Université de la vie 2024 « Parier sur la vie, est-ce raisonnable ? » Soirée 1 : « La vie à son commencement »

Université de la vie 2024 « Parier sur la vie, est-ce raisonnable ? » Soirée 1 : « La vie à son commencement »

Université de la vie 2024 – Première soirée : « La vie à son commencement »

 

La 19e édition de l’Université de la vie 2024 s’est ouverte sur une première soirée dédiée à la vie à son commencement.

 

Plus de 7000 participants se sont retrouvés dans plus de 160 villes en France et à l’étranger pour se former, s’informer, réfléchir et pour agir face aux défis bioéthiques, politiques, culturels et humains à relever aujourd’hui.

Alors que la natalité baisse en France depuis 10 ans, cette séquence a exploré les ressorts d’un certain désenchantement de la maternité, pour se pencher ensuite sur l’élan de vie qui traverse chaque personne malgré ses ambivalences et ses peurs. Si tout le monde ne devient pas parent, l’enfantement est l’une des plus puissantes sources de ré-enchantement du monde. Qu’est-ce que donner naissance aujourd’hui dans une société tentée de vouloir tout maîtriser ?

 

A l’origine d’une maternité désenchantée, la journaliste Aziliz Le Corre, identifie trois principaux discours : le discours écologique par la voix des GINKS (green Inclination No Kids, engagement vert pas d’enfant) qui recommandent de ne pas avoir d’enfant pour préserver la planète ; le discours féministe qui considère la maternité comme une aliénation et son dernier avatar, le mouvement du regret maternel (courant de femmes qui regrettent d’avoir mis au monde un enfant) ; et le « petparenting » qui voit l’animal comme un substitut d’enfant. Face à ces discours, Aziliz plaide l’engagement, c’est-à-dire « accepter d’être responsable de cet être qui vient au monde ».

Et de conclure ainsi : « Face à toutes les inquiétudes du temps présent, mettre au monde un enfant est le plus grand acte d’espérance qui soit. Et l’une des seules véritables sources de ré-enchantement de notre monde. »

 

Responsable du service d’écoute SOS BébéJeanne Bertin-Hugault explore l’élan de vie dont chacun peut faire l’expérience et « que des évènements, des conditions peuvent alimenter, ou au contraire, étouffer ou éteindre ». Influençant l’élan de vie, l’ambivalence se manifeste notamment dans le désir d’enfant : « Il peut y avoir des doutes et des craintes liées à ce désir, par exemple la peur de renoncer à l’enfant que l’on a été ». L’ambivalence pendant la grossesse est souvent inconsciente et peut convoquer des sentiments d’amour et de haine, d’attachement et de rejet.

Et lorsque l’enfant paraît, « l’ambivalence exprime déjà l’attachement » de la mère au bébé. Outre l’ambivalence, les épreuves, les deuils et les peurs peuvent aussi parasiter cet élan de vie. In fine ce sont les liens et l’écoute qui le nourrissent : « L’écoute bienveillante offre à l’autre l’attention dont il a besoin pour sortir de sa solitude, se libérer de ses peurs, imaginer d’autres chemins possibles. »

 

Avec Blanche Streb, Directrice de la formation d’Alliance VITA, place à la réflexion autour de « ce que l’enfantement nous révèle de notre humanité et de l’impact possible des nouvelles techniques /pratiques de procréation artificielle sur les mentalités. » Comment articuler l’enfantement et son inscription dans la réalité, dans celle du temps par exemple ? Désormais des techniques comme la procréation artificielle donnent « l’illusion de défier le temps » voire « de défier la mort » via la PMA post mortem.

Derrière l’avènement de la technicisation de la procréation, s’impose une volonté démesurée « de maîtriser le mystère de la naissance » et le risque est de voir s’affronter deux cultures : « celle de la tentation de maîtrise et celle de l’accueil de l’imprévisible. Celle de la vie prise et celle de la vie reçue. »

 

 

Dans le prolongement de la transformation des mentalités par l’artificialisation de la procréation, Céline Revel-Dumas, journaliste et auteur de GPA. Le grand bluff, décrit la réalité de la GPA derrière la promesse d’une pratique encadrée et soi-disant « éthique ». La réalité c’est la toute-puissance du désir des parents au mépris de l’intérêt de l’enfant. C’est aussi une procédure de marchandisation globale, de l’achat d’ovocytes à l’accouchement, dans un marché d’ampleur internationale.

Enfin la légalisation de la GPA génère automatiquement un marché noir contrairement aux arguments invoqués par les partisans d’une GPA encadrée.

 

Dans de très nombreuses villes de France et de l’étranger, les soirées « La vie à son commencement » se sont conclues par des témoignages locaux : de médecins, soignants, de bénévoles, d’écoutants, de parents…

Prochaine soirée le 22 janvier autour de « La vie dans son déploiement ».

 

Retrouvez le programme de l’Université de la vie 2024.

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[CP] – IVG dans la Constitution : un projet injustifié et dangereux

[CP] – IVG dans la Constitution : un projet injustifié et dangereux

COMMUNIQUE DE PRESSE –  16 janvier 2024

IVG dans la Constitution : un projet injustifié et dangereux

L’avortement peut être aussi parfois l’expression de violences faites aux femmes. Pour 40 % des 201 000 femmes concernées chaque année par des violences conjugales, ces dernières ont commencé lors de la première grossesse. Ce n’est pas l’avortement qui est menacé en France aujourd’hui mais la possibilité pour les femmes qui le souhaitent de poursuivre leur grossesse.

ivg dans la constitution : un projet injustifié et dangereux

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Le Conseil d’Etat valide la circulaire Blanquer sur le questionnement de genre à l’école

Le Conseil d’Etat valide la circulaire Blanquer sur le questionnement de genre à l’école

Le Conseil d’Etat valide la circulaire Blanquer sur le questionnement de genre à l’école

 

Le 29 décembre 2023, le Conseil d’Etat a validé la circulaire dite « circulaire Blanquer », portant sur la situation des enfants en questionnement de genre au sein de l’institution scolaire, rejetant plusieurs recours intentés par les associations SOS Education et Juristes pour l’Enfance. Sur quels motifs cette circulaire pouvait-elle être retirée ? Quels sont les enjeux d’un tel document ? Quels changements pourrait-il induire pour les enfants dits transgenres ?

 

Que contient la circulaire Blanquer ?

Une circulaire est un acte réglementaire qui vient du gouvernement, et qui a pour objet de faciliter l’application de la loi en proposant des mesures concrètes, des « bonnes pratiques » qui sont parfois déjà en usage de fait. Une circulaire n’a pas de valeur juridique contraignante.

La circulaire Blanquer intitulée « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire » s’intéresse au cas des enfants se posant des questions sur leur genre et propose plusieurs options pour leur accompagnement dans le cadre scolaire, à contre-courant de la loi qui ne permet pas le changement de sexe à l’état-civil des personnes mineures.

Le document suggère aux établissements de permettre aux enfants qui en expriment le désir, en accord avec leurs parents, d’effectuer ce qui est parfois appelé une « transition sociale ». Principalement, cela concerne :

 

La possibilité d’être appelé par un autre prénom que celui qui figure sur son acte de naissance, et de voir ce prénom utilisé sur tous les documents de la vie interne de l’établissement (comme les listes d’appel, cartes de cantine, etc.). Le véritable prénom de l’enfant ne serait ainsi utilisé que pour le suivi des notes comptant pour le contrôle continu des diplômes nationaux.

La possibilité d’être considéré comme appartenant au sexe opposé et donc désigné comme tel. Cela concerne notamment les pronoms employés pour parler de l’enfant, l’accord des termes appliqués à l’enfant, l’utilisation des mots « fille » ou « garçon »…

S’ajoute à cela l’épineuse question de l’utilisation des « espaces d’intimité », ce qui peut recouvrir : les toilettes, les vestiaires, les douches, les dortoirs (lors des voyages scolaires ou au quotidien pour les internats)… Sur ce point il n’est pas donné de réponse fixe par la circulaire, qui préconise la mise en place de solutions personnalisées, en concertation avec l’élève et assurant à la fois son bien-être et sa sécurité.

Trois voies sont ouvertes : la possibilité d’utiliser les toilettes/vestiaires du sexe opposé, celle de bénéficier d’un espace à part, et enfin la définition d’horaires aménagés pour l’utilisation d’un espace ou de l’autre.

Il est précisé que l’enfant ayant fait son choix de prénom/ désignation doit dès lors être appelé ainsi par tout le corps éducatif mais aussi par les autres élèves, et considéré comme du sexe opposé.

Fait intéressant, il n’est nulle part fait mention du sport, alors que certaines disciplines, dès le collège, sont bien souvent pratiquées en groupes non-mixtes, afin de ne pas pénaliser ou avantager injustement filles ou garçons…

 

Les recours demandant le retrait de la circulaire Blanquer

A la suite de la publication par Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Education nationale, de cette circulaire au Bulletin officiel le 29 septembre 2021, l’association SOS Education fait parvenir au ministère une pétition ainsi qu’une demande de retrait (requête du 3 mai 2022). L’association Juristes pour l’Enfance (JPE) fait de son côté parvenir également une première demande de retrait le 27 mai 2022. Ces requêtes envoyées au ministère de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports restent sans réponse.

Plusieurs recours déposés ensuite au Conseil d’Etat par Juristes pour l’Enfance et SOS Education demandent l’annulation pour excès de pouvoir de la décision implicite du ministère de rejeter leurs demandes de retrait de la circulaire Blanquer ; d’enjoindre au ministère de retirer la circulaire ; de s’acquitter d’une somme en réparation du préjudice subi.

Dans sa décision du 29 décembre 2023, le Conseil d’Etat a validé la circulaire litigeuse, estimant qu’elle ne porte atteinte ni aux missions des personnels médicaux et sociaux, ni au principe de neutralité et de liberté de conscience des enseignants et des élèves ni à l’intérêt supérieur de l’enfant, ni enfin au droit à l’intimité et à la vie privée des élèves ainsi qu’au devoir des parents de protéger leurs enfants.

 

En quoi la circulaire Blanquer porte-t-elle atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant ?

Dans ses différentes requêtes, l’association Juristes pour l’Enfance explique bien les problèmes posés par une telle circulaire, qui se place clairement dans une perspective militante « trans-affirmative » en reconnaissant la transidentité comme un fait.

Tout d’abord, elle est en contradiction avec la loi et entérine de fait un changement de sexe « social » qui n’est pas permis en droit pour les mineurs.

Ensuite, elle est totalement irréaliste : les aménagements suggérés sur les espaces d’intimité, ou encore l’absence de consignes concernant la pratique sportive, montrent bien que l’on ne peut pas jouer comme on veut avec le donné biologique. En troisième lieu, elle entend imposer une nouvelle vision du réel aux tiers (corps éducatif, autres élèves et leurs parents), fondée sur le seul ressenti d’un élève en souffrance et faisant fi du propre ressenti et de la liberté de conscience des tiers concernés.

Enfin, elle porte atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant. Les enfants qui se posent des questions sur leur identité sexuée doivent évidemment être accompagnés, aidés, écoutés. Mais, souligne l’association, la « transition sociale » n’a rien d’anodin. Au lieu de permettre à l’enfant de prendre le temps, de réfléchir et d’être accompagné, y compris par un suivi pédopsychologique le cas échéant, elle l’enferme dans une nouvelle identité dont il lui sera ensuite très difficile de sortir.

Dans bien des cas, un traitement différencié (lieu ou horaires différent pour les toilettes, par exemple) peut aboutir à une perte d’amis ou désocialisation, bien plus que si l’enfant était simplement en questionnement. A l’âge où son développement cognitif (jusqu’à 18-20 ans) n’est pas encore terminé, pas plus que son développement psychique (jusqu’à 25 ans), il apparaît très dangereux d’engager l’enfant dans un processus dont il ne peut guère entrevoir les conséquences sur le long terme.

Certains pays commencent d’ailleurs à le comprendre. Ainsi le Royaume-Uni, « pionnier » dans la transition notamment des jeunes, revient aujourd’hui en arrière, comme en témoigne une note datant de décembre 2023 adressée aux établissements scolaires par le ministère britannique de l’Education. Ces recommandations sont l’aboutissement d’un vaste travail de recherche mené au Royaume-Uni et le fruit de la tragique expérience acquise après des années de pratique des transitions de genre chez les enfants.

La France pourrait s’inspirer utilement de l’expérience de sa voisine.

 

Voir tous nos articles sur le genre.

le conseil d’etat valide la circulaire blanquer sur le questionnement de genre à l’école

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La cour suprême maintient les modalités de l’avortement médicamenteux

La cour suprême maintient les modalités de l’avortement médicamenteux

La cour suprême maintient les modalités de l’avortement médicamenteux

 

La Cour suprême des Etats-Unis vient de juger que les modalités de recours au produit Mifépristone utilisé pour l’avortement médicamenteux resteraient inchangées après la demande de restriction portée devant des tribunaux fédéraux.

Elle a jugé que l’association requérante n’avait pas « intérêt à agir », dans la mesure où l’assouplissement des règles de délivrance ne lui portait pas préjudice. Les juges ont argué que les plaignants étaient des praticiens qui ne prescrivaient pas ce produit.

La Cour s’était saisie le 13 décembre 2023 d’un recours visant à rétablir des restrictions à l’utilisation de la Mifepristone, produit utilisé pour les avortements médicamenteux.

L’affaire avait commencé au Texas par un recours de l’association Alliance for Hippocratic Medicine. Cette dernière alléguait que l’autorisation de mise sur le marché de la Mifepristone avait été improprement délivrée par la FDA (Food & Drug administration) en 2000. Le régime de modalités de délivrance de ce produit, connu également en France sous le nom de RU 486, a été ensuite plusieurs fois modifié notamment en 2016 puis en 2021.

 

Un produit soumis à des exigences spéciales

La Mifépristone est utilisée en association avec un autre produit, le misoprostol, ingéré 48h plus tard pour provoquer l’expulsion du fœtus. L’avortement par l’association de ces deux produits représente plus de 50% des avortements aux Etats-Unis (76% des IVG en France). Il peut avoir lieu à l’hôpital ou à domicile.

La Mifépristone fait partie des produits pharmaceutiques soumis à des exigences spéciales comme c’est le cas en France en raison de problèmes sanitaires de sécurité et de l’irréversibilité de l’avortement. Le produit doit être délivré directement à la personne (« exigence de dispensation en personne ») par un prescripteur médical certifié et n’est disponible qu’auprès de pharmacies certifiées.

Les exigences de la FDA liées à la délivrance sont multiples :

  • s’assurer de la datation de la grossesse,
  • vérifier qu’il ne s’agit pas d’une grossesse extra utérine
  • avoir la capacité à pratiquer une intervention chirurgicale en cas d’avortement incomplet ou d’hémorragie grave, et à garantir l’accès des patientes à des installations médicales équipées pour les transfusions sanguines.

Les femmes sont informées de possibles effets graves consécutifs à ce type d’avortement même s’ils sont rares, notamment des hémorragies sévères. En effet l’IVG par voie médicamenteuse peut conduire dans certains cas à des complications d’autant qu’elle peut être effectuée à domicile, en dehors d’un contexte hospitalier.

 

Les évolutions des modalités de délivrance de la Mifépristone

Au départ autorisé jusqu’à 7 semaines de grossesse, l’utilisation a été étendue en 2016 à des avortements jusqu’à 10 semaines de grossesse. A titre de comparaison en France les avortements médicamenteux peuvent avoir lieu en contexte hospitalier ou à domicile uniquement jusqu’à 7 semaines de grossesse. Depuis 2021, l’obligation de la « délivrance en personne » a été supprimée avec la possibilité d’obtenir le produit par voie postale.

Le premier jugement a suspendu la délivrance du produit au Texas. Puis la cour d’Appel saisie par la FDA et la société Danco qui commercialise le produit a autorisé la délivrance du produit mais de manière plus restrictive selon le régime antérieur à 2016, jusqu’à 7 semaines de grossesse.

La FDA et la société Danco ont alors interjeté appel contre cette décision renvoyant l’affaire devant la Cour suprême en avril 2023.

Dans un premier temps, la Cour suprême a décidé  de maintenir la commercialisation de la Mifepristone dans son régime actuel, incluant la délivrance par voie postale, tout en acceptant de se saisir du recours.

La décision de la Cour suprême ne devait pas porter sur les conditions de mise sur le marché en 2000 mais plutôt sur l’évolution des règles de délivrance au regard des exigences de sécurité sanitaire. La décision est intervenue comme prévu avant la fin de la session annuelle, en juin 2024. La Cour ne tranche finalement pas sur le fond.

l’avortement médicamenteux devant la cour suprême américaine mifepristone ivg

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[CP] – Lancement de l’Université de la vie le 15 janvier 2024

[CP] – Lancement de l’Université de la vie le 15 janvier 2024

COMMUNIQUE DE PRESSE – 9 janvier 2024

 

Lancement de l’Université de la vie le 15 janvier 2024

Parier sur la vie – est-ce raisonnable ?

 

Le lundi 15 janvier 2024, l’Université de la vie donne rendez-vous à toutes les personnes désireuses de se former sur les grandes questions bioéthiques pour suivre la première soirée intitulée La vie, à son commencement.

Il est encore temps de s’inscrire dans l’une des 160 villes organisatrices en France, en Outre-Mer et à l’étranger. Cette année encore, le cycle de formation d’Alliance VITA attend des milliers de participants pour quatre séquences animées par des experts, grands témoins, témoins locaux et intervenants d’Alliance VITA.

Au programme de la première soirée : La vie à son commencement. Aziliz Le Corre, Jeanne Bertin-Hugault, Blanche Streb analyseront successivement la question de l’enfantement à travers :

  • La maternité désenchantée
  • L’élan de vie
  • N’être au monde
  • Un témoignage riche et documenté sur la GPA conclura cette première séquence.

 

Informations et inscriptions sur www.universitedelavie.fr

lancement de l'université de la vie 2024 communiqué de presse

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Réglementation européenne sur l’Intelligence artificielle : où allons-nous ?

Réglementation européenne sur l’Intelligence artificielle : où allons-nous ?

Réglementation européenne sur l’Intelligence artificielle : où allons-nous ?

 

Un accord en vue d’une réglementation européenne sur l’Intelligence artificielle a été trouvé le 8 décembre entre les Etats membres et le Parlement européen. Salué comme une première mondiale, cet accord a pour but de finaliser un texte au niveau européen qui entrerait en vigueur au plus tôt en 2025. Le travail de préparation a débuté en 2021, avant que Chat GPT et d’autres applications grand public ne viennent révéler l’impact au quotidien que ces technologies portent en elles.

 

Que comporte cette future réglementation ?

La réglementation comportera une définition des systèmes relevant de l’IA. Selon le parlement européen, « la priorité est de veiller à ce que les systèmes d’IA utilisés dans l’UE soient sûrs, transparents, traçables, non discriminatoires et respectueux de l’environnement. Les systèmes d’IA devraient être supervisés par des personnes plutôt que par l’automatisation, afin d’éviter des résultats néfastes« . La réglementation vise aussi à une définition uniforme sur le plan technologique qui puisse s’appliquer à de futures innovations. 

Le principe guidant la future loi porte sur l’évaluation systématique des risques imposant des règles différentes par niveau de risque.

Sont considérés comme des risques inacceptables les systèmes d’IA tels que la reconnaissance biométrique de masse, la notation sociale (pratiquée en Chine), la manipulation des comportements… Des exceptions sont cependant déjà prévues, par exemple pour les forces de l’ordre dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, la recherche de victimes de traite humaine…

Le projet mentionne une interdiction pour « les systèmes d’IA qui manipulent le comportement humain pour contourner le libre arbitre« . La notion de libre arbitre est très ancienne et a donné lieu à de nombreuses discussions philosophiques, sans aboutir à un accord sur son sens. Certaines critiques n’ont pas manqué de pointer la difficulté d’y recourir pour une réglementation qui entend fixer des règles et protéger le grand public.

Les systèmes « à risque élevé » sont ceux qui « ont un impact négatif sur la sécurité ou les droits fondamentaux« . Ils seront soumis à évaluation avant la mise sur le marché et tout au long de leur cycle de vie, des versions plus puissantes d’un système pouvant impacter le niveau de risque.

Concrètement, une annexe du projet de loi cite comme exemple un système utilisé « pour évaluer les étudiants des établissements d’enseignement et de formation professionnelle et pour évaluer les participants aux épreuves couramment requises pour intégrer les établissements d’enseignement« , ou encore une IA « destinée à être utilisée pour la prise de décisions de promotion et de licenciement dans le cadre de relations professionnelles contractuelles« . Sont visés aussi « les systèmes d’IA destinés à être utilisés pour envoyer ou établir des priorités dans l’envoi des services d’intervention d’urgence, y compris par les pompiers et les secours« .

S’agissant d’IA plus généraliste incluant les systèmes génératifs comme ChatGPT, le projet prévoit des obligations de « transparence ». Le modèle doit être conçu pour ne pas générer du contenu illégal, il doit respecter les droits d’auteurs et les sons, images, textes doivent mentionner leur origine artificielle.

Des systèmes à risque faible (par exemple des « tchats » mis à disposition de clients) doivent mentionner à leurs utilisateurs qu’ils interagissent avec de l’IA.

 

Un bouleversement technologique qui soulève des questions concrètes

 

Les possibles applications de l’IA touchent tous les domaines : santé, justice, éducation, armée…

Les questions à poser, et à se poser en tant qu’utilisateur, sont nombreuses. Qui décide ? Sur quels critères et quelles méthodes ? Qui a accès aux données et sont-elles suffisamment sécurisées ? Comment ces données sont-elles utilisées et dans quel but? Un système d’IA s’appuie-t-il sur une chaîne de responsabilité humaine que l’on peut interpeller ?

Un récent exemple paru dans la revue Nature illustre les bouleversements possibles de l’IA dans la vie quotidienne. Un laboratoire de mathématiques appliquées au Danemark a utilisé une énorme base de données existantes sur l’ensemble de la population danoise pour estimer, entre autres, des probabilités de mort précoce. Les informations comprennent les événements de la vie liés à la santé, à l’éducation, à la profession, au revenu, à l’adresse et aux heures de travail, enregistrées avec une fréquence quotidienne.

En partant de l’hypothèse que les événements partagent des similitudes avec le langage, et en utilisant une technique d’IA semblable au modèle de ChatGPT, l’outil a pu « prédire » la mort précoce (entre 35 et 65 ans) avec une efficacité supérieure aux modèles existants. L’intérêt d’un tel système pour des compagnies d’assurance ou des mutuelles est évident et remettrait en question l’idée de base de la mutualisation des risques entre les individus. Dans un horizon indéterminé, ce type d’utilisation pourrait pousser alors à davantage de sélection anténatale pour des raisons de coûts d’assurances.

 

Un compromis instable ?

Le compromis trouvé par le Parlement européen et les Etats membres est le fruit de discussions entre de multiples acteurs et des intérêts économiques et politiques divergents. Pour la France, des voix diverses se sont fait entendre, soit pour demander plus d’interdiction (par exemple contre des systèmes de reconnaissance faciale dans l’espace public) soit plus de souplesse. Le projet prévoit une approche dite « bac à sable règlementaire » déjà utilisée dans ce domaine. Il s’agit de définir un cadre dans lequel des entreprises peuvent tester des innovations sans beaucoup de contraintes.

Les enjeux sont énormes et le marché est actuellement dominé par des acteurs américains et chinois. L’approche européenne se démarque par une volonté de réglementation, quand d’autres pays se contentent de codes de conduite volontaires, inspirés de principes généraux tels que ceux proposés par l’OCDE.

Aux Etats Unis, l’encadrement se fait par un ordre exécutif présidentiel, signé récemment. Il est donc plus facilement adaptable en fonction de l’évolution des systèmes et des demandes des acteurs de la technologie. Il est probable que la pression pour demander « plus de souplesse », ou l’abandon de règles « trop strictes », augmentent dans les années à venir.

Beaucoup d’acteurs soulignent la vitesse à laquelle les innovations en IA se développent et se déploient. Ce thème était souligné par un expert, Philippe Dewost, dans son intervention à l’Université de la vie 2023. Travailler à un consensus robuste pour mettre l’humain au centre, en IA comme en bioéthique, est une urgence.

règlementation européenne sur l'intelligence artificielle ou allons-nous ?

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[CP] – Parier sur la vie – est-ce raisonnable ?  Université de la vie 2024

[CP] – Parier sur la vie – est-ce raisonnable ? Université de la vie 2024

COMMUNIQUE DE PRESSE – 18 décembre 2023

Parier sur la vie – est-ce raisonnable ?

Université de la vie 2024

  • 15 janvier : La vie, à son commencement – (Non) désir d’enfant, élan de vie, renoncement à la maternité, GPA…
  • 22 janvier : La vie, dans son déploiement – Comment se déployer ? L’urgence de l’éducation affective et sexuelle, les questionnements de genre, la quête de bonheur…
  • 29 janvier : La vie, à son achèvement – Comment parier sur la vie quand elle est fragile, qu’est-ce que “bien vieillir”, comment penser l’action, décider, discerner les enjeux et appréhender le monde d’aujourd’hui ?
  • 5 février : Parier sur l’avenir – L’espérance est sans doute le pari des paris. C’est une ressource pour parier sur la vie et sur l’avenir, sans nier l’épreuve et la souffrance. Rencontre avec des personnalités audacieuses, engagées et inspirantes pour cette dernière séquence qui se déroulera en direct.
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Les députés européens votent un texte qui met en danger le droit des enfants

Les députés européens votent un texte qui met en danger le droit des enfants

Parlement européen : les députés votent un texte qui met en danger le droit des enfants

 

Le parlement européen a voté le 14 décembre 2023 en faveur de la proposition de règlement initiée par la Commission européenne relative à la reconnaissance des actes de filiation entre pays de l’Union européenne ; très controversé, ce règlement pourrait gravement empiéter sur la compétence nationale des Etats membres d’établissement de la filiation et sur les droits de l’enfant. D’autant que la proposition va jusqu’à mettre en place un certificat européen de filiation.

Ce texte avait déjà fait l’objet d’un vote en commission le 7 novembre dernier.

Sur ce texte, le Parlement a uniquement un avis consultatif. C’est à l’ensemble des gouvernements de l’Union européenne qu’il appartient de décider s’ils retiendront ce règlement par un vote à l’unanimité.  Cela parait improbable car plusieurs pays s’y sont dit opposés.

En 2021, en réponse à la consultation de la Commission européenne, Alliance VITA avait émis un avis qui mettait en garde contre une systématisation des reconnaissances de filiation au sein de l’UE en maintenant le principe de subsidiarité des Etats en la matière. Il était souligné que l’importance de la lutte contre la traite des êtres humains nécessite que soit respectée la compétence prioritaire des États membres sur le plan de la reconnaissance de la filiation.

Dans une note d’analyse publiée en janvier 2023 à destination des parlementaires et de la Commission, Alliance VITA a analysé la manière dont cette proposition contrevenait aux attributions fixées par le traité de l’Union et à l’ordre public français en ce qui concerne la GPA. En effet le code pénal français sanctionne les atteintes à la filiation relative à la maternité de substitution.

Le prétexte de la liberté de mouvement au sein de l’Union européenne ne doit pas masquer l’ingérence que cette proposition de règlement constituerait pour les Etats en matière de filiation et de sécurisation des droits de l’enfant.

 

Pour aller plus loin : note d’analys

les députés européens votent un texte qui met en danger le droit des enfants

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Remise du rapport Chauvin, une stratégie pour développer et décloisonner les soins palliatifs

Remise du rapport Chauvin, une stratégie pour développer et décloisonner les soins palliatifs

Remise du rapport Chauvin, une stratégie pour développer et décloisonner les soins palliatifs

 

Le 8 décembre 2023, Franck Chauvin, à la tête depuis le mois de juin de « l’instance de réflexion » sur les soins palliatifs, a remis à la ministre Agnès Firmin Le Bodo son rapport, intitulé « Vers un modèle français des soins d’accompagnement ». Ce rapport propose une stratégie décennale pour les soins palliatifs et présente 15 mesures phares, avec l’ambition de dessiner « un modèle français des soins d’accompagnement. »

 

Une nouvelle notion : les « soins d’accompagnement »

Ce rapport commence par introduire la notion de « soins d’accompagnement », définis comme « l’ensemble des soins participant à la prise en charge globale de la personne malade et de son entourage, réalisés par une équipe pluridisciplinaire, afin de préserver sa qualité de vie et son bien-être. » Ces soins d’accompagnement comprennent les soins palliatifs, que les rapporteurs réduisent à des « soins médicaux qui visent à anticiper, prévenir et traiter les souffrances, notamment au stade de la fin de vie.», et « englobent aussi plus largement toutes les mesures et réponses apportées aux besoins de la personne , qu’ils soient médicaux ou non médicaux, de nature physique, psychique ou sociale, et à ceux de ses proches aidants. »

Pourtant, la définition des soins palliatifs donnée par l’Organisation mondiale de la santé ne se limite pas au traitement de la douleur mais inclut déjà les problèmes « d’ordre physique, psychosocial ou spirituel ». Selon cette définition, « les soins palliatifs sont une approche pour améliorer la qualité de vie des patients (adultes et enfants) et de leur famille. » L’entourage est donc bien pris en compte dans les soins palliatifs qui constituent déjà une approche globale de la personne et de ses proches.

Des objectifs pour les dix ans à venir

Ce rapport se présente comme une stratégie. Il n’y a donc pas d’état des lieux ou d’analyse de la situation actuelle. En revanche, le rapport présente quelques grandes tendances qui doivent être prises en compte pour l’élaboration de cette stratégie :

  • Une diminution de la densité médicale (nombre de médecins) dans les prochaines années
  • Les difficultés de recrutement de personnel dans les EHPAD
  • Les innovations technologiques, sociales et organisationnelles
  • La transition écologique
  • La dégradation des finances publiques.

Ce rapport affiche une valeur de « soutenabilité » par rapport à la situation financière du système de santé. Il invite à questionner la pertinence des prises en charge actuelles pour trouver d’autres solutions, en s’appuyant notamment sur la société civile et les établissements médico-sociaux.

Ce rapport détaille des mesures et propose des indicateurs chiffrés pour évaluer la réalisation de ces mesures dans les cinq ans ou dix ans à venir. Toutefois, cette stratégie se limite à donner des objectifs car elle n’évalue par les coûts des mesures proposées ni ne détaille les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. Néanmoins, le rapport précise que la dépense publique actuelle en faveur des soins palliatifs (1,5 Md€ en 2021) « ne représente qu’un montant très faible des dépenses d’assurance maladie (0,65%). »

Une stratégie dans la continuité des précédents plans

Si l’ambition de cette stratégie décennale est « de proposer un changement de paradigme », en réalité, la plupart des mesures proposées s’inscrivent dans la continuité des politiques publiques menées jusqu’à présent et notamment du plan de développement des soins palliatifs 2021-2024 : favoriser le maintien à domicile, généraliser l’accès aux soins palliatifs dans les EHPAD, développer le bénévolat, soutenir les aidants, développer la formation.

Néanmoins, le rapport propose quelques idées nouvelles :

  • Créer un plan personnalisé de soins d’accompagnement pour accompagner les personnes affectées par une pathologie à un haut degré de prévisibilité et celles pour lesquelles les chances de rémission sont élevées. Pour ces personnes, un temps d’échange avec un professionnel de santé, médecin ou infirmier, serait systématiquement proposé afin de mettre en place ce plan personnalisé, dès l’annonce du diagnostic.
  • Créer des organisations territoriales qui rassemblent « l’ensemble des acteurs locaux intervenant dans les domaines sanitaire, médico-social et social, les collectivités territoriales, les citoyens, les associations de bénévoles, les professionnels de santé libéraux de premier recours, l’assurance maladie, les structures de prise en charge de la douleur. » L’animation opérationnelle de ces organisations territoriales serait assurée au niveau régional par les ARS ainsi que par les cellules d’animation régionales de soins palliatifs dont le cadre a récemment été fixé par l’instruction ministérielle n° DGOS/R4/2022/252 du 30 novembre 2022.
  • Créer des « maisons d’accompagnement », rattachées au secteur médico-social, proposant des soins palliatifs, mais faiblement médicalisées, pour des patients en fin de vie dont l’état médical est stabilisé, mais qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas terminer leur vie à domicile. L’objectif annoncé est de créer 100 maisons d’accompagnement d’ici dix ans.
  • Créer des « collectifs d’entraide », inspirés des « communautés compatissantes » au Canada. Ces collectifs formés « d’individus engagés qui œuvrent ensemble » seraient suscités par les collectivités territoriales. Néanmoins, si le rapport s’appuie sur un exemple canadien, il faut préciser que de telles initiatives s’appuyant sur le voisinage existent déjà en France, comme le mentionne le rapport de la Cour des comptes sur les soins palliatifs de juillet 2023. Le projet « visitatio – voisins et soins » propose une prise en charge palliative qui s’appuie sur la société civile (voisins, amis).
  • Dépasser le tabou autour de la mort et de la fin de vie par l’éducation à la santé à la santé, à la citoyenneté et aux solidarités. Il s’agirait de sensibiliser les jeunes à la question de la fin de vie et « en faire des citoyens engagés sur la question ».
  • Développer le bénévolat par la création d’un « congé d’action d’intérêt public de 120h/an sans perte de rémunération ».

Ainsi, ce rapport développe une vision des soins palliatifs qui mobiliserait tous les acteurs concernés, y compris la société civile et la jeunesse, afin de sortir d’une vision exclusivement médicale des soins palliatifs. Il propose des solutions pour faire face aux défis démographiques et médicaux à venir.

A la suite de la remise de ces préconisations, le gouvernement doit annoncer sa stratégie décennale en janvier, selon un entretien accordé au Figaro par Agnès Firmin Le Bodo, ministre déléguée charge de l’Organisation territoriale et des Professions de santé. Selon elle, « la trajectoire financière sera inscrite dans la stratégie. » La question des moyens alloués à cette stratégie sera effectivement une question cruciale, alors qu’aucun moyen supplémentaire pour les soins palliatifs n’a été prévu dans le projet de financement de la sécurité sociale pour le 2024 (PLFSS).

remise du rapport chauvin, une stratégie pour développer et décloisonner les soins palliatifs

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Autoconservation des ovocytes : la réalité en face

Autoconservation des ovocytes : la réalité en face

Autoconservation des ovocytes : la réalité en face

 

Des demandes en hausse. Une impossibilité de les honorer. Un leurre assumé par les autorités en charge. Une prise en charge lourde, non dénuée de risques et souvent inutile. Une perte de chance pour les femmes de devenir mère un jour. Voici les 5 principaux points à retenir concernant l’autorisation de conserver ses ovocytes, procédure ouverte aux femmes sans aucune raison médicale depuis la loi du 2 août 2021. 

Le mercredi 13 décembre, l’Agence de la biomédecine (ABM) a dévoilé les derniers chiffres de son enquête de suivi auprès des centres de don et d’autoconservation de gamètes. Ce jour-là s’est tenue la première réunion du « Comité national de suivi du plan ministériel 2022-2026 pour la Procréation, l’Embryologie et la Génétique humaines (PEGh) »,

L’ABM rapporte que l’autoconservation non médicale d’ovocytes est de plus en plus plébiscitée, avec une hausse significative du nombre de demandes de 1ère consultation. Depuis son entrée en vigueur, près de 19 160 demandes ont été recueillies par les centres autorisés. La tendance reste à la hausse puisqu’on recense 7 616 nouvelles demandes au 1er semestre 2023 contre 5 038 au 2ème semestre 2022, soit une hausse de 51 %.

En 2022, il y a eu 11 500 demandes, seules 4800 ont obtenu un rendez-vous et finalement 1778 y ont eu accès.

Les centres submergés de demandes pour l’autoconservation des ovocytes

Agnès Firmin Le Bodo, ministre déléguée chargée de l’Organisation territoriale et des Professions de santé qui présidait la commission de Loi bioéthique lors de son vote semble étonnée : « Personne ne pouvait prévoir qu’il allait y avoir autant de demandes », affirme-t-elle. Pourtant, rien n’était plus prévisible, alors que les Françaises font des enfants de plus en plus tard et que le simple système de l’offre crée la demande,

L’âge moyen d’une première maternité est passé de 27,3 ans en 1998 à 28,9 ans en 2020 et les grossesses dites tardives sont toujours plus nombreuses, notamment chez les CSP +. « Plus les femmes qui travaillent ou ont déjà travaillé appartiennent à un groupe social élevé, moins leur fécondité est forte et surtout, plus elle est tardive », pointait une étude de l’Insee en 2016.

Cette procédure a été mise au point au départ pour permettre aux femmes qui doivent subir des traitements lourds pouvant amoindrir ou détruire leur fertilité (traitements anticancéreux par exemple) de mettre de côté leurs ovocytes avant de les subir. Aujourd’hui, cela est présenté comme une prétendue « possibilité de préserver sa fertilité » contre le vieillissement naturel ou de remettre à plus tard un projet de grossesse.

Que dit la loi ?

Toute femme peut demander à faire procéder au prélèvement et à la conservation de ses ovocytes sans raison médicale à compter du 29ème anniversaire et jusqu’ à son 37ème anniversaire.

La procédure d’autoconservation ovocytaire

Elle implique de procéder à une stimulation ovarienne (administration d’hormones) pour contraindre l’ovaire à faire murir un nombre d’ovocytes plus élevé que naturellement. Ensuite, il est procédé à une ponction par prélèvement chirurgical sous anesthésie générale ou locale pour récupérer le liquide folliculaire et ses éventuels ovocytes contenus en nombre variable. Les ovocytes subissent ensuite plusieurs étapes successives pour aboutir à leur cryogénisation (conservation dans l’azote liquide à -196°C). La procédure pourra être répétée deux ou trois fois pour congeler le maximum d’ovocytes.

Les risques ?

Des effets secondaires légers (8 à 14%) ou graves (0,7% en moyenne) sont à déplorer : syndrome d’hyperstimulation ovarienne sévère, complications chirurgicales liées au recueil des ovules (anesthésie, hémorragie, infection, torsion d’ovaire), complications thromboemboliques dont certaines peuvent menacer le pronostic vital. Concernant des complications potentielles à long terme, l’interrogation principale porte sur le risque de cancer de l’ovaire ou du sein, tissus dont on connaît la sensibilité aux stimulations hormonales.

Une médecine à l’envers

Proposer ce traitement à toutes les femmes, y compris celles qui sont jeunes, en bonne santé, qui n’ont pas encore envie d’avoir des enfants, n’ont et n’auront peut-être jamais aucun problème d’infertilité sauf ceux liés à un âge tardif de tentative de grossesse, qui n’auront peut-être jamais besoin d’avoir recours à ces ovules congelés car elles auront leurs enfants naturellement… n’est-ce pas prendre la médecine complètement à l’envers ?

La prise en charge

L’ensemble de la procédure (environ 3000 euros) est pris en charge par l’assurance maladie, même s’il n’y a aucune raison médicale qui la justifie. Seule le coût de conservation (45 euros annuel) revient aux femmes.

Quel devenir des ovocytes ?

Si la femme souhaite utiliser ses ovocytes pour tenter d’avoir un enfant, une étape de fécondation in vitro sera inévitable. Impliquant le faible taux de succès qu’on connait à cette pratique. Si elle tombe enceinte naturellement, ses ovocytes ne lui serviront peut-être jamais. En Espagne où cette pratique est autorisée depuis 2006, le taux d’utilisation des ovocytes ne s’élève qu’à 13%. Elle aura donc traversé ces différents traitements pour rien. Les ovocytes pourront alors être donnés à d’autres femmes et couples, abandonnés à la recherche ou détruits.

Des promesses non tenues

Le gouvernement avait présenté cela comme un nouveau droit et un progrès pour les femmes. Or, les centres sont submergés. Pour répondre à cette très forte demande, le gouvernement a annoncé son projet d’ouvrir une vingtaine de nouveaux centres dans toute la France d’ici à 2025.

Quelles chances de succès ?

Le taux de succès (mesuré par le nombre de naissances) dépend de l’âge de la femme au moment du prélèvement des ovocytes, l’âge au moment des tentatives de fécondation in vitro et le nombre d’ovocytes qui auront pu être récoltés au cours des procédures.

Nombres d’ovocytes congelés

Taux cumulé de naissance

Femme ≤35 ans

(âge du prélèvement)

Femme ≥35 ans

3

5%

5%

5

15%

15%

8

30%

20%

10

40%

25%

15

70%

40%

20

75%

50%

D’apres Cobo et al, fertil steril, 2021.

Ainsi, si une femme ne réussit à « mettre de coté » que 8 ovocytes, ses chances d’avoir un enfant ne seront que de 30%.

Il serait injuste pour les femmes de leur laisser croire que cette technique serait une épargne sécurisée ou une « assurance maternité », à savoir une garantie d’avoir un enfant plus tard.

Le taux de succès des FIV n’est déjà qu’aux alentours de 20%. Or, plus l’âge de la femme avance, plus le taux de succès des FIV diminue.

Par ailleurs, contrairement aux idées reçues, la trotteuse de l’horloge biologique ne se fige pas quand les ovocytes s’endorment dans le froid. En réalité, l’ensemble du corps féminin vit, et donc vieillit. L’âge avançant, une grossesse est plus difficile à obtenir, y compris par FIV, et présente également aussi plus de risques. Les gynécologues et obstétriciens s’accordent sur ce point : la fréquence des complications, tant pour la mère que pour l’enfant, croît rapidement avec l’âge maternel.

Ainsi, augmenter le recours à l’autoconservation des ovocytes, en maintenant la femme dans l’illusion qu’elle peut attendre, pourrait influer sur le risque de rester involontairement sans enfant. (Platts et al, acta obstet gynecol Scand, 2021). Par ailleurs, la place de l’homme est souvent la grande oubliée de ces réflexions. La procréation étant de plus considérée, à tort, comme étant une fonction biologique individuelle, et non la seule qui se vit à deux.

 

Sources : Avis du CCNE du 15 juin 2017 sur les demandes sociétales de recours à l’assistance médicale à la procréation (AMP) ; Rapport de synthèse du Comité consultatif national d’éthique sur les États généraux de la bioéthique, juin 2018.

Pour aller plus loin :

[Vidéo] Autoconserver ses ovocytes – Université de la vie 2023

Congeler ses ovocytes ? On n’épargne pas sa vie. 2018

autoconservation des ovocytes : la réalité en face

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[CP] Soins palliatifs : derrière les intentions, quels moyens ?

[CP] Soins palliatifs : derrière les intentions, quels moyens ?

COMMUNIQUE DE PRESSE – 12 décembre 2023

Soins palliatifs : derrière les intentions, quels moyens ?

La prise en charge globale des patients et de leurs proches, le développement et la sensibilisation à la culture palliative, la volonté d’impliquer davantage la société civile dans l’accompagnement de fin de vie, sont indispensables et à soutenir.

En revanche, reste la question des moyens pour atteindre ces ambitions.  Il y a des raisons de douter alors que le PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) a été adopté sans qu’aucun engagement financier supplémentaire relatif aux soins palliatifs n’ait été pris. Par ailleurs, selon le dernier rapport de la Cour des Comptes, le budget annuel des soins palliatifs est de l’ordre de 1.5 milliard. Or, l’enveloppe globale du plan actuel 2021-2024, soit 171 millions, représente un effort de hausse annuelle de 2.85%, inférieur au rythme de l’inflation (en moyenne à environ 4% depuis janvier 2021).

L’euthanasie et le suicide assisté qui se cachent derrière cette expression ne peuvent en aucun cas être considérés comme des soins. Nous demandons des moyens concrets pour que les soins palliatifs soient vraiment accessibles à tous et ne soient plus instrumentalisés à bon compte en alibi pour lever l’interdit de tuer : ce précieux principe de déontologie médicale, destiné à protéger tout patient, reste la clé de notre confiance dans le système de santé. » conclut Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA.

[cp] soins palliatifs : derrière les intentions, quels moyens ?

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[CP] – IVG dans la Constitution : Encore une gesticulation politicienne à côté des préoccupations des Françaises

[CP] – IVG dans la Constitution : Encore une gesticulation politicienne à côté des préoccupations des Françaises

COMMUNIQUÉ DE PRESSE – 11 décembre 2023

IVG dans la Constitution : Encore une gesticulation politicienne à côté des préoccupations des Françaises

Cette prétendue « liberté irréversible » est un leurre. Elle ne répond pas aux véritables besoins de beaucoup de femmes d’être protégées des pressions sociales et économiques qui les poussent à l’avortement. Comment se satisfaire que les femmes aux revenus les plus faibles aient davantage recours à l’IVG que les plus aisées (études de la Drees) ? Comment ignorer qu’elles peuvent également être soumises à des violences ?

Pour 40 % des 201 000 femmes concernées chaque année par des violences conjugales, ces dernières ont commencé lors de la première grossesse. Dans le même temps les normes procréatives tendent à se rigidifier au détriment de la liberté des femmes : il faudrait être ni trop jeune, ni trop âgée, avoir un couple et un travail stables, des revenus suffisants, etc.

Peut-on programmer la mort ?

Peut-on programmer la mort ?

« Peut-on programmer la mort ? »

 

C’est la question qui se pose à notre société, alors que certains rêvent de maîtriser le jour et les modalités de leur mort, via l’euthanasie ou le suicide assisté. Dans le cadre d’une série d’enquêtes, le journaliste Pierre Jova s’est rendu à plusieurs reprises en Belgique pour suivre le forum militant End of Life entre décembre 2022 et avril 2023, soit la même période que la Convention citoyenne sur la fin de vie organisée en France.

Il en tire un court essai publié au Seuil dans la collection Libelle, dont l’objectif est d’alerter, informer, questionner. Son ambition est d’offrir au lecteur « des faits pour éclairer sa réflexion » sur ce délicat sujet de la fin de vie. Cet ouvrage fait donc la part belle aux témoignages directs : s’expriment ainsi des proches de personnes euthanasiées, des soignants, des militants pro-euthanasie. Son propos s’appuie principalement sur des exemples belges, mais il cite également quelques cas marquants venus de Suisse et du Canada.

L’euthanasie en Belgique : consensus ou tabou ?

La loi sur l’euthanasie ferait, nous dit-on, consensus, nos voisins belges s’enorgueillissant d’un art du compromis. Mais en réalité, la complexité institutionnelle et linguistique de la Belgique, associée à une culture du débat bien moins développée qu’en France, laissent à penser que cette pseudo unanimité pourrait plutôt s’apparenter à un tabou collectif. Certains chiffres interpellent… Ainsi, le 13 février 2014, l’euthanasie des mineurs est votée à la Chambre des représentants après seulement deux demi-journées de débat ; la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde entre Flamands et francophones, elle, aura été discutée dix ans !

Il est intéressant également de se rappeler que l’euthanasie est déclarée par les médecins « mort naturelle », occultant la spécificité évidente de la mort administrée médicalement. Puisque c’est légal, il devient très compliqué d’émettre des doutes, de remettre en cause certaines pratiques, ou encore d’exprimer que le deuil peut être particulièrement difficile : « derrière la normalisation, l’euthanasie laisse des traces indélébiles dans les familles. Certaines taisent un malaise diffus, précisément à cause du discours ambiant », avance Pierre Jova. La loi n’oblige pas à consulter l’entourage, ce qui peut mener à des situations dramatiques : ainsi cet homme qui apprend que sa mère de 88 ans a été euthanasiée dans sa maison de repos sans que la famille ni le personnel n’aient été avertis…

L’exemple belge, une mise en garde pour la France 

Rapidement, les souffrances psychiques se sont ajoutées aux souffrances physiques dans les critères donnant accès à l’euthanasie. Pierre Jova attire l’attention sur cette notion, souvent invoquée, d’« incurabilité » : peut-on réellement abandonner tout espoir de guérison dans le cas d’un mal-être existentiel, d’une souffrance psychique ? Il donne l’exemple marquant d’une personne en souffrance, qui avait réussi à reprendre goût à la vie grâce à son thérapeute, mais qui, encore fragile, s’est retrouvé « coincée » dans sa décision passée d’avoir recours à une euthanasie, et n’a pas pu se rétracter dès lors qu’on lui a proposé une date. « La liberté est illusoire quand l’esprit est captif d’un processus morbide. » 

L’argument, souvent avancé, d’un encadrement strict de la pratique euthanasique peut lui aussi être largement remis en question quand on sait que les euthanasies sont déclarées a posteriori à la commission de contrôle, elle-même composée en grande partie de militants pro-euthanasie et de médecins qui la pratiquent. Or s’il est un acte « médical » irréversible, c’est bien celui-ci ! De très nombreuses euthanasies sont par ailleurs effectuées dans la clandestinité, et passent au travers des mailles du filet…

Aide à mourir ou aide à vivre ? 

L’euthanasie, votée en Belgique le même jour que la loi faisant des soins palliatifs un droit, relève pourtant d’une logique parfaitement contraire. Quel plus grand paternalisme médical en effet que de d’administrer la mort à son patient ? En mars 2023, un Québécois du nom de Robert Corbeil témoigne : il n’est pas éligible aux soins palliatifs à domicile mais en revanche, une infirmière l’informe qu’il pourrait avoir accès à l’aide médicale à mourir (nom de l’euthanasie au Canada) !

En France, le débat sur l’euthanasie a lieu en même temps que le débat… sur les retraites ! Des militants LFI s’opposent à une réunion publique sur l’euthanasie en argumentant : « avant la fin de leur vie, les personnes ne souhaitent-elles pas surtout une retraite heureuse et être soignés en temps et en heure dans un hôpital public de proximité ? »

Cette perspective est d’ailleurs corroborée par ce que Pierre Jova a pu constater dans ses différents échanges, à savoir l’omniprésence des motifs sociaux dans les demandes d’euthanasie. Peur de peser financièrement sur ses proches, voire pression de la part des héritiers : ainsi cet homme qui a obtenu la validation d’un médecin suisse pour accéder au suicide assisté en raison d’une « qualité de vie significativement restreinte par une dégénérescence maculaire liée à l’âge », mais qui était surtout veuf et ruiné, vivant dans une maison dont il n’était pas propriétaire. Le frère de cet homme, sidéré, avance : « Je suppose qu’il s’était engagé auprès des enfants de sa compagne à libérer la maison. »

Plutôt que programmer la mort, remettre la fraternité au cœur de nos sociétés 

En Belgique, il est désormais courant d’avoir dans sa famille quelqu’un qui s’est fait euthanasier. Amélie, habitante de Liège, ne cache pas son émotion à l’auteur en lui montrant le faire-part reçu un jour dans sa boîte aux lettres : son beau-frère et sa belle-sœur y annoncent la date de leur euthanasie prochaine. Mais fixer le jour pour formaliser les adieux n’est pas la solution, avance Pierre Jova, pour qui « aucune mise en scène ne remplace l’épreuve de vérité qui réside dans l’imprévisibilité ». Il propose une éthique de la fraternité, qui mette la relation et le lien entre les générations au cœur de notre société.

L’auteur conclut en rappelant que la dignité « ne se confond pas avec les apparences » et que c’est à nous de le manifester aux plus fragiles par « l’énergie consacrée à leur rappeler chaque jour l’infinie valeur de leur présence ».

peut-on programmer la mort ? l'euthanasie en belgique

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Et si l’euthanasie était une régression sociale ?

Et si l’euthanasie était une régression sociale ?

Et si l’euthanasie était une régression sociale ?

Partie I

 

La légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté pourrait masquer une régression sociale. C’est le message dérangeant d’un livre d’arguments très étayés et publié récemment. Ecrits à deux mains par une médecin et une psychologue clinicienne, il s’intitule : L’euthanasie, un progrès social ?. Les auteurs parlent d’expérience, travaillant dans les soins palliatifs depuis de nombreuses années dans le département de la Seine Saint Denis (93).

En quatrième de couverture est imprimée une question centrale souvent occultée dans les débats et évitée par les partisans de la légalisation: « Quel projet voulons-nous collectivement pour les plus vulnérables ? ».

Déconstruisant le slogan « c’est un progrès social », les auteurs dénoncent un discours convenu dont la visée est essentiellement individualiste. En toile de fond des revendications d’euthanasie, il y a une conception étroite de la liberté, qui résiderait dans le maximum de choix individuels que la société est chargée de fournir. Derrière l’image lisse d’un choix libre et volontaire, « éclairé » comme le disent les promoteurs de la mort médicalement provoquée, les questions à se poser abondent :

Comment parvenir à un consentement libre sous le poids de la souffrance : si elle est mal soulagée ? Si le malade est isolé, dépourvu de perspectives et de soutien ?

Comment les équipes médicales prennent-elles en charge la dimension psychologique et relationnelle de la maladie, au-delà des aspects techniques ?

Et crucialement aujourd’hui, ces équipes ont-elles les moyens d’un accompagnement fidèle au serment d’Hippocrate ? La crise actuelle du système de santé étend une sombre perspective sur ce point.

« Dès les procès de Nuremberg, un doute s’est glissé quant à la moralité de la science…on ne peut plus faire l’économie d’une réflexion morale sur les expérimentations scientifiques ni même sur les thérapeutiques proposées« .

Et en effet, l’euthanasie a un lien avec les avancées techniques. Les auteurs rappellent que certains médecins néonatologistes ont réclamé la légalisation de l’euthanasie de trop grands prématurés en disant « il faut pouvoir défaire ce que l’on a fait ». Ainsi, l’euthanasie est souvent l’autre face de l’obstination déraisonnable, le geste qui supprimerait le patient après l’avoir traité, non comme une personne, mais un cas.

Derrière les demandes d’euthanasie, les peurs de l’individu contemporain : souffrance et indignité.

Dans la deuxième partie du livre, les auteurs affrontent deux motifs fréquemment invoqués pour légaliser la mort médicalement administrée : la souffrance et le sentiment d’indignité. Dénonçant aux passages la manipulation de certains sondages, et s’appuyant sur leurs pratiques, elles interrogent les représentations convoquées dans ces figures de malades pour lesquels on ne pourrait plus rien faire. S’appuyant sur nos vécus communs, elles rappellent que « la souffrance, comme le bonheur, la joie, la douleur et la peine sont constitutifs de l’expérience humaines. On voit mal pourquoi la fin de vie ne fonctionnerait pas, banalement, comme ce qui la précède« .

Par ailleurs, citant la théorie du double effet, les auteurs affirment que la loi permet déjà de soulager les douleurs physiques jusqu’à la perte de conscience, quand c’est nécessaire. Cependant, toute souffrance a une dimension existentielle qui peut aussi signifier le refus d’abandonner une lutte contre la maladie, de se résigner à la mort. Citant deux jeunes hommes atteints de cancer en phase terminale, les auteurs écrivent que leur refus de se laisser « apaiser » pouvait être « un accomplissement subjectif… La souffrance qu’on dit rebelle peut aussi parfois être une résistance« .

Mesurer la souffrance, établir une limite au-delà de laquelle il serait permis de déclencher une mort médicalement administrée n’a pas de sens :

 » Les pays voisins nous donnent un aperçu de l’impossibilité de tracer une ligne et les raisons qui permettent de demander l’euthanasie ressemblent de plus en plus à un recensement de toutes les pathologies et souffrances, psychiques ou physiques que l’être humain peut expérimenter« .

Par ailleurs, le livre souligne la difficulté du message double, voire duplice, sur le suicide assisté : « comment légitimer l’accès à la mort sans pour autant faire l’apologie du suicide ?« . Qu’adviendra-t-il de l’appel à assister une personne en danger ? Et le livre rappelle :  » le sujet est loin d’être anecdotique : chaque année entre 85, 000 et 90, 000 personnes sont hospitalisées à la suite d’une tentative de suicide« .

La douleur peut se traiter, la souffrance a une dimension existentielle complexe qui rend la légalisation de l’euthanasie problématique. Plus encore, les auteurs braquent le projecteur sur les conditions de vie et de soins qui peuvent conduire à des demandes d’en finir. « Plusieurs cas canadiens nous montrent que l’euthanasie peut être aussi la solution à la misère sociale« .

Ecoutant la revendication de « mourir dans la dignité », Isabelle Marin et Sara Piazza font ressortir un point majeur. Sous ce terme de dignité, c’est la représentation « d’un être érigé comme performant et valide, individu indépendant et autonome« . On est ici au cœur ici de la question de l’accueil de la dépendance, de la vulnérabilité, de la finitude, dont aucune vie ne peut prétendre s’affranchir sans s’illusionner. Avec une pointe d’humour, les auteurs rappellent que «  chez certains, la dépendance et la vulnérabilité peuvent être tolérées : un être humain que l’on doit nourrir et changer, qui bave et fait ses besoins sur lui peut susciter admiration et valorisation, s’il a moins de 18 mois« .

La question du regard est centrale, pour chacun et pour toute la société. L’espace éthique Île-de-France rappelle d’ailleurs que  « mettre en cause la valeur et la dignité de l’existence de la personne la fragilise davantage, compromet tout investissement des proches et des soignants… ».

Enfin, les auteurs abordent la délicate question de l’agonie. Assimilée dans les représentations communes à un temps de souffrance inutile, elles rappellent que, dès lors que les moyens sont donnés pour soulager les douleurs et l’angoisse, « l’agonie n’est pas pathologique en tant que telle mais témoigne du temps que parfois un sujet peut prendre pour mourir« .

L’absence de maîtrise de ce temps par les soignants et les proches « signe parfois l’expérience subjective même du sujet, quand bien même il serait inconscient« . Même en toute fin de vie, il est bon que la personne reste sujet de sa vie et échappe à la maîtrise, voire l’emprise, des autres. L’interdit de tuer se révèle ici protecteur.

Et si l’euthanasie était une régression sociale ?

Partie II

 

Derrière le masque de l’autonomie et l’égalité, la mainmise d’un « biopouvoir ».

 

La volonté de maîtrise totale, pourtant illusoire, est à l’œuvre dans une grande partie des revendications de légaliser l’euthanasie.

Une forte contradiction fissure le discours des partisans de la légalisation de l’euthanasie. Ceux-ci prétendent reprendre le contrôle sur leur vie, et sur leur mort. Ils dénoncent le pouvoir médical sur les malades, tout en exigeant que la capacité décisionnaire et d’action soit accomplie par des représentants du pouvoir médical.

En effet, c’est bien des médecins qui examinent le dossier, prescrivent, et dans l’euthanasie, administrent le produit létal. En l’état actuel de la loi, les médecins n’ont pas de droit de mort sur les patients. Mais cela se produira en cas de légalisation : « l’illusion d’être dans une utilisation du pouvoir de la médecine et du médecin pour décider soi-même de sa mort bute sur le pouvoir, in fine, décisionnaire du médecin« . Ce pouvoir du médecin est tout aussi réel dans le cadre d’un suicide assisté. »

A un moment ou à un autre, la demande est bien faite d’être aidé par la médecine (sa compétence à produire une substance) qui passe par une validation de celle-ci (autorisation) et par une prescription« . Ainsi, contrairement à l’apparence ou au discours sur l’euthanasie comme une reprise de contrôle du patient face au pouvoir de la médecine, la légalisation signe au contraire la remise de soi à un pouvoir médical accru.

Le livre examine ensuite la notion d’autonomie sous d’autres angles que le rapport patient/médecin. Dans leur pratique, elles entendent régulièrement, non pas des demandes d’euthanasie, mais l’expression de sentiment d’inutilité, d’isolement, la crainte d’être un poids pour ses proches, sa famille, les soignants… Les injonctions, directes ou insidieuses, les pressions économiques, financières sont déjà présentes.

Qu’arrivera-t-il si la mort administrée est légalisée ? Selon la phrase de Claire Fourcade, présidente de la SFAP, « ça n’oblige personne à le faire, mais ça oblige tout le monde à l’envisager ». Comment demander des meilleures conditions de vie, comment mobiliser les énergies pour l’accompagnement des personnes âgées, si une « sortie » existe, et plus grave encore, si elle est proposée et organisée par la société ?

Quant aux réclamations de légalisation pour éviter que seuls les « riches », partant à l’étranger, accèdent à l’euthanasie, les auteurs revendiquent une position « radicalement différente« . Il s’agit d’assurer à tous une égalité d’accès aux soins palliatifs, et aux soins en général. Dans la crise du système de santé qui s’étend aujourd’hui, le risque est grand d’une rupture du lien de confiance entre les soignants et les patients, ceux-ci pouvant se demander si l’arrêt des soins est lié à une question de coût. L’alternative n’est pas plus de liberté et d’égalité contre moins actuellement, mais « fausse promesse d’émancipation d’un côté contre un vrai risque d’injonction de l’autre« .

Derrière le discours très construit en faveur de la mort médicalement administrée, derrière la promotion de l’autonomie, c’est la figure de l’individu performant, utile à soi ou à l’économie qui est érigée en modèle.

L’euthanasie n’est pas un « soin comme les autres », ni le « soin ultime ». D’ailleurs que soigne le geste létal ? Dans un chapitre consacré à leur expérience en soins palliatifs, les auteurs expliquent la démarche palliative en parallèle de la médecine curative : approche plus globale de la personne, pratique multidisciplinaire où toute l’équipe soignante est mobilisée. Réclamer l’euthanasie comme un soin, c’est voir le soin comme un bien de consommation – le dernier- qu’on peut réclamer individuellement. Pourtant le soin est « une affaire relationnelle, une alliance thérapeutique« . Dans le contexte actuel « proposer en même temps les soins palliatifs et l’euthanasie est une pure hypocrisie : en effet l’inégalité devant les soins s’accroit de plus en plus et la question de l’accès aux soins devient très préoccupante« .

Dans une culture où l’économisme domine, le marché devient l’instance régulatrice. Qui dit offre, dit demande. L’offre d’euthanasie créera de la demande. Il faut rappeler que les études sur cette question de la demande d’ne finir ont révélé un très faible taux chez les patients en fin de vie.

 

En conclusion, la question de la fin de vie est donc éminemment politique : « une société solidaire doit-elle proposer la sortie à ses citoyens ou tout faire pour améliore leur vie ?« . Peut-on demander aux soignants de déroger à un interdit fondamental, celui de tuer ? Que deviendra notre société si le message aux plus vulnérables est que la sortie est possible, voire bonne ?

Dans leur conclusion, les auteurs écrivent : « nous attendons une proposition sociale où la question n’est plus celle de la mort digne, mais celle de la vie digne« .

[CP] Suicide : toujours secourir, jamais « aider » à mourir !

[CP] Suicide : toujours secourir, jamais « aider » à mourir !

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Mobilisation contre le suicide assisté

Toujours secourir, jamais « aider » à mourir !

 

D’ici la fin de l’année, le gouvernement veut présenter un projet de loi qui viserait à légaliser le suicide assisté.

Le samedi 2 décembre, Alliance VITA fait retentir dans toute la France un cri de protestation contre la légalisation du suicide assisté.

Dans une cinquantaine de villes en France, des milliers de personnes portant un masque et encadrant leur visage de leurs deux mains, représentent le célèbre « Cri » peint par Edvard Munch en 1893. Tout suicide est un drame qui frappe de nombreuses personnes et qui met en échec la société.

La prévention du suicide est par principe universelle. Légaliser le suicide assisté revient à désigner des personnes comme éligibles au suicide et à saper toute politique de prévention du suicide.

 

Face à ce projet de loi dangereux, cinq cris s’élèvent partout en France :

  • UN CRI D’EFFROI à l’idée que les personnes les plus fragiles soient ainsi exclues de la prévention du suicide comme si leur vie ne valait plus la peine d’être vécue.
  • UN CRI DE COLÈRE avec les personnes déjà douloureusement endeuillées par le suicide d’un proche et qui savent et endurent la violence de ce drame.
  • UN CRI DE RÉVOLTE devant l’implication exigée de soignants pour valider les demandes, fournir les produits létaux et participer à leur administration.
  • UN CRI DE MISE EN GARDE sur le risque d’avoir un poison mortel à domicile.
  • UN CRI D’ALERTE face à l’impact de la légalisation du suicide sur les personnes souffrant de dépression.

 

Alors que le système de santé connaît une crise majeure qui affecte tous les Français, alors qu’on attend toujours une loi grand âge qui prenne en compte le vieillissement de la population, comment comprendre cet agenda qui prévoit la présentation d’un projet de loi avant la fin de l’année ?

flyers le cri mockup Alliance VITA invite à agir pour une société qui prend soin des plus vulnérables :

  • en réaffirmant le refus de l’euthanasie et du suicide assisté comme de l’acharnement thérapeutique ;
  • en demandant que l’accès aux soins palliatifs soit garanti sur tout le territoire.

 

Voir la page de l’action.

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Légaliser le suicide assisté et l’euthanasie : transgression et régression

Légaliser le suicide assisté et l’euthanasie : transgression et régression

Légaliser le suicide assisté et l’euthanasie : des conséquences insoupçonnées

 

Dans une société déjà secouée par la violence, envisager la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté serait « un changement de paradigme anthropologique et sociétal majeur qui peut avoir des conséquences insoupçonnées ».

Ces mots très forts émanent d’une tribune collective publiée par La Croix ce 23 novembre 2023 et cosignée par des médecins, gériatres, médecins en soins palliatifs, avocats, professeurs de droit… Ils viennent alourdir d’un argument essentiel le poids déjà important de ce projet de loi du gouvernement de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie, camouflés derrière l’euphémisme « d’aide active à mourir ».

Un texte qui pourrait être présenté en Conseil des ministres avant la fin de l’année et dont on déplore les transgressions qu’il envisage et les régressions qu’il induirait.

 

Une transgression : une extension du domaine de la violence légitime

Alors que l’évolution des démocraties est de tout faire pour limiter la violence légitime, « en autorisant un médecin à supprimer une vie (ou à y contribuer dans le suicide assisté), l’État réaliserait alors une extension du domaine de la violence légitime » s’insurgent les cosignataires de la tribune.

La force légitime, dans un État de droit, est très encadrée. Elle est réservée à certaines professions : armée, police. Les professions de santé n’en font pas partie, bien qu’elles aient pourtant une action directe sur le corps humain, qu’elles peuvent toucher, modifier voire mutiler sans encourir de sanctions.

« Cette transgression n’est cependant autorisée que sous conditions strictes : son but doit être le rétablissement de la santé des personnes, les moyens employés doivent être proportionnés, leur efficacité validée et bien sûr le malade doit être consentant ».

Ces professions sont très réglementées, et ces encadrements – qui ont été patiemment mis en place depuis Hippocrate – constituent un progrès et une nécessité, pour les soignants, pour les malades et pour toute la société.

Une régression : un retour en arrière

Déjà, Hippocrate (460-377 avant J.-C.), père de la médecine moderne, savait qu’il fallait protéger les malades des éventuelles pulsions inconscientes, agressives ou pulsions de mort des médecins et limiter leur toute-puissance. Il a mis au point une méthode clinique et son fameux serment qui constituent des référence éthiques fondamentales. « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément » proclament les étudiants le jour de leur thèse.

« Après la Seconde Guerre mondiale, la Shoah et les horreurs de la médecine nazie, rappellent les cosignataires de la tribune, la prise de conscience de ce que peut faire une médecine sans borne et sans norme a marqué l’évolution de la déontologie médicale avec la publication du code de Nuremberg. Depuis, de nombreux textes nationaux et internationaux sont venus compléter et encadrer les devoirs des médecins et les droits des malades. »

L’affirmation d’une éthique du soin est tellement importante que les professions médicales se sont dotées, au fur et à mesure, de codes de déontologie. Celui du métier d’infirmier, consigné comme celui des médecins dans le code de santé publique, affirme aussi que « l’infirmier ne doit pas provoquer délibérément la mort ».

Tous ces textes et réglementations de l’éthique du soin visent toujours l’humanisation de l’autre. Et plus la médecine est efficace et technique, plus les garde-fous doivent être importants.

Ce projet de légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté qui constituerait une brèche dans cette éthique médicale fondamentale patiemment établie serait un véritable retour en arrière. Pour tous.

Adoption de la PPL « Bien vieillir », 1e étape avant une loi « Grand âge »

Adoption de la PPL « Bien vieillir », 1e étape avant une loi « Grand âge »

Jeudi 23 novembre, l’Assemblée nationale a adopté à une large majorité la proposition de loi pour bâtir la société du bien vieillir. Considérablement enrichie pendant les débats, cette proposition de loi est une première étape, la Première ministre ayant annoncé une loi de programmation sur le grand âge pour 2024.

 

Après plusieurs reports, l’Assemblée nationale a repris cette semaine l’examen de la proposition de loi « Bien vieillir »  qui avait commencé en avril. Cette proposition de loi contient plusieurs mesures pour prévenir la perte d’autonomie, lutter contre la maltraitance des personnes âgées et leur garantir un hébergement de qualité.

Si cette proposition de loi a été fortement contestée lors des premiers débats en avril pour son manque d’ambition, l’annonce faite mercredi 22 novembre par la Première ministre d’une loi de programmation sur le grand âge qui sera présentée « d’ici l’été pour un examen et une adoption au second semestre 2024 » a rassuré les parlementaires.

Cette loi doit répondre à « quatre grandes questions : quels sont nos besoins ? Comment les financer ? Comment disposer des compétences et des personnels nécessaires ? »

A l’origine, cette loi de programmation avait été instaurée dans la proposition de loi (article 2 bis B) par un amendement adopté contre l’avis défavorable du gouvernement. Finalement, un amendement déposé par le gouvernement a permis une nouvelle délibération ce jeudi 23 novembre et a inscrit dans la proposition de loi que la loi de programmation sur le grand âge devait être adoptée avant le 31 décembre 2024.

Par ailleurs, l’examen de la proposition de loi « Bien vieillir » en séance publique a permis d’y ajouter plusieurs dispositions pour garantir les droits des personnes âgées et lutter contre la maltraitance en EHPAD :

  • Par un amendement des Républicains, le droit de visite dans les établissements sociaux et médico-sociaux a été renforcé.
  • Un autre amendement du groupe Les Républicains instaure de nouveaux indicateurs pour évaluer la qualité des EHPAD, comme le nombre de douches hebdomadaires ou la durée moyenne des repas.
  • Un amendement du groupe socialiste permet la prise en compte de « l’intégrité psychique » des résidents.
  • Un amendement défendu par le gouvernement oblige les EHPAD privés lucratifs à consacrer une fraction des bénéfices réalisés au financement d’actions en faveur de l’amélioration du bien-être des résidents.

 

Droit de visite dans les EHPAD

Parmi les avancées majeures du texte, l’instauration d’un droit de visite dans les EHPAD répond à la revendication du collectif Tenir ta main créé au moment de la crise du Covid-19. Mardi 14 novembre, Laurent Frémont, cofondateur du collectif, a remis un rapport au gouvernement. Ce rapport, intitulé « Liens entravés, adieux interdits », préconise d’instaurer « un droit absolu de recevoir » pour les résidents, sans limite horaire.

 

Suppression de l’obligation alimentaire pour les petits-enfants

Une disposition plus contestée du texte, à l’article 9, supprime l’obligation alimentaire pour les petits-enfants s’agissant de l’aide sociale à l’hébergement (ASH) : les petits-enfants ne seront plus tenus de financer l’hébergement d’un grand-parent dans un EHPAD, si celui-ci est bénéficiaire de l’ASH.

Comme l’ont souligné des députés Les Républicains, cette suppression entraîne une rupture de réciprocité « puisqu’aucune exonération n’est prévue pour les ascendants. Concrètement, les grands-parents seront donc toujours tenus d’aider leurs petits-enfants mais ces derniers n’auront plus d’obligations en retour. »

Par ailleurs, puisque cette disposition dispense d’obligation alimentaire uniquement les petits-enfants des personnes hébergées dans un établissement médical ou médico-social, elle introduit aussi une rupture d’égalité entre ces petits-enfants et ceux des personnes maintenues à domicile.

La nécessité d’une loi de programmation

Si les députés ont majoritairement voté pour cette proposition de loi « Bien vieillir », à l’exception des Républicains, qui se sont abstenus et des groupes LFI et GDR qui ont voté contre, ils ont à maintes reprises exprimé la nécessité d’aller plus loin.

Tous attendent la loi de programmation du grand âge, qui doit répondre aux besoins de financement immenses, alors que le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), examiné juste avant, suscite bien des inquiétudes. En ligne de mire, la situation délicate des EHPAD, alors que le député GDR Yannick Monnet a rappelé que 85% d’entre eux étaient déficitaires fin 2022.

Ceux-ci doivent accueillir des personnes de plus en plus dépendantes : selon un rapport du Sénat de 2022, plus de la moitié des résidents est désormais très dépendante (GIR 1 ou 2). Face à ce cela, les EHPAD manquent aujourd’hui de personnel et la création de 6 000 postes dans le PLFSS en 2024 est bien insuffisante au regard d’un besoin estimé à 20 000 postes par an.

Le manque de personnel se fait également sentir dans les services d’aide à domicile où se pose également la question de l’attractivité et de la revalorisation des salaires, pour des emplois bien souvent précaires et à temps partiels.

Dans ce contexte, les professionnels du grand âge ont pour la plupart salué l’annonce d’une loi de programmation du grand âge. L’Association des Directeurs au service des Personnes Âgées (AD-PA) a néanmoins précisé dans un communiqué que « l’association a la mémoire longue et se souvient des promesses de nombreux Présidents et Premiers Ministres qui n’ont jamais abouti », en référence aux multiples annonces d’une loi grand âge et autonomie qui avait finalement été abandonnée.

L’association demande « à l’Etat de respecter ses engagements pour que cesse la maltraitance systémique des personnes âgées vulnérables et des professionnels qui les accompagnent. »

Stratégie « Bien Vieillir »

Les acteurs du grand âge ont également salué la présentation de la stratégie « Bien Vieillir » pour « préparer et adapter notre société à cette grande transition démographique » le 17 novembre. Cette feuille de route interministérielle propose un ensemble de mesures autour de quatre axes :

  • Prendre en compte de nouveaux besoins et reconnaître la place des seniors
  • Donner le choix de vieillir où l’on souhaite
  • Accompagner les solidarités entre générations
  • Garantir les droits et la participation des citoyens âgés

Si de nombreuses mesures de cette stratégie étaient déjà connues, plusieurs fédérations se sont réjouies de la volonté de concertation entre l’Etat et les fédérations employeurs pour faciliter les recrutements à travers un protocole pluriannuel.

En attendant l’examen de la proposition de loi « Bien Vieillir » au Sénat, la ministre des solidarités, Aurore Bergé, va pouvoir débuter son travail de concertation avec les parlementaires, les conseils départementaux et les professionnels du secteur afin d’écrire la loi de programmation sur le grand âge, comme l’en a chargé la Première ministre. Il reste à souhaiter que cette loi puisse répondre aux défis majeurs du financement et des personnels. Comme on le voit, les attentes sont immenses.

Stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement : un plan 2023/2027

Stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement : un plan 2023/2027

La nouvelle stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement (TND) a été présentée par Emmanuel Macron la semaine dernière. Annoncé à l’occasion d’un déplacement dans une Maison de l’autisme de Seine Saint Denis, ce plan comprend six grands « engagements », détaillés en 81 mesures. Ce plan fait suite au plan de stratégie nationale pour l’autisme établi pour la période 2018-2022. La visée du nouveau plan est donc plus large : aux troubles du spectre autistique, il ajoute les troubles « DYS » (comme la dyslexie), les troubles de l’attention et les troubles du développement intellectuel.

 

Des chiffres sur le troubles du neurodéveloppement

Selon l’OMS, la prévalence des troubles du neurodéveloppement dans le monde chez les enfants de moins de quinze ans est estimée à 5%. Dans un rapport sur le sujet établi en 2020, la Haute Autorité de la Santé (HAS) rappelait qu’en fonction des définitions, cette prévalence variait entre 5 et 15%. Le dossier de presse de la stratégie 2023-2027 donne également quelques chiffres clés. Une personne sur six serait touchée par un TND.

Les troubles du spectre autistique concerneraient 1 à 2% de la population, les troubles « DYS » 8%. Les troubles de l’attention, avec ou sans hyperactivité, concernent 6% des enfants mais 3% des adultes et les troubles du développement intellectuel 1% de le population. Pour 70% des personnes atteintes de difficultés cognitives dans l’enfance, ces difficultés persistent à l’âge adulte. Enfin, pour plus de 50% d’entre eux, un TND est associé à d’autres maladies (épilepsie, trouble anxieux…) ou un autre TND.

 

Des facteurs de risque multiples

Dans ses recommandations de bonne pratique pour le repérage et l’orientation des enfants à risque, la HAS rappelle la complexité du développement cognitif :

« le neurodéveloppement est un processus dynamique qui se fait par une série d’étapes successives mais parfois intriquées entre elles. La trajectoire développementale chez l’enfant neurotypique comme chez l’enfant atypique est la résultante d’interactions permanentes complexes entre les facteurs génétiques, c’est-à-dire le programme initial de développement cérébral, et les facteurs environnementaux ».

Son rapport consacre toute une partie aux facteurs de risque. On peut citer entre autres :

  • La prématurité, qui concerne 7.5% des naissances selon l’enquête de périnatalité de 2016
  • Les infections néonatales (méningites) ou les infections à cytomégalovirus
  • Les expositions in utero aux substance psychoactives (alcool, cannabis…)
  • L’obésité maternelle.

La HAS souligne également que la vulnérabilité socio-économique et le faible niveau scolaire parental sont des facteurs aggravants, ainsi que la maltraitance ou les négligences sévères.

 

Que prévoit le nouveau plan pour les troubles du neurodéveloppement ?

« Enjeu de dignité » et « enjeu de société » sont les mots mis en avant dans la présentation du plan par Emmanuel Macron et les ministres en charge, Aurore Bergé et Fadila Khattabi. A l’actif du plan Autisme qui s’achève, la création de 410 classes en maternelle et primaire pour accueillir des enfants autistes. 55,000 enfants ont bénéficié d’interventions précoces et d’un parcours de diagnostic grâce à une Plateforme de Coordination de d’Accompagnement (PCO).

Le nouveau plan a également fait l’objet d’une consultation citoyenne ayant recueilli 96,000 votes et 10,000 contributions. Les six engagements du plan contiennent fondamentalement trois axes :

  • La recherche sur ces troubles (suivi fin d’une cohorte de mères, création d’un Institut hospitalo-universitaire sur le cerveau de l’enfant),
  • Le repérage et le diagnostic (le repérage deviendra systématique pour les enfants de 0 à 6 ans),
  • L’accompagnement et l’insertion (parcours adapté à l’école et formation professionnelle, prévention du suicide, actions de sensibilisation de la société aux personnes atteintes de TND…).

Au total, le plan prévoit 680 millions d’euros de nouveaux moyens sur la période 2023-2027, soit 136 millions par an. C’est plus que le précédent plan qui prévoyait 69 millions d’euros, mais le public est bien plus large puisqu’aux personnes atteintes du TSA s’ajoutent tous les autres TND (DYS, TDAH, TDI).

 

Beaucoup reste à faire.

La Commission des Affaires sociales du Sénat a consacré un rapport d’information sur les TND en mai dernier. Elle soulignait que les besoins restent très importants. Un exemple est le parcours scolaire. En effet, l’inclusion dans une classe peut être très partielle, et les enseignants encore très peu formés à cet accueil. La Commission écrivait :

« La sensibilisation aux TND, à leur prévalence et éventuellement à leur repérage demeure insatisfaisante. Les 25 heures constituant le module « école inclusive » de la formation initiale des enseignants ne sont pas assurées sur l’ensemble du territoire, faute de formateurs. En outre, le contenu de cet enseignement et les outils numériques dédiés à la formation initiale ou continue des enseignants sont parfois désuets ou incomplets. »

Un autre constat porte sur le logement pour les adultes et leur insertion :

« La prise en charge des adultes atteints de troubles du neurodéveloppement demeure notoirement insuffisante. Les associations estiment que 8 000 adultes sont accueillis en Belgique, tous handicaps confondus, faute de place dans des structures adaptées en France. Ce constat est connu des pouvoirs publics depuis de nombreuses années ; le sujet n’est pas celui de la prise de conscience des autorités mais celui de la mise en œuvre des mesures idoines. Les personnes présentant un TDAH ont un risque d’addiction accru ; ces addictions sont plus précoces et plus sévères qu’en population générale. Et 20 % des détenus souffriraient de TDAH« .

 

Howard Buten, artiste et psychologue, a consacré une part importante de sa vie à l’accueil des personnes atteintes du TSA. Dans son livre « Il y a quelqu’un là-dedans : des autismes », il compare ces personnes au renard du Petit Prince pour leur capacité à élargir notre regard et apprendre la délicatesse dans la relation. Il écrit :

« Tout comme le renard du Petit Prince, l’autiste vous fera savoir « quand » et « jusqu’où « .

Souhaitons que ce plan puisse permettre à toutes ces personnes et leur famille un bien meilleur accueil dans notre société.

 

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troubles du neurodéveloppement
Infertilité masculine et exposition aux insecticides : une étude confirme un lien

Infertilité masculine et exposition aux insecticides : une étude confirme un lien

Exposition aux insecticides et infertilité masculine

une étude confirme un lien.

La chute de la fertilité masculine est largement documentée par des travaux scientifiques. Une méta-analyse publiée en 2017 faisait état d’un déclin de plus de 50 % de la concentration moyenne de spermatozoïdes chez les hommes des pays occidentaux en quarante ans (entre 1973 et 2011). Si ce déclin dans la concentration de spermatozoïdes est associé évidemment à une moindre fertilité, il a également des implications plus larges sur la santé masculine et même la mortalité, selon cette étude et d’autres recherches.

 

Que dit l’étude ?

Les chercheurs ont travaillé sur un ensemble d’études déjà publiées, soit sur des sites gouvernementaux américains, soit sur des sites non gouvernementaux. A partir d’un échantillon de 325 études, ils ont sélectionné par des tris statistiques 20 études sur différentes populations à travers le monde. L’objet des études se concentre sur le lien entre deux classes de pesticides largement utilisés, les organophosphates (OP) et les carbamates de N-méthyle (NMC), et la concentration de spermatozoïdes. L’effet nocif de ces substances sur la santé humaine est largement documenté. Le site Manuel MSD pour les professionnels de la santé dans sa page « intoxication » par ces substances relève que :

« À long terme, des séquelles persistantes de l’intoxication par les organophosphorés peuvent comprendre des déficits cognitifs ou un syndrome parkinsonien« .

Les organophosphorés (OPs) constituent la classe d’insecticides la plus répandue à travers le monde et représentent 30 % du marché mondial.

L’étude conclut qu’il y a des

« preuves suffisantes qu’une exposition plus élevée des hommes adultes aux insecticides OP et NMC est associée à une concentration plus faible de spermatozoïdes« .

En toute rigueur scientifique, l’association n’implique pas la preuve de la causalité. Cependant, selon l’auteur principal de l’étude, la Dr Melissa Perry, de l’Université G. Mason aux Etats Unis :

« Cette revue est la preuve la plus complète de plus de 25 ans de recherche sur la fertilité masculine et la santé reproductive. D’après les données disponibles, nous devons prendre des mesures réglementaires pour réduire l’exposition aux insecticides« .

 

Les implications pour la santé masculine

Les anomalies de la spermatogénèse, c’est-à-dire de la production de spermatozoïdes, sont de loin les causes les plus fréquentes d’infertilité masculine. Sont en cause un nombre importants de facteurs incluant le mode de vie (sédentarité, alcool, tabagisme, cannabis…), la génétique, un historique de certaines infections, l’exposition in utero à des produits toxiques et la pollution. Selon un rapport de l’Association Française d’Urologie (AFU) datant de 2021, « environ 15 % des couples sont confrontés à une infécondité (soit environ 60 000 nouveaux cas/an en France), dont 20 % d’origine masculine stricte et 40 % mixtes, dans lesquelles on retrouve un facteur masculin« .

Outre l’impact de cette baisse de concentration sur la fertilité, des études ont établi un lien avec d’autres problèmes de santé. Une étude danoise publiée en 2017 concluait que « nous avons constaté que la qualité du sperme est un puissant biomarqueur universel de la santé. Nous avons pu montrer que les hommes ayant une faible qualité de sperme nécessitaient plus souvent une hospitalisation, en particulier pour le diabète sucré et les maladies cardiovasculaires. »

 

Le mouvement « movember« , lancé en Australie en 2003, appelé en français « novembre bleu » qui suit « octobre rose », avait pour but de sensibiliser l’opinion sur des problèmes de santé masculins, et récolter des dons pour aider la recherche médicale. L’étude sur le lien pesticide et infertilité masculine, confirmant d’autres études, apporte sa contribution à cette recherche. Compte tenu de l’utilisation extensive des pesticides dans les pays industrialisés, les solutions à apporter pour inverser la tendance relèvent du défi politique de grande ampleur.

IVG dans la Constitution : liberté ou droit, un faux débat ?

IVG dans la Constitution : liberté ou droit, un faux débat ?

IVG dans la Constitution : liberté ou droit, un faux débat ?

 

Annonce d’un projet de loi inscrivant l’IVG dans la Constitution

Le 29 octobre 2023, le président de la République a annoncé qu’un projet de loi pour inscrire l’IVG dans la Constitution serait présenté en Conseil des ministres au mois de décembre. Selon des informations de La Tribune, le texte qui figurerait à l’article 34 de la constitution serait libellé ainsi : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté de la femme, qui lui est garantie, d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse« . Au-delà de la portée symbolique de cette constitutionnalisation, la formulation d’une liberté plutôt qu’un droit fait débat. Le choix de l’une plutôt que l’autre modifie-t-il l’impact de cette inscription dans la constitution ?

 

Rappel des faits

En novembre 2022 une proposition de loi constitutionnelle votée en première lecture à l’Assemblée nationale disposait que « la loi garantit l’effectivité et l’égal accès au droit à l’interruption volontaire de grossesse ». Le Sénat l’a votée à son tour en ces termes : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté de la femme de mettre fin à sa grossesse ».

 

Liberté, droit : quelle définition ?

Pour Anne-Charlène Bezzina, maître de conférences en droit public à l’Université de Rouen, « La liberté est une ‘faculté de’, c’est une notion subjective, c’est ‘je peux recourir à’. Par exemple, avec la liberté d’expression, si j’ai envie de parler ou de publier, je le fais, mais je n’attends rien en retour. Alors que le ‘droit subjectif à’, donne l’impression d’une créance : l’État doit le garantir. C’est le cas du droit de grève par exemple. »

Pour les partisans de l’inscription d’un droit, cette formulation de la liberté ne va pas assez loin.

D’après Mathilde Philip-Gay, professeur de droit public à l’Université Jean Moulin Lyon 3, « Le droit à l’IVG, c’est la garantie que si une personne le souhaite ou si c’est nécessaire, elle pourra procéder à une interruption volontaire de grossesse. La liberté est garantie par la loi, alors que le droit doit être garanti en lui-même. » Pour elle, si « le choix du mot liberté est symboliquement important – car cela permet de faire entrer l’expression « interruption volontaire de grossesse » dans la Constitution – juridiquement, il n’y a pas un changement énorme » par rapport à la situation actuelle.

Cette position est également soutenue par Jean-Marie Burguburu, avocat et président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Dans un avis adopté le 28 septembre 2023, la CNCDH indique : « C’est le droit lui-même qu’il faut consacrer et non le pouvoir de légiférer à son sujet. La formulation retenue doit intégrer une « garantie » afin d’éviter toute régression par rapport à l’état actuel du droit. Elle doit exprimer une consécration claire du droit à interrompre volontairement sa grossesse pour toute personne le souhaitant. »

En réalité la Constitution n’établit pas de distinction entre les notions de liberté et de droit.

S’agissant de normes constitutionnelles, droit et liberté ne peuvent s’exercer que dans le cadre des lois qui les règlementent. La Constitution accorde une égale protection aux « droits et libertés qu’elle garantit » notamment par la possibilité de soulever une question prioritaire de constitutionnalité figurant à l’article 61-1. En outre, rien n’indique dans la Constitution que les droits et libertés qui y figurent auraient des portées différentes.

Les droits et libertés qu’elle garantit, s’entendent en effet, indistinctement, des dispositions de la loi fondamentale elle-même, y compris son préambule et les textes auxquels il renvoie, ainsi que des principes non écrits dégagés par la jurisprudence du Conseil constitutionnel.

Par une décision de 2001, le Conseil constitutionnel a considéré que la loi sur l’IVG est conforme à la Constitution dans la mesure où elle préserve l’équilibre « que le respect de la Constitution impose entre, d’une part, la sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme de dégradation et, d’autre part, la liberté de la femme qui découle de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ».

Cette jurisprudence constitutionnelle consacre une forme d’équilibre entre plusieurs libertés, droits et principes à valeur constitutionnelle :  la décision de 2001 a donc été rendue en évaluant la loi sur l’avortement au regard du principe de sauvegarde de la dignité de la personne humaine, du droit à la vie ou encore au regard de la liberté de conscience des soignants.

Inscrire l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution sans inscrire les autres principes qui y sont associés constitue une rupture qui fragilise ces derniers

Selon Guillaume Drago, professeur de droit public à l’Université Paris II Panthéon-Assas, outre la liberté de conscience des personnels de santé qui peuvent, avec la loi de 1975, refuser de procéder à des avortements et qui est une liberté constitutionnelle, l’inscription de l’IVG dans la constitution vient aussi se heurter à des principes constitutionnels comme « la liberté personnelle des personnels de santé, la protection de la santé, énoncée par les alinéas 10 et 11 du Préambule de la Constitution de 1946, intégré au bloc de constitutionnalité, et la protection constitutionnelle de l’intérêt supérieur de l’enfant énoncée encore par le Conseil constitutionnel en 2019. »

Pour les partisans du toujours plus, le projet de loi tel que présenté ne va pas assez loin : ils contestent le choix du mot liberté et déplorent que cette liberté constitutionnelle figure à l’article 34, lequel définit ce qui relève de la compétence du législateur, plutôt qu’à l’article 1er ou 2 sous forme de droit fondamental.

Quelle que soit la formulation retenue, liberté ou droit, on peut s’inquiéter des conséquences d’une inscription dans la Constitution sur le cadre juridique qui régit aujourd’hui l’avortement. La portée symbolique est puissante et les menaces qui pèsent sur le droit à la vie, la liberté de conscience et la liberté d’expression ne sont pas dérisoires. A l’avenir, la façon dont le Conseil constitutionnel pourrait mettre en balance ces différents principes dans sa jurisprudence reste incertaine.

Suicide assisté en Oregon : les dérapages inéluctables du « modèle »

Suicide assisté en Oregon : les dérapages inéluctables du « modèle »

Croissance du suicide assisté en Oregon

Une étude rétrospective sur 25 ans de pratique du suicide assisté en Oregon (Etat américain) montre une croissance continue de cet acte depuis 25 ans et une interprétation extensive des critères d’application.

Evolution de la pratique « médicale » du suicide assisté en Oregon

Depuis 25 ans, 2 454 personnes sont décédées du suicide assisté en Oregon, passant de 16 en 1998 à 278 en 2022. Cela représente 0,6% des décès. Comparativement à la population en France, cela reviendrait à près de 4000 suicides par an. L’âge moyen des patients suicidés se situe à 72,5 ans.

Toutes les personnes ayant reçu une ordonnance en vue d’un suicide assisté en Oregon ne finissent pas nécessairement par s’en servir. Cependant, il y a un manque de données quant aux raisons de cette non utilisation : soit les personnes sont décédées de leur maladie, soit elles ont renoncé au suicide assisté.

Aucune information n’est fournie sur les produits achetés et non consommés.  La proportion de décès suivant la prise d’un produit létal prescrit comparée avec le nombre de prescriptions est passé de 58% dans la première décennie consécutive à la légalisation à 67% ces 5 dernières années.

Une évolution des critères d’éligibilité et des procédés qui laissent perplexes

Enfin les raisons économiques sont en progression. L’inquiétude du coût des traitements qui pousse parfois à les refuser et à demander le suicide assisté atteint 8,1% en 2021. Les auteurs ont aussi noté une évolution des catégories sociales des patients depuis 2008 à partir des assurances médicales qui sont un indicateur du niveau de vie aux Etas-Unis.

En moyenne 65% des candidats au suicide détenaient une assurance médicale privée jusqu’en 2008.  La tendance s’est ensuite totalement inversée : 79,5% des patients qui demandent le suicide assisté sont souscripteurs d’une assurance publique dont Medicaid qui est octroyée aux personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ces indications mériteraient une étude plus approfondie dans la mesure où la part de Medicaid dans la catégorie des assurances publiques n’a pu être déterminée.

 
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Quels moyens pour les soins palliatifs en 2024 ?

Quels moyens pour les soins palliatifs en 2024 ?

La question des moyens alloués pour les soins palliatifs en 2024 se pose après l’adoption sans vote du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSSau moyen du 49.3 Et cette question se pose avec encore plus d’acuité dans le contexte de l’élaboration d’un projet de loi qui pourrait légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Si le calendrier de ce projet de loi reste soumis à des aléas politiques, une première rédaction a en effet circulé dans certains médias mentionnant la légalisation du suicide assisté dans les termes suivants : « l’administration de la substance létale serait effectuée par la personne elle-même ».

 

Une priorité annoncée pour les soins palliatifs

La priorité au développement des soins palliatifs a été affirmée par Emmanuel Macron lors de son discours aux membres de la Convention Citoyenne organisée par le CESE sur la fin de vie, en avril 2023« Je crois qu’une solution unanimement préconisée doit être maintenant rigoureusement mise en œuvre. Il nous faut mieux faire appliquer la loi Claeys-Leonetti, comme le souligne aussi très bien la mission d’évaluation de l’Assemblée nationale. Nous avons en la matière une obligation d’assurer l’universalité de l’accès aux soins palliatifs, de diffuser et d’enrichir notre culture palliative et de rénover la politique de l’accompagnement du deuil ».

De cette forte affirmation, le dossier de presse du PLFSS s’est fait l’écho. En page 16 d’un document en comportant 56, un paragraphe titre « S’engager dans la rénovation et le renforcement de la filière palliative« . Reprenant l’engagement du président de la République, le dossier de presse affirme que « Ce PLFSS traduit cette ambition, et, dès fin 2024, des premières avancées majeures seront constatées en faveur du renforcement de la filière palliative : déploiement des filières avec mise en place de l’hospitalisation de jour en soins palliatifs ; couverture de tous les départements par une unité de soins palliatifs ; création de la première unité de soins palliatifs pédiatriques« .

 

Mais une difficulté à mesurer les moyens au service de cette priorité

Le document du PLFSS transmis au Parlement, et détaillant un nombre important de mesures au long de ses 551 pages ne comporte pas de mention des soins palliatifs, ce qui ne parait pas cohérent avec un axe prioritaire. Pour l’anecdote, le mot « soin » apparait 804 fois, le mot « prévention » 208 et le mot « préservatif » 60 fois. Cependant, à la Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée Nationale, Mme Firmin Le Bodo, en réponse à la question d’un député, M. Philippe Juvin, a déclaré que : « le PLFSS prévoit 20 millions d’euros supplémentaires pour entamer la création d’une filière de prise en charge palliative, conformément à l’instruction donnée aux ARS. C’est l’une des premières briques du développement des soins palliatifs« .

L’information disponible pour suivre les moyens alloués au développement des soins palliatifs n’est pas facilement accessible. Le plan actuel de « Développement des soins palliatifs et accompagnement de la fin de vie » couvre la période 2021-2024 et a été doté de 171 millions au total. Un bilan d’étape sur ce plan avait été publié en 2022 par la ministre en charge, Agnès Firmin Le Bodo, à l’occasion de la journée mondiale des soins palliatifs. Le communiqué de presse mentionnait le montant de 10.1 millions alloués aux régions afin de :

  • Financer des projets dans les départements sans Unité de Soins Palliatifs (USP),
  • Développer l’expertise et la connaissance sur les soins palliatifs dans chaque région.
  • Un communiqué de presse publié en octobre 2023 fait état d’une impulsion et des avancées, mais ne mentionne aucun chiffre.

La Cour des Comptes dans son rapport sur les soins palliatifs a évalué l’ensemble des dépenses pour les soins palliatifs à 1,5 milliard en 2021. Une allocation annuelle d’environ 42 millions (la quote-part de l’enveloppe globale des 171 millions du plan des Soins Palliatifs) représente donc 2.85% d’effort supplémentaire par an.

 

A ce rythme, il n’est pas étonnant que le développement des soins palliatifs reste lent. Le plan de développement 2008-2012 recensait fin 2007 4028 lits de soins palliatifs en établissements de santé et 337 équipes mobiles. Selon le CNSFPV (Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie), le nombre de lits (en USP ou dans d’autres services) atteint 7529 en 2021, et il y a 420 équipes mobiles. Et selon la SFAP (Société française d’accompagnement et de soins palliatifs), au moins la moitié des besoins ne sont pas couverts actuellement.

Ces constats de manque de moyens pour les soins palliatifs et de réelle volonté politique, de nombreux acteurs de soins palliatifs le font au quotidien. Récemment un spécialiste investi de longue date dans les soins palliatifs expliquait dans le Quotidien La Croix : « certains services doivent fermer faute de médecins expérimentés ou réduisent le nombre de lits disponibles en raison du manque de personnels soignants. Il est urgent de sécuriser les postes existants et de valoriser ce métier ».

Comment alors penser que la priorité annoncée par le gouvernement pourra être honorée sans des moyens bien supérieurs à ceux mis jusqu’à présent ?

Et comment avancer dans une légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté alors que la loi actuelle, qui prévoit un droit aux soins palliatifs pour tous les Français, n’est toujours pas effective ?

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[CP] – Parier sur la vie – est-ce raisonnable ?  Université de la vie 2024

[CP] L’Université de la vie d’Alliance VITA revient en janvier 2024

COMMUNIQUE DE PRESSE – 16 novembre 2023

L’Université de la vie d’Alliance VITA revient en janvier 2024

 

Cycle de formation aux enjeux bioéthiques créé et animé par Alliance VITA, l’Université de la vie revient en janvier 2024. Au programme, quatre soirées de formation dans plus de 150 villes en France et à l’étranger autour du sujet « Parier sur la vie – est-ce raisonnable ? » : les lundis 15, 22, 29 janvier et 5 février 2024.

Dans un monde en mutation et où l’inquiétude grandit, l’omniprésente tentation de maîtrise devient paralysante. Des jeunes disent ne plus vouloir d’enfants tandis qu’augmente la peur de vieillir. Comment faire, encore, le pari de la vie et de l’avenir ?

Depuis 19 ans, l’Université de la vie dresse le panorama des grandes questions bioéthiques du début à la fin de vie pour susciter une réflexion concrète ancrée dans le quotidien, dans l’actualité et la réalité, et pour encourager chacun des participants à comprendre ce qui se passe et à prendre sa place dans la société. Cette année encore, experts et témoins croiseront leurs regards et leurs analyses.

Aux côtés de Blanche Streb, Caroline Roux, Jeanne Bertin-Hugault et Tugdual Derville, interviendront notamment : Raphaëlle de Foucauld, thérapeute| François Bert, fondateur de l’Ecole du discernement | Caroline Brandicourt, porte-parole de Soulager mais pas tuer.

La quatrième soirée, « Parier sur l’avenir », se déroulera cette année en direct autour d’invités exceptionnels.

Informations et inscriptions sur www.universitedelavie.fr

Université de la vie 2024

 

Contact presse

Claire-Anne Brulé

+ 33(0)6 67 77 14 80 – contactpresse@alliancevita.org

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Projet européen sur le cerveau humain : 3 questions au Dr Grégoire Hinzelin, neurologue.

Projet européen sur le cerveau humain : 3 questions au Dr Grégoire Hinzelin, neurologue.

Projet européen sur le cerveau humain : 3 questions au Dr Grégoire Hinzelin, neurologue

 

1. Qu’est-ce que le projet européen sur le cerveau humain ?

Le projet sur le cerveau humain a été lancé au niveau européen fin 2013 pour une durée de 10 ans. Son ambition initiale visait de nombreux axes de recherche, au confluent de plusieurs disciplines : la neurologie, l’informatique médicale, les technologies de l’information et de la communication. En neurologie, l’objectif est d’établir un atlas le plus détaillé possible du cerveau qui permettra des traitements médicaux plus précis.

Une meilleure modélisation du mode de fonctionnement du cerveau est aussi attendue : elle est utile à la fois pour les recherches médicales et dans les technologies qui cherchent à copier ce mode de fonctionnement pour les sciences de l’informatique.

Un des objectifs est par exemple de travailler à une Intelligence Artificielle répliquant le cerveau dans l’espoir d’obtenir des économies d’énergie. On sait en effet que le cerveau est très nettement plus efficace que l’ordinateur dans sa consommation d’énergie pour traiter l’information et calculer. AlphaGo, de DeepMind (filiale de Google) qui a battu en 2016 le meilleur joueur mondial du jeu de go consommait 20,000 watts par jour, quand un cerveau consomme entre 20 et 40 watts !

Le cerveau humain combine à la fois le traitement de l’information et le stockage dans le réseau de neurones, alors que l’ordinateur est conçu en séparant les unités de calcul et de mémoire. Ces recherches pour trouver des solutions éco énergétiques s’appliquent à de nombreuses tâches cognitives : reconnaissance d’images et reconnaissance vocales, mais aussi drones, satellites… Pour reconnaître un chat, un enfant a besoin de 12 itérations, il en faut 15000 actuellement pour une machine IA.

Un autre objectif était d’obtenir un atlas le plus complet possible du cerveau, en trois dimensions, et mis à la disposition des équipes de chercheurs.

Ce projet a bénéficié de 607 millions d’euros de subventions européennes, et de la collaboration de plus de 500 chercheurs dans 19 pays.

 

2. Quelles sont les réalisations et les avancées de ce projet ?

La cartographie détaillée du cerveau n’a pas changé le modèle de compréhension actuelle de son fonctionnement mais a permis de l’affiner considérablement. Cette cartographie permettra par exemple que les opérations sur des tumeurs du cerveau soient plus précises. De même pour la rééducation cérébrale qui s’appuie sur la plasticité du cerveau.

La mesure de la conscience peut aussi s’affiner. Après des lésions sévères du cerveau, le malade peut être déclaré inconscient, mais ce diagnostic n’est pas toujours correct, car certains patients peuvent être conscients mais incapables de le montrer.

En France, des chercheurs ont mis au point des modèles cérébraux personnalisés de patients épileptiques qui ne répondent pas aux médicaments. De tels modèles de cerveaux virtuels aident à identifier les zones du cerveau où les convulsions apparaissent.

A l’intersection des neurosciences, de la robotique et de l’informatique, un projet comme SpiNNaker cherche à répliquer le fonctionnement du cerveau humain. A la différence des super-ordinateurs, il n’a pas de puissants processeurs de calcul mais des petits processeurs intégrés comme sur les téléphones portables très connectés entre eux pour obtenir le haut degré de connectivité des neurones dans le cerveau. Selon un des directeurs de ce projet, le professeur Steve Furber :

« SpiNNaker permet aux utilisateurs d’explorer des hypothèses et des théories sur le fonctionnement du cerveau. Parce que la façon dont le cerveau fonctionne en tant que processeur d’information est encore un mystère pour la science, et c’est l’un des grands défis des neurosciences d’essayer de commencer à utiliser des explications convaincantes sur la façon dont le cerveau fait son travail.

Mais jusqu’à ce que de telles explications soient disponibles, la science progresse en proposant des théories et en testant ces théories, et un modèle informatique est un bon moyen de tester une théorie« .

 

3. Quelles sont les limites de ce type de projet ?

Le rêve de modéliser la pensée reste une utopie qui n’est pas atteignable à l’heure actuelle.

Pour le projet SpiNNaker par exemple, selon son directeur, « même avec un million de processeurs, nous sommes loin d’atteindre l’échelle du cerveau humain complet. De manière optimiste, nous pouvons modéliser l’approche d’environ un pour cent du cerveau humain, ou peut-être 0,1 pour cent« .

Les implants cérébraux dont on parle beaucoup font l’objet de recherches depuis des décennies dans des unités à Grenoble, à Lausanne par exemple. Des résultats sont obtenus mais ces implants nécessitent des précautions : quid des infections ? De la durée de vie ? Du retentissement psychologique de l’implant ?

Il faut distinguer aussi la capacité de réparer et la capacité de prédire. On connait le vieux rêve de détecter les mensonges, ou d’identifier les émotions en surveillant le cerveau. Les expériences actuelles, avec des machines lourdes, pour décrypter les messages du cerveau se font avec le consentement des patients. Il n’est pas possible pour le moment de lire le cerveau contre la volonté d’un patient.

De plus, le mode de fonctionnement du cerveau utilise beaucoup l’oubli, pas uniquement la capacité de stocker de l’information comme un super-ordinateur le fait. Pour qu’une machine se rapproche du cerveau, il faudrait mieux comprendre comment le cerveau oublie.

Enfin, la question du sens reste une question intimement liée à l’humain. Dans une société du tout numérique qui pourrait se profiler, quel est le sens de ces machines qui nous indiqueraient que faire, que choisir, comment nous orienter, sur les routes ou dans la vie ? L’augmentation de la puissance de la machine se fait au risque de la réduction des expériences humaines. Le perfectionnement des machines ne doit pas occulter la singularité de chaque personne humaine, dont le cerveau est d’ailleurs unique.

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