naturel de fécondation, entre un ovocyte et un spermatozoïde) ont été introduits.

Dès lors, les « embryons » créés par d’autres voies ne sont pas concernés par cet interdit. Cette ouverture vise notamment à ne pas empêcher la recherche sur les « modèles embryonnaires ».

Pour les « chimères » (mélange d’embryons humains et d’autres espèces). La loi de 2021 énonce que : « La modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces est interdite ». L’inverse n’est donc plus interdit : il est possible d’intégrer des cellules humaines (notamment embryonnaires, mais aussi IPS) à des embryons d’autres espèces.

IV. Cadre spécifique de la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines (CSEh)

 

La recherche est soumise à une déclaration à l’Agence de la biomédecine.

Le directeur général de l’ABM peut s’opposer à cette déclaration.

A. Dispositions particulières
  • Les CSEh doivent dériver d’embryons issus d’un protocole de recherche autorisé ou de CSEh ayant fait l’objet d’autorisation d’importation.
  • Les gamètes obtenus par CSEh (c’est-à-dire, transformation de la CSEh en ovocytes ou en spermatozoïde) ne peuvent en aucun cas servir à féconder un autre gamète, issu du même procédé ou recueilli par don.
  • Cas particulier. Si le protocole demandé a pour objet la différentiation de CSEh en gamètes, l’obtention de modèles de développement embryonnaire ou encore l’insertion de CSEh dans un embryon animal dans le but d’un transfert chez l’animal, le directeur général de l’ABM peut s’y opposer, après avis public du Conseil d’orientation de l’ABM. A défaut d’opposition du directeur général de l’agence, la réalisation du protocole de recherche peut débuter.
 
B. Conditions dites « scientifiques »
  • La « pertinence scientifique doit être établie »
  • La recherche doit s’inscrire dans une « Finalité médicale ou amélioration de la connaissance de la biologie humaine ». Ce critère extrêmement vaste n’est donc pas très restrictif.

 

Clause de conscience :

Que cela concerne la recherche ou l’exploitation de l’embryon ou des cellules embryonnaires : « Aucun chercheur, aucun ingénieur, technicien ou auxiliaire de recherche quel qu’il soit, aucun médecin ou auxiliaire médical n’est tenu de participer à quelque titre que ce soit aux recherches sur des embryons humains ou sur des cellules souches embryonnaires autorisées en application de l’article L2151-5 ».

V. Cadre spécifique de la recherche sur les cellules IPS Cellules pluripotentes induites

Si le protocole demandé a pour objet la différentiation en gamètes, l’obtention de modèles de développement embryonnaire ou l’insertion dans un embryon animal dans le but d’un transfert chez l’animal, ces recherches spécifiques sont soumises à déclaration auprès de l’ABM.

Les cellules IPS, qui n’impliquent pas de sacrifier des embryons humains pour être mises au point, ont souvent été présentées comme une alternative possible à l’utilisation des cellules embryonnaires. En réalité, ces deux types de cellules ne sont pas identiques, en particulier car les cellules IPS gardent une « trace » des changements intervenus pendant la reprogrammation. Ainsi, lorsque des protocoles sont engagés avec des cellules IPS, bien souvent ces protocoles induisent l’utilisation de CSEh, celles-ci étant reconnues comme étant la « norme » à laquelle comparer les résultats.

Les chercheurs parlent des CSEh comme de « gold standard ». Parmi les enjeux éthiques inhérentes aux cellules IPS, il y a celle du consentement de la personne dont sont issues ces cellules, en particulier sur les usages futurs qui pourraient être attribuées à ces cellules particulières, attendu que leur différentiation en gamètes ou leur insertion dans un embryon animal (chimères) n’ont pas été interdit par la loi bioéthique.

VI. Que deviennent les embryons dits « surnuméraires » ?

 

Les deux membres du couple ou la femme non mariée dont des embryons sont conservés sont consultés chaque année pour savoir s’ils maintiennent leur « projet parental ». S’ils confirment par écrit le maintien de leur projet parental, la conservation de leurs embryons est poursuivie. S’ils n’ont plus de « projet parental », les deux membres du couple ou la femme non mariée peuvent consentir (délai de réflexion de trois mois) :

  • A ce que le ou les embryons soient accueillis par un autre couple ou une autre femme ;
  • A ce que le ou les embryons fassent l’objet d’une recherche ;
  • A ce que les cellules dérivées à partir de ces embryons entrent dans une préparation de thérapie cellulaire ou un médicament de thérapie innovante à des fins exclusivement thérapeutiques ;
  • A ce qu’il soit mis fin à leur développement in vitro, (fin de la cryoconservation) ce qui conduit à leur destruction.

L’absence de révocation du consentement dans ce délai de 3 mois vaut confirmation. Pour la recherche ou la dérivation de cellules en préparation de thérapie cellulaire, le consentement est révocable tant qu’il n’y a pas eu d’intervention sur l’embryon. Il est mis fin à leur développement in vitro et donc à leur destruction :

  • En l’absence de réponse depuis au moins cinq ans, à compter du jour où ce consentement a été confirmé ;
  • En cas de désaccord des membres du couple ;
  • En cas de décès de l’un ou des deux membres du couple, en l’absence des consentements pour qu’ils soient accueillis par d’autres ou donnés à la recherche.
recherche sur l'embryon humain loi bioéthique

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Projet de loi fin de vie : ouverture d’un guichet pour le suicide assisté et l’euthanasie

Projet de loi fin de vie : ouverture d’un guichet pour le suicide assisté et l’euthanasie

Projet de loi fin de vie : ouverture d’un guichet pour le suicide assisté et l’euthanasie

 

Le projet de loi fin de vie a été transmis au Conseil d’Etat pour examen, avant présentation au Conseil des ministres le 10 avril.

Un projet « ficelé » depuis des mois

Une version datée d’octobre 2023 avait déjà circulé. Alliance VITA, par son Porte-Parole en avait proposé un décryptage. A l’époque, de nombreuses associations de soignants en avait dénoncé les termes. La version circulant aujourd’hui reprend toutes les caractéristiques de la précédente en y ajoutant le critère de souffrance psychologique :

  • L’ « aide à mourir » serait exécutée sous forme de suicide assisté ou d’euthanasie si le patient ne peut physiquement se l’administrer lui-même y compris par un proche.
  • Un seul médecin décide au final si la demande du patient est conforme aux critères d’éligibilité.
  • Le pronostic vital doit être engagé à court ou moyen terme sans définition du terme.
  • Le temps de décision est relativement court : en moins de 3 semaines, la décision peut être actée.
  • Les proches et les familles n’ont pas de rôle dans le processus mis en place.
  • La clause de conscience prévue n’inclut pas les pharmaciens qui devront préparer et transmettre la substance létale, ni les Institutions hébergeant les malades.
  • Le contrôle ne sera qu’a posteriori.

Cette quasi absence de modifications depuis octobre interroge sur les motifs du délai pour l’annonce officielle, faite par Emmanuel Macron dans une interview le 10 mars. D’autant plus que le projet de loi ne comporte pas d’objectif contraignant pour la partie soins palliatifs renommés soins d’accompagnement.

Le contenu du projet

  • Exposé des motifs

L’exposé des motifs s’efforce de placer ce projet dans la continuité des lois précédentes : accès aux soins palliatifs, refus de l’obstination déraisonnable, possibilité d’arrêter ou de refuser un traitement, sédation profonde et continue jusqu’au décès en cas de pronostic vital engagé à court terme…

Le mot de dignité, qui n’est jamais défini, est repris plusieurs fois dans l’exposé. A la lecture du texte, on comprend que cette dignité désigne en fait le sentiment subjectif du patient, et non une dignité intrinsèque à toute personne humaine. Un premier glissement sémantique lourd de conséquences.

Avec ce projet, la rupture est consommée avec la recherche d’une « voie française » pour la fin de vie. Enoncée en 2005, cette voie refusait l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie. Dans son discours aux membres de la Convention citoyenne sur la fin de vie en avril 2023, Emmanuel Macron parlait de « tracer un nouveau jalon vers ce modèle français de la fin de vie ». Le processus mis en place est en fait d’importation étrangère.

Le projet fait état d’une « demande sociétale » : « celle de pouvoir décider de sa mort ». Pourtant, à notre connaissance, aucun sondage, ni la Convention citoyenne n’a posé la question de cette façon directe « Voulez-vous décider de votre mort ? ». Le CCNE, invoqué dans le projet de loi, a indiqué dans son avis controversé sur la question (avis 139)

« La sollicitation d’une aide active à mourir traduit en particulier la peur de mal vieillir : de subir l’isolement, la solitude, l’invalidité, la dépendance ou l’absence d’accès à des soins palliatifs. Enfin, les demandes de mort peuvent aussi être l’expression d’un profond syndrome anxiodépressif (qu’il faut évaluer et traiter) dans une situation où les pertes de fonctions et d’autonomie se succèdent, engendrant une perte de l’estime de soi. Ces peurs peuvent expliquer une volonté d’évolution législative en faveur d’une autorisation de l’aide active à mourir ».

Peut-on parler de volonté libre et éclairée, de décision, dans un tel contexte ?

Et si le suicide est considéré comme une ultime liberté », comme le sous-entend l’exposé des motifs voire « un droit », pour quelle raison en feraiton la prévention ?

  • Le premier volet du projet est consacré « aux soins d’accompagnement et aux droits des malades ».

Les premiers articles entendent redéfinir ces soins comme une approche plus large que les soins palliatifs. La « notion de soins palliatifs » est intégrée dans « celle plus englobante de soins d’accompagnement ». Le projet prétend que ces soins comprennent des « soins de support » (accompagnement psychologique, nutritionnel…), des « soins de confort » (massage, musicothérapie…), cet accompagnement devenant une « démarche palliative initiée précocement y compris à domicile et régulièrement réévaluée pour améliorer la qualité de vie du patient jusqu’à la mort ».

Cette définition est pourtant très exactement celle des soins palliatifs selon l’OMS !

Son site précise que : « Les soins palliatifs sont une approche pour améliorer la qualité de vie des patients (adultes et enfants) et de leur famille, confrontés aux problèmes liés à des maladies potentiellement mortelles. Ils préviennent et soulagent les souffrances grâce à la reconnaissance précoce, l’évaluation correcte et le traitement de la douleur et des autres problèmes, qu’ils soient d’ordre physique, psychosocial ou spirituel. ».

La réalité de terrain semble méconnue dans ce projet de loi. La musicothérapie est pratiquée dans des unités de soins palliatifs, ainsi que l’accompagnement psychologique. Le philosophe Jacques Ricot rappelle dans un article ancien que la première unité de soins palliatifs en France, ouverte en 1987, comprend une psychologue dans son équipe. La violoncelliste Claire Oppert a écrit un beau témoignage sur la musicothérapie pour les personnes en fin de vie. Rien de nouveau, donc, contrairement à ce qui est communiqué.

Une nouvelle appellation enrichit le lexique sanitaire sous le vocable de « maisons d’accompagnement », structures intermédiaires destinées à recevoir des patients pour cette prise en charge globale.

Aucune assurance de moyens n’est donnée dans le projet au volet « soins ». Les « maisons d’accompagnement » seront sous une contrainte budgétaire de financement (dite ONDAM) qui régit déjà un système de santé en crise.

Le projet de loi introduit un droit de visite des patients hospitalisés et des résidents d’établissements médico-sociaux. Réclamé après les restrictions importantes pendant la crise sanitaire, ce droit « devra toutefois être concilié avec les contraintes organisationnelles du service ».

  • La deuxième partie du projet de loi détaille le processus de « l’aide à mourir ».

Celle-ci consiste en l’auto-administration de la substance létale par le patient, ou son administration par un soignant ou un proche si la personne est dans l’incapacité physique de le faire.

Des conditions d’apparence stricte sont mentionnées :

La personne doit être majeure, capable d’exprimer une volonté libre et éclairée, souffrant d’une affection grave et incurable engageant son pronostic vital à court ou moyen terme et présentant des souffrances physiques ou psychologiques réfractaires ou insupportables liées à cette affection.

Dans l’interview du 10 mars dans laquelle le président de la République dévoilait les grandes lignes du projet de loi, il y précisait que ce serait « à une équipe médicale de décider, collégialement et en transparence, quelle suite elle donne à cette demande. »

Dans le texte transmis au Conseil d’Etat, un seul médecin sera décisionnaire. Le médecin consulté recueille l’avis d’un médecin qui ne connait pas la personne, spécialiste de la pathologie dont souffre le patient et d’un professionnel de santé paramédicale.

Ces avis ne constituent aucunement une « décision collégiale ». Le processus retenu consacre ainsi une toute-puissance médicale. On peut craindre que se crée une filière puisque le patient pourra choisir le médecin à qui il adressera sa demande. Aucun lien avec le médecin traitant n’est exigé. Dans ce même échange avec les journalistes de La Croix et de Libération, Emmanuel Macron affirmait aussi que « les membres de la famille qui peuvent avoir intérêt à agir pourront faire recours à la demande ». Aucune information ou consultation des proches ou de la famille n’est pourtant prévue dans le processus.

Le délai de mise en œuvre est relativement court : le médecin consulté a 15 jours pour répondre au patient, puis le patient a 2 jours pour confirmer sa volonté.

Enfin, pour ce prétendu « modèle français » dont la Ministre en charge Catherine Vautrin, a précisé que ce n’est « ni euthanasie, ni suicide assisté » alors qu’il s’agit en réalité de légaliser les deux, le projet de loi modifiera le code des assurances et le code de la mutualité qui excluent le cas de suicide pour l’assurance décès lors de la première année d’un contrat…

« Les frontières de mon langage sont les frontières de mon monde », selon le philosophe Ludgig Wittgenstein. On comprend ainsi l’importance accordé par ce projet de loi à utiliser son propre langage, manipulant de nouvelles définitions sur des réalités existantes.

Le monde dessiné par ce projet de loi est résolument individualiste. Il constitue un véritable basculement en levant l’interdit de tuer et il consacre une toute puissance médicale dont les plus vulnérables seraient les premières victimes.

 

décryptage projet de loi fin de vie

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Derrière la demande d’en finir

Derrière la demande d’en finir

Derrière la demande d’en finir

Qu’y a-t-il derrière la demande d’en finir ?  Comment y répondre de la façon la plus humaine possible ?

Caroline Roux, Université de la vie 2024 « Parier sur la vie, est-ce raisonnable ? » – Soirée 3 : La vie, à son achèvement.

 

A partir de l’expérience d’écoute du service SOS Fin de vie et de l’apport d’études récentes, il en ressort que l’adoption d’une attitude d’écoute face à ces demandes permet de créer un espace de discussion à même de favoriser l’interaction avec le patient au lieu de répondre par une solution irréversible que serait l’euthanasie ou le suicide assisté.

Trois attitudes sont clés pour accompagner un « mieux-être » en fin de vie :  

  • Repérer les besoins sous-jacents à l’expression de vouloir mourir. Ils peuvent être multiples – douleurs mal soulagées, souffrances sociales, psychologiques, spirituelles ou encore existentielles…
  • Etablir la personne dans ses capacités d’autonomie encore possible.
  • Apprivoiser l’incertitude qui entoure l’approche de la mort, un temps vierge qui laisse encore la place à l’imprévisible et à la part de mystère propre à chacun.

Dans les pays qui ont légalisé ces pratiques, la mort provoquée tend à être intériorisée comme une nouvelle norme.  Aujourd’hui des psychiatres et des psychologues disent leur inquiétude de la perspective d’une légalisation du suicide assisté en France et le risque que cela représente pour la prévention du suicide.

Parier sur la vie jusqu’au bout par l’accompagnement, en soulageant le mieux possible, sans s’acharner, demeure encore la voie la plus digne de notre humanité.

 

derrière la demande d'en finir caroline roux

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Journée mondiale de la trisomie 21 : des personnes à célébrer !

Journée mondiale de la trisomie 21 : des personnes à célébrer !

Journée mondiale de la trisomie 21 : des personnes à célébrer !

 

En 2011, l’Assemblée Générale de l’ONU a proclamé le 21 mars comme Journée Mondiale de la Trisomie 21.

Dans sa proclamation, l’Assemblée se disait « consciente que la dignité inhérente, la valeur intrinsèque et les contributions précieuses des personnes atteintes de déficience mentale favorisent le bien-être et la diversité des communautés auxquelles elles appartiennent, et qu’il importe qu’elles soient autonomes et indépendantes, notamment libres de faire leurs propres choix« .

Dans son site, l’ONU rappelle que « la trisomie 21 (ou syndrome de Down) est un arrangement chromosomique naturel qui a toujours fait partie de la condition humaine, qui existe dans toutes les régions du monde et qui a généralement des conséquences différentes sur le style d’apprentissage, les caractéristiques physiques ou la santé.

Un bon accès aux soins de santé, aux programmes d’intervention précoce et à une éducation ouverte à tous, ainsi que des travaux de recherche appropriés, sont indispensables à la croissance et au développement de l’individu« .

Cette journée a pour vocation de sensibiliser la population à la situation des personnes atteintes de cette anomalie chromosomique.

 

Situation en France pour les personnes porteuses de Trisomie 21

Comme le note l’ONU, la trisomie 21 fait partie de la condition humaine. Une étude publiée dans le journal des neurosciences estime qu’une figurine grecque datant du néolithique représente une personne atteinte de cette pathologie.

La HAS a écrit dans une note dédiée que cette pathologie concerne « environ 1 grossesse sur 400 ». L’ONU dans sa page dédiée à la journée cite une prévalence « comprise entre 1 sur 1 000 et 1 sur 1 100 naissances vivantes à travers le monde ». Il nait en France environ 500 enfants avec une trisomie 21, soit un peu plus d’une naissance (1.3) sur 2000. Le dépistage prénatal très systématique pratiqué en France explique probablement cet écart avec la moyenne mondiale. Il y aurait entre 40000 et 50000 personnes vivant en France qui portent cette pathologie.

La Fondation Jérôme Lejeune, qui se consacre à l’accueil et au soin des personnes atteintes de ces pathologies, rappelle que « ces dernières années, l’espérance de vie de ces personnes a bien augmenté et se rapproche de celle de la population générale ». De nouvelles pistes thérapeutiques sont apparues.

 

Des personnes à célébrer

Cette journée est l’occasion de célébrer chaque personne atteinte de cette pathologie.

Depuis plusieurs années, des efforts pour les intégrer pleinement dans la société ont porté des fruits. En Espagne, à Valence, Mar Galceran est devenue la première personne élue député à la chambre régionale. Agée de 45 ans, et élue sur la liste du Partido Popular (PP) elle a affirmé à la presse que « C’est une façon de faire tomber les barrières face à une société avec ses préjugés ». Elle a demandé que la société ne « regarde pas les déficiences mais les personnes ».

En France, Eléonore Laloux, conseillère municipale à Arras, est ambassadrice pour la poupée Barbie « atteinte de trisomie 21 ». Dans une vidéo, un étudiant syrien a parlé de sa relation avec son père atteint de cette pathologie. Cité dans le Figaro, cet étudiant a dit de son père que : «pendant mes études, il a été mon plus grand soutien, aussi bien économiquement que psychologiquement pendant mes études, et pour tout cela je lui en suis très reconnaissant».

Cette journée mondiale est l’occasion de souhaiter que chaque enfant atteint de trisomie 21 soit accueilli par sa famille, et respecté et entouré par toute la société.

 

journée mondiale de la trisomie 21

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